‹ Élémens de pathologie médicale (volume 2)Chapitre 20 sur 54 · HELMINTHIASE DES VOIES BILIAIRES · texte numérisé non relu

HELMINTHIASE DES VOIES BILIAIRES

iMk. Bref aperçu. — II est une espèce d'helminthe qui se développe dans les voies biliaires chez divers mammifères herbivores (moutons, bœufs, chèvres, cerfs, chevreuils, daims, chevaux, ânes, cochons, lièvres) , et quelquefois aussi , quoique très rarement , chez l'homme. C'est ce qu'on appelle communément la Douve du foie ( Fasciola hepatica L. — Distoma kepaticum d'Abildgaard , célèbre vétérinaire danois, et, depuis.de Rudolphi, de Bremser, etc.), helminthe parenchymateux (1387.) , muni de deux suçoirs ou ventouses (D'où le nom générique Distoma. — A.'î, deux fois, ou bis, et Sropa , bouche). Cet helminthe appartient a la famille ou ordre des trématodes de Rudolphi.

I.a forme du distome hépatique est celle d'une petite feuille ovale , pointue en arrière , et présentant en avant une partie rétrécie et fort courte, au bout de laquelle existe le premier suçoir. De ce suçoir part

une sorte de grand vaisseau nourricier , se divisant bientôt en branches qui se ramifient dans tout le corps, et qui contiennent la bile dont l'animal se nourrit , bile que les observateurs ont vue sourdre du même suçoir, par exonération spontanée , ou bien par suite de pressions extérieures, de telle sorte qu'il faut reconnaître là un organe qui sert tout à la fois de bouche et d'anus. Le deuxième suçoir , suçoir postérieur ou ventral, est situé dans la partie large du corps, mais auprès du cou; il est orbiculaire comme le suçoir antérieur , mais il est plus grand. En avant et tout près de ce deuxième suçoir, se voit un petit tentacule rétractile, qui, à ce qu'il paraît, fait l'office de pénis, et par où s'opère aussi l'émission des œufs une fois fécondés et venus à maturité. Suivant la doctrine généralement admise par les helminthologues , les distomes hépatiques ont un mode d'accouplement pareil à celui des colimaçons ; hermaphrodites incomplets, ils exécutent dans un seul et même acte un double coït, en introduisant mutuellement leur tentacule, comme Goeze dit l'avoir vu, dans le suçoir ventral.

Les jeunes individus de cette espèce de ver ont de 2 millimètres à 1 centimètre de long, et de 1 à 2 millimètres de large, avec une coloration blanche, ça et là tachetée de teintes sombres. Mais , à l'état adulte, la longueur de l'animal est d'environ 3 centimètres; la largeur, de

I centimètre à 1 centimètre et demi; la couleur, jaunâtre , verdâtre ou brune.

En général , c'est dans les ramifications du canal hépatique que les dislomes se rencontrent et qu'ils se trouvent accumulés en plus ou moins grand nombre. Mais on les a vus quelquefois à l'intérieur de la vésicule , notamment chez l'homme. Inutile de dire qu'ils peuvent aussi occuper le canal cholédoque , et de là se répandre dans le duodénum.

Mais, à vrai dire, en fait de pathologie humaine, je ne sache pas d'observation authentique où l'helminthiase des voies biliaires se soit montrée aussi considérable et aussi funeste que chez les races ovines.

II paraîtrait même, à en juger d'après les observations deRudolphi et de Bremser, que, chez l'homme, les distomes hépatiques ne parviennent point à leur entier développement, mais sont expulsés auparavant, puisque ces laborieux investigateurs n'en ont jamais rencontré que de jeunes et de petits.

ARTICLE V

HELMINTHIASE DES VOIES UR1NAIRES.

1415. Aperçu zoologique. — Dans l'intérieur du rein, chez l'homme, ainsi que chez le loup, le chien, le cheval, le bœuf et autres mammifères, peut se développer un helminthe nématoïde (1387.) d'une espèce

MALADIES VERM1NEUSES. / 224

à part, le Slrougle géant. — Strongylus gigas de Rudolphi (deSrfôyyuÀoj, rond.) — Ascaris visce7'alis et Ascaris renalis de Gmelin, par un double emploi fort peu excusable, selon l'animal dans lequel s'était trouvé le ver parasite.

Le strongle géant est le plus volumineux de tous les helminthes connus ; il a quelquefois 1 mètre de long et même davantage , et la grosseur du petit doigt; d'autres fois, à la vérité^ sa longueur n'est que de 12 à 15 centimètres, et son diamètre, d'un demi-centimètre seulement. Ce qu'il y a de bien singulier, c'est que, en général, le strongle se tient tout replié sur lui-même dans le rein, dont, par les progrès de son développement, il atrophie et détruit le parenchyme, tout en déterminant l'augmentation apparente de volume de ce viscère. Quelquefois, pourtant, il se trouve entraîné au dehors avec les urines : mais cela ne peut guère arriver que lorsqu'il est encore petit; cela ne s'est pas vu autrement, dans les exemples jusqu'ici publiés.

