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CHAPÎTRE X

De la Terminaison des Maladies (i).

ARTICLE PREMIER

Des divers modes de terminaison (^morborum eventus].

Il est quelques affections qui durent autant que la yie , et qui nVntraînent point la mort des malades : telles sont certaines paralysies et quelques rhumatismes chroniques. Ces affections n’ont pas, à proprement parler, de terminaison ; mais il n’en est pas de même du plus grand nombre des maladies , qui se terminent , soit par le retour à la santé , soit par la mort , soit par quelque autre maladie.

A. Le retour à la santé ou la guérison {niorhi sanatio^ est marqué par le rétablissement complet de toutes les fonctions. Les phénomènes qui l’accompagnent sont extrêmement variés , comme les maladies à la suite desquelles on l’observe. Ne pouvant pas ici les exposer tous, nous sommes réduits à les envisager d’une manière générale , en passant des cas les plus simples aux plus composés.

1* Parmi les maladies bornées à une partie, les hémorrhagies et les douleurs nerveuses sont celles dont la terminaison est la plus simple : le sang s’arrête par degrés ou tout-à-coup, la douleur cesse de se faire sentir , et la maladie est terminée. Il en est à peu prés de même de plusieurs autres affections qui ne sont caractérisées que par un seul symptôme, telles que le vomissement spas-

(1) INous réunissons dans ce chapitre , aux différentes terminaisons des maladies et aux principales formes qu’elles peuvent offrir, quelques considérations sur les pbénoinènes et sur les jours critiques.

TERMINAISON DES MALADIES

modique, la nyctalopie : la diminution progressive ou subite de ce symptôme est le seul phénomène que présente le retour à la santé. Dans la guérison des pblegmasies les phénomènes sont plus variés et plus nombreux. Prenons pour exemple l’inflammation du tissu cellulaire sous-cutané. Tantôt la douleur, le gonflement, la rougeur et la chaleur se dissipent par degrés, soit l’un après l’autre, soit simultanément , et la partie malade reprend peu à peu le môme état qu’elle offrait auparavant : c’est la résolution. Tantôt il y a exhalation de pus dans la partie enflammée : c’est la suppuration; le liquide se fait ordinairement jour au travers de son enveloppe amincie; dans quelques cas assez rares, la tumeur, quelle que soit l’époque de son développement, sans excepter celle où elle offre une fluctuation manifeste, disparaît tout-à-coup et ne laisse d’autres traces de sa présence que la flaccidité et les rides des tégumens : c’est la délitescence , terminaison favorable dans les inflammations produites par des causes externes évidentes, dans les brûlures au premier degré, dans les contusions, par exemple, mais dangereuse dans celles qui sont dues à des causes internes. La est quelquefois aussi la terminaison des pblegmasies,

comme on le voit dans les furoncles et dans certaines brûlures : dans le premier cas , il s’échappe avec le pus une eschare arrondie, un bourbillon, formé entièrement aux dépens du tissu cellulaire; dans le second, il se détache une portion plus ou moins étendue des tégumens ; dans l’un ou l’autre cas , la partie gangrénée est séparée des parties vivantes par le pus qui se forme entre ces dernières et l’eschare. La cicatrisation s’opère ensuite lentement, comme dans les plaies avec perte de substance.

2° Dans les affections générales de l’économie , telles que les fièvres continues, les maladies pestilentielles, les fièvres éruptives , etc. , le retour à la santé est rarement subit : c’est seulement dans quelques cas exceptionnels qu’on voit tout-à-coup survenir, au milieu des symptômes les plus violens , le calme qui annonce la fin prochaine de la maladie. — Le plus souvent le retour à la santé est progressif, les fonctions se rapprochent peu à peu de l’état naturel ; la physionomie reprend par degrés son expression

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propre, les évacuations se rétablissent, la peau s’hunaecte, les mouvemcns sont plus faciles, et le malade éprouve un sentiment de bien-être plus marqué de jour en jour. Lorsque la guérison a lieu par plusieurs améliorations successives et distinctes, on voit le malade éprouver dans Tespace de quelques heures, et souvent à la suite de quelque phénomène qui n’avait pas eu lieu précédemment , après une sueur , une évacuation alvine, par exemple , un soulagement qui semble indiquer le commencement de la convalescence; mais les symptômes, après s’ètre adoucis, persistent au même degré pendant plusieurs jours , jusqu’à ce qu’une nouvelle amélioration ait lieu : ordinairement la seconde amélioration marque le commencement d’une convalescence franche ; quelquefois on a vu la maladie persister encore avec des symptômes plus légers, et ne disparaître qu’après un troisième ou un quatrième effort.

Les affections générales dont la marche est périodique , telles que les fièvres intermittentes, et les maladies connues sous le nom de fièvres larvées , cessent quelquefois tout-à-coup ; mais le plus souvent leurs accès deviennent irréguliers et incomplets , et c’est peu à peu que la maladie se dissipe entièrement.

3*" Dans les maladies locales qui déterminent un trouble général des fonctions, on observe simultanément, à leur déclin, les mêmes phénomènes que dans les maladies locales et que dans celles de toute l’économie. Il survient d’une part des changemens particuliers dans l’organe affecté; de l’autre, dans les fonctions dont le trouble était sympathique. Dans l’inflammation du poumon , par exemple, la douleur de côté cesse, la respiration devient plus libre, la toux moins fréquente; les crachats, qui étaient sanguinolens , sont simplement muqueux , le côté du thorax qui rendait à la percussion un son mat, reprend sa sonorité naturelle, et l’oreille qui distinguait des bruits insolites entend peu à peu le murmure vésiculaire; en même temps la figure cesse d’être animée, la soif et la fréquence du pouls diminuent, la chaleur est modérée, la peau est douce au toucher, souvent humide; l’urine coule en plus grande quantité, l’appétit et les forces revien-

TEUMINAISOIV DES MALADIES.

lient, etc. Tels sont les phénomènes qui accompagnent le retour à la santé dans les principales formes de maladies aiguës.

Dans les maladies chroniques , cette terminaison est presque toujours progressive : les symptômes , après avoir augmenté pendant un certain temps , diminuent peu à peu , en sorte que le passage de la maladie à la santé, comme celui de la santé à la maladie, est ordinairement insensible : c’est ce qu’on observe dans les écoulemens et les catarrhes chroniques , dans les anciens ulcères, dans le scorbut, etc. On voit, à la vérité, dans quelques cas , les maladies chroniques se terminer presque tout-à-coup , d'anciennes dartres disparaître, les flueurs blanches cesser, un ulcère se cicatriser promptement -, mais ces guérisons subites des maladies chroniques sont fort rares , et ne laissent jamais sans inquiétude sur les suites qu’elles peuvent avoir.

