‹ Élémens de pathologie médicale (volume 2)Chapitre 51 sur 54 · CHOLÉRA PESTILENTIEL · texte numérisé non relu

CHOLÉRA PESTILENTIEL

(Aulenrs contemporains. — Par la double considération : 1° de l'analogie avec le choléra vulgaire (983-90); 2° du haut degré de violence épidémique).

1675. Bibliographie très restreinte. — Quelle immense multitude de livres et de brochures le choléra pestilentiel n'a-t-il pas fait naître, soit en France, soit à l'étranger! Force nous est bien de circonscrire notre choix dans d'étroites limites, et de passer- sous silence nombre de travaux, même très impôt tans et très dignes d'estime.

Mop.eau de Jonnès. Rapport au conseil supérieur de santé sur le choléra-morbus pestilentiel. Paris, 1831, in-8°. — Travail con-

sciencieux. rédigé d'après les docuniens officiels. Très intéressant à consulter pour l'historique de l'épidémie dès la date même de l'avènement (en 1817), cl pour la théorie de la propagation par voie d'importation et de contagion.

Biuerre de Boismojnt. Relation historique et médicale du cholérumorbus de Pologne. Paris, 1831, in-8°.

Littré. Du choléra oriental. Paris, 1832, in-8". — Résumé concis, mais très substantiel et très précieux, des observations faites jusqu'alors par les médecins anglais, russes et allemands.

FOY. Du choléra-morbus de Pologne. Paris, 1832, in-8°.

Sandras. Du choléra épidémique en Pologne et en Alleinugnu. Paris, 1832, in-8°. •

Gendrin. Monographie du choléra-morbus. Paris, 1832, in-8".

Rayer. Etude du sang sous le rapport de son aptitude à se combiner avec l'oxygène de l'air. (Dans Gaz. méd., année 1832, n° 46.) — Conclusions: 1° Le sang cholérique rougit peu à l'air. 2" Il rougit moins sous son sérum que le sang non cholérique. 3° Son sérum rougit moins le caillot du sang non cholérique que le sérum ordinaire. 4° Les sels (sels du sérum et tous les sels solubles à base alcaline) favorisent et avancent sa coloration à l'air. 5° 11 conserve plus longtemps que le sang non cholérique la propriété de rougir par les sels. 6° Enfin , il contient moins de sérum et moins de sels que le sang non cholérique , et par cela même est moins oxygénable.

Bouillaud. Traité pratique, théorique et statistique du choléramorbus de Paris. Paris, 1832, in-8".

Jules Guérin. Examen de la doctrine physiologique appliqw'c à. l'étude et au traitement du choléra-morbus : suivi de l'Histoire de la maladie de Casimir Périer. Paris, 1832, in-8°. — C'est là une bonne monographie, quoique sous une forme polémique et dans le but surtout de réfuter une brochure du célèbre Broussais, intitulée : Le choléra-morbus épidémique observé et traité selon la méthode physiologique.

Aingelin (chirurgien-major de l'expédition chargée d'amener l'obélisque de Luxor). Du choléra en Egypte. Th. inaug. Paris, 1834, n° 123.

Dalmas. — (Dans le Répert. — T. VII, p. 451 et suiv. — Art. Choléra.)— § Ier. Du choléra en général (p. 451-8). — §111. Du choléra épidémique (p. 471-543).

Requin. — (Encyclop. nouv.— T. HP, p. 547-50.).— Art. Choléra.

Bertulus. Importation du choléra-morbus asiatique dans les villes de Tarragone, Roses et Eiguières (Espagne), par le vaisseau français le Triton en 1835. (Dans le «/owhî. des conn. médico-chir. , septembre 1841.)

ÉPIDÉMIES PARTICULIÈREMENT MEMORABLES. /j 95

Tardieu. Du choléra épidémique. Leçons professées à la Fac. de

méd. de Paris. Paris, 4849, in-8°. — Très bon travail. Roche. Lettres sur le choléra. {Dam Y Union médicale.)

— Année 1S49. Ve lettre : Sur le degré de curabilité du choléra.

— IIe lettre : Prétendues bizarreries du choléra. — IIP lettre : De la contagion du choléra (solution affirmative). — IVe lettre : Réponse aux objections à l'opinion de la contagion du choléra.

— Janvier 1851. Ve lettre : Sur la contagion du choléra-morbus. Pélikan. Recherches sur le mode de propagation du choléra.

