PRÉSENCE DU VER DE MÉDINE
1389. Bibliographie. — (1387). — Aétius. — {Tetrabiblos). IVe partie, livre II, chap. 85. (D'après Léonidas d'Alexandrie, médecin du inc siècle de notre ère.) — Là se trouve la plus ancienne mention du dragonneau.
AvICEnne. — (Canon). Lib. IV, fen. III, tractatus 2 , c. 21, De venâ Medeni , i. e. dracunculo ; — c. 22, De cura.
Marc — (Dans le Dict. des sciences méd., t. X, p. 2M-52).— Art. Dragonneau.
Laennlc. — (Dans le Dict. des sciences méd., — t. XV, p. 493- 5 ). — Art. Filaire.
Nordmann. — {Mémoire sur les helminthes dans l'œil des animaux supérieurs. Traduit de l'allemand : dans les Archives de médecine comparée, de M. Rayer, année 1843, n° 2). — I. Helminthes dans l'œil de l'homme (p. 72-5). I. FilaHa oeuh
humant.
Maisonneuve. Note sur un dragonneau observé à Paris et présenté à la Société de chirurgie. (Dans les Archives , décembre
MALADIES VKKMINEUSES. 195
\8UU.) — Cas recueilli chez un homme qui avait habité comme soldat le Sénégal pendant deux ans et demi, et avait souvent marché nu-pieds.
1390. Point de vue êtiologique. — A. Ce qu'on appelle communément ver de Médine, ver de Guinée , dragonneau, etc. , après avoir été depuis l'antiquité l'objet de bien des doutes, de bien des controverses, est aujourd'hui reconnu par la plupart des zoologistes pour une espèce particulière d'helminthe, de l'ordre des cavitaires ou nématoïdes, et du genre Filaire. C'est le Filaria medinensis de Rudolphi et de Cuvier , Filaria dracunculus de Bremser. Linné, peu disposé qu'il était à considérer les helminthes comme des espèces originairement , essentiellement parasites et pour ainsi dire aborigènes, convaincu qu'il était, au contraire, de la possibilité d'une immigration de vers aquatiques ou terrestres dans le corps de l'homme ou de tout autre animal supérieur , et d'un changement plus ou moins considérable de leurs formes naturelles par suite de leurs nouvelles destinées dans un milieu nouveau , Linné avait regardé le ver de Médine comme une espèce congénère du Gordius aquaticus , cet annélide filiforme qui vit et qui serpente dans les eaux douces et dans la vase, et il l'avait inscrit sous le nom de Gordius medinensis. Et ce n'est pas moi, à Dieu ne plaise , ce n'est pas moi qui oserai assurer que Linné ait eu complètement tort; que ses idées en fait d'helminlhogénie soient tout à fait dénuées de fondement ; que nous ayons aujourd'hui le dernier mot de la science sur tous les points de cet obscur problème ; et qu'en particulier le ver de Médine ne puisse pas être un parasite venu du dehors comme la chique (1386.), ne puisse pas être notre gordius aquatique, ou quelque autre annélide congénère ; qui , à l'état d'œuf ou d'embryon , ait pénétré à travers la peau, et, dans son nouveau séjour, se soit développé d'une façon quelque peu différente de son type régulier. Quant à prétendre, comme certains de nos devanciers , que ce ver n'en soit pas un réellement, mais rien qu'une apparence illusoire produite par une portion d'œuf, par un vaisseau , par une exsudation fibrineuse en forme de filament, etc., cette opinion-là est désormais insoutenable, et il n'est pas une voix sérieuse et grave qui la défende encore.
B. Quoiqu'il en soit, le Filaria dracunculus a, comme l'indique son nom générique , le corps semblable à un fil , c'est-à-dire le corps allongé, cylindrique, et à peu près de même diamètre d'un bout à l'autre. Sa longueur est extrêmement variable , depuis un décimètre jusqu'à un mètre, jusqu'à deux ou trois mètres , et même, s'il faut en croire, certains auteurs, bien davantage encore. Sa grosseur varie aussi, mais à un moindre degré : celle d'un crin délié, et celle d'un tuyau de plume de pigeon, voilà les deux termes extrêmes.
C. C'est au sein du tissu cellulaire, et notamment du tissu cellulaire
sons-cutané , que se trouve le ver de Médine. Le plus souvent il occupe les membres inférieurs, mais, quelquefois aussi, les membres supérieurs, le scrotum, le cou , le nez, la langue, etc. En un mot, il peut habiter toutes les régions du corps. Clot-Bey, dans une note adressée à l'Académie des sciences (séance du 10 décembre 1832) , a dit avoir observé lui-même un cas fort curieux où l'œil servait de demeure à un semblable helminthe : c'était chez une négresse, venue de l'Afrique centrale en Egypte depuis cinq à six ans; et, remarquons-le sur le Champ , le ver n'avait point déterminé une ophthalmie très vive; caché la plupart du temps dans la profondeur de l'orbite, il venait de temps à autre se montrer, pour ainsi dire , au dehors ; on le voyait s'avancer de l'angle externe de l'œil en glissant entre la conjonctive et la sclérotique, et, parvenu à la cornée, il la contournait en se dirigeant en haut.
D. Le ver de Médine a pour patrie les climats chauds, et surtout très chauds (79. A. 6.). L'Arabie, l'Inde, le Sénégal et toute la Sénégambie, la Guinée, le Congo, la Guyane, voilà les contrées particulièrement reconnues pour être celles où cet entozoaire se rencontre assez fréquemment et constitue en quelque sorte un mal endémique. En Europe, au contraire, il ne paraît pas qu'on l'ait jamais vu se développer chez d'autres gens que ceux qui avaient séjourné dans un pays où règne l'helminthiase en question, et d'où, sans aucun doute, ils en avaient contracté le germe. Tel est, par exemple, le cas de M. Maisonneuve (1389). Tel est aussi le cas que je lis dans le Journal des conn. médico-chirurgicales (novembre 18^3, pag. 210. — D'après un journal anglais), et où il s'agit d'un dragonneau observé à l'hôpital de Southampton chez un matelot qui, pendant une station de soixante-cinq jours sur la côte d'Afrique, n'était descendu à terre qu'une fois, et pour trois heures seulement, mais avait fait la faute, pour avoir moins chaud, de se déchausser et de marcher pieds nus. Citons encore, à ce propos, les deux observations analogues que M. Guyon a eu occasion de recueillir à Alger (Gaz. méd., année 18M, p. 106) : l'une , chez un Maure qui était de retour de la Mecque depuis deux ou trois mois ; l'autre, chez un matelot anglais qui venait de faire un séjour de trois années dans l'Inde.
1391. Point de vue nosologique. — A. Il paraît que le ver de Médine peut rester plusieurs mois et même plus d'une année dans le corps de l'homme sans déterminer aucun dérangement de santé, sans produire aucun symptôme. Mais, plus ordinairement, l'endroit occupé par i'entozoaire fait au moins éprouver une certaine démangeaison. Quelquefois l'animal se dessine à travers la peau, et se montre aussi distinct et aussi palpable qu'une veine sous-cutanée. Tôt ou tard, sur un point, se développe une sorte de tubérosité furonculeuse , qui finit par abeéder, et où l'animal, au milieu de la matière purulente, se laisse dès lors voir et toucher à nu. Suivant M. Maisonneuve, c'est à l'époque de la ponte que le ver de Médine détermine ainsi l'inflammation et la perforation dos lé-
gumens : c'est pour rejeter, fort heureusement, sa progéniture au dehors, sans quoi, à ce qu'il semble, la rapide multiplication de si fâcheux parasites ne manquerait pas de causer lesaccidens les plus graves. Cet observateur nous assure avoir bien constaté que l'orifice de la tumeur furonculeuse donnait issue à une liqueur lactescente , dans laquelle le microscope découvrait des myriades de petits filaires. Quoi qu'il en soit , l'extraction du ver de Médine une fois faite comme il le faut et de la façon que je m'en vais dire tout à l'heure (1392.) , l'ulcère qui s'était produit ne tarde pas à se cicatriser. Ainsi donc , après tout , la ver de Médine n'est pas quelque chose de fort terrible et de fort dangereux, en règle générale du moins : mais quelquefois, dit-on , les douleurs qu'il fait naître sont des plus vives, des plus atroces, au point d'amener les convulsions et autres symptômes cérébraux de sinistre nature.
B. Assez ordinairement, le ver de Médine ne se montre pas solitaire, mais on en voit plusieurs exister en même temps ou se développer les uns après les autres chez le même homme.
1392. Thérapeutique. — Suivant les circonstances, suivant le degré de la douleur.de l'inflammation, de la suppuration, etc., attendre l'ouverture spontanée de la peau , ou pratiquer une incision. Le ver une fois mis à nu de façon ou d'autre on le saisit avec des pinces , on le soulève doucement, puis on le tire dehors. On le tire jusqu'à ce qu'on ne le sente plus céder à un faible effort de traction , mais menacer de se rompre : rupture qui passe pour être un accident très funeste et pour occasionner bien des fois le développement si redoutable du phlegmon diffus {Pathol. chir. , chap. II, art. v. — T. Ier, p. 92 et suiv.), ce que d'ailleurs je ne voudrais pas garantir comme absolument vrai, et en quoi je soupçonne , au contraire , bien de l'exagération. Quoi qu'il en soit, on enroule le ver , c'est-à-dire toute la portion devenue libre et mise dehors, autour d'une petite baguette de bois ou d'ivoire, autour d'un petit rouleau de carton, de sparadrap, de papier, etc. ; et on fait le pansement convenable. Ensuite, une ou plusieurs fois par jour , on renouvelle les tentatives de traction sur le ver , au succès desquelles on peut aider beaucoup par des pressions adroitement faites sur la portion qui reste encore en dedans de la peau. On parvient ainsi à extraire le ver tout entier ; mais, en général , il faut plusieurs jours , voire même quelquefois une ou deux semaines, ou davantage encore.
