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daire. Mais, parmi les hommes qui se sont lancés dans ces recherches obscures, beaucoup ont suivi une voie plus aventureuse encore. Au lieu de déduire leurs opinions des faits observés, plusieurs n’ont pas craint de faire plier les faits devant leurs hypothèses , et de bouleverser la thérapeutique pour la soumettre à leurs théories : ils étaient doublement nuisibles pour leurs prosélytes, d’une part en les éloignant du sentier de l’observation, et de l’autre, en leur enseignant des méthodes de traitement erronées et dangereuses. Toutefois, il s’est trouvé en môme temps des hommes doués d’un jugement solide, d'une sagacité profonde, qui, tout en se livrant à ces spéculations hasardées, ont eux-mêmes apprécié la valeur de leurs propres conjectures : ils semblent n’avoir fait autre chose en les proposant, que de payer au goût de leurs contemporains un tribut nécessaire , et sans lequel peut-être leurs ouvrages n’eussent point été accueillis. C’est ainsi que, par un retour sur lui-même, Sydenham reconnaît l’insufiîsance de sa théorie, en ajoutant qu à l’égard delà pratique il n’a rien avancé que de vrai , rien proposé dont il n’ait constaté les avantages. « J'ai dirigé tous mes ellorts , » ajoute-t-ii plus loin, pour éclairer le traitement des maladies, a bien persuadé que celui qui donnerait le moyen de guérir la j) plus légère affection mériterait bien mieux de ses semblables » que celui qui se ferait remarquer par l’éclat de ses raisonne- » mens, et par ces pompeuses subtilités qui ne servent pas plus » au médecin , dans la cure des maladies, que la musique a un » architecte dans la construction d’un édifice (1). »
Des recherches entreprises sur un objet dont la connaissance ne pouvait être acquise ont conduit et devaient conduire à des résultats bien différons : il ne faut pas être étonné de la diversité des hypothèses proposées sur la nature intime des maladies ; il serait au contraire fort surprenant quelles se fussent rapprochées. Parmi ces hypothèses, les unes ont surtout été fondées sur les altérations des humeurs , les autres sur celles des parties solides ,
(1) Sydenham, Opéra omnia, tom. î, p. 77.
nature des maladies. GG5
on sorte qu elles peuvent être rapportées è deux grandes divisions , I humorisme et le solidisme , à chacune desquelles se rattachent presque autant d opinions variées qu’il y a eu de sectateurs de l'une et de l’autre.
Les humoristes , qui faisaient consister Y essence de la maladie dans les altérations des liquides, avaient donné à la plupart des affections des noms conformes a leur théorie. Au lieu de dire d’une maladie qu elle affectait le foie ou les organes de la circulation sanguine on lymphatique, ils disaient qu elle avait son siège dans le sang, la hile ou la lymphe. Les causes morhiiïques agissaient toutes sur les liquides ; les alimens élaborés par I estomac et convertis en chv le, modifiaient les qualités du sang } les poisons , les virus , agissaient de la même manière. Dans l’exposition des symptômes , leur langage était encore tout humoral ; la couleur et la consistance du sang, du mucus, des matières alvincs, de l’urine, du pus, attiraient surtout leur attention : ils parlaient à peine dos autres symptômes, ou les rattachaient, au moyen de noms collectifs , à leur nomenclature favorite. C’était d’après l’altération des humeurs qu ils expliquaient la liaison des symptômes et leur succession. Iis désignaient sous le nom de crudité , de coction , d’ évacuation les trois principales périodes des maladies, à raison de I état de la matière morbifique. Dans la preinièie péiiode, cette matière douée de toute sa puissance délétère , n ayant pas subi d’altération de la part des organes , avait encore toute sa crudité 5 dans la seconde , où la Action s’opérait, la nature prenait par degrés le dessus, et enfin dans la troisième, le principe matériel r. ndu mobile était évacué par lis urines, les sueuis, les matières lécales ou par quelqu’autre voie , et 1 équilibre se rétablissait. Lorsqu’aucunc évacuation ne se manifestait, ils jugeaient que la matière morbifique, après une élaboration convenable, avait été assimilée aux humeurs natui elles, et que dès lors elle avait cessé d’être nuisible • la coction pouvait cire pailaitc ou imparfaite, et la transformation d’une maladie dans une autre s’expliquait facilement au moyen du transport ou de Y émigration du principe humoral qui avait
présidé à son développement. C’était surtout d’après l’inspection des liquides évacués qu'ils portaient un jugement sur la terminaison et la durée des maladies; l’urine en particulier, comme nous l’avons vu, leur fournissait à cet égard des signes auxquels ils attachaient beaucoup d’importance. L’ouverture des corps les confirmait dans leur opinion : dans la rougeur et le gonflement des parties enflammées, ils voyaient l'accumulation du sang; dans les liydropisics , la dissolution de ce liquide : la dégénérescence tuberculeuse n’était que l’épaississement de la lymphe, et la plupart des autres altérations organiques , des obstructions produites par la consistance ou la coagulation des liquides. Les indications thérapeutiques étaient en harmonie avec les autres points de la doctrine humorale. On saignait pour renouveler le sang, diminuer sa viscosité ou enlever une portion de la matière morbifique qui lui était mêlée ; on purgeait , on faisait suer , on provoquait le cours de l’urine dans un but analogue; en un mot, toutes les indications consistaient à changer la quantité ou la qualité des liquides , ou à déterminer leur afflux vers le! ou tel organe.
