DES APTITUDES
§ — A, Uorigine de parens atteints de certaines maladies
est une condition qui doit faire redouter le développement d’une affection semblable. « On hérite, a dit Baillou , des maux de ses )) parens commme on hérite de leurs biens , et ce funeste héritage y> se transmet d’une manière plus sûre encore que l’autre. » On nomme héréditaires les maladies qui passent ainsi des pères aux enfans ; quelquefois elles sautent, comme on dit, une génération, et passent aux petits-fils. Elles peuvent se présenter chez tous les enfans ; mais le plus ordinairement elles ne se montrent que chez quel ques-uns. Elles peuvent également être transmises par le père et la mère. Cidlen a plusieurs fois observé que les enfans sont plus exposés aux maladies de celui de leurs parens auquel ils ressemblent davantage.
Les maladies de la mère se transmettent peut-être plus communément encore que celles du père, non-seulement parce qu’il ne peut pas y avoir d’incertitude sur la maternité, mais encore parce que la femme, qui a une part égale à celle de l’homme dans l’acte delà conception, fournit seule au développement du fœtus pendant toute la durée de la vie intra-utérine , et le nourrit encore de sa propre substance pendant toute la durée de l’allaitement. Il est donc naturel de croire que la mère a une plus grande part que le père sur la constitution des enfans et sur leurs prédispositions morbifiques. Ajoutons enfin à l’appui de cette opinion que , dans le croisement des races d’animaux , l’influence relative des deux sexes se montre manifestement : le mulet issu de la jument et de l’âne est incomparablement plus grand et plus fort que celui qui provient d’un croisement inverse.
La transmission des maladies des parens à leurs enfans , considérée d une manière abstraite , n’est guère contestée ; mais ce premier point admis , les discussions s’élèvent dès qu’il s’agit d’admettre ou de rejeter l’hérédité de telle ou telle maladie. S’il était quelques affections qui ne se montrassent jamais que chez les enfans de ceux qui en ont été affectés , et si tous les enfans de parens affectés
DE l’Étiologie.
de cette maladie en étaient atteints sans exception , il ne pourrait y avoir de doute; mais il n’en est point ainsi. D’une part, toute maladie susceptible de passer des parens aux enfans peut aussi se développer sous l’influence d’autres causes, et, d’autre part, il n’en est aucune qui frappe constamment tous les enfans atteints ; c’est donc seulement à l’aide de relevés exacts et nombreux que la science ne possède pas encore et qu’elle ne peut acquérir que lentement qu’on parviendra à apprécier la fréquence relative d’une maladie quelconque chez les individus nés de parens qui en sont atteints , et chez des sujets dont les parens en ont été exempts, et déterminer jusqu’à quel point une maladie est héréditaire.
Quand on veut étudier sous ce point de vue une maladie quelconque , la phthisie par exemple , c’est moins en remontant aux maladies auxquelles ont succombé les parens qu’il faut chercher la solution de ce problème , qu’en suivant dans le cours de leur vie les enfans nés de parens qui ont succombé à cette maladie. En effet, il ne s’agit pas d’examiner si la maladie peut ou non se développer sans le concours de l’hérédité , sous l’influence de causes prédisposantes et occasionnelles. La question n est pas là : aucun auteur n’a émis l’idée qu’une maladie susceptible d’ètrc transmise des pères aux enfans ne put pas se développer aussi sous l’influence d’autres causes. La véritable question est de déterminer d’abord si telle maladie se transmet des parens aux enfans , et ensuite à quel point cette transmission est fréquente. C’est donc surtout, comme on le voit , en descendant les générations plutôt qu’en les remontant , cju’on me passe cette expression , que la question des maladies héréditaires doit être étudiée et peut être définitivement jugée. En suivant cette marche, on arrivera , j’en suis convaincu, pour la phthisie pulmonaire, à des résultats qui prouveront que les enfans nés de parens phthisiques succombent , dans le plus grand nombre de cas, à cette maladie. Il n’est pas aussi facile de dire quel serait le résultat de recherches semblables entreprises dans le but d’apprécier l’hérédité du cancer. Toutefois, dans l’état actuel de la science, il nous paraît rationnel d’admettre, sans pourtant l’afTirmer , que les individus nés de parens
DE l’Étiologie.
cancéreux , sont , toutes choses égales d’ailleurs, atteints d’affections de ce genre dans une plus forte proportion que ceux qui ne sont pas dans cette condition.
