P, palpitant
54. P. convulsif : l’artère est tendue et se raidit comme une corde.
55. P. serrin : l’artère frappe les doigts inégalement comme une scie.
56. P. ardent : s’élève en pointe, et frappe promptement et fortement.
Les médecins chinois, qui ont, à ce qu’on rapporte, la prétention de
connaître le genre et la durée de la maladie par le seul examen du pouls, ont fait des variétés bien plus subtiles encore. Ils admettent un pouls picotant comme le bec d’un oiseau; un autre semblable à des gouttes d’eau qui tombent par une fente , ou à une grenouille embarrassée dans l’herbe , et qui semble ne pouvoir ni avancer ni reculer ; ils ont aussi un pouls qui est pareil à l’eau bouillante , un autre qui est frétillant comme un poisson qui se plonge à chaque instant , puis remonte
quelquefois assez lentement pour qu’on croie le tenir par la queue
(Recherches hist. sur la Médec. des Chinois.) Cet échantillon suffit pour faire juger du reste. Le P. Lecomte remarque que les médecins chinois, avant de visiter un malade , ont soin de s’informer de tout ce qu’il éprouve; puis, après avoir long-temps examiné le pouls, sans faire aucune question, ils débitent d’un air prophétique tout ce qu’ils savaient d’avance.
Les pouls critiiues seront énumérés à l’artiele des crises.
ditions réellement appréciables, telles que la vitesse, la grandeur, la dureté, la fréquence; il est au moins aussi nécessaire de ne reconnaître ces altérations que là où elles sont bien évidentes, que là où les reconnaîtrait tout médecin ayant des sens aptes à recevoir ces impressions , et habitués à les juger. Le pouls n’est pas nécessairement faible ou fort , dur ou mou , petit ou grand ; dans une multitude de cas , il n’offre évidemment aucun de ces caractères ; il est tempère, suivant l’expression de quelques auteurs. Nous n’insisterions pas sur une vérité aussi triviale , si nous n’avions eu par nous-même mille occasions de nous convaincre qu’un grand nombre de médecins semblent l’avoir entièrement oubliée.
Les organes de la circulation artérielle fournissent encore quelques autres symptômes dépendant de leur dilatation ou de leur rupture anévrysmatique : tels sont les battements qui se font sentir, soit dans le sac anévrysmal , soit dans les tumeurs qui sont contiguës aux artères saines ou malades : telles sont encore leurs hémorrhagies souvent mortelles , leur dénudation , leurs plaies, leurs déchirures ; telle est enfin leur ossification , qui est souvent manifeste pendant la vie chez les vieillards , dans les artères superficielles.
L’auscultation a été appliquée aussi à l’étude des pulsations artérielles , et a fourni des phénomènes qui ne sont pas sans intérêt. Chez un sujet sain, le stéthoscope appliqué sur le trajet d’une artère, fait entendre un bruit particulier, un peu sourd, circonscrit dans le point qu’on ausculte et isochrone à la systole ventriculaire. Ce bruit , qui est produit par le choc de la colonne sanguine contre la paroi du vaisseau , varie d’intensité suivant le volume de l’artère et l’énergie avec laquelle le sang y circule. Ce battement, ce bruit sourd, peut, lorsqu’il est entendu dans certaines régions où normalement il n’existe pas , révéler au médecin l’existence d’une maladie fort grave, la dilatation anévrysmale d un vaisseau. C’est ainsi que, lorsque l’oreille vient à découvrir sur la face antérieure et supérieure du thorax , ou en arrière , vers la colonne vertébrale, un battement simple ou double, circonscrit,
as.
plus ou moins énergique , distinct des baiteniens du cœur , le médecin devra soupçonner une tumeur de l’aorte. Ce soupçon se change en certitude si, dans le point où le battement est perçu, on distingue aussi un bruit anormal , tel qu’un bruit de râpe ou de souffle , et si la main est soulevée.
Le bruit de souffle est , de tous les bruits anormaux des artères, celui qu’on y observe le plus souvent. Il peut être faible ou intense, continu ou intermittent, circonscrit ou diffus; il peut exister à la fois dans l’aorte, dans les carotides, dans les sous-clavières et les crurales , qui sont les seuls vaisseaux du tronc et des membres qu'on ausculte généralement. Quelquefois le bruit est borné à une ou deux artères. Tantôt il n’est que le retentissement et comme l’expansion du même bruit qui existe dans le cœur ; tantôt , et, le plus souvent, il a son origine dans le vaisseau même où on l’entend.
Le bruit de souffle existe dans certaines maladies des artères , telles que l’ossification des parois , les dilatations anévrysmales , l’anévrysme variqueux. Il peut dépendre d’une compression exercée sur le vaisseau par une tumeur volumineuse ; c’est ce qu’on a observé dans quelques cas où des kystes ovariques comprimaient les artères iliaques et hypogastriques ; mais communément le bruit de souffle artériel se développe dans la chlorose, l’anémie, après les pertes abondantes de sang, surtout après des métrorrhagies , ou à la suite des amputations.
