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CHAPITRE XVni

Des diverses Altérations que présentent les organes après la mort.

Les altérations nombreuses que la maladie apporte dans la structure de nos organes ont particulièrement attiré Taltention des médecins modernes qui en ont fait, en quelque sorte, une science distincte à laquelle ils ont donné le nom ^ anatomie 'pathologique ^ mais qui ne doit être considérée que comme une simple branche de la pathologie. L'histoire des maladies est nécessairement incomplète quand on en sépare l’altération des organes qui correspond à chacune d’elles , et l’étude de ces altérations n’offre presque aucun intérêt quand on yeut l’isoler de l’histoire des maladies.

On a droit de s’étonner , avec Senac (1) , que pendant longtemps les médecins n’aient pas montré plus de zèle pour acquérir les lumières que leur offrait Texamen des cadavres ; mais ce qu’il y a de plus étonnant encore , c’est que , dans les temps même où l’anatomie de l’homme sain a été cultivée avec le plus de succès , on se soit à peine occupé des lésions que la maladie détermine dans les divers organes. Fallope, Vésale Eustachi^ qui firent faire de si grands pas à l’anatomie ; G. Harvey , qui découvrit la circula^ tion du sang , précédèrent d’environ un siècle les premiers médecins qui se livrèrent à l’étude de l’anatomie pathologique. L’exemple donné par Thomas Bartholin et Théophile Bonet n’a d’abord eu qu’un petit nombre d’imitateurs , tels Morgagni^ Lieutaucl^ Portaly et ce n’est que vers la fin du dernier siècle que cette bran-

(1) De reconditd Fehr. Naturdy pag. 194 : « Mirum est sanè eos qui » de morMs scripserunt , non majori studio investigasse quid morte » ipsd edoceamur, »

OUVERTURE DES CADAVRES

che de la pathologie a été généralement étudiée. Depuis cette époque, il n’est aucun médecin instruit qui ne saisisse toutes les occasions de constater, après la mort , Tespèce de lésion qui a produit ou accompagné les phénomènes qu’il a observés pendant la vie; et depuis ce temps plusieurs traités et un très-grand nombre de mémoires importansont été publiés sur cette matière par les médecins les plus distingués de notre siècle, tels que par Bayle, Baillie, Laennec, Dupuytren; et dans les derniers temps, par MM, Breschet^ Cruveilhiei', Louis y Andral,^ Bouillaudy Rayer y Carswely etc.

Les avantages attachés à Tétude de l’anatomie pathologique sont si généralement appréciés aujourd’hui, qu’il serait superflu de les énumérer. Quand on envisage la multitude d’erreurs que l’ouverture des corps a fait rectifier , les connaissances positives qu’elle a fournies sur le siège d’un grand nombre de maladies , l’importance dont elle sera toujours pour confirmer ou rectifier le diagnostic, on ne peut disconvenir que cette étude n’ait puissamment concouru et ne doive indéfiniment concourir aux progrès de l’art.

Celui qui veut rechercher et apprécier les lésions produites par la maladie dans les organes doit avant tout connaître avec exactitude leur conformation et leur structure dans l’état de santé. La connaissance de l’anatomie normale doit donc précéder l’étude de l’anatomie pathologique (l).

II faut aussi que celui qui se livre à ces recherches procède à l’ouverture des cadavres avec un ordre convenable , afin de ne rien omettre d’essentiel , afin aussi que l’examen des parties d’abord découvertes ne nuise pas à l’examen des autres.

11 est enfin , sinon indispensable , du moins très-utile de connaître préalablement par des descriptions bien faites, ou plutôt, pour les avoir déjà observées , les diverses altérations propres aux différons organes.

(1) Il serait à désirer que les variétés de forme , de couleur, de consistance , que les organes peuvent olfrir dans l’état de santé, fussent bien déterminées et décrites avec plus d’exactitude qu’elles ne l’ont été jusqu’ici , ann qu’on put distinguer avec plus de précision ce qui appartient à la maladie de ce (pii ifest qu’une variéié de l’éiat sain.

OliVERTURE DES CADAVRES,

ARTICLE PREMIER

De la manière d'ouvrir les cadavres.

On emploie à peu près comme synonymes les mots ouverture et autoi:>sie (1) du cadavre, et nècropsie (2) pour désigner, soit l’acte par lequel on met à découvert tous les organes afin d’en examiner la disposition , soit le rapport dans lequel on expose le résultat de ces recherches.

§ pr. L’examen du cadavre doit toujours commencer par l’habitude extérieure : l’embonpoint ou la maigreur doivent être indiqués avec exactitude , mais sans prétendre mettre une précision mathématique dans une chose qui n’en est pas susceptible. Le gonflement général ou partiel , produit par l’épanchement d’air ou de sérosité, doit être soigneusement constaté. Il est quelquefois nécessaire , surtout dans les cas qui doivent être portés à la connaissance des tribunaux , d’observer avec la plus grande attention l’attitude du cadavre , le rapport où il se trouve avec tous les objets qui l’entourent , l’état des vètemens , etc. : les circonstances les plus minutieuses en apparence peuvent, dans la discussion des faits, apporter des lumières utiles. On ne doit pas non plus négliger l’expression de la physionomie, qui est quelquefois celle de l’effroi, du désespoir, etc. L’état de flaccidité ou de raideur des membres appelle aussi l’attention d’une manière spéciale : la raideur commence toujours par les mâchoires, le cou, le tronc, et s’étend ensuite aux membres thoraciques , plus tard , aux membres abdominaux; elle se manifeste généralement lorsque la chaleur vitale s’éteint ; elle est plus forte et a une durée plus longue chez les individus qui succombent à une maladie aiguë ; elle est moins prononcée et passagère chez ceux qui meurent de maladie chronique. Les plaies, les contusions, les ecchymoses, les

(1) Ayro>{^ta, l’action de voir soi-même ou de voir la chose même; de ùuToç, ipse^ et de oTTropiat, je vois.

(2) De vexpoç; mort, et de QTvrop.ca^ je vois.

btVERTÜRE DES CADAVRES t §47

excoriations, l’impression d’un lien sur quelque partie, les éruptions, les tumeurs, les ulcérations, la gangrène des tégumens, sont autant de circonstances dont on doit toujours tenir compte. Il faut aussi faire attention aux taches livides, quelquefois rougeâtres, à forme irrégulière, qui sont l’effet de la stase du sang dans le réseau muqueux et quelquefois aussi dans le derme, et qui existent plus particulièrement à la partie postérieure du tronc quand le cadavre est resté sur le dos depuis le moment de la mort. Ces lividités peuvent encore se montrer dans les parties du corps qui ne sont pas dans une situation déclive *, mais dans ces cas on les observe presque exclusivement sur le trajet des grosses veines, et elles semblent dépendre d’une transsudation du sang à travers les parois de ces vaisseaux. Quelquefois ces taches sont traversées ou séparées par des lignes , des plaques ou des sillons dans lesquels la peau a conservé sa blancheur ; cette disposition dépend de la pression exercée par des liens , par les plis des vêtemens ou du drap , ou par les inégalités du sol sur lequel repose le cadavre. Une température élevée , la fluidité du sang , sont des conditions favorables à la production de ces taches. On les observe plus spécialement sur les cadavres des individus qui ont succombé à certaines affections, telles que fièvres graves, affections gangréneuses, variole, scarlatine, etc. Souvent dans les mêmes conditions l’épiderme se détache dans de larges surfaces par le plus léger frottement. Il est important, surtout en médecine légale, de ne pas confondre les lividités cadavériques avec les ecchymoses qui, comme nous l’avons vu, appartiennent aux symptômes; celles-ci sont formées par du sang infiltré ou épanché , et leur teinte varie suivant l’époque à laquelle la contusion a eu lieu et suivant que la résorption du sang est plus ou moins avancée ; dans les lividités et les vergetures, au contraire, il n’y a qu’une simple stase du sang dans les tissus. Il faut aussi, dans l’examen de l’habitude extérieure du cadavre, s’assurer s’il existe quelque indice de putréfaction; c’est généralement sur le ventre et vers les fosses iliaques qu’elle commence à se montrer par des taches verdâtres : le cadavre exhale alors une odeur d’une fétidité particulière.

OUVERTURE DES CADAVRES

§ II. Après avoir examiné avec l’attention convenable l’extérieur du cadavre , on procède à l’inspection des parties intérieures (1).

A. La plupart des médecins commencent par ouvrir la cavité dans laquelle ils soupçonnent quelque lésion ; cette méthode n’offrirait pas d’inconvéniens si, après avoir rencontré la lésion qu’on soupçonne, on poursuivait toujours ses recherches pour s’assurer qu’il n’en existe pas d’autres; mais, comme au contraire on néglige souvent ensuite l’examen des autres cavités , il serait préférable qu’on se fît une règle d’ouvrir d’abord les cavités où l’on ne soupçonne aucune lésion.

Toutes choses égales d’ailleurs , on doit ouvrir l’abdomen avant la poitrine , et celle-ci avant la tête. En voici les motifs : en commençant par ouvrir le ventre, si quelque liquide est contenu dans celte cavité, on apprécie bien sa quantité et ses qualités diverses ; si , chez le même sujet , un liquide est contenu dans la poitrine , il y reste en totalité , et l’abaissement plus ou moins considérable du diaphragme, qu’il refoule vers le ventre, peut être distinctement reconnu. Lorsqu’au contraire on commence par ouvrir le thorax , il arrive presque toujours , à moins qu’on ne mette dans cette opération un soin très-grand, qu’on divise le diaphragme et qu’on établit une communication entre les cavités des plèvres et du péritoine ; dès lors, si quelque liquide remplit l’une de ces cavités, il passe en partie dans l’autre ; s’il y en a dans les deux , il se mêle , et dans Tun et l’autre cas il en résulte des erreurs ou tout au moins de l’incertitude dans les recherches que l’on fait. Lorsqu’on a ouvert l’abdomen , il est plus naturel d’étendre l’incision à la poitrine que d’ouvrir la tête pour revenir ensuite au thorax, d’autant plus qu’après avoir ouvert le crâne , il est quelquefois nécessaire de retourner le cadavre pour examiner la moelle épinière.