En général , les maladies qui se développent sous l’influence d’une prédisposition héréditaire se montrent à un âge moins avancé que dans le cas où elles ne sont pas transmises par hérédité. On a remarqué que les enfans nés de parens phthisiques succombaient communément à une époque plus rapprochée de leur naissance que celle à laquelle leurs parens avaient cessé de vivre, et souvent avant l’âge où eux-mèmes auraient pu transmettre cette triste prédisposition.
Les affections réputées héréditaires sont très-variées. Quelquesunes consistent en un vice manifeste de conformation , comme une diminution ou une augmentation dans le nombre des organes ; d’autres en un simple trouble des fonctions sans lésion appréciable de tissu 5 comme la cécité ou la surdité. Les unes existent au moment de la naissance, comme on l’a vu quelquefois pour la syphilis, etc. ; les autres , et c’est le plus grand nombre, ne se montrent que plus ou moins long-temps après cette époque ; le rachitis, vers l’âge de deux à trois ans ; les scrofules et l’épilepsie dans l’enfance; la phthisie pulmonaire et l’aliénation mentale dans la jeunesse; la goutte et les hémorrhoïdes dans l’âge adulte ; Fapoplexie plus tard encore. Dans quelques familles, c’est constamment au meme âge que se développent et quelquefois meme que se terminent les maladies héréditaires. Montaigne . dont les ancêtres avaient été affectés de gravelle , en fut atteint au meme âge que son père. Quelques médecins avaient pensé que les affections chroniques étaient seules susceptibles d’être transmises par hérédité, et l’on doit reconnaître en effet que la phthisie, la manie , l’épilepsie , se placent au premier rang parmi les maladies héréditaires. Toutefois , la goutte et le rhumatisme sont ordinairement des maladies aiguës, au moins dans leurs premières attaques , et tout le monde reconnaît qu’elles sont héréditaires. On a observé aussi, dans quelques familles, une disposition â la pléthore et â certaines inllammations.
DE L ETIOLOGIE.
Les maladies que les enfans apportent en naissant {imdadies de naissance) ne sont pas toujours héréditaires; ceux qui sont affectés d’hydrocéphale ou d’hydrorachis succombent presque toujours en peu de temps ; ils ne pem ent pas , par conséquent , transmettre celte maladie, et, par le meme motif , ils ne peuvent pas l’avoir reçue. On a encore remarqué que, dans quelques cas, tous les enfans ou la plupart d’entre eux ont été atteints d’une maladie dont leurs parens n’ont jamais été ni pu être attaqués : telle a été , entre autres , la stérilité observée chez toutes les fdles nées des mômes parens. Les dartres, les scrofules se manifestent quelquefois aussi chez tous les enfans nés d un meme père et d’une même mère , bien que ceux-ci n’aient point été affectés de ces maladies. On doit donc admettre , comme l’a fait Portai , des maladies de famille^ qui , n’ayant été observées ni chez le père ni chez la mère , mais se montrant chez tous leurs enfans, tiennent évidemment à l’influence exercée dans la génération par le concours de deux organisations déterminées donnant naissance à une organisation ditférente de chacune d’elles, et la même chez tous les sujets nés de ce rapprochement.
Nous n’entrerons dans aucun détail sur les diverses théories \
qui ont été émises relativement à la transmission des maladies des pères aux enfans. Cette transmission est, comme celle de l’habitude extérieure , un phénomène bien constaté, mais tout aussi inexplicable. On peut voir , dans le petit ouvrage de , les
diverses hypothèses proposées à ce sujet (1). Ceux qui préféreront les faits aux explications liront avec beaucoup plus d'intérêt les Considérations de Portai sur les maladies héréditaires et de famille , où ce savant médecin a réuni tout ce qu’il y a de plus utile et déplus curieux sur ce point de pathologie (2).
B. Les âges , comme nous l’avons vu, ne sont pas, à
(1) Pathologia lierediiaria gencralis^ site de morlis hereditariis Iractalus sjKigyrico-dogmalicus. [Authore^ Demi. Méara; Dublin., 1619.)