Le bruit de souffle se présente sous des formes variées qui , pour la plupart, ont reçu des noms particuliers. C’est ainsi que dans la chlorose on entend souvent, dans les carotides surtout,, un ronflement que M. Bouillaud a nommé hriiit de diable^ parce qu’il ressemble en effet au bruit produit par le jouet d’enfant connu sous ce nom ; dans d’autres cas , il se rapproche du bruit d’un soufflet de forge; ailleurs, du roucoulement de la tourterelle; ailleurs, enfin, c’est une sorte de sifflement qui dégénère, dans quelques cas, en un bourdonnement musical un peu monotone, roulant sur un double ton. Ce bruit, que Laennec a le premier étudié, a reçu de lui le nom de siffiement module ou siffljement
musical^ ou chani des artères. Ces dernières variétés du bruit de souflle ont été observées, comme les autres, chez les chlorotiques, les anémiques , et accidentellement chez quelques sujets nerveux.
Depuis quelques années, on a beaucoup écrit et fait de nombreuses expériences pour expliquer le mécanisme des bruits artériels : lorsque le vaisseau offre une dilatation , que ses parois sont rugueuses et inégales , ou lorsqu’une artère communique avec une veine par une ouverture plus ou moins étroite, lorsqu’enfin le calibre du vaisseau est diminué par une compression extérieure, le bruit de souffle s’explique assez naturellement par le frottement du sang contre des surfaces inégales ou contre les parois rétrécies du tuyau. Mais suivant quel mécanisme se produisent ces bruits variés qu’on entend dans les cas de chlorose et d’anémie? Nous l’ignorons complètement. II paraît, d’après des recherches récentes , que la vitesse de la colonne sanguine et surtout le peu de densité du liquide seraient deux conditions nécessaires à la formation de ces bruits (l).
Les symptômes fournis par la circulation dans le système capillaire et les veines , sont beaucoup moins nombreux que ceux qu’ on observe dans la circulation artérielle.
C. La rougeur fleurie ou livide de la peau de tout le corps ou de quelque partie, les marbrures, les taches sanguines ou ecchymoses , la pâleur, les hémorrhagies spontanées , sont autant de phénomènes qui appartiennent à la circulation capillaire.
Parmi ces phénomènes , les uns, tels que la couleur rouge fleurie de la peau , les hémorrhagies actives , coexistent presque toujours avec une exagération évidente des forces 5 on les considère généralement comme étant dus à une action augmentée des vaisseaux capillaires. Les autres, tels que les marbrures, les taches livides, les hémorrhagies passives , qui se montrent ordinairement chez les individus affaiblis , sont attribués à la débilité du môme système.
Les vaisseaux capillaires paraissent également fournir les eccliy-
(1) Mémoire de M. de La Harpe , Àrchh\ génér, de Mèdec, , aimée
moses qui succèdent aux contusions , et être le siège de certaines hémorrhagies iraumatiques, dans lesquelles le sang coule en nappe de la surface d’une plaie. Dans ces deux cas , l’hémorrhagie est due à la rupture ou à la section des vaisseaux capillaires : elle est indépendante de toute augmentation ou diminution dans leur force circulatoire.
Quelques auteurs ont pensé que le sang pouvait avoir, dans le système capillaire, une marche rétrograde. La pâleur subite qui résulte d’une émotion vive ou de l’impression du froid ne pourrait pas être expliquée , selon Sqorengel (1), si l’on refusait d’admettre que le sang rétrograde rapidement dans tous les vaisseaux artériels et veineux ; mais il suffit, pour concevoir ce phénomène, de supposer que le sang contenu dans les vaisseaux capillaires est brusquement poussé dans les veines , et que le sang artériel cesse momentanément d’y pénétrer, ou seulement qu’il y pénètre en quantité moindre.
D, La circulation veineuse présente quelques symptômes assez importans. Les veines de toute la surface du corps peuvent être distendues dans certaines affections, et particulièrement dans la pléthore et la chaleur fébrile ; elles disparaissent , au contraire , dans l’anémie et dans le froid qui marque Tinvasion des maladies aiguës et des accès de fièvre intermittente. La dilatation partielle des veines accompagne diverses maladies ; on l’observe dans les congestions locales , chez les apoplectiques par exemple , où les veines du cou sont souvent fort grosses ; on la rencontre également dans le voisinage des tumeurs cancéreuses , de celles de la mamelle en particulier , où elle est ordinairement très-marquée ; on Tobserve encore dans le cas où une tumeur comprime les veines qui rapportent le sang d’un membre : elle constitue un des signes les plus propres à faire soupçonner l’existence de certaines tumeurs situées profondément dans le thorax ou l’abdomen; et, dans d’autres circonstances, la dilatation des veines du cou , de la tète, de la poitrine et des membres thoraciques , conduit à reconnaître
(1) Sprengel, PathoL génér,, p. 147.
une compression de la veine cave supérieure , qu'aucun autre symptôme n'indique. Nous avons parlé précédemment de ces dilatations des veines sous-cutanées abdominales qu’on observe fréquemment chez les individus affectés d'ascite. Il est des cas où la dilatation de ces veines est considérable , en même temps que les parois abdominales sont indurées 5 chacun de ces vaisseaux semble alors être contenu dans une gouttière solide , dont les bords anguleux et le fond demi-circulaire sont parfaitement distingués par le doigt. M. Raynaud, qui a appelé l’attention sur la dilatation des veines superficielles du ventre , la regarde comme indiquant l’existence de quelques obstacles au cours du sang dans l’intérieur de la veine porte, et comme le résultat d'une circulation collatérale , à l’aide de laquelle le sang passe des divisions de la veine cave inférieure dans la supérieure. L’ouverture des corps ne montre pas constamment d’une manière évidente , chez les sujets qui ont offert cette disposition , les obstacles signalés par M. Raynaud , à la circulation intérieure -, toutefois , on constate toujours quelque lésion dans les viscères abdominaux , et le plus souvent l’altération du foie connue sous le nom de cyrrhose , sorte d’atrophie dans laquelle on peut admettre une diminution dans le diamètre des branches de la veine porte , et par conséquent une modification circulatoire conforme , jusqu’à un certain point, à l’opinion de ce médecin.
