CHAPITRE IV
I)u Siège des Maladies.
On peut dire d’une manière générale qu’il n’est aucune des parties constituantes du corps humain qui ne puisse éprouver une altération quelconque, et par conséquent devenir le siège d’une maladie plus ou moins grave. Toutefois , l’aptitude à recevoir l’action des diverses causes morbifiques n’existe pas au même degré dans tous nos organes : la peau et les membranes muqueuses sont de tous les tissus ceux dans lesquels les maladies se montrent le plus fréquemment. Les organes situés profondément et sans communication directe avec les objets extérieurs sont plus rarement que tous les autres le siège des maladies.
Le siège des maladies n’est pas toujours facile à déterminer, et l’histoire de la médecine montre à quel point les opinions ont offert de divergence à cet égard. Pendant le régne de l’humorisme, le siège primitif de la plupart des maladies était dans un des fluides qui entrent dans l’organisation du corps humain. Les solidistes, qui vinrent plus tard réduire les humeurs à un rôle purement passif
Les dénominations données aux maladies se lient souvent à Thistoire de la médecine et des théories auxquelles elle a donné naissance : tels sont les mois fiè\:re humorale, fièvre nerveuse, L’élymologie peut aussi donner lieu à quelques conjectures sur certaines circonstances relatives à rhistoire particulière de la maladie, elc. Par exemple, la dénomination de morhilll , petite maladie, sous laquelle on a désigné la rougeole , porterait à croire qu’elle a paru en même temps qu’une autre afléction qui avait quelque ressemblance avec elle , mais qui était plus grave , et qu’on désignait, par ce motif, sous le nom de morhus,^ la maladie, nom qu’on donne toujours aux maladies qui régnent épidémiquement. Cette circonstance peut ajouter quelque poids à l’opinion où l’on est généralement que la rougeole , qui est originaire des mêmes lieux que la variole , a paru cà peu près vers la meme époque.
DU SIEGU DES MALADIES
dans les phénonfiènes de la vie , placèrent dans les solides le siège de toutes les maladies. Le temps a fait justice de ces opinions erronées, et l’observation a démontré que les prétentions exclusives de ces divers systèmes étaient également inadmissibles.
11 faut reconnaître aujourd’hui que beaucoup d’affections ont un siège complexe , et que , bornées primitivement aux solides , elles envahissent plus tard nos fluides , et réciproquement. La première période d’une phlébite nous représente en effet une maladie bornée d’abord à un seul tissu, mais bientôt Torgane souffrant sécrète du pus ; celui-ci , sans cesse entraîné par le mouvement circulatoire, se mêle au sang, l’altère, et ce fluide va à son tour réagir sur plusieurs autres organqs, et déterminer des phlegmasies et des suppurations. Dans la variole, au contraire, et dans les autres fièvres éruptives contagieuses où le siège primitif du mal paraît être dans le sang, on voit en peu de jours apparaître sur la peau et sur plusieurs muqueuses des éruptions consécutives à cette altération.
Parmi les maladies , il en est quelques-unes qui peuvent occuper presque tous les tissus de l’économie : tels sont finflammation , le cancer , les tubercules , la syphilis. D’autres ne se montrent que dans un petit nombre de tissus : l’hydropisie , par exemple , se forme particulièrement dans les membranes qui tapissent l’intérieur des cavités, et dans le tissu cellulaire; les hé-' morrhagies spontanées n’ont presque jamais lieu que par les membranes muqueuses. Toutefois les hémorrhagies peuvent se faire dans d’autres organes , et l'hydropisie peut se former au moyen de kystes accidentels dans des parties qui en sont à l’abri par leur structure. Enfin, il y a des maladies qui paraissent avoir leur siège constant et exclusif dans le même élément anatomique, quelque part qu’il existe: c’est ainsi que, selon toute probabilité, l’affection rhumatismale ou goutteuse n’attaque jamais que les tissus musculaires et fibreux.
Beaucoup de maladies ont un siège fixe , c’est-à-dire qu’elles naissent, se développent et se terminent dans le point qu’elles ont primitivement occupé. D’autres, au contraire, envahissent
DU SIEGE DES MALADIES
successivement les parties voisines , tels sont certains ulcères rongeans , le cancer , les érysipèles , et peiit-èlrc le grand nombre des pidegmasies dites spontanées. 11 en est d’autres dont le siège , essentiellement vague et mobile , varie d’un instant à l’autre, comme on l’observe pour la goutte et le rhumatisme dont la mobilité forme un des caractères les plus essentiels. Quelques affections nerveuses se montrent successivement dans des parties plus ou moins éloignées , et les hémorrhagies sont également sujettes à changer de siège.
Parmi les maladies , il est un grand nombre qui n’occupent qu’une partie de l’économie; d’autres qui se montrent simultané^ ment dans un grand nombre de points plus ou moins éloignés, et portent sous la même forme et avec les mêmes caractères. Les premières ont un siège unique , les secondes sont disséminées ou à siège multiple. Aux premières se rattachent les phlegmasies viscérales et membraneuses , comme la pneumonie ou la péricardite ; aux secondes l’urticaire, la variole, la rougeole, les éruptions syphilitiques, \emorhus maculosiis^ etc. Ces dernières affections, auxquelles j’ai donné le nom Aq disséminées, méritent une attention particulière à raison des conditions qui président à leur développement. En effet, ces lésions multiples sont presque toujours secondaires , et, dans la plupart des cas, les médecins peuvent reconnaître l’affection qui leur a donné naissance et contre laquelle doivent être dirigés les moyens thérapeutiques.
Les organes qu’on nomme pairs sont souvent affectés simultanément de la même maladie. Il est rare de voir l’ophthalmie spontanée bornée à l’une des conjonctives ; la bronchite ou l’emphysème, à l’un des poumons. Certains exanthèmes chroniques occupent simultanément les deux aisselles , les aines , les points correspoiidans des mêmes membres. Dans les attaques de rhumatisme, les articulations semblables se prennent généralement l’une après l’autre. La même loi existe pour les organes profondément placés. M. Bizot a démontré, en effet, que les altérations nombreuses qui frappent les artères se développent presque toujours stimultanément dans les vaisseaux symétric[ues et dans les points corres-
DU SIÈGE DES MALADIES
pondans de ces mêmes vaisseaux (1). Il est toutefois quelques ori^anes pairs qui font exception : les deux testicules ou les deux mamelles qui , isolément , sont souvent le siège d’une inflammation ou d’un cancer , sont très-rarement atteints en même temps de l’une ou de l’autre de ces maladies.
On a remarqué depuis fort long-temps que les âges influent d’une manière bien prononcée sur le siège des maladies. Dans l’enfance, un grand nombre des affections occupent la tête : c’est à cette époque qu’on observe l’hydrocépliale , la méningite granulée , les croûtes diverses du cuir chevelu , les gerçures et les excoriations des lèvres , du nez et des oreilles, les aplitlies , la gangrène de la bouche, l’épistaxis : le délire accompagne les affections les plus légères ; les glandes sous-maxillaires sont souvent engorgées , et le larynx est le siège de quelques affections très-graves ; le croup se manifeste rarement aux autres périodes de la vie. — A l’époque de la puberté et dans la jeunesse, les maladies de poitrine, telles que les inflammations de la plèvre et du poumon, l’hémoptysie, la bronchite, deviennent plus fréquentes -, c’est souvent alors que se développent les premiers signes des maladies du cœur, et la phthisie pulmonaire est tellement commune alors , qu’on a cru pendant long-temps qu’elle n’attaquait point avant la quinzième année et après la trentième. — Autant les maladies du thorax sont fréquentes dans la jeunesse , autant celles du ventre le sont dans l’âge mûr ; c’est alors que se développent la plupart des affections organiques des viscères abdominaux ; celles de l’estomac, des intestins, de Tovaire, des testicules, du foie, de la vessie et de l’utérus, ne se montrent presque jamais avant cette époque. A riiémoptysie des adultes, qui avait remplacé l’épistaxis des enfans, succède le flux hémorrhoïdal, aussi fréquent dans cette période que les deux autres hémorrhagies dans les âges précédens. — Enfin , chez le vieillard , en même temps que le ventre continue à être le siège de diverses affections, et que celles des voies urinaires en particulier deviennent de plus
(1) Mémoires de la Soc, méd, d'observation^ Paris, 1856, 1. 1, p. 590.