(2) Considérations sur la nature et le traitement des Maladies de famille et des iMaladies hérédilaires, par Ant, Portai. ^ 1814. Paris.
DF. l’eTIOLOGIF.
proprement parler , des causes morbifiques. Aucune époque de la \ie n’a une part active dans la production d’une maladie quelconque ; mais certains âges sont bien plus exposés que d’autres à certaines affections. Quelques maladies ne se montrent jamais avant ou après telle ou telle époque ; aussi , parmi les aptitudes à contracter les maladies, celles qui se rattachent aux divers âges offrentelles dans leur étude un intérêt particulier.
Beaucoup d’affections peuvent se développer à toutes les époques de la vie, depuis celle où le fœtus est encore contenu dans la matrice jusqu’à la vieillesse la plus avancée. On a vu des enfans naître avec une fièvre intermittente , avec une éruption varioleuse, affections qui unt été observées dans tous les autres âges. Néanmoins chaque âge a des maladies qui lui sont propres , ou du moins qui se montrent plus fréquemment pendant sa durée. L’hydrocéphale et l’hydrorachis se développent pendant que le fœtus est encore contenu dans l’utérus. A l’époque de la naissance, les maladies les plus fréquentes sont l’asphyxie dite des nouveau-nés^ l’ictère et l’endurcissement du tissu cellulaire. De la première à la septième année , l’enfant est exposé surtout aux fièvres éruptives , aux accidens de la dentition , à l’épistaxis , au croup, à la coqueluche, à la teigne, au rachitis, aux scrofules, à l’hydrocéphale aiguë ou méningite tuberculeuse et aux affections vermineuses. L’adolescence devient, pour les jeunes filles, une cause de diverses maladies. Dans les deux sexes, la rapidité de l’accroissement prépare quelquefois l’économie à des affections graves. La pléthore, les maladies inflammatoires, l’hémoptysie, l’angine, la phthisie pulmonaire sont plus fréquentes dans la jeunesse qu’aux autres époques de la vie. C’est dans l’âge mûr que se montrent l’hypochondrie , le flux hémorrhoïdal , le cancer et la plupart des maladies organiques, à l’exception des scrofules. Dans la vieillesse , le ramollissement et l’hémorrhagie du cerveau , la démence, la surdité, la cataracte, les affections des voies urinaires , etc., sont plus communes qu’aux autres âges.
L’étude étiologique des divers âges présente encore un autre point à considérer :jc’est l’inaptitude de certains âges au développe-
DE l’Étiologie.
ment (le quelques maladies. — Ainsi, l’hémorrhagie cérébrale ne se montre presque jamais avant l’àge mûr ; !e squirrlie et l’anévrysme artériel, avant la trentième année; la maladie typhoïde n’a peutêtre jamais été observée après la cinquante-cinquième année. Ces données sont , dans quelques cas , très-utiles pour le diagnostic des maladies.
C, Les anciens pensaient qu’il était dans la vie certaines années fixes où les maladies se développaient plus fréquemment , et où la mortalité était plus grande. Ils les avaient nommées années climatériques y du mot vhay., inclinaisoUy ou de cjui signifie
échelle ou degrés. Ils comparaient ces années climatériques à des nœuds qui joindraient cmtre elles les diverses périodes de la vie et donneraient à l’économie une direction nouvelle. Cette doctrine, qui , dit-on , a été puisée par Pythagore dans les institutions des Chaldéens , a long-temps joui d’une grande laveur dans les écoles. La plupart de ceux qui ont admis des années climatériques les ont placées de sept en sept ans : ils ont indiqué la quatorzième et la vingt et unième années comme pleines de danger. D’autres les ont séparées par des intervalles de neuf ans. Quelques-uns ont adopté un terme mixte, et la soixante-troisième année, formée des nombres sejH et neuf, leur a paru la plus féconde en maladies, et surtout en maladies mortelles. D'autres enfin avaient préféré la révolution ternaire. Les uns et les autres pensaient que la période qu’ils avaient fixée était nécessaire pour l’entier renouvellement des parties dont le corps est composé : de sorte qu’au bout de trois, sept ou neuf ans, il ne devait plus rester dans l’économie aucune des parties qui la constituaient auparavant : ce changement complet dans la constitution une fois admis, un changement analogue dans la santé leur en paraissait la conséquence presque nécessaire. Il est bien certain que, dans un temps indéterminé , variable selon l’àge et plusieurs autres circonstances , le corps se renouvelle , et qu’il ne s’y retrouve prescjue aucune des parties qui le constituaient ; mais ce changement n’est pas subit : il a lieu sans interruption, et produit dans la composition des corps des modifications incessantes. Il n’est pas plus sensible à la sep-
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tiéme ou à la neuvième année que dans chacun des jours qui composent les périodes climatériques. C’est avec raison qu’on a rejeté ces vaines spéculations, qui ne sont propres qu’à tourmenter l’imagination des malades (1).
