SECTION VII
Des Symptômes fournis par la nutrition.
Les troubles de la nutrition chez l’homme malade sont presque infinis ; mais dans la plupart des cas ils se dérobent à nos sens pendant la vie , et dès-lors ils n’appartiennent pas à la symptomatologie. Toutefois , il en est quelques-uns qui rentrent dans son domaine, et que nous devons exposer.
La nutrition peut être augmentée , diminuée ou pervertie ; elle ne peut être abolie que dans les parties frappées de mort.
L’augmentation dans l’activité de la nutrition est marquée par l’accroissement du volume de toutes ou de presque toutes les parties constituantes du corps , mais plus spécialement des viscères contenus dans la poitrine et dans le ventre , des muscles et du tissu adipeux. On la confond facilement avec l’obésité produite exclusivement par l’accumulation de la graisse dans le tissu cellulaire de ce nom. Ce dernier phénomène , bien que rare, peut cependant avoir lieu dans l’état de maladie (voyez page 115), tandis qu’une augmentation générale dans le volume des muscles et des viscères n’est jamais un symptôme. Il en est autrement quand l’augmentation du volume est partielle : telle est celle dont le cœur et le foie sont assez fréquemment le siège, et qu’on désigne sous le nom àü hypertrophie ^ disposition très-rarement simple, et presque toujours liée à quelque modification obscure dans la texture de ces organes , et surtout à un trouble plus ou moins manifeste dans leurs fonctions.
Dans presque toutes les maladies qui ont quelque gravité , la nutrition devient languissante, comme on peut en juger par l’amaigrissement qui les accompagne. Lorsque la nutrition languit dans une seule partie, elle donne lieu à l’amaigrissement partiel, ou atrophie; ce phénomène est spécialement dû à l’inaction complète des organes , à une compression prolongée exercée sur eux. Elle a lieu assez fréquemment dans les muscles des membres sous
l’influence de ces deux causes, et l’ouverture des cadavres prouve que les organes intérieurs , comme le poumon dans Tépancliement pleurétique, peuvent aussi , sous l’influence de la dernière , en être quelquefois le siège.
L’atrophie d’un organe peut aussi succéder à un trouble apporté à la circulation ou à l’innervation : ce principe a été ingénieusement et utilement appliqué au traitement de quelques maladies. C’est ainsi que Maunoir de Genève, et Ch. Bell, ont déterminé l’atrophie d’un testicule volumineux par la ligature de l’artère spern)atique, et que plusieurs autres chirurgiens ont arrêté le progrès et déterminé l’affaissement de tumeurs considérables de la face, en liant l’artère carotide primitive du côté correspondant. La ligature ou la section des nerfs ont souvent aussi pour effets d’atrophier les muscles auxquels ils se distribuent. La suspension de l’action nerveuse paraîtrait aussi avoir, dans quelques cas, arrêté le développement, et même déterminé l’atrophie de certains tissus morbides. Le docteur Duparque(l) affirme avoir vu un cancer ulcéré de la mamelle diminuer et disparaître par suite d’une paralysie qui avait frappé le côté du corps correspondant à la mamelle affectée : ce fait , unique peut-être dans les annales de la science, a besoin d’être confirmé par d’autres faits analogues.
Il ne faut pas confondre V amaigrissement avec la maigreur; la maigreur est l’état d’un homme sain ou malade qui a peu d’embonpoint ; l’amaigrissement est l’état d’un homme dont l’embonpoint diminue. Un homme amaigri peut avoir encore de l’embonpoint ; tel autre est encore maigre, bien que chaque jour il acquiert un volume un peu plus considérable. Nous avons parlé de ce phénomène dans l’article consacré à l’habitude extérieure (pag. 117): nous n’y reviendrons pas ici.
La nutrition est aussi souvent pervertie que diminuée -, c’est à cette perversion qu’on rapporte toutes les lésions organiques qui ne sont pas le résultat d’une cause extérieure : la production des
(1) Malad, de Vutérus,
kystes , la courbure vicieuse des os , les dégénérescences diverses, les phlegmasies elles-mêmes, semblent reconnaître pour cause première une modification de la nutrition.
La nutrition fournit un autre ordre de phénomènes qui appartiennent davantage à la symptomatologie : je veux parler des irrégularités de raccroissement à fépoque de la vie où il doit avoir lieu.