Dans quelques parties du corps et spécialement dans les membres inférieurs où les lois de la pesanteur ajoutent à la difficulté de la circulation veineuse, on voit souvent, au travers de la peau, des lignes saillantes bleuâtres, sinueuses, parsemées de nodosités, disparaissant momentanément par la pression extérieure et le froid , et augmentant dans les conditions opposées. Ces symptômes ne permettent pas de méconnaître cette espèce d'altération des veines qu’on nomme varices^ maladie dans laquelle la longueur de ces vaisseaux augmente avec leur largeur, comme le prouvent les nombreux circuits qu elles forment et qu’on n’observe pas dans l’éta4; sain.
Le sang veineux peut avoir un cours rétrograde , mais seule-
ment dans quelques vaisseaux et dans un très-court espace. Ce pliènoniène n’est point rare dans les veines jugulaires externes, chez ies individus atteints d’anévrysme du cœur. L’œil distingue, à chaque contraction de ce viscère, le reflux du sang, dont les ondulations décroissantes remontent souvent jusqu’à Ja partie supérieure du cou. C’est ce symptôme que les auteurs désignent sous le nom de pouls veineux. Il est encore une autre affection dans laquelle le sang peut offrir dans les veines une marche rétrograde : c’est l’anévrysme variqueux. Au moyen de la communication accidentelle établie entre deux vaisseaux contigus , le sang artériel passe en partie dans la veine, y produit des pulsations isochrones à celles des artères, et transmet au sang une impulsion opposée à son cours naturel , impulsion qui ne se fait guère sentir au-delà de quelques pouces.
La manière dont s’échappe le sang n’est pas la même dans les plaies des artères , des vaisseaux capillaires et des veines. Dans le premier cas, il sort avec force et \)M jets interrompus ; dans le second , il coule en nappe; dans le troisième, il peut former une arcade continue , dont la force et le volume varient suivant plusieurs circonstances.
Un phénomène signalé par tous les auteurs est l’absence d’écoulement sanguin dans certaines plaies des vaisseaux , comme , par exemple, dans les plaies par arrachement ou par armes à feu , et plus particulièrement après l'ablation d’un membre par un projectile; mais les choses ne se passent pas toujours ainsi, et des hémorrhagies rapidement mortelles ont souvent été observées dans les plaies par armes à feu en particulier, quand elles ont intéressé les grandes artères.
E. Après avoir énuméré les principaux symptômes fournis par les organes de la circulation sanguine, il nous reste à dire quelque chose sur ceux que fournit le sang lui-même. Ce sujet, si intéressant pour la science , avait été presque entièrement abandonné depuis la fin du dernier siècle, époque à laquelle Parmentier et Dey eux publièrent le résultat de leurs expériences sur ce liquide, et où le célèbre auteur de la Nosographie philosophique
sapa dans ses fondemens la doctrine surannée de Tancien humorisme. Depuis ce temps et pendant de longues années la plupart des médecins , persuadés que le sang n'est susceptible d’aucune altération dans le corps \ivant , avaient négligé toute espèce de recherches propres à éclairer cette importante question.
Toutefois, le mémoire de ces deux célèbres chimistes, par cela même qu’il était en opposition avec rancienne doctrine , semblait plus propre à appeler l’attention des hommes sages sur l’objet de la discussion qu’à Ten éloigner; et s'il a produit un effet contraire, le tort en est, moins encore à l’ouvrage lui-même, qu’à la disposition des esprits dans le temps où il a paru. Ce n’est qu’en se reportant à cette époque qu’on peut concevoir l’influence qu’il a exercée sur l’opinion.
Son objet était de « déterminer , d’après les découvertes mo- » dernes chimiques et par des expériences exactes , la nature des )) altérations que le sang éprouve dans les maladies inflammaloi- » res, dans les maladies fébriles [mtrides et dans le scorbut. » Les expériences furent faites : 1® sur le sang d’un jeune homme affecté de pneumonie ; sur celui de trois individus offrant des symptômes de scorbut, joints à des signes de pléthore générale chez deux d’entre eux , et à une douleur de côté chez le troisième ; 3® sur le sang d’un certain nombre de malades atteints d’affections vaguement désignées sous le nom Aq fébriles putrides ^ dans plusieurs desquelles il n'est pas survenu de putridité.
