‹ Élémens de pathologie généraleChapitre 12 sur 52 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Des Symptômes (i), ou de la Symptomatologie (2).

Tout changement perceptible aux sens , survenu dans quelque organe ou dans quelque fonction , et lié à l’existence d’une maladie, est un symptôme.

(1) 2ÔV, avec, en même temps; ttItttw, je tombe.

(2) A oyoç, traité ; o-ôp.TTTwpiQc, symptôme.

Les symptômes ne doivent être confondus ni avec les phénomènes ni avec les signes.

Tout acte, tout changement qui s’opère dans le corps sain ou malade est un phénomène. Celui-ci appartient à la santé comme à la maladie, au lieu que le symptôme est toujours l’effet de cette dernière. Là où il n’y a pas de maladie, il n’y a pas de symptôme. Galien avait dit avec raison que le symptôme suit la maladie comme l’ombre suit le corps. C’est donc improprement que beaucoup d’auteurs ont employé les mots symptômes précurseurs ^ symptômes consécutifs : tout ce qui se présente avant que la maladie existe, ou après qu’elle a cessé, est un phénomène , et non un symptôme.

11 importe également de ne pas confondre le symptôme avec le signe. Dans le langage vulgaire, on comprend sous le nom de signe tout ce qui peut conduire à la connaissance d’une chose ignorée. En médecine, on désigne spécialement par ce mot tout ce qui peut faire connaître ce qu’il y a de caché sur l’état passé , présent et futur d’une maladie. Les causes qui en ont précédé le développement , la manière dont elle a débuté et marché , l’influence exercée sur son cours par les moyens thérapeutiques, fournissent des signes aussi bien que les symptômes. Le symptôme est simplement une sensation qui ne devient signe que par une opération particulière de l’esprit. L’un appartient par conséquent au jugement, l’autre aux sens. Le symptôme est appréciable pour tout le monde ; le médecin seul découvre des signes dans les symptômes. Comme il n’est aucun symptôme qui ne puisse fournir un signe quelconque au médecin , et que les signes d’ailleurs appartiennent également à la santé et à la maladie , on a dit que c( tout symptôme est signe, mais que tout signe n’est pas symp- )) tôme. )) Nous verrons plus loin de quelle manière on parvient à convertir les symptômes en signes *, nous ne devons parler ici que des premiers.

Les symptômes ou changemens sensibles que la maladie détermine dans les organes ou dans les fonctions sont extrêmement nombreux. Il importe d’adopter dans leur exposition un ordre

BES SYMPT03ÏES.

au moyen duquel ceux qui ont ensemble la plus grande analogie soient, autant que possible, placés les uns à côté des autres. On a proposé plusieurs méthodes qui offrent plus ou moins cet avantage : telle est leur division en symptômes sensibles pour le médecin et en symptômes sensibles pour le malade ; telle est celle de Boerhaave, qui les partageait en trois séries, selon qu’ils dépendent d’un trouble dans les fonctions, dans les matières évacuées , ou dans les qualités du corps ; telle est encore celle que Bayïe , qui fut notre maître et notre ami , avait récemment proposée : il pensait que les symptômes devaient être divisés en vitaux Qi m physiques : les premiers, qui dépendent seulement d’un dérangement des fonctions sans lésion sensible dans la disposition des organes, disparaissent complètement avec la vie; les autres, au contraire, qui consistent dans un changement appréciable survenu dans les parties elles-mêmes , persistent après la mort. Il est facile de reconnaître que cette distinction avait spécialement rapport à l’anatomie pathologique ; elle ne saurait être appliquée à l’exposition méthodique des symptômes. Quant à celle de Boerhaave , elle éloigne les choses qui se rapprochent le plus : les sécrétions , par exemple , sont séparées des matières secrétées , et les qualités du corps des fonctions auxquelles elles appartiennent.

Un autre point également important est d’adopter dans l’exposition générale des symptômes un ordre qui puisse être appliqué avec avantage à l’histoire de chaque affection , et même à Texamen de chaque malade en particulier. On sait qu’il est un grand nombre de médecins très-recommandables qui , au lit du malade , interrogent successivement toutes les fonctions dont les organes sont placés à la tète , au cou , à la poitrine , à l’abdomen , aux membres; cette méthode, qui se prêterait fort difficilement à l’exposition générale des symptômes , n’offre pas même , dans l’examen de chaque malade en particulier , les avantages qu’on peut obtenir d’une méthode différente. Elle rapproche les choses les plus disparates , elle éloigne celles qui ont ensemble la plus -grande analogie. Les troubles de la digestion, par exemple, au

lieu d’ètre étudiés successivement et sans interruption , se trouvent séparés les uns des autres par un si grand nombre de questions intermédiaires, qu’il devient fort difficile de saisir la liaison qui existe entre chacun d’eux. Il en est de même pour la circulation et la locomotion , dont les organes sont disséminés dans toute l’économie , et pour beaucoup d’autres fonctions.

Il est bien plus naturel de s’occuper successivement de tous les troubles que présente chaque fonction , quelle que soit d’ailleurs la région du corps où se trouvent les organes qui concourent à son exercice. Cet ordre, qui convient également lorsqu’on interroge le malade et lorsqu’on veut tracer le tableau de sa maladie, est le seul qui soit applicable à la description particulière de chaque affection et à l’exposition générale des symptômes.

Mais suivant quel ordre doit-on examiner les fonctions ? Il serait à désirer que l’on pùt suivre la division la plus généralement adoptée en physiologie , qu’on interrogeât successivement les fonctions assimilatrices , celles de relation et enfin celles de la génération. Toutefois, si cette division, qui est la plus favorable à l’étude de l’homme sain, n’est pas aussi avantageuse à celle de l’homme malade , nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de s’y astreindre entièrement.

Ce qui frappe le médecin en abordant un malade , ce qui lui donne une première idée de l’affection dont il est atteint, c’est la physionomie , l’attitude , les mouvemens et la voix : il est donc naturel de commencer par là l’examen des symptômes; c’est d’ailleurs à ce moment seul qu’on peut apprécier avec justesse les changemens survenus dans l’habitude extérieure. Si l’on néglige cette première sensation, les yeux s’accoutument par degrés à ce que la physionomie du malade préseîde d’insolite , et presque jamais on n’en juge, après être resté quelque temps auprès de lui, comme on en avait jugé d’abord. Il en est de môme des mou-

men des malades et l’exposition générale des symptômes par les fonctions de relation, et de passer ensuite successivement aux fonctions assimilatrices, puis à celle de la génération. Voici dans

quel ordre nous exposerons les symptômes qui appartiennent à chacune de ces trois grandes séries.

±0 Habitude extérieure, Locomotion ,

Voix et parole, Sensations ,

Fonctions affectives, Fonctions intellectuelles, Sommeil et veille.

2® Digestion ,

Respiration ,

Circulation ,

Chaleur,

Sécrétions.

5® Fonctions génératrices de Lhomme ,

Fonctions génératrices de la femme.

ARTICLE PREMIER

Des symptômes fournis par les fonctions de relation.

Pour bien apprécier les changemens que la maladie apporte dans les diverses fonctions , et spécialement dans celles de relation , il est , sinon indispensable, du moins fort utile, que le médecin connaisse la physionomie , Tattitude , les gestes , la voix des individus dans leur état de santé. Sans ce point fixe de comparaison , il ne peut apprécier que d'une manière approximative les phénomènes qui le frappent.

SECTIOiX PREMIERE.

Des symptômes fournis par V habitude extérieure.

Les symptômes que fournit Thabitude extérieure sont de la plus grande importance. Nous les considérerons d'abord dans tout le corps , puis successivement dans chaque partie.

§ \d habitude extérieure , considérée en général, comprend

l’attitude, le volume du corps, la fermeté des chairs, la couleur de la peau , les éruptions , les plicatures , les tumeurs et les solutions de continuité de toute espèce. On pourrait y joindre la chaleur et l’humidité de la peau, les battemens des artères superficielles , la distension des veines ; mais ces divers objets trouveront plus naturellement leur place ailleurs.

A. Dans l’état de santé, l’attitude est libre , aisée pendant la

\ellle ; pendant le sommeil , chez le plus grand nombre des sujets, les membres sont demi-flécbis , et le corps incliné vers un des côtés , ordinairement vers le droit. Dans l’état de maladie , V attitude s’éloigne plus ou moins de ces conditions.

Si le malade est levé , on remarque le plus souvent , dans son attitude, une langueur, une mollesse inaccoutumées; dans quelques cas, chez les maniaques, par exemple, plus d’assurance et de force. Dans certaines affections, l’attitude peut suffire pour faire reconnaître la maladie : dans la catalepsie, par exemple, par rimmobilité générale ; dans la danse de Saint-Guy, par l’irrégularité et la succession continuelle des mouvemens; dans l’hémi* plégie, par la déviation des traits, par le changement survenu dans l’attitude et les mouvemens des membres ; dans l’opisthotonos et l’emprosthotonos , par le renversement convulsif du corps en arrière ou en avant, etc.