(Dans Gaz. méd., année 1849, n08 16 et 17.) — Faits et argumens à l'appui de la contagion ; faits empruntés surtout au choléra observé en 1848 dans l'empire russe.

Spindler. Le choléra à Strasbourg en 1849, envisagé sous le point de vue de son mode de propagation. Th. inaug. Strasbourg, 1850.

— À l'appui de la contagion.

Padioleau. Réflexions sur le choléra asiatique. (Dans la Revue méd., août 1850. — Pour la contagion.

Briquet et Mignot. Traité théorique et analytique du choléramorbus [Epidémie de 1849). Paris, 1850, in-8°. — Pour la contagion.

Blondel. Rapport sur les épidémies cholériques de 1832 et de 1849, dans les établissemens dépendant de l'administration générale de l'Assistance publique de la ville de Paris. Paris, 1850, in -4°.

Brochard. Du mode de propagation du choléra et de la nature contagieuse de cette maladie ; Relation médicale de l'épidémie de choléra qui a régné pendant l'année 1849 à Nogent-le-Rotrou. Paris, 1851, in-8°.

Audouard. Les relations commerciales maritimes servent-elles à propager le choléra? (Dans Revue méd., août 1851.) — Réponse affirmative et bons argumens à l'appui.

Voir aussi , dans le Dictionnaire des dictionnaires de médecine, les art. Choléra et Choléra de 1849.— (T. II, pag. 492- 523.)

1676. Définition. — Épidémie très meurtrière, se caractérisant surtout par les cas symptomalologiquement semblables au choléra vulgaire (983 et 986); enlevant en général, dans ces cas-là, la moitié ou tout au moins le tiers des malades.

J'ai indiqué ailleurs 983) les raisons qui, malgré cette similitude des apparences symplomaliques, nous commandent d'établir une distinction profonde, une distinction radicale, entre le choléra vulgaire et le choléra pestilentiel, et de reconnaître en celui-ci une spécificité véritablement hors de ligne, en un mot, ce que je proposais dernièrement

/l% PATHOLOGIE MÉDICALE.

d'appeler une spécificilé palhogéuique de premier ordre ( t hèse de concours, De la spécificité dans les maladies. — Art. V, prop. 1).

1677. Synonymie. — Choléra épidémique proprement dit. — Choléra indien ou asiatique. — Choladrée lymphatique ou Hydrocholadrée, de M. Bally {Journ. des conn. médico-chir., avril 1848. — Pag. 137).

1678. Historique. — Ce qui, tout bien considéré, me paraît chose certaine et hors de contestation, c'est que, dans l'Jndoslan même, le choléra, vu et décrit par Bontius (97. B. 6. I0.), il y a de cela près de deux siècles, n'était pas encore le choléra pestilentiel ; ce n'était qu'un choléra sporadique, le choléra d'IIippocrale et de Sydeuham. Il apparaissait là, de temps immémorial, sans doute, comme partout ailleurs ; peut-être, seulement, plus commun que partout ailleurs.

Mais qu'était-ce que ces épidémies cholériques dont, vers la fin du XVIIIe siècle et dans les premières années du xix% on eut à signaler les fréquens retours tantôt ici, tantôt là, sur la côte de Coroinandel, non moins qu'au Bengale ? Petites épidémies assurément, se confinant chacune dans un rayon de peu d'étendue. Qu'était-ce encore un coup? IS'était-ce là encore que le choléra vulgaire, seulement un peu plus répandu que de coutume, et, à vrai dire, élevé au degré de constitution médicale ? Était-ce, au contraire, le choléra pestilentiel déjà naissant? en était-ce, pour ainsi parler, l'enfantement et le premier âge? Problème obscur, épineux, et que je me garderai bien ici de discuter.

Toujours est-il qu'en 1817, de l'aveu unanime des auteurs, une épidémie cholérique, d'une malignité jusqu'alors inaccoutumée, éclata dans le Bengale ; c'était bien le choléra pestilentiel, sans contredit ; et, depuis lors, il ne cessa d'étendre de plus en plus ses ravages loin de son foyer primitif, de franchir et les montagnes et les mers, de se propager de ville en ville, de royaume en royaume, de continent en continent, jusqu'à ce qu'il eût, en une vingtaine d'années, conquis pour ainsi dire la surface entière du globe.

Esquissons en quelques mois son funèbre itinéraire.