Supposons un instant que les résultats des observations et des expériences faites sur ce petit nombre de malades aient tous été contraires à la doctrine précédemment admise, suffisaient-ils pour la renverser? Non, sans aucun doute; et nous ne craignons pas de dire qu’une opinion qui avait traversé tant de siècles, tant de systèmes ou de théories souvent opposées , méritait qu’on l’examinât d’une autre manière avant de l’abandonner entièrement. Une grande masse de faits, et de faits bien observés et bien décrits , pouvait seule la faire rejeter. Or, le mémoire sur lequel on s’est fondé pour la proscrire ne contient qu’un seul fait , et ce fait est favorable à l’opinion qu’il combat. Les autres expériences
entreprises dans des cas de scorbut exigeant la saignée , de mahdles fébriles 2^if'tr ides dont plusieurs n’ont point eu ce caractère^ n’offrent pas les conditions nécessaires pour servir de base à des conclusions rigoureuses.
Passons maintenant au résultat de ces expériences. V L’analyse cliimique n’a offert aucune différence entre le sang d’un péripneumonique et d’un scorbutique; mais, sans parler ici d’une sorte d’incertitude inhérente aux analyses chimiques qui donnent des résultats variés à mesure que la science fait quelques progrès , nous rappellerons qu’il est beaucoup de corps de la nature, et surtout de corps organisés qui sont très-distincts les uns des autres par leurs propriétés physiques et par leur action sur l’économie , bien que les réactifs chimiques n’y signalent aucune différence. Cette remarque , dont la vérité est de toute évidence, doit suffire pour mettre en garde contre l’application peu réfléchie de la chimie aux corps organisés : le sang des scorbutiques et celui d’individus atteints d’une maladie inflammatoire pourraient offrir à l’analyse chimique des résultats semblables, bien qu’en réalité il y eut entre eux autant de différence qu’entre telle substance salubre et telle matière vénéneuse que la chimie ne distingue point l’une de Tautre , qu’entre le pus variolique et le pus d’un phlegmon, par exemple, qui sont cependant susceptibles de produire des effets très-différens sur l’économie. 1® Quant aux propriétés physiques du sang , à sa consistance , à la formation de la couenne , Parmentier et Deyeux ont observé qu’elles n’élaient pas constamment les mêmes dans des affections semblables , et qu’elles étaient quelquefois pareilles dans des maladies opposées. Si l’on se rappelle la manière peu précise dont les maladies ont été caractérisées dans ce Mémoire , on devra être au moins très-réservé sur les conclusions qu’on peut déduire de ces résultats.
Nous n’avons point d’autre but, en paraissant attaquer ce Mémoire , que de combattre les conséquences qu’on en a tirées , et qui seraient peut-être désavouées par les auteurs eux-mêmes. Ils ont , avec raison , appelé le doute sur une opinion qu’on n’avait point assez pesée avant eux , et iis ne sont pas responsables
d’erreurs qu’ils n’ont point enseignées. Nous n’avons pas non plus prétendu soutenir l’opinion contraire à celle qu’ils ont émise ; nous nous sommes seulement proposé de ramener la question à ce qu’elle doit être , et d’appeler l’attention des bons observateurs sur un objet trop légèrement abandonné. En attendant que de nouveaux faits aient répandu plus de jour sur ce point obscur de la pathologie, nous exposerons ce qu’il offre de moins incertain.
Telle était notre manière de nous exprimer en 1817 et en 1824, sur les altérations jusqu’alors contestées du sang dans le cours des maladies. Depuis lors , la disposition des esprits, sur ce sujet intéressant , est devenue toute autre qu’elle n’était. Les liquides de l’économie, et le sang en particulier, ont été, de la part d’un grand nombre de chimistes et de médecins distingués, l’objet de recherches curieuses , qui semblent promettre des résultats importans.
Quelques expérimentateurs , et en particulier Rossi et Bellingheri, ont comparé l’état électrique du sang pendant la santé et dans les maladies ; mais jusqu’à présent, il n’est résulté de leurs recherches, qu’il faut d’ailleurs vérifier, aucune indication utile pour le diagnostic ou la thérapeutique.
Le sang présente, chez l’homme malade, d’autres changemens moins contestés et que nous allons exposer sommairement.
Tant que le sang circule dans ses vaisseaux , il échappe à nos sens , et ne peut être l’objet d’aucun examen ; c’est seulement lorsqu’il s’écoule au dehors que ses qualités physiques peuvent être étudiées.