Au lit, quelques malades peuvent prendre des attitudes variées et les conserver un certain temps ; d’autres sont obligés de prendre et conserver la même, et ce symptôme n’est pas sans importance. Ainsi quelques-uns restent constamment sur le dos {décubitus dorsal, coucher en supination)^ soit par l’effet de la faiblesse , comme cela a lieu dans les maladies adynamiques , soit à raison de la gène ou de la douleur qu’ils éprouvent dans d’autres positions , comme on le voit dans le rhumatisme général et dans la péritonite aiguë. D’autres sont entraînés à se coucher sur le venire , du moins pendant quelques instants, par la nature et la violence des douleurs, comme on le voit dans les coliques saturnine, néphrétique , hépatique , et quelquefois aussi par le seul fait du délire. — Quelques malades ne peuvent se tenir couchés que sur un seul et même côté (décubitus latéral)^ par suite d’un épanchement dans une des plèvres, d’une pneumonie qui n’envahit qu’un seul poumon, ou d’une douleur aiguë à droite ou à gauche ; dans le cas d’épanchement ou d’hépatisation, le malade se tient sur le côté affecté , et sur le côté sain dans le cas de douleur vive. Ces règles souffrent néanmoins de trèsnombreuses exceptions , et nous pouvons môme dire que le

décubitus dorsal est celui qu’on observe le plus souvent dans les épanohemens pleurétiques ou les pneumonies bornées à un seul côté. Enfin , dans quelques affections de poitrine où la respiration est très-gènée , et particulièrement dans l’anévrysme du cœur, dans riiydrothorax double , dans les accès de dyspnée de l’emphysème pulmonaire, le malade est forcé de rester assis sur son lit; il lui est impossible de se tenir horizontalement ; quelquefois même il est obligé de s’incliner en avant, de s’y créer un appui et de laisser pendre les membres inférieurs. Dans quelques angines des voies aériennes , le malade se tient assis la tête renversée en arrière. Lorsqu’une tumeur, et particulièrement un anévrysme de l’aorte , comprime la trachée-artère , le malade est contraint de prendre une attitude déterminée, souvent bizarre, à laquelle il revient toujours , sans doute parce que , dans cette position , la tumeur presse moins sur la trachée , et le passage de l’air est moins difficile. — Dans d’autres maladies, au lieu d’être astreint à garder sans cesse la même attitude, malade est obligé d’en changer à tout moment. Cette agitation ou inquiétude j^hysiq'f^^e (inquies) a lieu surtout dans les inflammations de bas-ventre , et au début des fièvres éruptives.

B. Le volume du corps peut augmenter ou diminuer dans beaucoup de maladies.

Une très-légère augmentation dans le volume du corps a lieu dans la chaleur fébrile , dans le second stade des fièvres intermittentes , comme une légère diminution survient pendant le frisson. La pléthore produit un effet analogue , appréciable à la face , aux mains et surtout aux doigts qui ne peuvent être que difficilement fléchis. Une intumescence plus marquée a lieu dans le début des maladies exanthématiques ; mais quand l’augmentation de volume est considérable , elle est presque toujours le résultat de l’accumulation de graisse ou de sérosité dans le tissu cellulaire , et quelquefois aussi du passage de l’air entre ses lames.

L’accumulation de la graisse et l’augmentation de volume qu’elle produit dans le corps ont été rarement observées dans les

maladies. Elles pourraient avoir lieu dans certaines affections locales qui obligent à garder le repos , sans assujettir à aucun régime. Cette accumulation seule, sans autre trouble dans les autres fonctions , doit être elle-même considérée , quand elle est portée à un degré considérable, comme une maladie, qu’on a désignée sous le nom de poly sarde adipeuse.

L’augmentation dans le volume du corps est presque toujours, chez l’homme malade , le résultat d’une infiltration de sérosité dans le tissu cellulaire ou lamineux. Cette infiltration porte le nom X anasarque (l) ou de ïeucophlegmasie (2) quand elle est générale, et A" œdème (3) lorsqu’elle est partielle. On la reconnaît à la pâleur, à la demi-transparence de la peau et à la dépression qu’on y détermine en y appuyant le doigt. Quelquefois cette dépression n’est pas sensible à la vue ; mais en passant légèrement et à plusieurs reprises la pulpe du doigt sur le lieu où la pression a été exercée , on distingue , par le toucher, un léger enfoncement qui indiqueiicette infiltration. On constate mieux encore le gonflement œdémateux lorsque la disposition de la peau permet de la pincer entre les doigts ; on parvient souvent , de cette manière, à distinguer, à la partie interne des cuisses, \ œdématié à peine commençante chez les malades qui gardent le lit ; chez ceux qui se lèvent , l’œdème est d’abord appréciable au pourtour des malléoles , le soir particulièrement.

L’épanchement d’air dans le tissu cellulaire porte le nom emphysème (4). Il a lieu dans les plaies pénétrantes de la poitrine, et dans les maladies où la continuité des voies aériennes est intéressée : il est dû, dans ces deux cas, au passage de l’air dans les lames du tissu cellulaire. Celui qui survient dans les affections gangréneuses paraît dépendre de la décomposition rapide des parties privées de vie. L’insuflation d’air dans le tissu cellulaire produit un emphysème artificiel. Doit-on admettre, avec quelques auteurs, un

(1) Ava, dans; cap Ç, chair.

(2) A£i>7o\‘, blanc ; w).£YpLacta, inflammation.

(3) Ot^Tîpa, enflure.

(4) Ép<j)u(7aço, je souffle dedans.

emphysème spontané^ du à une exhalation de gaz dans le tissu cellulaire? Sans prétendre assigner des bornes diXi possible^ nous pensons que cette exhalation ne saurait être admise, dans l’état actuel de la science, comme chose démontrée. L’emphysème , quelle que soit son origine , est du reste , dans les maladies gangréneuses , facile à reconnaître à la crépitation légère que la compression produit sur les parties tuméfiées , à la mollesse et à l’élasticité des tégumens distendus , qui cèdent avec facilité sous le doigt et n en conservent pas l’impression , et à l’augmentation de sonoréité.

La diminution de volume du corps est un phénomène trèsfréquent dans les maladies. Elle peut, en quelques jours, en quelques heures même , être portée à un degré considérable, à la suite, par exemple , d’un ou deux accès de fièvre pernicieuse , après des évacuations alvines excessives , comme Morgagni l’observa sur lui-même , dans la diarrhée séreuse dont il fut atteint, comme nous l’a\ons vu fréquemment dans le choléra asiatique -, mais le plus souvent, elle a lieu avec lenteur, et constitue Vamaigrissement, symptôme qui peut exister à des degrés très-différens, depuis la simple maigreur jusqu’au marasme (1). Dans la plupart des maladies aiguës , le corps diminue peu de volume, à moins qu’elles ne se prolongent ou ne soient accompagnées d’évacuations abondantes , ou ne soient combattues par des évacuations artificielles, saignées, purgatifs , etc. Ces cas exceptés , ce n’est souvent qu’à l’époque de la convalescence que cette diminution est bien sensible dans les maladies aiguës. C’est particulièrement dans les maladies chroniques que la maigreur parvient à un degré considérable , et dans ce cas elle indique toujours un grand danger.

C. Dans l’âge de l’accroissement, on observe quelquefois, dans le cours des maladies aiguës et chroniques , un accroissement en longueur incomparablement plus rapide que celui qui a lieu dans l’état de santé. Cette espèce d’élongation subite a généralement quelque chose de suspect.

(1) Mapîvw, je dessèche.

D. La fermeiè des chairs réclame une très-grande attention chez les malades. Huxham, et plusieurs autres praticiens célèbres , ont attaché à ce symptôme toute l’importance qu’il mérite , relativement à l’appréciation des forces dans les maladies aiguës. Elle est conservée ou même augmentée dans la plupart des maladies inflammatoires ; elle diminue sensiblement dans les maladies de langueur ; la flaccidité des chairs est remarquable dans les maladies vraiment adynamiques.

E, La couleur de la peau peut offrir de grandes variétés , à raison du climat, du sexe, de l’âge, des occupations habituelles, etc.; néanmoins , il est un teint propre à la santé qui n’échappe pas aux personnes même étrangères à Fart. Il est quelques affections légères qui n’influent pas sur la couleur de la peau; mais dans presque toutes les maladies graves, cette membrane offre un changement remarquable dans la coloration qui lui est naturelle.

La peau est pale y blême ou blafarde dans le frisson des fièvres intermittentes ; cette pâleur est souvent jointe à une demi-transparence dans les scrofules , dans la chlorose, l’anémie et dans quelques espèces d’hydropisie. Elle est sale et comme incrustée d’une matière terreuse dans les maladies adynamiques , en particulier dans la dernière période de beaucoup de dysenteries graves et épidémiques, et souvent aussi dans la phthisie pulmonaire. — Elle est livide y avec des nuances variées et pendant le frisson chez les individus replets, dans le scorbut, dans les maladies du cœur , et quelques inflammations chroniques du conduit intestinal. Dans la plupart de ces affections, la lividité est plus prononcée dans certaines parties que dans d’autres , aux lèvres, autour des yeux, aux doigts. — La peau est légèrement rosée dans les fièvres inflammatoires et avant le développement des éruptions générales; elle est d’un rouge très-prononcé dans la scarlatine. — Elle offre une légère teinte jaunâtre dans quelques maladies bilieuses ; elle est d’un jaune terne et mat dans les fièvres intermittentes qui durent depuis un certain temps, âi\m jaune paille ou terreux dans le cancer, d’un jaune citron ou foncé dans l’ic-

1ère. — Elle offrait une teinte bleuâtre très-prononcée chez les sujets atteints du choléra asiatique dans sa forme la plus intense. Dans quelques affections organiques du cœur, la peau présente également une teinte bleuâtre : on désigne sous le nom de cyanose (1) cette coloration singulière. On Ta attribuée généralement à une conformation yieieuse du cœur, qui permettait au sang de passer, au moins en partie, des cavités droites dans les cavités gauches, sans traverser les poumons. Mais la cyanose est souvent indépendante de toute lésion de ce genre, et dans les cas même où le trou de Botal persiste, il est évident qu’on ne doit point rapporter la cyanose au mélange des deux sangs, puisque ce phénomène a manqué dans les cas où, le cœur étant uniloculaire , les artères pulmonaire et aorte avaient une origine commune. La cyanose paraît dépendre d’une stagnation du sang dans les vaisseaux capillaires, stagnation produite par quelque obstacle apporté dans la circulation du sang au travers des poumons et du cœur : on l’observe, à des degrés divers, dans la plupart des affections organiques de ce viscère , et spécialement dans les rétrécissemens de ses orifices, dans certaines formes de l’emphysème pulmonaire, de la bronchite générale ou capillaire, enfin chez quelques rachitiques dont le thorax est considérablement déformé. Dans ces diverses maladies, la cyanose est le plus souvent partielle, et elle occupe ordinairement la face , et en particulier les lèvres et les joues, les mains, surtout à la pulpe des doigts et au pourtour des ongles, les organes génitaux (chez l’homme) , toutes parties sur lesquelles elle est plus prononcée lorsqu’elle devient générale (5). — Nous avons vu la peau offrir une teinte zei'ie très-marquée chez un malade anémique qui paraissait avoir une affection du foie. — La peau prend accidentellement , chez quelques individus , sous l’influence de causes encore inconnues, une couleur noirâtre plus ou moins foncée. C’est ainsi que nous avons eu dans nos salles pendant plusieurs mois, à l’hôpital de la Charité, un homme naturellement

(1) Kuavo;, bleu.