Jessorc, ville située dans le delta du Gange, à environ 30 lieues de Calcutta, fut le premier théâtre de celle grande épidémie ; puis, il ne fallut guère plus d'une année pour l'envahissement de toute l'étendue de l'Iudostan.

En 1819, le choléra atteignit l'île de Ccylan, et, franchissant encore un bien plus grand espace de mer, il ravagea l'île Bourbon et l'île de France. En même temps, il s'étendait par delà le Gange jusqu'à la presqu'île de )!alacca et aux îles de Sumatra et de Java.

En 1820 et 21, il se répandait du côté de l'est jusqu'en Chine, où la mortalité fut énorme ; et du côté de l'ouest, sur tout le littoral du golfe Persiquc et jusqu'à Bassora, où l'on compta, dit-on, 18,000 morts, dont 14,000 en quinze jours.

En 1S22, il se propagea des bords du golfe Persique dans l'intérieur des terres: d'une part, dans la Perse; et, d'autre part, le long du Tigre jusqu'à Bagdad, et le long de l'Euphrate jusqu'en Syrie, où Alcp fut cruellement ravagé.

En 1823, il apparut en Russie, sur les bords de la mer Caspienne; mais à Astrakhan, sur une population de 50,000 habitons, il n'en fit périr que 200, et, là, il s'éteignit à l'arrivée de l'hiver.

Depuis 1823 jusqu'en 1829, il ne fit aucun pas vers l'Europe. Cette pause d'environ six ans, dans une marche qui avait été jusque-là et qui fut depuis constamment progressive, est une singulière anomalie, dont assurément il n'est pas bien facile de rendre raison. Mais enfin, au mois d'août 1829, le choléra, qui n'avait pas cessé de désoler çà et là l'Indoslan, le Pendjab, l'Afghanistan, la Perse et le Turkestan, reparut tout à coup en Russie, dans le gouvernement d'Orenbourg, lequel, notons-le bien, est limitrophe du Turkestan. Et, à dater de cette époque, il reprit un élan rapide.

En 1830, avant la fin de mai, le choléra était parvenu à Kasan. Le 20 juillet, il se déclara à Astrakhan : c'était la seconde fois, mais pour y être beaucoup plus terrible qu'il n'avait été lors de sa première invasion ; il y enleva 8,000 habilans. Dans le courant d'octobre, il fit irruption à Moscou, et il y régna durant l'hiver, contrairement à ses allures ordinaires, à sa loi de déclin et de disparition sous l'influence même des premiers froids. Est-ce à l'usage général des fourrures dans l'habillement, est-ce à la chaleur entretenue par les poêles dans l'intérieur des maisons, que, nonobstant les rigoureux frimas de la Moscovie, les miasmes cholérifiques durent le maintien de leur existence et de leur activité? Voilà, certainement, des raisons plausibles de ce fait exceptionnel.

En 1831, le choléra marcha de Moscou à Varsovie, avec l'armée du feld -maréchal Diebitsch ; il poussa dans tous les sens ses meurtrières irradiations. Ii envahit, au nord-ouest, la Livonie, la Courlande et Saint-Pétersbourg; au sud, la Gallicie, la Hongrie et l'Autriche; au sud-ouest, Dantzig, Berlin, Hambourg. Il vint enfin tomber en Angleterre, à Sunderland, port situé sur la mer du Nord et en relations habituelles de commerce avec Hambourg. De Sunderland, il se propagea ensuite dans tout le reste du pays, et notamment à Londres. Maishâtonsnous de remarquer que celle vaste métropole, cette agglomération d'à peu près 2,000,000 d'hommes, ne fut pas extrêmement maltraitée par le fléau, et ne compta qu'une proportion peu considérable de malades et de morts, comparativement, par exemple, aux lugubres statistiques de Calcutta, de Pékin, de Saint-Pétersbourg, de Paris, etc. C'est dans la même année 1831 que le choléra pénétrait enfin en Égypte , avec les nombreux pèlerins venus de la Mecque dans la populeuse ville du Caire, et parmi lesquels il s'en trouvait plusieurs qui avaient contracté le mal en Arabie.

En 1832, ce fut le tour de la France. Dès le 26 mars, Paris devint à

n'en pas pouvoir dputer, le loyer de l'épidémie, dont l'accroissement se lit avec une effroyable rapidité, et arriva le 10 avril à son maximum (848 décès). A partir de là, on la vit décroître; mais elle ne s'éteignit qu'en octobre ; il y eut en tout 18,402 décès (sur une population île 753,987 babitans).