L’accroissement , qui , dans l’état sain , s'opère, chez les divers individus, suivant une progression variable , mais renfermée dans certaines bornes, offre dans l’état de maladie des anomalies remarquables. On voit des enfans chez lesquels l’accroissement paraît être presque entièrement suspendu pendant une, et même pendant plusieurs années ; ce phénomène n’est pas rare dans le rachitis, dont il est quelquefois le premier symptôme. Nous avons vu à la clinique de l’Hôtel-Dieu un jeune diabétique, âgé de quinze ans, chez qui l’accroissement avait été suspendu depuis l’âge de douze ans, époque à laquelle le diabétès avait commencé. On voit des individus , en beaucoup plus grand nombre , chez lesquels , pendant le cours très-borné d’une maladie aigue , la longueur du corps augmente d’un et quelquefois de plusieurs pouces. Ces deux phénomènes opposés sont également de fâcheux augure ; seulement le dernier indique un danger prochain , l’autre fait craindre seulement que le développement du corps ne reste incomplet.
ARTICLE III
Sijmpiôrnes fournis par les fonctions génératrices ,
Tous les symptômes dont nous avons parlé jusqu’ici étaient, presque sans exception, communs aux deux sexes; ceux qu’il nous reste à exposer sont différons dans fun et dans l’autre. Les principaux changemens que l’état de maladie apporte dans les organes extérieurs de la génération ayant été indiqués dans la section relative à l’habitude du corps , il nous restera peu de chose à dire sur les troubles des fonctions destinées à la reproduction de l’espèce ; nous les considérerons successivement chez l’homme et chez la femme.
A, Chez l’homme , la sécrétion du sperme est rarement augmentée dans l’état de maladie. Cette augmentation pourrait avoir lieu dans la monomanie érotique ; elle est un des symptômes principaux du salyriasis, La diminution ou la suspension presque complète de cette sécrétion est , au contraire , fréquente , comme on peut le présumer d’après la flaccidité constante de la verge et l’absence de toute érection dans le cours de la plupart des maladies.
L’excrétion du sperme peut offrir divers troubles : elle est douloureuse dans les phlegmasies de l’urètre ; elle a lieu chez quelques individus sans que la verge soit en érection , et particulièrement dans les efforts pour aller à la selle ; chez d’autres , l’éjaculation est faible, ou est gênée par quelque obstacle sie) (1), et la liqueur séminale, au lieu d’être lancée par jets, s’écoule lentement par l’orifice de i’urètre. Chez quelques individus, l’éjaculation a lieu sous l’influence d’un simple attouchement et avant l’introduction du pénis dans le vagin. Quelquefois , il y a déviation du sperme, qui, poussé dans le canal de l’urètre, reflue dans la vessie , d’où il sort ensuite mêlé à l’urine. Cette déviation dépend de la mauvaise direction des conduits éjaculateurs, qui s’ouvrent dans le canal de l’iirètre d’avant en arrière, c’est-àdire dans une direction contraire à l’ordre naturel. Elle résulte quelquefois aussi d’un rétrécissement de l’urètre.
V impuissance, qui consiste dans l’impossibilité d’exercer l’acte vénérien , peut dépendre d’une multitude de causes différentes qu’il serait déplacé d’examiner ici : nous dirons seulement , après avoir rappelé l’influence de l’imagination sur ce phénomène, que tantôt c’est la verge qui n’est point susceptible d’érection, et tantôt c’est l’éjaculation qui n’a point lieu , du moins en temps opportun. Le défaut d’érection est, dans un certain nombre de cas, le premier ou l’un des premiers symptômes d’une maladie des centres nerveux et spécialement de la moelle épinière.
On observe chez quelques malades des érections fréquentes et même habituelles , et indépendantes des causes naturelles qui les
(I) AOç, difllcilement; cnipya, sperme.
DES SVMPTOMES.
provoquent : c’est particulièrement dans les cas de calculs vésicaux , dans certains exanthèmes chroniques de la peau , que se montre ce symptôme, que l’application d’un vésicatoire cantharidé détermine aussi chez quelques sujets.
B. Chez la femme, les fonctions destinées à la reproduction présentent un plus grand nombre de symptômes. Les menstrues, les lochies et la sécrétion du lait méritent une attention spéciale.
Chez quelques jeunes filles, les règles ne paraissent pas à l’àge accoutumé. Ce retard peut dépendre d’un état général de la constitution, ou bien se lier à l’état de l’utérus ou de ses annexes ; le plus souvent, cette espèce d’aménorrhée se rattache à la maladie d’un organe éloigné, et en particulier des poumons.