(2) Dictionnaire de Médecine, t. ix , Cyanose^ par Feuivus; et LouiS, Mémoires anat-pathol. , ou Archives de 1825.

blanc chez lequel la peau était devenue presque aussi noire que celle d’un nègre (l). Plusieurs faits semblables ont été observés et publiés par M. Rostan (2).

Nous rapprocherons de ces faits ceux dans lesquels la coloration noire ou bleue dépend d’une matière colorante qui transsude à travers la peau, comme Billard en a rapporté un exemple fort curieux (3).

Enfin, chacun sait que Tusage intérieur du nitrate d’argent finit par donner à la peau une teinte ardoisée ou bronzée qui est indélébile. On a cru que la lumière avait une grande influence sur sa production ; mais cela ne nous paraît pas exact. Nous croyons que la lumière a la propriété d’augmenter l’intensité de la coloration , mais elle ne la produit pas ; car la teinte bronzée occupe les portions de la peau qui sont couvertes par les vêtemens comme celles qui sont nues ; elle existe même dans les'organes intérieurs.

La peau présente, dans quelques cas, des taches rouges, noires, bleuâtres ou jaunes, qu’on nomme ecchymoses, et qui dépendent de Textravasation du sang : elles sont produites souvent par des contusions, des pressions, et autres causes extérieures ; quelquefois aussi elles sont dues aune disposition intérieure , comme dans le scorbut et le morbus macidosus.

On voit apparaître, dans le cours des maladies aiguës, sur divers points des tégumens et surtout dans les régions les plus déclives , des taches livides , brunes ou noires qui sont généralement d’un sinistre présage. Ces taches ont été quelquefois confondues sous une dénomination commune avec les ecchymoses ; mais elles sont le plus souvent le résultat de la stagnation et non de l’extravasation du sang, car elles disparaissent momentanément par la pression. Il se forme aussi sur les diverses parties de la peau , et particulièrement dans les points sur lesquels le corps s'appuie, comme la région du sacrum et des trochanters, des excoriations et des eschares. L’affection typhoïde est de toutes les

(1) Bulletin de la Faculté j t. iv, p. 114[.

(2) Idem.

(3) Archiveslde Médecine, t. xxvi, p. 455.

maladies aiguës celle dans laquelle ce dernier phénomène se montre le plus souvent, et son apparition, dans les cas obscurs , n’est pas sans importance pour éclairer le diagnostic.

La peau présente aussi chez l’homme malade des modifications plus ou moins importantes qui sont appréciables par le toucher. Au lieu de rester souple et douce, comme dans l’état de santé, elle devient souvent sèche et même rude, soit dans les premières périodes des maladies aiguës, soit dans tout le cours des maladies chroniques. Cette rudesse et cette sécheresse deviennent encore plus prononcées dans la convalescence de quelques maladies éruptives, comme la rougeole et la variole. A la suite de la scarlatine, elle est à la fois sèche , lisse , luisante , comme si elle était couverte de baudruche : cet état de la peau, très-remarquable aux mains surtout, permet au médecin, avant môme que la desquammation commence, de reconnaître l’existence antérieure d’une scarlatine. Dans le choléra asiatique, la peau de diverses parties du corps, et spécialement du dos de la main et de l’avant-bras, présentait une grande analogie avec le parchemin ; pressée entre deux doigts, elle formait un pli qui se conservait pendant plusieurs minutes avant de s’affaisser; dans la même affection, la surface palmaire des doigts offrait des inégalités tout-à-fait semblables à celles que présentent les mêmes parties après une immersion prolongée dans l’eau.

F. Les éruptions que présente la peau sont extrêmement variées. On leur a donné les noms d’exanthèmes, de vésicules, de bulles, de pustules, de papules, de squammes, de tubercules, de macules. On nomme exanthèmes des taches plus ou moins rouges, avec ou sans saillie, de grandeur et de formes variables, disparaissant sous la pression du doigt. Les vésicules sont de petits soulèvemens de i’épiderme , formés par la collection d'un liquide séreux et transparent, qui devient quelquefois opaque. Les huiles ou plilyctènes ne diffèrent des vésicules que par leur volume, qui nest pas moindre que celui d’un pois, tandis que celui des vésicules ne dépasse guère un grain de millet. Les pustules sont de petites tumeurs remplies de pus, développées à la

surface du corps muqueux enflammé. Les jmpules sont de petites élévations, pleines, solides, ne renfermant aucun liquide, mais susceptibles de s’ulcérer. Les squammes sont de petites lames d’épiderme , le plus souvent épaissi , sèches , blanchâtres et friables , qui surmontent de petites élévations comme papuleuses. Sous le nom de tubercules , en pathologie cutanée , on désigne de petites tumeurs dures, circonscrites, permanentes, pouvant s’ulcérer à leur sommet ou suppurer isolément. Les macules sont des colorations ou des décolorations permanentes de quelques points de la peau ou de toute l’enveloppe cutanée, sans trouble général de l’économie (1).

G, Les plicatures sont le résultat de l’impression que produit sur la peau le contact des vêtemens ou des draps du lit. Elles sont légères, rosées, disparaissent promptement dans l’état de santé. Dans certaines maladies, elles sont profondes, durables , livides , bleuâtres et quelquefois excoriées. Les vibices ou coups de fouet (vibices) peuvent être rapportées aux plicatures , bien que , dans , quelques cas, elles ne soient que des variétés de l’urticaire.

H, On doit encore joindre à ces symptômes , fournis par l’habitude extérieure, les tumeurs, les excoriations, les gerçures, les plaies, les ulcères , les fistules , qui peuvent se montrer sur toute la surface du corps. Les tumeurs {tumores) sont des augmentations partielles dans le volume qui est naturel à une partie quelconque; elles varient à raison de leur forme, de leur couleur , de leur siège , de leur volume , de leur mode d’accroissement, de leur consistance et des parties qui les constituent. Quelques-unes disparaissent dans certaines circonstances, et particulièrement par la pression exercée sur elles ; d'autres permettent aux doigts qui les compriment de reconnaître le mouvement ou la fluctuation d’un liquide qu’elles contiennent ; d’autres , comme certaines tumeurs hémorrhoïdaies , sont douées d’une sorte d’érectilité. — On nomme excoriation (^excoriatio) cette lé-

(i) Abrégé pratique des Maladies de la Peau , d’après les leçons du docteur Biett, par Alph, Gazenave et Schcdel. édit.

DES SYMPTOxlïES,

gère altération qu’offre la peau dépouillée de son épiderme et des couches les plus superficielles du corion : elle a souvent lieu dans les maladies graves , et précède ordinairement la formation des escharres.

On donne le nom Aq gerçures {fissura) à des solutions de continuité qui surviennent dans diverses parties , et qui semblent , par leur forme allongée et étroite , être le résultat d’une distension excessive de la peau : elles sont dues le plus souvent au virus syphilitique ou aux dartres ; elles occupent quelquefois le dos de la main , et plus fréquemment les points où la peau se continue avec les membranes muqueuses , comme les narines , les lèvres , le mamelon et Torifice du rectum. Les ulcères {ulcéra ] sont des solutions de continuité entretenues par un vice interne ou local. Ils offrent des variétés nombreuses , à raison de Félévation de leurs bords, de la couleur de la surface ulcérée, et des phénomènes généraux qui les accompagnent. Quant aux fistules [Jistula], elles consistent en des canaux accidentels qui transmettent au dehors, tantôt les matières contenues dans les conduits naturels , et tantôt le produit d’une exhalation morbide.

§11. — La tête, examinée dans son ensemble, fournit quelques symptômes assez remarquables, sous le rapport de son attitude et de son volume.

Elle est inclinée latéralement dans les convulsions ou la paralysie des muscles cervicaux d’un seul côté , dans le torticolis , dans la luxation des vertèbres , dans certains engorgemens des glandes cervicales ; elle est fortement fléchie en arrière dans le croup et dans quelques maladies accompagnées de dyspnée; en avant, par l’effet d’une conformation vicieuse des vertèbres.

La partie de la tête qui correspond au crâne fournit quelques symptômes importans. Son volume est augmenté dans tous les points chez les enfans atteints d’hydrocéphale congénital. Le cuir chevelu , quand il est atteint d’érysipèle , présente un fiement œdêmoieux , avec sensibilité sous la pression du doigt. Ces deux phénomènes sont d’autant plus importans à connaître que la rougeur, qui est le signe principal des érysipèles déve-

loppés sur les autres parties , manque presque totalement dans celui-ci.

Chez la plupart des idiots on observe que le front est bas, étroit et fuyant en arrière ; ou bien Toccipital tout-à-fait aplati se dirige presque verticalement vers le sommet de la tète. Chez d’autres , les deux côtés du crâne ne sont pas symétriques , l’un d’eux présentant le plus souvent vers les régions pariétales une dépression plus ou moins considérable. Le crâne oiïre encore des tumeurs développées dans les os qui le forment , dans les tégumens qui le recouvrent , ou dans les parties quil renferme. Ses tégumens sont le siège spécial de quelques éruptions , telles que les croûtes laiteuses et la teigne.

Les symptômes fournis par la face sont extrêmement nombreux : les plus importans et les plus difficiles à exposer sont ceux que présente la Chez l’homme bien portant, elle offre dans

son ensemble, comme l’a dit le professeur Chaussier , un caractère de vigueur et d’alacrité, et son expression est en harmonie avec, les objets environnans. Chez l’homme malade, la physionomie présente une multitude de nuances qu il serait impossible de décrire : elle est triste, abattue, inquiète, effrayée, indifférente ou attentive, quelquefois riante, ailleurs menaçante ou égarée, sans qu’aucune circonstance explique ces modifications des traits qui rentrent tout-à-fait alors dans la classe des phénomènes morbides.

