CHAPITRE III
Nomenclature des Maladies. — synonymie. — Étymologie.
§ Ier. Nomenclature. — Il n'est peut-être aucune science dont la nomenclature soit aussi défectueuse que l'est celle de la pathologie. La lenteur avec laquelle les hommes se sont élevés à la connaissance des maladies en est sans doute une des causes. Si, a 1 exemple de la chimie, la pathologie eût fait tout-à-coup de grands progrès, on aurait été conduit à remplacer les premières dénominations par des nouvelles qu’on aurait établies sur des hases plus régulières. Mais il en a été tout autrement, et rien n’est plus bizarre que l'ensemble des noms donnés aux maladies. Elles ont été désignées tantôt d'après leur siège connu ou présumé , comme la pleurésie et 1 Jujpochondrie ; tantôt d’après les causes qui les produisent, comme le coup d’air, les fraîcheurs quelquelois d’après les lieux et les saisons où elles se montrent , comme la fièvre des camps, les fièvres de la moisson , les fièvres automnales {Grant); ailleurs, d’après le lieu d’où elles sont originaires, comme 1 c typhus d’Amérique ; d’après le nom des peuples qui les ont transmises , comme le mal français (dénomination sous laquelle les Italiens désignent la syphilis); d’après le nom de Y anima/ qui la communique, comme la vaccine; d’autres fois c’est à laison d un des symptômes principaux, comme Y hydrophobie ,
SI) KiwrewxATtm*, swosvmtiî, tmiOT.or.in
la chorée, etc. Quant aux affections Éruptives, la couler .le la peau a souvent décidé du nom qu’on leur a donné; la rougeole a Platine, en sont des exemples; le mot vanole semble avo aussi la même origine et désigner cette bigarrure que présente a peau, lorsqu’elle offre, disséminées sur toute sa su, ace, des p tules blanches , des croûtes jaunes ou brunâtres, en ou . . auréole rouge ou brune, et séparées par des mtcrst.ces dans lesquels la couleur naturelle n’est pas changée. La forme part, cuire de certaines éruptions, la manière dont elles son. sur la peau, leur apparition pendant la nuit, ont porte a . ur . 01 „er des noms qui indiquent ces diverses circonstances, comme on le voit pour la miliaire, le zona, Yépinyctis. 1) autres maladies ont reçu des noms relatifs à leur marche ou à leur duree .- telles sont les fièvres intermittentes , continues, rémittentes, -a onn< insidieuse de quelques affections leur a fait donner la dénom, nation de maligne. Une sorte de ressemblance avec certains piodui s de l'industrie humaine, ou avec quelque objet d histoire naturelle, a fait donner à quelques maladies la dénommât, on qu elles poiient : la tumpanite , le don , le cancer, le polype, les taupes. YêUpkanliasis , sont dans ce cas. D’autres ont reçu des noms qu, indiquent leur nature présumée, comme la fièvre putride, bilieuse. Quelques dénominations font connaître le genre d'alteration orga nique qui constitue la maladie , comme le tubercule, la melanose. Y encéphaloide ; d’autres enfin rappellent le nom du médecin i pu les a décrites, tels sont le mal de Pott, la maladie de Bi -7 d- 11 tre ces dénominations principales on a souvent encore joint au nom de la maladie une épithète qui indique sa gravite , s&joiuu, sa durée, sa terminaison , sa mobilité; on peut citer pour exemples, la petite vérole bénigne, l'apoplexie foudroyante , la teigne faveuse , l’angine gangréneuse , la fièvre éphémère , 1 èrjsipc e lu
gue , ambulant. , .
On voit, d’après ce court aperçu, qu’aucune réglé n a ete <> >- Sor\ée dans le choix des noms sous lesquels on a décrit les maladies, et que la nomenclature pathologique ne présente qu incohérence. Mais elle offre encore un autre inconvénient plus grau1,
r’csl que beaucoup de dénominations sont fausses et propres par conséquent à induire en erreur : telles sont celles qui reposent sur le siège présumé de la maladie, sur sa nature intime. Quelquefois même 1 erreur est plus grossière, elle porte sur quelque point relatif à son origine, ou à quelqu’un de ses phénomènes les plus appareils. Ainsi le mal de Siam est originaire d’Amérique; le flux hépatique le plus souvent ne vient pas du foie; les flueurs blanches peuvent offrir d’autres couleurs, etc.
Les vices d une semblable nomenclature sont trop frappans pour que beaucoup de médecins n’aient pas cherché à la rectifier; mais il est à remarquer que ces corrections ont presque toujours été partielles, et que personne, avant M. Piorry, n’avait proposé une nomenclature complète, établie d’après des bases uniformes pour toutes les maladies. Ces corrections partielles, qui ne pouviient pas donner à la nomenclature la régularité convenable, ont été beaucoup plus nuisibles qu’utiles. Elles ont substitué des noms plus convenables à quelques dénominations vagues ou erronées ; mais celles-ci n’ont pas été tout-à-fait abandonnées : la plupart des maladies ont ainsi reçu plusieurs noms qu’il est nécessaire d’apprendre; quelques-unes en ont un très-grand nombre : la fièvre jaune en a plus de vingt. Or, ces dénominations multipliées n ont fait, comme on le sent bien, qu’augmenter le nombre des mots sans rien ajouter aux faits.
I n autre inconvénient, beaucoup plus grave encore, est résulté de ces corrections partielles : on ne s’est pas contenté d’ajouter des noms nouveaux aux anciens, on a transporté d’une maladie a une autre la même dénomination, sous prétexte qu’elle convenait beaucoup moins a la maladie dont elle avait jusqu’alors représenté I idée, qu a telle autre a laquelle on voulait l’appliquer. On entrevoit lacilement les suites fâcheuses de ces prétendues améliorations : la confusion dans le langage pathologique en a été le résultat nécessaire.
On demandera peut-être si, dans l’état actuel ‘de la science, d serait avantageux d’établir une nomenclature nouvelle, et sur quelles bases on devrait la fonder. Si l’on considère l’imperfection,