Quant à l'espérance de tuer le ver de Médine en dedans même du corps humain par quelque médicarnentation externe ou interne , il ne paraît pas que les moyens jusqu'à présent essayés dans ce but, frictions mercurielles, liqueur de Van Swieten , soufre, ail , assa fœtida , etc. , aient aucune efficacité.
l'ATHOLOGIE MÉDICALE.
ARTICLE II
UELMINIHIASE CYSTOÏDE (1388. C. et E.).
1393. Bibliographie. — (1387 .). — Laennec. Mémoire sur les vers vésiculaires, et principalement sur ceux qui se trouvent dans le corps humain : lu à la Soc. de la Fac. de méd. , le 26 pluviôse an Xii. — Dans le premier volume des Mémoires imprimés, mais inédits, de cette société.
— Article Ditrachycéros, dans le Dict. des se. méd. (T. X, p. 34-6).
— Genre d'hydalide admis sur le témoignage du docteur Sultzer, de Strasbourg, d'après un seul exemple, resté encore unique jusqu'ici , et dont la relation originale ne laissait pas que d'être fort défectueuse.
Hipp. Cloquet. — (Dans le Dict. des se. méd., — t. XXII, p. 156- 81.) — Art. Hydatide. — Avec fig.
Kuhn. Recherches sur les acéphalocystes. (Dans Gaz. méd., année 1832, n° du 29 déc.)
Cruveilhier. — (Dans le Dict. de méd. et de chir. prat., — 1. 1", p. 193-270). — Art. Acéphalocystes.
— (Anat.path.). Livraison III, planche v, — Deux kystes acéphalocystes du foie. Ascite, anasarque, ictère. — Livrais. XIX, planches I-II, Acéphalocystes. (Masse de kystes acéphalocystes qui occupaient'le foie , la rate, et presque toute la cavité péritonéale.)
Nivet. Observations de cysticerques ladriques du cerveau. (Dans les
Archives, décembre 1839.) Michéa. Observations dy acéphalocystes du cerveau. (Dans Gaz. med.,
année 1840, n°. 47.) . '
Max Simon. Des acéphalocystes des poumons, et des accidens qu ils déterminent. ( Dans le Journal des connaissances médico-chir. ,
novembre 1840.) . . , . , ,>
Auan. Mémoire sur les hydatides ou vers vésiculaires de l encéphale. (Dans les Archives, septembre 1841.) I ivois Recherches sur les échinocoques chez l'homme et chez les ani- J maux Th. inaug. Paris, 1843. — Travail extrêmement remarquable , fruit d'une érudition judicieuse, et d'observations microscopiques aussi habilement recueillies que patiemment répétées. Ce doit être l'une des bases de notre article.
— Voir aussi du même auteur ( Dans le Supplément au Dictionn. des dictionn. de méd,, Paris, 1851 , in-8°) , l'art. Echinocoque
fnae. 259-65). , . .
Klencke (Professeur à Brunswick.). Recherches sur la transmission des hydatidespar contagion. (Dans Gaz. méd., année 1843, n-5~)
MALADIES YERMINEUSES. 199
Nordmann. —Loco suprà cit. (1389.) — II. Cysticercus cellulosœ.
Sichel. Mémoire pratique sur le Cysticerque , observé dans l'œil humain. (Dans le Joum. de chirurgie de M. Malgaigne, décembre 1843, janv. etfëv. 1844.)
B*ron fils. — (Mémoires sur la nature et le développement des produits accidentels. Paris, 18^5 , in-ft» ) Pag. 41 -TA : Note sur les hydatides du poumon et sur l'apoplexie pulmonaire. — Mon savant collègue démontre, pour certains cas du moins, la relation étiologique de l'hémorragie intra-pulmonaire en particulier, et de toutes les hémorragies inlra-organiques en général , avec le développement des kystes hydalidifères.
Fredault. Note'sur un nouveau ver vésiculaire trouvé dans le cer-
1 veau. (Dans Gaz. méd. , Année 1847, n° 17.) — (?) — Ce nouveau ver, M. Fredault le considère comme étant d'un genre à part, et propose de le nommer trachélocampule.
1394. Idée sommaire. — Sous le nom d'helminthiase cystoïde , je réunis génériquement tous les cas dans lesquels l'économie animale se trouve atteinte et plus ou moins largement infestée de ces helminthes qu'on appelle communément hydatides, ou bien , encore , vers vésiculaires, et qui, dans la classification de Rudolphi, ce législateur de l'helminihologie, forment la famille des cystoïdes. — (De KÔ=t(?, vessie.)
Le caractère commun de ces helminthes-là est, en effet, de consister en une sorte de petites vessies transparentes, pleines d'une sérosité limpide , lesquelles , au surplus , suivant le genre donné , appartiennent chacune isolément à une seule et unique tête, à un seul et unique individu, ou bien servent de support et de lien à plusieurs individus, à plusieurs tètes bien distinctes , et constituent ainsi un animal multiple et tout à fait analogue à ce que sont certains mollusques acéphales ( Les mollusques agrégés deCuvier) et tous les polypes à polypiers.
C'est vers la fin du xviP siècle que l'animalité des hydatides fut proclamée pour la première fois par Jacques-Philippe Hartmann, en Allemagne; par Edouard Tyson, en Angleterre, et par Malpighi, en Italie. Ces observateurs en avaient, effectivement, aperçu les mouvemens spontanés. Mais c'est à Pallas et à Goeze, médecins naturalistes du dernier siècle, qu'échut le mérite de bien étudier à l'aide du microscope, de bien décrire, et, en un mot, de bien démontrer l'extrémité céphalique deshelminthes dont il s'agit, leur rostre, leur couronnede crochets, Ieurssuçoirs.
Entozoaires très petits, et même microscopiques , semblables à l'extrémité céphalique d'un ténia , et terminés en une vessie propre a un seul individu ou commune à plusieurs : voilà aujourd'hui la pbrase qui me paraît le mieux faite pour caractériser la famille des cystoïdes.
Ts'ous n'accorderons pas notre attention à toutes les espèces d'helminthes cystoïdes , espèces vraies ou fausses , authentiques ou non , dont
mention ait été faite dans les livres et les journaux. Bornons-nous à un aperçu des trois genres qui jusqu'ici sont les mieux connus et les plus authentiques, savoir : le cysticerque, le cénure et l'échinocoque. Laissons donc de côté, jusqu'à nouvel ordre, le ditrachycéros de Sultzer, le trachélocampule de M. Frédault, le Trichinia spiralis de Owen, etc.
1395. Trois genres d'helminthes cystoïdes bien authentiquement reconnus. — A. Cysticerque ( Cysticercus. — De Rû™?, vessie, et Kipxoç , queue ) : genre caractérisé par une vessie caudale qui ne porte qu'un seul corps à tête de ténia, un corps très visible à l'œil nu toutes les fois qu'il ne s'est point rétracté et rentré dans sa vessie, mais visible en manière d'appendice vermiforme beaucoup plus grêle et plus petit que celle-ci. Ce genre-là , Cuvier l'a formellement reconnu et .consacré dans son Règne animal. Les cysticerques peuvent se développer dans tous les organes , mais ils envahissent surtout les couches épaisses de tissu cellulaire libre et lâche. Ordinairement réunis en grand nombre dans une même région, chacun d'eux a pourtant son kyste propre , où il se trouve contenu sans aucune adhérence et où il se meut donc librement, lequel kyste, au contraire, se montre adhérent et pour ainsi dire fait partie, non pas du cysticerque lui-même, mais bien de l'organe affecté d'helminthiase cysloïde. De toutes les espèces du genre Cysticerque , la plus célèbre et véritablement la mieux connue est celle qui se multiplie entre les fibres des muscles chez le cochon, et constitue chez cet animal la maladie désignée sous le nom de ladrerie : c'est le Cysticercus celluloses de Rudolphi {Tœnia cellulosœ et T. finna de Gmelin. —Hydatis finna de Blumenbach); jamais, assure-t-on, un semblable helminthe ne se trouve chez le sanglier , dont , pourtant , le cochon n'est qu une race abâtardie et modifiée par la domesticité; et , comme le remarque Blumenbach dans son Handbuch der Naturgeschichte, c'est donc la un exemple de corps organisés qui paraissent n'avoir été créés que longtemps après la première création du monde. Quoi qu'il en soit, cette même espèce de cysticerque se rencontre aussi chez l'homme , quoique assez rarement , il est vrai : les fastes de l'art possèdent maints cas authentiques et incontestables où on l'a vue exister dans le corps humain et y occuper, par exemple, l'œil, le cerveau, ou d'autres organes.