L'Atlantique fut une vaine barrière entre l'Europe et l'Amérique. Le choléra, d'abord débarqué dans les ports de la côte orientale des États- Unis, était parvenu au Mexique sur la fin de 1833. En même temps, il continuait de s'étendre dans le midi de l'Europe et tout le long du littoral méditerranéen. De 1834 à 1835, il ravagea l'Espagne, les États barbaresques, et notamment l'Algérie, d'où il revint affliger la France méridionale en prenant pour sièges principaux Toulon et Marseille.

En 1836, l'Italie, jusqu'alors respectée, fut enfin envahie et paya son tribut depuis une extrémité jusqu'à l'autre, depuis les Alpes jusqu'à Naples et jusqu'au fond de la Calabre, malgré l'excessive rigueur des quarantaines.

Bref, après avoir fait de la sorte le tour du globe, après avoir pris possession, pour ainsi dire, de toute la terre habitable, le choléra pestilentiel ne disparut plus du monde. Il ne cessa pas de renouveler, tantôt dans un continent, tantôt dans un autre, suivant telle ligne ou telle autre, ses irruptions et ses ravages. En général, sauf certaines exceptions dont je mentionnais tout à l'heure la plus remarquable, celle de Moscou , le fléau s'apaise l'hiver, au point même de s'éclipser entièrement; il fait alors une halte ; puis, au printemps, il reprend sa marche envahissante.

Quant à ce qui concerne particulièrement notre France, bornonsnous à rappeler en quelques mots la seconde invasion du choléra pestilentiel à Paris: c'était dix-sept ans après la première. Une seconde fois, le torrent épidémique s'avança vers nous par le même chemin qu'il avait déjà parcouru auparavant; du fond de l'Indostan, il nous vint par la Perse, par la Russie, par l'Allemagne, en ravageant, à peu d'exceptions près, les mêmes points qu'il avait déjà ravagés lors de sa première incursion. En 1849, Paris fut donc en proie au choléra, depuis le printemps jusqu'en automne, comme il l'avait été en 1832; seulement le choléra de 1849, dont l'invasion date officiellement du 18 mars, n'eut pas une croissance aussi épouvanlablement rapide que celui de 1832. Ce n'est que le 10 juin, plus de deux mois après son invasion, qu'il parvint à son maximum (721 décè.s); au surplus, il ne s'éteignit qu'en octobre, comme celui de 1832 ; et, quant à la somme totale de la mortalité, il ne différa guère non plus de celui-là ; car, sur une population devenue plus forte (995,504 babitans), il causa 19,069 décès.

Pliiisc à Djeu maintenant que notre patrie, notre chère patrie, si cruellement éprouvée par la mauvaise fortune, n'ait plus à subir du moins le retour de ce fléau ! Plaise à Dieu que le choléra pestilentiel s'évanouisse par toute la terre et s'évanouisse pour toujours! Qu'au lieu de repulluler à perpétuité et de se faire inscrire au nombre des

maux ordinaires de l'humanité, il ne soit plus qu'un souvenir néfaste , d'un intérêt purement historique ! Ne désespérons pas, bien qu'il ait continué jusqu'ici de porter çà et là, sur le globe, la terreur et le deuil, et que , cette année même 1851, les échos de la presse aient gémi des ravages qu'il a faits, par exemple, en Californie, en Algérie, en Hongrie, etc. , ne désespérons pas de voir enfin notre vœu réalisé !

1679. Symptomatologie. — A. Choléra proprement dit : se caractérisant, dans la généralité des cas et sauf certaines variétés exceptionnelles (6.) , par les mêmes symptômes que j'ai décrits ailleurs (983 et 986) comme propres au choléra vulgaire, et sur la description desquels, encore un coup, je ne dois ni ne veux revenir. Tel est, du moins, le type pur et complet de la maladie, ce qu'on appelle le choléra vrai, ou mieux, en d'autres termes, le choléra algide, cyanique, asphyxique. Tantôt l'invasion du choléra est soudaine, ou à peine annoncée patquelques heures, quelques minutes de malaise; tantôt, au contraire, et c'est même le cas le plus fréquent sans comparaison, on voit, durant plusieurs jours, préluder à l'explosion du choléra tout ce que nous allons décrire plus bas sous le nom de cholérine (B.). Il y a un point de vue très important par où l'histoire du choléra pestilentiel diffère de celle du choléra vulgaire : c'est que, le plus ordinairement, si toutefois la personne atteinte du choléra pestilentiel ne succombe pas immédiatement à l'état algide, elle passe de là dans un état fébrile qui constitue, à vrai dire , une seconde période de la maladie. Celte seconde période, dite période de réaction, dont j'énumérerai ci-après («.) les principaux phénomènes, a aussi ses dangers ; et les cholériques y succombent en assez grand nombre. Somme toute, le choléra pestilentiel, abstraction faite de sa puissance épidémique, et à ne considérer même qu'un nombre déterminé de malades, a incomparablement plus de force meurtrière que le choléra vulgaire.