La symétrie naturelle aux deux côtés de la face cesse d’exister dans les cas d’hémiplégie complète ou de paralysie des nerfs de la septième paire. Du côté paralysé la physionomie devient en quelque sorte muette, tandis que de l’autre elle conserve son expression ; la bouche est manifestement déviée , et la commissure est à la fois abaissée et rapprochée de la ligne médiane ; la joue est pendante, les paupières ont perdu la faculté de couvrir complètement le globe oculaire *, le sourcil est plus bas, et le front n’offre plus ses rides naturelles. Toutes ces différences deviennent plus prononcées encore quand les muscles du côté sain se contractent avec force, et particulièrement dans l’action de rire. Si la paraly-

sie est ancienne, le nez lui-mème finit par participer à la déviation des traits.

Parmi les altérations nombreuses que l’état de maladie peut apporter dans \q fades des individus, il en est quelques-unes qui ont été désignées par des dénominations particulières : telles sont la stupeur stupicla)^ la face vultueuse, grippée, hippocratique.

Il est aussi d’observation que les maladies du cerveau , de la poitrine et du ventre impriment à la face des modifications spéciales qui permettent quelquefois au médecin de déterminer , à l’inspection des traits , le siège de la maladie.

Y^diStujoeur est marquée par le défaut d expression des traits en général et des yeux en particulier : le malade paraît étranger à ce qui l’entoure , sans avoir l’air de réfléchir intérieurement à quelque chose ; il semble être dans un état d’ivresse. Cette espèce de physionomie est propre à la maladie typhoïde.

La face vidiueuse est caractérisée par la turgescence et la rubéfaction de cette partie , la saillie des yeux, l’injection des conjonctives , la distension des paupières , des lèvres , l’expansion de tous les traits. On l’observe particulièrement dans l’hypertrophie du cœur et dans quelques congestions sanguines vers la tête.

La face grfpèe, qui appartient aux plilegmasies aiguës du péritoine , offre des caractères tout opposés : la figure est rapetissée, le teint pâle ou livide, les muscles sont contractés , les traits tirés en haut ou ramenés vers la ligne médiane. L’exposition à un froid rigoureux produit chez l’homme sain quelque chose d’analogue.

La face hippocratique a été ainsi appelée parce qu’Hippocrate a parfaitement bien tracé les traits qui la signalent. On l’observe quelques jours avant la mort chez des sujets qui succombent à des maladies chroniques ou à des affections aiguës qui se sont prolongées au-delà de quelques semaines. Le nez aigu, les yeux enfoncés, les tempes creuses , les oreilles froides et retirées , la peau du front dure, tendue et sèche, la couleur plombée du visage, les lèvres pendantes et relâchées , forment les principaux traits de la face hippocratique et annoncent une mort inévitable , quand des causes manifestes, telles que des veilles excessives, un dévoiement opiniâ-

tre, une abstinence prolongée n’y ont pas accidentellement donné lieu.

Les maladies qui ont leur siège dans la tête sont loin, sans doute, d’imprimer à la physionomie un caractère uniforme -, il en est de même des maladies de la poitrine et du \ entre. Toutefois il est plusieurs affections des organes contenus dans ces cayités dans lesquelles l’aspect de la physionomie est caractéristique. L’apparence du sommeil , les convulsions des muscles de la face , la paralysie latérale , l’expression de la fureur ou de la joie, indiquent une lésion primitive ou secondaire du cerveau; la turgescence du visage et du cou , jointe au sifflement de l’air dans le larynx ou aux efforts convulsifs pour avaler ou pour cracher , dénotent clairement une angine. Les maladies du cœur produisent une altération spéciale de la face , et la phthisie pulmonaire a aussi une expression moins caractérisque, sans doute, mais encore assez bien dessinée. La face grippée appartient, comme il a été dit, à la péritonite, et la plupart des maladies organiques de l’abdomen impriment sur les traits du malade un cachet qui les décèle.

M. Jadelot a cru remarquer chez les enfans une correspondance constante entre les maladies de la tète, de la poitrine et du ventre, et certaines altérations de la physionomie différentes de celles dont il vient d’ètre question. Voici ce qu’on lit, à cet égard, dans un ouvrage publié sous les yeux mômes de ce médecin (1) : Trois traits principaux se remarquent sur la figure des enfans : le premier part du grand angle de l’œil et va se perdre un peu audessous de la saillie formée par l’os de la pommette : on peut le nommer ocuh-zygomatique . Le second commence à la partie supérieure de l’aile du nez , et embrasse dans un demi-cercle plus ou moins complet la ligne externe de la commissure des lèvres : c’est le trait nasale sur lequel en vient tomber quelquefois un autre qui part du milieu de la joue et qu’on a nommé gênai; le dernier commence à l’angle des lèvres et se perd sur le bas du visage : c'est le trait labial.

(i) Maladies des Enfans, dCUnderwood , publiées par M, de Salleè, avec des notes de M. Jadelot,

Le premier est l’indicateur des affections du cerveau et des nerfs ; le second et son accessoire signalent celles des viscères abdominaux ; le troisième appartient aux maladies du cœur et des organes respiratoires (1).

La face fournit encore beaucoup d’autres symptômes relatifs aux changemens survenus dans ses raouvemens, son volume, sa couleur, et aux éruptions qui s’y manifestent.

La face offre des mouvemens convulsifs dans le tétanos coin-* mençant, une immobilité permanente dans quelques maladies nerveuses , des tremblemens passagers dans les fièvres typhoïdes ; dans quelques cas de compression cérébrale, la paralysie est bornée aux muscles de cette région.

Le volume de la face augmente ou diminue rarement sans que le même changement s’opère dans le reste du corps : toutefois la turgescence partielle de cette région a ordinairement lieu dans le début des fièvres éruptives , et quelquefois dans l’imminence des hémorrhagies du nez et du cerveau. Il est aussi à remarquer que dans les cas où l’augmentation et la diminution de volume portent sur tout le corps, elles sont ordinairement sensibles à la face à une époque où elles ne le sont pas encore dans les autres parties.

La coloration de la face présente , dans l’état de maladie , les mêmes changemens que celle des autres parties; elle offre en outre des modifications qui ne s’étendent pas au reste de la surface cutanée. La rougeur de la face, par exemple, est un symptôme très-fréquent; elle peut l’occuper tout entière, ou être bornée à quelques-unes de ses parties. La face est d’un rouge vif dans les paroxysmes des maladies aigues , elle est d’un rouge foncé et livide dans les accès d’hystérie ou d’épilepsie , et cette circonstance concourt à rendre fort difficile la distinction de ces deux maladies : toutefois la face des hystériques est beaucoup moins hi-

(1) Nous nous abstenons de tout jugement sur la valeur de ces signes , d’abord parce que nos observations à cet égard ne sont pas assez nombreuses pour fixer notre opinion , et ensuite parce que le résultat de ces observations ne serait pas conforme à l’opinion de M. Jadelot,

dense que celle des épileptiques; et ce signe, couime l’a fait observer M. Landrè-Beauxais , est peut-être celui qui a le plus de valeur pour faire discerner ces deux affections. — La face peut être aussi le siège d’une rougeur passagère , vulgairement connue sous le nom de feux au visage : on remarque particulièrement ce symptôme chez les femmes qui sont ou mal réglées ou parvenues à l’àge critique. — La rougeur occupe les pommettes dans les redoublemens fébriles de la plupart des maladies chroniques. — Quelquefois elle est bornée à une seule joue , et ce phénomène avait été considéré autrefois comme lié à une affection aiguë ou chronique du poumon correspondant; mais elle dépend alors presque toujours de la situation que le malade garde dans son lit : la joue qui repose sur l’oreiller est plus rouge que celle du côté opposé. — La rougeur vive et circonscrite des pommettes, jointe à la pâleur des autres parties , est un symptôme fréquent dans les affections tuberculeuses. — La couleur jaune ^ qui caractérise l’ictère, est ordinairement sensible à la face, et spécialement sur les sélérotiques ^ avant de l’èlre ailleurs ; elle y est encore apparente lorsqu’elle a complètement cessé de l’être sur le reste du corps. Dans quelques affections bilieuses, la teinte jaunâtre est bornée aux commissures des lèvres et aux ailes du nez.

Il est peu ^éruptions qui soient propres à la face : cependant le front est souvent , dans la jeunesse , le siège de boutons qui ne se passent que vers la vingt-cinquième année ; les lèvres offrent fréquemment chez les adultes une éruption d’herpès, tantôt au déclin des fièvres éphémères , et tantôt à la fin des phlegmasies aiguës peu intenses.

Chacune des parties de la face fournit aussi un grand nombre de symptômes : nous allons les énumérer le plus succinctement possible.

Les yeux , dans l’état de santé , sont médiocrement saillans et humectés , vifs , brillans ; ils se meuvent avec facilité et se dirigent l’un et l’autre vers le môme objet ; le blanc de l’œil est lisse, sans stries , sans teinte étrangère ; la pupille se dilate et se rétrécit d’une manière prompte et égale dans les deux yeux; les pau-

pières minces , très-mobiles , également écartées pendant la veille, recouvrent entièrement l'œil pendant le sommeil ; les sourcils sont un peu relevés. Dans l’état de maladie, le globe de l’œil et les parties qui le protègent présentent des changemens remarquables.

L’expression des yeux est le plus souvent la même que celle du ' reste de la face : ils peuvent être doux, supplians, menaçans , hagards , effrayés ; quelquefois néanmoins , dans le désordre qui accompagne les fièvres malignes et les pblegmasies cérébrales, leur expression contraste avec le reste de la physionomie.