B Cénure {Cœnurus. — de Kotvôç, commun, et 0«p«« queue) : genre caractérisé par la coexistence et pour ainsi dire l'agrégation de plusieurs petits vers lénioïdes sur une seule et même vessie ; reconnu et dûment enregistré à côté du cysticerque par notre illustre zoolog.ste. On n en connaît encore qu'une seule espèce , le cénure cérébral , vulgairement ver-coquin (Cœnurus cerebralis Rudolphi. - Tœnia vesiculans Goeze. Tœnia cerebralis Gmelin. — Polycephalus ovinus Zcder). Cette espece-là se développe assez fréquemment dans le cerveau des moutons, le comprime et l'atrophie, et cause ainsi une maladie particulière, appelée le tournis, parce que ces pauvres bêles tournent involontairement
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de côté comme si elles étaient entraînées par de soudains vertiges. On l'a rencontrée quelquefois aussi, assurc-t-on, dans les bœufs et d'autres rumiuans, où elle produisait les mêmes effets. Il paraît même, si l'on en croit le témoignage de quelques observateurs , qu'elle peut s'engendrer chez l'homme, quoique rarement. La vessie du cénure cérébral a parfois la grosseur d'un œuf : les parois en sont très minces; elles exécutent des contractions sensibles. Les petits vers , à peine longs d'un millimètre dans leur état d'entière extension, et doués qu'ils sont d'une notable rétractilité, peuvent rentrer et se cacher entièrement au dedans de, la vessie commune.
C. Echinocoque [Echinococcus. — De EzTvoÇhérisson, et , par extension, toute chose hérissée; et Kôxxo? , grain. — A raison : 1° de la couronne de crochets que présente l'extrémité céphalique, comme cela d'ailleurs a lieu chez tous les autres helminthes cysloïdes ; 2° de l'excessive petitesse de l'animal tout entier, moins grand que le plus petit grain de sable) : c'est là un genre établi , comme les deux précédens, par Rudolphi, mais que cet helminthologue n'avait décrit que d'une façon peu convaincante et peu précise; en sorte que Cuvier dut , sinon le rejeter, du moins l'ajourner, en disant qu'il ne s'en faisait point une idée assez claire pour le classer ( Règne anim. , t. III, p. 273); mais , dans ces derniers temps , M. Livois me paraît avoir enfin élucidé ce point d'helminthographie , et c'est d'après lui surtout que je vais parler. Les échinocoques sont des vers microscopiques, qui n'apparaissent à l'œil nu que comme un point à peine visible lorsqu'ils sont isolés, et qui, amassés en foule les uns près des autres comme c'est l'ordinaire, n'ont encore que l'apparence de grains fort menus, d'ovules arrondis, allongés ou diversement configurés, mais, sous l'instrument grossissant, se montrent chacun distinctement dans la forme d'un corps vésiculaire, oblong, à tête de ténia, c'est-à-dire avec une couronne de crochets en deux rangées , et avec quatre suçoirs : toujours ils se trouvent renfermés plusieurs ensemble, en plus ou moins grand nombre, dans une vésicule, communément appelée hydatide , au dedans de laquelle ils sont réellement indépendans et libres, quoique d'ailleurs ils puissent, sans doute à l'aide de leurs suçoirs, s'attacher à la surface interne; celte vésicule elle-même est contenue dans un kyste, avec lequel elle n'a pas d'adhérence, et qui, par conséquent, l'isole absolument des parties environnantes. Voilà ce que Goeze a décrit sous le titre de Tœnia visceralis socialis granulosa ; Zeder, sous le double titre de Polycephalus granulosus et de Polycephalus hominis, selon que l'helminthiase dont il s'agit se rencontrait chez les bestiaux ou chez l'homme; Rudolphi, sous le triple titre de Echinococcus hominis (Echinocoque de l'homme) , E. simiœ (E. du singe), E. veterinorum ( E. des bestiaux ) , comme si c'étaient là trois espèces véritablement différentes et bien distinctes. Or il est de fait que les échinocoques, pris chez l'homme ou chez les autres
mammifères (ils ont été jusqu'à présent vainement cherchés clans les trois autres classes de vertébrés) , se montrent toujours et tout à fait semblables entre eux ; ils ne constituent réellement qu'une seule et unique espèce, que M. Livois propose, après un auteur allemand, d'appeler Echinococcus infusorium. Il n'y a de différence à noier que sous le rapport des poches ou vessies dans lesquelles ces Helminthes microscopiques sont contenus. Chez l'homme , les vessies à éebinocoques, les hydatides proprement dites, sont presque toujours globuleuses et plusieurs ensemble dans un même kyste. Chez les autres animaux, au contraire, elles se montrent toujours isolées chacune dans un kyste a. part, et toujours configurées irrégulièrement. Mais que sont donc ces poches, ces vessies libres et sans adhérences? Sont-ce là, en vérité, des animaux, des helminthes d'un genre particulier, comme on le répète depuis Laennec, qui les envisagea de cette façon et les baptisa du nom d' Acéphalocystes ? Pas plus que M. Livois, je ne saurais admettre cela. Je ne saurais aller jusqu'à ranger dans le règne animal de simples vessies, dépourvues de toute espèce d'organes et de toute espèce de mouvement spontané , cl offrant entre elles de si énormes différences de volume, généralement en rapport avec le nombre des échinocoques que conlient chacune d'elles. Laissons à cet égard parler M. Livois lui-même ( Thèse citée, p. 122-3) : « Les caractères d'après lesquels on a établi » l'animalité des hydatides, tels que leur forme globuleuse, leur emboî- » tement, leur reproduction, la limpidité du liquide qu'elles renferment » différent dans certains cas de celui dans lequel elles nagent , ne me » paraissent nullement fondés. La forme sphérique ou globuleuse, ainsi » que l'a déjà fait remarquer avec raison iM. Reynaud , n'est point es- » sentielle; elle est seulement celle de l'hydatide se développant en li- » berté, et n'ayant aucune raison de se développer dans un sens plutôt n que dans un autre , comme le prouve la forme toujours irrégulière » des hydatides solitaires. Je crois avoir suffisamment prouvé qu'on a » pris pour un véritable emboîtement de ces vésicules, tantôt le simple » dédoublement de leurs parois, tantôt leurs granulations blanches ('). » Ce sont ces mêmes granulations mal observées, ce même dédouble- » ment, qui, dans tous les cas, me semblent avoir fait croire à leur re- » production. Quant à la limpidité que conserve souvent le liquide qui » les remplit, lorsqu'elles sont plongées dans du sang ou du pus, c'est là » un fait exact, qu'il convient peut-être d'expliquer par les lois del'en- » dosmose ou de l'exosrnose, mais qui, dans tous les cas, ne saurait à mi » seul constituer leur animalité. » Si Laennec a pu, dans le genre Acéphalocyste, distinguer et poser trois espèces (1° Acepfialocystis ovoùlea, 2° A. surculigera, 3° A. g?*amilosa), cela tient à la diversité de volume
(i) C'est-à-dire, les masses d'échinocoques groupés en plus ou moins grand nombre les uns contre les autres.
et de configuration des groupes d'échinocoques qu'il n'avait, sans doute, examinés qu'à l'aide d'un trop faible microscope pour en bien apprécier la nature, et qu'il lui était fort bien permis de comparer, selon le cas, à des ovules, à des greffes, ou à des granulations. Enfin, il semble résulter des nombreuses investigations de M. Livois, que.loutes les vessies libres et sans adhérence , — hydatides ou acéphalocystes, comme on voudra les appeler, — sont, toutes et sans aucune exception, des vessies à échinocoques :' lorsqu'on n'y a pas reconnu la présence de ces helmintheslà, c'est, dit-il, faute d'un examen minutieux et faute d'un bon microscope.
1396. Quelques mots par rapport àlasymptomatologie.— A. Il ne paraît pas du tout que les troubles morbides qui sont dus à l'helminthiase cysloïde aient rien qui dépende de la nature particulière de telle ou telle espèce de vers vésiculaires. Ils dépendent du siège occupé par ces animaux parasites : voilà tout. C'est donc à un tel point de vue que doivent être instituées les espèces nosographiques dans le genre ici en question. Citons, par exemple, l'helminthiase cystoïde du foie (Hépatophraxie hydaligénée, d'Alibert, Nosologie naturelle , famille III, Choloses, genre vu, esp. U), ou bien celle du poumon (Pulmonie hydatigénée, du même auteur, ibidem, famille V, Pneumonoses , genre VIII, esp. 4), etc., etc.
B. Je n'entreprendrai pas de mentionner , encore moins de décrire chacune desdites espèces nosographiques. Mais je me bornerai à énoncer la loi générale de leurs symptômes. Ce sont, surtout, des symptômes décompression, d'irritation ou même d'inflammation de la part de l'organe qui est le siège de l'helminthiase, et dont quelquefois , mais rarement, il est vrai , l'augmentation de volume peut se révéler extérieurement et devenir des plus sensibles au loucher et à la vue. Tel est le • principe. Quoi de plus aisé, maintenant, que d'en tirer les conséquences à l'endroit de chaque siège donné? Ainsi, par exemple, en cas d'helminthiase cysloïde de l'encéphale, la céphalalgie, divers degrés d'anesthésie, l'amblyopie ou l'amaurose, la dysécée, la perte de l'odorat, les convulsions, les tremblemens musculaires , les vertiges , les tournoiemens involontaires, les troubles de l'intelligence, l'apoplexie (249.), etc. En cas d'helminthiase cystoïde du poumon, la dyspnée, la toux, la suffocation. En cas d'helminthiase cystoïde du foie , les douleurs gravatives et tensives de l'hypocondre droit, la dyspepsie, l'ictère, l'apparition d'une tumeur plus ou moins saillante où le phénomène de fluctuation se montre plus ou moins perceptible, et où, ajoutons-le sur-le-champ , on observe sinon constamment, du moins assez souvent, un signe tout à fait caractéristique, un certain frémissement tout particulier sous la pression de la main, et qui s'appelle, par conséquent, frémissement hydalidique. Ce qui, au surplus, cause l'immense variété des formes sympiomatiques , le siège de l'helminthiase étant d'ailleurs le môme, c'est le plus ou moins d'étendue que ces helminthes occupent aux dépens de l'organe donné,
c'est le plus ou moins de rapidité avec laquelle se fait le développement de cet amas parasite , c'est enfin le plus ou moins d'irritabilité dont se trouvent doués , chez le sujet donné , les organes atteints et endommagés.
