‹ Élémens de pathologie généraleChapitre 9 sur 52 · PROPREMENT DITES · texte numérisé non relu

PROPREMENT DITES

Après avoir indiqué les diverse^, conditions que nous avons désignées sous le nom A'' aptitudes ^ et qui peuvent prédisposer à la maladie, nous allons examiner succinctement les causes prédisposantes individuelles proprement dites qui appartiennent à la seconde série.

A. Parmi les circumfusa^ on ne trouve guère que des causes générales; toutefois il en est quelques-unes qui agissent sur des individus isolés : telle est la fréquentation des amphithéâtres de dissection et des hôpitaux,^ qui dispose aux maladies adynamiques ; telle est l’habitation presque continuelle dans un lieu étroit, bien clos et bien chauffé , qui rend le corps plus sensible au froid extérieur et plus susceptible d’etre affecté par cette dernière cause.

Le chancjement de climat^ qui est une cause prédisposante générale pour les soldats transportés dans les colonies, est plus fréquemment cause prédisposante individuelle. L’habitant de la campagney transporté dans les villes^ y éprouve presque toujours quelque maladie, telle que la diarrhée dans les premiers jours, ou une fièvre grave après un séjour de plusieurs mois. La plupart des hommes qui se retirent à la campagne, après avoir passé dans

les villes la première partie de leur vie, comme les négocians qui ont acquis une certaine fortune , les fonctionnaires publics que les vicissitudes politiques ont privés de leur place, ne tardent guère à y éprouver des troubles plus ou moins graves dans leur santé, dont la mort est souvent la conséquence. Mais il faut observer que dans tous ces cas , bien d’autres changemens concourent avec le changement d’habitation au résultat qu’on observe.

B. On trouve, dans la classe des appïicata^ un certain nombre de causes prédisposantes individuelles. L’usage de vêtemens trop légers favorise l’action des causes qui produisent les affections catarrhales et rhumatismales. Des vêtemens trop chauds déterminent indirectement un effet à peu près semblable, en augmentant la susceptibilité de l’individu. La forme des vêtemens, qui varie selon la mode et les goûts dans les diverses classes de la société , n’est pas indifférente sous le rapport de la santé. Plusieurs médecins pensent que le costume adopté depuis la révolution française a beaucoup contribué à rendre plus communs la phthisie pulmonaire parmi les femmes , et le croup parmi les enfans : la nudité du cou, des bras et de la partie supérieure de la poitrine a paru rendre compte de la fréquence de ces maladies. On a dit aussi que les Grecs et les Romains , qui avaient les jambes habituellement découvertes, étaient beaucoup plus sujets que nous à l’érysipèle de ces parties.

Parmi les agens morbifiques qui appartiennent à la série des applicata , ceux qui agissent par compression sont peut-être ceux qui produisent les effets les plus remarquables.

L’effet immédiat de toute compression est de diminuer le volume des parties comprimées, et presque toujours de gêner l’action des organes, de retarder le cours des liquides, et particulièrement du sang dans les veines et même dans les artères. Dans ce cas la compression peut agir d’une manière rapide et très-manifeste , comme les causes spécifiques : la gangrène d’une tumeur entourée à sa base d’un lien circulaire, l’asphyxie produite par la compression de la trachée-artère en sont des exemples ; mais dans le plus grand nombre des cas , les effets produits

par la compression ne surviennent qu’avec lenteur, comme ceux qui résultent de l’action des causes prédisposantes.

Ces effets , qui sont extrêmement variés , sont sur les limites des causes prédisposantes et déterminantes; nous les avons nonobstant réunis dans un même article, pour ne pas séparer des phénomènes qu’il est plus intéressant d’étudier dans leur ensemble : ils dépendent à la fois de la nature des agens qui compriment , de la structure des parties qui sont comprimées , du temps pendant lequel la compression est soutenue, de l’étendue sur laquelle elle a lieu et de la force avec laquelle elle est exercée.

1 ^ Les agens susceptibles d’exercer la compression sont trèsnombreux : les uns s’appliquent à la surface du corps , comme les vètemens, et particulièrement les corsets , les jarretières , les bandes ; les autres , qui agissent à l’intérieur , sont ou des corps étrangers ou des productions morbides, tels que les tumeurs, les épancbemens de fluides liquides et gazeux , qui , par la compression qu’ils exercent sur les parties voisines , deviennent la véritable cause de divers désordres secondaires.

L’usage des corsets élastiques , dont se servent la plupart des femmes , est peut-être une des causes qui contribuent au développement des maladies organiques des poumons et du cœur , surtout k l’époque où l’accroissement n’est pas achevé, et pendant la gestation , temps auquel la poitrine doit encore s’agrandir. Dans cette dernière circonstance , ils ont bien d’autres inconvéniens : la compression qu'ils exercent sur l’abdomen gène le développement de l’utérus, tend à lui faire prendre une inclinaison vicieuse, et peut contribuer à provoquer l’avortement. Son action sur les mamelles n’est pas non plus indifférente : elle nuit à l’augmentation de volume que ces organes doivent acquérir , détermine l’aplatissement du mamelon et rend l’allaitement difficile ou impossible. L’estomac et les intestins, comprimés par ces vétemens , prennent quelquefois une position vicieuse ; dans tous les cas , ils sont gênés dans l’exercice de leurs fonctions ; cette compression des intestins par les corsets est la cause probable de ces borborygmes incommodes et bruyans qui sont si fréquens chez

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les femmes , tandis qii’on ne les observe presque jamais chez rhomrne.

La compression , même légère , mais long-temps continuée , produite par un appareil ou par la simple bande destinée au pansement d’un exutoire , peut déterminer une diminution considérable dans le volume de la partie comprimée , et quelquefois l’œdème de la portion du membre dans laquelle la circulation veineuse est gênée. Celle qui est exercée sur les membres inférieurs par des jarretières très-serrées donne lieu en outre à la dilatation variqueuse des veines. Des chaussures très-étroites altèrent dans Tenfance et la jeunesse la conformation des orteils, et produisent, à tous les' âges, l’épaississement de la peau et le développement de ces tumeurs dures et douloureuses connues sous le nom de cors; mais ici le frottement agit avec la compression. Il en est de même de ces kystes synoviaux connus sous le nom d’%- (jroma , qui se forment au genou et au coude chez les ouvriers que leur profession oblige à une pression continuelle de ces parties contre Finstrument qu’ils emploient ou la table sur laquelle ils travaillent. Enfin la compression du cou par des cols trop serrés tend à provoquer ou augmenter la distension des vaisseaux cérébraux et à favoriser Thémcrrhagie et les pblegmasies du cerveau.

La compression exercée à l’intérieur de nos organes par une tumeur a des effets variés. Ces effets sont peu remarquables quand la tumeur est placée sous la peau ou entre les muscles , parce que là il y a peu de résistance et par conséquent peu de compression. Il en est encore à peu près de même quand la tumeur occupe les parties superficielles du ventre , dont la paroi antérieure est facilement susceptible d’une extension considérable. Mais il en est autrement dans le crâne et dans le thorax , dans les sinus des fosses nasales, et même dans la paroi inférieure de la bouche.

Les tumeurs développées dans Tintérieur du crâne ont pour premier effet de comprimer l’hémisphère cérébral qui leur correspond, et d’entraîner la paralysie plus ou moins complète des muscles du côté opposé. Si la tumeur est voisine de la voûte

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osseuse du crâne , il arrive souvent qu’elle en diminue peu à peu l’épaisseur, la réduit à la ténuité d’un parchemin, et quelquefois qu’elle finit par la percer entièrement et se faire jour au-dehors : les tumeurs appelées fongueuses de la dure-mère ont souvent présenté cette série de phénomènes. Dans la poitrine , des effets analogues ont lieu : trouble dans les fonctions des organes , usure des parois de cette cavité. Si la tumeur occupe le voisinage d’une des régions axillaires, elle produit quelquefois, par sa compression sur l’artère, l’affaiblissement progressif des pulsations artérielles de ce côté; sur les veines et les vaisseaux lymphatiques, l’œdème du membre correspondant.

Si l’agent de la compression est fluide , il n’a d’autre effet que de distendre les parois de la cavité naturelle ou accidentelle qui le renferme, et de gêner l’action des organes voisins, comme on l’observe constamment dans le ventre, souvent dans le thorax, et quelquefois dans la tète des sujets dont l’ossification n’est pas encore achevée; mais jamais on n’observe l’usure des parois osseuses que produisent fréquemment les tumeurs solides.

2^ La structure des parties comprimées a une influence trèsremarquable dans les phénomènes de la compression. Cette influence est facile à apprécier dans la poitrine , où se trouvent contenus des organes très-différens les uns des autres par leur texture, et dont les parois elles-mêmes sont formées de parties dures et de parties molles. Or, voici ce qu’on observe : plus les parties sont molles et flexibles, moins elles sont altérées dans leur texture par les tumeurs qui les compriment; plus elles sont dures au contraire, plus elles ressentent les effets de la compression. Ainsi une tumeur anévrysmale du commencement de l’aorte use en avant le sternum, les cartilages des côtes; en arrière, les vertèbres, et ne fait pendant long-temps que déplacer le cœur et diminuer le volume des poumons. Si la compression porte sur la trachée, les anneaux cartilagineux sont les premiers détruits ; la membrane qui les unit résiste long-temps encore , comme les muscles intercostaux lorsque les côtes ou leurs cartilages sont déjà usés. Dans les cas où la tumeur, s’ouvrant dans les bronches , dans l’œso-

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pliage, dans la plèvre ou dans le péricarde, détermine la mort , Fexamen comparatif des diverses parties montre que la lésion des parties dures est beaucoup plus grande, et qu’elle a dù précéder celle des parties molles. îl est seulement à observer qu’ici la compression a quelque chose de spécial à raison des battemens dont les tumeurs anévrysmales sont le siège : il y a à la fois percussion et compression. On trouve, du reste, l’application de ce principe et la preuve de sa justesse dans les tumeurs connues sous le nom de grenouïlleites , qui usent ou déforment l’os maxillaire inférieur, les dents qui y sont implantées et ne causent qu’un simple déplacement aux parties molles. Mais, dans tous ces cas, les parties molles ne résistent ainsi à la compression que parce qu’elles y échappent en reculant en quelque manière devant l’agent qui les comprime. Si la compression s'exerce de telle façon qu’elles ne puissent pas s’y soustraire, elles en ressentent immédiatement les effets et bien avant les parties dures *, c’est ce qu’on observe dans la formation des eschares sur les points des tégumens comprimés entre des os superficiels et saiiîans, comme le sacrum, les grands trochanters, et le lit sur lequel le malade est couché.