DU SIEGE DES MALADIES
en plus fréquentes , c’est de nouveau vers la tète que se portent la plupart des maladies : la démence, la paralysie, les épanchemens de sang dans le cerveau , le ramollissement de sa substance, la surdité , la cataracte , sont des affections aussi communes dans la vieillesse que rares dans les autres âges.
Cette observation sur la fréquence des maladies de la tête , de la poitrine et du ventre à certaines époques, bien que généralement vraie, offre des exceptions nombreuses. Sans parler des maladies produites par des causes mécaniques, et dont le siège est déterminé par des circonstances placées hors de l’individu , on voit souvent les enfaris être atteints de catarrhe pulmonaire , de péripneumonie, de phthisie et des diverses formes de l’entérite. L’engorgement scrofuleux des glandes mésentériques n’a presque jamais lieu que dans l’enfance , et les vers intestinaux se montrent le plus souvent à cet âge ; la manie , qui parait avoir son siège dans le cerveau, est plus fréquente dans la jeunesse et l’âge mur • l’inflammation simple des méninges se montre à peu près indistinctement dans toutes les périodes de la vie , et la pneumonie est une des maladies aiguës qu’on observe le plus fréquemment chez les vieillards. Mais ces exceptions, quoique nombreuses, ne le sont pas assez pour détruire la règle générale.
On a avancé que les saisons avaient , sur le siège des maladies, la même influence que les âges, que pendant l’hiver on voyait dominer les maladies de la tête, que celles de la poitrine régnaient au printemps , et celles du bas-ventre en été et en automne. Cette assertion n’est pas d’une application aussi générale que la précédente ; toutefois elle n’est pas dénuée de fondement , surtout lorsqu’on l’applique , comme on doit le faire , exclusivement aux maladies aiguës.
Tels sont les points de vue généraux sous lesquels peut être considéré le siège des maladies. Nous nous occuperons des difficultés et des moyens de déterminer le siège des maladies en particulier dans le chapitre consacré au diagnostic.
De l’Étiologie (i), ou des Causes des Maladies.
L’étiologie, dans son sens le plus général, a pour objet, dans toutes les sciences, l’étude des causes; en médecine, elle a pour but la connaissance des causes morbifiques. Sous le nom de causes morbifiques, on comprend tout ce qui produit les maladies , tout ce qui concourt à leur développement.
Les causes des maladies existent partout, autour de nous et en nous. Les choses les plus nécessaires à notre existence, comme l’air que nous respirons , les alimens et les boissons à l’aide desquels nous réparons nos pertes journalières , les produits de Tindustrie humaine destinés à rendre la vie plus commode et plus douce, deviennent quelquefois les causes des maux qui nous frappent. Les différens organes dont l’ensemble constitue l’économie, et qui sont destinés à la conservation du tout dont ils font partie, peuvent aussi , dans quelques circonstances , en déranger l’harmonie ; les muscles, qui servent à nous transporter d’un lieu dans un autre, peuvent produire le déplacement des os ou môme leur fracture; les dents, les cils, les ongles, dans leur développement irrégulier, donnent quelquefois lieu à des maladies plus ou moins sérieuses ; la présence d’un fœtus dans l’utérus, et surtout son expulsion, deviennent, dans certaines conditions, des causes de péril et de mort.
Quand on voit ainsi , dans l’économie et hors d’elle, les choses les plus indispensables à la vie de l’homme et à la conservation de son espèce devenir, dans quelques circonstances, les causes des maladies qui l’affligent , on est tenté d’admettre avec Tesla, qu’il n’y a, à proprement parler, aucune cause morbifique, rien de
(1) Atrta, cause; ).o7o;, discours.
DE l’ÉTIOIOGTE.
nuisible par soi-inême : « Nihil p^oimè morbificiim , niliilnoxium » naturâ sua, )) Mais cette assertion , bien que fondée relativement à la plupart des causes qui troublent la santé , cesse d’être juste lorsque, passant en revue toutes les causes des maladies, on arrive aux principes contagieux qui sont certainement en euxmêmes et indépendamment de toute espèce d’abus qu’on pourrait en faire , des agens morbifiques.
Les causes des maladies étant extrêmement nombreuses et variées, on a senti de tout temps la nécessité de les diviser : on les a distinguées en externes, qui sont placées hors de l’individu ; internes, qui existent en lui; principales , qui ont la plus grande part dans le développement des maladies; accessoires, qui n’ont que peu d’influence dans leur production ; éloignées , qui préparent ou déterminent l’altération intime qui forme l’essence ou la cause prochaine de la maladie ; prédisposantes , qui modifient peu à peu l’économie et la disposent à telle ou telle affection ; occasionnelles, qui en provoquent le développement. On a nommé causes physiques et chimiques celles qui agissent en vertu des lois de la physique et de la chimie et qui agiraient sur le cadavre à peu près comme sur le corps vivant : tels sont les instrumens vulnérans, les caustiques, etc. \ physiologiques , celles qui demandent le concours d’une réaction vitale dans l’organe qui les reçoit; locales , celles dont l’action ne porte que sur une partie de l’économie; générales,^ celles qui étendent leur action sur toutes; négatives^ celles qui consistent dans la soustraction des choses nécessaires; et par opposition celles qui agissent par elles-
mêmes dans la production des maladies. On a admds aussi des causes maiéi'ielles ou immatérielles , selon qu’elles sont ou ne sont pas accessibles à nos sens. Enfin , comme il est un certain nombre de maladies qui surviennent sans cause appréciable , on a été forcé d’admettre des causes cachées ou occultes , causes que plusieurs auteurs ont placées dans certaines qualités inappréciables de fatmosphère auxquelles serait du le développement des épidémies.
Toutes ces divisions présentent des inconvéniens assez graves. La cause prochaine, qui n’est autre chose que l’essence même de la
SI
DK d’ÉtIOLOGÏE.
maladie, que la modification intime de rorganisme qui la constitue, ne peut pas être comptée parmi les causes qui la produisent. Sous le titre de causes occasionnelles, on a compris des choses tout-à-fait différentes : Timpression du froid, par exemple, qui tantôt peut provoquer le développement d’une pneumonie, tantôt déterminer une anasarque , et qui le plus souvent ne produit aucune affection, est placée à côté de l’instrument vulnérant , des poisons, qui produisent, dans tous les cas, un effet deiermine sur l’économie. Il n’est pas nécessaire d’insister sur les défauts de toutes ces divisions ; aucune d’elles n’a l’avantage de réunir les causes qui agissent d’une manière analogue , et c’est cependant cette circonstance qui semble devoir servir de base à la division la plus naturelle des causes morbifiques.
Or, parmi ces causes il en est qui produisent constamment une même maladie ; c’est à elles que nous réservons le nom de causes déterminantes. Les autres , dont l’action est souvent incertaine , toujours obscure, peuvent être subdivisées en deux séries. Dans la première, nous plaçons tout ce qui imprimée graduellement à l’économie des modiOcations qui la préparent à telle ou telle affection, tout ce qui constitue l’aptitude à en être atteint : ce sont les causes imédisposantes. Dans la seconde série, nous rangeons celles dont l’action , ordinairement passagère , ne fait que provoquer le développement d’une maladie à laquelle le sujet était prédisposé : nous conservons à ces dernières le nom de causes occa-
sionnelles ou excitantes.
Ainsi nous admettons trois ordres de causes morbifiques, que nous distinguons en déterminantes, prédisposantes et occasionnelles. Nous passerons rapidement en revue les principales causes qui appartiennent k chacun de ces trois ordres, et nous présenterons ensuite quelques considérations générales sur leur manière d’agir dans la production des maladies.