B, La terminaison jjar la mort a également lieu de plusieurs manières dans les maladies aiguës et chroniques. — Dans les premières , elle survient quelquefois tout-à-coup , soit avec un affaiblissement rapide , comme dans les grandes hémorrhagies, soit avant que la faiblesse parvienne au plus haut degré , comme on le voit dans quelques fièvres typhoïdes et dans certaines varioles conlluentes*, ailleurs, par une sorte d’asphyxie, ou avec des accidens cérébraux , comme les convulsions et le coma. — D’autres fois la mort s’annonce plusieurs jours d’avance par une altération profonde dans la physionomie, et une extrême faiblesse dans les mouvemens et dans la voix ; la langue devient gluante ou sèche, la déglutition est bruyante, gênée, impossible ; la respiration fréquente , inégale et râleuse ; le pouls petit , faible, intermittent , insensible ; la chaleur s’éteint par degrés des extrémités vers le tronc ; le corps exhale une odeur cadavéreuse , il est couvert partiellement d’une sueur visqueuse et froide; les excrétions sont involontaires, les sensations éteintes ; le malade ne diffère plus d’un cadavre que par les mouvemens de la respiration, qui ont lieu encore par intervalles , jusqu’à ce qu’ils cessent complètement avec la vie. Cet état, qu’on désigne sous le nom d’a^om^(l),

(1) À7WV, coml)at.

TERMINAISON DES MALADIES

peut ne durer qu'un petit nombre d'heures, ou so prolonger pendant plusieurs jours, pendant une et môme plusieurs semaines ; sa durée ordinaire est de douze à vingt-quatre heures. — Dans d’autres cas , plusieurs exaspérations successives dans les symptômes précèdent et annoncent la mort. C’est surtout dans les fièvres intermittentes pernicieuses qu’on observe cette exaspération des symptômes dans chacun des accès qui se succèdent.

Dans les maladies chroniques , la terminaison par la mort n’a presque jamais lieu d’une manière subite ; quelquefois néanmoins elle a été observée dans les anévrysmes du cœur ou des gros vaisseaux artériels, dans la phthisie pulmonaire et le scorbut*, dans tous ces cas la mort est ordinairement produite par une syncope : dans la pleurésie chronique , lorsque le pus se fait jour dans les divisions des bronches , et qu’il y est versé tout-à-coup en grande quantité , une mort rapide peut avoir lieu par asphyxie. Mais le plus souvent dans les maladies chroniques la mort arrive par Taffaiblissement progressif du sujet , qui tantôt est réduit au dernier degré du marasme, et tantôt augmente de volume par l’infiltration de sérosité dans le tissu cellulaire sous-cutané et son accumulation dans les membranes séreuses. Beaucoup de ces malades conservent leurs facultés intellectuelles et leur appétit jusqu’aux derniers momens : les uns s’éteignent peu à peu sans douleur et sans inquiétude sur leur sort-, les autres, au milieu des souffrances les plus atroces et du désespoir le plus affreux. La plupart offrent, trois ou quatre jours avant de succomber , une altération remarquable dans la physionomie, un coJIapsus et une pâleur terne qui annoncent au médecin leur fin prochaine.

C, La terminaison par une autre maladie a été désignée par les médecins grecs sous le nom de meiaschemaiismos (1), expression presque barbare pour nous. On a encore proposé des dénominations particulières, selon que la maladie se transforme véritablement en une autre, ou qu’elle ne fait que changer de siège ou de forme. Dans le premier cas , on a nommé diadoche (dut-

(1) ^lcxc/.cyrp.y.':i'7[>d;, traiisformaLioii ou changement de forme, de c/Yjr/a^ forme , et de ^.277., qui indique un changement.

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doxis) (1), dans le second, métastasé (2) (inetastasis)^ le changement survenu dans le genre ou la forme de la maladie ; la dénomination de métaptose ou métastase (3) , a été employée dans le premier sens par les uns, dans le second par les autres. Le mot métastase est resté seul dans notre langage, les autres sont tombés en désuétude. On désigne donc aujourd’hui sous le nom de métastase toute espèce de transport et de transformation de maladie ; on ajoute l’épithète fâcheuse ou favorable selon que l’affection qui survient est plus ou moins grave que l’autre.

La métastase a lieu assez fréquemment dans les maladies aiguës; elle est plus rare dans les maladies chroniques. Le rhumatisme se termine souvent en se transportant de la partie qu’il occupait sur quelque organe intérieur ; les hémorrhagies se remplacent aussi de la même manière : c’est la métastase proprement dite, c’est-àdire, le simple changement de siège ou de forme , la maladie étant la même; tandis que si une hémorrhagie, si une éruption cutanée succèdent à une inflammation de l’estomac ou du poumon , c’est une maladie tout-à-fait différente qui remplace la première, c’est le diadoxis des anciens.

Quant aux affections chroniques, on les voit, dans quelques cas, cesser à l’époque où une éruption cutanée, une fièvre continue ou intermittente viennent à se développer. C’est ainsi que M. Sabatier, dans une thèse pleine d’intérêt sur Térysipèle (4), a montré par des faits nombreux recueillis à l’hôpital Saint-Louis, que l’apparition de cet exanthème est quelquefois suivie, soit de la guérison définitive, soit d’un changement très - favorable dans la marche de certaines éruptions rebelles à la plupart des remèdes, comme Feczema impétigineux , lesycosis labialis, la mentagre, le lichen, et même le lupus et l’éléphantiasis.

On a encore rapporté à ce mode de terminaison le passage

(1) Atarîo/-^, succession ; diaSéypii7.t^ je succède.

(2) IVIcTaf acrtç, de p.îta^aw, je transfère.

(3) MsTaTTTwat; , cliangemeiit d'cvéïiement; de TTTorA), j’arrive, et de f/.sTa, qui indique un changement.

TERMINAISON DES MALADIES

(l’une meme affection de l’état chronique à l’état aigu et réciproquement. Mais n’est-ce pas là un simple changement dans la marche plulôt que la terminaison d’une maladie par une autre? Quoi qu’il en soit, ce passage d’une maladie chronique à l’état aigu devient quelquefois un moyen de guérison. Il n’est pas rare , en effet , de voir des écoulemens du canal de l’urètre persister plusieurs mois et même plusieurs années , résister à tous les traitemens qu’on leur oppose, et céder ensuite, lorsque ces blennorrhées passent de l’état chronique à l’état aigu , sous l’influence d’un excès ou d’une nouvelle inoculation du virus.

Les maladies dues à des causes internes ou externes peuvent également se terminer par la mort ou la guérison , mais la terminaison par une autre maladie est, en quelque manière, propre aux malad les produites par des causes internes ; celles qui sont dues à des causes externes , et qui sont exclusivement du domaine de la chirurgie, semblent ne pouvoir pas se terminer de cette manière.

Tels sont les trois modes de terminaison que peuvent offrir les maladies. Il n’y a, sur cet objet, aucun dissentiment entre les gens de l’art ; il en est autrement sur la manière de concevoir et d’expliquer le passage de la maladie à la santé. Ici nous entrons dans le domaine des conjectures, et, dès-lors, nous devons nous attendre à rencontrer les opinions les plus opposées.

ARTICLE IL

De la Doctrine des Crises,

§ Le mot cidse (1) n’a pas été employé par les médecins dansun sens rigoureusement semblable. Il y a crise, dit Hippocrate, dans une maladie lorsqu’elle augmente ou diminue considérablement , lorsqu’elle dégénère en une autre, ou lorsqu’elle cesse en-

(1) Est voxhœc, crisis, judicium, àj7o toG desumpta a foro

jtidiciali , quia inter spem vitœ metumqiie mortis ancipites tune œgri trépidant^ veluti rei coram jiidice; incerti plane , utrum crimme ahsolvendi sint , an morte damnandl. {Prœlect, Aut. Deiiaen m Hoerliaave. Inst, PatJi., t. ii, p."287.)

tièrement (1). Quelques auteurs n’ont appliqué le mot crise qu’aux changemens en bien ou en mal qui surviennent pendant Vétat ou seconde période de la maladie; d’autres n’en ont fait usage que pour exprimer un changement rapide et favorable qui joint à quelque évacuation nouvelle, ou à tout autre phénomène remar-quable : d’autres enfin ont donné ce nom aux phénomènes qui accompagnent le changement, et non pas au changement lui-mème. C’est dans l’une ou l’autre de ces deux dernières acceptions que la plupart des médecins emploient aujourd’hui le mot crise , qui se trouve ainsi éloigné du sens Hijypocrate lui avait donné.