Il est rare qu’on puisse bien apprécier les qualités du sang dans les hémorrhagies spontanées. Ce liquide, en s’écoulant goutte à goutte , se coagule par petites masses , et dès-lors on ne peut apprécier que sa couleur et sa consistance : encore arrive-t-il souvent qu’il est mêlé à des matières qui rendent ce jugement difficile. Ce n’est guère que dans les saignées, où une certaine quantité de ce liquide sort rapidement d’un vaisseau de moyen diamètre , qu’on peut apprécier toutes ses qualités. — La force avec laquelle le sang s’échappe dans l’opération de la phlébotomie mérite quelque
attention, surtout clans ses deux extrêmes. C’est ainsi c|ue, chez les sujets xigoureux, le jet est fort et continu, tandis que chez les individus débilités le sang s’écoule lentement, avec peine, et souvent goutte à goutte. Dans la période algide du choléra le défaut d’écoulement du sang, après l’incision des veines et même des artères , tenait non-seulement à ce que le cœur se contractait à peine, mais aussi à ce que le sang était épais , visqueux et transformé en une espèce de gelée. Le prétendu hvuit que fait le sang en sortant de la veine, et la quantité d’écume dont il se couvre en tombant dans la palette, ne méritent aucune attention. — Sa couleur ne peut être bien connue qu’au moment où il coule ; son contact avec l’air , et surtout la séparation qui s’opère entre ses différentes parties , y produisent plus tard des changemens toujours marqués. 11 est plus rouge dans les maladies inflammatoires que dans les affections adynamicjues et le scorbut, où il est noirâtre, que dans les maladies de langueur, comme la chlorose,' l’anémie et tes hydropisies oii il est généralement plus pâle. Quelques médecins, Huxham, entre autres, assurent avoir constaté dans le sang, au moment où il sort de la veine , une odeur jetide chez des sujets atteints de fièvres putrides ; de telles assertions ont besoin d’être confirmées. Néanmoins, il serait très-possible qu’une pareille odeur eût été observée, si, comme l’a avancé le docteur Bonnet de Lyon (1), le sang des individus atteints de fièvre typhoïde contenait de l’hydrosulfate d’ammoniaque , sel que Vauquelin a trouvé dans le sang putréfié, et s'il était vrai que dans quelques cas de maladie charbonneuse, l’acide hydro-sulfurique se fût développé spontanément dans ce liquide (2). Pringle dit aussi avoir reconnu une odeur putride dans du sang nouvellement tiré (3). Quelques auteurs ont avance que le sang exhalait une odeur urineuse dans les rétentions d’urine , mais ce fait n’est pas encore suffisamment établi (4). ^
(1) Gaz. médic. ^ t. v, p. 601.
(2) Noui\ Biblioth. médic.
(5) Maladies des Armées, p. 538.
(4) Maladies des Beins^ t. i , p. 227.
A l’état normal , le sang a une saveur légèrement salée. Quelques auteurs ont avancé que dans le diabètes cette saveur était moins marquée, et quelques-uns même ont ajouté avoir trouvé au sérum un goût sucré (Dobson). M. Guibourt, ayant examiné le sang d’un diabétique, n’a trouvé au sérum que la saveur ordinaire.
La température du sang peut être modifiée dans certaines maladies. C’est ainsi que chez les cholériques il était généralement moins élevé de quatre à cinq degrés Réaumur que celui fourni par des individus atteints de toute autre affection.
Le sang , mis en repos pendant quelques heures , se sépare ordinairement en deux parties : le sérum et Wnsula ou caillot, La proportion, entre le caillot et la sérosité, varie à raison de diverses circonstances, dont quelques-unes seulement nous sont connues. En général, au début des fièvres inflammatoires et des phlegmasies, le sérum est peu abondant , quelquefois meme il manque entièrement*, on dit alors que le sang riche; mais dans le cours ultérieur de la maladie, on voit, dans la plupart des cas, le caillot devenir proportionnément plus petit et le sérum plus copieux , à mesure qu’on répète un plus grand nombre de fois la saignée; quelquefois aussi une partie du sérum reste dans le caillot , et ce n’est qu’en le pressant qu'on peut l'exprimer. Dans ces cas , le caillot offre toujours un peu plus de mollesse que lorsqu’il s'est spontanément débarrassé de toute la sérosité, et s'il présente une couenne, elle est plus épaisse parce qu’elle est infiltrée de sérosité.
La quantité de sérum , qui est petite chez les sujets robustes, est considérable chez les individus naturellement faibles , mais surtout chez ceux qui sont atteints d'anasarquc et de chlorose ; chez ceux encore qui ont été soumis à des évacuations sanguines nombreuses et rapprochées : on dit alors que le sang est pauvre. Chez ces derniers, le sérum est pâle et n’offre plus la couleur citrine qui lui est naturelle ; il parait aussi que les sels solubles qu’il doit contenir se trouvent en moindre proportion. C’est ce qu’on observe également dans la maladie de Bright; car il résulte des expériences du docteur Christison que, dès la première période de l'affection
granulée des reins, il survient une grande diminution de densité dans le sérum du sang, ce qui dépend d’une réduction plus ou moins considérable sur la proportion de l’albumine et des sels. Par suite de cette perte de l’albumine, le sérum du sang est peu coagulable par la chaleur (1), tandis qu’un changement inverse survient dans l’urine.
La sérosité peut aussi contenir diverses substances que l’inspection seule ou l’analyse chimique y fait découvrir. C’est ainsi qu’elle peut être colorée en rouge par une portion de la matière colorante du sang qu’elle retient , circonstance que quelques auteurs ont considérée comme indiquant un état de faiblesse générale ou de cachexie. Dans les maladies bilieuses, et dans Tictère en particulier, le sérum présente une coloration jaune ou verte , plus ou moins foncée, qui, quelquefois, précède de plusieurs jours la couleur ictérique de la peau , et qui indique dans le sang la présence des principes colorans de la bile. D’après quelques chimistes, il existe aussi, dans ces cas, de la cholestérine (Boudet) , du picromel (Orfila).
Le sérum peut offrir un aspect laiteux , comme Christison dit l’avoir observé dans la première période de la maladie de Bright, et comme M. Marschall-Hall l’a remarqué dans les dernières saignées des animaux qu’il faisait mourir d’hémorrhagie. Cet aspect lactescent du sérum en avait pendant long-temps imposé à quelques médecins , car ils croyaient que le sang contenait du lait en substance, ou, du moins, les principaux matériaux de ce fluide ; mais les chimistes modernes sont unanimes pour attribuer la lactescence de la sérosité à l’existence de matières grasses en sus^ pension, et qu’on sépare facilement à l’aide de l’éther.