3° L’eflét de la compression est subordonné en grande partie au temps pendant lequel elle a été exercée. Après une compression courte, fut-elle très-forte, pourvu qu elle n’ait pas été portée au point d’altérer le tissu des organes, ils reprennent immédiatement leur volume et le plein exercice de leurs fonctions. Après une compression médiocrement longue, de plusieurs jours , par exemple, ou de quelciues semaines, le retour à l’état naturel est lent, mais il peut encore s’opérer complètement. îl n’en est plus de même lorsque la compression a été continuée pendant un temps très-considérable , des années , par exemple ; le plus souvent alors l’organe comprimé ne revient plus à son volume primitif : c'est ce que présentent en particulier les poumons à la suite des épanchemens pleurétiques. Il y a encore , entre une compression courte et une compression longue , cette différence , que dans la première la diminution de volume paraît tenir seulement à \ex- 'pression des liquides et au rapprochement des parties solides ^

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tandis que dans la seconde il y a diminution réelle des solides euxmêmes , amaigrissement partiel , atrophie.

4° L’étendue sur laquelle la compression est exercée en modifie aussi les effets. Un lien trés-étroit peut pénétrer dans le tissu des organes ; un lien plus large ne le ferait pas. La compression exercée sur un seul point de la longueur d’un membre détermine la stase du sang dans la partie située au-dessous de l’endroit comprimé. Cet effet n’a plus lieu si la compression s’étend jusqu’à l’extrémité du membre.

Tels sont , dans le développement primitif ou secondaire des maladies, les principaux effets de la compression, quels que soient l’agent qui l’exerce et l’organe qui en reçoit l’impression.

Les liis méritent aussi quelque attention. L’habitude de coucher sur la plume , en augmentant la transpiration cutanée , favorise la formation des calculs urinaires et dispose par conséquent à la néphrite. Un lit dur ne parait être la cause prédisposante d’aucune maladie. Quant aux sièges ^ ceux qui sont très-mous, et en particulier ceux qui sont garnis de coussins de plumes (bergères), disposent aux congestions sanguines dans les vaisseaux utérins et hémorrhoïdaux.

* L’usage journalier des bains froids est considéré comme pouvant prédisposer aux maladies inflainmatoires par l’action tonique de ces bains sur la plupart des organes. Les bains iièdes^ répétés très-fréquemment , produisent un effet opposé : ils affaiblissent la constitution et prédisposent aux écoulemens chroniques et aux maladies de langueur. La maJjiropreiè favorise, en général, le développement de toutes les affections contagieuses et cutanées.

excès ojiposè , joint à l’usage des parfums et à toutes les recherches du luxe, semble concourir à la production des maladies nerveuses.

C. Ingesia. Les alimens , les boissons et les remèdes peuvent disposer à différentes maladies lorsqu’on n’en fait pas l’usage convenable.

Dans l’état de santé, l’homme doit prendre une quantité A'' alimens et de boissons variable selon son âge, sa force, le genre

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d’occiipalions auquel i! se livre, Thabitucle, etc. Une diminution ou une augmentation médiocre et passagère n’apporte communément aucun trouble dans les Ibnctions ; mais au-delà de certaines limites la santé se dérange.

Une diminution notable et prolongée dans la quantité ordinaire des alimens entraîne une diminution analogue dans les forces et dans Tembonpoint; une augmentation sensible produit la pléthore. Des excès habituels dans les alimens paraissent disposer aux maladies organiques de l’estomac et des intestins -, affections dont une extrême sobriété ne met pas toujours à l’abri. L’abus journalier des boissons fermentées, du vin, des liqueurs alcooliques , imprime à la plupart des m^aladies aiguës qui viennent à se développer un caractère si fâcheux , qu’elles sont le plus souvent mortelles.

Le vin et les liqueurs alcooliques ont des effets plus pernicieux quand ils sont pris dans rintervalle des repas que quand ils sont portés dans l’estomac mêlés aux alimens solides. La maladie décrite sous le nom de delirium iremens est souvent l’effet de l’abus de ces boissons ou de leur suppression brusque chez les ivrognes (1). D après quelques médecins , la mort subite et la combustion spontanée ne seraient point rares chez ceux qui prennent habituellement une grande quantité d’alcool. L’usage immodéré du café dispose aux congestions cérébrales et à l’inPiammation de l’estomac; le thé, au contraire, produit peu à peu l’affaiblissement de ce viscère , et paraît disposer aux écoulemens chroniques : quelques auteurs ont attribué à cette cause la fréquence des fleurs blanches chez les femmes des villes , comme d’autres ont vu dans l’usage de la bière une cause de blennorrhagie dans les deux sexes. On a avancé que l’usage du cidre et de la bière , en Angleterre et en Normandie, était la principale cause des rhumatismes, qui y sont très-communs ; mais n’est-cc pas plutôt aux conditions qui empêchent d’y cultiver la vigne, à l’humidité du sol, qu’il faut remonter pour découvrir la véritable cause de ce phénomène ?

(4) Blake, Edinb, mecï. and $unj, Journ,, t. xix,

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La mauvaise qualité des aüiiiens peu nutritifs en eux-mèrnes , ou altérés par la putréfaction, la fermentation ou la moisissure , dispose aussi à des maladies plus ou moins graves, à des inflammations du conduit digestif , à des fièvres adynamiques , au scorbut , etc. L’usage des boissons corrompues, d’eau altérée, comme celle dont les marins font usage dans les voyages de long cours, de vins acerbes, de cidres mal préparés , produit des effets analogues.

Il est nécessaire pour riiomme de varier ses alimens. La satiété qu’il éprouve lorsqu'il fait long-temps usage des memes substances et le plaisir qu’il trouve aux alimens nouveaux lui en font connaître le besoin. L’usage exclusif d’un meme aliment chez un sujet qui aurait eu des habitudes opposées finirait presque toujours par produire quelque maladie : en général , les farineux disposent à la pléthore, les alimens gras et huileux aux écoulemens chroniques , et les substances animales aux maladies inflammatoires de toute espèce; Tusage des viandes salées paraît concourir, avec la privation d'alimens végétaux , des fruits de la saison, au développement du scorbut. L'usage prolongé d'alimens maigres devient, pour les personnes qui observent l'abstinence de viandes pendant toute la durée du carême , une cause fréquente de constipation rebelle et de divers troubles de la digestion.

L’usage des aromates et des assaisonnemens de haut goût, comme le poivre, la moutarde, le piment, etc., augmente d’abord l’énergie de l'estomac; mais ce viscère s'accoutume à l’cxtion de ces excitans, qui bientôt cessent de le stimuler, et l'inertie succède fréquemment à cette excitation passagère. L'abus de ces mêmes substances peut donner lieu à rinflammation d'une partie ou de la totalité du conduit digestif, delà bouche, du pharynx, de l'estomac et des intestins.

Les mèdicamenSy qui sont uniquement considérés par la plupart des hommes comme des moyens de conserver et de rétablir la santé, peuvent aussi quelquefois la troubler. Les remèdes qu’on nommait de lyrecauiion , loin d'affermir la santé , ont fréquemment eu un effet contraire. Les vomitifs répétés ont fini par produire la débilité ou meme l’inflammation de l’esto-

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mac ; les purgatifs , celle des intestins. L’usage des médicamens intempestifs dans le cours des maladies peut donner immédiatement lieu à des affections nouvelles, ou exaspérer celles qui existent.

D. Excréta, Les évacuations peuvent offrir des variétés assez nombreuses sans que la santé en soit troublée; ordinairement quand l’une d’elles est augmentée l’autre diminue, en sorte que l’équilibre général n’est point dérangé. De légers cbangemens , soit en plus, soit en moins, dans la quantité des matières évacuées , ne suffisent pas pour produire une maladie ; mais lorsque la disproportion entre les matières excrétées et les moyens réparateurs devient très-considérable, elle agit sur la constitution , et la modifie de manière à la prédisposer à diverses affections. Si la quantité des matières assimilées est chaque jour plus grande que celle des matières excrétées, il en résulte une tendance à la pléthore et aux inflammations de toute espèce ; si , au contraire , l’absorption ne suffit pas pour réparer les pertes journalières , il en résulte une diminution progressive dans le volume du corps , et une disposition aux maladies de langueur. Des sueurs excessives, un flux copieux de salive, la sécrétion trop abondante du lait chez les nourrices, etc. , produisent ce dernier effet. Cluz l’homme , le coït immodéré et la masturbation agissent de la même manière, avee^-cela de particulier, que des phénomènes nerveux se joignent presque toujours à la faiblesse qui résulte de l’évacuation répétée du sperme.

Cette faiblesse qu’entraînent les évacuations excessives favorise l’action des causes qui occasionnent ou déterminent les maladies. Tel homme qui tous les jours s’exposait impunément à l’intempérie de l’air, est pris de rhumatisme lorsqu’il s’y expose après des excès dans les plaisirs de l’amour (1). La même circonstance disposait également à contracter la fièvre jaune à Saint- Domingue (2) ; et Diemerbroeck (3) a observé à Nimègue que

(1) Essai sur le Rhumatisme , 1815.

(2) Traité de la Fièere jaune^ par Bally.

(5) Diemerbroeck , de la Peste de Nimègue,

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tous les gens qui se marièrent pendant la durée de la peste furent atteints par la contagion peu de jours après leurs noces. Les hémorrhagies abondantes , les saignées et les purgatifs répétés ont produit les memes effets dans plusieurs autres épidémies.

Les évacuations naturelles ou artificielles , lorsqu'elles se reproduisent à des intervalles à peu près égaux , ont un effet trèsdifférent, surtout quand elles sont renfermées dans certaines limites : Forganisme s’accoutmue à réparer comme à supporter ces pertes, soit par la diminution les autres évacuations, soit par l’assimilation d’une plus grande proportion des matières introduites dans le corps : la pléthore en est le résultat. Les évacuations périodiques, naturelles ou artificielles, la font cesser, mais en môme temps elles augmentent encore la disposition qui la reproduit, en sorte que rien n’est plus propre à prédisposer à la pléthore, ou tout au moins à augmenter cette prédisposition lorsqu’elle existe, que ces évacuations elles-mêmes. Le flux menstruel chez les femmes , les hémorrhoïdes périodiques chez les hommes , les saignées habituelles dans les deux sexes , sont autant de causes qui produisent fréquemment cet effet.