a. Comme élémens principaux de la période de, réaction, mentionnons les accidens que voici: ri'hypérémie encéphalique (18Zi.) ; 2°les inflammations thoraciques ( pneumonie, pleurésie , péricardite, etc.); 3° les symptômes typhoïdes, tels que la stupeur (45. G. £. — et 1569. B. «.) et l'éiat phiegmasique du système muqueux gastro-pulmonaire (1569. B. à.) ; U° les éruptions érythémateuses : j'ai déjà expressément signalé, par exemple, dans l'histoire des inflammations cutanées, l'érythème rubéoliforme cholérique (316. J. Ç.).

g. Quant à ce qui concerne les variétés du choléra pestilentiel, il importe de noter formellement les suivantes, comme étant très remarquables à titre exceptionnel. V Certains individus, après avoir été pris tout à coup de vomissemens ou de déjections cholériques, avec ou sans crampes, mais sans cyanose, ont succombé en quelques heures, ou bien se sont remis presque aussitôt: on nommait cela un choléra spasmodique. 2" Chose plus rare: d'autres ont péri en proie aux plus cruelles coliques et aux crampes les plus violentes, sans évocations: c'était là le choléra sec

pour nous servir d'un terme consacré par Hippocrate et par Sydenham. Outre cela, au surplus, que de variétés la maladie ne présenle-t-elle pas, touten demeurant bien évidemment choléra et sansse réduire en cholérine ! que de variétés, je le répète, selon la prédominance ou l'absence de tel ou tel symptôme !

B. Cholérine : choléra léger, subinlense ou abortif , de M. Bouillaud. a. Disons brièvement ce que c'est que la cholérine. Perte d'appétit "; sensation pénible dans l'épigastre, et souvent dans tout l'abdomen; maux de cœur; dyspepsie; borborygmes ; coliques; diarrhée plus ou moins abondante , formée, comme dans le choléra môme, par une sorte de sérosité blanchâtre et grumeleuse; insomnies; affaiblissement rapide ; sentiment singulier d'anéantissement ; tendance à la syncope ; tristesse irrésistible; quelquefois, mais rarement, des hoquets et des vomissemens : voilà l'ensemble de symptômes qui prélude assez souvent au choléra (A.), et qui en est, comme l'indique le nom même de cholérine, un véritable diminutif. Mais hâtons-nous d'ajouter que la cholérine, maladie très commune pendant tout le règne de l'épidémie, ne se termine pas toujours , il s'en faut de beaucoup , par une si déplorable catastrophe. Chez le plus grand nombre des personnes qui en sont atteintes , elle se guérit heureusement par les seules ressources de la nature ou par l'intervention de la médecine. Il n'y a que de très rares exemples qu'elle ait été mortelle par elle-même et sans passer à l'état de choléra ; mais enfin cela s'est vu. Convalescence lente , rechute facile. Au moindre excès, conversion presque immanquable de la cholérine en choléra.

6. On ne saurait, en vérité, méconnaître la communauté de nature, ou , pour mieux dire , l'étroite parenté de la cholérine et du choléra, soit que l'on considère le développement de celui-ci consécutivement à celle-là chez un seul et même individu , ou la contemporanéité épidémique de ces deux maladies chez divers individus d'une même population, soit enfin que l'on examine par quelles insensibles gradations s'échelonnent sur une seule ligne les nombreuses variétés de l'une et l'autre espèce, et combien il est difficile de tracer entre l'une et l'autre une démarcation nette et absolue. Il nous semble évident que cholérine et choléra sont le résultat d'une seule et même cause , de cet agent occulte que nous allons ci-après (1682. C.) reconnaître et proclamer sous le nom de miasme cholérifique. S'il y a tant de diversité dans les effets de cette cause mystérieuse chez les divers individus , cela peut très bien s'expliquer, et par la différence d'intensité dans l'action de la cause même, et par la différence d'aptitude dans chaque organisme.