Le sérum contient beaucoup d’urée dans les résorptions urineuses et dans les première et dernière périodes de l’affection granulée des reins (Christison, Rayer, Rees). Quelques chimistes ont rencontré la même substance dans le sang des cholériques , surtout dans les cas où la sécrétion urinaire était suspendue
(1) Archiv,, 5« série, t. iv, p. 472,
( Hermann (1), O’Shaughnessy (2)). M. Copland a avancé dernièrement que l’urée se trouvait en assez forte proportion dans le sang des individus goutteux (3) ; mais jusqu’à présent cette assertion du pathologiste anglais n’a pas été vérifiée.
Plusieurs médecins ou chimistes , parmi lesquels je citerai Rollo, Rees, Dobson, Mac-Gregor et M. Bouchardat (4) , affirment avoir trouvé dans le sérum du sang des diabétiques une notable quantité de matière sucrée ; mais ces résultats ont été contestés autrefois par Nicolas et Guedeville (5) , Vauquelin (6) et Wollaston (7), et plus récemment par MM. Henry, Soubeiran (8) et Guibourt (9) ; comme on le voit , cette question n’est pas encore pleinement résolue.
Le caillot présente des variétés relatives à sa forme , à sa consistance et à l’aspect particulier de sa surface. Il a ordinairement la forme du vase dans lequel on reçoit le sang , celle d’un disque dont la face supérieure est plate , tandis que Tinférieure est convexe. Dans quelques cas , sa face supérieure devient concave par le renversement de ses bords : on dit alors qu’il est en champignon : c’est particulièrement lorsque le caillot est petit qu’il présente cette forme , qui se présente surtout dans la seconde période des inflammations et après que la saignée a été répétée plusieurs fois. On attache beaucoup d’importance à la consistance du caillot/ 11 est généralement plus ferme dans les maladies inflammatoires et chez les sujets robustes ; il est , au contraire, mou dans les maladies anciennes, dans l’anémie, la chlorose; il est difïluent dans certains empoisonnemens miasmatiques , dans la dernière période des fièvres graves , dans certaines fièvres érup-
(1) Bull, des Sc. méd, de Férussag, t. xxvii, p. 7.
(2) Gaz. médic,.^ i. iii, p. 109, 1852.
(5) Dictionnary of prac. med. art llod., janv.
(4) Reme et journal des Connaissances médicales, 1859.
(o) Dial), sucré. Paris, 1805.
(6) Journ. de Chimie.^ t. i.
(7) Phil. trans., 1811.
(8) Journ. de Pharm. , t. xii , p. 520.
(9) Rayer , t. i, p. 244.
tives, et, en particulier, dans la variole confluente et dans la forme la plus grave de la scarlatine, etc. Chez les cholériques cyanosés, le sang était noir, visqueux, semblable à de la gelée de groseille, et ne rougissait pas ou ne rougissait que lentement par le contact de Tair. L’augmentation de densité du caillot, son volume, la petite quantité de sérum, dénotent un sang abondant en globules; la pâleur du caillot indique une diminution du principe colorant , et , par conséquent, du fer avec lequel il est combiné.
Y a-t-il un état du caillot qui soit caractéristique d’une maladie quelconque? Faut-il admettre, par exemple, qu’un caillot mou et diffluent, cailleboté, qu’une sérosité tenant en suspension une portion de la matière colorante soient des lésions caractéristiques qu’on ne rencontre que dans la fièvre typhoïde? Nous ne le pensons pas. Nous ne pouvons, en effet, regarder comme propres à la fièvre typhoïde des altérations qui manquent souvent dans cette maladie , surtout dans la première période , la seule où généralement les saignées soient praticables , et que nous observons fréquemment chez des individus atteints de plusieurs maladies, autres que l’affection typhoïde.
La surface du caillot n’a pas ordinairement le même aspect que le reste de sa masse ; elle est d’une couleur et môme d’une nature différentes , dans une épaisseur plus ou moins considérable. Dans fétat de santé et dans plusieurs maladies , cette surface offre seulement une couleur rosée ou vermeille dans une épaisseur d’une demi-ligne ou d’une ligne. Dans les inflammations , et particulièrement dans celles qui durent depuis plusieurs jours , le sang se couvre presque constamment d’une croûte plus ou moins épaisse et solide, souvent lardacée, à laquelle on a donné le nom de couenne inflammatoire (crusta inflammaioria). Cette couenne est si fréquente dans les phlegmasies de la poitrine , que beaucoup d’auteurs l’ont désignée sous le nom de couenne jpleuretique (crusia lüeuritica). Elle existe aussi presque constamment dans le rhumatisme articulaire fébrile , et assez fréquemment dans la plupart des maladies aiguës accompagnées d’un mouvement fébrile intense. Cependant la couenne n’indique pas nécessairement
l’existence d’une phlegmasie , puisque le sang couenneux se rencontre chez des individus pléthoriques , bien portans d’ailleurs , ainsi que chez la plupart des femmes enceintes.
