‹ Élémens de pathologie généraleChapitre 51 sur 62 · GG · texte numérisé non relu

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nature des maladies.

y mêler aucune réflexion. L’ancien humorisme reposait sur des faits très-inexacts, tels que les fournissait la chimie encore à peine à sa naissance ; sur une théorie complètement fausse , dans laquelle , par un oubli complet de l’influence vitale , les altérations des humeurs étaient presque toutes rattachées à une fermentation ou à une putréfaction analogues à celles qui auraient lieu dans des vases inertes. Aussi fut-il facile de démontrer l’absurdité de ce système et de le renverser. La brillante physiologie de Bichat, la chaleur avec laquelle Pinel attaqua l’humorisme, l’ardeur avec laquelle on se livra à l’étude de l’anatomie pathologique et la direction toute solidisle qui lui fut donnée et qui lui était en quelque sorte naturelle, toutes ces circonstances opérèrent rapidement une révolution complète dans la science, et toute la génération médicale de cette époque et des années qui suivirent adopta en fait, sinon en principe, un solidisme exclusif sous lequel naquit et se développa le système de l’irritation. Toute influence des liquides dans le développement des maladies fut rejetée ; tous les phénomènes de la vie, chez l'homme malade comme chez l'homme sain , furent placés sous la dépendance immédiate des solides.

Un des premiers, en 1817, j’élevai la voix contre cette opinion (1), et m’efforçai de rendre aux liquides l'importance qu’ils doivent avoir dans les phénomènes de la vie, soit en maladie, soit en santé. Je cherchai à prouver, 1° par la composition normale du corps humain, dans lequel les liquides sont eu proportion incomparablement plus grande que les solides ; 2° par les altérations constatées sur le cadavre, qui, dans quelques cas, portent exclusivement sur les liquides ; 3° par la nature des agens divers qui troublent la santé, et dont quelques-uns, comme sont les alimens et les boissons, introduits dans l’économie par la voie de l’absorption , ont évidemment pour effet de modifier la composition des liquides ; 4° par certaines modifications dès lors constatées dans les liquides vivans , celles, par exemple , que présentent le sang dans le scor-

(1) Dans la première édition de cet ouvrage , 1817 .

but et dans l’ictère, l'urine dans les diabètes, la bile dans la formation des concrétions hépatiques, etc., que le solidisme était insuf lisant pour rendre compte des phénomènes observés, et que, tôt ou tard, il serait abandonné pour faire place à une opinion moins exclusive.

Depuis cette époque, un bien grand changement s’est opéré dans la disposition des esprits. Aux faits qui viennent d’être exposés, bien d’autres faits sont venus s’ajouter : la diminution de l’albumine dans le sang et sa présence dans l'urine chez les sujets atteints de la maladie de Bright; les modifications qu’offre la composition du sang relativement aux proportions de fibrine et de globules qu’il contient dans les maladies inflammatoires et les affections chlorotiques 5 la présence dans ce liquide, soit du pus dans certaines maladies , soit de substances vénéneuses dans beaucoup de cas d’empoisonnement, diverses modifications constatées dans le lait, dans l’urine, dans la salive (1), ont ajouté un si grand nombre de faits à ceux que nous avons signalés il y a plus de vingt ans, que l’opinion a complètement changé sur ce point. Les travaux chimiques et microscopiques d’un grand nombre de savants distingués , parmi lesquels nous citerons MM. Thénard, Bright, Orfïla, Dumas, Andral, Donné, Bayer, ont puissamment contiibue a restituer aux liquides le rôle important qu’ils doivent occuper dans l’étude de l’homme en santé et en maladie. Peut-être même , après avoir long-temps fermé les yeux sur les altérations les plus manifestes des liquides , est-on aujourd’hui trop enclin à en soupçonner partout , à en admettre sur des indices trop légers , sur des observations trop peu nombreuses , et à en exagérer l’importance , sous le triple rapport de l'étiologie, de la symptomatologie et de la thérapeutique: tant est grande la disposition de l’esprit humain à se porter d’un extrême à l’autre, tant il lui est difficile de se maintenir, en toutes choses, dans ce juste milieu, son plus sur abri contre l’exagération et contre l’erreur.

(1) Voyez les pages 2S£>, 28G, 520, 525, 547.

Nous ne suivrons pas les humoristes et les solidistes dans les nombreuses altérations qu’ils ont supposées ; ou: expliquer l’essence des maladies; nous nous abstiendrons également d’exposer les divers systèmes (1) qui , depuis les premiers t mips de la mé-

(1) Nous croyons toutefois devoir faire une exceplio i à l’égard du système de l’irritation, parce que naguère encore il cemptait un grand nombre de partisans, et qu’il en a quelques-uns encore aujourd’hui.