C. N'oublions pas de noter que l'helminthiase cystoïde peut même demeurer latente pendant fort longtemps , voire même indéfiniment. C'est ce qui a lieu, notamment, lorsqu'elle n'atteint que des parties peu importantes de l'économie, ou lorsqu'elle n'occupe qu'une très petite étendue d'un organe, fût-il même des plus essentiels à la vie; et surtout lorsqu'elle s'est développée et accrue peu à peu, de façon à se faire tolérer, pour ainsi dire, par voie d'accoutumance.
D. Que l'helminthiase cystoïde puisse amener la mort, rien de plus facile à conclure et à comprendre d'après les effets morbides qu'elle entraîne (B.). Mais il se peut aussi que, même après avoir produit une série d'accidens plus ou moins graves, un tel mal aboutisse à une véritable guérison. Et voilà qui demande un mot d'explication. Cette guérison , en effet , a deux manières de s'opérer. Tantôt c'est que les hydatides se trouvent rejelées hors de l'économie par quelque issue naturellement survenue ou bien chirurgicalement ouverte ; exemples, ponction d'une tumeur hydalidifère , expectoration d'hydalides pulmonaires , élimination d'hydalides hépatiques par la voie du vomissement ou des selles à la suite d'une communication qui se sera faite entre le kyste et le tube digestif. Tantôt c'est que la masse hydatidique, perdant la vitalité propre qui l'animait et la développait, se flétrit , se dessèche , et se transforme par degrés en une matière de plus en plus épaisse, et finalement en un résidu crétacé, qui, dans le kyste revenu sur lui-même et rapetissé à proportion, ne peut être cause d'aucune gêne , d'aucune incommodité.
1397. Diagnostic. — Impossible en général, avouons-le sincèrement. Quelquefois, cependant, on a droit de soupçonner l'helminthiase cystoïde par voie d'exclusion, delà soupçonner avec plus ou moins de vraisemblance. Quelquefois même, mais assez rarement , l'existence en devient certaine ; c'est à savoir lorsque , grâce à la situation peu profonde du kyste hydalidifère, il est permis d'y produire et d'y reconnaître le phénomène du frémissement, comme aussi lorsque le malade rejette au dehors des hydaiides entières, ou des fragmens d'hydatides bien reconnaissables pour tels.
1398. Thérapeutique. — La plupart du temps, nous sommes réduits, par l'incertitude du diagnostic et par la force même des choses, à ne faire que de la médecine symptomalique et palliative.
Prenons même un cas où le diagnostic soit certain. Jusqu'à quel point pourrons-nous compter sur le calomel ou sur le sel marin , parce qu'il s'est trouvé quelques auteurs pour envisager l'une et l'autre de ces substances comme des remèdes propres à faire périr les helminthes cys-
MALADIES VERM1NEUSES. 205
loïcles au dedans même de notre corps? C'est là une ressource à tenter, mais avec bien peu d'espérance d'atteindre le but. Et, surtout, gardonsnous, dans de semblables tentatives, d'aggraver le sort du malade par le fol emploi de closes exorbitantes, ou par un aveugle entêtement à continuer la médicamentation outre mesure et en dépit de toute contre-indication (114. H.).
M. Maximilien Simon a vu , dans un cas , à la suite des aspirations d'éther sulfurique qu'il avait prescrites dans le but de calmer la dyspnée, l'expectoration rejeter un grand nombre d'hydalides pulmonaires. A l'occasion, insistons donc sur un semblable moyen.
Aux membres, un kyste hydatidique peut, sans nul doute , être attaqué chirurgicalement, et d'ordinaire avec le plus grand succès , soit qu'on l'extirpe par une dissection méthodique , soit qu'on se borne à le vider par voie de ponction et à l'oblitérer à l'aide d'injections irritantes. Mais est-il permis d'en agir de même à l'endroit des kystes viscéraux , et notamment des kystes hépatiques? C'est particulièrement pour Je compte de ceux-ci que l'on cite quelques exemples de guérisons obtenues par l'effet d'une ponction, pratiquée au centre d'une escarre qu'on avait préalablement produite moyennant l'application de la potasse et du caustique de Vienne. Mais quel danger n'y a-t-il pas dans une pareille conduite? Comment serons-nous sûrs que la tumeur hydatidifère ait contracté adhérence avec le péritoine pariétal et qu'elle fasse corps avec les parois de l'abdomen ? Nonobstant la formation de l'escarre , il se peut très bien que l'adhérence désirée ne s'établisse pas, qu'elle ne soit pas du tout solide. Or, je laisse à penser «î quelle terrible péritonite, à quelle soudaine catastrophe on expose le pauvre patient. Il me semble donc que les praticiens qui osèrent et qui réussirent ont été plus heureux que sages.
AK.T2CÏ.E £11.
HELMINTHIASE DES VOIES 1NTEST1SALES.
1399. Bibliographie. — (1387.) — Diosgoride. — Ou plutôt l'auteur d'un traité adressé à Andromaque, concernant les remèdes aisés (ricc! cjTvoptcfTcov). — Livre II, chap. 66, 67 et 68, sous le titre commun de Secours contre les helminthes (Tà -irpô; ràç tXpivQaç ÇorfauaTa). — Montre la science déjà en possession d'une excellente ci parfaite provision de remèdes anlhelminthiques. Recommande notamment, contre les helminthes plats (les ténias), la racine de fougère mâle et l'écorce de racine de grenadier.
Laennec. — (Dans le Dict. des se. méd., — t. II, p. 339-52.) — Art. Ascaride.
Tonnelle, [{''flexions et observations sur les accidens produits par
20f> PATHOLOGIE MÉDICALE.
des vers lombrics. ( Dans le Journal hebdomadaire, année 1829 , n» 47.)
MÉRAT. Du ténia ou ver solitaire, et de sa cure radicale par l'écorce
de la racine de grenadier. Paris, 1832, in-8°. Monneret et Fleury. — Compendium, — t. VIII, p. 100-8). —
Article Tœnia ou Ténia.
Rouzel. Du traitement du ver solitaire par la fougère mâle (Dans la
Revue méd., oct. 1840). — Voir, de plus, une Lettre du même
médecin, même journal, décemb. 1842.
Aurert-Roche. Mémoire sur les substances anthelminthiques de
l'Abijssinie. (Dans Mém. de l'Acad. roy. de méd. , année 1841.) Wawruch (Professeur de clinique à Vienne) . Réflexions tirées de
206 observations de ténias. (Dans Gaz. méd., année 1841 , n° 40.
Article traduit d'un journal allemand.)
David. Observations sur diffèrens accidens nerveux (attaques épi-
leptiformes , mouvemens tétaniques , aberrations mentales , etc.)
dus à la présence de ténias et d'ascarides lombricoïdes. ( Dans
Gaz. méd., année 1843, n° 3.) — Il y a là quelques faits très in-
téressans et d'une grande valeur.
Legendre. Observations propres à éclairer les symptômes que détermine le ténia. (Dans les Archives, mai 1850.) LIVOIS. — (Dans le Supplément au Dictionn. des dictionn. de med.
Paris, 1851, in-8°). — Art. Ascarides (pag. 78-86).
1400 Distinction des espèces ou cas principaux. — A l'exemple d'Alibert et en parfaite conformité, ce nous semble, avec la nature des cboses , nous devons reconnaître les quatre espèces nosographiques que
V°r L'helminthiase téniacée (Helminthiasie téniacée d'Alibert, Nosoï. nat famille II, Entéroses, genre vm, esp. 1"), due à l'un ou à 1 autre de ces deux vers plats confondus autrefois sous le nom de tenta , mais nui aux yeux d'une helminthologie plus rigoureuse, sont réellement de genres diffèrens, comme on va le voir tout à l'heure, - différence gêné ique qui, d'ailleurs, n'a jusqu'ici d'autre intérêt qu'un mtere purement zoologique, et ne tire aucunement à conséquence pour la p.atique
^'L'helminthiase lombricoïdienne (Helminthiasie lombricée d'Alibert,
eso 2), due aux ascarides lombricoïdes;
V L'helminthiase ascaridienne (Helminthiasie ascandee d Ahbe.t ,
ibid esp 3), due à l'ascaride proprement dit, à l'ascaride des anoens
Slwn u^fcBIpp.). « .-tu ver rond qui ne ■ « trouve que Zs s gros intestins. » ( Dict. de l'Acad. - Éd t de 183 > r ft. L'helminthiase trichocéphalée (Helminthiasie tnchocepbalée d Ah-
hert, ibid., esp. 4), due au trichocéphale.
§ I". 3>e l'Helminthiase téniacée (1400.).
l4Qi. Partie zoologique. — Deux espèces d'helminthes cestoïdes ,
vers plais et fort longs, — vers comparables à une sorte de ruban ,
mais non pas, il est vrai, à un ruban continu et tout d'une venue, composés qu'ils sont, en effet, d'une série nombreuse de pièces quadrangulaires ajustées l'une après l'autre et improprement nommées anneaux , — vers ordinairement, mais non constamment solitaires chez un individu donné, — peuvent vivre dans les intestins grêles de l'espèce humaiue, et devenir là la cause d'accidens morbides plus ou moins graves, dont, au reste, le plus ou moins de gravité n'est point du tout le fait de tel ou tel d'entre ces deux vers , mais qu'ils peuvent tous deux également et indifféremment produire. Ce sont : 1° le ténia proprement dit, 2° le bolhriocéphale large.