DE l’eTIOLOGIE.
ARTICLE PREMIER
Des Causes déterminantes ,
Les causes déterminantes, celles qui constamment, si l’on excepte quelques conditions plus ou moins bien connues, produisent une même aîTection, ont presque toutes, soit en ellesmêmes, soit dans la maladie qu’elles produisent, quelque chose de particulier. Le corps chaud qui brûle, le froid qui congèle, les gaz qui empoisonnent ou qui asphyxient, le corps xulnérant qui fait une plaie , le poison qui produit le narcotisme ou les con- \ulsions , sont assurément des causes spéciales , comme les maladies qu’ils produisent différent elles-mêmes de toutes les autres. C’est ce qui nous avait conduit dans les premières éditions de cet ouvrage à ranger ces agens morbifiques parmi les causes spécifiques, et à employer comme synonymes les mots causes spécifia qnes et causes déterminantes.
Toutefois, aujourd’hui nous croyons devoir donner a ces motsun sens plus rigoureux et plus conforme aussi à l’usage général : nous entendrons par causes spécifiques celles qui produisent des maladies Spécifiques, et par maladies spécifiques celles qui ne peuvent se développer que sous l'influence d'une seule et même cause, comme la syphilis , la rage, la variole. Nous appellerons causes déterminantes communes celles dont l’action est également directe et constante, mais qui engendrent des maladies que d’autres causes aussi peuvent produire; les brûlures, les plaies, par exemple, pourront être produites par des agens divers. Ajoutons que la plupart des causes déterminantes communes agissent en vertu des lois physiques ou chimiques; que leur action est susceptible, en conséquence, d’être expliquée par ces lois. Les causes spécifiques, au contraire, sont constamment dans leur mode d’action, inaccessibles aux explications de la physique et de la chimie. Tels sont les motifs qui nous ont conduit à séparer ces deux ordres de causes déterminantes et à les étudier à part.
§ Des causes déterminantes communes. — Ces causes peu-
DE l’ÉtïOLOGîE.
vent être répandues dans ratmosphère {circimfiisa) , mises en contact avec notre corps (applicata)^ ou introduites dans nos organes (ingesia)] elles peuvent exister en nous et dépendre, soit du trouble des évacuations (excreta), soit des mouvemens (acta) ou des perceptions (percepta) : nous les indiquerons selon cet ordre , qui est le plus généralement suivi dans rexposition de rhygiène , et qui se prête également bien à Tétude des causes morbifiques.
A. Circumfusa (1). Il est quelques circonstances dans lesquelles des gaz impropres à la respiration sont portés dans les voies aériennes ; le gaz azote , le protoxyde d’azote et d’hydrogène ont été respires par des chimistes qui ont voulu connaître leur effet sur l’économie animale. Ces gaz ont produit une asphyxie lente , bien différente de celle que déterminent les gaz délétères. Ceux-ci se trouvent quelquefois accumulés accidentellement dans certains lieux où l’air extérieur ne pénètre que difficilement : comme dans les puisards , les égouts , les mines , certains ateliers , certaines fabriques et dans quelques établissemens thermaux. Les gaz acide carbonique et hydrogène carboné, qui se dégagent dans la combustion du charbon et de la braise , peuvent être mêlés en assez grande proportion à l’air pour asphyxier les personnes qui les respirent. Il en est de même des >gaz qui se dégagent des matières animales , et particulièrement des excrémens en putréfaction, dans un lieu fermé ; ils produisent subitement l’asphyxie. Cet accident , auquel sont exposés les ouvriers employés au travail des fosses d’aisances , est dû à un gaz long-temps désigné sous le nom de plomb, et qui paraît être le plus souvent un composé d’acide hydro-sulfurique, d’hydro-sulfate d’ammoniaque et d’azote. Le gaz acide carbonique, accumulé dans la partie la plus déclive de quelques souterrains (dans la Grotte du Chien , par exemple), y forme une couche de plusieurs pieds de hauteur ; l’homme qui y pénètre se trouve élevé au-dessus du gaz délétère, mais un enfant
(1} Les ager.s morbifiques répandus dans Fatinosphère n’agissent, à proprement parler, que par leur introduction dans nos organes , et, sous ce rapport, on devrait peut-être les placer parmi les ingesta; mais nous n’avons pas cm devoir nous éloigner de l’ordre généralement adopté.
34 DE l’éïiologie.
serait asphyxié comme le sont les animaux qu'on y introduit en forme d’expérience.
Des fièvres putrides et malignes ont quelquefois régné d’une manière épidémique pendant l’exhumation d’un grand nombre de cadavres : la ville de Saulieu en a offert, en 1773, un funeste exemple(l); et long-temps auparavant on avait observé (2) une épidémie de fièvre gangréneuse, produite par l’infection de l’air à la suite d'une épizootie, dans laquelle les cadavres d’un grand nombre d’animaux restés sans sépulture avaient infecté l'atmosphère.
Les émanations végétales sont quelquefois des causes déterminantes de maladies. Un air chargé du principe odorant des fleurs de la jacinthe, du lis, de l’oranger, du narcisse, produit la céphalalgie, les nausées, les vertiges, et quelquefois même les syncopes, surtout dans des appartemens étroits et chauds.
La température très-chaude ou très-froide de l’atmosphère est la cause déterminante de plusieurs affections. On a vu souvent des individus exposés à un froid rigoureux succomber en présentant des accidens qui pouvaient dépendre ou de l’asphyxie ou d'une forte congestion cérébrale; la congélation de quelque partie du corps est alors un accident plus fréquent encore. Les phénomènes graves produits par une température très-élevée ont été aussi rapportés, par la plupart des médecins, ou à l'apoplexie ou à l’asphyxie ; mais , d’après les recherches de quelques auteurs , et, en particulier, d’après celles de J.-J. Russel, il paraît que la chaleur agit surtout en déterminant , vers les organes thoraciques , une congestion violente qui se termine fréquemment par la mort (3).
Une lumière très-vive qui frappe subitement la vue, un bruit très-violent, peuvent produire la cécité ou la surdité.
Une violente décharge de l’électricité répandue dans l’atmosphère, ou accumulée par nos appareils, a produit, chez quelques
(1) Maret, Usage d'enterrer les morts dans les églises. Dijon, 1775.
(2) De recondita fehrium remitt. ac intermitt. natura.
(5) Encycl. des Sc. méd.^ p. 255.
DE L ÉTIOLOGIE. 35
sujets , la mort subite , et , chez d’autres , un tremblement incurable, la stupeur, ou une paralysie partielle.
B. On trouve, parmi les applicata-, un grand nombre de causes déterminantes. Les corps contondans, les instrumens piquans ou tranchans sont les causes les plus ordinaires des plaies de tout
genre auxquelles riiomme est sujet. Les chutes dans lesquelles le corps humain vient , avec le mouvement qu’il a reçu , frapper contre des surfaces plus ou moins résistantes , donnent lieu à des maladies analogues à celles que produisent les agens vulnérans. A côté des corps vulnérans, il faut placer les liens, qui , outre la gêne qu’ils apportent dans la circulation, peuvent pénétrer dans les tissus lorsqu’ils sont serrés avec force, et produire Tasphyxie quand ils sont placés sur le trajet du conduit aérien. L’immersion dans un liquide détermine, en mettant obstacle à l’entrée de Tair, un effet semblable. Les corps incandescens , les liquides en ébullition, mis en contact avec nos parties, y produisent, selon leur degré d’énergie , l’inflammation ou la gangrène. Les caustiques solides ou liquides, acides, alcalins ou salins, ont une action analogue ; quelques-unes de ces substances , comme le sublimé corrosif , les préparations arsénicales , peuvent , en même temps qu’elles agissent localement à la manière des caustiques , être absorbées à la surface du corps, portées dans les parties intérieures, et y produire les phénomènes de l’empoisonnement. Il faut encore placer dans la même série les topiques âcres , rubéfians ou vésicans, comme la farine de moutarde, la poudre de cantharides, l’écorce de garou, etc., etc.
