‹ Élémens de pathologie généraleChapitre 3 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la Pathologie , de son importance , de son étendue et de ses divisions. — De la Pathologie générale , de son étendue et de ses limites ; des avantages et des dangers attachés à son étude ; de l’ordre à suivre dans son exposition.

On a défini la pathologie , cette branche de la médecine qui traite de la classification , des causes , des symptômes et des signes des maladies. Cette définition est loin d’etre exacte. Tout ce qui concerne l’homme malade appartient à la pathologie , de la même manière que tout ce cjui a rapport à Hiomme sain est du domaine de la physiologie. Le siège des maladies , les phénomènes qui les précèdent et les suivent, leur marche, leur durée, leurs modes divers de terminaisons, leurs retours, leurs formes diverses., leurs complications , les lésions qu’elles apportent dans la texture des organes, leur traitement préservatif et curatif, etc., etc., sont autant de points essentiels de leur histoire , et qui sont nécessairement du ressort de la pathologie (1) , c’est-à-dire de cette branche de la médecine qui a pour objet la connaissance des maladies.

De toutes les parties de notre art , aucune ne présente au médecin autant d’attraits dans son étude , autant d’importance dans son but, que la pathologie. Elle est pour lui un centre autour duquel viennent se ranger, à des distances inégales, les autres

(1) nàôoç, maladie; Xoyo?, discours, traité.

sciences naturelles. L'étude de l’anatomie et de la physiologie, de la chimie et de la physique , de la botanique et de la matière médicale, n’est pour lui qu’une introduction à celle de la pathologie ; et , lorsqu’une fois il s’est livré à cette dernière , les autres perdent , à ses yeux , une grande partie de leur importance ; il ne voit plus en elles que des sciences accessoires ; et , parmi les faits nombreux qu’elles embrassent, il ne conserve et ne retient que ceux qui ont un rapport intime avec la connaissance des maladies et des moyens propres à les combattre.

Loin de nous cependant l’idée d’élever la pathologie en abaissant les autres branches de l’histoire naturelle : quels que soient son degré d’importance et la noblesse de son but , nous ne prétendons lui donner aucune supériorité sur les autres sciences. Nul doute que la physiologie, la physique, la zoologie, etc., ne méritent d’etre placées sur le même rang : ces sciences sont toutes unies par des liens intimes ; elles se prêtent un appui mutuel et des lumières réciproques : elles ne doivent ni ambitionner, ni reconnaître entre elles de supériorité, quoique chacune d’elles ait pour celui qui l’embrasse une prééminence relative sur toutes les autres.

Comme toutes les sciences naturelles , la pathologie ne reconîiait, pour ainsi dire, pas de bornes; chaque jour, la botanique, la zoologie, la physique, la chimie, la minéralogie étendent leur domaine ; chaque jour aussi la science de l’homme malade semble s’agrandir et s’agrandit en effet aux yeux de l’observateur. Sans parler ici de ces variétés infinies et presque toujours nouvelles que présentent les airections nombreuses auxquelles l’homme est exposé, ne voit-on pas la pathologie faire journellement des progrès, soit par l’étude mieux dirigée des causes, la description plus fidèle des symptômes , soit par l’examen plus sévère des circonstances qui influent d’une, manière favorable ou nuisible sur le cours des maladies , soit par la découverte de quelque affection précédemment inconnue ou incomplètement décrite, soit enfin par l’application d’un nouveau mode d’exploration aux phénomènes des maladies? Pour en citer un exemple récent, n’avons-noiis

DE LA PATHtOLOGIE GENERALE.

pas vu la découverte de rauscultation fournir à Thistoire des maladies des organes contenus dans ta poitrine une multitude de phénomènes jusqu’alors ignorés et de signes diagnostiques d’une grande valeur? La pathologie offre à l’étude une telle masse de faits, qu’il est impossible à l’esprit de l’homme d’en embrasser tous les détails : aussi, peut-on avancer qu’aucun homme ne possède toutes les connaissances pathologiques renfermées dans les fastes de l’art , en faisant même abstraction des théories et des systèmes.

Cette disproportion entre l’étendue de la science et celle de l’esprit humain a dû conduire à des résultats qu’on prévoit : ne pouvant pas agrandir l’esprit humain , on a essayé de partager, en quelque sorte, la science en plusieurs parties, dont l’étendue fût en rapport avec notre capacité intellectuelle. De là, les nombreuses divisions de la pathologie. La plus importante de toutes est celle qui la distingue en interne ou médicale , et en chirurgicale ou externe. Les maladies des femmes, des enfans, des vieillards, celles qui ont leur siège soit dans une des cavités splanchniques , soit dans un des grands systèmes anatomiques , dans un appareil , dans un seul organe , etc., ont aussi été l’objet de subdivisions particulières ; et des hommes d’un très-grand mérite n’ont pas dédaigné de se livrer à l’étude, à peu près exclusive, d’un seul de ces ordres d’affections. Mais on doit reconnaître que, dans aucun cas , l’étude particulière d’un groupe de maladies n’a été profitable à la science qu’autant que ceux qui se sont voués à ce genre de travail ont possédé des connaissances approfondies dans les autres branches de la pathologie. Les organes ne s’isolent point dans leurs souffrances, et les maladies ne peuvent pas être isolées dans leur étude.

Il est une autre division qui , loin de rétrécir la science , en agrandit le domaine, et qui, comme la division adoptée par Bichat dans l’étude de l’anatomie, en a reculé les bornes : c’est la division de la pathologie en générale et descriptive . Cette division , en effet, n’a pas pour but de partager la science en plusieurs branches , ou de séparer une série d’affections de toutes les au-

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