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CHAPITRE XI

De la convalescence.

La convalescence {convalescentia) est un état intermédiaire à la maladie qui n’existe plus, et à la santé qui n’existe pas encore : elle commence lorsque les symptômes qui caractérisent la maladie ont disparu, et finit à l’époque où l’exercice libre et régulier des fonctions qui constitue la santé est pleinement rétabli.

CONVALESCENCE

Le mot convalescence suppose par conséquent quelque gravité dans la maladie qui a précédé. A la suite d’une simple indisposition, après la guérison de quelques maladies locales, il n’y a point de convalescence.

On a distingué deux espèces de convalescence, l’une vraie, l’autre fausse : cette distinction ne peut pas être admise. Si la maladie persiste après une rémission marquée, l’individu est encore malade ; si la maladie a cessé , il est convalescent. La convalescence peut être incertaine , mais elle ne saurait être fausse.

Les phénomènes de la convalescence varient nécessairement comme ceux de la maladie qui a précédé. Ils offrent néanmoins un certain nombre de points communs, d’une part dans les affections aiguës , de l’autre dans les maladies chroniques.

Dans ces dernières , la lenteur avec laquelle les fonctions se rétablissent forme le principal caractère de la convalescence : la physionomie conserve long-temps l’empreinte morbide ; l’embonpoint et les forces ne reviennent à leur degré primitif qu’après un certain nombre de mois ; l’appétit est long-temps languissant , l’estomac et les intestins paresseux. Il se passe souvent une année entière avant que la santé soit complètement rétablie; et chez certains sujets , surtout chez ceux qui sont avancés en âge , l’économie conserve pendant un temps illimité le ressentiment d’un mal qui l’a fortement ébranlée.

Les phénomènes qui accompagnent la convalescence des maladies aiguës sont bien plus nombreux et bien plus remarquables. Un des premiers effets de la cessation de la maladie est un amaigrissement subit de tout le corps, et en particulier de la face, qui devient plus pâle. Cet amaigrissement et cette pâleur paraissent liés surtout à la cessation du mouvement fébrile , et surtout à la diminution de la chaleur : car, même dans le corps vivant, la chaleur détermine une augmentation dans le volume des parties, une véritable raréfaction des solides et des liquides ; le rétablissement des sécrétions dans la troisième période doit aussi entrer pour quelque chose dans la diminution de volume du corps. En même temps qu’il éprouve le bien-être que produit la cessation de la dou-

COr^VALESCENCE.

leur ou du malaise , le convalescent a davantage le sentiment de sa faiblesse : ses premiers pas sont chancelans et accompagnés de beaucoup d’efforts; sa voix reste quelque temps faible et ne reprend que peu à peu son ton naturel. Cette faiblesse s’étend aussi aux facultés intellectuelles : l’imagination , la mémoire , le jugement s’exercent, à la vérité, librement chez le plus grand nombre ; mais la contention d’esprit amène une fatigue prompte, détermine des maux de tète ou d’autres accidens. Il est encore d’observation que l’état de convalescence est accompagné d’une augmentation remarquable dans la susceptibilité nerveuse; les convalescens , bien qu’enclins aux pensées agréables , sont impatiens et irascibles, et les impressions physiques et morales déterminent souvent en eux des secousses qui ne sont en proportion ni avec la cause qui les produit, ni avec leur impressionnabilité habituelle.

Les fonctions digestives ne reprennent également que par degrés leur exercice régulier ; la langue reste un peu chargée, l’appétit ne revient pas toujours promptement ; souvent le vin paraît amer et le pain sans saveur ; la soif diminue ou cesse ; dans le plus grand nombre des cas, le désir des alimens revient plus vite que la faculté de les digérer, et c’est là ce qui rend, chez les convalescens , les indigestions si fréquentes : néanmoins , quelques personnes mangent et digèrent facilement , dès le premier jour de la convalescence, après une maladie grave, une quantité d’alimens considérable. Nous avons vu deux sujets convalescens du typhus manger, sans accident et en un seul repas, le jour même où la fièvre venait de cesser, plus d’une demi-livre d alimens solides. Hildenbrand avait observé des faits analogues : il rapporte qu’à la suite du typhus , le désir de manger s’élève souvent jusqu’à l’appétit le plus vorace (1). Dans la convalescence des maladies aiguës , le ventre est ordinairement resserré ; quelquefois , au contraire , il y a du dévoiement. La respiration est libre dans l’état de repos ; mais l’exercice , faction de parler déterminent de l’es-

(1) Typh. contag,, trad. de Gasc^ p. 86.