La suppression d’évacuations habituelles, l’omission de saignées et de purgatifs accoutumés , peuvent disposer à diverses maladies ; mais elles agissent généralement comme causes occasionnelles plutôt que comme causes prédisposantes.

E. Gesta. Il n’est pas une mesure exacte de mouvement et de repos , de sommeil et de veille, à laquelle l’homme soit obligé de s’astreindre pour conserver sa santé-, mais il est aussi certaines limites qu’il dépasse rarement sans altérer l’harmonie de ses fonctions.

Une disproportion considérable entre V exercice et le repos est toujours nuisible à la santé ; wwq fatigue trop grande entraîne une sorte d’épuisement , et imprime un caractère fâcheux aux affections aiguës qui se développent dans ces conditions. On a dit des gens de la campagne qu’ils n’ont ordinairement , pendant le cours de leur vie, qu’une seule maladie, qui les tue. L’exercice partiel peut aussi prédisposer à certaines affections : les mouvemens

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continuels et répétés des bras, par exemple , paraissent, plus encore que ceux des membres inférieurs, propres à rappeler Théinoptysie chez ceux qui y sont sujets , et à précipiter les progrès des anévrysmes du cœur.

Le defaut Æ exercice a des inconvénients plus graves encore que Texcès opposé : ces inconvénienssont d’autant plus prononcés que l’individu a un besoin plus grand de mouvement, à raison de son âge, de ses habitudes, de sa force. Il est plus nuisible aux enfans , aux individus robustes , à ceux qui ont toujours mené un genre de vie très-actif. Il est d’observation que la vie sédentaire est moins préjudiciable à la femme qu à l’homme , soit parce que dès Tadolescence l’habitude en a diminué pour elle les inconvéniens , soit parce qu’elle est plus conforme à sa principale destination, et par conséquent aussi à sa constitution. Le défaut d’exercice entraîne des désordres nombreux dans l’économie. Un de ses premiers effets est la diminution de l’appétit et la lenteur des digestions ; beaucoup de dyspepsies ne reconnaissent pas d’autres causes et ne cèdent qu’à un exercice régulier. L’inaction , quand elle se prolonge , détermine l’affaiblissement des organes locomoteurs, favorise les congestions sanguines vers quelques parties, et vicie la nutrition : le corps augmente en volume et perd de sa force; la polysarcie adipeuse, les écoulemens muqueux, les scrofules, l’œdème, sont, selon la disposition des individus, les effets divers de cette inaction portée au plus haut degré. La meme cause, dans son degré le plus faible , c’est-à-dire lorsque l’exercice n'est pas tout-à-faii proportionné au besoin , dispose à la pléthore, surtout chez les individus qui font bonne chère. L’inaction d’un seul membre en particulier ne produit ordinairement que des effets locaux , la faiblesse , la diminution de volume , l’atrophie de la partie maintenue immobile.

La variété qui convient dans tous les actes de la vie est spécialement utile dans Và position du corps. La gène qui résulte de la meme situation gardée long-temps , le besoin d’en changer par intervalles , même pendant le sommeil, indiquaient cette vérité avant que l’hygiène en eût fait un précepte. La station habituelle

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dispose aux varices, à Tœdcme des jambes dans les deux sexes, au varicocèle chez riiommc , à la descente de Tutérus chez la femme-, la situation assise , aux hémorrhoïdes et à l’engorgement des viscères abdominaux; la situation à genoux , au lumbago , à la courbure précoce de l’èpine ; la situation horizontale favorise les congestions cérébrales , l’épistaxis , l’apoplexie. Cette position conservée pendant plusieurs mois à l’occasion d’une fracture des membres inférieurs , a paru maintes fois être la cause principale de la formation d’un calcul vésical chez des sujets qui jusqu'alors n’en avaient ressenti aucune atteinte.

Une distribution convenable des heures de veille et de sommeil est utile à l’entretien de la santé. Six à huit heures de sommeil sont nécessaires aux adultes; il en faut moins aux vieillards, et davantage aux enfans. Mais les règles générales reconnaissent ici comme ailleurs des exceptions : quelques personnes ont besoin de dormir neuf à dix heures; quatre à cinq heures suiïisent à d’autres. Le sommeil prolongé amène l’engourdissement général, et prédispose à la pléthore et aux affections cérébrales : on ne voit presque jamais les individus qui se couchent et se lèvent trèstard , ceux qui passent le jour à dormir et la nuit à veiller, parvenir à un âge avancé. A la suite de longues veilles , il se développe souvent des affections nerveuses, et spécialement une grande irritabilité du système nerveux.

F. Percepta. Les sensations , les passions , les travaux de l’esprit, deviennent, au-delà de certaines bornes, des causes prédisposantes de maladies.

Des sensations habituellement très-faibles déterminent peu à peu dans les organes qui en sont le siège une augmentation de sensibilité qui les rend impropres à soutenir des sensations médiocrement fortes : c’est ce qu’on observe chez les individus qui restent long-temps dans un endroit obscur, chez ceux qui ne font usage que d’alimens fort doux. Des sensations habituellement très-vives , au contraire , énioussent la sensibilité des organes, et les rendent par degrés inhabiles à remplir leurs fonctions.

passions influent d’une manière bien remarquable sur le

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développement des maladies. Autant les passions douces et variées sont favorables à Tharmonie des fonctions, autant les passions fortes et exclusives lui sont nuisibles. Elles peuvent non-seulement produire des effets prompts et évidens sur l’économie , comme l’aliénation mentale, la mort subite, les fièvres liectiques morales , ainsi que nous l’avons vu dans l’exposition des causes déterminantes; mais elles produisent encore, et bien plus souvent, une exagération de sensibilité qui prédispose singulièrement aux affections nerveuses. Les chagrins prolongés paraissent avoir une grande influence dans le développement des maladies organiques, et spécialement du cancer.

Les travaux de Vesprit prédisposent aussi aux aiïections nerveuses , quand on s’y livre avec excès ; mais il s’en faut bien , comme on l’a prétendu , que l’etude soit une occupation contre nature. Il est dans l’ordre des choses que l’homme atteigne à la fois le plus grand développement possible de ses facultés intellectuelles, comme de ses forces physiques. L’exercice de l’esprit, la méditation, l’étude, sont nécessaires au développement de l’intelligence, comme le mouvement à celui du corps. Lorsque l’étude est conforme au goût de celui qui s’y livre , lorsqu’elle alterne avec quelque occupation manuelle, ou avec un exercice convenable, elle est plutôt favorable que nuisible à la santé. Beaucoup d’hommes de lettres, de médecins, de mathématiciens, sont parvenus à un âge très-avancé ; et s’il en est quelques-uns qui soient morts par les seuls excès du travail, le nombre en est bien petit. Toutefois, lorsque l’étude est prolongée chaque jour pendant un temps trop considérable, et qu’elle porte sur des objets arides par eux-mêmes et sans attraits pour celui qui s’y livre, lorsqu’elle n’est point variée et interrompue de temps à autre par l’exercice, elle nuit au développement du corps ; elle peut même émousser l’énergie des facultés mentales, et étouffer, surtout dans la première jeunesse, le germe des plus brillantes dispositions.

A ces diverses causes prédisposantes individuelles, on peut \omàxQ\^?,r}iaJadies antérieures, qui favorisent beaucoup l’action des causes spécifiques ou occasionnelles propres à en provoquer

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de nouveau le développement. Une première attaque d'hystérie ou de rhumatisme non-seulement révèle l'aptitude à être ultérieurement atteint de ces maladies , mais semble augmenter la disposition à en être afl'ecté de nouveau. On a souvent remarqué dans les attaques ultérieures de l'hystérie et des rhumatismes que des causes occasionnelles fort légères sufilsaient pour développer CCS affections, tandis que la première attaque n'avait eu lieu que sous rintluence de causes très-énergiques.

ARTICLE III

Des Causes occasionnelles ou excitantes.

Les causes occasionnelles, avons-nous dit , sont celles qui provoquent l’apparition des maladies sans en déterminer la nature et le siège, et qui n’agissent qu’avec le concours de la prédisposition.

Ces causes n'ont pas le même degré d'importance que celles qui appartiennent aux deux premiers ordres; mais par cela même quelles n'appartiennent à Thistoire spéciale d’aucune maladie, elles sont, plus que les autres encore, du domaine de la pathologie générale : nous ne pouvons donc pas nous dispenser de les énumérer.

L’impression d’un air très-froid ou très-chaud, du vent du nord ou du sud; l’action d’un courant d’air sur tout le corps, ou d’une petite colonne d’air {vent coulis) sur une même partie ; le passage subit d’un lieu très-chaud dans un autre très-froid, et vice versa; le séjour momentané dans une maison humide, nouvellement construite; un changement passager dans l'épaisseur ou la forme des vètemens; l’immersion dans un bain très-chaud ou très-froid, l’exposition à la pluie; des vètemens humides conservés sur le corps; un écart dans le régime, comme l’ingestion d'une quantité trop grande d'alimens d’ailleurs do bonne qualité, ou l’usage d’alimens malsains ou mal préparés, de digestion difficile, pris à une heure insolite ou mangés avec précipitation ; des boissons trèschaudes ou très-froides, ou de mauvaise nature; la suppression de quelque évacuation naturelle, comme la sueur, les lochies, le lait,

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les menstrues; d’un écoulement morbide ou artificiel , comme les flueurs blanches , un ulcère ancien , un fonticule ou un vési- \atoire établi depuis long-temps; une hémorrhagie habituelle devenue un besoin ; une évacuation considérablement augmentée ; une saignée intempestive; un vomitif, un purgatif pris mal à propos ; une fatigue excessive ; un repos inaccoutumé ; des cris , des chants; des éclats de rire; la course contre le vent ; des veilles prolongées; une secousse physique ou morale; une émotion vive, comme la joie, la terreur; une contention forcée de l’esprit; la rétrocession de la goutte; la répercussion d’un exanthème; la cessation subite de quelque autre affection : telles sont les principales causes occasionnelles des maladies.