On a distingué plusieurs espèces de crises *, on en a admis de salutaires et de mortelles , de régulières et d’irrégulières , de complètes et d’incomplètes. Les crises salutaires sont celles qui conduisent le malade à la guérison : lorsqu’elles sont promptes et précédées d’un accroissement dans l’intensité des symptômes, elles portent le nom de crises proprement dites ; on les a désignées sous le nom de lysis (2), solutio, lorsqu’elles sont lentes et qu’elles ne sont pas annoncées par une exaspération préalable. Les crises régulières sont celles qui sont annoncées par des signes précurseurs, qui arrivent aux jours prévus, et sont accompagnées de phénomènes critiques ; les crises sont irrégulières lorsqu’elles n’offrent pas ces conditions. Les crises complètes sont celles qui jugent entièrement la maladie, soit par la guérison, soit par la mort ; les crises incomplètes laissent le malade dans un état douteux.

Ce n’est point , à proprement parler, sur l’existence des crises , mais bien sur celle des phénomènes critiques , qu’ont roulé les discussions des médecins. Il n’en est aucun qui n’admette dans les maladies des changemens soit en bien , soit en mal , et la transformation d’une maladie en une autre : or, comme on l’a vu, c’est là ce Hippjocrate appelait crise ou jugement. Mais il en est autrement sous le rapport des phénomènes qui accompagnent les crises ; on est loin d’ètre d’accord relativement à leur fréquence et à leur influence sur la terminaison des maladies. Avant de dis-

(1) Lïb. de Jffeclion, Lindex., ii , p. 16o.

(2) solution; de K&j, je délie.

cuter ces deux questions , nous devons énumérer ces phénomènes eux-mèmes, exposer les signes qui les précèdent et les accompagnent, et les circonstances favorables à leur production.

A. Les phénomènes critiques peuvent avoir leur siège dans diverses parties. Les membranes muqueuses sont celles où on les observe le plus souvent -, la peau occupe le second rang , et les glandes le troisième , viennent ensuite le tissu cellulaire et les membranes séreuses ; quelques-uns de ces phénomènes se montrent aussi dans le système nerveux.

1. Les membranes muqueuses offrent des exhalations et des éruptions critiques.

Les exhalations critiques qui ont lieu sur les membranes muqueuses sont de plusieurs espèces : tantôt l’exhalation naturelle est augmentée, tantôt il se fait une exhalation accidentelle de sang ou de fluide aqueux. L’exhalation du mucus dans les fosses nasales, le pharynx et les bronches, est quelquefois augmentée au déclin des maladies ; on a vu vers le même temps des selles muqueuses et quelquefois des vomissemens glaireux ; il n’est pas rare que l’urine dépose alors un sédiment semblable. — Les hémorrhagies des membranes muqueuses, le saignement de nez, l’écoulement hémorrhoïdal et l’hémorrhagie utérine ont été plusieurs fois observés dans ces conditions et considérés comme phénomènes critiques. Quant à l’exhalalion d’un fluide aqueux par les membranes muqueuses , on n’en connaît que peu d’exemples ; on a parlé de vomissemens aqueux et de selles semblables qui auraient jugé des hydropisies.

On n’a observé qu’une espèce d’éruption critique sur les membranes muqueuses : c’est l’éruption d’aphthes qui survient quelquefois au déclin des maladies aiguës , particulièrement chez les enfans.

2. La peau offre également des exhalations et des éruptions regardées comme critiques. Au déclin de beaucoup de maladies aiguës, de la pneumonie en particulier, il survient une sueur générale, d’autant plus remarquable que la peau reste souvent sèche dans les deux premières périodes ; d’autres fois on observe une

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simple moiteur. — Les éruptions qui se manifestent à la peau, vers la fin des maladies aiguës ou chroniques , sont extrêmement nombreuses. Les principales sont Térysipèle, les furoncles, diverses espèces d’érythèmes, ou d’herpès ; celui-ci se montre le plus souvent sur les lèvres : on a vu quelquefois aussi le pemphygus survenir k la même époque : S/.orck(\) Movgacjni en ont rapporté des exemples très-remarquables. On a rapproché de ces phénomènes Fexhalation abondante de pus fourni par les vésicatoires, et l’ictère critique, qui trouverait mieux sa place ailleurs.

3. Les phénomènes critiques que présentent les organes glanduleux consistent tantôt dans une augmentation de sécrétion , et tantôt dans le gonflement des glandes elles-mêmes. Sydenham a vu l’écoulement abondant de la salive juger quelques affections; les selles bilieuses et l’urine abondante avec sédiment sont des phénomènes assez fréquens au déclin des maladies. La sécrétion du lait juge, comme nous l’avons vu précédemment, la fièvre des femmes nouvellement accouchées. — Le gonflement des parotides survient quelquefois au déclin des fièvres graves. Le gonflement des glandes conglobées de l’aine ou de l’aisselle a été considéré comme critique par plusieurs des médecins qui ont observé et décrit la peste; mais dans beaucoup de ces cas n’a-t-on pas pris pour phénomène critique un symptôme tardivement développé?

4. On peut en dire autant du gonflement œdémateux du tissu cellulaire signalé par Sydenham comme phénomène critique des fièvres intermittentes (3). Des abcès sous-cutanés ont également paru juger quelques maladies. — Le simple gonflement inflammatoire du tissu cellulaire a été regardé comme critique dans quelques cas , bien que la suppuration n’ait point eu lieu : ailleurs même on a vu survenir , au déclin des fièvres , une sorte de tumé-

(1) Annus Medicus //, pag. 112. — « CInicus fuit œger in qüo hœc n materies intra scapidas coUlgebatur, et fiehat ihi tumor qui rnagni- J) tudine caput virile excessif; aperto tumor e , novem librœ seri flavi y> viscidi efjluxerunt. »

(2) De Sedib. et Caiis. , lib. iv, art. 7.

(5) Opéra omnia, t. i, p. 60.

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faction des extrémités, du yisage, ou même de tout le corps, sans signes évidens d’inflammation. — La gangrène du tissu cellulaire et des tégumens a été elle-même rangée, par quelques médecins, parmi les phénomènes critiques des fièvres graves.

5. Les phénomènes critiques qui ont lieu sur les membranes séreuses sont presque toujours fâcheux. Tantôt c’est une hydropisie , tantôt un épanchement de sang qui survient au déclin d’une autre maladie. Il en est de même des épanchemens de synovie dans les capsules articulaires.

6. Enfin le système nerveux a quelquefois aussi fourni des phénomènes critiques : une douleur vive dans le trajet d’un nerf, la paralysie ou la convulsion d’une partie du corps, la perte d’un sens, de l’ouïe, de la vue ou de l’odorat, par exemple, et môme le dérangement des fonctions intellectuelles , ont été observés au déclin des maladies (1) et regardés comme critiques.