CONVALESCENCE

souIFiement. Le pouls reste quelquefois fréquent pendant plusieurs jours ; mais quand tous les autres signes sont bons , la fréquence du pouls n’a rien d’inquiétant; elle ne doit pas empêcher le médecin d’accorder aux convalescens les alimens qu’ils demandent. Chez un certain nombre, le pouls devient, par l’effet sans doute du repos et de la diète prolongée auxquels la maladie les a condamnés , plus lent qu’il ne Test dans l’état sain : il peut descendre à cinquante pulsations et môme au-dessous. La plupart des convalescens éprouvent , par les causes les plus légères , par la marche , ou par l’effet d’une sensation ou d’une émotion vive , des palpitations qui n’ont rien de grave ; chez ceux qui sont anémiques , on entend communément des bruits de souffle dans le cœur et dans les grosses artères ; chez presque tous aussi , les membres inférieurs se gonflent facilement par la station , et l’on observe le soir un peu d’œdème autour des malléoles. La plupart des convalescens ont habituellement froid, même dans les saisons chaudes, soit parce que la chaleur est diminuée en eux , soit parce que le séjour prolongé dans l’appartement et au lit les a rendus plus sensibles à l’impression du froid extérieur. Chez un grand nombre , la transpiration cutanée est abondante pendant le sommeil , et la sécrétion de l’iirine est également augmentée. La couleur souvent grisâtre des matières fécales et la rareté des évacuations alvines portent à croire que la sécrétion de la bile est peu abondante dans le commencement de la convalescence.

Un des phénomènes les plus remarquables de la convalescence est l’excitation des organes générateurs , les désirs ardens , les songes lascifs , les pollutions nocturnes. Plusieurs auteurs rapportent que des vieillards qui n’avaient pas eu d’éjaculation depuis plusieurs années en ont eu dans la convalescence. Le rétablissement des menstrues , chez les femmes , n’a souvent lieu que plusieurs mois après la cessation de la maladie.

Nous joindrons à ces phénomènes la desquammation de l’épiderme et la chute des cheveux qui ont lieu , chez beaucoup de sujets, à une époque très-avancée de la convalescence. On les observe fréquemment à la suite des maladies graves , et spéciale-

CONVALESCENCE

ment de celles qui ont été accom[>agnées d’une éruption même obscure vers la peau, comme l’affection typhoïde. Les cheveux qui repoussent n’ont pas ordinairement la même nuance ni la même forme que les autres , et cette circonstance donne à la chevelure de ceux qui ont éprouvé une maladie grave un aspect particulier.

Pour compléter le tableau de la convalescence , nous devons parler de ce sentiment de bien-être, de plus en plus vif à mesure que le rétablissement devient plus complet; de ces jouissances toutes nouvelles que goûte le convalescent dans le simple accomplissement des actes les plus communs de la vie, jouissances tout- »

à-fait inconnues de l’homme qui n’a iamais été malade. « Personne, disait Hildenbrand, n’a éprouvé de plaisir dans toute sa plénitude, s’il n’a pas été à même de ressentir ce qui se passe à l’époque de la convalescence... » En effet, c’est seulement quand il a été orivé de la santé , comme de tout autre bien, que l’homme en connait véritablement le prix.

La durée de la convalescence est souvent incertaine , parce que l’époque où elle commence et celle où elle finit ne sont pas bien marquées. On ne peut presque jamais la déterminer d’une manière rigoureuse; on ne connaît que sa durée approximative.

Du reste , un grand nombre de conditions peuvent rendre la convalescence plus longue ou plus courte. L’àge et la constitution de l’individu, le genre et la durée de l’affection, le traitement qu’on lui a opposé , l’habitation , la saison et le régime , sont celles qui agissent le plus puissamment sur l’espace de temps qui s’écoule entre la fin de la maladie et le réiablissement parfait de la santé. Toutes choses égales, d’ailleurs, la convalescence est plus courte dans l’enfance et la jeunesse ; elle est plus longue chez les personnes faibles et habituellement souffrantes , dans les endroits humides, dans les lieux où les maisons sont plus basses que le sol, dans les hôpitaux, que dans les conditions opposées. L’usage d’alimens malsains, une diète trop sévère ou l’excès opposé prolongent la convalescence. 11 est aussi d’observation qu’elle est plus courte dans le printemps et l’été que dans l’automne et l’hiver. Enfin , il

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est bien constant qu’en général elle est moins longue à la suite des maladies franchement inflammatoires qu’à la suite de celles qui ont été accompagnées d’une grande prostration des forces. Les évacuations excessives, et spécialement les évacuations sanguines, qui ont eu lieu spontanément ou artificiellement dans le cours de la maladie, ajoutent aussi à la durée ordinaire de la conva^ lescence.

Lorsqu’on observe attentivement les changemens qui surviennent dans le cours de la convalescence , on voit , en général , de jour en jour, les diverses fonctions s’exécuter d’une manière plus libre et plus régulière; mais on reconnaît en même temps que le rétablissement ne s’opère pas d’une manière égale et avec la même promptitude dans les organes divers. Non-seulement ceux qui ont été principalement et primitivement affectés sont , en général , plus long-temps à recouvrer leur énergie que les autres ; mais , parmi ceux qui n’ont été que secondairement atteints , quelquesuns ne reviennent à l’état normal que plus ou moins long-temps après les autres. La convalescence est un phénomène complexe ; elle se compose du rétablissement partiel de chacun de nos organes : elle peut être complète dans celui-ci alors qu’elle est à peine commencée dans celui-là.

La convalescence commencée ne conduit pas toujours au rétablissement immédiat et complet de la santé : elle peut être entravée dans sa marche par quelques phénomènes qui ne sont pas assez graves pour constituer un état morbide ; elle peut être interrompue par la réapparition de la maladie à laquelle elle succède. Ces deux points de l’histoire des maladies vont être examinés dans les deux chapitres suivans.

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