C. Ingesta. Les substances portées dans l’intérieur du corps deviennent fréquemment des causes déterminantes de maladies. Les poisons appartiennent presque tous à cette classe. On entend par poison, suivant Mead, toutes les substances qui, à petite dose , peuvent produire de grands changemens dans les corps vivans. J’aime mieux, avec Mahon, ne comprendre sous ce titre que celles qui sont capables d’éteindre la vie.
On avait autrefois divisé les poisons en poisons minéraux, végétaux et animaux. M. Orfila a pensé, avec toute raison, qu’il
DE l’Étiologie.
était plus convenable de les classer d’après leur manière d’agir sur l’économie que d’après le règne de la nature auquel ils appartiennent. En conséquence, il les a divisés en quatre classes, à raison de leurs propriétés irritante , narcotique , narcotico-âcre et septique. Les poisons irritans, corrosifs, escarotiques ou âcres, produisent, selon leur degré d’énergie, tantôt la simple inflammation de la partie sur laquelle ils sont appliqués , tantôt la désorganisation la plus complète. Les poisons narcotiques , tels que l’opium, les solanées, etc., causent des affections toutes différentes : ils agissent particulièrement sur le cerveau, dont ils troublent ou suspendent les fonctions , et produisent peu d’effet sur les organes avec lesquels ils sont immédiatement en contact. Les poisons narcotico-âcres , tels que les champignons vénéneux , offrent, réunis, ces deux modes d’action. Enfin, les poisons septiques, comme la chair d’animaux morts de certaines maladies pestilentielles , les matières animales en putréfaction , certains produits de sécrétion morbide , déterminent des maladies graves revêtant la forme adynamique ou ataxique , se compliquant souvent de gangrène, et ayant, le plus ordinairement, une issue funeste. Le seigle ergoté, produisant aussi la gangrène des tissus, doit être classé , pour cette raison , plutôt dans la classe des poisons septiques que dans celle des narcotico-âcres.
D. On trouve peu de causes déterminantes parmi les excreta, les gesta et les percepta. L’extrême abondance des hémorrhagies naturelles, des règles en particulier, peut amener l’anémie. Une violente contraction des muscles peut déterminer la rupture d’un tendon, la fracture d’un os : elle est souvent la cause déterminante des hernies et quelquefois celle des luxations. Les affections morales vives , comme un amour contrarié ou le désir de revoir sa patrie , chez les adultes , l’envie chez les enfans , sont quelquefois la cause déterminante d’une sorte de fièvre hectique. La mélancolie reconnaît ordinairement, pour cause déterminante, une passion profonde. Le désespoir, la terreur, la joie immodérée ont, dans quelques cas, produit la mort subite.
Certaines maladies peuvent être aussi la cause déterminante
DE l’Étiologie. 37
de quelques autres. Ainsi, l’inflammation considérable des parotides a quelquefois produit l’asphyxie ; une fracture , une luxation déterminent la formation de vastes abcès dans le tissu cellulaire ; la perforation de l’estomac , la rupture de la vésicule du fiel , de la vessie ou de l’utérus , l’érosion des intestins par un ulcère , celle de la plèvre par un tubercule ramolli , sont autant de causes directes d’une péritonite ou d’une pleurésie presque inévitablement mortelles.
La rétention des matières fécales dans le rectum a quelquefois donné lieu à tous les phénomènes de l’occlusion intestinale, et^ dans quelques cas rares , déterminé la mort , surtout chez des sujets avancés en âge.
Enfin, on peut joindre à ces causes déterminantes la présence de certains animaux parasites dans le corps humain, comme le tænia, les oxyures, les ascarides lombricoïdes, les hydatides, etc. Leur présence ne produit pas constamment de phénomènes morbides, mais elle est par elle-même quelque chose d’anormal dans la disposition matérielle des parties; elle constitue, par conséquent, une maladie qui sera toujours la même dans son essence, quelque variée qu’elle soit dans sa forme. 11 en est de même des corps étrangers inanimés portés dans nos organes par les conduits naturels ou introduits par une plaie : bien que leur présence ne détermine quelquefois aucun trouble dans la santé, on doit cependant les ranger au nombre des causes déterminantes , parce qu’ils agissent d’une manière uniforme ; la pointe d’un instrument ou une balle qui reste dans une plaie, un corps étranger qui a pénétré dans la trachée-artère, appartiennent évidemment à cet ordre de causes.
Causes déterminantes spécifiques. Les causes déterminantes spécifiques ont, comme nous l’avons dit, pour caractère particulier, de produire des maladies qu’elles seules peuvent engendrer, et d’être dans leur action inaccessibles aux explications de la physique et de la chimie.
Les causes spécifiques se subdivisent, à raison de leur manière d’agir, en deux séries distinctes : à la première appartiennent celles de ces causes dont les effets s’arrêtent aux individus sou-
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mis à leur influence ; à la seconde , les agens morbifiques qui , à la manière des semences végétales , se reproduisent dans le cours de la maladie à laquelle ils ont donné naissance ; de telle sorte que rindividu qui les a reçus les engendre à son tour, et peut les transmettre à d’autres individus ; de là , la nécessité de subdiviser les causes spécifiques en spécifiques ordinaires et en spécifiques contagieuses.
Causes spécifiques ordinaires. Nous rangeons dans cette série certaines émanations métalliques , quelques poisons , les exhalaisons miasmatiques et les venins.
Les ouvriers qui travaillent le plomb , les peintres , les fondeurs , les broyeurs de couleurs , les fabricans de blanc de céruse ou de minium , etc., sont exposés à une maladie connue sous le nom de colique saturnine , affection qui diffère assez de toutes celles dont le conduit digestif peut être atteint , pour pouvoir être rangée parmi les maladies spécifiques. Il n’en est pas de même de la colique produite par le cuivre , qui se rapproche beaucoup des inflammations déterminées par des causes extérieures. Aussi, malgré la ressemblance apparente qui existe entre la colique saturnine et la colique de cuivre , nous croyons devoir rapporter l’action du cuivre sur l’économie aux causes déterminantes ordinaires , et ranger les préparations du plomb parmi les causes spécifiques ; nous plaçons également, dans cette seconde série, le mercure et ses composés , à raison de son influence toute spécifique sur la membrane muqueuse de la bouche (stomatite ou salivation mercurielle^. Nous croyons encore pouvoir classer, parmi les agens spécifiques des maladies, la strychnine et la brucine, qui donnent lieu à des convulsions tétaniques qu’aucune autre substance connue ne saurait produire.
Les exhalaisons miasmatiques forment un autre groupe de causes morbifiques que le raisonnement nous conduit à admettre, mais dont la chimie et la physique n’ont pu encore constater l’existence , ni à plus forte raison déterminer la nature et expliquer les effets. Nous les rapportons, d’après leur origine, à deux espèces.
DE l’Étiologie. 39
Les unes proviennent de la décomposition des matières végétales et animales , privées de vie , dans les endroits humides ou marécageux et dans les eaux stagnantes. C’est ce qu’on appelle les miasmes marécageux , les ejfluves des maltais : si l’on considère que les lièvres d’accès régnent habituellement partout où se trouvent réunies les conditions de cette décomposition, que ces fièvres paraissent surtout vers la fin de l’été , à l’époque où la baisse des eaux a mis à découvert la vase formée principalement par les débris de ces substances ; si l’on se rappelle qu’elles ont constamment disparu par le dessèchement des marais , qu’elles se sont montrées momentanément dans la plupart des lieux où il s’est formé des étangs accidentels ; si l’on fait attention que ces fièvres, très-fréquentes et très-graves dans les lieux les plus voisins des eaux stagnantes, deviennent progressivement plus rares et plus légères à mesure qu’on s’en éloigne davantage ; si l’on a égard , enfin , à l’influence qu’exerce sur leur développement, dans le voisinage des marais, la direction des vents (1) , il sera difficile de ne point admettre l’existence de ces miasmes et la part qu’elles ont dans le développement des fièvres d’accès. Nous sommes d’autant mieux autorisés à ranger les miasmes des marais parmi les causes spécifiques , que la spécialité des maladies qu’ils produisent est démontrée par la spécificité du remède qu’on leur oppose ; il ne peut , en effet , y avoir de remède spécifique que contre les maladies qui reconnaissent une seule et même cause.