B. Parmi les signes qui précèdent et accompagnent les phénomènes critiques , il en est quelques-uns qui sont communs à tous ^ il en est d’autres qui sont propres à chacun d’eux.

Les signes 'précurseurs communs sont une douleur plus ou moins forte , souvent un simple prurit , de la chaleur ou de la pesanteur dans l’organe qui doit être le siège des phénomènes critiques ; on peut y joindre une augmentation marquée dans les symptômes généraux de la maladie , et notamment dans la force et la fréquence du pouls. Les signes communs qui accompagnent les phénomènes critiques sont un bien-être plus ou moins marqué et une diminution sensible dans la plupart des symptômes.

Les phénomènes critiques n’ont pas tous des signes particuliers qui les annoncent : ceux qui en offrent le plus souvent

(1) Dans quelques circonstances, une émotion très-vive a suspendu le cours d’une maladie rebelle, d’une fièvre intermittente ou d’une affection convulsive , par exemple. Le sommeil a paru également faire cesser des douleurs très-vives qui persistaient depuis un certain nombre d’heures, Mais, en admettant que le sommeil pût être rangé parmi les phénomènes critiques , il est au moins bien certain que les émotions vives, étant étrangères à la maladie , ne peuvent point être considérées coinine telles.

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sont les évacuations alvines, les hémorrhagies, l’urine et les sueurs.

Les signes qui précèdent les évacuations alvines sont les horborygines, les coliques, le gonllement du ventre , les éructations , les vents ou flatuosités , la tension des lombes , les douleurs des cuisses et des genoux , et quelques irrégularités dans le pouls. Les matières sont excrétées sans douleurs ; elles sont copieuses, homogènes 5 jaunes ou brunâtres , pultacées , quelquefois muqueuses.

L’épistaxis critique est ordinairement annoncée par la rougeur et le gonflement de la face et des yeux -, quelquefois le gonflement et la rougeur sont bornés à une des ailes du nez , celle qui correspond à la narine d’où le sang s’écoulera. Une douleur gravative au front , à la racine du nez ou à la nuque , le battement des artères temporales , le tintement d’oreilles , la surdité , les visions de bluettes , les pleurs involontaires , et , chez quelques malades , un peu de délire ou d’assoupissement , précèdent encore le saignement de nez. La vitesse et la dureté du pouls , la fréquence de la respiration , ont quelquefois aussi annoncé ce phénomène : pour qu’il soit critique , il faut que le sang coule en certaine abondance.

L’hémoptysie est précédée de chaleur dans la poitrine , et de gène dans la respiration.

Les signes qui anuoncent l’hématémèse sont l’anxiété épigastrique , les rapports et tous les phénomènes avant-coureurs du vomissement. L’hématémèse et le crachement de sang , ainsi que l’hùmaturie , jugent presque toujours les maladies d’une manière funeste.

Le flux hémorrhoïdal est annoncé par la douleur et la pesanteur au sacrum, le ténesme et quelquefois la dysurie. L’hémorrhagie utérine a les mêmes signes avant-coureurs , auxquels se joignent quelquefois une augmentation ou une diminution dans le volume des mamelles, des coliques hypogastriques, et, pour chaque femme en particulier, les phénomènes qui précèdent communément chez elle l’apparition des menstrues , et qui ne sont pas les mêmes chez toutes.

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Le flux critique de Turine est précédé de pesanteur dans les hj pochondres , de tension gravative à Thypogastre , de chatouillement dans les organes urinaires , et de diminution dans l’exhalation cutanée ; l’urine est ensuite excrétée fréquemment ; elle est copieuse, ordinairement foncée en se refroidissant, dépose un sédiment cohérent , homogène , blanchâtre ou rosé. Si on y xerse de l’acide nitrique , on obtient quelquefois un précipité blanc , abondant, albumineux.

La sueur est souvent précédée de légers frissons , de diminution dans l’excrétion de l’urine et des matières fécales, et quelquefois de rougeur à la face ; l’élévation des hypochondres et un léger prurit à la peau ont encore été signalés comme annonçant ce phénomène. Nous n’avons pas énuméré, parmi ces divers signes, les altérations du pouls propre à chaque espèce de crise , parce que l’expérience n’a pas confirmé les ingénieuses assertions de Solano et de ses sectateurs. La doctrine des pouls critiques a été aussi promptement abandonnée que facilement accueillie par les médecins (l).

(1) Bordeu , le plus célèbre historien des pouls critiques , distinguait le pouls en pouls di irritation ou non-critique^ qui est serré, vif, dur, sec et pressé; et en pouls critique, qui est saillant, plein, fort, fréquent, souvent inégal. On rencontre celui-ci dans la troisième période des maladies, l’autre dans la première. Le pouls critique est distingué en supérieur et en inférieur : le premier annonce que la crise aura lieu par quelqu’une des parties situées au-dessus du diaphragme ; le second , qu’elle s’opérera par quelqu’un des organes placés au-dessous de cette cloison.

« Le pouls supérieur est remarquable par une réduplication précipitée dans les pulsations des artères : cette réduplication , qui le constitue essentiellement , ne paraît être que le fond d’une seule pulsation ; elle est sujette à laisser de temps en temps des intervalles ; ces intervalles sont plus on moins longs, plus ou moins fréquens, selon la nature ou le degré de la maladie. La dilatation, qui devrait se faire en un seul temps, se fait en deux temps, et par deux clForts sensibles succédant à une contraction naturelle de l’artère.

)> Le pouls inférieur est irrégulier, c’est-à-dire que les pulsations sont inégales entre elles, et ont des intervalles inégaux : ces intervalles sont

TERMINAISON DES MALADIES

Les autres phénomènes critiques n’ont pas, pour la plupart, des signes particuliers qui les annoncent ; dans les cas seulement où un

quelquefois si considérables, qu’ils forment de véritables intermittences, selon l’espèce de pouls inférieur, et selon que cette espèce se trouve plus ou moins déclarée. On trouve aussi souvent une sorte de sautillement de l’artère ; ce sautillement sert beaucoup à caractériser le pouls inférieur. »

Les pouls supérieur et inférieur peuvent être simples, composés ou compliqués : ils sont simples quand ils indiquent une crise qui va s’opérer par un seul organe ; composés , quand ils font connaître que l’effort critique portera à la fois sur plusieurs; compliqués^ lorsqu’ils sont joints par intervalles au pouls d’irritation , pendant lequel l’effort critique paraît interrompu.