Les changemens qu’on observe dans les mouvemens du globe oculaire sont presque toujours liés à une lésion primitive ou secondaire de l’encéphale. Les yeux sont fixes dans la catalepsie , dans l’extase des mélancoliques; ils sont agités de convulsions dans l’hydrocéphale des enfans ; le strabisme ou la divergence des axes optiques, quand il survient accidentellement, est également presque toujours l’effet d’une maladie du cerveau.

Il est un autre phénomène fort remarquable qui se rapproche du strabisme ordinaire, et qui en diffère à quelques égards : c’est le mouvement isolé d’un des yeux, l’autre restant dans une immobilité complète; j’ai vu ce phénomène se reproduire plusieurs fois et très-manifestement chez un enfant hémiplégique, âgé de dix à douze ans , à la suite de convulsions épileptiformes qui se rattachaient elles-mêmes très-probablement à une lésion organique du cerveau. Ce symptôme , joint à un état presque comateux, avait inspiré des inquiétudes très-prochaines, qui ne se sont pas réalisées.

Le volume du globe de l’œil parait augmenté (œil 'proéminent) dans certaines fièvres inflammatoires , et surtout dans le cas où un obstacle quelconque s’oppose au cours du sang veineux dans les vaisseaux du cou, dans les angines graves, par exemple, et dans l’asphyxie par strangulation ; le volume de l’œil paraît diminué , au contraire , lorsque le tissu cellulaire graisseux du forwi de l’orbite devient moins abondant. L’ouverture inégale des paupières fait aussi quelquefois paraître un des yeux plus volumineux que l’autre; mais, dans tous ces cas, leur volume réel reste à

peu près le même. Il augmente véritablement dans nnflammation interne de l’œil et dans l’in drophtalmie ; il diminue dans l’atrophie qui succède a düTérenles maladies de cet organe, aux plaies et à certaines opérations. Il peut devenir très-saillant sans pourtant être plus volumineux, lorsqu’une tumeur développée dans le fond de l’orbite ou dans le crâne le projette au-dehors (exoplitlialmie). Une inflammation du tissu cellulaire de l’orbite produit le môme effet. Sa couleur participe ordinairement à celle du reste de la face; mais ces altérations de couleur sont presque toujours bornées à la sclérotique ou à la conjonctive qui la recouvre : enfin, il n’est pas rare de voir dans les affections aiguës ou chroniques la cornée devenir terne peu de temps avant la mort.

La cornée présente quelquefois des taches de diverses formes , des phlyctènes , des ulcérations , des collections purulentes, etc., dans les maladies qui lui sont propres. Elle peut faire en avant une saillie considérable dont l’effet est d’augmenter la réfraction dec rayons lumineux , ce qui produit le vice de la vue nommé myopie ; d’autres fois la cornée est moins saillante que dans l’état normal, elle est môme aplatie : cette disposition détermine une diminution dans la force réfringente de l’œil et constitue la presbytie.

Les mouvemens de la piiinlle peuvent être troublés de diverses manières. Quelquefois cette ouverture offre une dilatation considérable , quoiqu’elle soit exposée à une vive lumière ; ou bien elle ne se rétrécit que fort peu et avec beaucoup de lenteur, comme on le voit dans les affections comateuses; ailleurs elle est rétrécie, comme on l’observe dans l’ophthalinie interne et dans l’inflammation des méninges; elle est presque toujours immobile dans l’amaurose , et quelquefois elle présente dans les deux yeux une largeur inégale, soit parce qu’ils ne sont pas doués de la même force, soit à raison d’une compression exercée sur un des côtés du cerveau ; sa forme devient quelquefois irrégulière dans les maladies de Tiris. Cette irrégularité a lieu aussi dans quelques ma!adi(»s vermineuses, d’après l’observation de M. Jadelot.

Le crislaVin ainsi que sa capsule deviennent opaques dans la

cataracte ; l’humeur aqueuse et l’humeur vitrée offrent aussi des altérations de couleur dans l’hypopyon et le glaucome.

M. le professeur Sanson a signalé récemment un phénomène propre à. éclairer le diagnostic de plusieurs maladies de l’organe de la vue. Si l’on présente une lumière au-devant d’un œil dont les milieux sont parfaitement transparens et dont la pupille est dilatée, soit par l’effet d’une amaurose, soit par l’action de la belladone, on voit très -distinctement et constamment trois images de la flamme. De ces trois images deux sont droites et une est renversée : elles sont situées en arrière les unes des autres. La plus antérieure, qui est la plus apparente, est droite; la plus profonde, qui est la plus pâle, est droite aussi; et la troisième, située entre les deux autres, est renversée. Cette dernière est la plus petite des trois , elle est plus pâle que l’antérieure, mais plus vive que la postérieure. Ces trois images manquent complètement lorsque la cornée est opaque. Si l’opacité occupe la face antérieure de la capsule , les deux images les plus profondes manqueront ; si elle est bornée à sa face postérieure , l’image renversée sera la seule qui manquera. L’existence des trois images est un signe certain que le cristallin et sa capsule sont ! tout-à-fait transparens. Ce nouveau moyen d’exploration de l’œil permettra donc de distinguer sûrement dans quelques cas obscurs

1 amaurose et la cataracte noire , le glaucome et la cataracte ordinaire (1).

^ Les parties comprises par Haller sous la dénomination de tuiamiTia oculi présentent, chez l’homme malade, de nombreuses ' altérations.

paupières offrent quelquefois , dans la manie et l’idiotisme , des mouvemens rapides et répétés , un clignotement Qiippus) perpétuel , d autres fois elles ne se meuvent qu’avec une lenteur

(1) L'Expérience, no 1, 1857, t. i, p. 1. MM. Bardinot et Pigné, élèves de M. Sanson, ont prouvé, par une série d’expériences faites avec soin en présence du professeur, que l’image antérieure est produite par la cornée, la moyenne est réfléchie par le segment postérieur de la capsule, et la postérieure par son segment antérieur.

extrême et à des intervalles três-éloignés , comme cela a lieu dans les fièvres adynamiques. Elles sont pesantes dans la céphalalgie, suivant l’expression de quelques malades ; elles sont constamment rapprochées dans les affections comateuses : dans certaines ophthalmies ce rapprochement est accompagné d’une forte contraction des muscles ; elles sont, chez quelques malades, entr’ouvertes pendant le sommeil ; chez d’autres, pendant la veille, elles sont inégalement écartées à droite et à gauche , comme on le voit dans l’hémicrânie , l’hémiplégie et dans quelques affections aiguës du cerveau. Dans la paralysie faciale produite par une lésion quelconque du nerf de la septième paire, les paupières ne peuvent plus se rapprocher parce que le muscle orbiculaire a perdu en partie sa contractilité. — Le xoliime des paupières augmente avec celui des parties voisines dans rérysipèle de la face et dans l’œdème ; le gonflement y est en général plus considérable, à raison sans doute de la laxité du tissu cellulaire qui entre dans leur structure : on les a vues dans quelques cas devenir brusquement le siège d’un emphysème à la suite d’une contusion de la racine du nez ou après des efforts violens pour se moucher. Dans l’un et dans l’autre cas , Temphysème était consécutif à la rupture des parties osseuses qui forment la voûte du nez. La coloration des paupières est ordinairement analogue à celle de la face. Leurs bords libres sont rougeâtres et tuméfiés dans l’ophthalmie chronique ; ils sont renversés en dedans ou en dehors dans quelques maladies dont elles sont le siège. Leurs bords adhérons , et surtout celui de la paupière inférieure , sont souvent marqués par une ligne bleuâtre : on dit alors que les yeux sont cernes. Ce phénomène a lieu chez beaucoup de femmes pendant la menstruation. Dans les deux sexes, les veilles, les fatigues, l’abus du coït et les évacuations excessives, peuvent le produire.

La conjonctive devient plus humide et ordinairement plus rouge dans les fièvres éruptives, dans le typhus et surtout dans l’ophthalmie. Elle se gonfle à des degrés divers dans l’inflammation et forme souvent une sorte de bourrelet tout autour de la cornée (chemosis). Son humidité naturelle parait quelquefois diminuée : on dit alors que les yeux sont secs. Dans quelques cas, le mucus

qu’elle exhale forme des stries blanchâtres sur le globe de l’œil : dans les affections graves , le malade n’eu a pas la conscience et ne cherche pas à s'en débarrasser.

La caroncule lacrymale fournit peu de symptômes importans : elle est d’un rouge vif dans les maladies inflammatoires , et devient pâle dans les maladies chroniques. Quelques auteurs ont considéré la pâleur de ce pelit organe comme un symptôme qui accompagne constamment l’hydropisie ; mais cette assertion est inexacte. Il se .développe quelquefois à sa surface des poils dont le contact irrite l’œil et produit des ophthalmies rebelles.

Les cih sont quelquefois chargés de poussière, et plus souvent de chassie, dans les affections de l’œil et dans les maladies aiguës graves. Leur déviation produit aussi des inflammations opiniâtres , et leur chute est souvent le résultat de l’ulcération du bord libre des paupières. Leur longueur considérable a été signalée par quelques médecins comme un des attributs de la constitution tuberculeuse.

Le sac lacrymal Ammi gonflé, rouge, et s’ulcère par l’effet d’un obstacle qui s’oppose au passage des larmes dans le canal nasal. La même cause donne souvent lieu à l’écoulement des larmes sur la joue. Ce dernier symptôme, qu’on nomme èpiphora^ peut aussi être produit par l’obstruction des points et des conduits lacrymaux, ou bien encore par la paralysie des paupières ou le renversement en dehors de la paupière inférieure.

Les sourcils sont relevés dans le délire furieux des fébricitans et des maniaques , déprimés dans la mélancolie et la céphalalgie intense. Ils s’élèvent et s'abaissent alternativement pendant l’inspiration et l’expiration, dans quelques maladies accompagnées d’une gène considérable de la respiration. Quelquefois ces mouvemens alternatifs ont lieu seulement dans un des sourcils , tandis que l’autre reste immobile. Dans la paralysie du nerf facial le sourcil du côté malade est abaissé et ne peut plus se rapprocher de celui du côté opposé.