D, Les deux sexes sont à peu près également prédisposés à la plupart des maladies : les fièvres, les phlegmasies, les névroses et les affections organiques attaquent indistinctement les hommes et les femmes. S’il y a quelque diversité entre les maladies des uns et des autres, elles tiennent moins à la différence du sexe qu’à celle du genre de vie. Si l’homme est plus exposé aux plaies , aux contusions, aux fractures, aux affections rhumatismales, au typhus, c’est parce qu’il s'expose davantage aux causes propres à les produire. C’est par une raison semblable que dans les villes les femmes sont plus souvent que les hommes affectées de maladies nerveuses. Mais, si l’on prend les exemples dans des circonstances opposées; si l’on compare la femme qui se livre aux travaux des champs à l’homme des villes qui mène une vie molle et inactive, on verra la première exposée aux mêmes maladies que l’homme dont elle partage les occupations , et le second sujet à toutes les affections nerveuses qu’on a considérées comme propres aux femmes. Toutefois il y a certaines maladies qui attaquent plus fréquemment l’un ou l’autre sexe : telle est l’affection tuberculeuse des poumons , qui est plus commune chez la femme que chez l’homme; et cette différence s’observe à tous les âges de la vie, comme on peut s’en convaincre en consultant les relevés publiés par MM. Louis, Benoiston de Châteauneuf et Papavoine.
11 est un certain nombre de maladies qui sont à peu près ex-
(1) <)iielques auteurs ont attaché au mot climatérique un sens diffé- : ils ont clésigiié sous ce nom les époques de la vie où il sur\ùent de grands changemens , indépendamment de Tordre numérique des années : telle est Tépoque de la puberté dans les deux sexes, celle de la cessation des règles, ou temps critique^ chez les femmes. Il iTest personne qui ne convienne de TinOuence de ces époques climdtériques sur la constitution et la santé.
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clusivement départies à chacun des sexes : sans parler de celles des organes génitaux et de leurs annexes, comme Thydrocèle et le sarcocèle chez Thomme, le squirrhe et l’inflammation de l’utérus et des ovaires chez la femme, nous citerons le calcul de la vessie et la rétention d’urine, qui n’attaquent presque jamais que les hommes; la hernie crurale, l’hystérie, le cancer de la glande mammaire, qui n’ont communément lieu que chez la femme.
E. Le tempérament prédispose à diverses affections et imprime * à celles qui se développent une physionomie particulière. Dans le tempérament sanguin , il y a disposition à la pléthore , aux phlegmasies profondes, aux hémorrhagies, etc., et la plupart des maladies aiguës qui se développent sont accompagnées des phénomènes généraux de la fièvre inflammatoire. Le tempérament bilieux prédispose aux flux bilieux, aux exanthèmes, aux phlegmasies membraneuses , aux maladies organiques, et en particulier à la dégénérescence cancéreuse. Les individus d’un tempérament lymphatique sont particulièrement exposés aux affections catarrhales, aux écoulemens chroniques, à l’hydropisie, aux scrofules , au scorbut , et la plupart des maladies aiguës dont ils sont atteints offrent une réaction faible et une marche lente. Le tempérament nerveux prédispose particulièrement à l’hystérie, à l’hypochondrie , aux convulsions, au trouble des sensations et des facultés intellectuelles , à la mélancolie , à la manie , etc. ; il ajoute aux symptômes ordinaires des maladies aiguës, des troubles variés de l’innervation qui en changent la physionomie , en rendent la marche irrégulière et la terminaison moins certaine. Les tempéramens mixtes disposent à la fois , mais en général avec moins d’énergie, aux affections propres à chacun des tempéramens réunis chez le même individu.