(1) Les instrumens nécessaires pour Touverture des cadavres sont à peu près les mêmes que pour les dissections; savoir : des scalpels^ des couteaux, des ciseaux à pointe mousse et de dimensions différentes, un entérotome, un rachitome, plusieurs stylets, une scie, un marteau; un tube de verre est quelquefois utile pour reconnaître par rinsufflatioii Certaines lésions plus ou moins cachées.

OUVERTURE DES CADAVRES

Voici de quelle manière on procède àTouverture des trois grandes cavités. Pour mettre à nu les viscères abdominaux, on fait d’abord une incision demi-circulaire , qui commence à l’un des hypocliondres, descend jusqu’au pubis, en avoisinant le plus possible l’épine antérieure et supérieure de l’os des îles , remonte de même vers l’hypochondre opposé , et forme un vaste lambeau qui comprend toute la paroi antérieure de rabdomen. Lorsque ce lambeau est renversé sur le thorax , on continue les deux incisions sur les tégumens de la poitrine jusqu’à la clavicule. L’incision doit être dirigée vers l’articulation de cet os avec le sternum, lorsqu’on se sert, pour ouvrir le thorax, d’un scalpel avec lequel on coupe les cartilages des côtes ; elle peut être dirigée beaucoup plus en dehors lorsqu’on divise les côtes elles-mêmes au moyen de la scie , ou mieux encore au moyen d’une espèce de sécateur ou costotome. Lorsqu’on a scié ou coupé les côtes et la clavicule , ou mieux encore lorsqu’on a divisé les cartilages avec le couteau et désarticulé le sternum , on soulève ce dernier os , on le sépare du médiastin à l’aide du scalpel, et l’on achève de le renverser vers la tête ; après quoi on le détache entièrement avec le lambeau des parois abdominales, en coupant les tégumens du cou auxquels il adhère. Dans quelques cas , pour mettre plus entièrement à découvert les parties malades , il est préférable de luxer ou de rompre les côtes à leur extrémité postérieure.

Pour ouvrir le crâne , on commence par inciser circulairement les tégumens de la tête, en passant à six lignes au-dessus des sourcils, et en dirigeant l’incision vers la bosse occipitale supérieure , ou un peu au-dessus. Cette incision doit comprendre toute l’é- .paisseur des tégumens , qu’on écarte ensuite avec soin du trajet de la scie avec laquelle on divise les parois osseuses. On peut aussi faire une incision cruciale, étendue de la racine du nez à l’occiput et d'un conduit auditif à l’autre , en passant par le sommet de la tète \ on renverse ensuite les quatre lambeaux qui résultent de ces incisions. On doit procéder de cette manière à l’incision des tégumens et employer la scie pour ouvrir le crâne dans les cas où l’on soupçonne quelque lésion du péricrâne ou

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des os ; dans les autres , on peut sans inconvénient employer le marteau tranchant ou la hachette. Cet instrument imprime, il est vrai , des secousses plus fortes au cerveau, mais il ne déchire ni la dure-mère ni la substance cérébrale , comme le fait presque toujours la scie, qui exige en outre un temps plus considérable. Lorsqu’on a achevé de diviser la voûte du crâne avec la scie ou la hachette, on passe un instrument de fer, un marteau, par exemple , dans la partie la plus antérieure de la division ; on fait en sorte de l’agrandir par des mouvemens obliques et par quelques tractions ; on y introduit ensuite tes doigts enveloppés de linge, et, à l’aide d’une forte secousse, on détache entièrement la voûte osseuse , et l’on met à nu la dure-mère.

B. Dans l’examen successif des parties ainsi mises à découvert , on porte d’abord son attention sur les conditions extérieures des viscères , sur leur couleur , leur forme , leur volume , leur consistance, leurs rapports, sur les adhérences accidentelles qui les unissent, sur les fluides qui sont accumulés dans les cavités viscérales ; on déplace les parties superficielles pour découvrir celles qui sont situées profondément ; on les renverse pour examiner leurs diverses faces ; on incise les membranes qui les enveloppent , etc.

Après avoir observé avec une attention suffisante 1a conformation extérieure des viscères, on passe à l’exploration des lésions intérieures qu’ils peuvent offrir. La méthode n’est pas la même pour les organes creux et pour les autres. Les premiers, et particulièrement les organes digestifs et respiratoires , doivent être incisés autant que possible dans toute leur étendue ; on examine les fluides qu’ils contiennent , on les recueille même , si quelque circonstance l’exige. Les organes pleins , tels que le foie , la rate , le cerveau , les reins , doivent être divisés dans plusieurs sens , quelquefois par tranches minces , par copeaux , assulatim , selon l’expression de Morgagni; on doit encore suivre les conduits qui existent dans ces viscères, examiner les membranes qui les tapissent, les fluides qui y sont contenus. Une dissection très-délicate est souvent nécessaire pour bien apprécier ces diverses lésions : on ne doit négliger aucun moyen de les bien connaître ; car une out

OUVERTURE DES CADAVRES. 5ol

verture de cadavre mal faite est plus nuisible qu’utile. C’est surtout dans les lésions des nerfs , dans les tumeurs anôvrismales , dans les altérations considérables de structure de certains viscères, dans les inflammations chroniques des membranes séreuses avec adhérence des viscères entre eux , qu’un examen minutieux est souvent indispensable.

Il est aussi quelquefois utile d’injecter avec une matière colorée et coagulable les vaisseaux et les conduits de quelques organes, lorsqu’on veut connaître avec exactitude leurs rapports nouveaux, leur diamètre , leur oblitération ou le développement d’une circulation collatérale. Ce moyen pourrait également être employé chez les sujets qui meurent d’hémorrhagie , pour déterminer si le sang provient de quelque petite artère ulcérée ou rompue , ou s’il s’est échappé par une simple exhalation , dans l’hémoptysie des tuberculeux, par exemple.

C. Telle est en général la manière de procéder à l’examen des différens viscères C^oici maintenant Tordre suivant lequel il convient d’en faire l’inspection : il n’est pas le même que celui que nous avons conseillé pour les mettre à découvert.

On doit commencer par les organes de la circulation : le péricarde, le cœur et les gros vaisseaux qui en partent ou qui s’y rendent seront examinés les premiers. Le cœur sera incisé longitudinalement : on notera la couleur , la consistance de son tissu , Tépaisscur de ses parois, depuis la base jusqu’au sommet. D’après les recherches de M. Bizot, l’épaisseur des parois du cœur et le volume total de ce viscère augmentent progressivement depuis l’enfance jusque dans Tâge le plus avancé. Ce fait entre comme élément indispensable dans l’appréciation de l’hypertrophie du cœur aux diverses époques de la vie (1). On passe le doigt indicateur dans les divers orifices du cœur , pour connaître s’ils sont libres. S’ils ne le sont pas, on les met à nu par une incision, afin que l’œil puisse distinguer le rétrécissement et la cause qui le produit.

(1) M. Bizot a donné dans son travail les mesures exactes des parois et des cavités du cœur dans les deux sexes et dans les divers âges de la vie. {Mém, de la Soc. d'ohs. médic., t. i, 1856.)

OUVEllTUUE DES CADAVRES.

Mais, avant de les inciser, il est nécessaire de s’assurer, en versant de l’eau , soit dans le ventricule , soit dans l’artère qui en naît, s’il y a ou non insuffisance des valvules, c’est-à-dire, si leur disposition s’oppose convenablement au reflux du sang du ventricule dans roreillettc ou de l’artère dans le ventricule. On doit toujours ouvrir les gros vaisseaux sanguins , artériels et veineux , qui sont contenus dans la poitrine , et quelquefois étendre cet examen aux vaisseaux des autres parties. Il est ordinaire de trouver les premiers remplis d’une quantité plus ou moins considérable de sang fluide ou en caillots *, leurs parois, dans ces cas, offrent une couleur rouge qui devient plus vive après le contact de l’air extérieur : c’est un simple effet d’imbibition.

On passe ensuite aux organes respiratoires. Avant d’extraire les poumons de la poitrine, on recherche avec soin s’ils présentent des traces d’emphysème vésiculaire ou interlobulaire ; on les presse entre les doigts pour savoir s’ils sont mous et élastiques , comme dans l’état sain : on les coupe en divers sens pour connaître exactement leur structure (1). Quand il s'y trouve des

(1) Les poumons présentent à l’ouverture, des corps un phénomène qui a éié remarqué fort anciennement, mais qu’on a long-temps mal interprété. Nous voulons parler de raccumulalion de liquide dans leur partie la })lus déclive, qui est plus noire et plus lourde que les autres. On a pensé que cet eugorgement avait lieu immédiatement après la mort, et qu’en conséquence on pouvait jugerj d’après l’inspection d’un cadavre, dans quelle position il avait été placé à ce moment. Bayle, ayant conçu quelque soupçon sur l’époque où survient cet engorgement des poumons, enlrcprit un certain nombre d’expériences propres à décider la question. Il recommanda que tous les individus qui succomberaient sur le dos dans les salles de médecine fussent à l’instant mémo placés sur le ventre, et qu’on eût soin, en les transportant dans la salle de dépôr et en les y plaçant , de les laisser constamment dans cette position jusqu’au moment de l’ouverture du corps. Il fit noter en même temps la situation dans laquelle chaque malade était resté pendant les derniers momens de son existence. Yoici les résultats qu’il obtint : l’engorgement du poumon se présenta toujours dans la partie qui avait été la plus déclive avant la mort , c’est-à-dire à la partie postérieure chez le plus grand nombre des malades, à la partie latérale chez quelques-uns qui étaient morts sur le côté,