'Lq front, dans l’état de santé, est ordinairement uni et serein. Il devient ridé dans les maladies douloureuses et convulsives ; il

DES SYI^ÎPTOMES.

offre quelquefois des boutons et des exostoses dans les affections syphilitiques invétérées.

Les tempes, pleines et unies dans l’état naturel, deviennent concaves vers la fin des maladies aiguës ou chroniques. On a observé que leurs artères superficielles offraient des battemens plus manifestes dans les maladies où rimpulsion du sang vers la tète est augmentée.

Les joues, fermes et arrondies chez l’homme sain, plus colorées aux pommettes qu’ailleurs, peuvent être, chez l’homme malade , agitées de mouvemens convulsifs ou frappées de paralysie ; dans ce dernier cas, elles sont flasques, et se laissent distendre par les alimens dans la mastication , par Fair si le malade essaie de souiller une lumière. L’une des joues ou toutes deux augmentent de volume dans les fluxions dentaires et dans quelques affections des sinus maxillaires. Elles sont quelquefois parsemées de plaques ou de pustules rouges et persistantes , désignées sous le nom de couperose (^gutta rosa)^ que quelques médecins ont considérées comme liées à une affection particulière du foie.

Le nez, qui concourt peu à l’expression de la face, ne fournit qu’un très-petit nombre de symptômes. On a quelquefois observé qu’il était dévié à droite ou à gauche avant les convulsions , et rouge avant l’épistaxis. Il est gonflé et luisant au début d’un érysipèle qui ne s'étend pas encore au reste de la face. Il s’effile par degrés vers la fin des maladies aiguës et chroniques. Son extrémité devient livide et gangreneuse dans quelques fièvres adynamiques ou par suite d’un froid excessif.

Les narines méritent aussi quelque attention : leur dilatation est rapide et convulsive , au moment de l’inspiration , dans les affections où la gêne de la respiration est considérable ; mais quand la faiblesse et la maigreur sont portées au plus haut degré , elles sont au contraire resserrées, comme on l’observe dans la face hippocratique. Dans la paralysie du nerf facial la narine du même côté est immobile ; non-seulement elle ne se dilate plus dans les mouvemens d’inspiration , mais souvent même elle s’affaisse. Les narines sont quelquefois remplies par un mucus noirâtre dans le

cours des fièvres graves ; elles présentent une éruption croiiteuse au déclin de quelques maladies légères, et des gerçures habituelles ou fréquentes chez les enfans scrofuleux. Les tumeurs développées dans les fosses nasales peuvent être aperçues dans Tintérieur des narines -, dans quelques cas elles font saillie au-dehors de ces ouvertures.

Les lèvres, chez l’homme sain, sont libres et souples dans leurs mouvemens ; dans le repos , elles sont rapprochées , fermes , soutenues par l’action de leurs muscles ; leurs bords sont lisses , arrondis , et d’une couleur rosée. Dans la maladie , elles offrent des altérations fort importantes relatives à leur position, à leurs mouvemens, à leur volume, à leur couleur , à leur état de sécheresse ou d’humidité, et aux éruptions dont elles sont le siège.

Elles sont pendantes dans les fièvres adynamiques et dans l’agonie de diverses affections ; très-éloignées l’une de l’autre dans la luxation de la mâchoire inférieure en avant ; serrées et contractées dans les grandes douleurs , tremblantes dans quelques maladies nerveuses ; elles sont tout-à-coup poussées en avant et brusquement écartées à chaque expiration dans quelques affections cérébrales : on dit alors que le malade fume la pipe. Les lèvres sont entraînées à droite ou à gauche lorsqu’un des côtés de la face est affecté de paralysie ou de convulsion ; dans ce dernier cas, on donne au symptôme dont il s’agit le nom de spasme cynique [spasmus cynicus) (1); quand les deux commissures sont entraînées en sens contraire , c’est le rire sardonique ( lùsus sardonius ) (2).

On a dit que la lèvre supérieure était fort grosse chez les scrofuleux, mais cela souffre de très-nombreuses exceptions. Le gonflement des deux lèvres précède et accompagne les éruptions qui s’y développent au déclin de quelques affections aiguës.

Leur couleur est rouge et vermeille dans les maladies inflam-

(1) Kucov, v.uvoç, chien.

(2) On prétend qu’on a donné ce nom an vire convulsif, parce qu’il est quelquefois produit par l’usage d’une plante qui croît en Sardaigne, ah herha Sardonia.

niatoires, pâle clans la chlorose et Thydropisie, bleuâtre clans le frisson des fièvres intermittentes et dans les lésions organiques du cœur.

Les lèvres sont sèches, ordinairement lisses, quelquefois fendillées, dans les fièvres graves; elles peuvent offrir alors un enduit sec et noirâtre, comme celui c{ui couvre les dents et la langue. Toutefois, cette sécheresse et ces enduits de la muqueuse buccale peuvent exister dans les maladies les plus légères, et même dans l’état de santé, chez les personnes qui dorment la bouche ouverte. La nécessité de dormir la bouche ouverte se rattache aune disposition anatomique qui, je crois, n’a pas été signalée; elle consiste dans une conformation vicieuse de la voûte palatine qui , trop élevée vers les fosses nasales et trop rétrécie entre les arcades dentaires, produit comme résultat inévitable l’étroitesse des fosses nasales et le raccourcissement , ou pour mieux dire l’entraînement en haut de la lèvre supérieure. Tous les sujets chez lesquels la lèvre supérieure ne couvre pas les dents, mais s’arrête à leur sortie des alvéoles, dorment nécessairement la bouche ouverte.

Le menton participe aux changemens qui surviennent à la face ; il en est peu qui lui soient particuliers : seulement il est éloigné de l’axe du corps dans la luxation d’un des cotés de la mâchoire; il est souvent déformé dans la fracture de cet os. Il est aussi , dans quelques cas, le siège d’une éruption dartreuse qu’on a désignée sous le nom de mentagra, 11 présente dans l’agonie , au moment des dernières inspirations , un abaissement convulsif qui . précède immédiatement la mort.

Les régions parotidiennes oïixmi , dans quelques affections, un gonflement remarquable , qui peut avoir son siège dans les glandes elles-mêmes ou dans le tissu cellulaire qui les recouvre. Ce gonflement, qui se montre dans le typhus et dans plusieurs autres maladies aiguës, soit dans leur commencement, soit vers leur terminaison, appelle toute l’attention du médecin. On le désigne communément sous le nom de parotides. Il peut être borné â un côté, ou s’étendre aux deux à la fois ou successivement; être à peine sensible , ou très-considérable , etc.

DES SYMPT03ÎES. 137

Les 07'eilles sont livides et froides dans le frisson des fièvres intermittentes; elles sont rouges et brûlantes dans le paroxysme de presque toutes les maladies fébriles, et surtout de celles qui sont accompagnées de congestion sanguine vers la tète. Le conduit auditif externe peut être le siège de divers écoulemens : il en sort du mucus, du pus, du sang, et dans certains cas des fragmens osseux. Dans quelques affections, l’air qui pénètre dans la cavité du tympan par la trompe d’Eustacbi peut sortir avec assez de force pour agiter une lumière placée dans la direction du conduit auditif, ou pour produire une espèce de gargouillement en se mêlant au pus qu’il entraîne. Ce conduit peut être rétréci ou oblitéré par des végétations ou des polypes, par le gonflement de sa membrane interne, par f accumulation et la dessiccation de la matière qu’elle secrète, par la pression qu’exercent sur elle un abcès formé dans son épaisseur , une tumeur développée dans son voisinage. La saillie de l’apophyse mastoïde peut être augmentée par suite d’une maladie de l’os; d’autres fois on observe une atrophie de cette éminence, consécutive le plus souvent à la carie.

La chute des cheveux , indiquée par Hippocrate comme un symptôme de la phthisie, accompagne rarement cette affection. Elle a lieu plus fréquemment dans les affections syphilitiques, et s’étend quelquefois alors à la barbe et à tout le reste du système pileux; au bout d’un certain temps , les cheveux et les poils repoussent au moins en partie. Dans le cas où ils ne se reproduisent pas, on désigne ce phénomène par le nom A' alopécie (l), symptôme fort rare, et dont les causes ne sont pas bien connues. Il n’est pas rare de les voir tomber pendant la convalescence du typhus et des fièvres éruptives. Les cheveux blanchissent quelquefois en peu de jours à la suite d’une grande secousse morale. Ils prennent une couleur verte chez les ouvriers qui travaillent le cuivre, rouge chez ceux qui préparent le minium.

Dans la teigne , les cheveux tombent et sont remplacés par des touffes lanugineuses éparses sur le cuir chevelu. Dans la plique

(1) A).J)7T7'i5, renard. On dit que cet animal est sujet, dans sa vieillesse, à la chute des poils,

polonaise, l’entrelacement inextricable des cheveux, leur feutrage^ est le principal symptôme de cette singulière maladie.

