‹ Élémens de pathologie généraleChapitre 43 sur 52 · C. Ingesta, L’emploi des alimens et des boissons est d’une · texte numérisé non relu

C. Ingesta, L’emploi des alimens et des boissons est d’une

grande importance dans les maladies aiguës. Il est deux inconvéniens également fâcheux qu’il faut éviter avec le même soin : celui de nourrir trop les malades et celui de ne pas les nourrir assez. Ramazzini s’est élevé avec raison contre l’un et contre l’autre, lorsqu’il a dit que les pauvres succombaient souvent à leurs maladies pour avoir trop mangé, et les riches par la diète trop sévère à laquelle ils étaient soumis. pensait qu’il y avait moins

de danger à donner un peu au-delà de ce qui est nécessaire qu’à astreindre les malades à une abstinence trop complète. On doit, dans les maladies aiguës, chercher à tenir un juste milieu, proscrire toute espèce d’alimens solides , mais permettre , lorsque l’état fébrile n’est pas très-intense, et que les malades le désirent, quelques boissons légèrement nutritives , comme les bouillons de veau , de poulet ou de grenouilles , et même quelques fruits rouges,. un peu de raisin, quelques tranches d’orange, dont ils doivent seulement sucer le jus; mais, dans la violence des symptômes, la diète doit être plus sévère , et le plus souvent même l’abstinence être absolue; l’emploi intempestif des alimens, comme l’a dit un médecin célèbre, nourrit la maladie et non le malade. Au déclin, on doit revenir par degrés à leur usage.

D. Excréta. Il est de la plus haute importance, dans le cours des affections aiguës , que les matières excrétées soient promptement éloignées des malades : la sueur, en se refroidissant sur le corps , a de graves inconvéniens ; les urines et les matières fécales, déjà altérées par la maladie et disposées à une prompte décomposition , donnent à l’air des qualités nuisibles ; les matières vomies ont de plus l’inconvénient de provoquer par leur aspect ou leur odeur de nouveaux efforts de vomissement. Lorsque l’urine et les matières fécales sont excrétées involontairemeiit, leur contact avec le corps du malade a des suites encore plus fâcheuses : d’une part , elles peuvent être absorbées par la peau ; de l’autre, elles déterminent rapidement soit une éruption pustuleuse, soit des excoriations aux tégumens du sacrum , et provoquent la formation d’eschares toujours dangereuses et souvent mortelles.

THERAPEUTIQUE.

E. Acta, On conseille généralement dans les maladies aiguës le repos et le séjour presque continuel au lit : toutefois , il est utile que les malades soient levés journellement et placés , selon le degré de force qu’ils conservent , soit sur un autre lit, soit sur un fauteuil, où ils restent jusqu’à ce qu’ils commencent à éprouver la fatigue ou le malaise qui leur indique le besoin de reprendre leur position première. Sydenham, voulait qu’on levât chaque jour les malades ; il considérait ce moyen comme très-propre à prévenir et à combattre le délire. Nous avons vu précédemment que le mouvement passif et même le transport à une grande distance avait souvent été utile aux fébricitans : peut-être a-t-on généralement trop négligé ce moyen dont le hasard et la nécessité ont plus d’une fois démontré les avantages.

Il est de la plus haute importance de faire changer fréquemment de position aux malades que la faiblesse empêche de se retourner eux-mèmes ; la négligence de ce précepte entraînerait presque nécessairement la formation d’eschares aux endroits comprimés et tous les maux qui en résultent.

Le sommeil est généralement favorable dans les maladies aigues *, il faut, en conséquence, éloigner tout ce qui, en agissant vivement sur les organes des sens ou sur le moral du malade, pourrait y mettre obstacle ; par le même motif, on doit se garder d’interrompre le sommeil sans nécessité, pour faire prendre des remèdes ou dans tout autre but , à moins qu’il ne soit très-prolongé, ou qu’il n’y ait urgence à administrer un médicament. Quand le sommeil n’a pas lieu naturellement, il suffit quelquefois, pour le provoquer, de lever le malade quelques instans et de faire son lit avant de l’y replacer; quand ces moyens ne suffisent pas, on lui prescrit, si rien ne s’y oppose, quelque médicament propre à le favoriser.

F. Percepta. Les sensations, les affections morales et les fonctions intellectuelles appellent d’une manière toute spéciale l’attention du médecin. Nous avons vu dans quels cas la lumière peut être contraire ou favorable : le bruit , et en particulier les conversations de toute espèce, sont presque toujours nuisibles

dans la chambre des malades : à voix basse , elles lui donnent souvent de l’inquiétude ; à haute voix , elles le fatiguent. Les odeurs vives et pénétrantes sont généralement dangereuses dans les maladies inflammatoires ; elles peuvent être utiles dans les affections adynamiques et dans quelques névroses.