OCVEUTURE DES CADAVRES.

excavations tuberculeuses ou des foyers purulens , on examine s’ils ont quelque communication avec la cavité de la plèvre ou avec celle des bronches , s’ils occupent le parenchyme pulmonaire ou s’ils n’auraient pas leur siège dans la portion de la plèvre qui pénètre entre les lobes des poumons [ahch interlo^ baircs]. L’insufflation d’air dans la trachée, à l’aide d’un tube , est en général le moyen le plus facile et le plus sûr de constater les communications qui peuvent exister entre les bronches et les diverses collections purulentes dont les poumons et les plèvres sont le siège -, dans ce dernier cas, il faut remplir la cavité pleurale d’un liquide, au travers duquel l’air insufflé puisse en s’échappant former des bulles qui viennent crever à sa surface. On peut dans quelques cas aussi reconnaîlre ces communications par la simple inspection des parties ou par l’incision des ramifications bronchiques au moyen d’une sonde cannelée et d’un bistouri , ou de ciseaux mousses. Pour examiner les bronches et la trachée, on incise ces conduits dans toute leur longueur, afin de juger des modifications qu’ils présentent sous le rapport de leurs dimensions (dilatation, rétrécissement, oblitération), de la couleur, de la consistance et de l’épaisseur des parties qui les constituent , et des produits de sécrétion qu’on y trouve. Pour bien voir le larynx, il faut séparer la base de la langue de l’os maxillaire inférieur , au moyen d’une incision semi-elliptique qui doit suivre la face concave de cet os et se prolonger à droite et à gauche sur les côtés du cou ; par une seconde incision on détache le voile du palais et la paroi postérieure du pharynx ; puis on tire à soi la langue et le larynx , et l’on coupe transversalement la trachée et l’œsophage

à la base chez ceux qui avaient été constamment assis dans les dernières heures de leur vie : la position sur le ventre dans laquelle on avait placé les cadavres n’avait déterminé aucun engorgement à la partie antérieure du poumon. Ces expériences n’intéressent pas seulement la médecine légale, elles sont encore d’une haute importance pour la physiologie, parce qu’elles concourent à démontrer l’influence des lois physiques chez l’homme malade, influence qui devient d’autant plus marquée que la puissaiwe vitale s’affaiblit davantage.

OUVERTURE DES CADAVRES

à la partie inférieure du cou. Le lambeau ainsi détaché, on ouvre d’abord le pharynx et le commencement de rœsophage; on examine ensuite le larynx, et spécialement l’ouverture supérieure et la glotte; on le place, à cet effet, entre l’œil et la lumière pour apprécier la largeur de cette dernière, puis on le fend avec des ciseaux pour voir sa membrane muqueuse et ses cartilages.

Avant d’ouvrir le larynx , on doit constater Tétât du pharynx ; on peut , si cela paraît utile , mettre à nu l’œsophage dans tout son trajet, après avoir examiné les organes de la respiration et de la circulation. On ouvre ensuite avec des ciseaux à pointe mousse , et préférablement avec Tentérotome du professeur C/oquet , Testomac et les intestins dans toute leur longueur ; on voit quelle est la couleur de la membrane muqueuse , si elle est injectée, et si l’injection est uniforme, par plaques, par arborisations ou pointillée; on juge de sa consistance, en la soulevant par lambeaux dont la longueur varie, dans l’état normal , suivant les points où on l’examine. Ils ont trois à quatre lignes , dans le grand cul-de-sac de Testomac ; six à dix lignes le long de la grande courbure , douze à seize lignes et quelquefois deux pouces à la petite courbure et dans la région pylorique ; dans l’intestin grêle, on peut obtenir des lambeaux de cinq à dix lignes.

On tiendra compte de l’épaisseur de la muqueuse , de l’état des tissus subjacens; on ne négligera point l’examen des follicules de Peycr et de Brunner , qui offrent des altérations caractéristiques dans la maladie typhoïde , et participent à la dégénérescence tuberculeuse chez les sujets qui succombent à la phthisie pulmonaire. En constatant l’état des ganglions mésentériques , on conservera leur rapport avec l’intestin, de manière à pouvoir juger si les lésions dont ils sont le siège correspondent aux anses intestinales affectées.

On examinera ensuite successivement le foie, la vésicule et les conduits biliaires , la rate , le pancréas , les vaisseaux sanguins et lymphatiques quand il y a lieu, puis les organes urinaires, en commençant par les reins et les uretères , et finissant par la vessie

OUVERTURE DES CADAVRES

et le conduit excréteur de l’urine ; et l’on terminera l’examen des parties contenues dans le ventre par les organes de la génération.

Le cerveau et ses annexes méritent une grande attention. On ne doit jamais inciser la dure-mère avant d’avoir terminé Tinspection des cavités thoraciques et abdominales ; elle soutient le cerveau et prévient le déchirement qu’il pourrait éprouver. Il est même préférable de ne fendre le crâne qu’aprés avoir terminé l’examen de la poitrine et du ventre. On divise la dure-mère avec des ciseaux ou avec un scalpel, à droite et à gauche de la grande faux 5 qu’on coupe elle-même près de l’endroit où elle s’attache à l’apophyse crista galli^ et qu’on renverse en arrière pendant que la dure-mère, devenue libre, est abaissée de chaque côté en dehors de l’hémisphère correspondant. On doit examiner, avant d’aller plus loin, si les circonvolutions cérébrales offrent la saillie qui leur est propre, et si cette saillie est la même des deux côtés. Lorsque l’aplatissement est borné à un hémisphère, il doit exister de ce côté une lésion profonde, comme une hémorrhagie, un ramollissement ; lorsqu’il porte sur les deux hémisphères , et que les membranes cérébrales ne sont pas enflammées , il est du soit à une accumulation de sérosité dans les ventricules , soit à une hypertrophie du cerveau, comme on Ta plusieurs fois observé chez les sujets qui succombent à des accidens cérébraux produits par le plomb. On doit aussi, en incisant la dure-mère, tenir compte de la quantité de liquide cérébro-rachidien qui s’écoule , et , en détachant les autres membranes , examiner et leur degré d’adhérence avec la substance corticale et leur propre cohésion. En général, il vaut mieux examiner le cerveau en place que de l’enlever ; cette règle est d’ailleurs appliquable à presque tous les autres viscères. On le coupe par tranches minces, surtout en approchanfdes ventricules latéraux où l’on pénètre avec précaution , quand on est parvenu au niveau du corps calleux , en plongeant verticalement la pointe du scalpel dans la substance cérébrale , à trois ou quatre lignes environ de la ligne médiane , et un peu plus près de l’extrémité antérieure du cerveau que de la postérieure. On ouvre ces

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ventricules dans toute leur étendue ; on renverse la voûte à troi piliers après Tavoir divisée dans sa partie moyenne, et Ton met à nu le troisième ventricule. On continue ensuite à couper par tranches le reste du cerveau jusqu’à la protubérance annulaire. On sépare alors la tente du cervelet du bord du rocher auquel elle adhère ; on porte profondément la pointe d’un scalpel à la partie antérieure du canal rachidien, et l’on divise la moelle épinière en même temps qu’on soulève le cervelet. Ce viscère , retiré du crâne après la section de la moelle, doit être renversé pour examiner le quatrième ventricule ; apres quoi on le coupe par tranches, pour s’assurer qu’il est sain, ou reconnaître les altérations dont il est le siège. On termine l’examen du crâne en explorant l’état des divers vaisseaux qui rampent à la paroi inférieure de cette cavité. On ne doit pas négliger non plus d’ouvrir les sinus veineux qu’on a trouvés quelquefois enflammés ou oblitérés.

La longueur et la difficulté delà préparation anatomique nécessaire pour mettre la moelle épinière à nu, sans la déchirer ni la meurtrir, sont les principales causes pour lesquelles on néglige trop souvent l’examen de cette partie-, il serait à désirer cependant qu’on le fît avec soin dans beaucoup d’affections, et l’on ne peut pas douter que ces recherches faites avec persévérance et discernement, ne finissent par conduire à des résultats intéressans.

Beaucoup d’instrumens ont été imaginés dans le double but de rendre ce travail plus court, et de prévenir le déchirement de la moelle et des membranes qui l’enveloppent. A la gouge et au maillet, qui ont été d’abord employés, on a substitué un couteau simple, puis double, convexe sur son tranchant; puis on a ajouté à ce couteau des arêtes latérales pour limiter son action , et empêcher qu’il ne pénétrât trop avant sous l’action du marteau qui frappe sur son bord concave. On a proposé encore une scie simple ou double, convexe à son bord tranchant, avec laquelle on divise successivement ou simultanément les lames vertébrales à droite et à gauche. Enfin, dans ces derniers temps, M. Magendie a proposé, dans le même but, d’énormes ciseaux dont l’extrémité coupante , très-courte , s’engage dans le canal vertébral , tandis

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que Taulre extrémité très-longue forme un levier puissant à l’aide duquel on coupe facilement les lames vertébrales. Ces divers instrumens ont reçu le nom de rachiiomes.

Il est un certain nombre de maladies dans lesquelles on doit aussi faire l’examen anatomique des membres ; par exemple, dans les cas de plaie , de fracture, d’abcès, de carie, de rhumatisme, de contracture, de luxation, de phlébite, etc. Cet examen ne réclame pas de règles spéciales.

Telle est la manière dont il convient d’ouvrir les cadavres (1) ; elle pourra et devra être modifiée à raison de circonstances particulières dont l’exposition serait ici déplacée.

ARTICLE II

Des 'princijpales lésions que frésentent les organes après la

mort.

Nous allons maintenant exposer d’une manière succincte les principales lésions que présentent les organes après la mort. Nous les rapporterons à trois séries principales, savoir : V lésions des solides; 2*" altération des fluides; S*" présence de corps étrangers, inanimés ou vivans.