Elles diffèrent, avons-nous dit, des causes spécifiques et prédisposantes en ce qu’elles ne se rattachent à Thistoire d’aucune affection en particulier. La même cause occasionnelle peut provoquer l’invasion de toutes les maladies, et la même maladie peut être suscitée par toute espèce de cause occasionnelle. Si l’on avait quelques doutes sur l’exactitude de cette proposition , il suffirait pour n'en plus conserver d’ouvrir un traité quelconque de pathologie : on y verra reproduite à l’article consacré à l’étiologie de chaque maladie, et particulièrement de chaque maladie aiguë, l’énumération presque littérale de toutes les causes occasionnelles que nous venons d’indiquer. Il en est tout autrement des causes déterminantes : elles sont différentes , soit en elles-mêmes, soit à raison des parties sur lesquelles porte leur action dans chaque genre de maladie. Toutefois, malgré cette grande différence entre les unes et les autres, il existe entre elles plusieurs points de contact , dans lesquels les causes occasionnelles se confondent en quelque sorte avec les causes déterminantes et prédisposantes. Le froid, par exemple, est-il cause déterminante de rhumatisme, ou bien n'est-il que cause occasionnelle? C’est ce qu’il n’est pas facile de décider, comme le prouve le dissentiment des médecins à ce sujet. D’un autre côté, si l’on compare les causes occasionnelles et les causes prédisposantes, on voit que les mêmes circonstances peuvent appartenir aux unes et aux autres. A la vé-

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rité , il y a cette différence que dans un cas la cause n’a agi que momentanément, tandis que dans Tautre elle a agi pendant un temps fort long : un écart de régime, par exemple, est cause occasionnelle; Fivrognerie habituelle, au contraire, est cause prédisposante : la distinction est bien tranchée quand on prend ainsi les extrêmes, mais elle devient plus obscure à mesure qu’on s’en éloigne : des excès qui se prolongent pendant plusieurs jours, pendant une ou plusieurs semaines,' n’appartiennent bien évidemment ni à l’une ni à l’autre série. Il est même quelques circonstances où un simple écart de régime, qu’on place généralement parmi les causes occasionnelles, devient cause prédisposante de maladie. On a souvent vu, dans les épidémies de peste ou de variole, un excès de boisson, un coït répété plusieurs fois en quelques heures, favoriser l’action du virus pestilentiel ou variolique , et l’individu qui pendant plusieurs mois avait impunément bravé la contagion en être atteint immédiatement après avoir été débilité par ces causes , qui , dans ces cas , ont agi évidemment à la manière des causes prédisposantes.

Cette division des causes morbifiques présente donc quelques défectuosités; la nature, ici comme ailleurs, ne se plie point à nos divisions ; on ne peut l’astreindre rigoureusement à aucune. Celle que nous avons proposée nous a paru plus méthodique et plus pratique que les autres ; elle est surtout plus propre à nous guider dans l’étude des causes morbifiques envisagées dans leur manière d’agir.

ARTICLE IV

De la maniéré d'agir des causes morbifiques.

Les divers organes du corps humain ne sont pas tous également exposés à l’action des causes morbifiques; quelques-uns, tels que le canal digestif y poumons et la peau y ayant avec les objets extérieurs des rapports beaucoup plus nombreux que les autres, sont plus sujets à en recevoir l’impression nuisible. liu-felandy dans sa Pathogénie (l), les a, par ce motif, désignés

(1) UàGoç, maladie; yijou<y.ty je nais.

DE l’Étiologie.

sous le nom ôi^atria morborum^ 'portes des maladies. On doit leur adjoindre le cerveau et les nerfs, qui, chez l’homme civilisé surtout, sont immédiatement exposés à l’action d’un ordre trèsnombreux de causes morbifiques.

Parmi les agens qui troublent la santé , les uns pénètrent dans le tissu même des organes , à l’aide d’une impulsion plus ou moins forte qui leur est communiquée , ou en vertu de leurs qualités chimiques : ils ont une action purement physique ou chimique; ils produiraient le meme effet sur le cadavre. Tels sont les corps vulnérans , les caustiques , le feu. D’autres , au contraire , n’ont d’influence que sur les tissus vivans , et ce n’est qu’en vertu des lois de la vie qu’ils peuvent agir : tels sont les végétaux âcres, rubéfians, qui portent leur action sur la peau et les membranes muqueuses avec lesquelles ils sont immédiatement en contact : tels sont les alimens , les boissons , peut-être les virus et certains miasmes , qui pénètrent dans l’économie par la voie des vaisseaux absorbans, et qui peuvent porter leur action morbifique fort loin du lieu où ils ont été primitivement déposés ; telles sont enfin les passions , les sensations , les actes intellectuels qui n’agissent que par l’intermédiaire du système nerveux.

Nous n’étendrons pas plus loin ces réflexions sur la manière dont pénètrent dans l’économie les causes morbifiques : nous allons exposer le mode d’action des trois ordres de causes que nous avons admis.

§ Ie^ L’action des causes spécifiques est en général évidente, bien qu’elle ne soit pas toujours facile à expliquer, et que dans beaucoup de cas même elle soit entièrement inexplicable.

Lorsqu’un corps vulnérant pénètre dans quelque partie , fracture un os , intéresse un tendon ou une artère , nous jugeons que la force qui a divisé ces organes était supérieure à celle qui en soutenait le tissu ; nous pouvons également nous rendre compte du désordre des mouvemens et de l’écoulement du sang qui résultent de cette lésion. La présence d’un corps étranger dans la trachée-artère ou dans la vessie produit encore des effets que

DE L ÉTIOLOGIE.

nous expliquons facilement, parce que son action esttout-à-fait mécanique. Il en est de même de rinterceptioii du cours des matières alimentaires dans les intestins comprimés par une tumeur, ou étranglés par une bride péritonéale, ou dans une ouverture herniaire. Nous comprenons de même comment une violente contraction des muscles peut déterminer la formation d'une hernie , la luxation d’un os , la fracture de la rotule , ou la rupture d’un tendon ; mais la plupart des causes que nous venons d’énumérer, en même temps qu’elles ont une action mécanique sur les organes vivans , produisent d’autres effets qui sont subordonnés aux lois de la vie. Ainsi les parties qui ont été divisées ou déplacées deviennent rouges , chaudes , douloureuses et tuméfiées ; une exhalation nouvelle s’y établit, etc. Ces phénomènes n’ont rien qui nous étonne , parce que nous sommes accoutumés à les observer. Cependant si nous voulons les approfondir et chercher à connaître le mécanisme de leur production, nous sommes obligés de convenir de notre ignorance, à moins que nous ne voulions la remplacer par des erreurs ou la voiler sous un langage qui nous en impose à nous-même. On doit, malgré les progrès de la chimie moderne, en dire autant de l’action des gaz qui produisent l’asphyxie. Nous savons que les uns déterminent peu à peu, les autres toutà-coup, la suspension des phénomènes de la vie; nous connaissons aussi les cliangemens que quelques-uns apportent dans la couleur et la consistance du sang ; mais l’asphyxie n’en reste pas moins un mystère pour nous. L’action des poisons sur l’économie est également démontrée, mais tout aussi inexplicable. Comment le poison narcotique produit-il une sorte de coma ; le poison acre, l’inflammation de l’estomac et des intestins; le poison septique, la gangrène de diverses parties? Voilà autant de questions qu’il est impossible de résoudre. Les effets du feu et des caustiques semblent être plus faciles à concevoir, parce qu’ils sont en partie les mêmes sur tous les corps organisés ; mais leur action intime est également au-dessus de notre pénétration.

L’action intime des principes contagieux est plus obscure encore. Nous connaissons jusqu’à un certain point les autres agens dont |

DE l’Étiologie.

nous venons de parler : nous pouvons apprécier les propriétés physiques et chimiques des gaz non respirables et deleteres^ des caustiques, de quelques poisons. Il n’en est pas de même des principes contagieux, puisqu’ils échappent à nos sens, et que ceux-là même dont il nous est le plus facile d’apprécier l’action, comme les virus vaccin et variolique, ne peuvent être isolés du véhicule dans lequel ils sont contenus, et par conséquent étudiés dans leurs propriétés. Aussi n’est-ce que par le raisonnement que nous sommes conduits à en admettre l’existence.

Beaucoup d’auteurs ont comparé le développement des maladies contagieuses à celui des végétaux , et assimilé les principes contagieux aux semences végétales. Si l’on se rappelle ce qui a été dit précédemment sur la contagion , on pourra facilement entrevoir les principaux points d’analogie qu’ils ont entre eux ; mais la ressemblance est loin d’être complète. Les végétaux et les semences qui les produisent sont des êtres dont l’existence est manifeste et ne peut être révoquée en doute. L’existence des principes contagieux, au contraire, n’est admise que comme la conséquence d’une série de faits qu’elle explique parfaitement, et qui, sans elle, resteraient inexplicables. Certaines maladies pouvant se transmettre des individus qui en sont atteints aux sujets bien portans , on a désigné sous le nom de contagion ce mode de transmission des maladies, et sous le nom de principe contagieux l’agent insaisissable de cette transmission.

L’action des principes contagieux présente encore de l’obscurité sous plusieurs autres rapports : agissent-ils directement sur les nerfs de la partie avec laquelle ils sont mis en contact, ou sont-ils portés par l’absorption dans le reste de l’économie? Ces deux opinions ont été appuyées par des argumens assez plausibles ; et chacune, au reste, pourrait être vraie pour quelques virus , car il se peut que tous ne soient pas soumis aux mômes lois dans la manière dont ils pénètrent dans l’économie.

L’elTicacité de la cautérisation faite quinze à vingt jours après la morsure d’un animal enragé a porté quelques médecins à conclure que le virus rabique n’est pas absorbé, et que, déposé sim-

DE l’ ÉTIOLOGIE.

plement dans les parties molles qui l’ont reçu, il ne porte d’abord son action que sur les extrémités nerveuses qui y sont comprises, d’où il s’étendrait plus tard au reste du système nerveux. Mais dans d’autres maladies contagieuses , la douleur , le gonflement et la rougeur qui surviennent dans le trajet des vaisseaux et des glandes lymphatiques rendent rabsorption de certains virus très-probable, malgré l’opinion de quelques auteurs qui ont attribué ces phénomènes à la sympathie. L’absorption admise, quelle est, si ces virus sont volatils, la surface qui les absorbe? Est-ce la peau? est-ce la membrane muqueuse des voies aériennes , où ils sont portés avec l’air? est-ce celle du canal digestif, où ils parviennent mêlés aux alimens ou à la salive? Quelques auteurs ont pensé que les principes contagieux ne pouvaient pas agir sur la membrane de Testomac, parce que toutes les substances qui sont portées dans ce viscère y sont digérées et par conséquent altérées. Cette opinion est assez ingénieuse 5 mais si l’on se rappelle qu’on a inoculé la variole en mêlant c|uelques croûtes desséchées aux alimens ou aux boissons, on conviendra que cette prétendue décomposition des virus par l’action de l’estomac ou par le suc gastrique est encore fort douteuse. D’autres ont avancé que les principes contagieux ne pouvaient être absorbés que par les organes sur lesquels leurs symptômes se manifestent; qu’ ainsi la variole , la scarlatine étaient contractées par la peau , la syphilis par les membranes muqueuses, etc.; mais, dans l’état actuel de nos connaissances, il est plus rationnel d’admettre que les agens de la contagion, la plupart du moins, peuvent être absorbés par toutes les surfaces avec lesquelles ils sont en rapport, et qu’une fois introduits dans l’économie ils portent leur action sur celles de nos parties qui semblent être aflectées à chacun d’eux.