L’autre espèce d’exhalaisons miasmatiques est celle qui provient des êtres vivans , sains ou malades , mais principalement de ces derniers , lorsqu’ils sont accumulés en trop grand nombre dans un espace relativement trop étroit.
C’est à bord des vaisseaux, c’est dans les prisons, dans les camps , dans les hôpitaux et dans les villes assiégées que se trouvent le plus souvent réunies les causes propres à développer les maladies infectives , et c’est aussi dans ces conditions qu’on voit un grand nombre de maladies sévir avec plus d’intensité ; on les
(1) Lancisi, Senac, Alibert,
DE ï/ÉTIOLCGIE.
a décrites sous les noms d’alTeclions putrides , malignes , pestilentielles. Elles SC rattachent presque toutes aux diverses espèces de typhus et à la dysenterie.
On s’accorde assez généralement à les considérer comme dues à l’altération de l’air par ces miasmes, et aune infection de l’économie par cet air altéré ; on appelle infection l’action exercée par ces causes ^ et Ton nomme infectieuses les maladies qu’elles déterminent.
On doit également ranger parmi les causes spécifiques des maladies les diiTérens venins. Ces venins paraissent être le résultat d’une sécrétion propre à certaines espèces d'animaux, et sont pour eux un moyen naturel d’attaque et de défense : déposés , par l’animal qui les sécrète , dans les blessures qu’il fait, ils produisent consiaiument des effets semblables. La vipère, la guêpe ci l’abeille sont , dans notre climat , les seuls animaux munis d’appareils propres à sècTéter et à déposer ces venins. Dans les climats plus chauds, le scorpion et diverses espèces de serpens sont armés de venins bien plus délétères. Los venins diffèrent des vims sous plusieurs rapports. Ceux-ci, comme nous le verrons plus l)as, ne sont engendrés qu’ accidentellement par des êtres malades; la formation des venins, au contraire, est continuelle, et n est liée à aucun trouble des* fonctions : les virus n’agissent
qu’avec lenteur, et se reproduisent dans les affections qu’ils déterminent ; les effets des venins sont prompts , et ne sont pas transmis de celui qui les éprouve à d’autres individus.
§ II. Des princijjes contagieux. — Il existe un certain nombre de maladies susceptibles de se transmettre de l’individu qui en est atteint aux personnes saines qui ont avec lui quelque rapport. Cette transmission de la maladie , ayant ordinairement lieu par le moyen d’un contact direct ou indirect, a été nommée contagion; on a donné aux maladies qui se transmettent par cette voie l’épitbète de contagieuses (l).
(1) Ihifeland a defim la contagion ou le principe contagieux, une matière sul)lile qui s’insinue dans le corps vivant, et qui peut y exciter une espèce délcrminée de maladie. Les miasmes des marais sont, suivant cet
DE l’Étiologie.
La manière dont s’opère la contagion nous est inconnue ; néanmoins, il est de toute probabilité qu’eüe a lieu par le moyeu d’un agent matériel dont l’existence no peut guère être révoquée en doute , bien qu’il échappe à nos sens : on nomme cet agent fvinci'pe contagieux ou virus.
Bien qu’inappréciables à nos sens, les principes contagieux ont été, pour quelques médecins, l’objet de recherches spéciales. Voici quelle est sur ce point de pathologie l’opinion du plus grand nombre.
Le principe invisible qui produit la contagion est ordinairement enveloppé dans une substance visible , comme le mucus , la sérosité, le pus liquide ou desséché en croûtes, la matière de la transpiration cutanée. Ces diverses substances n’étant point par elles-mêmes contagieuses, on suppose qu’elles ne le deviennent, dans quelques cas, que par leur mélange avec cette matière subtile et insaisissable qui est l’agent de la contagion. Toutefois il ne serait pas impossible que le pus , que le mucus devinssent euxmêmes contagieux, par l’effet d’un changement survenu dans leur propre nature.
Quoi qu’il en soit, à ce sujet, voici les principales propriétés des principes contagieux :
Ils déterminent tous , au moyen d’une série constante de phénomènes morbides, la reproduction de principes semblables à eux-mêmes et capables d’exciter les mêmes efîets. Ils peuvent se multiplier à l’infini, en vertu de ce développement secondaire.
auteur et d’après sa définition, des principes contagieux, aussi bien (pie le virus variolique ou syphilitique.
Il admet deux especes de contagions, rane vive et l’autre morte. « La «contagion vive est produite par un corps vivant; elle peut avoir lieu >> dans toutes les maladies où les humeurs sont parvenues à un haut « degré de corruption putride^ et lorsqu’il y a changement spécifique « dans l’état des organes sécrétoires , comme dans celui des humeurs « qu’ils sécrètent, comme dans la rougeole, la scarlatine , la dysente- « rie , etc. La contagion morte est celle dont la matière s’exhale des corps « inanimés ; tels sont les miasmes des marais , l’air corrompu qui produit n des fièvres catarrhales, etc. «
DE E ETIOLOGIE.
aussi long-temps qu'ils rencontrent des corps propres à ressentir leur action. Nous croyons, en effet, qu’il n'y a aucun virus dont la propriété contagieuse s’éteigne après la seconde transmission comme on a voulu le prouver pour la rage; cependant, nous n'hésitons pas à admettre que certains virus, en se reproduisant sans cesse , paraissent s’ètre affaiblis dans leur action ; nous citerons comme exemples le virus syphilitique, la peste.
Parmi ces principes contagieux , les uns détruisent, soit pour un temps , soit pour toujours , dans l’individu qui en a ressenti les effets, la susceptibilité à en être affecté : tels sont ceux qui produisent le typhus, la variole, la scarlatine et la rougeole: d’autres virus ont paru augmenter plutôt que diminuer cette aptitude à en être atteint de nouveau , tel est le virus syphilitique. C’est dire, en d’autres termes, que quelques maladies contagieuses n’attaquent qu’une fois la même personne pendant tout le cours de sa vie; que, par exception, quelques-unes d’entre elles peuvent reparaître au bout de quelques années ; que d’autres enfin se reproduisent chez ceux qui en ont déjà été atteints plus facilement encore qu'elles ne se montrent une première fois chez les individus qui en ont été à l’abri.
On croit que , parmi les principes contagieux , il en est cpaelques-uns qui sont engendrés sans interruption pendant tout le cours de la maladie, tandis que d’autres ne le sont que pendant une partie de sa durée; mais cette opinion n’est pas encore suffisamment démontrée.
Les différons modes de contagion ont été aussi l'objet de recherches particulières; elle peut être immédiate ou avoir lieu par un corps intermédiaire.
La contagion est immédiate lorsque le principe contagieux est transmis directement de l’individu qui l’engendre à celui qui le reçoit et qui en éprouvera les effets ; cette transmission immédiate peut avoir lieu de plusieurs manières: par le séjour dans la
chambre du malade, lorsque Tair y est chargé de principes contagieux, comme cela paraît avoir lieu dans la transmission du typhus, et peut-être de la variole : 2° de la main à la main^ c’est-à-dire par
un véritable contact , comme on l’observe dans la plupart des maladies de ce genre; 3® par un contact plus intime encore, comme dans la transmission des virus de la rage , de la vaccine et de la syphilis, qui sont sans action sur la peau intacte, et qui ne peuvent être communiqués qu’autant que l’épiderme a été préalablement soulevé ou détruit, ou que le virus a été déposé sur une membrane muqueuse ; 4"" la communication immédiate peut aussi avoir lieu par les dépouilles d’animaux morts de la maladie qui engendre la contagion : c’est ainsique la pustule maligne est souvent transmise aux gens qui apprêtent les peaux, à ceux qui manient les laines, etc.