Le flux menstruel est quelquefois augmenié dans l’état de maladie; cette augmentation ,, quand elle est très-considérable, est connue vulgairement sous le nom de perte : elle peut coïncider aux époques menstruelles ou survenir dans leurs intervalles. Quand le sang qui s’échappe est rendu en caillots, il importe toujours de l’examiner avec soin , et de s’assurer s’il ne contiendrait pas un fœtus ou ses membranes , surtout quand il a été rendu avec des douleurs expultrices analogues à celles qui accompagnent l’accouchement. Les pertes, en effet, sont souvent symptomatiques d’un avortement qui se prépare ou qui s’est déjà effectué, quelquefois aussi elles sont liées à une maladie de l’utérus, telle que polype, corps fibreux, cancer, métrite granulée, etc. Les métrorrhagies ou hémorrhagies morbides de l’utérus surviennent quelquefois spontanément dans le cours des maladies aiguës, spécialement pendant les fièvres éruptives et la variole en particulier, et rendent le pronostic plus grave : dans tous ces cas, l’exploration de l’utérus par le toucher est indispensable. Mais il est bien plus fréquent de voir le flux périodique diminué^ comme cela a lieu dans la plupart des affections chroniques ; il est presque toujours suspendu dans leur dernière période. Les déviations du flux menstruel ont été très-fréquemment observées : elles peu\ent avoir lieu par une multitude de voies différentes, et plus spécialement par une des membranes muqueuses ou par la peau.
L’écoulement des lochies y après l’accouchement, peut être excessif; plus fréquemment, s’il survient quelque maladie à cette époque , les lochies coulent en quantité beaucoup moindre ou sont même entièrement supprimées, comme ou le voit dans la péritonite puerpérale.
Les mamelles augmentent de volume pendant la grossesse. Ce phénomène a lieu aussi , mais rarement , dans certaines affections de l’utérus. Il y a également un grand nombre de femmes chez lesquelles chaque époque menstruelle est précédée et accompagnée d’une tuméfaction notable des mamelles , en même temps qu’elles deviennent le siège d’une sensibilité plus ou moins yive. Mais c’est surtout quelques jours après l’accouchement que les mamelles offrent une grande augmentation de volume , au moment où la sécrétion du lait s’établit. L’absence de tuméfaction des mamelles ou leur affaissement subit dans cette circonstance est toujours un phénomène suspect. Les mamelles diminuent de volume , et éprouvent parfois même une véritable atrophie chez les femmes avancées en âge.
La sécrétion du lait n’augmente jamais dans le cours des maladies ; elle diminue presque toujours , et quelquefois elle est supprimée. On voit ordinairement cette suppression accompagnée de l’affaissement des mamelles, et d’autres fois de leur endurcissement, attribué par quelques auteurs à la coagulation de ce liquide dans la glande mammaire. — L’examen microscopique du lait n’est pas sans intérêt pour la pathologie. On a pu en effet, à l’aide de cet instrument , reconnaître quelquefois que le lait était mélangé avec un peu de pus. — Quant aux déviations du lait dont on a tant parlé, et qu’on croyait démontrées par V aspect laiteux du pus d’un abcès, ou du mucus leucorrhéique, ou du liquide fourni par le péritoine ou la plèvre enflammés, elles ne sont plus admises par personne, et n’ont pas par conséquent besoin d’être soumises à la discussion. Au reste, si cette opinion avait encore quelques prosélytes, il suffirait, pour les détromper, de leur rappeler qu’on rencontre cette matière lactiforme chez les hommes comme chez les femmes, et que, si elle offre la couleur du lait , elle n’en a jamais contenu
les principes. Les femmes ont encore coutume d’attribuer à la présence du lait dans l’économie les douleurs fixes ou vagues , et les éruptions cutanées qui surviennent après leurs couches ; elles désignent ces symptômes, quels qu’ils soient, sous le nom de lait ^'èjoandu. Cette seconde espèce de déviation du lait est une pure hypothèse qui n’est basée sur rien de positif.
La stérilité chez les femmes peut être le résultat de causes beaucoup plus variées que celles qui donnent lieu, chez l’homme, à rimpuissance. Les plus communes sont la mauvaise conformation ou la position vicieuse du museau de tanche ou de son orifice, l’oblitération des trompes, les lésions diverses des ovaires, la présence de polypes dans le col de l’utérus.
On peut encore rapporter aux désordres fournis par les fonctions génératrices des femmes la facilité avec laquelle a lieu l’avortement chez quelques-unes d’entre elles , et l’impossibilité où plusieurs ont été de porter jusqu’au terme naturel de la grossesse le produit de la conception.