Cette couenne est généralement d’autant plus épaisse et plus ferme que l’inflammation est plus vive et le sujet plus robuste. Sa couleur est presque toujours d’un blanc grisâtre : elle parait rosée lorsqu’elle est mince , et jaune lorsque la sérosité qui la surnage présente cette couleur. La pression exercée sur elle n’en fait suinter ordinairement que quelques gouttelettes de sérosité. La formation de la couenne et son épaisseur ne dépendent pas exclusivement des qualités du sang ; elles sont aussi subordonnées à la manière dont il s’écoule au dehors et à la forme du vase dans lequel il est reçu. Si le sang s’écoule avec lenteur, il se coagule en tombant , comme nous l’avons dit ; il forme une masse à peu près homogène , dans laquelle on ne distingue ni caillot, ni sérosité, ni couenne. S’il coule en jet, mais par une ouverture étroite , les conditions sont moins défavorables , une couenne peut se former; mais elle est presque toujours mince , et la sérosité ne se sépare qu’imparfaitement du caillot ; si le sang s’échappe avec force du vaisseau et par une large ouverture , la séparation des élémens du sang s’opère en général facilement, et la couenne se présente avec une épaisseur et une consistance proportionnées à la richesse du sang. Ces différences se présentent souvent dans une même saignée lorsque le sang est reçu dans plusieurs palettes, et qu’il s’écoule dans chacune d’elles avec une force inégale, comme cela n’est pas rare. Quelquefois même, dans un seul vase, on peut juger, d’après l’épaisseur variée de la couenne dans les divers points de son étendue , que l’écoulement du sang a présenté des inégalités très-grandes. Enfin l’épaisseur de la couenne est proportionnée à celle du caillot ; celle-ci à l’épaisseur de la couche que forme le sang tiré des veines , et par suite à la forme du vase où il est reçu. Si, par exemple, en saignant un malade, on reçoit les quatre premières onces de sang dans une assiette , la couenne n’aura qu’une à deux lignes d’épaisseur ; elle en aura cinq à six dans un verre, où la seconde moitié du sang aura été reçue.
Une autre circonstance exerce encore une influence très-marquée sur l’épaisseur de la coueune , c’est la manière dont se fait la séparation du sérum et du caillot. Cette séparation qui n'est jamais complète , dans un sens absolu , s’opère à des degrés si différens , que dans tel cas le caillot retient deux fois autant de sérosité qu’il en conserve dans tel autre. Or, la couenne n’est jamais plus épaisse que quand elle est très-infiltrée de sérum. On reconnaît facilement cette disposition à la transparence de la couenne, et à la facilité avec laquelle le liquide s’en échappe quand on passe un doigt sous le caillot et qu’on le soulève : on voit alors suinter de toute la surface de la couenne une multitude de gouttelettes séreuses qui grossissent rapidement, se réunissent par leur circonférence et s’écoulent. J’ai cherché à connaître les circonstances qui déterminent cette disposition du caillot à retenir le sérum -, mais les divers expérimens que j’ai faits en variant la forme et quelquefois la température du vase dans lequel le sang était reçu , en tenant compte de la largeur de Touverture faite à la veine , de la force avec laquelle le sang s’était écoulé, et du genre d’affection dont le malade était atteint, ne m’ont rien appris sur les conditions auxquelles se rattache cette infiltration.
L’existence de la couenne dans le sang indiquerait , suivant la plupart des auteurs, que la proportion de fibrine s’est accrue ; suivant d’autres , que falbumine s’est modifiée ; suivant plusieurs , enfin , qu’il s’est produit une matière spontanément coagulable. La production de ce phénomène est enveloppée de beaucoup d’obscurité.
Le sang peut contenir divers principes délétères. Les uns peuvent y être reconnus par les réactifs chimiques : c’est ainsi que , dans ces derniers temps, M. Orfila est parvenu à découvrir et démontrer dans ce liquide la présence de l’acide arsénieux chez les sujets empoisonnés par cette substance. D’autres principes délétères peuvent être soupçonnés plutôt que reconnus dans le sang : ainsi , dans l’inoculation des maladies contagieuses et éruptives , tout indique qu’entre l’insertion du virus et le développement des symptômes, le sang présente une altération inappréciable aux
moyens physiques et chimiques d’exploration. La présence du virus morbilleux dans ce liquide serait démontrée par les expériences de Fr. Home et de Sparanza, qui ont inoculé la rougeole avec le sang d’individus atteints de cette maladie, si ces expériences eussent été répétées suffisamment, par divers expérimentateurs, avec le même succès, et avec toutes les précautions nécessaires.
Si , comme tendent à le prouver les observations des chimistes modernes , le sang contient normalement de l’oxygène , de l’azote et de l’acide carbonique à l’état libre , il est probable que plusieurs altérations du sang doivent dépendre d’un changement dans la proportion normale de ces gaz. Le docteur Clanny avait prétendu que, dans la fièvre typhoïde, le sang contenait moins d’acide carbonique, et conseillé, en conséquence, l’usage de l’eau de Seltz (1). Mais, d’une part, l’opinion du docteur Clanny sur cette altération du sang n a pas été suffisamment établie; et, d’autre part, pour ce qui concerne le moyen curatif qu’il avait proposé , nous devons dire qu’ayant traité un grand nombre de malades , à la clinique de la Charité, par l’usage exclusif des boissons gazeuses, nous n’avons pas obtenu plus de guérisons que par l’usage des boissons rafraîchissantes et acidulés.