(i) On a pu être étonné de nous voir conseiller d’une part d’ouvrir en premier lieu l’abdomen, et d’autre part d’examiner les viscères du thorax avant ceux du ventre. Nous avons dit ailleurs pour quel motif il fallait ouvrir d’abord l’abdomen ; voici pourquoi il est nécessaire de commencer l’inspection des viscères par ceux de la poitrine. On ne peut bien juger du volume et de la distension du cœur que quand les gros vaisseaux qui en naissent et qui s’y rendent sont intacts; si l’on commençait ^)ar examiner les viscères abdominaux, et qu’on divisât le foie, la veine porte et la veine cave inférieure, le cœur serait affaissé sur lui-méme avant qu’on l’eût examiné : c’est par la même raison qu’on ne passe aux poumons qu’après avoir vu le cœur. L’œsophage, qui fait partie de l’appareil digestif, ne peut être examiné qu’après les organes de la circulation et de la respiration, derrière lesquels il est situé; c’est un motif de plus pour suivre l’ordre que nous avons indiqué.

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1>'« Série. Lésions des solides. — Elles seront, à raison delà multitude de sujets qu’elles embrassent , subdivisées en trois sections, lésions de structure, lésions de conformation , lésions de rapports.

§ 1. Lésions de structure. — Parmi les lésions de structure , nous plaçons les inflammations, les ulcères, les fistules, la gangrène , le tubercule , le cancer , la mélanose , le ramollissement , l’endurcissement et les transformations organiques.

A. V inflammation ne se montre pas après la mort avec des caractères constans dans les divers tissus qui en ont été le siège, de telle sorte que dans quelques parties il est peut-être plus difficile encore d’en indiquer les signes en anatomie pathologique qu’en pathologie. Toutes les fois qu’à l’ouverture d’un cadavre on trouve une partie plus volumineuse , plus rouge et plus facile à déchirer que dans l’état de santé, on a lieu de croire qu’elle a été enflammée ; la présence soit du pus réuni en foyer ou disséminé dans un organe , soit de concrétions albumineuses , granulées , membraneuses , tubulées , est un signe certain d’une inflammation existante ou passée. Mais l’inflammation ne se montre pas toujours avec des caractères aussi évidens, et les phénomènes qui la signalent ont besoin d’être étudiés dans chaque tissu.

Dans les membranes muqueuses , la rougeur même la plus intense ne suffit pas pour caractériser l’inflammation (1) ; il faut pour cela qu’à la couleur rouge se joigne une altération de consistance ou d’épaisseur, des ulcérations ou une exsudation couenneuse , crémeuse ou purulente : à la vérité, lorsque, dans une inflammation, la mort arrive promptement, on ne trouve le plus souvent qu’une injection finement pointillée ou par plaques, facile à confondre avec les congestions passives ou cadavériques. Mais ces dernières

(i) Chez les individus qui meurent avec un anévrisme du cœur, la membrane muqueuse du conduit digestif est ordinairement d’un rouge noirâtre. Or, on ne saurait admettre que l’anévrisme du cœur soit constamment accompagné d’inflammation de la membrane muqueuse de l’estomac : cette rougeur livide se retrouve d’ailleurs sur les joues, les lèvres, les mains, sans que personne ait vu dans la coloration de ces organes une inflammation.

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se forment surtout dans les endroits déclives , comme on le voit fréquemment pour les anses intestinales qui plongent dans l’excavation pelvienne ; elles sont accompagnées de la distension des veines, et la rougeur qu’elles produisent disparaît le plus souvent par le lavage ou par une macération un peu prolongée, tandis que la rougeur inflammatoire résiste à ces deux épreuves. La même expérience a été appliquée à la distinction de la rougeur inflammatoire des vaisseaux sanguins et de la simple rougeur par imbibition.

Dans les membranes séreuses , où l’inflammation ne détermine ni rougeur ni tuméfaction, 1a présence d’un liquide purulent, de fausses membranes ou d’adhérences, fournissait en anatomie pathologique des caractères qui ne permettraient pas de méconnaître rinflammation , si ces caractères étaient constans. Mais il n’en est pas ainsi , et spécialement dans les phlegmasies cérébrales , une légère altération dans le poli des surfaces séreuses , une friabilité plus marquée , une légère infiltration de la membrane celluleuse qui unit Tarachnoïde à la pulpe cérébrale , sont considérées par la plupart des médecins comme des signes suffisans pour constituer l’inflammation de cette membrane. Enfin, pour quelques - uns , la simple sécheresse des membranes séreuses chez les sujets qui meurent rapidement serait l’indice d’une inflammation de courte durée dont l’effet aurait été de suspendre la sécrétion normale. Cette opinion , émise d’abord par Marandel, m’a toujours paru hasardée, et les faits observés dans l’épidémie de choléra asiatique (1) qui a ravagé l’Europe viennent encore donner plus de poids aux doutes que j’ai constamment émis sur la valeur de cette condition anatomique.

Dans le tissu cellulaire ou lamineux , l’inflammation se montre avec des caractères manifestes, la rougeur, le gonflement, la dureté , et à une certaine période , la présence du pus infiltré entre les mailles de ce tissu , ou réuni en foyer. Il en est à peu près de même dans le poumon, où elle peut se montrer

(1) Chez un grand nombre de sujets qui ont succombé au choléra , les memî)rancs séreuses présentaient un état remarquable de sécheresse.

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SOUS des formes variées , mais avec des caractères généralement bien distincts et faciles à saisir (0.

Il n’en est plus de même dans le cerveau, dans le foie, dans la rate, dans les reins, dans Tutérus, surtout chez les femmes qui succombent peu de jours après l’accouchement. Dans tous ces organes, si l’on exempte le cas où ils contiennent du pus dans leur parenchyme , les signes anatomiques de l’inflammation sont assez obscurs, pour que telle modification que l’un considérera comme l’indice d’une phlegmasie soit considérée par l’autre comme une maladie de nature toute différente, et par tel autre même comme une simple variété de l’état normal (2).

J5. L’ouverture des corps montre souvent, dans l’intérieur des organes, des ulcères dont l’existence peut quelquefois être recon-

(1) L’inflammation du poumon se présente, en anatomie pathologique, sous cinq états différens : 1® engouement de Bayle ow premier degré de Laenncc: le poumon est plus pesant, plus friable que dans l’état naturel, et d’une couleur rouge ou violette; il crépite encore, mais moins que dans l’état sain. Si on l’incise , il paraît gorgé d’une sérosité sanguinolente, écumeuse et trouble ; 2» hépatisation rovge^ carnification : le poumon est facile à déchirer, compacte, grenu, rouge, plus lourd que l’eau, et ne laisse pas échapper d’air quand on le comprime, ni de pus quand on le déchire ; hépatisation grise: le poumon est également lourd, non crépilant; mais il se déchire plus facilement encore et laisse écouler un liquide purulent, gris ou rougeâtre ; 4^^ dans quelques cas, le poumon offre tous les caractères de l’hépatisation rouge , excepté la dureté : dans cet état, il est lourd, entièrement privé d’air et mollasse, comme le tissu de la rate, c’est la splénisation ; 5° enfin , le tissu pulmonaire est susceptible d’un endurcissement grisâtre sans exhalation de pus dans son parenchyme : dans cet état , qui paraît dépendre d’une inflammation chronique , le tissu pulmonaire n’est pas hrillant et demitransparent, comme dans le cancer; il ne laisse pas échapper de liquide puriforme lorsqu’on le déchire, comme dans l’hépatisation.

(2) Le ramollissement de la pulpe cérébrale , la cirrhose , la maladie granulée de Bright, l’engorgement de la rate à la suite des fièvres intermittentes , sont des phlegmasies pour quelques-uns, des lésions spéciales pour d’aulres. Dans les modifications sans nombre de couleur et de consistance que présente le foie, qui pourrait établir les limites exactes entre l’état sain et l’éiat pathologique.^

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nue ou soupçonnée pendant la vie, mais dont la disposition anatomique ne saurait être étudiée qu’après la mort. Ces ulcères sont quelquefois primitifs ou simples, c’est-à-dire qu’ils se montrent sans aucune autre altération des parties qu’ils occupent. Mais, dans le plus grand nombre des cas, les ulcères internes sont la conséquence, soit du ramollissement des tubercules ou du cancer, soit de la séparation d’une eschare, soit enfin d’une inflammation spécifique, comme dans la syphilis. L’ulcère syphilitique se présente à l’intérieur avec des caractères analogues à ceux qu’il offre chez l’homme vivant dans les parties extérieures; Tulcère qui succède à la gangrène ou aux tubercules, offre le plus souvenî, dans quelques points de sa surface , des parcelles d’eschares ou de tubercules qui en révèlent la nature; dans le cancer, l’incision des parties malades ne permet pas de méconnaître le genre de lésion auquel l’ulcère appartient.

L’existence d’ulcères plus ou moins nombreux dans les intestins grêles fournit un caractère anatomique très-important ; de toutes les maladies aiguës, l’affection typhoïde est la seule dans laquelle cette disposition existe à peu près constamment, comme, parmi les maladies chroniques, l’affection tuberculeuse est presque la seule qui la présente. Dans la dysenterie la plus grave, en môme temps que le gros intestin est criblé d’ulcérations, l’intestin grêle en est généralement exempt. En conséquence, toutes les fois qu’on trouve dans l’intestin grêle des ulcérations nombreuses, on doit toujours diriger ses recherches vers les autres lésions qui appartiennent, soit aux tubercules si le sujet est mort d’une maladie chronique, soit à l’affection typhoïde s’il a succombé à une maladie aiguë.