Dans les deux sexes, le besoin du rapprochement (appetitus venerens) peut être augmenté, diminué ou perverti. Il est augmenté dans le satyriasis et la nymphomanie, et dans quelques cas de folie érotique. Il est diminué dans la plupart des maladies, et particulièrement dans la leucorrhée chez les femmes , et dans les deux sexes chez les sujets adonnés à la masturbation. Son abolition complète est désignée sous le nom ^ anaplirodisie (anaphrodisia) (1). Il est perverti dans certaines manies et dans quelques autres névroses où les malades se livrent presque sans cesse à la masturbation ou sont entraînés à des actes anti-physiques.
Tels sont les principaux symptômes fournis par les fonctions génératrices; on doit y joindre ceux qu’on distingue par le toucher et par le spéculum uteri ; nous les indiquerons sommairement dans le chapitre consacré au diagnostic.
(1) A privatif, volupté.
ARTICLE IV
Des Symptômes considérés dans la maladie.
Nous n’avons fait jusqu’ici qu’énumérer les symptômes d’une manière abstraite; nous allons maintenant les mettre, pour ainsi dire, en scène, en les envisageant dans la maladie, dont ils sont les élémens.
Quelquefois un symptôme se montre seul : le vomissement , la surdité , l’écoulement du sang par les narines, sont dans ce cas ; mais le plus souvent plusieurs se trouvent réunis. Ces symptômes se groupent de mille manières, et par leurs combinaisons deux à deux, trois à trois, ou en nombre bien plus grand, ils constituent la phénoménale ^ ou, si l’on veut, \ écorce de la ma-
ladie : ils conduisent à la connaissance des lésions intérieures , quand il en existe, et dans tous les cas ils sont d’une grande importance pour parvenir à désigner le genre de maladie dont le sujet est atteint. Les symptômes qui se montrent simultanément chez le même malade sont souvent dans une dépendance intime les uns des autres ; tous n’ont pas une importance égale , soit relativement au diagnostic de la maladie, soit à l’égard de l’influence qu’ils peuvent exercer sur sa marche; enfin, ils ne se montrent pas tous à la même époque. Nous allons les considérer succinctement sous ces différens points de vue.
§ Rr. — Il est bien important, pour l’évaluation des symptômes, de savoir distinguer au milieu du désordre, quelquefois général , des fonctions , quelle est celle dont le trouble entraîne celui des autres, et de ne pas confondre les symptômes qu’on peut nommer primitifs ou locaux avec les phénomènes secondaires ou généraux qui les accompagnent. Dans la pleurésie, par exemple, on observe simultanément la rougeur de la face, la douleur du thorax , la faiblesse ou le trouble des fonctions intellectuelles , la soif, la voix entrecoupée, la toux, la dyspnée, la fréquence du pouls, l’élévation de la chaleur, la couleur rouge de l’iirine,
et beaucoup d’autres symptômes qui peuvent accompagner la maladie pendant tout son cours ou pendant une partie de sa durée. On voit facilement ici de quelle importance il est d’isoler les phénomènes primitifs de ceux qui ne sont que secondaires. Les premiers sont la douleur de côté, la dyspnée, la toux, auxquels on peut joindre la gêne de la parole 5 les seconds sont la coloration de la face, la céphalalgie, la fréquence du pouls, la chaleur, le trouble des sécrétions, etc. Les changemens sensibles que présente la plèvre enflammée expliquent tous les symptômes primitifs, tels que la douleur, la dyspnée, la toux. Quant à la manière dont les autres symptômes sont liés à la pleurésie, il est possible encore de les expliquer d’une manière satisfaisante. La douleur pleurétique, et sans doute aussi l’état de phlogose de la plèvre, obligent le malade à faire de courtes et fréquentes inspirations ; la respiration est dans un tel rapport avec la circulation , que , jquand l’une des deux est accélérée , l’autre Test inévitablement. La fréquence de ces deux fonctions détermine l’élévation de la chaleur, à la production de laquelle l’une et l’autre paraissent concourir ; l’élévation de la chaleur augmente la soif, et rend l’urine plus chargée.