Voici les caractères des différents pouls simples :

Pouls supérieurs, Pectoral, « Il est mou, plein, dilaté; ses pulsations sont égales; on distingue dans chacune une espèce d’ondulation , c’est-à-dire que la dilatation de l’artère se fait en deux fois, mais avec une aisance , une mollesse et une douce force d’oscillation qui ne permettent pas de confondre cette espèce de pouls avec les autres. »

2^ P. guttural. « Il est fort, avec un redoublement dans chaque battement; il est moins mou, moins plein, souvent plus fréquent que le pouls pectoral; il paraît être intermédiaire entre le pouls pectoral et le nasal. »

5» P. nasal. « Il est redoublé ainsi que le pouls guttural , mais il est plus plein, plus dur; il a beaucoup plus de force et de célérité. » Pouls inférieurs. 1° « Le pouls stomacal , qui annonce le vomissement, est le moins développé de tous les pouls critiques : il est moins inégal que toutes les autres espèces de pouls inférieurs ; l’artère semble se raidir et frémir sous le doigt; elle est souvent assez saillante : les pulsations sont fréquentes et avec des intervalles assez égaux. »

2« Le pouls intestinal « est plus développé que celui du vomissement ; ses pulsations sont assez fortes , comme arrondies , et surtout inégales , tant dans leur force que dans leurs intervalles , ce qui est très-aisé à distinguer, puisqu’il arrive presque toujours qu’après deux ou trois pulsations assez égales et assez élevées, il en paraît deux ou trois qui sont moins développées , plus promptes , plus rapprochées et comme subintrantes; de là résulte une sorte de sautillement ou d’explosion de l’artère, plus ou moins régulier : aux irrégularités de ce pouls se joignent souvent des intermittences très-remarquables. Il n’est jamais aussi plein, aussi développé que le pouls supérieur : il n’a point nécessairement

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abcès critique doit juger la maladie , on observe quelquefois que

d’ordre marqué dans ses intermittences ; c’est, au contraire, par un désordre qu’il se rend reconnaissable. »

50 Le pouls de la matrice « est ordinairement plus élevé, plus développé que dans l’état naturel : ses pulsations sont inégales; il y a des rebondissemens moins constans , à la vérité , moins fréquens ou moins marqués que dans le pouls nasal, mais cependant assez sensibles.

40 Le pouls du foie « est le plus concentré après le pouls stomacal ; il n’a ni dureté ni raideur ; il est inégal , et cette inégalité consiste en ce que deux ou trois pulsations inégales succèdent à deux ou trois pulsations parfaitement égales , et qui semblent souvent naturelles. »

50 Le pouls des hémorrhoïdes « est inégal comme les autres pouls inférieurs ; mais c’est d’une inégalité qui lui est particulière. Les pulsations se ressemblent peu entre elles par la force et encore moins pour

les intervalles. Ces pulsations, lorsqu’elles sont moins inégales , paraissent presque toujours xenii Uc 1 état -y <> n de

temps en temps quelques-unes de plus dilatées , et où le resserrement est moins sensible : ces pulsations, plus dilatées, sont bientôt suivies de pulsations où il y a du rebondissement. A trois ou quatre pulsations un peu concentrées, vives, raides, presque égales, succèdent deux ou trois pulsations un peu dilatées, comme arrondies et moins égales; les trois ou quatre pulsations suivantes se font avec des rebondissemens ; mais ces diverses pulsations ont ceci de commun , c’est qu’on y trouve une sorte de tremblement assez constant, plus de fréquence et de fond de resserrement que dans les autres espèces de pouls inférieurs : on sent , pour ainsi dire, une sorte de profondeur du pouls , et cette profondeur, jointe au tremblotement des pulsations, semble être le caractère le plus distinctif entre le pouls des règles et celui des hémorrhoïdes. »

Le pouls des urines « est inégal avec une sorte de régularité : il a plusieurs pulsations moindres les unes que les autres , et qui vont en diminuant jusqu’à se perdre , pour ainsi dire , sous le doigt : c’est dans ce même ordre qu’elles reviennent de temps en temps : les pulsations qui se font dans ces intervalles sont plus développées, assez égales et un peu sautillantes. »

Pouls de la sueur critique, « Lorsque le pouls est plein , souple, développé, fort; qu’à ces modifications se joint une inégalité dans laquelle quelques pulsations s’élèvent au-dessus des pulsations ordinaires, vont en augmentant jusqu’à la dernière, qui se fait distinguer par une dilatation , et en même temps une souplesse plus prononcée que dans les autres pulsations, il faut toujours attendre une sueur critique.»

TERMINAISON DES MALADIES

Turine reste claire , qu’il y a des frissons passagers et des sueurs partielles au déclin de la maladie (l).

Tantôt on n’observe qu’un seul phénomène critique, une hémorrhagie copieuse , une sueur abondante , par exemple ; tantôt on en rencontre plusieurs simultanément 5 dans quelques cas même , tous les couloirs semblent s’ouvrir à la fois : la peau se couvre de sueur, l’urine coule abondamment, le ventre se relâche, le mucus des fosses nasales et des voies aériennes est exhalé en plus grande quantité , etc. D’autres fois , divers phénomènes critiques ont lieu , mais d’une manière successive.

C. Les phénomènes critiques ne se montrent pas également dans toutes les circonstances. Ils sont plus tranchés et moins rares dans la jeunesse et l’enfance , chez les individus d’une forte constitution, dans les climats tempérés, dans les lieux élevés, dans la saison du nnv»tf»mpc • sic oont piua ubscurs dans les maladies des vieillards, des gens faibles, dans les régions humides et sous l’influence d’un traitement perturbateur. Baglivi a avancé qu’ils avaient lieu moins souvent chez les habitans des villes que chez

(1) Hippocrate assure que quand Turine reste transparente et crue pendant long-temps, et que les autres signes sont favorables, on doit s’attendre à la formation d’un abcès dans les parties situées au-dessous du diaphragme. [Prœnot, , 11° 78, Foës.) L’observation de Pithion, rapportée par Hippocrate dans le troisième livre des Épidémies , n’est pas la seule qui confirme cette assertion, toute extraordinaire qu’elle puisse paraître. Tissot en a rapporté une autre dans sa description de la fièvre bilieuse de Lausanne, et nous avons vu nous-méme un fait semblable chez un malade de l’hôpital de la Charité. Il était atteint d’une péripneumonie au déclin de laquelle l’urine resta constamment transparente , lorsque déjà tous les symptômes avaient complètement disparu. 11 paraissait entrer en convalescence, lorsqu’il survint, le dix-septième jour, une douleur vive dans la jambe gauche. Le dix-neuvième, la douleur était pulsative , et il s’y était joint un gonflement et une dureté remarquables. Les jours suivans , la douleur et le gonflement augmentèrent et s’étendirent à la cuisse; mais , vers le cinquième jour, l’urine , qui était restée jusqu’alors transparente, devint trouble et jumenteuse; et rinflammation, qui semblait devoir amener la suppuration , se termina promptement par résolution.

TERMINAISON DES MALADIES

ceux des campagnes ; et d’autres ont remarqué qu’ils étalent plus fréquens parmi les gens aisés que dans la classe indigente.

Il est aussi, pour quelques phénomènes critiques en particulier, des circonstances qui favorisent leur production. Les hémorrhagies critiques sont plus fréquentes dans le printemps et les étés secs , dans les pays fertiles , chez les individus d’un tempérament sanguin et sujets , dans l’état de santé , à des hémorrhagies habituelles ; on les observe particulièrement depuis quinze ans jusqu’à trente-cinq. Les exhalations du mucus ont lieu, spécialement chez les individus lymphatiques, dans les saisons humides, comme l’automne et l’hiver, dans les lieux bas et marécageux. Le flux de ventre critique a paru plus fréquent chez les adultes d’un tempérament bilieux, dans l’automne ; l’urine , dans l’hiver et le printemps, chez les individus lymphatiques.

