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SECTION III

Des Symptômes fournis par la voix et la parole.

Dans l’état de santé, la voix est sonore, étendue ; elle se prête, par ses inflexions, aux sentimens divers que Tliomme éprouve et qu’il veut exprimer. La parole, ou la voix articulée, est communément libre et distincte.

§ Li*. — Dans la maladie, la voix devient rarement plus forte; ce symptôme n’a guère lieu que dans le délire. Elle est plus faible dans un très-grand nombre d’affections et dans celles des organes vocaux et respiratoires en particulier. Elle peut être entièrement abolie, ce qui constitue T apAoTize (aphonia) (l). Ce symptôme ne doit pas être confondu avec la mussitation (jnussitatio), dans laquelle la langue et les lèvres se meuvent comme dans l’acte de la parole, sans qu’il y ait production des sons : on a observé Taphonie et la mussitation dans quelques maladies aiguës ; elles sont frequentes dans les névroses, surtout dans l’hystérie. L’aphonie existe fréquemment dans la dernière période du croup ; elle peut aussi dépendre d une maladie du cerveau, de la moelle ou des nerfs récurrens. Quand elle persiste à l’état chronique, elle dépend généralement de quelque ulcération qui a détruit les cordes vocales , ulcérations qui sont presque toujours de nature syphilitique ou tuberculeuse ; et, dans ce dernier cas, elles coexistent avec une phthisie pulmonaire , comme cela résulte surtout des recherches de M. Louis. L’aphonie qui remonte à plusieurs mois et même à plusieurs semaines doit toujours faire soupçonner une phthisie pulmonaire : elle est , dans quelques circonstances , le premier signe qui la révèle.

La voix offre des changemens dans son ton comme dans sa force :

(1) A privatif, voix.

elle est claire dans quelques fièvres malignes, avant ou pendant le délire; aiguë dans certaines angines, sijfiante dans le tétanos, 7'auque ou enrouée dans l’hydrophobie et dans la phthisie pulmonaire ou laryngée, nasonnée dans diverses affections de la membrane pituitaire, discordante dans quelques maladies du larynx, comme dans un cas observé par Portai^ chez une femme dont la voix devenait alternativement et brusquement aiguë et rauque pendant qu’elle parlait. Dans quelques variétés de la mélancolie, la voix, comme l’attitude des malades, imite celle de certains animaux , du chien et du loup, par exemple; ces variétés de la mélancolie ont reçu, par ce motif, les noms particuliers de cynanthropie (l) et de lycanthropie (2). Enfin il est d’observation que la surdité entraîne un changement dans la voix qui , n’étant plus réglée par l’ouïe , finit par offrir quelque chose de faux dans son timbre et dans ses inflexions.

§ II. — La parole présente un certain nombre d’altérations qui peuvent accompagner celles de la voix, ou se manifester seules.

Dans quelques fièvres graves, les mots ne sont prononcés qu’ en hésitant et à voix tremblante : c’est Vhésitation (vox iremula).

2^ Le bégaiement (balbuties) est un vice de la parole qui s’oppose à la libre articulation de certaines lettres ou syllabes qui, après un effort pour les prononcer, sont répétées avec vitesse ; le bégaiement survient dans quelques affections du cerveau et dans les fièvres graves. Il est, comme on sait, naturel chez quelques personnes, et lié sans doute à un vice d’organisation.

3® La parole est lente dans beaucoup de maladies : elle est brusque et prompte dans d’autres ; ailleurs elle a lieu avec une grande volubilité, Sénac a plusieurs fois observé ce symptôme au début des accès de fièvre intermittente.

4® Portai a donné des soins à une femme qui commençait à

(1) Ki>c«)v, 7TJV0Ç, chien; avÔpwTroç, homme.

(2) Auy.oç, loup; àvÔp&37roç, homme.

DES SYx^îPTOMES.

parler avec peine, mais qui ne pouyait plus se taire une fois qu’elle avait articulé les premiers mots : elle était entraînée malgré elle à exprimer par des paroles toutes les pensées qui se présentaient à son esprit ; en sorte que , même étant à l’église , elle ne pouvait pas toujours réprimer ce singulier bésoin. C’est la même femme qui présentait la discordance des sons dont nous venons de parler. Un fait tout semblable existe encore aujourd’hui à Paris.

5® La perte de la parole peut exister sans celle de la voix, comme on l’observe dans le mutisme, qui consiste seulement dans l’impossibilité de produire des sons articulés. La perte de la voix, au contraire, entraîne toujours celle de la parole. Cette dernière a été observée avant l’apoplexie et dans le cours des maladies nerveuses. Elle est quelquefois aussi le résultat de l’empoisonnement. Sauvages rapporte qu’aux environs de Montpellier, des voleurs faisaient boire à ceux qu’ils se proposaient de dévaliser du vin dans lequel ils avaient fait infuser des semences de pomme épineuse; ce narcotique, au rapport de ce médecin, produisait un mutisme passager, qui donnait aux voleurs tout le temps nécessaire pour s’évader.

Le mode particulier d’exploration de la poitrine auquel Laennec a donné le nom A'' auscultation (l), appliqué à la voix , a fait découvrir à ce médecin quelques autres phénomènes d’autant plus intéressans, qu’ils ajoutent beaucoup à la perfection du diagnostic de plusieurs affections très-fréquentes et très-graves. Ces symptômes seront exposés plus loin avec ceux qui appartiennent à la respiration : il nous a paru préférable de réunir dans un même article tous les phénomènes fournis par rauscultation des voies respiratoires.

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