Après avoir étudié dans leur action les causes manifestes des maladies , nous allons examiner, sous le même point de vue , les causes prédisposantes, en commençant par les aptitudes.

§ ÏI. Ajotitudes, — L’âge, le sexe, le tempérament, la constitution, le degré d’aisance, l’état de santé ou de maladie, la grossesse , sont généralement , dans la production des maladies , des

DE l’Étiologie. 87

conditions qui ne s’opposent pas plutôt qu’elles ne concourent activement à leur développement. L’influence de ces aptitudes est donc d’une appréciation difficile. Leur action néanmoins ne saurait être révoquée en doute lorsqu’on réunit une grande masse de faits et qu’on en déduit des conclusions générales. Si, par exemple, on rassemble toutes les observations relatives à telle ou telle aflection, et qu’on reconnaisse dans tous les cas particuliers , ou du moins dans le plus grand nombre, que la maladie s’est manifestée à tel âge, dans tel tempérament, on ne pourra refuser d’admettre que ces circonstances forment autant de conditions favorables ou même nécessaires à la production de cette maladie. Ainsi le croup est incontestablement plus fréquent dans l’enfance qu’aux autres époques de la vie, la phthisie dans la jeunesse, l’anévrysme artériel et le cancer dans l’âge mûr, l’hémorrhagie et le ramollissement du cerveau dans la vieillesse. Le sexe féminin est plus disposé aux affections nerveuses dites hystériques^ le sexe masculin, à rhypochondrie; certaines épidémies frappent plus particulièrement les pauvres, d’autres les gens aisés, etc. A la vérité , quand on descend des conclusions générales aux applications particulières, l’influence des aptitudes devient plus obscure; ainsi, de ce que telle maladie, comme les scrofules, attaque plus généralement les enfans que les adultes, le tempérament lymphatique que les autres, il ne s’ensuit point rigoureusement que, toutes les fois que la maladie se développe à cet âge et dans ce tempérament, ces deux conditions auront concouru à la produire ; mais il n’en est pas moins démontré, en général, que le tempérament lymphatique et l’enfance sont des conditions favorables au développement de cette affection. De ce que la maladie typhoïde se montre particulièrement dans l’adolescence et la jeunesse, rarement dans l’âge adulte, et de ce qu’on ne l’observe plus après la cinquante-cinquième année, il ne s’ensuit pas que la jeunesse ait une part active dans la génération de cette maladie , mais il en résulte que l’aptitude â la contracter est, sous le rapport de l’âge, renfermée dans certaines limites au-delà desquelles cette aptitude n’existe plus.

Mais la part que peuvent avoir le tempérament et la constitution,

88 DE l’étîologïe.

le sexe, !e degré d’aisance, dans !e développement des maladies, est moins éviderile que celle qui appartient à Tàge. Il n’est, en eiïet, aucune maladie qui ne puisse se montrer dans tous les tempéramens, dans les constitutions les plus diverses, dans les deux sexes ; tandis que certains âges, comme nous l’avons vu, mettent à l’abri de certaines affections , et que par conséquent certains âges aussi sont seuls aptes à les ressentir.

De toutes les conditions comprises sous le nom d’aptitudes , l’hérédité est sans contredit celle qui exerce dans le développement des maladies l’influence la plus forte et la moins contestée. Aussi l’hérédité est-elle, dans quelques affections, une prédisposition active plutôt qu’une simple aptitude. Les enfans, par exemple, nés de père ou de mère phthisiques sont en général sous l’imminence de cette redoutable maladie par le seul fait de leur origine; ils en sont atteints dans une grande proportion, quelles que soient les circonstances dans lesquelles ils soient placés. Dans quelques autres maladies, comme le rhumatisme, la gravelle, l’apoplexie, l’influence de l’origine est moins forte; les sujets nés de parens atteints de ces maladies sont, toutes choses égales d’ailleurs, plus aptes que les autres à en être affectés; mais le concours d’autres causes est souvent nécessaire pour les produire, et même avec le concours de ces causes ils n’en sont pas tous atteints.

§ III. Causes 'predisj)o santés proprement dites. — Bien que généralement obscure, l’action des causes prédisposantes est quelquefois susceptible d’être expliquée d’une manière assez satisfaisante. Le développement de certaines maladies par l’usage de vêtemens trop serrés, de corsets trop étroits, comme le trouble des digestions, l’avortement, est facile à concevoir. On peut également rendre compte de la disposition pléthorique qui succède à l’usage d’alimens succulens , et de l’anémie qui survient par l’effet de l’abstinence et d’un mauvais régime. On s’explique également l’influence débilitante des évacuations excessives de toute espèce, et la tendance aux inflamm.ations qui résulte de la suppression d’évacuations habituelles. On conçoit de même l’effet d’un repos habituel ou de fatigues excessives sur la santé. Le développement des mala-

DE l’ÉTïOLOGIE.

dies nerveuses chez les personnes qui ont des inquiétudes ou des chagrins prolongés, chez celles qui se livrent exclusivement au travail du cabinet, se lie assez naturellement aux causes qui produisent ces affections. L’influence de Tair et de l’habitation sur la production des maladies est généralement plus obscure, bien qu’elle ait été l’objet d’explications assez plausibles.

Il ne faut pas confondre les causes prédisposantes avec les^rcclispositions : celles-ci sont l’effet des premières , mais elles n’en sont pas l’effet constant. Les mêmes causes prédisposantes n’agissent point d’une manière uniforme chez tous les individus , et l’on ne saurait mesurer avec exactitude la prédisposition à la maladie d’après l’énergie apparente des causes qui l’ont préparée. Chez telle personne une cause prédisposante légère déterminera une prédisposition très-forte ; chez telle autre , au contraire , plusieurs causes prédisposantes beaucoup plus énergiques agiront pendant un temps plus long sans produire un effet aussi marqué, ou même sans en produire aucun. Dans un assez grand nombre de cas, on est forcé de reconnaître une prédisposition très-prononcée à telle ou telle maladie chez des sujets qui n’ont été exposés à aucune des causes regardées comme propres à la développer.

Toutes les fois qu une maladie se montre sans cause évidente , et c’est ce qui a lieu dans la plupart des cas qui sont du ressort de la pathologie interne , on est obligé , pour en expliquer la production , de recourir à une prédisposition latente , qui elle-même semble devoir consister en une modification spéciale , mais entièrement inconnue dans son essence, soit de toute l’économie,

soit d’une ou plusieurs des parties qui la constituent. Ainsi, lorsqu’une pneumonie , un érysipèle , un rhumatisme articulaire viennent à se développer , il est , dans la très-grande majorité des cas, tout-à-fait impossible de saisir , dans l’examen des circonstances qui ont précédé, les causes qui ont donné naissance à ces maladies. Le développement des maladies organiques est aussi généralement enveloppé d’une grande obscurité.

L’observation a fait connaître que chez un certain nombre d’in-

DE l’ÉTIOEOGIE.

dividus , un organe est beaucoup plus fréquemment affecté que les autres, ou même est le siège exclusif de presque toutes les maladies qui se montrent pendant le cours entier de la vie , ou du moins pendant une ou plusieurs de ses grandes périodes , comme l’enfance, la jeunesse ou l’àge mûr : chez l’un, c’est le poumon; chez l’autre , c’est l’estomac ou les intestins ; chez un troisième , c est le cerveau qui , suivant l’expression vulgaire , est l’organe faible, c’est-à-dire, le plus disposé à recevoir Taction des causes morbifiques. Les partisans de la doctrine de l’irritation avaient proposé de désigner par le mot diathèse (1) cette disposition d’un organe à être affecté de maladies quelconques , et ils ont admis ainsi des diathèses pulmonaire , gastrique , cérébrale , utérine, etc. ; mais, dans les écrits de la plupart des médecins et dans le langage usuel de la science , ce mot a une acception différente. La diathèse est une disposition en vertu de laquelle plusieurs organes ou plusieurs points de l’économie sont à la fois ou successivement le siège d’affections spontanées dans leur développement et identiques dans leur nature , lors même qu’elles se présentent sous des apparences diverses. On doit , en conséquence, admettre autant de diathèses qu’il y a de maladies susceptibles de se montrer dans plusieurs parties à la fois ou successivement sous l’influence d’une cause interne commune : cette dernière condition est de rigueur. En effet, si plusieurs phlegmasies , une péritonite , par exemple , une pneumonie et une ophthalmie se montrent simultanément chez un même sujet, et si chacune d’elles est produite par une cause extérieure manifeste, il n’y a point là de diathèse; mais si les mêmes affections viennent à se développer sans causes évidentes, on dit alors qu’elles sont dues à une disposition commune, qu’on nomme diathèse inflammatoire, — On a admis de même des diathèses rhumatismale , goutteuse, tuberculeuse, cancéreuse, gangreneuse, dartreuse, scorbutique , osseuse , anévrysmale ; on doit y joindre les diathèses variqueuse, mélanée, ulcéreuse, hémorrhagique.

(1) disposilion.

DE l’Étiologie. 91

Le développement simultané dans un grand nombre de points de l’économie d’affections rbumatis males ou goutteuses, de tubercules , de cancers , de maladies gangreneuses , de dartres , de symptômes scorbutiques , de gonflemens osseux , de tumeurs anévrysmales , de varices , de masses mélanées , d’ulcères , de granulations, d’hémorrhagies, révèlent ces diverses diathèses. Nous admettons aussi une diathèse granuleuse, que la plupart des médecins regardent comme une variété de la diathèse tuberculeuse. Enfin, quelques auteurs ont établi une diathèse hydropique, qui ne peut pas être admise, parce que l’iiydropisie n est généralement qiihm symptôme. Les diathèses muqueuse et bilieuse sont trop imparfaitement définies pour devoir être conservées dans le langage de la science. Enfin , nous n’admettrons pas la diathèse purulente de quelques auteurs, parce qu’elle nous parail n’ôtre le plus souvent qu’une infection. — Nous n’admettrons pas de diathèse syphilitique ni varioleuse , parce que ces maladies ne sont pas ducs à une cause interne , mais bien à l’absorption manifeste d’un virus dont la manière d’agir est tout autre que celle de la diathèse.