Si l’on en croit le rapport de quelques médecins honorables, chaque contrée paraîtrait aussi imprimer aux maladies une tendance particulière à telle ou telle espèce de phénomène critique. Coray, dans ses notes savantes sur le traité de l’air, des eaux et des lieux , assure qu’en Italie et dans les pays chauds les sueurs sont plus fréquentes ; qu’en Hollande et en Angleterre les dépôts sont assez communs; que dans l’ouest de la France l’éruption miliaire juge plus souvent les maladies , tandis qu’à Paris les phénomènes critiques seraient plus variés.

On a pensé que certains phénomènes critiques appartenaient plus spécialement aux maladies de telle ou telle cavité. M. Voisin, dans une thèse soutenue à la Faculté de médecine de Paris, affirme que les affections thoraciques se jugent le plus souvent par des phénomènes critiques qui se montrent à la peau , tandis que les maladies de la tête se terminent spécialement par des évacuations alvines. Cette opinion , fondée sur un certain nombre d’observations et sur la sympathie qui existe entre les poumons et la peau, entre la tête et le ventre , appelle l’attention des médecins observateurs.

D, Les phénomènes critiques ont une durée variable ; la plupart ne persistent que douze ou vingt-quatre heures ; les sueurs

terminaison des maladies.

et l’urine critiques se prolongent ordinairement dans la convalescence, et leur suppression intempestive provoque souvent le retour de la maladie. Les hémorrhagies ne durent quelquefois pas au-delà de quelques minutes , tandis que certaines éruptions qui se montrent au déclin des maladies n’ont pas encore cessé, dans quelques cas, au bout de plusieurs mois.

Si, après avoir énuméré ces nombreux phénomènes, que les auteurs ont signalés comme critiques , nous cherchons à déterminer jusqu’à quel point ils méritent ce titre , nous sommes dans la nécessité d’examiner d’abord à quel point ils sont fréquens , et ensuite quelle est leur influence sur la marche des maladies.

Les auteurs qui ont écrit sur ce sujet sont loin d’ètre d’accord : et d’abord, relativement à la fréquence des phénomènes critiques, les uns prétendent qu’ils sont très-rares; les autres, qu’ils ont lieu presque constamment lorsque l’art ou une constitution détériorée n’y mettent pas obstacle. Les autorités et les raisonnernens ont été entassés de part et d’autre pour résoudre une question que les faits seuls pouvaient juger ; aussi les nombreux écrits qui ont été publiés sur cette matière n’ont-ils fait qu’éloigner du but qu’on se proposait d’atteindre. Nous n’avons pas la prétention de juger définitivement une question aussi long-temps débattue ; nous nous bornerons à exposer simplement le résultat de nos observations et de nos réflexions.

Nous dirons d’abord que cette question ne nous parait pas avoir l’importance qu'on lui avait donnée, et l’espèce d’abandon dans lequel elle est tombée aujourd’hui vient , jusqu’à un certain point, à l’appui de cette manière de voir. Quoi qu’il en soit sur ce premier point, voici notre opinion relativement à la fréquence des phénomènes critiques. Dans un grand nombre de maladies aiguës, et surtout dans les inflammations d’une intensité médiocre, nous avons pour règle ordinaire de n’employer aucun de ces moyens actifs qu’on a regardés comme propres à empêcher le développement des phénomènes critiques , et nous devons déclarer que , dans l’immense majorité des cas , nous avons vu ces maladies guérir, sans qu’aucun phénomène remarquable en ait

TERMINAISON DES MALADIES

signalé la solution ; une moiteur douce, une urine plus abondante ou plus chargée , quelques évacuations alvines , ne peuvent pas être, à notre sens, considérées comme des phénomènes critiques; nous ne les regardons comme tels que dans le cas où ils appellent l’attention par quelque chose d’insolite dans leur nature ou dans leur intensité, quelque chose, en un mot, qui les distingue des symptômes ordinaires de ces maladies. Or, ce n’est que dans des cas exceptionnels que de tels phénomènes ont été observés , et dans la très-grande majorité des cas, quel qu’ait été le traitement, les maladies nous ont paru le juger, en mal comme en bien, sans phénomènes critiques de quelque importance.

Quant à la seconde question , qui est relative à l’influence que peuvent exercer les phénomènes critiques sur l’issue des maladies, la plupart des anciens médecins avaient pensé que ces phénomènes étaient la cause du rétablissement des fonctions (1); que la matière morbifique, convenablement élaborée, était transmise au dehors avec l’urine , la sueur , les matières fécales , etc., et que la maladie cessait ainsi par l’élimination de l’agent qui l’avait produite et entretenile. Cette opinion a été combattue , dans les temps modernes , par des hommes d’un très-grand mérite , qui n’ont considéré les phénomènes qui surviennent alors que comme Teffet du rétablissement des fonctions précédemment troublées ou suspendues. Nous allons indiquer les principales raisons sur lesquelles ces deux conjectures ont été appuyées.

Ceux qui ont vu dans les phénomènes, et surtout dans les évacuations critiques , la cause du rétablissement de la santé , présentent, à l’appui de leur opinion , des argumens assez nombreux : 1^* V époque à laquelle se montrent ces phénomènes prouve, selon eux , qu’ils sont réellement la cause du retour à la santé , puisque souvent ils précèdent l’amélioration , et qu’ils sont même , dans beaucoup de cas , annoncés par des signes particuliers , pendant que la maladie est encore dans toute sa violence. 2® Le sou-

(1) Les phénomènes critiques peuvent aussi correspondre à une exaspération des symptômes, ou même à la mort des malades*, mais on emploie ce mot plus généralement dans un sens favorable.

lagement qui succède à ces pliénomènes critiques, la réapparition de la maladie par leur suppression intempestive, militent en faveur de cette opinion. 3® Ces pliénomènes ne peuvent être considérés comme l’effet du rétablissement des fonctions , s’il est reconnu qu’ils diffèrent beaucoup des phénomènes qui ont lieu dans la santé : or , les matières évacuées au déclin des maladies ne sont jamais semblables à ce qu’elles sont chez l’homme sain ; J’urine est sédimenteuse ; les sueurs abondantes , générales, exhalent une odeur particulière; les excrémens sont abondans, pultacés, etc. 4® Peut-on considérer comme le simple effet du rétablissement des fonctions les hémorrhagies , les abcès , les pustules , les aphthes qui surviennent au déclin des maladies aiguës? assurément il y a là autre chose que la cessation des phénomènes morbides. 5® Si ces diverses preuves rassemblées ne suffisaient pas encore , on ne pourrait nier que l’éruption des règles dans la fièvre qui précède leur première apparition , que la sécrétion du lait dans celle qui suit l’accouchement, ne soient incontestablement la cause qui fait cesser le trouble des fonctions. 6"" Si, dans quelques cas, la marche de la nature est obscure, ont ajouté les partisans de cette doctrine , ce n’est pas là qu’il faut l’étudier : c’est , au contraire , dans les circonstances où le voile qui la couvre est moins épais qu’on peut surprendre le mécanisme de ses actes.