C, Nous avons dit quelques mots des fistules en parlant des symptômes fournis par l’habitude extérieure du corps; nous nous bornerons à ajouter ici que les fistules no peuvent être complètement étudiées que par la comparaison des désordres fonctionnels qu'elles produisent pendant la vie, et des lésions qu’elles offrent à l’ouverture des cadavres. C’est après la mort seulement qu’on peut connaître exactement leur trajet, leurs orifices, les particu-

OUVEimJRE DES CADAVRES.

larités de la structure du canal accidentel qui les constitue , et quelquefois aussi les causes qui les entretiennent.

D. La gangrène, qui consiste dans la mort d’une partie quelconque de l’économie , se présente ordinairement dans le cadavre avec des signes manifestes , qui pourtant n’ont pas toujours empêché de confondre à l’ouverture du corps, comme au reste pendant la vie, la gangrène avec la couleur noire : c’est ainsi qu’il est souvent question dans les auteurs de la gangrène de la plèvre, du péritoine, du foie, maladies extrêmement rares. La couleur noire peut exister sans gangrène ; la gangrène peut avoir lieu sans donner cette couleur aux parties qu’elle attaque : on sait que les eschares des membranes muqueuses sont souvent grises ou blanchâtres ; que celles qui sont produites par l’acide nitrique sont jaunes ; Quesnay dit avoir vu dans un cas les parties gangrenées offrir une transparence remarquable. La couleur noire ne saurait donc être considérée comme le signe de la gangrène. Ses principaux caractères sont : 1° 1a désorganisation complète de la partie gangrenée , dans laquelle on ne distingue plus les tissus élémentaires ; 2° sa mollesse et sa flaccidité ; 3" l’odeur fétide et caractéristique qui s’en exhale ; 4" la sanie ichoreusc et les gaz fétides qui s’en écoulent. Dans une variété de la gangrène qu’on nomme sèche, la partie offre une couleur noire, une fermeté quelquefois ligneuse et toujours la désorganisation complète du tissu. Les chirurgiens modernes et le professeur Richerand, en particulier, ont considéré la nécrose comme la gangrène des os.

E. Les tubercules sont presque toujours en grand nombre : ils envahissent surtout les ganglions lymphatiques, les viscères revêtus intérieurement de membranes muqueuses , et plus spécialement parmi eux les organes respiratoires. Le plus ordinairement , ils se développent dans la trame même des parties qu’ils finissent quelquefois par envahir en totalité. Dans quelques cas, ils sont enveloppés par une sorte de membrane {tui hercules enhjsiés). Leur volume varie depuis celui d’un grain de millet jusqu’à celui d’une orange ou même du poing d’un adulte»

0UV)ERT€11E pBS CADAVRES. 563

Leur aspect et leurs conditions anatomiques diffèrent essentiellement selon qu’ils sont à l’état de crudité , de ramollissement , de cavernes ulcérées ou en voie de cicatrisation , de telle sorte que, si l’on n’avait pas suivi dans leurs degrés intermédiaires la filiation de ces états si divers, on pourrait voir des maladies essentiellement différentes dans les phases successives que subit la même maladie. Le tubercule cru est formé par une substance blanche ^ jaune ou grisâtre, opaque, solide, mais sans cohésion, qu’on a comparée au fromage mou , et dans laquelle on ne distingue ni vaisseaux sanguins, ni aucune autre apparence d’organisation(l). Dans le tubercule ramolli , la matière a perdu sa consistance ; çlle est liquide , au moins en partie , et semblable soit à du pus , soit à du lait mêlé de grumeaux blancs , opaques , caséiformes. On a long-temps admis que cq ramollissement s^opérait du centre à la circonférence; mais les recherches ingénieuses faites à ce sujet par M. Lombard de Genève l’ayant conduit â une conclusion opposée, de nouvelles observations deviennent; nécessaires pour juger cette question. Le tubercule sous-cutané s’ouvre à l’extérieur par un ou plusieurs points souvent fistuleux ; le tubercule intérieur s’ouvre , quand il m’ulcère ^ dans le conduit muqueux le plus voisin et se présente taptot sous la forme d’une ulcération aplatie, dans laquelle on retrouve quelquefois des fragmens de matière tuberculeuse non ramollie (ulcères tuberculeux des intestins, du larynx, etc.), tantôt comme dans le parenchyme pulmonaire, sous forme d’une excavation plus ou moins grande, le plus souvent irrégulière et anfractueuse , dans laquelle on ne trouve plus qu’une matière purulente. Dans quelques cas , il n’existe plus à la place de ces excavations qu’iine sorte de noyau fibro-cartilagineux , au niveau duquel la surface extérieure du poumon est comme ratatinée , et qui présente dans son centre les traces d’une cavité dans laquelle une oq plusieurs bronches yienr nent aboutir.

(1) L’analyse chimique y montre 96,15 de matière animale et quelques centièmes d’hydrocblorate dç soud?, d§ pbQüphatj^ et eaybpnate de chaux, très-peu d’oxyde de fer.

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On a encore rattaché à Taffection tuberculeuse les concrétions crétacées qu’on rencontre assez fréquemment au sommet des poumons , surtout chez les sujets qui meurent à un âge avancé : on considère généralement ces concrétions comme étant la conséquence d’une transformation de la matière tuberculeuse, et un des modes de terminaison favorable de celte maladie. Cette opinion , qui a pour elle de nombreux partisans , et qui n’est pas sans vraisemblance , ne nous paraît pas encore assez solidement établie pour être admise comme chose complètement démontrée.

F. Les granulations sont de petits corps globuleux, transparens, luisans, élastiques, quelquefois marquetés de lignes ou de points noirs , et offrant dans leur aspect quelque analogie avec le cartilage. Cette lésion, qui a été particulièrement décrite par Bayle , a été considérée par Laennec comme n’étant que le premier degré ou le rudiment de l’affection tuberculeuse , et cette dernière opinion , adoptée par le plus grand nombre des auteurs qui ont écrit sur l’anatomie pathologique , est admise aujourd’hui comme un fait. Nous ne partageons pas , à cet égard , la conviction générale. Nous reconnaissons bien que, dans les cas où les poumons sont farcis de granulations, il n’est pas rare d’en trouver quelques-unes au centre desquelles existe un petit noyau de matière opaque analogue au tubercule; nous reconnaissons également que le plus souvent on trouve, dans les mêmes sujets, des granulations et des tubercules ; mais nous ne pensons pas que ces considérations suffisent pour démontrer complètement la filiation de ces deux lésions , pas plus qu’on ne conclura de la présence d’une matière tuberculiforme dans les masses cancéreuses du foie que le cancer et le tubercule sont deux altérations de même nature (1).

G, Le cancer se présente, en anatomie pathologique, sous les formes diverses de squirrhe , d’encéphaloïde et d’ulcère cancéreux. Ces lésions variées offrent pour caractères communs un

r (1) Yoyez notre article Granulations dans le Dictionnaire de médecine en vingt et un volumes, t, x. - .

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accroissement indéfini , quelle que soit leur forme (dégénérescence ou ulcération), une reproduction à peu près constante après leur ablation ou leur destruction , une incurabilité complète quand on les abandonne à elles-mêmes , et , pour-phénomènes généraux , le dépérissement progressif, Taltération de la couleur delà peau, et plus particulièrement de celle du visage , qui prend une teinte jaune-paille ou jaune-plombé [teint cancéreux].

Le squirrhe est formé par un tissu dur, d’un blanc grisâtre ou bleuâtre, faisant entendre un bruit particulier quand on le divise avec un instrument tranchant. Ce tissu n’est pas complètement homogène ; on y distingue une sorte de canevas formé de lames fibreuses au milieu desquelles est contenue une matière qui ressemble , pour la couleur et la consistance, à la couenne du lard. D’autres fois , ces lames fibreuses offrent un aspect rayonné qui donne à une coupe du squirrhe une ressemblance assez exacte avec le tissu du navet : c’est cette forme de squirrhe que quelques auteurs ont nommée naj)iforme. En pressant entre les doigts la matière squirrheuse , on en exprime ordinairement un fluide transparent, albumineux, que quelques personnes ont désigné sous le nom de suc cancéreux. Les injections faites par Scarpa l’ont conduit â penser que le tissu squirrheux ne contenait pas de vaisseaux artériels et veineux , ou en offrait à peine quelques ramuscules.

Le cancer encéphaldicle ou cérébriforme est une production accidentelle ou une dégénérescence organique, d’un blanc laiteux, légèrement rosé, offrant le plus’ souvent la couleur et la consislatice de la pulpe cérébrale , et quelquefois du sang épanché et réuni en foyers plus ou moins considérables. Le docteur Bérard a démontré , par des dissections et des injections (1), d’une part, que le tissu encéphaloïde est pénétré par une grande quantité de vaisseaux artériels dont le nombre et le volume augmentent à mesure que le ramollissement devient plus considérable; et, d’autre part, qu il n’existe pas de veines perméables au centre des masses

(1) Dict, en vingt-cinq volumes, art. Cancer,

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encéphaloïdes , bien qu’à la périphérie de ces tumeurs on trouve un réseau veineux très-développé. Le développement des artères et l’atrophie des veines semblent donner une explication satisfaisante des hémorrhagies dont les parties affectées de cette espèce de cancer sont souvent le siège.

La matière encéphaloïde peut, comme la matière tuberculeuse, envahir presque tous les organes ; les os eux-mêmes en sont fréquemment atteints. Elle existe quelquefois à l’état d’infiltration; le plus souvent , elle est réunie en masses plus ou moins volumineuses ; enfin, quelquefois, elle est enkystée. Il est des organes, comme les poumons et surtout lé foie, dans lesquels la matière encéphaloïde se dépose sous forme de masses arrondies du volume d’une aveline j d’une noix *, d’un œuf de poule , qui semblent s’être développées dans les interstices du parenchyme qu’elles écartent et compriment sans l’envahir : elles n’adhèrent que faiblement aux parties voisines et sont facilement énucléahles. Les végétations molles qui se développent sur quelques points des membranes muqueüses appartiennent généralement au cancer éncéphaloïde.