Il existe , chez un petit nombre d’individus , une disposition particulière qui détermine , soit dans Texercice de quelqu’une de I leurs fonctions , soit dans l’impression produite sur eux par les I agens extérieurs , des phénomènes tout-à-fait düférens de ceux ; qui ont lieu chez la plupart des autres hommes dans des circoni stances semblables : telles sont les syncopes qui résultent de la ! vue de certains objets , de la position à genoux gardée pendant quelque temps ; telle est l’ éruption ortiée qui se développe chez I quelques personnes toutes les fois qu’elles mangent une espèce particulière d’alimens , comme les fraises , les coquillages. Il en est d’autres chez lesquelles l’exposition à l’air extérieur dans les saisons froides produit constamment le meme effet. Bourdier a vu, à riiôtel-Dieu de Paris, un homme de quarante ans chez qui, plusieurs fois, l’introduction de sondes élastiques dans l’urètre donna immédiatement lieu au développement d’une fièvre intermittente (l). On est forcé d’admettre dans tous cas une pré-

(1) Thèses de la Faculté de Médecine de Paris , année 1809, m 17.

DE l’Étiologie.

disposition exceptionnelle en vertu de laquelle, chez quelques sujets, une cause pareille produit constamment un effet aussi remarquable. Cette prédisposition est une idiosyncrasie morbifique.

Les causes prédisposantes générales et individuelles peuvent agir concurremment dans la production des maladies, elles peuvent agir aussi d’une manière isolée. Leur énergie est d’autant plus grande qu’elles se prêtent mutuellement appui , c’est-à-dire qu’elles tendent à imprimer à l’économie une même modification.

Comme les prédispositions individuelles d’une grande réunion d’hommes sont rarement en harmonie avec les prédispositions générales , il en résulte que presque jamais une maladie n’attaque simultanément tous les habitans d’un même lieu , à moins qu’elle ne soit due à un principe contagieux, c’est-à-dire, à une cause spécifique qui agit presque indépendamment des causes prédisposantes. Une affection qui se développe uniquement sous l’influence de ces dernières n’attaque presque jamais plus du tiers ou du quart des habitans; le plus souvent elle n’en frappe qu’un dixième, un vingtième , ou même une proportion beaucoup plus petite. Il est quelquefois possible de constater que les individus atteints par la maladie régnante sont précisément ceux en qui les causes prédisposantes individuelles ont rendu plus active l’influence des causes prédisposantes générales. Lorsque, par exemple, les affections bilieuses sont très-communes , les personnes d’un tempérament bilieux, celles qui font un usage exclusif de substances animales, etc. , sont plus généralement frappées par la maladie, tandis que celles qui sont douées d’un tempérament sanguin ou lymphatique éprouvent moins fortement l’impression des causes prédisposantes générales , et trouvent , dans leur constitution même, une sorte de résistance à en être affectées. Aussi, toutes choses égales d’ailleurs, les unes sont-elles plus rarement et plus légèrement atteintes , tandis que les autres sont attaquées plus généralement et avec plus de violence et de promptitude. Toutefois cette règle présente des exceptions nombreuses :

Les causes prédisposantes individuelles sulTisent seules pour produire le plus grand nombre des maladies. En effet, il n’est

DE l’Étiologie.

aucune affection qui ne se développe çà et là chez quelques individus isolés , indépendamment des causes prédisposantes générales. L’angine , la pneumonie , par exemple , bien qu'elles soient plus fréquentes dans quelques saisons , peuvent néanmoins se montrer dans toutes , par le seul effet des causes prédisposantes individuelles. Souvent même , dans le temps où l’on voit régner, par l’effet des causes générales , des maladies de tel ou tel genre , les causes prédisposantes individuelies produisent des affections d’un genre tout opposé. C’est ainsi que des maladies inOammatoires peuvent se développer chez quelques personnes dans les lieux où les hydropisies et le scorbut sont endémiques.

2® D’un autre côté, les causes prédisposantes générales, lorsqu’elles ont une grande activité , peuvent agir sans le concours des causes prédisposantes individuelles , et même malgré la résistance qu’elles opposent. C’est ainsi que dans les calaïuités publiques, pendant les disettes, dans les villes assiégées, etc., les maladies qui se développent frappent presque indistinctement toutes les classes de la société, tous les tempéramens, tous les âges, etc., comme on l’a observé dans plusieurs épidémies , dans celles de Modène (1) et de Naples en particulier (2).

Ainsi , selon leur degré relatif d'énergie, les causes prédisposantes générales peuvent neutraliser l’effet des causes individuelles, et déterminer des maladies tout-à-fait opposées à ces dernières, et les causes particulières produire le même effet à l’égard des causes générales.

Avant de terminer ce qui concerne les causes prédisposantes , nous ferons remarquer que , s’il est un certain nombre de conditions qui disposent à la maladie , il en est aussi plusieurs qui tendent à en préserver. Sans parler ici de cette puissance inconnue qu’on nomme force vitale, et qui , comme on l’a dit, parait lutter sans cesse contre les agens de destruction qui nous entourent, il est des conditions qui nous mettent à l’abri de certaines affections : telle est , en particulier, l’habitude. Elle ôte en partie aux alimens

(1) Ramazzim , 1690 — 95.

(2) Sarcone, 1764.

94 DE l’ÉTIOLOGIE.

les plus indigestes ce qu’ils ont de nuisible; elle détruit, comme on sait, Ténergie pernicieuse des poisons les plus subtils : les Turcs font impunément usage de l’opium , et Mithridate , au rap port des historiens, ne connaissait plus de poisons. Il ne faudrait pas croire , néanmoins , que l’usage habituel de substances délétères n’eût aucun effet nuisible sur l’économie ; l’habitude ne met pas entièrement à l’abri de leur action, seulement elle la change et l’affaiblit beaucoup.

L’influence préservative de l’habitude paraît également émous • Ser la force de quelques principes contagieux. Dans les lieux où la fièvre jaune est endémique, les indigènes n’en sont point atteints, à la Havane, à Yera-Cruz, par exemple. Les Turcs qui habitent Constantinople ne semblent-ils pas familiarisés avec le principe de la peste, qui se montre presque continuellement dans quelques parties de cette ville , comme ils le sont avec l’opium par l’usage journalier qu’ils en font? Il est également permis de croire que, si les médecins des hôpitaux ne sont pas plus fréquemment victimes du typhus dans les grandes épidémies, c’est qu’ils sont déjà accoutumés à l’action du principe contagieux avant qu’il ait acquis toute sa force.

La puissance de l’habitude s’étend plus loin encore, quand elle ôte aux agens chimiques eux-mêmes une partie de leur influence sur les tissus vivans. On voit des hommes manier impunément des corps dont la température est très-élevée, des charbons enflammés , par exemple , ou des barres de fer dont l’extrémité opposée est incandescente ; on en a vu d’autres qui s’étaient accoutumés à avaler des liquides bouillans sans en être sensiblement incommodés. Tartra cite l’observation curieuse d’une femme tiui , adonnée à l’ivrognerie , avait passé , de l’usage immodéré du vin, à celui de l’eau-de-vie, puis de l’alcool , et même de Téther ; enfin, blasée sur ces liquider , elle finit par boire de l’acide nitrique sans en éprouver aucun accident notable (1).

il est à peine nécessaire d’ajouter que l’age, le sexe , le tem-

(1) Empoisonn. par Vacide nitr,, p. 124.

DE l’Étiologie. 95

pérament, sont autant de conditions qui peuvent être considérées comme propres à préserver de telle ou telle affection. On n’observe pas de squirrhe ou d’anévrysme primitif dans l’enfance ; on ne cite qu’un seul exemple de croup dans la vieillesse.

Nous avons vu précédemment qu’il est quelques maladies contagieuses qui n’attaquent qu’une fois la môme personne ; celles qui en ont été atteintes en sont, par conséquent, à l’abri. Un phénomène bien extraordinaire , quoique très-connu , est la propriété réciproquement préservatrice de la variole à l’égard de la vaccine, et de la vaccine à l’égard de la variole. Ce fait, unique dans l’histoire des maladies contagieuses , conduit naturellement à soupçonner quelque chose d’identique dans l’origine de ces deux affections.

Enfin , il est une heureuse disposition , inconnue dans sa nature , mais appréciable dans ses effets , qui met à l’abri de telle ou telle maladie. On voit des individus qui ne sont point aptes à recevoir la contagion de la variole ou de la vaccine. On en voit d’autres s’exposer impunément , chaque jour, à contracter la syphilis. Dans toutes les épidémies de typhus, de fièvre jaune, il est quelques personnes qui bravent la contagion et n’en sont point atteintes. Dans la peste de Marseille, le vénérable Belzunce, patriarche de cette ville , ne contracta point la maladie , quoiqu’il fût presque continuellement au milieu des pestiférés, leur prodiguant toute espèce de secours. Dans la peste noire qui , en 1347, ravagea le midi de la France, on observa un autre fait non moins remarquable : de trente-cinq religieux qui habitaient la chartreuse de Mont-Rieux , un seul échappa à la contagion : c’était le frère du célèbre Pétrarque , le moine Gérard , qui soigna tous ses frères , et les ensevelit après leur mort.

§ III. — Nous avons considéré la manière d’agir des causes Spécifiques et prédisposantes dans le développement des maladies: il nous reste à dire quelque chose sur l’action des causes occasionnelles. Celles-ci n’ont pas, à beaucoup près, la meme influence*, elles ne peuvent agir qu’autant qu’il y a prédisposition. Aussi observe-t-on que, sur dix personnes, par exemple, qui fe-

96 DE L ETIOLOGIE.

ronl un excès de table, qui s’exposeront au froid, etc. , il y en aura tout au plus une ou deux dont la santé sera troublée , et quelquefois sur un nombre plus grand, il n’y en aura aucune. Outre cela, ces causes n’ont point d’influence sur l’espèce d’affection qui se développe; la même cause occasionnelle peut, comme nous l’avons vu, provoquer toute espèce de maladie, et la même maladie peut indifféremment être le résultat de toute cause occasionnelle. Celle-ci n’est en quelque sorte qu’une secousse imprimée à l’économie ; elle n’a aucun résultat chez l’homme qui est dans un état de santé stable; elle peut développer, chez les autres, toute espèce d’affection.