Ceux qui ont considéré les phénomènes qui surviennent au déclin des maladies comme l’effet et non comme la cause du retour à la santé, ont appuyé leur opinion sur des argumens aussi plausibles : V les phénomènes qu’on nomme critiques n’ont généralement lieu que dans une seule classe de maladies , celle des maladies aiguës : encore arrive-t-il le plus souvent qu’ils manquent, comme le prouvent les relevés même Hij^pocraie et de Foresiiis, cités par les partisans des crises : or, si ces phénomènes étaient nécessaires à la terminaison de la maladie , n’auraient-ils pas lieu constamment? 2® Ces phénomènes qu’on nomme critiques ne surviens lient pas toujours avant l’amélioration ou en meme temps qu’elle ; souvent ils la suivent, et dès-lors ils ne peuvent être considérés que comme effet et non comme cause du changement survenu.

TERMIIXAISON DES MALADIES. 393

Quant aux signes précurseurs qui les annoncent, outre qu’ils sont fort rares , ils ne prouvent point que ces phénomènes soient réellement critiques ; le délire , qui n’est qu’un symptôme de la maladie, n’a-t-il pas aussi ses signes précurseurs? 3® Le môme phénomène que l’on considère comme nuisible ou indifférent dans un cas , est regardé comme favorable dans un autre, et cela quelquefois chez le même individu à des époques diverses : les sueurs, par exemple, qui ont lieu pendant tout le cours de la maladie , sont considérées comme fâcheuses pendant l’accroissement, comme indifférentes pendant l’état, comme utiles au déclin; n’est-il pas plus naturel d’admettre qu’elles ne sont, dans toutes les périodes, qu’un des symptômes de la maladie, et non un phénomène distinct des autres et capable d’en modifier la marche? 4° La plupart des évacuations critiques diffèrent peu des évacuations naturelles : si quelques-unes s’en éloignent davantage, c’est sans doute à la maladie antérieure qu’il faut attribuer cette différence , et au trouble encore existant des fonctions , qui ne reprennent pas tout-à-coup , mais peu à peu , leur parfaite régularité. 5® Quant aux maladies qui se montrent au moment où d’autres cessent , comme les hémorrhagies insolites, les exanthèmes, etc., il peut se faire, ou bien que l’apparition des unes et la cessation des autres ne fassent que coïncider , ou bien que le premier de ces phénomènes soit la cause du second. Dans cette dernière supposition , il serait démontré qu’une maladie pourrait en suspendre une autre ; mais cela prouverait-il que la sueur, l’urine sédimenteuse , etc., produisent un effet semblable ? 6^ Si l’apparition des évacuations critiques est suivie de soulagement , si leur suppression produit l’exaspération ou le retour des symptômes , cela ne prouve pas qu’elles soient la cause de ce changement. La suppression des évacuations naturelles peut provoquer chez l’homme sain le développement de toute espèce de maladie ; faut-il s’étonner que la même cause produise un effet analogue chez l’homme affaibli , et rappelle une affection qui vient de se terminer?

En examinant avec impartialité toutes les circonstances favorables à ces deux opinions opposées, on voit combien il est

394 TERMINAISON DES MALADIES

difTicile , quand on ne se décide pas légèrement , d’adopter l’une et de rejeter l’autre. Les partisans des phénomènes critiques citeront toujours, à Tappui de leur doctrrine , la sécrétion du lait, qui , chez les nouvelles accouchées , semble en effet être la cause à laquelle est due la cessation de la fièvre qui la précède ; mais si l’on considère ensuite la série de raisonnemens et de faits sur lesquels est appuyée Topinion contraire , il sera bien difficile de la rejeter entièrement.

L’insuffisance de chacune de ces théories conduira peut-être à les concilier 5 bien qu’elles soient opposées l’une à l’autre. Si l’on examine combien la nature est variée dans ses moyens , et combien il est rare qu’elle s’astreigne à une marche parfaitement uniforme , on sera conduit à penser que les mêmes phénomènes peuvent être tantôt l’effet et tantôt la cause du rétablissement des fonctions. Il n’est même pas impossible que ces phénomènes qui surviennent au déclin des maladies n’aient encore avec ceux qui les précèdent et les suivent d’autres rapports qui nous échappent. Nous ne devons donc pas nous hâter de tirer des conclusions générales , et moins encore d’assigner des bornes à la puissance de la nature.

Les crises n’étant autre chose, dans le sens hippocratique, que des changemens remarquables, soit en bien, soit en mal, qui surviennent pendant le cours des maladies , leur existence ne peut être révoquée en doute.

Il en est autrement des phénomènes critiques dont l’influence sur la terminaison de la maladie est et sera toujours enveloppée d’une grande obscurité.

Dans un petit nombre de cas, ces phénomènes semblent avoir une part active dans la solution de la maladie : l’analogie porte à croire qu’il peut en être de même dans plusieurs autres où leur influence est moins certaine.

Mais le plus grand nombre des maladies aiguës se juge sans phénomènes critiques , et les phénomènes qu’on a décorés de ce nom ne sont , pour la plupart , autre chose que de nouvelles maladies survenues au déclin de la première , ou des symptômes de

TERMINAISON DES MALADIES

la maladie primitive dont le développement a été tardif, ou bien enfin le simple effet du rétablissement des sécrétions suspendues pendant l’accroissement et l’état de la maladie.

ARTICLE III

Doctrine des Jours critiques.

Les crises , c’est-à-dire les changemens en bien ou en mal qui surviennent dans le cours des maladies , ont-elles lieu exclusivement ou spécialement à certains jours , ou se montrent-elles indistinctement à tous ? Y a-t-il ou n’y a-t-il pas de jours critiques ?

Ce point de doctrine a été long-temps, dans les écoles, un sujet permanent de controverse. Ses partisans et leurs antagonistes ont été entraînés , comme cela arrive presque toujours , par la chaleur de la discussion, au-delà du point qu’ils voulaient défendre ou attaquer. Les premiers ont été ainsi conduits à prétendre que les maladies ne pouvaient être jugées qu’à certains jours , tandis que les autres soutenaient qu’aucune espèce de maladie ne se terminait à un jour plutôt qu’à tout autre.

Voici quelle était la doctrine Hippocrate , relativement aux jours critiques :

Il regardait les derniers jours de chaque semaine ou septénaire comme les plus favorables aux changemens qui surviennent dans les maladies. Ces jours étaient le 7®, le 14®, le 20®, le 27®, le 34® et le 40® : il les nommait antiques. Dans cette manière de compter les jours , le troisième septénaire commençait le dernier jour du second, c’est-à-dire le 14® jour ; le sixième septénaire commençait le dernier jour du cinquième , c’est-à-dire le 34® ; en sorte que trois septénaires ne formaient que vingt jours , six n’en formaient que quarante. Hippocrate comptait ainsi vingt et un jours médicauxdans vingt jours solaires. Chesneau, dans son Traite des fièvres, a proposé un jour médical de vingt-trois heures ; mais il ne serait pas encore tout-à-fait le même que celui AU Hippocrate , qui est un peu plus court.

Hippocrate plaçait au second rang les jours qui tiennent le

ÏEUMINAISON DES MALADIES.

milieu des septénaires , tels que le 4^, le 11^, le 17^ ; il les nommait parce que, selon lui, les changemens sont plutôt

indiqués que produits* aux jours dont il est question \ ils sont indiqués soit par quelque pliénomène nouveau , soit par une diminution ou une augmentation dans l’intensité de la maladie.