La contagion médiate a lieu au moyen des substances qui ont été en contact avec le corps du malade, comme ses vêtemens et tous les objets dont il fait usage. On a remarqué que parmi les matières qui reçoivent et transmettent le plus facilement la contagion, les étoffes de laine , de soie , de coton , de chanvre , tiennent le premier rang; on a dit que les principes contagieux avaient une grande affinité pour ces étoffes , qui peuvent les conserver pendant un temps fort long, surtout quand elles sont à l’abri du contact de l’air. Les personnes qui ont des rapports avec les malades peuvent transmettre la contagion sans en être elles-mêmes atteintes ; et les insectes qui voltigent dans l’air et se posent alternativement sur les corps malades et sur les individus sains ont été accusés de transporter à ceux-ci les virus qu’ils auraient puisés sur ceux-là.
Les circonstances favorables à la contagion ou à l’action des principes contagieux ont été examinées avec soin. On a reconnu qu’il importait beaucoup que le principe contagieux ne fut pas très-ancien : sa force diminue par degrés avec le temps ; des expériences nombreuses ont prouvé , par exemple , que le pus variolique perd , au bout d’un an , une partie de son énergie , et qu’ au bout de trois il cesse d’être contagieux. Hildenbrand pensait que le principe contagieux du typhus ne se conservait pas audelà de trois mois , parce que , selon lui , aucune épidémie de typhus ne s’est reproduite après ce laps de temps sans le concours de nouvelles causes.
La température a aussi une grande influence sur la facilité avec
44 de l’etiologie.
laquelle se transmettent les maladies contagieuses : le degré de chaleur du corps humain paraît le plus favorable à la contagion , et plus la température atmosphérique s’en rapproche, plus les maladies contagieuses se propagent avec facilité. La disparition subite des maladies pestilentielles , quand le thermomètre descend à quelques degrés au-dessous de glace , a conduit à penser que les principes contagieux étaient susceptibles de congélation. On a de même été porté à croire que ces principes pouvaient être détruits et en quelque sorte brûlés par l’extrême élévation de la température, et les médecins qui classent la fièvre jaune parmi les maladies contagieuses ont cité à l’appui de la décomposition des virus par la chaleur la cessation subite de cette maladie , sous la zone torride , lorsque la chaleur atmosphérique parvient à un degré extraordinaire. M.Bulard a fait des observations analogues sur la peste d’Orient. L’apparition fréquente du tjphus pendant l’hiver 5 sa violence plus considérable pendant cette saison, semblent infirmer l’assertion que nous venons d’émettre , savoir qu’une température voisine de celle du corps humain serait la plus favorable à la transmission des maladies contagieuses. Mais si l’on considère que le nombre des soldats malades , dans les campagnes d’hiver, est beaucoup plus considérable, et que le froid oblige de les placer dans des lieux plus ou moins exactement fermés , où l’encombrement ne tarde pas à avoir lieu , on concevra que si les épidémies de typhus sont plus fréquentes et plus meurtrières dans les saisons froides et humides , ce n’est point au froid qu’il faut l’attribuer , mais au concours des circonstances fâcheuses qui viennent d’être indiquées. On a encore remarqué que l’humidité, l’absence de lumière , et la présence d’émanations animales étaient autant de conditions favorables à la transmission de plusieurs maladies contagieuses.
Outre ces circonstances générales qui favorisent l’action des principes contagieux , il est un certain nombre de circonstances individuelles qui exercent la même influence : tels sont la jeunesse et l’âge adulte , une constitution molle et délicate , la privation d’aiimens , l’abstinence de liqueurs alcooliques chez les personnes
DE l’éïiologie. 45
qui en ont fait un usage habituel , la faiblesse qui accompagne la convalescence , la crainte , le découragement , la terreur, les écarts de régime, les évacuations excessives, l’état de sommeil.
L’homme est presque toujours , pour ses semblables , le foyer qui engendre et perpétue la plupart des principes contagieux que nous connaissons. Cependant^ il en est qui paraissent ne point se développer spontanément chez lui, et qui lui seraient toujours transmis par les animaux : tels sont le virus rabique, celui de la morve et le cowpox.
Parmi les maladies contagieuses ou réputées telles , il en est quelques-unes qui sont originaires de notre continent , le typhus et la gale^ par exemple ; il en est d’autres qui y ont été importées : la variole, la scarlatine et la rougeole paraissent être originaires d’Asie ; la peste nous est venue d’Asie ou d’Afrique; la syphilis et la fièvre jaune nous ont été apportées probablement d’Amérique.
La formation primitive ou la génération des principes contagieux est enveloppée d’une grande obscurité. Quelques médecins supposent que ces principes n’ont été engendrés qu’une seule fois, et que depuis lors ils ne se sont plus reproduits que par transmission. Mais il est impossible d’admettre cette opinion. On ignore, il est vrai, les conditions dans lesquelles plusieurs de ces principes se sont développés ; mais encore faut-il admettre que, sous un concours de causes semblables à celui qui les a produites une première fois, ils peuvent et doivent être produits encore. L’histoire du typhus d’Europe, et sa reproduction dans des circonstances bien connues, démontrent cette opinion , et portent à croire qu’il doit y avoir quelque chose d’analogue dans le développement des virus exotiques, tels que ceux de la peste , de la variole , de la syphilis.
Seulement si, comme tout porte à le croire, ces virus ne sont pas originaires d’Europe , si leur génération première a eu jieu dans d’autres pays , et sous un concours de conditions qui n’existent pas chez nous, nous devons croire, chaque fois qu’elles se montrent à notre observation , qu’elles sont dues à la contagion , lors même que nous ne pourrions pas remonter jusqu’à l’individu d’où elle émanerait.
46 DE l’étiologie.
Parmi les virus exotiques, plusieurs se sont acclimatés dans notre continent ^ ils s’y montrent sans interruption , et produisent par intervalles, sans doute avec le concours de conditions atmosphériques favorables, des épidémies plus ou moins graves : tels sont les virus variolique , scarlatineux et morbilleux. D’autres maladies contagieuses, ou réputées telles, comme la peste et la fièvre jaune, ne se montrent que momentanément : ordinairement elles disparaissent après avoir exercé leurs ravages pendant quelques saisons.
Linnèe a publié, dans les Aménités académiques^ une dissertation dans laquelle il cherche à établir que toutes les maladies contagieuses sont dues à des animalcules qui , en se transportant de l’individu malade aux personnes saines , leur transmettent la maladie , qui n’est que l’effet de leur présence. On peut voir, dans l’ouvrage indiqué , les fondemens de cette théorie 5 on y trouvera, en particulier, sur la forme et les mœurs de Vacants dysenteriœ , des détails fort curieux , mais qui sont étrangers à notre objet. Les recherches intéressantes qui ont été faites depuis peu ont établi cette opinion sur une base solide , en ce qui concerne la gale; l’existence de Vacants scahiei est aujourd’hui démontrée ; mais on n’a aucun motif pour supposer quelque chose d’analogue dans les autres maladies contagieuses.
Telles sont les principales causes morbifiques qui, mises en rapport avec l’économie, y déterminent des effets constans. Nous reviendrons plus tard sur leur manière d’agir.
ARTICLE IL
Des Causes prédisposantes.
D’après la marche qu’on est convenu de suivre dans l’étude méthodique de toutes les sciences , nous avons dii parler d’abord des causes les plus évidentes des maladies : nous allons maintenant nous occuper de celles qui le sont moins, en commençant par les causes prédisposantes , qui , comme nous l’avons dit , agissent peu à peu sur l’économie, et la préparent à telle ou telle affection. Leur action est presque toujours obscure et souvent contestable. Aussi tout ce que nous allons dire sur l’action de ces
DE l’eTIOLOGIE.
causes doit”il être considéré comme le résumé des opinions généralement admises sur ce sujet, plutôt que comme la conséquence de faits rigoureusement observés , et comme l’expression de notre propre conviction.