Le cancer se ïnoütre quelquefois aux lèvres et au museau dè tanche, en particulier, sous la forme d’une simple ulcération audessous de laquelle il n’existe ni squirrhe, ni encéphaloïde, et qui , cependant , se rapproche du cancer par la fermeté qu’elle présente sous le doigt, par son extension progressive, par les hémorrhagies dont elle est le siège , par les phénomènes généraux et les douleurs lancinantes qui l’accompagnent. C’est un cancer qui débute par où les autres finissent, et dans lequel l’ulcération semble détruire le tissu cancéreux à mesure qu’il se forme.

On a encore rattaché aux maladies cancéreuses et l’on a donné l’épithète de colloïde ou de gélatiniforme à une affection caractérisée par le développement d’une matière transparente semblable â la gelée qu’on prépare avec les viandes blanches : on le rencontre plus souvent dans les ovaires que dans les autres parties du corps. Cette production morbide nous paraît former une altération sui generis trop distincte du squirrhe , de l’encéphaloïde

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et de l’ulcère cancéreux, pour pouvoir être confondue avec eux sous une dénomination commune.

H. La mélanose (1) est une altération du tissu , que quelques auteurs ont considérée comme une variété du cancer qu’ils ont appelé melane. Elle se montre sous la forme de masses arrondies ou irrégulières, de consistance ferme, de couleur noire, violacée ou bleuâtre, d’un volume variable entre celui d’un pois et celui du poing d’un homme adulte, et qui offrent, sous le rapport de la consistance, de la forme et de la couleur, une certaine ressemblance avec la truffe. Quelques médecins ont pensé que le tissu mélané était susceptible de se ramollir et de s’ulcérer (Bayle et Laennec), mais on n’est pas d’accord sur ce point. C’est là, selon nous, la mélanose proprement dite, la seule à laquelle on doive donner ce nom. Nous pensons qu’on ne doit point la confondre avec la coloration noire que présentent souvent , peut-être par les seuls progrès de l’âge, les ganglions qui entourent la racine des bronches et leurs divisions secondaires. Nous sommes plus éloignés encore de regarder (avec MM. Breschet et Casenave) comme une variété de la mélanose, mélanose liquide, les matières noirâtres et poisseuses qu’on rencontre à la surface des membranes muqueuses, celles qui sont rejetées dans le melæna , ou excrétées , ce qui est beaucoup plus rare, avec l’urine. A notre avis, lors môme que l’analyse chimique démontrerait des éîémens semblables (2) dans les masses mélaniques et les liquides noirs qu’on a rapportés à la mélanose , lors même qu’il y aurait entre les unes et les autres une analogie aussi grande qu’entre le cancer et la sanie qui découle de sa surface ulcérée, nous pensons qu’on ne devrait pas confondre sous une dénomination commune une dégénérescence complète des tissus et une sécrétion morbide , surtout quand l’observation montre constamment d’un côté les masses mélaniques sans aucune trace de mélanose liquide ; et, d’un autre côté,

(1) De noir, et voo-oç, maladie

(2) Plusieurs chimistes, et en particulier MM. Thénard, Barrueî, Lassaigne, ont reconnu dans la mélanose, comme dans les matières noires des vomissemens, la plupart des éléinens du sang.

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la prétendue mélanose liquide sans masses mélaniques : les sécrétions de matières noires , en effet , n'ont jamais pour base une dégénérescence mélanique ; le plus souvent, comme chacun le sait, elles sont le produit d’une ulcération cancéreuse.

Les autres altérations de structure dont nous allons parler ont toutes cela de commun, qu’elles présentent l’aspect de quelquesuns des tissus de l’économie dans l'état sain ^ on leur a , par ce motif, donné le nom générique de transformations ^ et l'on désigne par une épithète particulière chacune de ces transformations diverses ; les principales sont les transformations cutanée , mz/qiæuse , séreuse, graisseuse , fibreuse , osseuse , cartilagineuse et cornée.

/. La transformation cutanée a souvent été observée dans les membranes muqueuses lorsque , par suite du prolapsus des organes qu’elles revêtent , elles deviennent en quelque sorte parties extérieures du corps : c’est ce qui a lieu en particulier dans la chute du vagin , de l’utérus ou du rectum.

J. Il en est de même de la transformation muqueuse , qu’on rencontre dans les trajets fistuleux en communication avec un conduit tapissé par une membrane muqueuse ; le tissu cellulaire change progressivement de nature et prend dans tout le trajet de la fistule le caractère d'une membrane muqueuse , dans laquelle , du reste, on ne trouve ni villosités, ni follicules.

K. La transformation séreuse est l’une des plus fréquentes •, elle a lieu dans presque tous les cas où un corps étranger quelconque, liquide ou solide, séjourne pendant long-temps dans un point quelconque de l’économie , et spécialement dans le tissu cellulaire que son organisation rapproche particulièrement des membranes séreuses. Autour d’un amas purulent, autour d’un caillot apoplectique, autour de la tète d’un os luxé , autour d'un corps vulnérant qui est resté dans la profondeur des organes , on voit se former une membrane séreuse accidentelle, représentant, comme toutes les membranes du ce nom, un sac sans ouverture; c’est

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également une .membrane séreuse accidentelle qui forme ces kystes divers, auxquels il faut rattacher les tumeurs hydatiques et la maladie connue sous le nom d’hydropisie de l’ovaire.

Z. La transformation graisseuse a été observée dans divers organes , tels que le cœur , les muscles , les mamelles , le pancréas. Elle est très-fréquente dans le foie : on la reconnaît à l’aspect blanchâtre de ce viscère , à quelque chose d’onctueux qu’il offre au loucher, aux stries graisseuses dont est couverte la lame du scalpel qui l’a divisée, et plus sûrement encore à la tache grasse qu’elle donne au papier, quand on l’expose à l’action de la chaleur. Les auteurs ne sont pas d’accord sur la manière dont s’opère la dégénérescence graisseuse ; quelques-uns , et M. Andral est de ce nombre , pensent que sous l’influence d’une sécrétion trop abondante de graisse dans le tissu qui la secrète ordinairement, les parties voisines sont comprimées et atrophiées sans subir de transformation proprement dite. D’autres, au contraire , supposent que le tissu môme des organes subit une altération par suite de laquelle il devient substance grasse : la dégénérescence graisseuse du foie, qui naturellement ne contient pas de cellules adipeuses, peut être présentée à l’appui de cette dernière opinion.

M, La dégénérescence fibreuse se présente surtout dans quelques kystes, dans diverses tumeurs, et spécialement dans celles de l’ovaire.

N. ossification est une altération fréquente chez les vieillards, et qui a été observée aussi quelquefois avant l’âge mur. On l’a rencontrée dans les valvules du cœur , dans les artères, les muscles, les membranes séreuses, dans les kystes, les ligamens et les cartilages. On confond souvent les pétrifications avec l’ossification proprement dite. Morgagni avait indiqué la disposition lamelleuse et fibreuse du tissu osseux comme le moyen le plus propre à faire distinguer ces deux lésions. L’analyse chimique fournirait un moyen d’une application plus générale et peut-être plus sûre, le tissu osseux étant essentiellement formé de phosphate de chaux et de gélatine , et les pétrifications pouvant offrir toute autre composition.

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O. La dégénérescence cartilagineuse n’est le plus souvent que le premier degré de la transformation osseuse.

P. Quant à la transformation cornée^ elle n’a jamais été aperçue ailleurs que dans le tissu de la peau.

§ IL Nous comprenons dans cette section toutes les modifications que présente Taspect extérieur des organes , comme nous avons rattaché à la première toutes celles qu’offrent leur organisation intérieure.

A ces altérations se rattachent les changemens de forme , de volume et de couleur : nous nous bornerons à les énumérer.

A. On peut rapporter aux altérations de forme : les solutions

de continuité des parties molles et dures (plaies, ruptures par causes internes ou externes , fractures des os , décollement des cartilages et des épiphyses) ; 2° les vices de conformation que quelquefois on ne fait que soupçonner pendant la vie et qu’on connaît presque toujours mieux après la mort; 3® les excroissances de toute espèce qui se développent sur la peau, sur les membranes muqueuses^ les polypes vésiculeux ou durs, les brides, etc.; 4® les bosselures et autres inégalités que présentent souvent les viscères , comme le foie dans la cirrhose et le cancer , les os dans les maladies vénériennes ; ô"" l’aplatissement des inégalités propres à quelques or-^ ganes , au cerveau , par exemple.

B. Aux altérations de volume on peut rapporter : 1® la distension des viscères creux et le rapprochement de leurs parois ; 2® l’élargissement et le rétrécissement des conduits en général, et de leurs orifices en particulier; 3® l’augmentation et la diminution de grosseur de quelques organes pleins, comme le foie et les muscles.

C. Aux altérations de couleur rapportent la rubéfaction livide de tous les tissus dans les cadavres des individus asphyxiés , leur coloration en jaune chez les ictériques , les plaques rouges ou noirâtres dans le scorbut et dans quelques empoisonnemens, la rougeur non inflammatoire des membranes muqueuses , celle de la membrane choroïde , de l’iris , et de la tunique interne des vaisseaux, la couleur plus pâle ou plus foncée des muscles, la

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teinte noirâtre ou jaune-claire du foie, l’aspect panaché de la rate, etc.

2® SÉRIE. — Alterations des fluides, — Une partie des altérations que présentent les fluides est appréciable pendant la vie et a été exposée dans le chapitre consacré aux symptômes. Il ne doit être question ici que de celles de ces altérations que l’ouverture des cadavres peut seule faire connaître ou dont elle rend la connaissance plus complète. Nous examinerons rapidement d’abord les altérations des fluides liquides, puis celles des fluides gazeux.