Notons encore que, chez l'un et l'autre, l'extrémité antérieure ou céphalique se fait reconnaître par les proportions de plus en plus décroissantes des articulations qui la composent, de manière à présenter une sorte de cou fdiforme, terminé par une petite tête qui n'apparaît à l'œil nu que comme un simple renflement , et dont les caractères distinctifs ne sont visibles et appréciables qu'au microscope.
Voyons maintenant les traits différentiels de ces deux helminthes.
A. Ténia proprement dit [Tœnia soiium L., Rudolphi, Bremser. — - Ténia à longs anneaux. — Vulgairement, mais très improprement , ver solitaire): tête subhémisphérique et très distincte, où se fait voir, au microscope, une sorte de rostre ou de bec obtus, centralement proéminent entre les quatre suçoirs , et armé d'une couronne de crochets ; cou renflé antérieurement, quoique se distinguant on ne peut plus précisément d'avec la tète, et, court comme il l'est constamment, tout au plus en quelques cas se trouve-t-il cinq à six fois aussi long que celle-ci; les premiers anneaux très petits en tout sens , et surtout pas plus larges que le cou, auquel ils font suite, et dont, au premier aspect , ils semblent même faire partie; les anneaux de la série suivante, ou deuxième série, moins petits que ceux de la première, et de plus en plus grands chacun successivement d'avant en arrière, mais sans que leur degré d'allongement aille au delà de la forme carrée; les autres anueaux, c'est-àdire ceux de la troisième et dernière série, plus longs que larges, et cela de plus en plus jusqu'au double et même au triple de leur largeur ; tous tant qu'ils sont, d'ailleurs , ayant leurs bords et leurs angles plus ou moins mousses ; et chacun d'eux , si l'on en exempte ceux de la première série et les plus petits de la deuxième , possédant sur l'un de ses bords latéraux, qui à droite, qui à gauche, d'une façon à peu près alternative, une papille béante, qui est l'orifice génital. Le ténia proprement dit, est, à ce qu'assurent les auteurs, le seul, ou à peu près le seul, auquel
on soit sujet en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, en Italie et en Orient : toujours est-il que dans noire France il est plus ordinaire à rencontrer que le bothriocéphale. Généralement , il a de un à quatre mètres de long; mais on en a trouvé, assure-l-on, de bien plus grands. Certains auteurs lui ont même prêté des dimensions tout à fait fabuleuses, — cinquante aunes, par exemple; mais de semblables exemples, si tant est qu'ils ne soient pas un pur mensonge , ne peuvent . assurément, reposer que sur une supputation erronée, qui rapportait à un ver unique toutes les portions de ténia évacuées par la même personne pendant un plus ou moins long laps de temps. Bien des fois , le ténia proprement dit existe solitairement ; mais ce n'est pas là la règle, comme le vulgaire le croit encore ; il s'en faut même de beaucoup. Combien n'at-on pas d'exemples du contraire dans les fastes de l'art ! Combien de fois n'a-l-on pas vu deux, trois ou quatre ténias, et même davantage, sortir à la fois du corps d'une seule personne! Mais je ne sacbc rien de plus remarquable en ce genre que ce que j'ai vu et constaté il y a quatre ans (septembre 1846): l'un des malades du service de M. Monod avait rendu tout à la fois quatorze ténias , dont moi-même , avec bien d'autres témoins, je comptai et vérifiai de mes propres yeux les extrémités céphaliques. Il est très rare qu'un ténia soit naturellement expulsé tout entier. Mais , ce qui est fort commun , c'est que les selles contiennent des anneaux de ténia détachés et isolés : c'étaient là ce que nos devanciers appelaient des vers cucurbitins (Lumbrici cucurbitini, — à cause d'une certaine ressemblance de ces anneaux avec les -raines de citrouille). On les regardait comme des vers d'une espèce particulière; erreur depuis longtemps coulée à fond et que je ne mentionne
que pour mémoire. .
B Bothriocéphale large [Bothriocephalus latus Bremser. - Iwma lata Rudolphi. - Tœnia lata , et T. vulrjaris de Linné : par double emploi — Ténia à anneaux courts) : tête oblongue, petite , n ayant m proéminence rostriforme ni couronne de crochets, et consistant presque tout entière en quatre suçoirs , qui , situés tout en avant , disposes en croix et contigus entre eux, donnent à l'extrémité de la tête la forme d'une fossette profonde (d'où , par parenthèse , la détermination générique et le nom du ver, — de Bc9p'io>, fossette, et Kcfuhn, tête); nul rudiment de cou, les anneaux faisant immédiaiemement suite a la tête; les premiers anneaux, fort étroits , presque capillaires quoique aplatis, et présentant, en un mot, l'apparence d'une série de plis ou rides transversales ; les anneaux suivans, et c'est là la série la plus nombreuse, c'est là la plus considérable partie de l'animal, de plus en plus grands et de plus en plus larges à mesure qu'ils sont plus loin de la tête , mais tou ours dans des dimensions à peu près carrées; quelques-uns seulement, les derniers de tous , un peu plus longs que larges, et encor même n'est-ce pas là la règle, mais l'exception. Le bothriocéphale se
MALADIES VERM1NKUSKS. 209
voit surtoul en Russie, en Pologne et en Suisse; il se rencontre quelquefois en France; il est, dit-on, très rare en Allemagne , en Hollande et en Angleterre. Il est bien souvent long de six à sept mètres, et l'on en a vu d'une longueur encore plus considérable. Chez les plus grands individus de cette espèce, la largeur des anneaux peut aller jusqu'à près de trois centimètres, mais la tête et la partie antérieure sont toujours très minces. La couleur naturelle du bolhriocéphale est d'un blanc grisâtre : telle la trouve-t-on toutes les fois qu'on examine le ver encore tout frais et peu de temps après qu'il a été rendu ; jamais alors il n'a une blancheur égale à celle du ténia proprement dit. Encore un autre caractère, qui doit aisément faire distinguer le bothriocéphale du ténia proprement dit, n'eùt-on entre les mains qu'un seul article de l'animal donné : c'est que, au lieu du pore génital qui occupe l'un des bords latéraux de chaque article du ténia proprement dit (A.) , il y a, chez le bothriocéphale, au milieu même de l'une des faces de l'article, deux pores contigus l'un à l'autre, l'un ne se laissant guère, il est vrai, apercevoir qu'à l'aide delà loupe, mais l'autre étant parfaitement visible à l'œil nu.
1402. Un mot sur les causes prédisposantes de l'helminthiase témacée. — Assurément , l'étiologie de l'helminthiase téniacée est remplie d'obscurité. Le ténia et le bothriocéphale peuvent se développer chez les personnes de l'un et l'autre sexe , chez les enfans comme chez les adultes et les vieillards, chez les gens robustes comme chez les faibles, chez ceux qui se nourrissent bien comme chez ceux qui se nourrissent mal, quel que soit le genre de vie, sédentaire ou actif, quelles qu'aient été les maladies antérieures. Cependant, à tout prendre, d'après l'analyse de toutes les observations particulières authenliqueraent publiées, et de tous les témoignages qui, bien que sous forme d'assertions générales, doivent faire autorité, il me semble constant: l°que l'helminthiase téniacée atteint beaucoup plus de femmes que d'hommes; 2° qu'elle se montre comme une affection vraiment spéciale aux adultes, et très rare chez les enfans ; 3° enfin, qu'elle survient plus particulièrement chez les gens pauvres, mal nourris, confinés dans des habitations humides et malsaines.
Au rapport de M. Aubert-Roche , qui a fait un séjour de plusieurs années en Abyssinie , le ténia y est excessivement commun , à un point tout à fait incroyable, au point, dis-je, que tous les Abyssins , je parle d'après notre auteur, tous ou du moins presque tous, soient tributaires de ce parasite. Et , pour se rendre raison d'une telle endémie , M. Aubert-Roche croit devoir accuser l'usage qu'ont les Abyssins de se nourrir de viande crue. A l'appui de sa conjecture , il fait remarquer quelle est la fréquence de l'helminthiase téniacée chez les chiens, chez lesquels, en effet, on rencon^ très communément deux espèces de ténia {Tœnia cucumerina et T. serrata de Rudolphi). Il prétend aussi, par ouï-dire, que les rats de Montfaucon sont tous sujets au ténia (sans doute, lé T. pusilla de Rudolphi). Sur tout cela, ne nous hàlons pas de conclure
ni oui ni non. Doutons, et attentions des recherches, des vérifications ultérieures.
1403. Symptomatologie. — A. La présence des fragmens de ténia ou de bothriocéphale dans les selles , ou, ce qu'on voit quelquefois , mais bien plus rarement, la sortie isolée de semblables fragmens, que les patiens évacuent en tout autre instant que celui des garderobes, et retrouvent dans leurs vêtemens ou dans leur lit : voilà , et voilà seulement ce qui mérite le nom de symptôme pathognomonique. Voilà ce qui , chez quelques individus, a lieu presque tous les jours, et cela pendant longues années, avec ou sans altération notable de la santé.