Parmi les causes prédisposantes , les unes étendent à la fois leur action sur un grand nombre d’individus , sur tous les habitans d’une ville, d’une province, d’un empire, par exemple; quelquefois sur les grands rassemblemens d’hommes, dans les camps , dans les armées navales , dans les hôpitaux , dans les prisons ; elles préparent le développement d’affections semblables ou analogues chez tous ceux qui sont soumis à leur influence : nous les nommons causes p^edisposanies générales. Les autres n’agissent que sur des individus isolés : nous les nommons causes prédisposantes individuelles. Nous allons exposer succinctement les principales causes morbifiques qui appartiennent à ces deux séries.
SECTION PREMIÈRE
Des Causes prédisposantes générales,
La plupart des causes prédisposantes générales se trouvent répandues dans l’atmosphère , ou tiennent à certaines conditions des localités.
Atmosphère, \J.!air a une influence très-marquée sur le corps humain : cette influence a toutefois des bornes , et il s’en faut bien que la disposition de l’économie soit entièrement subordonnée à l’état de l’atmosphère , comme l’avaient prétendu quelques médecins (1).
Les variations fréquentes de l’air sont des causes occasionnelles des maladies plutôt que des causes prédisposantes. C’est surtout lorsqu’il offre long-temps les mômes conditions que l’air paraît produire dans le corps humain des modifications d’où résultent diverses prédispositions aux maladies. L’air froid et sec prédispose aux phlegmasies profondes , aux hémorrhagies actives , et imprime
(1) Talu est sanguinis disposition qualis est a'ér queminspiramus. Ramazzini, de Constitutione ami 1691.
DE l’Étiologie.
à la plupart des aiïections aiguës qui se développent le caraciere^ ou ce qu’on a nommé le génie inflammatoire. Un air chaud et sec prépare le développement des phlegmasies superficielles, de l’érysipéle , des exanthèmes , et donne souvent aux maladies aiguës la forme dite bilieuse. Sous l’influence d’un air chaud et humide, on voit régner les afTections muqueuses et adynamiques : les catarrhes, le scorbut, le rhumatisme , se montrent plus particulièrement lorsque l’air est resté long-temps humide et froid.
Les vents du nord et de l’est coïncident presque toujours, dans notre climat , avec un air sec et froid ; le vent sud-est, avec un air sec et chaud -, le sud-ouest , avec une température chaude et humide; le nord-ouest, avec le froid et l’humidité. L’influence de ces vents , dans la production des maladies , est la même que celle des diverses qualités de l’air qui leur correspondent.
L’air qui n’est pas renouvelé ne tarde point à se corrompre , comme on le remarque dans les endroits fermés, et surtout dans les cachots, dans les souterrains. L’homme ne peut y demeurer long-temps sans en ressentir les fâcheux effets ; ses fonctions languissent, sa constitution s’affaiblit, et des affections chroniques de diverses natures finissent par se développer. La stagnation de l’air dans les gorges du Valais paraît être , d’après les recherches de Fodéré, la cause principale qui rend les goitres si fréquents dans ce pays.
Les variations considérables dans la atmosphérique
peuvent encore être considérées comme des causes de maladie. C’est ainsi qu’on cite des exemples d’hémorrhagies oculaires, d’épistaxis et d’hémoptysies, déterminées par une diminution de la pesanteur de l’air, produite elle-même ou par un changement survenu dans l’atmosphère, ou parce que l’individu s’étant élevé dans de hautes régions n’a plus été soumis qu’à la pression d’une colonne d’air moins considérable. La diminution et l’augmentation de la pression atmosphérique ont en outre été signalées comme des causes également puissantes de congestion cérébrale et d’apoplexie.
La privation de lumière dispose à i’anasarque, au scorbut, aux scrophules , et donne lieu dans tous les cas à une sorte d’étio-
DE l’Étiologie, 49
lement comparable à celui que la même cause produit sur les végétaux.
Les recherches de M. Edwards tendent aussi à prouver que l’action de la lumière est nécessaire pour le développement du corps , et que la soustraction de cet agent serait une des causes extérieures qui produisent les déviations chez les enfans affectés de scrofules (l). Ce qui, au reste, est d’accord avec les opinions générafement admises sur l’étiologie de ces affections. Hildenbrand a aussi remarqué que l’absence de lumière favorisait puissamment la contagion du typhus (2).
fluide électrique répandu dans l’atmosphère concourt-il à préparer le développement des maladies, ainsi que l’ont prétendu quelques physiologistes modernes? Peut-on admettre un fluide nerveux dont la manière d’être serait analogue à celle du fluide galvanique? S’ensuivrait-il que la force vitale serait augmentée lorsque l’électricité positive est en excès ; qu’elle serait diminuée quand l’électricité négative est plus abondante, dans les lieux bas et humides, avant les tempêtes, dans les saisons chaudes, et quand le vent souffle de l’ouest? Ces opinions, étant purement hypothétiques , ne doivent pas être discutées ici.
Toutes les maladies, comme l’a remarqué Hippocrate^ peuvent se montrer dans tous les temps de l’année : néanmoins les changemens naturels qui surviennent dans l’atmosphère, par la succession des saisons , ont une grande influence sur le développement de beaucoup d’entre elles. Cette influence, reconnue dés l’origine de l’art, a été confirmée par les médecins de tous les siècles. Hippocrate avait remarqué entre toutes les maladies de l’été un caractère uniforme ; il avait également observé quelque chose d’analogue entre celles de l’hiver (3), et il avait réuni aux premières celles de la dernière moitié du printemps et de la première moitié de l’automne, et aux secondes celles de la fin de l’automne et du commencement du printemps. Dans notre climat, on
(1) Influence des a g en s physiques, p. 401 et 402.
(2) Typh. conta.
(5) Aplior. , üb. m.
DE l’ÉTÏOLOGIE.
a troùvé plus de ressemblance entre les maladies du printemps et celles des mois qui précèdent et suivent cette saison qu’entre celles de l’été et des mois voisins ; la même observation a été faite pour les maladies de l’automne et de l’hiver, et l’on a réuni ensemble les maladies du printemps d’une part , et celles de l’automne de l’autre. Les premières ont généralement une marche plus rapide, une terminaison plus franche, une durée moins longue ; elles sont moins sujettes à récidiver, et cèdent plus facilement aux remèdes* Les autres se développent communément avec plus de lenteur , ont une durée beaucoup plus longue , laissent souvent à leur suite des phénomènes fâcheux ou opiniâtres ; elles résistent davantage aux moyens thérapeutiques , et se reproduisent plus facilement après une suspension momentanée. Ces différences ont été particulièrement observées dans les fièvres intermittentes , vernales et automnales; mais il s’en faut bien qu’elles s’appliquent à l’universalité des maladies. En effet, dans notre climat le nombre des maladies graves est constamment plus considérable au printemps qu’à l’automne , et la mortalité plus grande.
Outre ces grandes différences que produisent dans les maladies ces deux époques opposées , on a observé encore que chaque saison a , sous le même rapport , une influence moins prononcée , il est vrai, mais pourtant incontestable (1).
L’hiver prédispose, en général, aux maladies inflammatoires, aux hémorrhagies actives, aux congestions cérébrales, lorsqu’il est sec ; aux affections muqueuses , aux écoulemens chroniques , lorsqu’il est humide. Dans l’été, on voit régner les maladies bi-
(1) Quelques médecins, ayant cru reconnaître que les principaux changemcns apportés par les saisons dans les maladies régnantes ne correspondaient pas exactement aux divisions de Tannée vulgaire , avaient proposé d’admettre une année médicale^ dans laquelle le printemps commencerait le 12 février; Tété, le 12 mai; l’automne , en août , et Thiver, en novembre ; mais, comme il n’y a rien de régulier dans l’époque où se montrent les maladies dites vernales ou automnales, comme leur apparition n’est pas même chose constante , il est plus rationnel de conserver à chacune des grandes divisions de Tannée les limites connues, et aux mots usuels ieur sens accoutumé.
