DE LA PATHOIOGTE GÉNÉRALE
très. La pathologie générale, qui a pour objet les maladies considérées d’une manière abstraite et dans ce quelles offrent de commun, les embrasse toutes dans un même cadre, les étudie dans leurs caractères généraux, dans les causes qui président à leur production , dans le développement , la succession et l’enchaînement des phénomènes observés pendant la vie et des lésions constatées après la mort, dans les conditions qui modifient leur marche et font prévoir les changemens qu elles offriront dans leur cours. La pathologie descriptive comprend également toutes les maladies, mais elle les présente dans une série de cadres particuliers, où chaque affection est dessinée avec la physionomie qui lui est propre , et qui sert à la distinguer de toutes les autres. On voit, d’après cela, qu’il n existe aucune analogie entre cette division de la pathologie et les premières dont nous avons parlé. Celles-ci n’abrègent l’étude qu’en diminuant le nombre des choses à apprendre : la dernière conduit au même résultat sans rétrécir le domaine de la science ; et non-seulement elle en conserve fensemble, mais encore^ en présentant sous des aspects différens chacun des objets sur lesquels l’étude doit être successivement dirigée , elle doit en rendre la connaissance plus complète et l’appréciation plus exacte.
Cette division diffère encore des premières sous un autre rapport : on peut se livrer à la pathologie interne et négliger, jusqu’à un certain point, la pathologie externe : lorsqu’on fait une étude particulière des maladies des enfans ou des vieillards , on peut, jusqu’à un certain point aussi, négliger celles des autres âges ; tandis que la pathologie générale et la pathologie spéciale ne peuvent être l’objet d’une étude exclusive; l’une sert d’introduction à l’autre ; elles sont toutes deux indispensables à l’homme de l’art.
Cette division de la pathologie est celle dont les limites sont le mieux marquées. Toute considération sur les phénomènes communs aux maladies appartient à la pathologie générale ; tout ce qui a trait à l’histoire particulière des maladies appartient à la pathologie descriptive. Il existe néanmoins > entre ces deux bran-
ches de la pathologie , de nombreux points de contact ; mais on a droit de s’étonner que la plupart des auteurs qui ont traité de la pathologie générale aient souvent présenté l’histoire de maladies particulières, au milieu des considérations qui appartenaient seules à leur sujet. La description de la pléthore se trouve dans presque tous les traités de pathologie générale : Sprengel, qui a publié un ouvrage fort estimé sur cette matière (1), va plus loin encore, il expose successivement (à l’article Etiologie) les signes de toutes les fractures , des luxations , des hernies , et décrit tous les vers qui peuvent exister dans le corps de l’homme avec les signes qui annoncent leur présence.
En même temps qu’on ajoute ainsi à la pathologie générale des objets qui ne sont pas de son ressort , on en néglige d’autres qui lui appartiennent évidemment. La nomenclature des maladies, les circonstances qui influent sur leur marche , le traitement, la convalescence, les lésions qu’on trouve à l’ouverture des cadavres ^ la manière d’observer et d’interroger les malades , sont autant de points importants de l’histoire générale des maladies dont jusqu’ici les auteurs n’ont pas fait mention , bien qu’ils en fassent aussi essentiellement partie que la classification, les causes, les symptômes et les signes.
Si la division de la pathologie en generale et en descriptive semblait , à quelques personnes , plus propre à prolonger l’étude des maladies qu’à l’abréger, il serait facile de les ramener à une opinion plus juste. Nous conviendrions avec elles que la connaissance des maladies en particulier est d’une plus grande importance, et que l’étude de la pathologie générale n’offre pas au médecin praticien le même degré d’utilité. Mais, en admettant même, pour un moment, que celle-ci devint entièrement inutile à celui qui sait , on ne pourrait pas encore en conclure qu’elle ne soit pas nécessaire à celui qui apprend. Or, sans parler du besoin urgent où il se trouve de se familiariser avant tout avec un langage nouveau , l’étude de la pathologie générale est pour lui , à
(1) Pathologia gcncralis. Amstelodami, 1815.
d’autres égards encore, d’une utilité plus qu’évidente. Il ignore tout, il doit tout apprendre. Les maladies ont des formes qui leur sont communes , elles ont des traits qui leur sont particuliers : or, nous le demandons , vaut-il mieux présenter une seule fois et à fond , à celui qui commence, les différens points de doctrine , et les phénomènes communs à la plupart des maladies , pour n’avoir plus ensuite qu’à lui montrer les phénomènes propres à chacune d’elles *, ou bien faut-il le fatiguer par ces répétitions inutiles et fastidieuses qu’entraînerait nécessairement, dans la description isolée de chaque maladie , la discussion toujours incomplète des mômes questions ? En un mot , vaut-il mieux lui exposer une seule fois ce qui est commun à toutes les maladies, ou le reproduire autant de fois à ses yeux qu’il y a de maladies particulières ? C’est ce qui ne peut être mis en question.
L’étude de la pathologie générale offre encore plusieurs autres avantages. Elle donne lieu à des considérations qui sont très-propres à développer l’intelligence, à étendre les vues de celui qui s’y livre. Elle lui montre, dès son début dans la carrière et dans un cadre resserré, la route qu’il va parcourir ; elle signale les objets qui devront attirer son attention , les écueils qu’il devra éviter ; elle lui indique encore la marche qu’il devra suivre dans l’étude des maladies en particulier : enfin , en rapprochant les unes des autres les diverses affections , elle est propre encore à éclairer l’histoire de chacune d’elles.