Son corps, allongé et arrondi en cylindre, s'amincit vers l'une et l'autre extrémité, mais sans aller jusqu'à la forme d'une pointe. Ce qu'on nomme sa tête n'est donc pas autre chose qu'une extrémité obtuse, où se voit, à l'aide de la loupe , une bouche orbiculaire autour de laquelle sont six petits mamelons peu bombés , ou , pour mieux dire , presque plats. L'extrémité caudale , au bout de laquelle existe l'anus , diffère d'ailleurs beaucoup selon le sexe. Chez Je mâle, elle porte une sorte de bourse qui sert comme d'enveloppe à l'anus, et d'où sort le pénis , petit filet fin comme un cheveu, mais long de plusieurs millimètres et très visible à l'œil nu. Chez la femelle, rien de tout cela n'existe, en sorte qu'on pourrait bien, au premier coupd'œilet faute d'attention, la prendre pour un ascaride lombricoïde : la vulve est située assez loin du point où la queue se termine ; la distance en est de 3, de 6, de 10 centimètres et même plus, selon la grandeur du ver.

Le strongle géant, pris vivant, tel qu'on le peut encore trouver, par exemple, dans les autopsies, même vingt-quatre heures après la mort de la personne où il a pris malheureusement domicile , est en général aussi rouge que du sang, car c'est de sang qu'il se repaît. Mais, conservé dans l'alcool, il perd bientôt celte couleur; et, suivant le degré de macération qu'il a subi, il est brunâtre, ou gris, ou blanc.

Le strongle géant peut-il habiter quelquefois d'autres organes que le rein? Les auteurs parlent de vers de cette espèce-là même qui ont été rencontrés dans l'intestin, dans l'épiploon, dans le foie, et même dans le poumon. Mais, si tant est qu'il ne se soit point commis de méprise helminihologique à cet égard , je ne saurais m'empêcher de croire et de dire que de semblables cas, si rares, si exceptionnels , n'ont pu exister qu'à la condition d'une perforation rénale (526. F.), par où lever parasite avait abandonné son domicile naturel.

1416. Symptômes. — Ce sont, comme on se l'imagine bien,

ceux de l'irritation et de l'inflammation du rein, ceux de la pyélile (525.) et de la néphrite (667.), sous toutes les formes et dans toutes les combinaisons possibles. Assez ordinairement , il y a d'atroces douleurs.

De plus , à ce que nous voyons par une observation récente , due à M. Aubinais et publiée dans la Revue médicale (décembre 18/i6, pag. 569. — D'après le Journ. de la section de médecine de la Soc. académique du départem. de la Loire-Inférieure), il peut y avoir quelquefois des symptômes spéciaux et qui, s'ils ne sont pas absolument pathognomoniques, ont du moins une valeur significative d'un très haut degré. Effectivement, le malade qui fait le sujet de ladite observation , et chez lequel, à l'autopsie, on trouva un strongle encore vivant dans le rein droit tout creusé intérieurement et changé en poche, s'était plaint de ressentir une sorte de reptation dans la région rénale du côté droit; bien plus, dans les six derniers mois de la maladie, on avait pu, tant le marasme fut excessif, saisir par le toucher à travers les parois de l'abdomen, et môme apercevoir par la vue seule les mouvemens de soulèvement et d'ondulation qui agitaient le rein.

1417. Méprises où il faut prendre bien garde de tomber. — 11 est arrivé, dit-on, à des médecins peu instruits en helminthologie de prendre pour des strongles : 1" des larves d'insectes, mises par supercherie ou tombées par hasard dans le pot de chambre ; 2° des ascarides lombricoïdes qui, arrivés dans la vessie par une fistule reclo-vésicale, étaient ensuite rendus par l'urètre, ou qui, introduits dans le vagin après leur sortie par l'anus, étaient chassés de là lors de l'excrétion des urines; 3° des caillots décolorés ou des concrétions pseudo-membraneuses, d'apparence vermiforme. Commettre ces méprises-là , ou bien encore les méprises réciproques, c'est une faute grossière et honteuse; et certes il est facile de ne pas s'en rendre coupable, pour peu qu'on ait quelque teinture d'helminthologie , et pour peu qu'on fasse attention à l'objet qui s'offre à nos yeux et qu'il s'agit de reconnaître.

1418. Thérapeutique. — A supposer même que, dans un cas donné, on put soupçonner, voire même diagnostiquer avec assurance la présence d'un strongle , quel compte pourrait-on faire sur le calomel et autres préparations mercurielles, sur la térébenthine et autres agens analogues, pour empoisonner l'animal parasite ? Jusqu'à quel point serait-il permis d'en imprégner, à cet effet, le sang, et, par conséquent, les urines, sans porter cependant à la vie de l'homme même de dangereuses et irrémédiables atteintes?

141 9. Un mot sur un autre helminthe des voies urinaires. — On assure qu'il se trouve quelquefois clans le bassinet ou dans la vessie de l'homme une espèce du genre Spiroptèrc, genre li és voisin des ascarides et des strongles, et qui a pour caractère distinctif d'avoir la queue conformée en spirale et ornée de deux ailes membraneuses , d'entre les-

Page 1