Telle est la manière d’agir de chacun des genres de causes morbifiques. Il est un certain nombre de maladies à la production desquelles concourent évidemment des causes de ces trois genres ; il en est d’autres où la maladie est produite exclusivement par une cause spécifique, ou par une ou plusieurs causes prédisposantes. L’asphyxie est toujours due à des causes spécifiques; le typhus exige , dans la plupart des cas , le concours de quelque cause prédisposante; et quelquefois une cause occasionnelle, comnaé la terreur ou un excès de régime, en provoque l’invasion : la pléthore et les fièvres inflammatoires sont presque toujours produites exclusivement par des causes prédisposantes : aucune affection n’est due uniquement à une cause occasionnelle.

Il s’en faut bien que nous puissions toujours remonter, dans les cas particuliers , à la connaissance des causes. Lorsque la maladie est due à des causes spécifiques , il est communément facile de les apprécier ; mais les causes prédisposantes , qui sont presque toujours obscures, échappent fréquemment à la sagacité du médecin. A la vérité , dans quelques cas, l’espèce de maladie qui se développe peut faire soupçonner les causes qui l’ont produite et guider dans leur recherche; mais dans beaucoup d’autres, les causes qui ont préparé le développement restent incertaines ou même inconnues. Quant aux causes occasionnelles , comme elles précèdent immédiatement la maladie, elles attirent davantage l’attention du malade , qui ne manque guère d'en instruire le médecin ; mais leur

DE l’Étiologie. 97

connaissance est en général peu importante, et beaucoup de maladies débutent d’ailleurs sans causes occasionnelles.

ARTICLE y.

De la Distinction des Maladies , relativement oalx causes

qui les produisent.

Les maladies qui se montrent dans des conditions semblables , ou qui offrent entre elles quelque point de contact sous le rapport de leurs causes , ont été réunies et ont donné lieu à cjuclques rapprocliemens qui ne sont pas sans intérêt : les principaux groupes auxquels cette division étiologique a donné lieu sont ceux des maladies innées et acquises, des maladies sporadiques, endémiques et épidémiques.

On entend par maladies innées ou congénitales (morbi cognati^ congeniti) celles que l’enfant apporte en naissant. Les maladies innées ne sont pas toutes héréditaires , de même que les maladies héréditaires ne se montrent pas toutes au moment de la naissance. Celles-ci ont existé ou existent encore chez les parens, et cette circonstance ne se trouve pas nécessairement dans les autres. Toutefois la meme affection peut être héréditaire et innée.

On comprend sous le nom de maladies acquises {morbi accquisiti, adventitii) celles qui ne commencent qu’après la naissance et qui ne dépendent point d’une disposition héréditaire. Toutes les maladies peuvent appartenir à cette série, à l’exception des vices de conformation.

On nomme sporadiques (morbi spjoradici) (1) les maladies qui n’attaquent qu un seul individu à la fois , ou quelques individus isolément. Elles sont ducs particulièrement à Faction des causes prédisposantes ; car on ne donne point cette épithète aux affections produites par des causes spécifiques. On ne dit point d’une plaie, d’une fracture, de Fasphyxie, quelles sont sporadiques : ce mot ne s’applique qu aux maladies dont le développement parait

(1) Xttsww, je disperse, je sème ça et là.

DE l’Étiologie.

spontané. Les maladies sporadiques sont les plus fréquentes de toutes -, elles paraissent dans toutes les saisons , à tous les âges ^ sous tous les climats, par l’effet des causes individuelles.

Les maladies qui attaquent beaucoup d’individus à la fois ont été désignées sous le titre de maladies pandèmiqiæs {morhi populares)] on les a subdivisées en plusieurs séries, relativement à quelques-unes des circonstances qui accompagnent leur développement. On a donné le nom à' annuelles {morhi annui^ anni-^ versarii) à celles qui reparaissent chaque année vers le même temps*, de stationnaires {morhi à celles qui se mon-

trent sans interruption pendant plusieurs saisons , pendant une ou plusieurs années ; {^intercurrentes ( morhi intercurrentes ) à celles qui surviennent dans différens temps de l’année, et qui sont seulement modifiées par les maladies régnantes. Ces dénominations sont aujourd’hui généralement abandonnées, et l’on n’admet plus que deux ordres de maladies populaires , les maladies endémiques et les maladies épidémiques.

On appelle endémiques (1) {morhi endemici) les affections produites par un concours de causes qui agissent continuellement ou périodiquement dans certains lieux , de sorte que les maladies qui en résultent s’y montrent sans interruption , ou du moins y reparaissent à des époques fixes , en frappant , dans tous les cas , une plus ou moins grande proportion des habitans : tels sont le goitre et le crétinisme dans les gorges du Valais, les lièvres intermittentes dans la plupart des endroits marécageux.

Les maladies épidémiques (2) (inorhi ejnclemici)^ qui, comme les précédentes , attaquent à la fois un grand nombre d’individus, ou deviennent beaucoup plus fréquentes qu’elles ne le sont communément , n’ont qu’une durée limitée , et ne reparaissent point à des intervalles réguliers. Les causes qui produisent les maladies épidémiques ont été de tout temps l’objet des recherches des médecins observateurs. Presque tous se sont accordés à reconnaître

(1) Év, dans, et peuple.

(2) É7rt, sur; peuple.

DE l’Étiologie. 99

que la plupart des épidémies ne dépendent pas seulement des circonstances dans lesquelles se trouyent actuellement les liabitans du lieu où elles régnent ; que leur apparition est , en quelque sorte , préparée par une succession de causes qui ont agi pendant un temps plus ou moins long, et ont produit une prédisposition que les causes actuelles ne font que développer ou augmenter. Aussi observe-t-on, dans beaucoup d’épidémies, que les personnes qui habitent depuis peu de temps le lieu où elles régnent n’en sont point atteintes, et qu’elles frappent en particulier sur les anciens babitans. Quelques médecins ont cru trouver dans les alimens, dans les boissons, mais surtout dans les qualités sensibles de l’atmosphère , les causes de toutes les épidémies. D’autres, ayant remarqué que les changemens qui surviennent quelquefois dans l’atmosphère, pendant le cours de l’épidémie, n’ont pas toujours sur elle une influence marquée , en ont déduit cette conclusion, que les causes qui provoquent l’apparition des maladies régnantes et qui les entretiennent ne se trouvent point dans les qualités appréciables de l’air. Ils ont été ainsi amenés à admettre dans ce fluide des qualités cachées, auxquelles ils attribuaient les maladies dont la production ne pouvait pas être expliquée par les changemens sensibles de l’atmosphère. De là est née la doctrine des causes occultes , admises sous des noms variés par beaucoup de médecins très-célèbres et très-judicieux, depuis Hippocrate jusqu’à Sydenham et Mertens,

Rien n’ était plus propre à fournir des lumières sur cette question que les nombreuses constitutions médicales publiées depuis deux siècles. 11 semblait qu'en comparant avec soin, pendant un grand nombre d’années , d’une part, les conditions variées de l’atmosphère et les autres causes morbifiques générales ; de l’autre , les maladies qui se seraient développées sous leur influence (et tel est l’objet des constitutions médicales), on parviendrait à reconnaître un rapport constant entre les épidémies et les conditions dans lesquelles elles se montrent. Toutefois, le résultat n’a point répondu à l’espoir, en apparence bien fondé, qu’avait donné ce genre de travail , soit que les constitutions médicales

100 de l’étiologie.

ü’aient pas été convenablement observées et décrites , soit que les épidémies dépendent de causes qui échappent jusqu ici à nos moyens d’investigation.

Sans prononcer d’une manière positive sur une question aussi obscure , nous ferons remarquer que , parmi les épidémies décrites jusqu’à ce jour , il en est quelques-unes dont les causes appréciables paraissent avoir été bien constatées : telles sont les épidémies de Lausanne, de Modène, de Gœttingue , de Gênes ; mais encore faut-il reconnaître qu’un concours de causes semblables à celles qui ont été signalées ne ramènerait pas nécessairement les mêmes effets , et qu’il est un bien plus grand nombre d’épidémies dont les causes sont restées inconnues malgré le soin extrême que beaucoup de médecins ont mis à indiquer toutes les circonstances qui ont précédé et accompagné leur développement.

Parmi les maladies qui attaquent à la fois un grand nombre de personnes , il en est quelques-unes qui sont dues à la contagion , ou à l’infection , et qu’il importe bien de ne pas confondre avec les autres, quoique la plupart des auteurs les aient comprises sous la dénomination commune de maladies épidémiques.

Il n’est pas toujours facile de déterminer si une maladie qui attaque à la fois un grand nombre de personnes est due aux causes prédisposantes générales , ou si elle dépend d’un principe contagieux. Il peut arriver (1) qu’une maladie soit réellement contagieuse et qu’elle paraisse simplement épidémique, parce que la contagion ne frappe pas tous ceux qui s’exposent à leur action, ou parce que les véhicules de la contagion et les principes contagieux étant presque infinis, la contagion atteint les personnes mêmes qui se croyaient hors de toute communication avec les malades; et, d’autre part, telle autre affection qu’on regarde comme contagieuse , parce qu’elle attaque des individus qui communiquent ensemble, peut être due aux influences épidémiques qui sont communes à tous. Ainsi lorsqu’on voit plusieurs des habitans d’une même maison tomber simultanément ou successivement ma-

(1) liOmiLKsimy Fièwe jaum.

DE l’ÉTIOEOGIE.

lades , on soupçonne presque toujours la contagion ; et cependant , comme le remarque Ramazzini ^ il est naturel que plusieurs individus, soumis d’une manière égale et depuis un temps pareil à l’influence des mêmes causes , soient atteints vers la même époque d’une même affection. C’est, comme l’a dit ingénieusement ce médecin célèbre, une sorte de maturité qui survient dans l’économie exposée depuis un certain temps à l’action de causes morbifiques semblables.

Dans quelques cas, la difficulté d’écarter tout soupçon de communication nous empêche de nier avec certitude la contagion ; et dans d’autres nous ne pouvons admettre la contagion , parce que nous ne pouvons pas être sûrs que la maladie n’est point due à la constitution atmosphérique ou à quelque autre cause générale.

Plus le principe contagieux est volatil et sa transmission facile, plus l’obscurité est grande.