Mais, à côté de ces avantages, la pathologie générale offre aussi ses dangers. Qu’on lise, ou seulement qu’on parcoure les traités écrits sur cette matière , et l’on verra presque partout les systèmes et les hypothèses substitués ou mêlés aux résultats de l’expérience ou de l’observation. La plupart des ouvrages de médecine, de quelque genre qu’ils soient, les descriptions isolées des maladies, les recueils môme d’observations, sont, il est vrai, entachés des mômes vices. Mais les systèmes, à proprement parler, ces grandes hypothèses destinées à comprendre et à expliquer l’universalité des faits, tirent nécessairement leur origine de la pathologie générale. Le rapprochement des maladies , l’étude et
la comparaison de leurs divers phénomènes , conduisent presque nécessairement à ces conclusions générales, si séduisantes pour l’esprit humain , qui les accueille avec une dangereuse facilité et les proclame avec une sorte d’orgueil , comme des secrets arrachés à la nature, comme des lois qui ne peuvent pas reconnaître d’exception; et lorsqu’un fait en démontre l’inexactitude ou la fausseté, l’erreur, aux yeux de la prévention, est à la nature plutôt qu’au système : on s’étonne des jeux , des bizarreries de la nature , et le système conserve l’admiration qu’il a inspirée, jusqu’à ce qu’il soit remplacé par un autre dont le sort sera le même. Si l’on considère enfin que la pathologie générale envisage les objets d’une manière abstraite , et qu’il n’y a qu’un pas des abstractions aux erreurs , on reconnaîtra combien cette science était favorable à la création de ces systèmes qui ont si long-temps entravé la marche de la médecine.
S’il suffisait de connaître les écueils pour les éviter, nous pourrions espérer d’être nous-mêmes à l’abri de ceux que nous venons de signaler; mais quels que soient nos efforts pour y parvenir, nous n’osons pas nous en flatter. Ceux même qui se sont fortement élevés contre les systèmes et les explications n’ont pas toujours su s’en garantir; ils ont attaqué les hypothèses proposées par d’autres, mais en les rem.plaçant par celles qu’ils ont eux-mêmes imaginées, et qui leur ont paru n’être autre chose que le résultat de l’observation et de l’expérience. Gaubius disait qu’il valait mieux suspendre sa marche que d’avancer au milieu de la nuit, et , dans le même ouvrage, Gaubius se perdait dans les ténèbres de l’humorisme, et discutait gravement sur les acrimonies chimiques et mécaniques des humeurs.
Si , comme nous l’avons vu , le domaine de la pathologie générale a été mal fixé, et s’il est nécessaire do la dégager des théories erronées et dangereuses qui l’ont jusqu’à présent obscurcie , il n’est pas moins indispensable d’adopter dans son exposition une marche différente de celle qu’on a suivie jusqu’à ce jour. En rapportant, comme on l’a fait, à la nosologie ou classification des maladies, leur définition, leur siège, leur marche , leur durée,
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leurs complications, on comprend dans un même cadre des choses qui devaient être étudiées à part, et qui diffèrent autant entre elles que les signes et les symptômes, dont on a fait deux branches séparées. Si l’on rattache i\ la nosologie le siège, la marche, la durée des maladies qui n’ont avec la classification qu’un rapport très-vague , il n’y a pas de motifs pour ne pas rattacher à cette branche toutes les autres parties de la pathologie générale.
L’ordre à suivre dans l’étude de la pathologie générale méritet-i! une grande importance? Est-il d’une nécessité absolue d’étudier, par exemple, le pronostic avant le diagnostic, les causes avant le siège? Nous ne le pensons pas; mais nous croyons qu’il est, dans l’histoire des maladies, certains points qui doivent naturellement être examinés avant d’autres : la définition de la maladie est la première chose qui se présente ; la marche des maladies ne peut pas précéder l’exposition des symptômes , et les causes sont placées plus naturellement avant ces derniers qu’à leur suite; les signes diagnostiques et pronostiques ne viennent qu’après les symptômes, et le traitement doit suivre les signes. Ainsi, parmi les objets qu’embrasse la pathologie générale, il en est quelques-uns dont la place relative est en quelque sorte fixée ; il en est d’autres qu’on peut également , et sans inconvénient , placer dans divers points.
Une chose qui nous parait importante dans la distribution des objets qui forment la matière de la pathologie générale , c’est d’adopter un ordre qui convienne également à l’étude des maladies en particulier. Cet ordre, étant le même pour la pathologie générale et pour chaque affection, se grave plus fortement dans l’esprit; on sait d’ailleurs combien une méthode uniforme est avantageuse pour aider la mémoire , pour accoutumer l’esprit à coordonner ses pensées et à classer les connaissances nouvelles qu’il acquiert chaque jour.
Yoici l’ordre que nous suivrons dans l’exposition de la pathologie générale.
Nous examinerons d’abord ce que c’est que la maladie en général , et nous indiquerons les règles d’après lesquelles on peut
définir chaque maladie en particulier. Après quelques considérations sur la nomenclature, V étymologie et la synonymie, nous parlerons du siège des maladies et de leurs causes, des jyhénomènes précurseurs et des symptômes, de la marche, de la durée et des terminaisons variées des maladies. Nous serons ainsi conduits à l’examen de la doctrine des crises et desj/bwrs critiques. La conxalescence, les phénomènes consécutifis, les rechutes et les récidives, les especes, les variétés et les complications , le diagnostic et le pronostic seront le sujet de considérations générales. Nous consacrerons aussi un chapitre particulier à X ouverture des cadavres et aux altérations qu’elle fait connaître ; nous exposerons ensuite les bases fondamentales du traitement des maladies ; nous terminerons en présentant quelques remarques sur leur nature et leur classification.