jP. Une constitution très-forte semble être plutôt un préservatif pour toutes les maladies qu’une prédisposition à quelques-unes. Néanmoins on a observé que les individus qui en sont doués sont plus sujets que les autres aux maladies aiguës et aux inflammations violentes en particulier. Ceux qui sont d’une constitution faible, au contraire, sont exposés à des maladies fréquentes et lé-
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gères, à des indispositions habituelles, et la plupart d’entre eux
succombent à des maladies chroniques. On a encore fait cette re-^
marque, qui n’est pas établie sur des données aussi précises, que les personnes très-grasses sont sujettes à l’apoplexie , et qu’elles sont presque à l’abri des inflammations de poitrine (1).
La disposition de chaque partie du corps paraît aussi favoriser le développement de telle ou telle maladie. Le volume considérable de la tête doit faire craindre l’hydrocéphale chez l’enfant, l’apoplexie chez le vieillard. La largeur remarquable de la poitrine porte à croire que les viscères qu’elle contient offrent un volume qui n est pas en proportion avec celui des autres , et cette disposition est comme le premier degré de l’anévrysme du cœur. Les hommes qui ont toutes les cavités larges, ou, pour nous servir de l’expression à' Hippocrate, ceux qui ont de grands viscères, sont, au rapport de ce prince de la médecine , sujets à l’arthritis. La faiblesse des aponévroses qui répondent aux ouvertures naturelles de l’abdomen est Ta principale cause prédisposante des hernies. La structure des os , chez les enfans , facilite le décollement de leurs épiphyses et leur courbure vicieuse^ dans l’adulte, les angles que forment le col du fémur avec l’os qui le supporte, et la branche de la mâchoire inférieure avec le corps de cet os, favorisent la fracture de l’un et la luxation de l’autre. Enfin, chez le vieillard l’amincissement de la partie compacte des os et la prédominance de l’élément inorganique , l’agrandissement du canal médullaire des os longs, sont tout autant de circonstances qui expliquent la fréquence des fractures dans un âge avancé.
G. Les habitudes , qui naissent de la fréquente répétition des mômes actes dans un temps donné , sont généralement nuisibles à ceux qui s’y astreignent, et c’est avec raison quelles sont pla-
(1) Olesa corpora minus pleuritidi et peripneumoniæ sunt obnoxia, ut adnimadvertit œquè diligeris ac eriiditusmedicusTriWeYus.Quod cum omnes peripneumonicos a me visos aut curatos memoria repeto, verumesse inteUigo; et ipse poteris,perlectis eorum qui à Yalsalva itemque à me dissecti faerunt historiis cunctis, duolus exceptis cognoscere, (Morgagni, de Sed, et Caus. morb,, Epist. XX, art. 10.)
cées parmi les causes qui prédisposent aux maladies. La puissance de l’habitude et, par conséquent, le danger de l’interrompre sont proportionnés à son ancienneté et au nombre d’actes qui ont eu lieu dans un temps donné. Cette puissance est telle, comme l’a dit Cabanis , qu’on ne passerait pas sans danger du plus mauxais régime au régime le plus sage et le meilleur. Or, comme il n’est point d’habitude qu’on puisse être certain de satisfaire toute sa vie, il est prudent de ne s’astreindre à aucune sans une nécessité absolue. Beaucoup d’habitudes sont nuisibles à la santé dès qu’on les a contractées , toutes peuvent le devenir si on les interrompt.
“ H. Les professions peuvent prédisposer à diverses maladies , par le concours de circonstances dans lesquelles se trouvent placés les individus qui les exercent. Les hommes de lettres sont sujets à la céphalalgie, à l’insomnie, aux hémorrhoïdes ; l’apoplexie en fait périr un grand nombre. Les portefaix sont exposés aux hernies; les hommes de rivière, à une altération particulière du derme caractérisée par le ramollissement, les gerçures et souvent l’usure des parties qui sont en contact avec l’eau (l), tandis que , contre l’opinion généralement reçue , ils sont rarement affectés d’ulcères aux jambes (2); les varicocèles sont fréquentes chez les cavaliers.