B. Si quelquefois l'helminthiase téniacée n'apporte absolument aucun dommage à la santé et n'entraîne pas même l'incommodité la plus légère, le plus ordinairement pourtant elle produit et entretient quelques troubles du côté de l'intestin et de l'estomac : coliques plus ou moins fréquentes et plus ou moins vives, accompagnées de prurit à l'anus , et même bien des fois aussi , assure-t-on , à l'extrémité du nez; inappétence ou boulimie; diverses formes de dyspepsie. Dans certains cas, eufin, il y a véritablement maladie sérieuse : amaigrissement, céphalalgie habituelle, paresse invincible; perpétuelle lassitude, douleurs dans les membres , crampes , amblyope , tintouin , et maints autres désordres nerveux. Ainsi, par exemple, on trouve, dans la Gazette médicale, année 1839 n° 38 (d'après le Bulletin médical du Midi) , l'observation d'une demoiselle de 27 ans , qui fut sujette à des accès de convulsions épileptiques (?) sous l'influence d'un ténia, et ne fut guérie qu'après 1 expulsion du ver parasite.
\m. Thérapeutique. — Ne comptons pas sur les purgatifs , même les plus forts, pour exterminer un ténia ou un bothriocéphale. En général, les drastiques ne tuent point le ver, et ils ne peuvent guère 1 expulser tout entier qu'après sa mort. Mais il y a certaines substances qui, bien qu'elles ne soient que peu ou point purgatives, ont sur ces helminthes-là une action très délétère, et méritent, en vérité, le nom de spécifiques téniotoxiques. Indiquons donc brièvement, en ce genre, lesmedicamens les mieux éprouvés et les plus efficaces.
A Ecorce de racine de grenadier : déjà proclamée par Pline 1 ancien (Livre XXIII, chap. vi) et par l'auteur du traite 1%} tj>moi„mUoç. cit.) comme l'un des meilleurs remèdes contre le ten.a ; puis tombée en désuétude et en oubli durant le moyen âge et jusqu à notre siècle, ce qu'on a vraiment peine à concevoir; enfin, réhabilitée de nos iours et remise très justement en honneur et en vogue, grâce à Cornez de Lisbonne et à U. Mérat.qui, après avoir traduit le mémoire u,i médecin portugais, n'a cessé de mettre à l'épreuve et de préconiser o " traitement de l'helminthiase téniacée. Faitcs bou. hr soixante s de ladite écorce dans un litre et demi d'eau jusqu'à reduct.ou voila un apozème, qui, pris le matin à jeun , en trois ou
MALADIES VERMINE US liS. 211
quatre verres à quinze ou vingt minutes d'intervalle , ne manquera guère de faire périr l'helminthe cestoïde, et d'en amener l'expulsion, le jour même, sans autre secours. Ce qui, surtout, assure le succès d'une telle médicamentation, c'est de n'y avoir recours que lorsque, depuis quelques jours, le malade rend des fragmens de son ver. Suivant M. Mérat, l'écorce toute fraîche doit obtenir la préférence comme étant d'une vertu plus sûre et plus constante. Je le crois volontiers. Mais, ce que je puis et que je dois dire, c'est que jusqu'à présent je n'ai fait emploi que de l'écorce sèche, et que celle-ci n'a jamais manqué non plus de répondre à mon attente. Il est vrai que le nombre des cas d'helminthiase téniacée qui me sont venus entre les mains depuis environ vingt ans de pratique à l'hôpital et en ville ne montent guère a plus de quinze; et, soit dit en passant, je ne saurais , en vérité , comprendre comment , à Paris, où cette helminthiase est une affection assez rare, certains hommes, vrais suppôts de Mercure plutôt que ministres d'Esculape, dans l'idée de se créer une spécialité lucrative, s'annoncent comme les exterminateurs du ver solitaire, Pour en revenir à l'écorce en question , il est bon de remarquer que les rédacteurs du Codex, pas plus que moi , n'ont jugé nécessaire de la prescrire fraîche pour la généralité des cas. En effet , ils la prescrivent sèche et en décoction [Codex, n° 282 : — Apozème • vermifuge). Après cela , je crois à propos de dire que la décoction n'est pourtaut pas le moyen de tirer le meilleur parti possible d'une quantité donnée de celte écorce ; que ce ne serait pas là , en bonne économie pharmaceutique, le procédé à préférer. Comme l'a fort bien démontré M. Guibourt dans ses Observations sur le Codex (p. 71), on extrait une bien plus grande proportion de matière soluble en opérant avec l'eau froide par le procédé de lixiviation ou déplacement, en faisant agir ainsi le menstrue par additions successives sur l'écorce grossièrement pulvérisée, jusqu'à ce que celle-ci soit tout à fait épuisée.
B. Racine de fougère mâle (et, pour parler un langage botanique plus rigoureux, souche du Polypodium filix mas L., — Nephrodium filix mas de Richard): remède reconnu et signalé par Dioscoride (Mat. med., Jiv. IV, chap. 183) et par Pline (liv. XXVII, chap. 9); élément principal du traitement qui, sur la fin 'du xvme siècle, valut à la veuve Nouffi-r tant de célébrité, et dont le secret ( quel secret, bon Dieu ! ) fut acheté fort cher par le gouvernement français ; spécifique, à ce qu'il paraît, aussi efficace que peu coûteux, et fort préconisé, dans ces derniers temps, par le professeur Wawruch de Vienne et par M. le docteur Ronzcl. Huit à douze grammes de poudre de ladite racine, soit en nature , soit sous forme de bols : voilà de quoi empoisonner le ver , et l'expulser môme sans l'intervention auxiliaire d'un purgatif proprement dit. Toutefois, il est de règle d'administrer, deux ou trois heures après la poudre de fougère, un purgatif quelconque pour hâter l'expulsion du ver une fois frappé de mort. La veuve Nouffcr faisait prendre un bol où
la gomme gutte était l'ingrédient dominant ; mais il n'y a pas du tout besoin d'un tel drastique ; l'huile de ricin peut suffire. Alibert se louait (Nosol. nat. , p. 111) d'employer, dans sa pratique particulière , une forte décoction de racine de fougère mâle avec addition d'un gros d'élher sulfurique. Coindet avait adopté pour préparation favorite l'huile élhérée de cette même racine : voyez, pour les détails delà méthode du célèbre praticien de Genève, le Journal de médecinede M. Beau, juillet 18^3. On a aussi employé avec succès l'extrait résineux obtenu par rétber; un demi-gramme ou un gramme entier de cet extrait, sous forme de pilules, et en deux prises à une heure d'intervalle , voilà quel en est le mode d'administration. Comme succédanées de la fougère mâle, il paraîtrait qu'on peut mettre à profit la souche de fougère femelle (Polypodium [dix femina L. — Aspidium filix femina Swarlz) , vantée ni plus ni moins que la première par Dioscoride (livre déjà cité, chap. 1 24) et par Pline (chap. déjà cité) , et pareillement aussi la souche de fougère commune (Pteris aquilina L.).
C. Autres médicament téniotoxiques : 1° l'essence de térébenthine; 2° l'huile empyreumatique de Chabert, de laquelle Bremser faisait particulièrement usage ; 3° la cévadille, l'écorce de la racine du mûrier noir, etc. , etc.
§ II. De l'Helminthiase lombricoïdienne (1400).
1Û05. Partie zoologique. — L'ascaride lombricoïde — (Ascaris lumbricoïdesL. — ÉXptvç <rrpoyyô>.vj, ou helminthe rond, d'Hippocrate. — Lumbricus teres, de Celse. — Tinea rotunda , de Pline. — Vulgairement, Lombric des intestins) — est une espèce très commune de l'ordre des helminthes nématoïdes (1387.), et qui vit non seulement chez l'homme, mais aussi chez d'autres mammifères, comme le cheval, l'âne, le zèbre, l'hémione, le bœuf, le cochon. Au premier aspect, il offre effectivement une sorte de ressemblance grossière avec le ver de terre (Lumbricus terrestris L.).
Notons ici , après cela , comme les particularités les plus remarquables de son extérieur : 1° le sillon cutané très apparent qui règne tout le long de chaque côté du corps, tandis que les lignes dorsale et abdominale sont, au contraire , peu marquées; 2° l'amincissement conique du corps vers la têle et vers la queue , mais à un degré plus prononcé vers celle-ci, qui pourtant n'en a pas moins une extrémité plutôt mousse que pointue ; 3° la queue recourbée et, pour ainsi dire , en trompette, qui est le propre du mâle, tandis que celle de la femelle se termine en ligne directe ou à peu près. La longueur des ascarides lombricoïdes varie depuis deux centimètres jusqu'à quatre décimètres et même plus encore j mais le plus communément, chez l'homme du moins, elle ne va guère au delà de deux décimètre* Leur couleur, variable suivant les
matériaux introduits par la bouche ou par voie d'absorption cutanée, se montre le plus ordinairement d'un gris rosé , quelquefois d'un gris terne ou sombre, ou bien d'un blanc de lait, rarement d'un rouge de sang. Leur séjour naturel est dans les intestins grêles. Sans doule, ces helminthes peuvent quelquefois pénétrer et même séjourner assez longtemps en d'autres parties, comme l'estomac , l'œsophage, les voies aériennes, les fosses nasales, les voies biliaires, le canal pancréatique, etc.; mais ce n'est en quelque sorte qu'accidentellement.
1406. Aperçu symptomatologique. — On a sans doute fort exagéré autrefois le compte des accidens morbides que la présence des ascarides lombricoïdes peut produire. Que de fois n'accusait-on pas ces vers d'être la cause d'une maladie donnée, là où ils ne se rencontraient que par hasard et où ils constituaient à peine un épiphènomène, et là même où ils n'existaient pas du tout, et n'étaient rien qu'une vaine fantasmagorie où l'imagination des médecins se donnait beau jeu ! Bref , il faut bien l'avouer , la pathologie vermineuse fut, pendant un certain temps, une sorte de mythologie. Mais aujourd'hui n'avons-nous pas trop de penchant à tomber dans l'excès contraire, et à ne faire que peu ou point de cas de l'helminthiase lombricoïdienne ?