1680. Nécroscopie. — Bornons-nous, en ce qui concerne seulement les cholériques morts clans la période algide, cette période caractéristique de la maladie , bornons-nous à indiquer sommairement quels sont les caractères nécroscopiques les plus saillans qui se font observer, sinon toujours, du moins le plus communément, chez ces sujets-là.

liPJDfiMItS PAUT1G0L1ÈREMENT MÉMORABLES. 501

A. Plénitude du système vasculaire à sang noir : telle qu'on la rencontre dans l'asphyxie apnéique (U29. B.) ; et parfois jusqu'au point de rendre la substance spongieuse des os et les dents toutes noirâtres.

B. Sang plus noir, plus épais, plus visqueux que de coutume : assez semblable à du raisiné. Il rougit moins vite à l'air que le sang veineux normal, ou, tout au moins, non cholérique.

C. Matière blanche, sons [orme de grumeaux, dans l'intestin : celle-là même qui, sur le vivant, se montrait dans les vomissemens et les selles (986. A.).

D. Développement considérable des follicules de Brunner : psorentérie, de M. Serres. Mais, suivant Dalmas, par exemple, celte particularité ne se rencontrerait que deux fois sur cinq.

Dans tout cela, en vérité, il n'y a rien qui révèle le secret du mal, et qui nous donne là-dessus beaucoup de lumière.

1681. Un mot des épizooties qui ont régné en même temps que le choléra. — Dans bon nombre de pays, pendant que le choléra en frappait et en décimait la population , la cause épidémique a exercé son action sur les animaux eux-mêmes. Une multitude d'animaux d'espèces différentes a été ainsi atteinte. Combien une semblable calamité ne s'estelle pas surtout fait remarquer chez les bestiaux, chez les bêtes à cornes ! Mais on a vu aussi les chevaux, les chameaux, les oiseaux de basse-cour, même les oiseaux sauvages et les poissons , tomber en proie au même fléau. De telles épizooties avaient eu lieu en Asie; elles se sont pareillement montrées en Europe. Il est facile, au surplus, de s'en faire une idée : ce sont des accidens cholériformes qui caractérisent ces épizooties-là. Figurez-vous, mais, bien entendu, en tenant compte des différences symptomatiques que la différence des organisations entraîne, figurez-vous, dis-je, chez telle ou telle espèce d'animaux, la rapide répétition d'évacuations abondantes, le refroidissement excessif du corps, la circulation ralentie, les phénomènes de cyanose, etc.

1682. Etiologie. — A. Causes prédisposantes : dont il ne faut ni méconnaître la réalité ni exagérer non plus l'importance dans la pathogénie du choléra pestilentiel. Partout, en effet, celte épidémie a sévi de préférence sur les individus débiles, sur les ivrognes, sur les gens de la classe pauvre, gens mal nourris, mal vêtus, mal logés. Cependant il y a eu de nombreuses exceptions. La vigueur, la sobriété , la richesse n'ont été, nulle part, des brevets d'immunité absolue.

B. Causes occasionnelles banales (83.-4.) : dont le rôle est, dans certains cas, évident et incontestable, mais, après tout, ne consiste guère qu'à provoquer l'explosion de la maladie, qui, pour ainsi dire, couvait déjà dans l'économie. Chez quelques sujets , effectivement , le choléra succède à une débauche, à un travail excessif, à un refroidissement brusque, à un accès de colère, ou à maint autre accident de ce genre; mais, dans le plus grand nombre des cas, i! est impossible d'attribuer, avec quelque apparence de raison , à aucune des causes occasionnelles

502 PÀT1IOLOG1K MÉDICALE.

banales l'invasion du choléra, dont le développement alors paraît être tout spontané.