Le cou augmente de volume dans quelques angines, dans le goitre ; il diminue avec les autres parties dans l’amaigrissement général, et sa longueur paraît alors plus considérable. La distension des veines siipciTicielles du cou, des jugulaires externes, le reflux ondulatoire du sang dans ces vaisseaux, depuis la clavicule, où il est très-apparent, jusqu’au voisinage de la mâchoire, où il cesse de Tètre, ont été signalés comme n’existant que dans l’anévrysme des cavités droites du cœur ; mais des observations plus exactes ont montré que ce reflux a lieu presque indilTéremmentdans les maladies des cavités droites ou des cavités gauches, et spécialement dans les rétrécissemens des orifices. Les pulsations des artères carotides sont fréquentes dans l’anévrysme actif du ventricule gauche; elles précèdent quelquefois le délire dans les maladies aiguës. Le gonflement des glandes lymphatiques est aussi un des symptômes les plus importans que présente la région cervicale. Il accompagne et précède quelquefois les éruptions aiguës ou chroniques de la face et du cuir chevelu. Le gonflement subit de ces ganglions survenant avec un appareil fébrile annonce d’une manière presque certaine l’apparition prochaine d’un érysipèle de la face. Celui qui se montre lentement est souvent la conséquence d’une altération survenue dans une des dents les plus voisines.

poitrine , qui doit offrir chez l’homme sain une grandeur proportionnée à sa stature et à sa force , est étroite et plate dans la phthisie pulmonaire , bombée dans l’emphysème pulmonaire. Elle offre dans le rachitis des vices de conformation variés et nombreux que nous ne devons qu’indiquer ici parce qu’ils appartiennent à l’histoire du rachitisme plutôt qu’à la pathologie générale. Les tégurnens qui la recouvrent deviennent très-minces dans les maladies chroniques; dans la dernière période de la phthisie, ils forment entre les côtes, dans la totalité ou dans une partie de son étendue, des enfoncemens profonds. Dans l’empyème, au contraire , on observe quelquefois une saillie plus prononcée dans

DES SYMPTOMS.

les espaces intercostaux qu’aux endroits qui correspondent aux côtes : cette disposition particulière n’est appréciable qu’autant que les tégumens ont peu d’épaisseur. îl est un certain nombre de cas dans lesquels un des côtés de la poitrine est plus Yolumineux que l’autre : cette disposition morbide peut dépendre de deux causes opposées, de l’agrandissement d’un des côtés, ou du rétrécissement de l’autre ; en sorte que tantôt c’est dans le côté le plus large, et tantôt dans le côté le plus étroit que le mal a son siège. L’agrandissement est le résultat de la dilatation des yésiculcs pulmonaires ou d’une accumulation de liquide et quelquefois de gaz dans la cavité de la plèvre. Le rétrécissement est toujours consécutif à un épanchement, et par conséquent à l’agrandissement du même côté de la poitrine : le poumon qui a été comprimé pendant un certain temps ne reprend plus ou ne reprend que très-lentement ses dimensions, et les parois de la poitrine , en se rapprochant de ce viscère , perdent nécessairement une partie de leur ampleur. Une portion plus circonscrite du thorax peut offrir une ampliation ou un rétrécissement partiel: l’ampliation se montre par une convexité ou voussure plus ou moins marquée ; on l’a observée quelquefois , mais le plus souvent d’une manière obscure , dans des épanchemens pleurétiques bornés à la base d’un des côtés de la poitrine , et plus manifestement dans quelques anévrysmes artériels qui font saillie sous le sternum ou les côtes , dans quelques péricardites avec accumulation de liquide, dans l’hypertrophie du cœur, et dans quelques emphysèmes pulmonaires. Mais, afin d’éviter toute erreur, il faut se rappeler que, d’après les recherches de M. le docteur Woillez (l), le côté droit de la poitrine est normalement plus étendu que le côté gauche , et que l’avantage qui existe en faveur du premier varie d’un demi-centimètre à trois ; que , chez les gauchers , on observe une saillie antérieure gauche qui paraît dépendre dans la plupart des cas de l’augmentation d’épaisseur des parties molles ; qu’il y a aussi des personnes

(1) Recherches sur IHnsp. et la mensur, de la poitrine. Paris,

qui, par suite d'une disposition naturelle, ont un des côtés delà poitrine saillant sur une de ses faces et déprimé sur la face opposée. Une disposition inverse se remarque alors de l’autre côté du thorax. Quant au rétrécissement partiel , on l’observe spécialement sous les clavicules , dans certaines formes de la phthisie tuberculeuse, et plus rarement vers la hase du thorax, après la résorption d’épanchemens pleurétiques bornés à cette région.

Les mamelles présentent aussi quelques symptômes dont il sera question ailleurs.

Les épaules sont ordinairement élevées et saillantes chez les phthisiques; Tune d’elles devient plus basse que l’autre dans la courbure latérale du tronc signalée par Laennec chez les sujets atteints ou convalescens d’un épanchement pleurétique considérable et prolongé. La saillie d’une des vertèbres dorsales est le symptôme le plus important du mal de Pott. Dans l’hydrorachis , l'œil distingue sur la région vertébrale une tumeur molle , fluctuante, quelquefois pellucide, et le toucher fait connaître l’absence d’une ou de plusieurs apophyses épineuses. L’excavation de la partie inférieure du sternum , chez quelques ouvriers , est le résultat, non d’une maladie, mais de la pression exercée liabi-^ tuellement par les instrurnens dont ils font usage. Cette difformité est très-fréquente chez les cordonniers.

L’exploration de la poitrine par la percussion et l’auscultation fournit encore beaucoup d’autres phénomènes très-importans qui seront exposés dans les articles consacrés aux symptômes fournis par la respiration et la circulation, et dans le chapitre du diagnostic.

V abdomen, dans l’état de santé, a un volume variable, selon les individus, et une résonnance médiocre ; il est ferme sans dureté et souple sans mollesse.

La peau du ventre est généralement lisse et plus ou moins blanche. Chez les femmes qui ont eu un et surtout chez celles qui ont eu plusieurs enfans , on observe le plus souvent à l’hypogastre et vers les flancs des rides et des plis blanchâtres ou bleuâtres aux-

quels on donne le nom de vergetures et qu’on a présentés comme des indices certains d’accouchemens antérieurs ; mais il faut se rappeler que ces yergetures manquent chez quelques femmes qui ont eu des enfans , et qu’on les rencontre quelquefois chez des indiyidus des deux sexes dont le yentre a été antérieurement distendu par une accumulation considérable de sérosité ou même de graisse. — C’est surtout sur la peau du yentre qu’on obserye les taches rosées lenticulaires de la fièyre typhoïde et du typhus. — Les yeines sous-cutanées présentent , dans quelques cas d’ascite , un yolume plus considérable , et parfois un yéritable réseau \ariqueux dont il sera question ailleurs {circulation veineuse). Il existe chez beaucoup de femmes enceintes, sur la ligne médiane, depuis l’ombilic jusqu’au pubis , une coloration brunâtre due à une sécrétion plus abondante du pigmentum. La ligne blanche présente quelquefois , surtout dans la moitié sus-ombilicale, un éraillement fort étroit , dilTicile à reconnaître , dans lequel une trèspetite portion d’épiploon peut s’engager. Cette affection a souyent donné lieu à des yomissemens opiniâtres et à un dépérissement considérable qui eût fait croire à l’existence d’un cancer stomacal , et qu’un bandage a parfaitement guéri. Il est donc de la plus grande importance, chez les sujets qui yomissent, d’explorer ayec un soin particulier tout le trajet de la ligne blanche^ aussi bien que les autres points du yentre où des hernies peuyent se former. Enfin , à la suite des accoucbernens , on yoit parfois la ligne blanche amincie et éraillée permettre aux intestins de former â l’extérieur des tumeurs considérables, et même on a yudans des grossesses subséquentes la matrice se renyerser au-deyant du pubis, et former dans ce point une énorme saillie.

Le volume du yentre peut augmenter ou diminuer dans l’état de maladie; son augmentation peut être partielle ou générale. Dans ce dernier cas, elle est presque toujours due aux gaz accumulés dans le conduit digestif, à un liquide épanché dans le péritoine, ou â une exhalation exagérée de graisse dans les parois et dans la cayité abdominales. Une accumulation médiocre de gaz dans les intestins augmente le yolume et la résonnance du yentre :

owwomxw^ météorisme {r)ieieorismus){\') cet état de l’abdomen. Si raccumulatioiide gaz est plus considérable et que le ventre en soit distendu, c’est le hallonnementoM la iymjmnUeiiyynpanites) (2); ces deux mots expriment à peu près la meme chose : seulement le dernier est plus généralement consacré aux maladies chroniques, l’autre aux maladies aiguës et particulièrement aux fièvres graves (3).

Le ventre est fréquemment le siège d’un gonflement partiel. Les hypochondres sont tuméfiés dans les maladies du foie et de la rate; on observe tous les jours le gonflement de la région épigastrique dans l’hystérie; la vessie , distendue par l’urine , forme à l’hypogastre une tumeur ovoïde qui s’élève quelquefois jusqu’au nombril; les intestins, l’estomac, l’utérus, les ovaires, les glandes mésentériques forment aussi, dans diverses régions du ventre, des tumeurs plus ou moins distinctes au toucher et quelquefois à la vue : il en est de même des kystes qui se développent dans cette cavité , etc. Ces diverses tumeurs sont quelquefois très-apparentes ; d’autres fois , elles ne se montrent que par une rénitence obscure et profonde.

La diminution dans le volume du ventre peut également être générale ou partielle.*

Le ventre diminue de volume dans beaucoup de maladies chroniques par l’etfet de l’amaigrissement général. Il diminue promptement , mais d’une manière bien moins marquée , dans quelques affections aiguës , dans les violentes coliques , et en particulier dans celle qui est produite par le plomb. Dans les fièvres adynamiques , dans l’inflammation du péritoine , le ventre s’affaisse souvent peu de temps avant la mort : on observe même quelquefois un affaissement semblable chez les sujeis qui meurent hydropiques. Le ventre diminue et augmente alternativement de volume dans quelques affections, et particulièrement dans l’hystérie

(1) MsTScoptc^oç, de pt£rir/)poç, élevé.

(2) TtpiTravov, tambour.

(5) Franck, t. vu, p. 55.

et dans le squirrhe des gros intestins. Le signe le plus important de cette dernière affection est une alternative de constipation prolongée avec intumescence progressive du ventre, et de selles abondantes et mal élaborées , suivies immédiatement d’affaissement des parois abdominales. Dans l’hystérie , au contraire , l’intumescence du ventre survient rapidement par suite de l’exhalation gazeuse, et, le plus souvent, elle disparait avec la même rapidité sans qu’on observe aucune évacuation. La diminution partielle du ventre est plus rare que le gonflement circonscrit : elle est relative plutôt qu’absolue , et succède ordinairement à ce dernier : telle est celle qu’on observe à l’épigastre dans quelques affections nerveuses , à l’iiypogastre après l’excrétion de l’urine long-temps retenue , dans les bypocbondres lorsqu’un engorgement du foie et de la rate se termine favorablement, etc. Toutefois , une diminution partielle a réellement lieu dans quelques cas assez rares : telle est la dépression de l’épigastre et du flanc gauche dans les cas où l’estomac ou la rate abandonnent ces régions et

se rapprochent de l’hypogastre : Morgayni en a cité plusieurs exemples. Dans ces derniers temps, M. Rayer a aussi constaté que le déplacement d’un rein pouvait également donner lieu à ces phénomènes. Dans un cas où les deux reins paraissaient placés transversalement sur le rachis , la région lombaire était déprimée et aplatie comme les deux cotés d’une selle (1). Pour bien apprécier cette disposition, il convient de placer les malades à quatre 'pattes.

