DES PHÉNOMÈNES PRECURSEURS
sommeil, l’insomnie ou l’assoupissement dans un faible degré d’intensité , sont des phénomènes fréquens dans le prodrome des maladies. L’appétit est ordinairement diminué, rarement augmenté ou perverti ; la bouche est souvent pâteuse ou amère , la soif augmentée, l’haleine forte, la digestion de l’estomac laborieuse et lente , et les excrétions alvines moins régulières. Le moindre effort produit de l’essouflement ; il y a, par intervalles, des soupirs , des plaintes , des bâillemens , des pandiculations , et quelquefois un éternument répété. Les palpitations, les défaillances, la sensibilité au froid extérieur, l’inégale distribution de la chaleur , la sécheresse de la peau ou les sueurs passagères , la couleur plus pâle ou plus foncée de burine, l’inertie des organes génitaux , annoncent aussi quelquefois Tinvasion prochaine d’une affection aiguë.
Ailleurs, la maladie est précédée de phénomènes tout opposés: les fonctions , loin d’ètre affaiblies , semblent s'exercer avec plus d’énergie que dans l’état ordinaire ; la coloration du visage est plus vive, l’individu se sent plus fort, ses facultés intellectuelles sont plus actives, il a plus d’appétit et digère mieux; il se félicite lui-mème de cet accroissement de santé , qui est le prélude de la maladie.
Quelques autres phénomènes ont encore été observés dans l’imminence des maladies : tel malade a éprouvé une sensation comparable à celle d’un souffle qui frapperait légèrement la surface de son corps ; tel autre, une sorte de commotion analogue à celle que produit l’électricité. Il faut enfin joindre à ces phénomènes les changemens qui surviennent dans les maladies préexistantes , dans la sécrétion des plaies ou des ulcères , des cautères ou des vésicatoires, dans l’aspect des exanthèmes, etc. On sait qu’il n’est pas rare alors d’observer une résorption plus ou moins complète de la sérosité dans le tissu cellulaire infiltré.
Tels sont les principaux phénomènes qui précèdent les maladies aiguës. Ils peuvent se grouper de diverses manières, et former des combinaisons variées. Chacun d’eux peut aussi exister seul. Ils ne se présentent jamais tous chez le même individu.
La durée du prodrome est très-yariable : elle est quelquefois de quelques minutes, de quelques heures; elle peut être de plusieurs jours, et même de plusieurs semaines , mais elle s’étend rarement au-delà. Lorsque le prodrome a été long, il est généralement à craindre que la maladie ne soit grave : toutefois il y a de nombreuses exceptions à cette règle.
Lorsque l’intensité des phénomènes précurseurs augmente progressivement, ils peuvent se confondre par degrés avec les phénomènes de la maladie. Ils peuvent aussi, dans quelques cas , être confondus avec les causes occasionnelles qui en provoquent l’apparition : un refroidissement, une indigestion, la suppression d’une évacuation habituelle, le dessèchement d’un exutoire, sont tantôt les causes, tantôt les premiers effets de la maladie.
L’intensité des phénomènes précurseurs ne peut pas donner une idée juste de la gravité de l’affection qu’ils annoncent. Le prodrôme de quelques maladies fort graves , et même mortelles , peut être à peine marqué ; tandis que des affections bénignes sont quelquefois précédées d’une anxiété inexprimable et d’autres signes très-effrayans.
Les mêmes phénomènes qui précèdent les maladies peuvent se montrer sans qu’une maladie leur succède; ils cessent alors toutà-coup ou disparaissent par degrés , et les fonctions reprennent leur régularité ordinaire.