Les autres jours étaient distingués en jours intercalaires , auxquels les crises arrivent moins fréquemment et sont moins complètes qu’aux jours critiques et indicateurs, et en jours vides ou non décrétoires , auxquels les crises n’ont presque jamais lieu. Voici l’énumération des jours qui appartiennent à chacune de ces quatre séries :

jours critiques, 7®, 14^, 20^^, 27®, 34®, 40®. 60®, etc.

Jours indicateurs, 4®, 11®, 17®, 24®, etc.

Jours intercalaires , 3®, 5®, 6®, 9®, etc.

Jours non décrétoires, 2®, 8®, 10®, 12®, 13®, 15®.

Ce serait avoir une idée fausse de la doctrine Hippooxiie sur les jours critiques que de la considérer comme exclusive. Ce grand médecin eut la sagesse de ne rien présenter à ce sujet comme constant ; il fit lui-même observer que la marche des maladies était modifiée selon les saisons et les épidémies. Les observations qu’il a consignées dans ses ouvrages ne sont pas toujours conformes à ses axiomes généraux sur les jours critiques , et cela seul prouverait qu’il y mettait des exceptions. Il pensait, d’ailleurs , que les crises pouvaient avancer ou retarder d’un jour, avoir lieu , par exemple , le sixième et même le huitième , qui est un jour non décrétoire, au lieu du septième.

Galien et ses sectateurs furent loin d’imiter la circonspection du père de la médecine : ils défigurèrent sa doctrine , en soutenant que certains jours étaient constamment heureux, d’autres toujours funestes ; en sorte qu’aucune maladie ne pouvait se terminer défavorablement le septième jour, ni heureusement le sixième. Galien appelle , à ce sujet , en témoignage , les dieux immortels, qui connaissent, dit-il, la vérité de ses paroles!

Autant il est aisé de détruire les assertions exclusives de Galien, autant il serait difficile de combattre la doctrine réservée

A’’ Hipjoocrate. S’il est un certain nombre d’affections qui peuvent se terminer indifféremment à toute époque , il en est beaucoup d’autres qui cessent régulièrement dans un temps déterminé , qui ont , comme on l’a dit , une sorte de maturité comparable à celle des végétaux : la variole et le typhus , en particulier, sont dans ce cas. Sur les quarante-huit fièvres graves dont Forestus a donné Inobservation , trente ont été jugées aux jours critiques , huit aux jours indicateurs , dix seulement aux jours vides ou intercalaires. En rassemblant toutes les observations qui se trouvent disséminées dans les écrits A'’ Hippocrate , Dehaen a constaté que , sur cent soixante-cinq maladies aiguës , il s’est présenté cent seize crises complètes ou incomplètes aux jours critiques ou indicateurs, et soixante-dix-sept seulement aux autres jours. Les crises favorables ont plus fréquemment eu lieu aux jours critiques ou indicateurs, les crises funestes aux jours intercalaires ou vides (1).

Cette influence des jours critiques n’est pas marquée seulement dans les maladies internes ; il paraîtrait , d’après les observations de Testa, qu’elle s’étendrait , jusqu’à un certain point , aux affections chirurgicales. Suivant cet auteur, c’est ordinairement le quatrième , le septième , le onzième , le quatorzième ou le vingtième jour qu’il s’opère dans les plaies de grands changemens , que la rupture des abcès a lieu , que surviennent les évacuations favorables , les accidens , les convulsions en particulier, etc.

Les antagonistes de la doctrine des jours critiques ont prétendu que ce n’était pas l’observation qui avait conduit Hippocrate à la fonder ; que ce médecin avait été entraîné par sa prévention en faveur du système des nombres de Pythagore. Celse, en particulier, adresse indirectement ce reproche à Hippocrate , lorsqu’il accuse les anciens médecins d'avoir rapporté à la puissance des nombres les périodes des 7naladies eiles jours criticjues. Quand on réfléchit à la circonspection avec laquelle Hippocrate s’èst exprimé sur l’influence des jours critiques , il est difficile de concilier, avec cette

(1) Dehaen, Prœlect. in Boerhaave. InH, Paîh.,t. ir, p. 270.

prévention dont on parle , un langage aussi réservé. Si Ton compare ensuite la doctrine des nombres de Pythagore et celle des jours critiques (Ü" Hippocrate , on se convaincra davantage encore que ce dernier est loin d’étre aveuglé par le pythagorisme. La lecture attentive des écrits di Hippocrate ne permet pas de croire qu’il ait attaché aux nombres en général , et aux nombres impairs en particulier, autant d’importance qu’on l’a dit généralement. La doctrine des jours critiques , telle qu’elle est présentée dans ses véritables ouvrages , est si différente de ce qu’elle est dans les livres qu’on lui a faussement attribués , qu’elle concourt , avec toutes les autres preuves , à démontrer combien est fondée la distinction qu’on en a faite.

Nous n’irons pas, toutefois, jusqu’à prétendre que les recherches di Hippocrate sur les jours critiques soient entièrement étrangères au système de Pythagore; mais autre chose est que ce système ait fait supposer à Hippocrate des jours critiques , autre chose est que ce médecin ait été conduit, par ce système, à les observer : or, s’il est démontré que la doctrine des nombres et celle des jours critiques , bien qu'ayant quelque analogie , diffèrent cependant sous beaucoup de rapports ; si , comme il serait facile de le prouver, elles se trouvent , à plusieurs égards , dans une opposition complète , on ne peut point admettre que la doctrine des jours critiques ne soit que l’application du système de Pythagore à la marche des maladies, et l’on est obligé de conclure que c’est principalement sur ses propres observations Hippocrate s’est appuyé pour émettre une doctrine dont le système des nombres a pu lui suggérer l’idée.

La plupart des discussions qui ont eu lieu sur les jours critiques auraient été évitées peut-être si l’on se fût mieux entendu sur le point de la discussion , si chacun eût clairement exprimé jusqu’à quel point il voulait attaquer ou défendre cette opinion. Il n’est presque aucun de ses partisans qui ne fût convenu volontiers que les maladies ne se jugeaient pas , dans tous les cas sans exception , aux jours critiques ou indicateurs , et vraisemblablement aussi leurs antagonistes , du moins pour la plupart ,

CONVALESCEXCE.

auraient admis qu'il est certains jours où les changemens qui surviennent dans les maladies sont un peu plus fréquens ; dès-lors la discussion n’eùt plus roulé que sur la fréquence relative , et les observations qu'on aurait recueillies dans l’intention d’éclairer ce dernier point auraient eu du moins l’avantage d’enrichir les annales de la science , lors même qu’elles auraient laissé cette question indécise : car tel est le caractère des observations exactes que, lors même qu’elles n’atteignent pas le but de l’observateur, elles restent toujours comme des monumens utiles à consulter, et propres à concourir à la solution des questions que soulèvent chaque jour les progrès de la médecine.

Nous ferons remarquer, avant de terminer cet article , que la doctrine des phénomènes et celle des jours critiques sont, jusqu’à un certain point, indépendantes, et que l’une d'elles pourrait être fondée sans que l’autre le fût.

Nous ajouterons enfin que la doctrine des jours comme celle des phénomènes critiques n’a pas l’importance qu’on lui a donnée ; que la difficulté de fixer les jours d’invasion et de terminaison des maladies rend cette doctrine inapplicable à beaucoup de cas, et quelle permet aux partisans et aux antagonistes de cette théorie d’interpréter les mêmes faits à leur avantage.

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