§ I®*. Alterations des liquides, ' — Nous les étudierons d’abord dans les liquides en circulation, le sang et la lymphe; puis dans les liquides exhalés ou sécrétés.

A. Nous avons précédemment (p. 280 à 292) exposé les principales altérations que présente, chez l’homme vivant, le sang qui s’écoule au dehors, dans les hémorrhagies ou par l’ouverture artificielle des artères ou des veines. Il sera question ici seulement des altérations du sang que l’ouverture des cadavres fait connaître.

Le sang que l’on retire de la veine, au début de la maladie typhoïde, ne présente pas généralement d’altération bien notable, si l’on en excepte une légère diminution dans la consistance du caillot qui n’est pas constante. Mais, lorsque les malades succombent à une époque où les saignées ne sont plus praticables , on

trouve le sang , tantôt diflluent , tantôt et bien plus souvent réuni

en caillots noirs, mous et friables, très-ditîérens par conséquent des caillots fibrineux et denses qu’on trouve dans les vaisseaux et surtout dans le cœur de ceux qui ont succombé à la plupart des autres maladies aiguës.

Chez quelques-uns des sujets qui succombent avec les Symptômes de la résorption purulente, on trouve, dans les vaisseaux ou dans le cœur, des caillots adbérens ou libres, infiltrés de pus. Dans d’autres cas, on a vu le pus réuni dans un foyer unique au centre du caillot sanguin qui se trouvait ainsi transformé en une sorte d’abcès.

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Il est une autre altération du sang que l’autopsie seule peut faire découvrir. C est la présence de la matière encéphaloïde dans les veines situées au voisinage des masses cancéreuses. M. Velpeau, qui a publié un des premiers des observations curieuses sur ce point d’anatomie pathologique (1), pense que c’est le sang coagulé dans les vaisseaux qui s’est converti en tissu encéphaloïde. D’autres estiment que , dans ces cas , les veines ont absorbé la matière cancéreuse, et que celle-ci a altéré la fibrine du sang. Il ne serait pas impossible non plus que la matière encéphaloïde, développée en dehors des veines ou dans l’épaisseur même de leurs parois, eût pénétré dans leurs cavités en produisant ces végétations qu’on a trop facilement peut-être présentées comme dues à une transformation du sang.

B. Les modifications que la lymphe peut éprouver dans le cours des maladies sont insaisissables pendant la vie, et ont pu être quelquefois appréciées après la mort.

Chez les femmes qui ont succombé à la fièvre puerpérale, on a rencontré fréquemment du pus dans les vaisseaux lymphatiques de l’utérus. Dans un cas d’affection cancéreuse de l’estomac et des ganglions mésentériques, nous avons vu les vaisseaux lymphatiques du mésentère distendus par un liquide puriforme qui les rendait partout plus manifestes que l’injection la plus parfaite ne saurait le faire. Depuis Cruikshank (2) , on a trouvé plusieurs fois de la bile dans les lymphatiques du foie; Sabatier (3), Sœmmering (4) et plusieurs autres ont vu dans le canal thoracique un liquide semblable pour la couleur et la consistance à du sang, et ont admis que ce liquide pouvait passer directement dans les vaisseaux lymphatiques. Toutefois, ces observations sont loin d’ètre concluantes , et c’est avec raison , suivant nous , que dans ces derniers temps Muller et M. Breschet (5) ont élevé

(1) Reme médicale, 1825 et 1826.

(2) Anat, des vaiss. dbs., p. 8, trad. de Petit-Radel.

(5) Hist. de VAcad. des sciences, année 1780.

(4) De Morl)is vas. dbsorp..^ p. 40.

(5j Système lymph.^ p. 288.

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des doutes sur la nature du liquide rouge , trouvé dans le système lymphatique.

C. Les membranes muqueuses , ouvertes toutes à l’extérieur du corps par un ou plusieurs orifices, laissent échapper chez l’homme malade, par la bouche, par l’anus, par Turètre, et chez la femme par le vagin, une partie du liquide qui les lubrifie, surtout quand la sécrétion en est augmentée. Mais alors même il n’est pas sans intérêt, après la mort, d’examiner le mucus contenu dans les voies aériennes et digestives, dans la vessie, dans l’utérus. îl n’est pas rare , d’ailleurs , de trouver, à l’examen des cadavres, des amas de mucus dans quelques-uns de ces organes chez des sujets qui n’en avaient pas rendu pendant la vie. Le mucus doit être étudié après la mort, comme pendant la vie, dans les diverses altérations que la maladie lui a imprimées , sous le rapport de sa quantité , de sa consistance, de sa couleur, de son mélange avec telles ou telles substances.

D. Mais c’est particulièrement pour l’étude des liquides renfermés dans les membranes séreuses que l’ouverture des cadavres est indispensable. Pendant la vie, en effet, par la disposition des cavités qui les renferment , ces liquides échappent complètement à nos sens. Ce n’est qu’à l’aide de signes rationnels que nous arrivons à constater leur présence et à connaître que leur quantité a augmenté ou diminué, ou que des fausses membranes revêtent les surfaces séreuses. Quelquefois , il est vrai , à l’aide d’une opération chirurgicale nous pouvons voir et soumettre à tous les genres d’examens les liquides séreux extraits de leurs cavités. ' Mais d’abord cette opération ne peut être pratiquée que dans des circonstances assez rares , et dans ces cas même on ne retire jamais la totalité du liquide épanché ; les parties les plus épaisses restent dans le point le plus déclive, et les concrétions membraniformes, presque toujours adhérentes, ne sauraient s’écouler avec la sérosité : l’examen du cadavre peut donc seul donner une connaissance entière des produits morbides contenus dans les membranes séreuses. Les liquides qu’on y trouve peuvent être incolores ou aqueux, transparens, louches ou complètement

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opaques ; c’est quelquefois du pus ou du sang , purs ou mêlés à de la sérosité. Avec ces liquides on rencontre le plus souvent des concrétions diverses, disposées en flocons , en brides, en fausses membranes qui se confondent quelquefois par une adhérence intime avec les membranes séreuses, de manière à faire croire à l’épaississement de ces dernières ; mais , par un examen plus attentif, on peut toujours, comme l’a particulièrement démontré le professeur Fouquier, détacher ces concrétions et s’assurer que les membranes séreuses n’ont que l’épaisseur qui leur est propre. Nous ajouterons qu'elles conservent dans presque tous les cas leur transparence naturelle , et que la couleur noire ou rouge qu'elles paraissent quelquefois offrir n’appartient pas à ces membranes elles-mêmes , mais au tissu cellulaire] de leur surface adhérente ; il est facile de s’en convaincre en les disséquant avec quelque soin. Les fausses membranes dont nous venons de parler peuvent être simples ou multiples, molles ou fermes; elles peuvent offrir les plus grandes variétés de couleur , depuis le noir jusqu’au gris-blanchâtre. Elles prennent au bout d’un certain temps, quelquefois après un petit nombre d’heures, une apparence d’organisation. Le professeur Andral (1), ayant injecté de l’acide acétique dans la plèvre d’un lapin, a trouvé, au bout de dix-neuf heures, des fausses membranes molles, parcourues par de nombreuses lignes rougeâtres qui s’anastorposaient à la manière de vaisseaux sanguins. Le professeur Cloquet avait signalé la même disposition chez des hommes morts de pleurésie en peu de jours. Mais ces lignes rouges sont-elles véritablement des vaisseaux ? C’est ce qui ne nous parait pas suffisaminent démontré , et si l’on rapproche ces lignes rouges de celles qu’on rencontre dans d’autres matières secrétées , dans le mucus bronchique , dans les glaires rejetées par le vomissement et les selles , on concevra des doutes sur l’existence de ces vaisseaux accidentels , qui devraient devenir plus apparents dans les fausses membranes anciennes , où personne jusqu’ici ue les q claireroent

(i) Clin, mHic.fi. ly, p, ^58, édit. Paris, iW,

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distingués. On trouve, du reste, dans ces fausses membranes du sang épanché, de petits tubercules qui démontreraient en elles une organisation réelle, s’il était prouvé que le sang ou les tubercules qu’elles renferment sont un produit de ces fausses membranes elles-mêmes , et non de l’inflammation de la membrane séreuse; or, c’est ce quil est impossible d’établir. On peut, à la vérité, regarder comme à peu près certain que l’exhalation et l’absorption continuent à avoir lieu dans les cavités splanchniques entièrement tapissées de fausses membranes ; mais ces dernières renferment-elles des vaisseaux exhalants et absorbants, ou bien forment - elles une couche en quelque sorte inerte et comme spongieuse dans laquelle les bouches exhalantes et inhalantes de la plèvre verseraient et puiseraient la sérosité.^ Dans l’état actuel de la science, ces questions ne me paraissent pas jugées.

E. Les liquides contenus dans les membranes présen-

tent à l’ouverture des cadavres des altérations analogues à celles qu’on observe dans les séreuses. On y a en outre rencontré quelquefois des espèces de concrétions libres et mobiles , dont la présence donne lieu pendant la vie à des douleurs très-aiguës qui cessent et se reproduisent selon le point de l’articulation qu’oç^ cupent ces corps étrangers.

F, Quant au fluide contenu dans le tissu cellulaire infiltré, il est quelquefois incolore ou jaunâtre , quelquefois louche ou même purulent, mêlé de sang dans quelques circonstances. A l’ouverture des cadavres , on constate la présence de la sérosité dans le tissu sous-cutané ; on la suit dans le tissu cellulaire qui s’étend entre les muscles ; on la découvre dans quelques organes intérieurs , par exemple , dans le tissu cellulaire du péritoine et dans les appendices celluleuses des gros intestins ; cette infiltration existe quelquefois aussi dans le tissu cellulaire de la plèvre, dans celui qui unit le péricarde extérieur au cœur. L’accumulation de sérosité a été encore constatée dans le tissu cellulaire qui unit les membranes muqueuses aux couches sous-jacentes , soit dans les parties accessibles à la vue , soit dans celles qui sont situées plus

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profondément, comme les replis épiglolto-arythnoïdiens, la glotte elle-même et les valvules intestinales.