« La santé et la maladie sont, dans ce système, des effets variés qui se rattachent à un même principe, et ce principe est l’irritation.

» Quand la santé s’altère , c’est toujours parce que les stimulans extérieurs destinés à entretenir les fonctions ont cumulé l’excitation ou l’irritation dans quelque partie, ou parce qu’ils ont manqué à l’économie.

» Les fonctions peuvent être troublées de deux manières : elles s’exercent avec trop ou trop peu d’énergie.

» L’irritation est donc la cause première ou le point de départ de tous les dérangemens qui surviennent dans la santé : les phlegmasies, les hémorrhagies, les névroses, les dégénérescences de toute espèce, n’en sont que les effets , et l’on ne doit pas les considérer comme des maladies, ou bien il faudra voir aussi clans la suppuration une affection idiopathique. »

Examinons succinctement cette théorie qui se rapproche beaucoup de celles de Thémison et de Brown, et voyons jusqu’à quel point elle est fondée.

Il est généralement reconnu , et il est, je crois, incontestable , que les maladies de tout genre sont dues à un changement dans l’action de nos organes ; ce changement intime précède et produit toutes les altérations de tissu; en sorte que , à proprement parler , tout ce que nous appelons maladie est consécutif à ce changement. Riais , comme ce changement intime échappe, ainsi que nous l’avons vu dans le chapitre précédent, à tous nos moyens d’investigation, la raison veut, cette première vérité reconnue , que nous dirigions notre étude et notre observation vers les phénomènes appréciables. C’est en suivant cette marche que la médecine à fait des progrès réels ; elle a rétrogradé toutes les fois qu’on a voulu la faire remonter vers les causes premières : premier vice de la théorie de l’irrilalion.

Un autre vice non moins remarquable est de restreindre à deux modes ce changement d’action , qui est la source de tous nos maux. Suivant M. Broussais , les stimulans ont été ou trop forts ou trop faibles, et l’action des organes a été ou augmentée ou affaiblie : or, s’il était permis de raisonner sur une matière à la connaissance de laquelle il ne nous est pas

clccino, ont successivement et pendant des périodes plus ou moins longues , régné dans les écoles. Ils sont aujourd’hui complètement abandonnés et appartiennent à l’histoire de l’art; ils attestent 1 impuissance de l’esprit humain toutes les fois qu'il veut s’élever à la connaissance des lois premières de l’organisme. Ici, comme dans beaucoup d'autres choses , il faut savoir ignorer ce qu’il n est pas donné d’apprendre. Toute discussion sur des questions insolubles est inutile et dangereuse; inutile, parce qu’elle ne peut conduire à aucun résultat satisfaisant; dangereuse, parce qu’elle entraîne presque toujours à l’erreur. Quand une fois on s’est lancé dans le domaine des hypothèses et des théories , on n’est jamais sur de pouvoir s’arrêter, et si l’on essaie ensuite de revenir à l’élude des choses positives , elles sont tellement froides à côté des spéculations séduisantes auxquelles on s’est livré , qu’elles ne sauraient offrir d intérêt.

Quoiqu’il soit démontré que la nature intime des choses est au-dessus de notre intelligence, quoique cette vérité ait été proclamée dans notre siècle plus hautement qu’elle ne l’avait été jusqu’ici , cependant quelques hommes d’un vrai mérite se flattent encore d’expliquer les secrets de la nature, et trouvent un certain nombre de prosélytes. On cessera de s’en étonner si l’on jette un coup-d œil sur l’histoire de la médecine : l’esprit humain est toujours le même , et 1 on peut juger de ce qu’il sera par ce qu’il a

donné de parvenir, je demanderais s’il n’est pas vraisemblable qu’outre cette diminution et cette augmentation d’énergie , il existe aussi une perversion d’action, susceptible elle-même de se montrer sous des formes variées à l’infini. Si les effets de ce changement primitif d’action se montrent avec des modifications sans nombre, comme le prouvent les altérations organiques, infiniment variées, qui ont lieu dans l’état de maladie, n’est-il pas naturel de croire que les causes qui nous échappent varient comme les effets qui tombent sons nos sens.

Ces considérations me paraissent plus que suffisantes pour démontrer combien sont incertains et fragiles les fondemens de la doctrine de l’irritation. Si c’était ici le lieu d’examiner ce système, la fausseté des conséquences nous fournirait de nouvelles preuves de la fausseté du principe.

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