Or, s'il est vrai que , la plupart du temps , la présence des ascarides lombricoïdes n'est qu'un fait insignifiant, s'il est vrai que ces parasites, tant qu'ils sont peu nombreux, tant qu'ils restent dans l'intestin et ne se trouvent pas fourvoyés dans quelque siège insolite, ne font réellement pas de mal ; d'un autre côté, il ne me semble point permis de nier que, dans ceriains cas, leur excessive multiplication , ou bien leur invasion dans quelque autre partie que l'intestin , devienne une cause de maladie grave et même de mort.
Ce qu'il n'est pas même fort rare de rencontrer chez les enfans sous la seule influence de l'helminthiase lombricoïdienne , ce sont les symptômes que voici : mauvaise mine, teint pâle ou plombé, yeux ternes et cernés; dilatation des pupilles ; démangeaisons au bout du nez; tintouin; langue chargée; haleine fétide; inappétence ou boulimie; nausées; coliques; insomnie; morosité. Tout cela , bien des fois, s'évanouit comme par enchantement, aussitôt après l'expulsion des vers.
Bien plus rarement, mais enfin quelquefois , on a vu les symptômes cérébraux les plus graves se montrer exclusivement liés à la présence d'ascarides lombricoïdes, Ainsi, par exemple, M. Alfred Becquerel, à la page 108 de ses Recherches cliniques sur la méningite des enfans (557), nous rapporte un cas dans lequel un ensemble symplomatique tout à fait semblable à la fièvre cérébrale (563. A.) , avec évacuation de semblables helminthes , guérit fort vite par l'emploi énergique des anlhelminthiquesunis aux purgatifs. Voyez encore, dans la Gazette médicale, année 18£i3, n° 27 (d'après un journal belge) , la relation de deux cas
où des accès quotidiens de fièvre algide avec convulsions (cataleptiforrnes ?) furent supprimés par le double secours du calomel et du semen-contra : l°chez une jeune fille de 7 ans , qui rendit une centaine d'ascarides lombricoïdes ; 2" chez un autre enfant de 8 ans, qui en rendit une cinquantaine.
Enfin, voici un cas très remarquable, que j'ai vu de mes propres yeux, et où l'helminthiase lombricoïdienne fut évidemment, comme j'en demeurai convaincu une fois l'autopsie faite , la vraie cause à laquelle on dût imputer la mort du sujet : — Prochassain ( Pierre-François ), cordonnier, â'^é de 50 ans, entre à l'Hôtel -Dieu annexe, salle Saint-Augustin, n° 12, le \h décembre 1839 (Internat de M. Altham) , pour y être traité d'une maladie abdominale dont les principaux symptômes étaient une constipation opiniâtre, un sentiment de gêne et de vive douleur au fond des entrailles , avec un degré excessif de rétraction et d'aplatissement des parois du ventre. Cet homme, qui était bègue et d'une intelligence bornée, et dont les dires, si fatigans à suivre, ne pouvaient être accueillis avec une entière confiance , assurait que c'étaient des vers qu'il avait dans le corps; il en avait, disait-il, rendu autrefois à plusieurs reprises. Je ne fis aucun cas, je l'avoue , de l'opinion de ce malade sur son mal; je la jugeai même, alors, inadmissible et presque ridicule. En palpant le ventre avec le plus grand soin , on n'y sentait de tumeur nulle part. L'huile de ricin n'ayant point produit d'effet ( 1 5 décembre), celle de crolon-tiglium fut administrée et détermina quelques selles (16 décembre). Le 18, à l'apparition des vomissemens stercoraux, nous ne pûmes pas ne pas songer à l'occlusion intestinale : mais, plutôt que d'imaginer que des vers fussent la cause d'une semblable occlusion, nous admettions volontiers dans nos conjectures, dans nos peut-être, — à défaut de quelque vice matériel, tel qu'un étranglement interne, une invagination, etc. , — l'hypothèse d'un iléus nerveux, cette maladie si problématique. Le 19, il survint une diarrhée assez abondante, mais sans que pour cela les vomissemens se suspendissent ni cessassent d'être d'une nature stercorale. Les évacuations par haut et par bas continuèrent d'une façon désespérante, malgré tous les remèdes qu'on mit en œuvre (Glace ; Potion de Rivière ; Opiacés ; etc. ). Le malade , déjà excessivement amaigri lors de son entrée à l'hôpital, dépérit encore à vue d'œil , et enfin expira le 21. A l'autopsie, qui fut faite avec tout le soin nécessaire, nous ne trouvâmes, dans le canal digestif, rien autre chose pour nous rendre raison de cette terrible maladie, de cette sorte d'iléus imparfait mais néanmoins mortel, rien autre chose, dis-je, que deux paquets d'ascarides lombricoïdes, l'un dans l'endroit où l'intestin grêle peut indifféremment s'appeler jéjunum ou bien iléon, l'autre vers le milieu du côlon transverse. Sur l'un et l'autre point, les helminthes enchevêtrés les uns avec les autres et comme pelotonnés d'une façon inextricable, avaient évidemment formé une espèce de barrière qui mettait
MALADIES VliUMIMiUSES. 215
obstacle au cours dos matières, sinon absolument cl invinciblement, du moins assez pour produire la maladie ci -dessus relatée : d'autant mieux que l'intestin se trouvait considérablement rétréci dans toute sa longueur, par suite, sans doute, de l'abstinence forcée à laquelle la nature même des accidens morbides avait réduit depuis longtemps le pauvre malade. A la révélation que nous fit l'autopsie, j'éprouvai un certain regret de n'avoir pas insisté sur la ressource des purgatifs, de n'avoir pas tenté l'emploi des anthelminlhiques. Peut-être aurions-nous pu par là sauver le malade : mais peut-être, au point où en étaient les choses lors de son entrée à l'hôpital, était-ce déjà trop tard. Toujours est-il, après tout , que l'helminthiase lombricoïdienne peut incontestablement devenir une cause d'occlusion intestinale, et entraîner ainsi les conséquences les plus désastreuses.
Heureusement qu'une semblable catastrophe, ou toute autre forme grave et mortelle de l'helminthiase lombricoïdienne, sont des exceptions rarissimes.
Pour dernière remarque, notons qu'il est des gens, et surtout des enfans , chez lesquels les ascarides lombricoïdes, nonobstant les médicamens appropriés, ne cessent de reparaître et de repulluler durant longues années; et qu'ensuite, sans les secours de l'art, cette race parasite finit eu général par disparaître tout naturellement, chez les enfans, par la seule influence des progrès de l'âge, et, chez les adultes, par l'effet d'une maladie, d'un changement de climat ou de régime.
l/i07. Diagnostic. — Répétons-nous-le bien : la seule preuve certaine de l'helminthiase lombricoïdienne, comme de toute autre helminthiase intestinale, c'est qu'il y ait des vers de rejetés par les selles ou le vomissement. Jusque-là, il ne peut y avoir que des présomptions plus ou moins fortes pour attribuer les accidens morbides qu'on a sous les yeux à l'helminthiase plutôt qu'à une altération essentielle ou , autrement dit, idiopathique des organes abdominaux ou bien du système nerveux.
1608. ThérapeuticjM. — A. Médicamentation purgative : bien faite pour expulser de l'intestin les ascarides lombricoïde.^ qui s'y trouvent au moment même; bien faite, en un mot, pour remplir, littéralement parlant, l'indication vermifuge. Rarement, j'en suis sûr, manquerait-on le but, avec quelque purgatif que ce fût. Toutefois, entre tarit de médicamcns de cet ordre, on doit donner la préférence à ceux-là même qui paraissent jouir d'une influence spécialement délétère sur les helminthes, et qui rentrent ainsi sous la rubrique du suivant alinéa (Iî ).
B. Médicamentation anthelminthique ou vermicide (132. A. y.) : portée ou non jusqu'au degré purgatif. En deçà de ce degré, elle offre le précieux avantage de ne point trop fatiguer des entrailles délicates; et l'on peut même, au besoin, en faire ainsi un emploi quotidien pendant (!• s mois, des années entières. Comme anthelminlhiques des plus doux, des plus inoffemifs, et qui peuvent être impunément administrés
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avec persistance, recommandons surtout :— Mes espèces aiuhelmin iniques du Codex (n° 519. — Feuilles et fleurs sèches de tanaisie et d'absinthe, et fleurs de camomille romaine), administrées en infusion; —2° la poudre vermifuge du Codex (n° 530. — Mousse de Corse, Semen-contrà et Rhubarbe), en nature ou sous.formed'électuaire; — 3° la simple poudre de mousse de Corse, depuis un demi-gramme jusqu'à huit, dix, quinze ou même trente grammes, dans du miel, ou bien en infusion dans un verre d'eau ou de lait ; — 4° le sirop de moussede Corse [Codex, n° 440), une ou deux cuillerées chaque matin; — 5° la gelée de mousse de Corse (Codex, n° 681), à la dose de huit à trente grammes et même davantage ; — 6° les tablettes de rhubarbe [Codex, n* 508) ; — 7" les tablettes de mercure doux {Codex, n° 506) ; — 8° l'eau bouillie avec du mercure, eau fort renommée autrefois contre les vers , et dans laquelle, à ce qu'il paraît, une quantité très petite de métal se trouve incorporée et peut fort bien être démontrée par certain procédé chimique (Voir Gaz. méd., année 1838, p. 234. —D'après un journal italien); — 9° l'ail, largement prodigué dans la préparation des alimens.