Mais , dans la plupart des cas , il n’est pas possible de concevoir ainsi l’enchaînement des symptômes , et Ton est contraint de les attribuer au lien invisible de la sympathie. Il existe entre toutes les parties du corps, chez l’homme malade comme chez celui qui est en santé, des rapports si intimes, qu’aucune d’elles ne peut être altérée gravement dans sa structure ou dans ses fonctions sans que toutes les autres, ou du moins plusieurs d’entre elles, n’y participent à un degré quelconque. On nomme phénomènes sympa-ihiques tous ceux qui sont dus uniquement à cette connexion des divers organes, sans lésion primitive de la partie qui en est le siège, et l’on appelle sympathie (\) la condition organique qui préside à la production de ces phénomènes. Elle détermine chez l’homme malade des effets plus variés et plus extraordinaires encore que chez
(1) 2vv; avec, en même temps; TràSoçj affection.
l'homme sain. Sans parler ici de cette sympathie universelle ou générale , en vertu de laquelle l’économie tout entière participe au désordre de quelque fonction ou de quelque organe , comme on le voit dans l’inflammation d’un viscère, ou dans toute autre maladie interne, jetons seulement un coup d’œil sur les phénomènes qui dépendent de la sympathie spéciale ou particulière, c’està-dire de celle qui établit entre tel et tel organe des rapports qui ne s’étendent pas aux autres.
Hunier a distribué ces phénomènes nombreux et variés en trois séries , selon qu’ils surviennent dans des organes continus , contigus ou éloignés-, cette division est plus simple et plus naturelle que celles qui ont été proposées depuis. A la sympathie de continuité se rattachent la douleur qui se fait sentir dans tout le trajel d’un nerf au moment où il est piqué ou contus; les convulsions générales et le tétanos par suite du déchirement de quelque filet ‘ nerveux ; le prurit des fosses nasales chez les personnes qui ont des vers dans les intestins, la douleur du gland chez les individus qui ont un calcul dans la vessie. La sympathie de contiguité produit les vomissemens dans la péritonite, la dysurie dans le gonflement hémorrhoïdal et dans le flux dysentérique, etc. La sympathie éloignée agit tantôt sur des organes semblables ou associés aux mêmes fonctions , et tantôt sur des parties qui n’ont entre elles aucun rapport évident. Dans l’amaurose complète d’un côté, on voit quelquefois les oscillations de l’iris se transmettre de l’œil sain à celui qui ne distingue pas la lumière, et, dans l’inflammation d’un seul de ces organes, l’autre ne pouvoir pas supporter lejour. Ces divers phénomènes sont attribués à la similitude de structure et de fonctions des organes dans lesquels on les observe. L’association des mamelles avec l’utérus, des muscles expirateurs avec les poumons, paraît, jusqu’à un certain point, rendre compte de l’affaissement ou du gonflement des mamelles dans certaines affections de la matrice, de la toux involontaire que provoque l’accumulation du mucus dans la trachée-artère. Quant aux exemples de sympathie éloignée entre deux organes qui ne concourent pas aux mômes fonctions, ils sont très-nombreux, et ne sauraient être
expliqués par les anastomoses nerveuses, ainsi que plusieurs physiologistes ont cherché à le faire pour quelques phénomènes sympathiques de cette espèce, et en particulier pour la douleur de Tépaule droite qui , dans quelques cas, accompagne l’inflammation du foie. La toux qu’on observe dans certaines affections de l’estomac , du foie, et même de Tutérus; le vomissement qui a lieu dans les maladies du cerveau, des poumons, des reins, de la matrice ; le tremblement de la lèvre inférieure et le ptyalisme qui souvent précèdent le vomissement , la dilatation de la pupille , dans les affections vermineuses, la douleur du genou dans la maladie de la hanckey sont autant de phénomènes sympathiques, la plupart bien constatés , mais entièrement inexplicables.
Tels sont les principaux effets de la sympathie morbide , qui transmet, comme on l’a dit, à toute l’économie les irradiations de l’organe affecté.
§ II. — Parmi les symptômes qui se montrent simultanément dans le cours d’une maladie quelconque, tous n’ont pas , avonsnous dit, une importance égale. 11 est des symptômes imnciiMux ou caractéristiques *, il en est d’autres qui ne sont {\\ü accessoires.
Lorsque toutes les fonctions de l’économie sont à la fois dérangées, et que plusieurs le sont d’une manière grave, sans qu’aucun organe soit plus spécialement affecté que les autres, les phénomènes les plus saillaus deviennent les symptômes principaux , et les autres ne sont qu’accessoires : c’est ce qu’on observe dans les fièvres intermittentes pernicieuses. Dans les maladies, au contraire, qui affectent spécialement un organe, ce n’est point d’après l’intensité des symptômes qu’on mesure l’importance de chacun d’eux, mais d’après l’endroit dans lequel ils se montrent et d’après la fonction qui est dérangée. Ainsi dans la péripneumonie, une douleur très-légère dans un des côtés, quelques crachats à peine rouillés, sont les symptômes principaux; tandis qu’une céphalalgie très-forte, une urine rouge, un mouvement fébrile intense, ne sont que des phénomènes accessoires.