Les solidistes considèrent les mêmes objets sous un point de vue tout opposé: selon eux, les liquides ne jouent qu un rôle passif dans les phénomènes de la vie ; privés des torces vitales , de sensibilité et de contractilité , ils sont entièrement subordonnés a l’action des organes sensibles et contractiles qui les contiennent. La maladie , par conséquent , réside essentiellement dans les solides, qui seuls peuvent recevoir 1 impression des causes morbifiques , et qui seuls fournissent des symptômes importuns. La sympathie, qui a pour organe le système nerveux, explique d’une manière satisfaisante la connexion des symptômes et le trouble général qui accompagne l’affection de telle ou telle partie. Les métastases, les crises, sont, selon eux, plus favorables à leur système qu’à celui des humoristes. « Lu effet , 1 écoulement d’une petite quantité de sang, d’urine, de matières fécales, de sueurs est insuffisant pour expliquer le passage de la maladie a la santé , d’autant que la présence de ces liquides dans 1 éco-
nomic est incapable de déranger la régularité des fonctions; il y a, selon eux, transport d 'action (1) ou à' irritation et non pas de liquide ; il est beaucoup plus lacile à la nature, ajoutent-ils sérieusement, de transporter l’une que l’autre. Les organes, dans 1 état de maladie , conservent ou acquièrent entre eux des rapports en vertu desquels ils se transmettent leurs impressions;
1 irritation qui occupe depuis plusieurs jours un organe peut ainsi se porter sur un autre : le premier reprend ses fonctions , et si l’affection transmise au second est légère, la santé se rétablit ; si elle est grave , elle forme une métastase. La preuve la plus convaincante qu il y a seulement transport d’irritation , c’est qu on voit des métastases et des crises qui consistent seulement dans le transport de la douleur ou de quelque autre phénomène nerveux, sans exhalation d’aucun liquide, comme on le voit dans les névroses et les affections rhumatismales. Enfin, dans les cas où il y a afflux de liquide vers un organe , on observe dans les qualités de ce liquide la plus grande variété ; la seule chose constante est une irritation qui le précède et qui est caractérisée par le prurit, la douleur, la chaleur, le gonflement, la rougeur ou quelque autre changement analogue dans la partie où doit s’opérer la crise ou la métastase. Quant aux signes diagnostiques et P‘ onosiiques olferts par les liquides , ils n’ont jamais qu’une importance secondaire , et les résultats de l’ouverture des corps , qui montrent d’une manière si évidente les altérations des solides , prouvent combien était peu fondée la pathologie humorale. Enlin , les indications les plus précisés naissent des changemens survenus dans 1 habitude extérieure, les mouvemens et la chaleur, dans les organes digestifs, respiratoires, et dans ceux de la circulation ; tous ces symptômes sont évidemment fournis par les solides , auxquels ces fonctions sont départies. »
tels sont les principaux points de la doctrine des humoristes et des soiidisles : nous avons youIu en présenter l’ensemble, sans
(1) Sprenget, , Pathol, gènèr.
(2) Marandel -, Thèse sur les Irritations.