Telles sont les principales altérations fournies par le sang chez l’homme malade ; si plusieurs d’entre elles sont douteuses et contestables , d’autres sont trop évidentes pour pouvoir être l’objet d’un doute. Tous les médecins sont aujourd’hui convaincus de la nécessité d’étudier ces altérations, qui déjà présentent un certain intérêt, et promettent, dans l’avenir de la science, des résultats dont on ne saurait mesurer l’importance.
Depuis plusieurs années , quelques hommes laborieux ont aussi étudié les caractères microscopiques du sang dans la santé et la maladie. Mais, comme il n’est encore résulté de ces recherches aucun fait positif, comme les expérimentateurs sont arrivés à des résultats différons et souvent contradictoires , nous nous abstien-
(1) A lecture vpontyph* fever, Lond., 1828.
drons d’exposer des opinions qui n’ont pas encore été suffisamment vérifiées. Nous nous bornerons à prévenir les personnes qui se livreront à ces recherches difficiles que les globules sanguins s’altèrent facilement et promptement pendant la formation du caillot; qu’il importe en conséquence de défibriner le sang dès qu’il est sorti de la veine ; on obtient ainsi un liquide qu’on peut conserver pendant quelque temps , et dans lequel on trouve les globules sanguins avec les propriétés qu’ils ont au moment où ils sortent des vaisseaux.
§ II. Circulation de la lymphe. — Il est rarement possible d’apprécier les phénomènes qui se passent dans les vaisseaux lymphatiques. La rougeur qui survient quelquefois sur leur trajet, les nodosités qui s’y forment font reconnaître leur inflammation. On cite aussi plusieurs cas où ils auraient présenté une dilatation qui était, pour eux, ce que sont les varices pour les veines. Mais, généralement , les altérations des vaisseaux lymphatiques ne sont appréciables qu’après la mort.
Les ganglions lymphatiques qui concourent avec les vaisseaux du même nom à la circulation et à l’élaboration delà lymphe présentent des symptômes moins obscurs. Ils sont souvent le siège d’une augmentation médiocre de volume ou de sensibilité, qu’on désigne sous le nom engorgement^ et qui se présente également sous la forme aiguë et chronique. Cet engorgement des ganglions lymphatiques est presque toujours consécutif à une lésion qui existe dans un point plus ou moins rapproché, et plus fréquemment encore lorsqu’un virus ou quelque substance acre est appliquée sur les parties d’où naissent les vaisseaux lymphatiques qui se rendent dans ces ganglions. Dans l’érysipèle de la face, les ganglions sous-maxillaires sont le siège d’un gonflement douloureux qui a lieu aussi dans certaines angines, et surtout dans celles qu’on nomme couenneuses. Les éruptions chroniques du cuir chevelu, la sortie difficile d’une dent ou sa carie sont la cause fréquente d’un engorgement chronique, et, en général, circonscrit, des mêmes ganglions et de ceux qui sont placés sur les parties latérales du cou. L’engorgement aigu des glandes axillaires reconnaît ordinairement pour
cause une excoriation, une piqûre aux doigts, surtout si une matière putride a été inoculée dans la plaie, comme on Tobserve trop souvent chez les personnes qui se piquent en disséquant, ou qui , ayant une gerçure ou une excoriation à la main , la mettent en contact avec un liquide irritant et septique, tel que le pus ou la sanie. D’autres fois, l’engorgement ganglionnaire dont je parle dépend d’une phlegmasie, d’une plaie, d’une ulcération, d’un vésicatoire situés sur le côté correspondant de la poitrine. Chez les femmes qui allaitent, les maladies de la glande mammaire sont encore une cause fréquente d’engorgement douloureux dans les aisselles. Les ganglions du pli de l’aine s’enflamment aussi très-fréquemment, et le siège précis qu’occupe l’engorgement fait souvent juger s’il est symptomatique d’une lésion des parties génitales ou du membre correspondant ou de la partie inférieure du tronc. S’il existe à la partie interne du pli de l’aine , on doit immédiatement soupçonner une maladie des organes externes de la génération, parce que c'est dans ce point de la région inguinale qu’aboutissent les lymphatiques qui partent des organes sexuels. Si l’engorgement est à la partie inférieure et externe de l’aine , il dépend généralement d’une lésion du membre inférieur, d’une plaie , d’une excoriation des orteils , qui aura été irritée par la marche ou par toute autre cause. Si ce sont les glandes lymphatiques supérieures qui sont enflammées, on doit chercher le point de départ du mal dans les parois abdominales. Enfin, si la phlegmasie est bornée au côté externe de la région inguinale, il faudra examiner la fesse correspondante , car c’est là presque toujours qu’on trouvera la véritable cause de l’engorgement.
Comme on a pu le voir par ce qui précède , l’inflammation des ganglions lymphatiques succède presque toujours à une cause d’irritation évidente qui existe plus ou moins loin. Mais, d’autres fois, les glandes s’enflamment, deviennent douloureuses avant qu’on puisse saisir dans les parties voisines aucun changement de texture ou de coloration. Un engorgement ganglionnaire qui survient dans ces circonstances avec un appareil fébrile, annonce en général qu’un érysipèle se développera prochainement, sur un