La fermeté du ventre est généralement en rapport avec son volume; l’une et l’autre augmentent et diminuent simultanément. Néanmoins , le ventre est quelquefois fort dur, quoique son volume soit diminué , comme dans la colique métallique. Une résistance insolite de tout le ventre est quelquefois le seul symptôme local qui puisse faire reconnaître une péritonite chronique. Le ventre est mou dans certains cas d’hydropisie , quand la quantité de sérosité a diminué par l’absorption ou par une ponction.

(1) Rayer, Malad, des Relns^ ol-s. xxxiu, t. i, p. A07

SYMPTOMrS.

La forme du \entre varie à raison de la maladie qui en augmente le volume : dans Tascite , le ventre est dilaté , surtout d’avant en arrière, et quelquefois l’ombilic, soulevé par la sérosité qui le distend , forme une petite tumeur pellucide sur-ajoutée à la vaste tumeur que représente l’abdomen. Dans le gonflement œdémateux des parois du ventre, au contraire, le plus grand diamètre est transversal , et les flancs acquièrent une largeur extraordinaire. Dans l’im et l’autre cas , le ventre tombe , selon l’expression vulgaire , du côté où le malade reste incliné ; il conserve d’ailleurs une forme assez régulière. Il en est autrement dans le cas où l’augmentation de volume est produite par la présence d’une tumeur enkystée, ou par l’affection organique d’un des viscères : dans ces derniers cas, à moins qu’il n’y ait simultanément ascite, le ventre offre dans sa forme une larite remarquable , au moins dans la première période de la maladie.

Le ventre présente encore dans plusieurs points , et notamment à l’ombilic, à l’anneau inguinal, à l’arcade crurale, au niveau des trous obturateurs , des tumeurs qui se montrent et disparaissent , ou tout au moins augmentent et diminuent dans des circonstances déterminées , et qui sont formées par quelqu’une des parties naturellement contenues dans l’abdomen et actuellement engagées dans l’une des ouvertures indiquées. Ces tumeurs, qu’on nomme hernies , se montrent quelquefois aussi au thorax et à la tête; mais elfes sont aussi rares sur ces deux parties qu’elles sont communes à l’abdomen. Les régions inguinales sont encore le siège de plusieurs phénomènes très-importans , tels que les bubons dans la syphilis et dans la peste. C’est là aussi qu’apparaissent le plus ordinairement les abcès formés dans les régions iliaques et au-devant de la colonne vertébrale.

Les organes de la génération fournissent quelques phénomènes importans : les maladies vénériennes y ont presque toujours leurs symptômes primitifs; des écoulemens, des ulcères, des végétations s’y manifcslent fréquemment , ainsi qu’au pourtour de l’anus , qui est aussi le siège spécial des tumeurs hémorrhoïdales.

Le volume de la verge est plus considérable que dans l’état ordinaire chez les enfans calculeux , chez ceux qui s’adonnent à la masturbation , chez les adultes qui se livrent immodérément aux plaisirs de l’amour. Elle est , chez la plupart des malades , dans un état permanent de flaccidité ; elle disparaît sous les tégumens dans quelques affections du scrotum et de la tunique vaginale. Dans d’autres maladies , telles que la blennorrhagie et le satyriasis ^ elle est y au contraire y souvent ou continuellement en érection. Les testicules sont ramenés fortement contre l’anneau dans la néphrite calculeuse , dans la névralgie ilio-scrotale et dans les coliques violentes f dans quelques cas, cette rétraction des testicules est accompagnée d’une douleur locale très-vive. L’éptdydmie et le cordon spermatique sont le siège ordinaire de cette inflammation connue sous le nom de chaudepisse tombée dans les bourses, et qu’on a l'ong-temps considérée comme occupant le testicule meme, qui n’est que rarement et secondairement affecté. La tunique vaginale, distendue par le liquide qu’elle exhale , est le siège ordinaire de l’hydrocèle, qui occupe aussi quelquefois le cordon spermatique. Le scrotum est considérablement tuméfié dans l’anasarque , dans les hernies inguinales volumineuses, dans : les abcès urineux , etc.

grandes lèvres , chez la femme, présentent souvent un gon- ; flement énorme dans l’hydropisie; on les a vues aussi être le siège d’une inflammation très-vive qui peut succéder à celle des parotides et alterner avec elle, comme l’inflammation des testicules i chez 1 homme. La vulve est, en outre, le siège d’ulcérations I et de végétations d'origine syphilitique. Il n’est pas très-rare id’y rencontrer des tumeurs lypomateuses ou stéatomateuses. Les grandes lèvres peuvent quelquefois, ainsi que le clitoris , être frappées d une véritable hypertrophie ; on y rencontre les divers vices de conformation qui caractérisent l’hermaphrodisme femelle et diverses tumeurs dont le point de départ est dans le vagin ou 1 utérus. Enfin, pendant la grossesse, on y remarque quelquefois un développement variqueux de veines qui souvent n’est que le prélude d une maladie beaucoup plus grave , le trombus ou tu-

meur sanguine , affection qui se montre spécialement pendant le travail de la parturition.

Les membres fournissent un assez grand nombre de phénomènes à la symptomatologie.

Ils sont immobiles et souples dans la paralysie ; leur immobilité est accompagnée de raideur dans le ramollissement du cerveau , dans diverses maladies organiques de ce viscère , dans les affections rhumatismales , dans les crampes et les convulsions toniques : leurs mouvemens sont désordonnés dans quelques névroses , telles que la chorée et Thystérie.

Leur volume augmente et diminue \lans les mêmes maladies qui déterminent l’augmentation et la diminution du reste du corps.

Un des membres devient quelquefois œdémateux et engourdi, lorsqu’une tumeur comprime les vaisseaux H les nerfs qui s’y distribuent. Une tumeur placée dans le flanc produit ces changemens dans la cuisse correspondante : le bras les offre souvent dans l’anévrysme de la crosse de l’aorte. Ces phénomènes dépendent principalement de la gène qu’éprouve la circulation veineuse ; on observe fréquemment alors un développement variqueux des veines superficielles.

Les membres offrent souvent un gonflement partiel qui répond soit aux articulations , soit aux intervalles qui les séparent : le premier a lieu dans le rhumatisme articulaire, dans l’iiydarthrose, les tumeurs blanches , etc. ; le second , qui est beaucoup plus rare , a été quelquefois observé dans le scorbut , où les muscles sont le siège d’une exhalation de sang entre leurs fibres; des phlegmons , des abcès , des anévrysmes ont aussi produit ce gonflement partiel , comme ils peuvent le produire ailleurs.

Les membres diminuent de volume dans la paralysie; cette diminution porte spécialement sur les membres impotens , sur les deux cuisses dans la paraplégie , sur le bras et la cuisse d’un côté dans l’hémiplégie. Lorsque la paralysie a lieu chez les enfans , l’accroissement en longueur est quelquefois lui-mème retardé, et le membre parai} sé est , au bout de quelques années, plus court

que l’autre de plusieurs pouces , en même temps que son volume est beaucoup moindre. Cette atrophie s’observe souvent à la suite des luxations spontanées.

Les extrémités des membres présentent aussi , sous le rapport du volume, quelques changemens remarquables. Sans parler des maladies dont elles sont le siège spécial , comme la goutte ou la carie, mains sont tuméfiées dans la scarlatine et dans la variole ; on remarque aussi , dans la pléthore , que l’intumescence générale est beaucoup plus prononcée aux mains qu’aux autres parties : le gonflement des doigts est quelquefois tel , que ces organes ne peuvent plus être fléchis. Béclard ayant observé, chez plusieurs enfans atteints d’anévrysmes du cœur, une largeur de la dernière phalange qui donnait au doigt la forme d’une petite massue , avait rattaché cette disposition des doigts aux lésions du cœur, et en avait fait un signe de ces maladies. Dans ces derniers temps , cette forme des doigts a été considérée comme se rencontrant spécialement dans le cas de tubercules pulmonaires. Ce phénomène ne nous paraît pas avoir, sous le rapport séméiotique, le degré d’importance qu’on lui a attaché.

Le volume des pieds augmente aussi dans quelques affections , et particulièrement dans l’anasarque commençante.

Les altérations de couleur que présente la peau sont , dans quelques affections , plus prononcées aux extrémités que sur le reste des membres et sur le tronc : telles sont, la coloration livide qui a lieu dans le frisson, les marbrures qu’on observe dans quelques fièvres adynamiques, la teinte bleuâtre qui survient dans le choléra asiatique, dans les maladies du cœur, et toutes les fois qu’il existe une gêne considérable dans la circulation pulmonaire ou cardiaque. Nous avons vu les tégumens des pieds présenter une couleur gris-ardoise, et des sillons profonds et réguliers, avec gonflement et dureté de leur tissu , chez une femme affectée d’éléphantiasis.

Les ongles méritent peu d’attention sous le rapport de la symptomatologie ; ils sont pâles ou livides dans le froid qui marque le premier stade d’une fièvre intermittente ils offrent une teinte jau-

nâtre dans l’ictère. Hippocrate avait observé qu’ils se recourbaient chez les phthisiques: ce phénomène, quelle que soit la cause de cette différence , se montre rarement chez nous d’une manière bien prononcée.

Tels sont les principaux symptômes fournis par l’habitude extérieure ; il en est plusieurs autres dont nous n’avons pas parlé , parce qu’ils se trouveront plus naturellement placés dans l’exposition des symptômes fournis par chaque fonction en particulier.

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