Les liquides sécrétés par les glandes offrent aussi quelques altérations; mais la plupart sont appréciables pendant la vie, excepté dans le cas de rétention de oes liquides, de la bile et de l’urine, par exemple, dans leurs conduits ou dans leurs réservoirs. L’examen cadavérique des voies urinaires et biliaires présente quelquefois dans ces cas des phénomènes très - intéressants à étudier.

H. II u’est presque aucun organe, aucune cavité , où l’on n’ait trouvé après la mort quelque épanchement , circonscrit ou diffus , de sang liquide ou caillé , de pus séreux ou épais , avec ou sans enveloppe membraniforme.

/. On trouve aussi, àTouverture des cadavres, des liquides renfermés dans des membranes accidentelles ou kystes. Ces liquides sont tantôt aqueux, tantôt épais, semblables à du miel, à de la gélatine, à du pus, à du suif, à une bouillie crétacée. Dans le premier cas, le kyste est mince et analogue aux membranes séreuses ; dans les autres, il a communément une certaine épaisseur ; il est souvent fibreux, quelquefois cartilagineux ou même osseux. Quelques kystes offrent une texture différente dans les divers points de leur étendue. Dans ce cas, leur cavité est ordinairement partagée par des cloisons irrégulières, en un certain nombre de loges, dans chacune desquelles est contenu un liquide de couleur et de consistance diverses : on leur donne le nom de hystes multiloculaires»

§ II. Altérations des fluides élastiques ou gaz, — Les gaz, naturellement exhalés dans le conduit digestif, peuvent offrir à l’ouverture des cadavres des modifications importantes dans leur quantité, dans leur répartition, dans leurs qualités chimiques. Ce dernier point a été très-peu étudié jusqu’ici , et Ton ne saurait déterminer d'avance le degré d’utilité que pourraient offrir des recherches entreprises dans ce but. La diminution et l’augmentation des gaz dans les intestins et l’estomac peuvent être constatés pendant la vie aussi bien qu'après la mort. Le fait le plus impor-

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tant à signaler sous le rapport de ranaiomie pathologique, c’est raccumulation des gaz dans une partie du conduit digestif, tandis que Tautre en contient moins que de coutume : cette disposition est l’indice presque certain d’un rétrécissement, d’une occlusion, d’un obstacle quelconque au passage des gaz dans le point de jonction. Elle éclaire le médecin dans les recherches auxquelles il se livre-, elle le conduit, dans quelques cas, à découvrir une lésion qui n’avait pas été soupçonnée dans la vie , et qui , après la mort, au milieu d’autres désordres plus apparens, ceux, par exemple, qui sont l’effet d’une péritonite, échappe quelquefois à l’œil de l’observateur qui n’est pas instruit de la valeur de ce phénomène.

On rencontre quelquefois des gaz dans des parties qui, naturellement, ne doivent pas en contenir, dans la plèvre, dans le péritoine, par exemple, dans le tissu cellulaire sous-cutané, trèsrarement dans un kyste , comme nous en avons cité précédemment un exemple ( p. 436 ). Quelques médecins pensent que ces gaz peuvent être le résultat d’une simple exhalation morbide; mais plus on ouvre de cadavres et plus on est convaincu que la présence des gaz dans la plèvre, dans le péritoine, dans le tissu cellulaire, est presque toujours consécutive à la perforation des intestins, des poumons ou de quelque autre point des voies aériennes, comme la trachée et les fosses nasales 5 aussi est-ce vers l’existence de ces lésions qu’on doit alors particulièrement diriger ses recherches. La présence des gaz dans le^ parties qui n’en contiennent pas est aussi quelquefois un phénomène de putréfaction cadavérique (1), et peut-être dans quelques cas l’effet

(1) Nous avons assisté à roiivertnre du corps d’un homme replet, mort subiicmcnt trente-deux heures auparavant. L’emphysème survenu après la mort était déjà si considérable, que le volume du tronc et des membres était [)resque double. A l’instant où le scalpel pénétra dans le ventre, qui était aussi dur qu’une planche , Tair s'eii échappa en produisant une détonalioîi aussi violente que celle d’un fusil à vent fortement chargé ;

le conduit digestif n’avait point été intéressé, il resta distendu ; les gaz qui avaient produit l'explosion étaient, par conséquent, accumulés dans la cavi'é péritonéale cllc-méme. L’cmpliysèmc était si général, que l’air

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(le la décomposition du pus renfermé dans un kyste, spécialement après une ou plusieurs ponctions.

3® SÉRIE. — Les corps étrangers qu’on trouve à l’ouverture des cadavres sont de diverses espèces : les uns sont inanimés, les autres ont joui ou même jouissent encore de la vie. Parmi ceux qui sont inanimés , les uns ont été formés au dedans du corps : tels sont les calculs biliaires, urinaires, les concrétions intestinales et celles qu’on rencontre dans les articulations , dans les voies salivaires, les poumons, l’utérus, etc. Parmi ceux qui sont venus du dehors , les uns ont été introduits par des plaies, et notamment par les plaies d’armes à feu ; les autres , par les voies naturelles , comme la bouche , l’anus , l’urètre dans les deux sexes , ou par le vagin chez les femmes.

Les corps étrangers vivants qui peuvent exister chez l’homme sont les oxyures ou ascarides vermiculaires qu’on rencontre spécialement dans le rectum , les ascarides lombricoïdes dans l’intestin grêle , les tricocéphales ou trichurides dans le cæcum chez les sujets qui meurent de fièvre typhoïde , plusieurs variétés de taenia ; celui qu’on nomme tænia lata ou non armé est le plus fréquent dans notre pays ; c’est le plus souvent dans l’intestin grêle qu’on le rencontre. Des hydatides de diverses espèces se trouvent aussi dans l’intérieur des viscères ou des cavités splanchniques. Celles que Laennec a nommées acéphalocistes sont les plus fréquentes; elles se développent surtout dans le foie. Ce viscère est en outre le siège exclusif d’une espèce particulière d’entozoaire , nommé douve du foie (fasciola humana de Breza), qu’on rencontre fort rarement chez l’homme. Le rein est aussi le siège exclusif d’une autre variété d’helminthe non moins rare , à laquelle on a donné le nom de strongle. En Guinée il se forme dans les chairs un ver long , blanc et grêle, qui affecte surtout la race nègre et qu’on appelle ver de Guinée , filiaire ou dragonneau.

Tels sont les principaux phénomènes que présente l’ouverture des cadavres.

s’échappait avec le sang , sous forme d’une écume rougeâtre, de tous les vaisseaux qu’on incisait.

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Les désordres variés qui viennent d’être exposés sommairement n’ont pas tous une importance égale. V Parmi eux, les uns ont précédé Tapparition des symptômes de la maladie et paraissent les avoir produits : tels sont les tubercules crus qu’ori a rencontrés plusieurs fois dans les poumons d'individus qui n’avaient encore offert aucun trouble apparent de la respiration ; 2® il est d’autres altérations qui ne sont survenues que pendant le cours de la maladie, quelquefois môme à une époque assez avancée, et qui semblent en être plutôt l’effet que la cause : tels sont le gonflement du foie et l’anasarque qui surviennent chez les gens affectés d’anévrisme du cœur -, 3® d’autres phénomènes d’anatomie pathologique n’ont lieu que dans l’agonie : tel est l’engorgement des poumons dont nous avons parlé (p. 552); tels sont sans doute aussi les caillots gélatineux ou albumineux qu’on rencontre dans le cœur et dans les gros vaisseaux ; 4® enfin plu^ sieurs lésions ne surviennent qu’ après la mort , et sont désignées sous le nom de phénomènes cadavériques : tels sont les taches sanguines qui se forment dans le tissu cellulaire sous-cutané , la transsudation de la bile qui colore les portions contiguës des intestins, de l’estomac et de la face inférieure du foie; le dégagement d’air qui peut se faire dans un temps très-court, en moins de vingt-quatre heures , par exemple ; l’infiltration qui survient après la mort et qui est plus fréquente dans certaines conditions atmosphériques et peut-être à la suite de certaines maladies ; tels sont peut-être encore quelques épanchemens peu considérables de liquide séreux dans les membranes de ce nom ; telle est la putréfaction , qui est ordinairement beaucoup plus rapide dans quelques points que dans d’autres , et qui serait par cela môme plus propre à induire en erreur : telles sont encore certaines altérations de la muqueuse gastrique qui , comme l’ont prouvé les expériences du docteur Carswel, peuvent survenir après la mort par l’action corrosive du suc gastrique sur les parois stomacales, et faire croire à un empoisonnement par une substance caustique; 5"^ enfin, il est des lésions qu’on rencontre à l’ouverture des cadavres et qui ne déterminent pendant la vie aucun trouble apparent dans les

fonctions : telles sont les adhérences des poumons aux parois du thorax, les plaques blanches et opaques qui existent souvent sur le cœur , certaines tumeurs enkystées , divers corps étrangers et quelques lésions organiques commençantes.

Il est de la plus haute importance pour le médecin de bien apprécier la valeur de ces divers phénomènes. C’est avec raison que le docteur Double , dans son Traite de Séméiotique (1), a signalé les erreurs auxquelles peut donner lieu l’ouverture des corps, sur-, tout dans un temps où Ton est peut-être disposé à accorder aux lésions anatomiques une importance exagérée ; mais nous pensons que ces erreurs ne sont pas de celles qu’on ne puisse pas éviter, et qu’il est le plus souvent possible, en rapprochant et en comparant avec attention les phénomènes observés pendant la vie, et les lésions reconnues après la mort, de distinguer parmi ces lésions celles qui ont précédé et celles qui ont suivi le développement des symptômes et la mort des malades.

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