Une autre circonstance qui rend encore la distinction plus difficile, c’est que la plupart des maladies contagieuses n’attaquent un très-grand nombre d’individus qu’autant que la contagion est favorisée par une constitution particulière de l’air atmosphérique ou par d’autres causes prédisposantes générales auxquelles on peut attribuer la maladie régnante. Enfin la contagion perd quelquefois son activité au bout d’un certain temps , et tous les faits qu’on observe alors disposent à croire que l’affection n’est point contagieuse. C’est ce qu’on a vu dans la plupart des maladies pestilentielles, dans le typhus d’Europe et la peste d’Orient en particulier. Il serait même difficile de concevoir leur cessation graduée si l’on refusait d’admettre ce principe.

Il est néanmoins quelques circonstances propres à faire distinguer entre elles les maladies contagieuses et épidémiques : telles sont V inoculation et V importation. Toutes les fois qu’une maladie peut être manifestement transmise d’un individu qui en est affecté cl des personnes saines , et que cette transmission a été reconnue

(1) Epid, Modène.

102 DE l’étiolôgie.

par des expériences répétées, la contagion ne peut plus être révoquée en doute. C’est ainsi qu’on a constaté d’une manière certaine la contagion de la variole et de la vaccine.

L’impossibilité de transmettre une maladie par l’inoculation a été présentée aussi comme un moyen de juger négativement la question de contagion. On a vu, dans l’épidémie du choléra, plusieurs médecins courageux et dévoués s’inoculer par diverses voies les matières excrétées par les malades , dans le but d’éclairer cette question , dont la solution importait si grandement à tous les intérêts sociaux. Tout en accordant à leur zèle les éloges dus au motif honorable qui les guidait, je ne puis m’empêcher de faire remarquer que ces expériences ne suffisaient pas pour juger définitivement la question. En effet, toutes les maladies ne sont pas contagieuses de la même manière ; plusieurs ont un mode particulier de transmission , hors duquel la contagion n’apparaît pas. Ainsi la syphilis ne l’est guère que par le coït; la vaccine ne l’est que par l’insertion artificielle du liquide contenu dans les pustules. 11 peut en être de même de quelques autres affections , et le virus du choléra asiatique, s’il existe, pourrait exiger , pour être transmis , un mode d’inoculation différent de ceux qu’on a essayés. Ajoutez encore que tout individu n’est pas apte à recevoir toute contagion, comme nous l’avons dit ailleurs ; qu’il faudrait des expériences beaucoup plus nombreuses pour obtenir une solution , et que, dans les essais de ce genre , les résultats négatifs ont bien moins de portée que les résultats positifs. Remarquez enfin que le développement d’une maladie, chez les personnes qui ont été soumises à des essais d’inoculation, ne peut démontrer le caractère contagieux du mal qu’autant que ces essais sont tentés loin des lieux où il règne. Aussi quels que dussent être les résultats des inoculations faites pendant l’épidémie cholérique et dans les lieux où elle sévissait, ces résultats étaient d’avance frappés de nullité.

L’importation est dans des cas de ce genre le moyen le plus propre à éclairer ces questions. Lorsqu’une maladie qui n’est pas connue dans un pays vient à s’y développer tout-à-coup, si son apparition

DE L’ÉtïOLOGîE.

succède à l’arrivée de quelques étrangers qui en soient actueüernent atteints ou récemment guéris, ou qui arrivent d’un lieu où elle règne ; si les personnes qui reçoivent ces étrangers et qui les soignent sont les premières atteintes de la maladie 5 si celle-ci se montre en second lieu chez les individus qui habitent avec les premiers malades, il est de toute évidence qu’elle est contagieuse. C’est ainsi que l’apparition de la variole au cap de Bonne-Espérance, dans les îles Ferroë et dans plusieurs points de la B.ussie, où elle était inconnue , démontrerait , au besoin , la contagion de cette maladie. L’importation de la scarlatine en Podolie(l), comme la raconte Hildenbrand, en établit également la propriété contagieuse. -L’importation de la peste d’Orient , de la fièvre jaune, du clioléra-morbus asiatique , si elle était rigoureusement démontrée , ne laisserait également aucun doute sur la nature contagieuse de ces maladies. Mais, dans l’état actuel delà science, ces questions délicates sont encore indécises. Beaucoup de bons observateurs sont convaincus que ces maladies, dues primitivement à des miasmes, se transmettent surtout par l’accumulation des malades , et qu’elles appartiennent par conséquent aux mladies infectieuses. Nous devons ajouter enfin que telle maladie qui naît sous l’influence de l’encombrement des malades , quî est infectieuse dans son origine , peut être contagieuse dans sa transmission ultérieure. Le typhus des camps, la pourriture d’hôpital, en offrent des exemples remarquables.

Nous ajouterons sur cette matière une dernière réflexion que voici : ce n’est pas dans les grandes villes que les questions de contagion peuvent être avantageusement étudiées et approfondies. Là en effet où six ou huit cent mille habitans sont réunis sans se connaître, il est impossible de suivre dans sa transmission la ma-

(i) Yoici le fait rapporté à ce sujet par Hlldenlrand : « Un habit noir » que j’avais en visitant une malade attaquée de scarlatine , et que je )> portai deYienne en Podolie, sans l’avoir mis depuis plus d’un an et demi,

me communiqua, dès que je fus arrivé, cette maladie contagieuse, que )) je répandis ensuite dans cette province , où elle était jusqu’alors pres- » que inconnue. » f Du Typhus contagieux.)

DE L ÉTIOLOGIE.

ladie la plus manifestement contagieuse. Je citerai comme exemple la marche de la variole à Paris , et Timpossibilité de parvenir à savoir chez le plus grand nombre de sujets quand et par qui la maladie leur a été transmise. Dans les lieux au contraire où les habitans sont peu nombreux et se connaissent tous , la propagation d’une maladie est généralement facile à suivre ; chacun sait quel individu en a été le premier atteint, quels autres en ont été successivement affectés , quels rapports ils avaient avec les premiers. C’est donc dans les villages et non dans les villes populeuses que le mode d’extension des maladies peut être étudié avec fiuit , et leur caractère contagieux , infectieux ou simplement épidémique mieux apprécié. Nous ne parlons point ici de la syphilis et de la vaccine, qui, exigeant un contact intime pour être transmises, ne peuvent être confondues avec les maladies épidémiques (l). Nous terminerons en rappelant cet ancien précepte, trop souvent attaqué dans ces derniers temps , que , toutes les fois qu’il y a de l’incertitude sur la contagion, il est du devoir du médecin et des autorités administratives d’agir comme si la

contagion était démontrée. I! y a sans doute de graves inconvéniens à voir la contagion là où elle n’est point, mais il y en a bien davantage à la méconnaître quand elle existe (^).

On a aussi distingué les maladies, relativement aux causes qui les produisent, en essentielles, primitives ou protopathiques (3); et en symptomatiques , secondaires ou deutéropathiques (4). Les premières sont celles qui résultent immédiatement des causes

(1) D’après l’opinion de plusieurs auteurs, appuyée de quel(]ues monumens historiques, il semblerait prouvé que la maladie vénérienne aurait présenté, à l’époque où elle a paru , une contagion aussi facile que celle de la peste et de la variole, et qu’elle serait devenue par la suite de moins en moins active. Aucune autre alfection contagieuse n’a offert de cliangemens analogues dans son mode de transmission.

(2) Ce motif aurait pu nous suftire pour placer la fièvre jaune et le typhus parmi les maladies contagieuses, lors même que nous n’eussions pas été persuadé, comme nous le sommes, de leur contagion.

(5) llàOoç, maladie ; lc^ioç, propre ; TrpwToç, premier.

(4) iiàGoç, maladie; (îsvTspoç, secondaire.

DE l’Étiologie.

morbifiques ; les secondes dépendent d’une autre affection , dont elles ne sont, à proprement parler, qu’un symptôme. Les hémorrhagies appartiennent tantôt à celles-ci, tantôt à celles-là. Elles sont essentielles quand elles ne sont liées à aucune lésion sensible de l’organe qui en est le siège ; elles sont symptomatiques dans le scorbut et dans beaucoup d’affections organiques.

Il est quelquefois facile de reconnaître si une maladie est primitive ou secondaire : ainsi, dans le cancer de la matrice parvenu à un certain degré, l’écoulement ichoreux ne peut pas en imposer pour un catarrhe utérin , et les hémorrhagies qui se montrent par intervalles ne peuvent pas être considérées comme primitives ; mais il en est autrement lorsque la même maladie ne fait que commencer, et que le col de l’utérus n’offre pas encore la dureté et la déformation qui caractérisent la maladie.

Il est un certain nombre d’affections qui, quelque bien dessinées cju’elles puissent être , sont essentielles suivant les uns , et symptomatiques suivant les autres : tels sont la courbure des os , leur ramollissement , que quelques médecins ont regardés comme des maladies primitives , tandis que d’autres y ont vu des affections secondaires , liées à l’existence des scrofules ; tels sont encore les ulcères des intestins dans la maladie typhoïde, le gonflement de la rate dans les fièvres intermittentes. Les hydropisies , les névroses ont été et sont encore aujourd’hui , dans quelques-unes de leurs formes du moins, l’objet de semblables dissentimens. Des observations exactes et des discussions approfondies ont jugé quelques-unes de ces questions ; le temps amènera peu à peu la solution de beaucoup d’autres.

Du temps qui se passe entre T application des causes et le dhceloppement des maladies.

Il est un certain nombre de maladies qui sont produites au moment même où agit la cause qui les détermine : c’est ce qu’on observe dans les contusions , dans les plaies , dans les fractures , dans l’inspiration de certains gaz délétères. L’inflammation qui

DES riIENOMEAES PRECURSEURS .

résulte de l’application des rubéfians se manifeste ordinairement au bout d’un temps assez court, d’une heure, par exemple; le virus vaccin ne commence à agir qu’au bout de trois jours; les premiers symptômes de la variole ne se montrent en général que huit jours après l’époque où la contagion a eu lieu; la syphilis ne s’est développée quelquefois que trois ou quatre semaines après le coït, et communément les premiers symptômes de la rage ne se déclarent chez les adultes que du trentième au quarantième jour après la morsure.

Quelques auteurs ont nommé période d'incuhation le temps qui s’écoule entre l’application des principes contagieux et leurs premiers effets sur l’économie.

Il est presque toujours impossible de mesurer exactement le temps depuis lequel ont agi les causes prédisposantes : quelquesunes de ces causes sont d’ailleurs inhérentes à la constitution de l’individu, comme l’âge, le sexe, le tempérament, etc. Quant aux causes occasionnelles , le développement de la maladie suit immédiatement ou du moins de très-près leur application.

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