§ III. — Les symptômes ont aussi été distingués en actifs et en
j^assifs.
Lorsqu’on a défini la maladie une lutte de la nature qui emploie tous ses efforts pour repousser ou détruire la matière morbifique, il semble qu’on ait oublié que , dans quelques affections, on n’aperçoit aucun signe d’une réaction salutaire, et que la plupart des symptômes tendent aü contraire à hâter la mort. Ainsi dans la phthisie pulmonaire, les sueurs nocturnes, le dévoiement, la toux, les hémoptysies, aggravent de jour en jour l’état du malade. Mais il est aussi d’autres affections dans lesquelles on ne peut méconnaître une réaction favorable. Les phénomènes particuliers qui se développent autour d’une épine enfoncée dans la peau, la fièvre qui accompagne l’inflammation de cette membrane et des parties sous-jacentes, la suppuration qui se forme autour du corps étranger, et l’entraîne au-dehors après avoir aminci les légumens dans l’endroit qui correspond à l’abcès , ou décollé les bords de l’ouverture même qui avait fourni passage à l’agent matériel de la maladie, sont autant de symptômes qu’on peut nommer actifs avec quelques auteurs modernes.
Dans beaucoup de maladies aiguës , la plupart des symptômes semblent également indiquer , sinon un concours de toutes les forces de l’économie contre la cause morbifique , du moins une lutte évidente entre l’une et l’autre. Mais on ne doit pas disconvenir que , dans le plus grand nombre des cas , la distinction des symptômes en actifs et en passifs ne soit entièrement impossible.
§ IV. Tous les symptômes ne se montrent pas dès l’invasion des maladies. Dans celles dont la marche est rapide , c’est , en général , vers le second ou le troisième jour que les symptômes principaux et caractéristiques se développent; dans celles dont îa marche est lente , ce n’est souvent qu’après plusieurs mois, et quelquefois même après plusieurs années. Dans l’im et l’autre cas, il survient, pendant le cours de l’affection, divers symptômes accidentels que l’on nomme épiphénomènes (\) , et qui ne diflèrent des symptômes proprement dits que parce qu'ils ne sont pas aussi intimement liés à l’existence de la maladie. On
peut rapporter aux épiphénomènes ou aux accidens les super^venieniiaj les épiginomènes, et ce qu’on a désigné dans les écoles sous les noms de symptômes de la cause et de symptômes du symptôme. Les supervenientia sont des phénomènes étrangers à la maladie, mais développés par elle : telle est l’apparition du flux menstruel avant l’époque ordinaire; telles sont les douleurs de la dentition qui surviennent chez des enfans qui n’en étaient pas tourmentés avant la maladie actuelle : telle est enfin , chez quelques malades, la multiplication prodigieuse des animaux parasites , des vers , et des poux en particulier. Les épigi’nomenes (l) sont des accidens qui se manifestent pendant la maladie, mais qui dépendent de quelque cause externe, de la négligence des assistans ou de l’imprudence des malades. Les symptômes de la cause sont des phénomènes accidentels qui semblent dépendre, non pas de la maladie, qui ne les produit point ordinairement, mais de la cause qui détermine la maladie elle-même : telle est l’hémoptysie ou crachement de sang qui a lieu dans le cours d’une fièvre inflammatoire. Comme ce symptôme n’accompagne pas ordinairement cette maladie , on a pensé qu’on devait le considérer comme le résultat de la pléthore qui produit la fièvre , plutôt que comme un effet de cette fièvre elle-même. Enfin , lorsque cette hémorrhagie devenait considérable au point de produire des défaillances , ces défaillances étaient , selon le langage des écoles , le symptôme du symptôme. Ces distinctions ont été justement abandonnées , et les dénominations par lesquelles on les désigne sont devenues presque inintelligibles pour nous. On peut, sans aucun inconvénient, réunir sous le nom à' épiphénomènes les divers accidens qui se joignent aux symptômes des maladies.
Tels sont les principaux points de vue sous lesquels on peut envisager les symptômes. Dans un autre chapitre, celui du diagnostic, nous reviendrons sur leur valeur séméiotique.
(1) Etti, sur; Ytvopat, je nais.
MARCHE DES MALADIES