I. Les relevés statistiques faits par plusieurs médecins éclairés ont démontré d’une manière évidente l’influence fâcheuse de la misère sur la mortalité. Le docteur Villermé a prouvé par des recherches fort intéressantes qu’à Paris et dans plusieurs autres grandes villes, la proportion des décès sur le nombre des habitans était , dans les divers quartiers, en raison inverse de l’aisance (3). M. Bénoiston de Chateauneuf est arrivé à des résultats analogues ; il a reconnu qu’aux mèm.es époques de la vie , la mortalité
(1) Cette affection, particulière à la peau, a reçu le nom de grenouilles. Voir le mémoire de Parent-Duchàtelet sur les débardeurs. Annal, dliyg, publ.y t. IIî, p. 245.
(2) Sur 670 débardeurs examinés par Parent-Duchàtelet, un seul portait un ulcère.
(5) AnnaL d'hyg, etdemèd, lég.^X, iii, p. 294.
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dans les classes indigentes est presque double de ce qu’elle est dars les classes riches (l). Quant aux maladies quon observe le plus communément dans ces conditions, ce sont, parmi les pauvres, le scorbut, les scrofules, la teigne et quelques autres maladies exanthématiques ; dans la classe riche, les maladies inflammatoires et nerveuses sont le plus fréquentes. Il arrive néanmoins quelquefois que des affections semblables, et non contagieuses, telles que les catarrhes, Térysipèle , régnent simultanément parmi les uns et les autres.
J, L’état de saute , de convalescence ou de maladie , influe aussi sur la facilité avec laquelle se développe telle ou telle affection.
Il serait absurde de placer la santé parmi les causes qui préparent le développement des maladies. Il est cependant quelques affections qu’on n’observe guère que parmi les gens qui jouissaient auparavant d’une santé parfaite : telle est la fièvre éphémère produite par une cause externe évidente; la meme cause aurait provoqué, chez un autre sujet, le développement d’une maladie plus sérieuse, etc. On lit aussi quelques descriptions d’épidémies dans lesquelles la maladie régnante attaquait spécialement les individus sains , et épargnait les personnes faibles et mal portantes. Mais on a presque toujours observé le contraire , et l’état de maladie doit être considéré comme une cause qui favorise le développement des maladies régnantes et prédispose à diverses affections. Diemerbroeck rapporte que, dans la peste de Nimègue, tous ceux qui étaient pris d’une maladie quelconque furent, presque aussitôt après, frappés par la contagion ; la meme remarque a été faite dans le choléra épidémique de Paris, en 1832, et dans beaucoup d’outres épidémies. L’angine œdémateuse ne survient presque jamais que parmi les sujets déjà sérieusement malades. Quant à i’état de convalescence , il est accompagné d’une faiblesse et d’une susceptibilité qui favorisent beaucoup l’action des causes morbifiques.
K. L’état de grossesse constitue aussi une aptitude à diverses maladies. Beaucoup de femmes éprouvent, pendant ia gestation , quelque affection nerveuse, comme des vomissemens, la dépravation
(1) Annal, d’hyg, et de méd. lég., t. iii, p. o.
de l’appétit, des crampes 5 des mouvemens conyulsifs; ou quelques accidens plétlioriques, tels que la céphalalgie, les étourdisseluens, l’oppression 5 les palpitations, qui cèdent à la saignée, etc. Dans les jours qui suivent l’accouchement, la susceptibilité des femmes à être atteintes d’affections aiguës, auxquelles on a donné l’épithète de 'puev'perales, est singulièrement augmentée; tout le monde sait combien ces affections sont fréquentes ; l’utérus avec ses annexes en est le plus souvent le point de départ : la métrite aiguë survient plus souvent dans ces conditions que dans aucune autre. On peut en dire autant de l’inflammation des mamelles pendant l’allaitement. Les femmes qui allaitent et celles qui ont récemment sevré sont très-accessibles à l’action des causes qui produisent le rhumatisme : elles en sont fréquemment atteintes, et le désignent alors vulgairement sous le nom de douleurs laiteuses,