C. Médication corroborante (140-3) : pour prévenir la reproduction de l'helminthiase, et détruire ce qu'on peut appeler chez certains sujets la disposition vermineuse de la constitution. Il faut que la viande entre pour une très large part dans le régime alimentaire. Bremser et beaucoup d'autres veulent qu'on interdise les mets farineux , les légumes secs, les substances grasses.
§ III. I>e l'Helminthiase ascaridienne (1400.).
1409. Remarque préliminaire par rapport à la nomenclature. — Que Bremser ait eu raison de considérer les ascarides du rectum et les ascarides lombricoïdes, non plus comme deux espèces d'un même genre, mais comme deux espèces appartenant chacune à un genre différent: je le veux bien, ou plutôt, dans le profond sentiment de mon incompétence sur ce point, je m'en réfère à l'autorité des hommes spéciaux. El, après tout, je ne sais vraiment pas si l'helminlhologie a dit là-dessus son dernier mot. Mais , en tout cas, je proteste , pour ma part , avec toute la force d'une conviction sérieuse, contre le tort, — (car c'en est un réellement, n'en déplaise à tous ceux qui ont répété Bremser) — d'avoir précisément abandonné, à l'égard des petits helminthes du gros intestin, le nom qui était le leur depuis la plus haute antiquité, le nom d'Ascaride à eux consacré, et consacré à eux seuls, par une tradition ininterrompue déplus de vingt siècles. Passe encore , si c'eût été pour délaisser tout à fait ce nom, pour l'exclure de la langue nouvelle de l'helminthologie et le reléguer dans le dictionnaire historique de la science. Mais point du tout. Ce nom resterait, par une singulière interversion de rôle, celui des vers lombricoïdes, auxquels la science moderne
a pu fort naturellement l'attribuer par extension comme terme générique, mais auxquels on ne saurait le réserver exclusivement en helminthologie humaine sans un injustifiable mépris des vrais principes qui doivent présider à la transmission , d'âge en âge, des termes d'histoire naturelle et de médecine. Certes, je n'ignore pas que, pour un semblable manquement aux légitimes droits de la tradition, on peut s'autoriser de quelques précédens, qui, de par les plus grands naturalistes, de par Linné lui-même, ont acquis force de loi. Eh bien, ce sont là, je ne crains pas de le dire , ce sont là de véritables taches dans la gloire de ces hommes, taches fort légères sans doute, mais qui ne doivent point être prises pour modèle et pour règle. Ainsi donc, nous continuerons , quant à nous, d'appeler ascarides vermiculaires ce que bien des médecins aujourd'hui, à l'exemple de Bremser, appellent du nom d' 'Oxyures. En cela, nous parlons comme les Rudolphi , les Laënnec, les Cuvier; assurément, nous sommes en bonne compagnie. Et, en vérité, si Tonne veut rompre comme à plaisir, et sans raison pertinente , avec les traditions du langage des Pères de la médecine, ce sont les ascarides vermiculaires qui ont droit de constituer le type du genre Ascaride. C'est aux ascarides lombricoïdes à changer de nom générique , à perdre celui qu'ils ont de si fraîche date.
lUi 0. Description sommaire de V ascaride vermiculaire . — ( A'axapt; d'Hippocrate, et de toute l'antiquité grecque. — Ascaride, des médecins français, jusque dans ces derniers temps. — Ascaris vermicularis, de Linné, de Goeze, de Rudolphi, etc.). — L'ascaride vermiculaire est un helminthe nématoïde (1387.) très petit, et tout blanc, qui habite les gros intestins, surtout le rectum, et y pullule en plus ou moins grande abondance, quelquefois chez les adultes, mais le plus fréquemment, sans comparaison chez les enfans. La tête de cet helminthe a une forme arrondie et obtuse, et présente latéralement, pour ainsi dire, en guise d'ailes, deux appendices membraneux et comme vésiculeux. Quant à l'extrémité caudale, elle offre de frappantes différences suivant le sexe de l'animal : chez le mâle, elle est contournée en spirale et légèrement renflée, tandis que, chez la femelle, elle suit une ligne droite et se termine en une pointe fort déliée. La longueur du mâle n'est que de deux à cinq millimètres; celle de la femelle va jusqu'à un centimètre, voire même à un centimètre et demi.
1411. Sympt&matologie. — L'helminthiase ascaridienne est, sinon dangereuse, du moins fort incommode, par les vives et continuelles démangeaisons qu'elle cause à l'anus, et qui peuvent, surtout chez les enfans, amener l'insomnie, un malaise général et l'amaigrissement.
Chez les personnes du sexe, il n'est pas rare que les ascarides passent de l'anus aux parties génitales; et qu'ils se logent el se multiplient entre les replis des grandes et des petites lèvres, et jusque dans l'intérieur du vagin. De là, de déplorables et trop souvent irrésistibles excitations à la
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masturbation, et quelquefois, assure-l-on, tous les honteux déportemens de ia nymphomanie.
1M2. Thérapeutique. — Xavemens vermicides, deux fois par jour : — avec de l'eau à la glace; — avec les infusions de plante^anthelminiliiques, comme la tanaisie, etc. ; — avec l'huile officinale de camomille (Codex, n°355); — avec l'huile essentielle de celte même (leur, à la dose de six à dix gouttes dans un véhicule aqueux; — avec l'essence de térébenthine, l'huile de cade, la créosote, etc.
Quelques purgatifs par en haut , comme ressource auxiliaire, afin de forcer les ascarides à descendre vers l'anus.
Au besoin , injections d'oxycrat dans le vagin , ou autres injections anthelmin iniques.
§ IV. De l'Helminthiase trichocéphalée (1400.).
1/i13. Bref aperçu. — Il est encore une autre espèce d'helminthe nématoïde qui vit dans le canal intestinal de l'homme. C'est le Trichocephalus dispar ; ainsi le nomme-t-on depuis Rudolphi. (Trichocep/mlus : — de 0pi'Ç, gén. Tp^ôg, cheveux, et Ktfoàr,, tête ; — à raison de la ténuité capillaire de l'extrémité céphalique. — Dispar: — à raison de la grande disparité du mâle et de la femelle, disparité telle que certains helminthologues avaient vu là, non pas deux sexes, mais deux espèces très différentes l'une de l'autre.
Inconnu des anciens , le trichocéphale de l'homme avait été enfin aperçu par Morgagni, qui , le premier , en a signalé l'existence , dans une de ses Epitres analomiques (Epistolœ anatomicœ. Padoue, 1764, in-folio. — Epist. XIV, art. 42). Cependant, jusqu'à ce que Rudolphi eût réclamé pour la priorité de l'illustre anatomiste italien , c'était Rœderer et Wagler à qui l'opinion publique faisait honneur de la découverte, sans doute parce que ces derniers, en retrouvant le ver dans le cours de leurs propres travaux , et en le prenant pour sujet de divers écrits spéciaux successivement publiés , n'eurent pas connaissance de ce qu'avait dit Morgagni avant eux, et s'attribuèrent de très bonne foi , du moins j'aime à le croire, une palme qui ne leur appartenait réellement pas. Quoiqu'il en soit, dans les premiers temps, on se trompa singulièrement sur le compte de la partie la plus déliée du trichocéphale; on la prit pour l'extrémité caudale ; et voilà pourquoi le ver fut d'abord nommé Trichuris (de Oùp«, queue). C'est Goeze qui rectifia l'erreur des helminthologues; c'est lui qui reconnut et démontra la vraie situation de la tête du trichocéphale.
Le trichocéphale, ver linéaire et qui , par sa petitesse , échappe aisément à la vue dans les examens nécroscopiques, de :'» à 6 centimètres de long. Sa partie grêle ou capillaire forme environ les deux tiers de la longueur totale de son corps; sans lètc distincte, elle se termine par une
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ouverture ronde , qui est la bouche. Le dernier tiers du corps , ou la partie épaisse , n'a guère que 1 millimètre d'épaisseur; chez le mâle, cette partie est roulée en spirale, et, tout auprès de son extrémité, laisse saillir un pénis bien petit , mais pourtant visible à l'œil nu ; chez la femelle, elle est à peu près droite, et l'on n'y distingue qu'un orifice terminal, qui est l'anus, et qui paraît servir, comme ouverture d'un véritable cloaque , à l'accomplissement des fouclions de génération. Naturellement blanc, ou plutôt incolore et transparent, le trichocéphale peut, selon les matières contenues à l'intérieur de son tube digestif, se montrer de couleur roussâtre ou brune.
C'est dans les gros intestins, et surtout dans le cœcum, très rarement dans l'iléon , que l'on rencontre le trichocéphale. Au surplus , cet helminthe est l'un des plus communs auxquels notre espèce soit sujette, et, dans certains cas , à ce qu'il paraît, il se multiplie d'une façon prodigieuse. « Je l'ai trouvé, dit Rudolphi , dans presque tous les cadavres » humains que j'ai examinés; et une fois j'en ai vu plus de mille dans » les gros intestins d'une femme. »
Après tout, à vrai dire, l'helminthiase trichocéphalée ne paraît guère être de nature à jamais constituer une maladie proprement dite. En effet, jusqu'à présent on n'a pas encore vu que les trichocéphales, fussentils excessivement nombreux, eussent déterminé aucun accident ; et tout porte à croire qu'il en sera toujours de même. Au surplus, si par hasard on avait affaire à un cas où le contraire eût lieu, et où ces vers se fissent apercevoir en assez grand nombre dans les selles, il faudrait employer le même traitement que pour l'helminthiase ascaridienne (1412).
ARTICLE IV