DE e’ÉTIOLOGIE. 51
lieuses, les exanthèmes cutanés, le choiera morbusy les vésanies et plusieurs autres névroses. L’automne paraît concourir au développement des affections muqueuses et rhumatismales , des dysenteries , des fièvres intermittentes , qui sont plus fréquentes dans cette saison que dans toutes les autres. Le printemps est presque toujours fécond en phlegmasies de la gorge , de la poitrine , en hémorrhagies , etc*
L’influence de la lune et des étoiles fixes sur le développement’ des maladies a été pour les médecins un fréquent sujet de discussions. Si ces astrés n’ont aucune action sur la température et l’humidité de l’air, il est très-vraisemblable qu’ils n’en exercent aucune sur l’économie animale. Mais si, comme l’ont prétendu beaucoup de physiciens , le flux et le reflux de la mer , les tempêtes , la direction des vents , étaient soumis aux phases lunaires , il serait possible 'que cet astre eût aussi une influence directe sur l’économie ; il serait démontré qu’il pourrait agir indirectement sur elle.
Localités. Il n’est aucun endroit de la terre où l’homme ne puisse habiter. Mais s’il peut habiter tous les lieux, il n’est pas à l’abri de l’influence qu’ils exercent sur sa constitution et de certaines modifications morbides qu’ils lui impriment. Dans les climats méridionaux, on voit régner le tétanos, la fièvre jaune et plusieurs maladies entièrement inconnues aux climats septentrionaux ; dans ces derniers, les affections inflammatoires sont très-fréquentes; dans les climats tempérés , on observe une plus grande variété dans les maladies. Dans les pays secs et élevés , les hommes sont très-sujets à toutes les affections aiguës; les affections chroniques, au contraire, régnent dans les pays bas et humides. Il est facile de vérifier cette influence de l’élévation du sol dans certaines villes disposées en parties haute et basse : dans la partie élevée , les maladies sont rares et ont une marche très-aiguë; dans la partie basse , au contraire , les maladies sont fréquentes et ont le plus souvent une marche chronique*
L’exposition au nord et à l’est, au sud et à l’ouest, exerce dans le développement des maladies une influence semblable à
DE l'Étiologie.
celle des vents qui soufflent dans chacune de ces directions ( page 48 ).
L’habitation dans les villes et dans les campagnes dispose à des affections très -différentes. Les affections nerveuses, les scrofules, le rachilis, la phthisie pulmonaire, sont beaucoup plus fréquens chez les habitans des villes que chez ceux des campagnes : ces derniers sont plus exposés aux maladies aiguës, et plus rarement atteints de maladies chroniques. Enfin le séjour dans les hôpitaux , les prisons , les vaisseaux , les casernes , paraît prédisposer à la dysenterie, au scorbut, aux diverses espèces d’hydropisie.
Le changement d’habitation devient aussi une cause prédisposante générale pour les matelots et les soldats transportés loin de leur patrie. Lind a comparé les hommes qui s’éloignent du lieu de leur naissance à des végétaux transplantés dans un sol étranger : ils ne peuvent subir les nouvelles conditions dans lesquelles ils sont placés sans que leur santé ou leur vigueur en soient altérées 5 au moins momentanément. Les masses d’hommes qu’on transporte loin de leur pays , les corps de troupes européennes qui passent sur un autre continent sont souvent frappés de maladies plus ou moins graves dues évidemment à cette cause ; car ces maladies étant du nombre de celles qui ne se montrent pas dans le pays dont ils sont originaires , .ils en eussent été à l’abri s’ils y fussent restés : telle est la fièvre jaune qui moissonne les Européens dans quelques parties de rAmérique et qui n’a jamais été observée dans le nord de l’Europe , au-dessus de l’embouchure de la Gironde ; telles sont encore les suppurations du foie , si rares parmi nous , si communes dans quelques parties de l’Inde.
ün fait presque constant et sur lequel l’attention des médecins n’a peut-être pas été appelée autant qu’elle aurait du l’être, c’est la bonne santé des équipages qui traversent les mers sans séjourner nulle part, et qui contraste singulièrement avec les maladies qui les frappent dans les conditions opposées. Le changement continuel de lieu semble être utile à l’homme sur mer comme sur terre ; les voyages conservent généralement et fortifient la santé ;
DE l’Étiologie. 53
si les voyageurs sont atteints de maladie , c’est presque toujours quand ils sont restés pendant un certain temps dans un même lieu.
Les changemens opérés dans certains lieux par les mains des hommes , comme le défrichement des forêts , l’établissement de canaux, ont quelquefois apporté des changemens remarquables dans l’état sanitaire des populations.
Il est encore quelques causes prédisposantes de maladies qui peuvent agir à la fois sur un grand nombre d’individus , et que nous ne ferons qu’indiquer ici , parce que le plus souvent elles agissent sur des individus isolés et qu’elles appartiennent plus naturellement aux causes prédisposantes individuelles. Tels sont les vêtemens, les alimens et les affections morales.
Les xêtemens humides , conservés sur le corps , sont une des principales causes du rhumatisme et de la dysenterie dans les armées de terre, du scorbut dans les vaisseaux. Si l’on s’étonnait de voir une cause , en apparence la même , produire des effets variés sur terre et sur mer , on pourrait trouver la raison de cette différence dans les qualités diverses de l’eau de la pluie et de l’eau de mer ; cette dernière contient des sels déliquescens , dont l’effet est d’empêcher les vêtemens du marin de se sécher complet ternent et de le maintenir dans un état permanent d’humidité.
Les putréfiés, les viandes salées, le manque de farine, de
végétaux frais , les eaux corrompues , sont pour les habitans d’une ville assiégée , pour les hommes rassemblés sur une flotte ou dans un camp, des causes générales de maladies.
Les affections morales , qui sont les mêmes pour toute une armée et quelquefois pour tous les habitans d’une ville , d’un empire, peuvent être considérées, dans quelques cas, comme causes prédisposantes générales. L’influence des affections morales sur la santé de nos soldats fut bien évidente dans les désastreuses campagnes de 1813 et 1814 : le nombre des maladies augmentait dans une proportion effrayante à mesure que la for-^ tune s’éloignait de nos drapeaux.
Disons aussi que les institutions politiques, que l’état de civi-
lisation plus ou moins avancé des différens peuples doivent etre rangés au nombre des causes prédisposantes générales de plusieurs maladies ; c’est ainsi que dans les pays libres , chez les peuples éclairés , là où les facultés intellectuelles ont le plus d’activité, dans les pays où l’ homme se livre à l'étude des sciences et des arts, aux spéculations du commerce, à l’industrie; chez les nations souvent bouleversées par des commotions politiques violentes, l’aliénation mentale et l’hypochondrie sont des maladies beaucoup plus fréquentes que chez les peuples qui vivent dans l’oisiveté, l’ignorance ou l’esclavage.
section II.
Des Causes iwedis'posanies individuelles.
Les causes prédisposantes individuelles sont bien plus nombreuses que les causes prédisposantes générales , parce qu’il est une multitude de circonstances qui peuvent agir sur des individus isolés, et qui ne peuvent point être communes à un grand nombre ; tandis que toutes les causes prédisposantes générales , comme le site, l’habitation, etc. , sont en même temps des causes prédisposantes individuelles.
Ces causes étant très-nombreuses et leur part dans la production des maladies n’étant pas la même , nous les distribuerons en deux séries. Dans la première, nous placerons les diverses conditions propres à chaque individu , comme l’origine , l’âge , le sexe , le tempérament , la constitution, les habitudes , la profession , le degré d’aisance ou de misère , l’état de maladie, de convalescence, de santé même , la grossesse , et nous désignerons sous la dénomination A'ajMudes ces diverses conditions , parce qu’elles rendent les individus ajiies à être atteints de telle ou telle maladie, plutôt qu’elles n’ont une part active dans leur production. — Nous placerons dans la seconde série les diverses circonstances extérieures qui prédisposent plus ou moins activement au développement des maladies.
DE l’ÉTîOIOGIE.