L’influence des passions sur la marche des maladies est tellement puissante que le médecin ne négligera rien pour leur imprimer une direction favorable. Dans ce but, il doit employer tous les moyens propres à obtenir et à conserver la confiance entière du malade , et prendre garde sans cesse que rien dans ses actions comme dans ses paroles ne puisse l’altérer. C’est surtout en l’écoutant avec une grande attention , en lui témoignant un intérêt particulier qu’il parviendra à ce premier résultat. Quelle que soit son opinion sur la terminaison de la maladie , il devra toujours porter devant le malade un pronostic favorable ; il aura soin de l’aborder avec sécurité et de paraître calme auprès de lui , lors même que tout concourrait à lui inspirer les plus grandes inquiétudes ; aucune parole inconsidérée , aucun geste irréfléchi, aucun changement dans sa figure ne doivent donner au malade le moindre soupçon du danger qui le menace. Il est également indispensable de recommander aux personnes qui l’entourent de ne laisser entrevoir aucune inquiétude ; et , par le même motif, on doit taire le péril à celles qui n’auraient pas la force ou l’inlelligence nécessaire pour le cacher. Il est des malades qui pressent continuellement le médecin de leur faire connaître s’ils sont en danger, en protestant qu’ils ne craignent pas la mort; mais cette assertion elle-même et plus encore l’empressement qu’ils mettent à savoir quelle sera la terminaison de leur maladie prouvent qu’ils sont loin d’étre résignés : aussi le médecin doit-il se tenir en garde contre ces instances. On a vu souvent des hommes accoutumés à braver la mort dans les circonstances où ils pouvaient périr avec gloire, n’avoir pas assez de force pour soùtenir l’idée du péril qui les menaçait dans le cours d’une maladie , et moins encore pour entendre l’arrêt d’une mort inévitable. Une véritable philosophie, et plus encore le sentiment religieux, peu-

vent donner à quelques hommes la fermeté nécessaire pour apprendre avec calme que le terme de leur vie est proche *, mais ces exceptions peu nombreuses ne détruisent pas la règle commune : la crainte de la mort ajoute généralement à la gravité d’une maladie sérieuse , et le médecin qui laisse soupçonner au malade le péril de sa position diminue les chances de guérison. Quant à celui qui ferait connaître à un malade que l’affectiôn dont il est atteint est nécessairement mortelle , il aurait à se reprocher nonseulement d’avoir abrégé des jours qu’il devait chercher à prolonger, mais encore d’avoir mis l’affliction et le désespoir là où il était de son devoir de porter la consolation et l’espérance.

Toute contention de l’esprit est nuisible dans le cours des affections aiguës : on devrait, en conséquence, si cela était nécessaire, défendre aux malades de s’y livrer ; mais le plus souvent ils n’en ont ni le désir, ni le pouvoir, et il suffit, pour remplir cette indication, de recommander aux personnes qui les approchent de ne rien dire devant eux qui puisse devenir l’occasion de réflexions sérieuses ou de méditations graves.

§ II. Soins genèvéux dans les maladies chroniques.

Les moyens hygiéniques sont également ici d’une utilité incontestable. Le changement d’habitation et de climat , les voyages sur terre et sur mer, les frictions, les bains froids et chauds, la forme et le tissu des vêtemens , le nombre et les heures des repas , le choix et la quantité des alimens et des boissons, l’exercice actif et passif, la marche, la course, l’équitation , les distractions de toute espèce , tels sont les principaux moyens hygiéniques dont on recommande l’usage, avec des modifications particulières , dans le cours des maladies chroniques : ils ont , dans beaucoup d’entre elles , une action infiniment supérieure à celle des médicamens proprement dits. Dans les affections nerveuses en particulier, et surtout dans celles qui sont dues à des causes morales, dans ces troubles variés et fréquens des organes digestifs , si long-temps et si mal à propos

Zi2.

660 THÉKAPEUTIQtJE.

confondus sous la dénomination banale de gastrite , combien de ressources le médecin ne trouve-t-il pas dans l’emploi méthodique des moyens que l’hygiène met à sa disposition , et spécialement dans une meilleure distribution des heures de travail intellectuel et d’exercice physique , dans une répartition plus régulière des repas , dans ces changemens complets de toutes les habitudes qu’entraînent les voyages ou le séjour dans un climat différent? Car le malade qui va passer l’hiver dans un pays chaud n’y trouve pas seulement un ciel plus favorable : il y est placé , sous tous les rapports, dans des conditions hygiéniques différentes de celles où il était auparavant. Si par exemple il quitte Paris pour se rendre à Pau , à Hyères , à Pise , il trouvera dans ces villes nonseulement une température plus douce , mais un air qui différera à bien d’autres égards de celui qu’il respirait habituellement ; les alimens , les boissons dont il fera usage seront d’une qualité différente -, ses sécrétions seront modifiées ; ses heures de repas , de sommeil , de veille , seront changées ; ses promenades ^ ses occupations physiques et intellectuelles , ses relations , ses pensées , ne seront plus ce qu’elles étaient auparavant ; ses vêtemens eux-mèmes subiront des modifications peu importantes peut-être ; mais en définitive , mille influences nouvelles vont agir sur lui , et concourront à déterminer dans l’organisme des modifications difficiles à préciser , sans doute , mais incontestables.

Nous avons jeté d’abord un coup-d’œil sur les bases de la thérapeutique ; nous avons ensuite parlé des indications et des moyens de les remplir. Nous avons vu que les indications n’étaient pas toujours évidentes, et que dans quelques cas néanmoins il pouvait devenir nécessaire de ne point rester inactif, lorsque la maladie fait de jour en jour des progrès. Dans ces circonstances difficiles, le médecin doit , après avoir recueilli et comparé toutes les circonstances propres à l’éclairer, et rapproché le fait qu’il a sous les yeux des faits semblables ou analogues qu’il trouve dans ses propres souvenirs ou dans les annales de la science, traiter ses malades comme il voudrait qu’on le traitât lui-même s’il était atteint de semblables affections. Sydenham aimait à se rendre ce té-

NATURE DES MALADIES

moigiiage , qui le soutenait dans l’exercice aussi pénible qu’honorable de sa profession : ce Ægrorum nemo à me aliàs tractatus » est 5 quàm egomet tractari cuperem , si mihi ex iisdem morbis » ægroiare contingeret (l). »

Page 1