C. Cause spécifique : évidemment nécessaire à invoquer ici , comme étant, sans aucun doute, favorisée par ce qu'on nommé causes prédisposantes et causes occasionnelles banales , inais surtout comme étant tout à fait capable de produire, à elle seule, son plein et entier effet. Je me dispense de rapporter toutes les hypothèses qu'on a faites sur la nature de celte cause spécifique. La doctrine la plus simple et la plus communément adoptée, c'est d'admettre l'existence de miasmes d'une espèce particulière, miasmes cholérifiques, qui non seulement se répandent çà et là par la voie de l'air, leur véhicule naturel , mais qui , selon toute apparence, sont susceptibles aussi de demeurer attachés à certaines matières, et d'être transportés avec elles à des distances considérahles. Ce n'est pas tout encore, assurément. Voici une autre question : d'où proviennent-ils ces miasmes? et comment se reproduisent-ils? Leur berceau primitif a été, comme on l'a vu (1678), le delta du Gange. Mais dans quelles conditions spéciales de sol, de température ou de végétation ont-ils pris naissance ? C'est ce qu'il est impossible de préciser. Sont-ils tous partis du Bengale pour se disséminer ensuite dans le monde entier? Se sont-ils, au contraire, spontanément formés dans chaque pays? Ou bien, enfin, se sont-ils perpétués et propagés de proche en proche , par une reproduction incessante dans le corps même des cholériques? Voilà trois hypothèses , dont la dernière, à mon sens, est de beaucoup la plus probable, et sur laquelle, par conséquent, je vais insister dans le suivant alinéa (D. ). Il me paraît à propos de dire, sur-le-champ , que les opinions dont je me déclare ici partisan ont été déjà embrassées publiquement par moi dans ma dernière thèse de concours (De la spécificité dans les maladies, 1851, p. 52 et p. 62), et que, présentées ainsi à la rude épreuve de l'argumentation , elles n'ont point été attaquées.

D. Contagion : chapitre épineux où le choléra , comme tant d'autres maladies, prête merveilleusement à la controverse, mais où , pour notre compte, tout bien considéré, nous adoptons la solution affirmative. Examinons, d'abord, les cas individuels un à un et pour ainsi dire isolément. Il y en a qui disent ou semblent dire non. Dieu nous garde de le dissimuler! Mais il y en a beaucoup d'autres qui disent oui. Puis, ce qui est aussi un argument bien puissant en faveur de l'affirmative, c'est le fait général que voici, et dont la réalité est claire comme le jour : le fait de la propagation progressive de l'épidémie le long de l'itinéraire des grandes armées et par la voie des communications commerciales. Il y a plus : dans la plupart des villages et des villes peu populeuses, où les premiers cas de choléra n'ont pu rester cachés et passer inaperçus comme au milieu des grandes villes, il a été positivement constaté que le mal avait été importé par des personnes venues de pays infectés. Combien de relations authentiques ne font-elles pas foi de l'exactitude de cette asser-

lion ! Tout mentionner en ce genre, ce serait à n'en jamais finir. Dans la bibliographie du présent article, j'ai déjà désigné à nos jeunes et studieux lecteurs quelques unes des sources les plus importantes où ils aient à se renseigner et à s'édiûer sur la question de la contagion cholérique. Qu'ils y aillent donc puiser la vérité, au prix de leur propre travail et de leur propre méditation. Toutefois, il me paraît convenable d'apporter moi-même ici mon témoignage, sous le dernier point de vue que je viens d'énoncer tout à l'heure à l'appui de la contagion. Voici, en effet, ce que j'ai constaté moi-même, lors de ma mission, en 1835, dans le département de Vaucluse, et que j'extrais textuellement de mon rapport au Ministre : — « A Avignon, le 19 juillet, d'après les bulletins officiels, un individu nouvellement arrivé de Toulon, où l'épidémie sévissait alors avec la plus effroyable intensité, fut atteint du choléra et y succomba. S'il faut en croire un médecin fort distingué, M. le docteur Chauffard , il y aurait eu déjà , quelques jours auparavant , un cas de choléra mortel sur une femme également venue d'un lieu infecté. Quoi qu'il en soit, ce n'est que depuis la mort de ce Toulonnais que la cause occulte du choléra manifesta sa présence dans l'atmosphère avignonnaise par ses effets sur les indigènes eux-mêmes. » — « A Morières, pauvre et petit bourg, qui, administrativement parlant, fait partie de la commune d'Avignon, mais qui, dans la réalité topographique, et surtout aux yeux de tout épidémiographe, forme une localité distincte (car il est à plus d'une lieue d'Avignon, et cette lieue est un intervalle de champs et de prairies), le choléra se manifesta pour la première fois, le 15 août, sur un conducteur des ponts et chaussées, natif de cette bourgade, mais habitant d'Avignon : cet homme arriva à Morières avec les symptômes initiaux du choléra, et, à peine arrivé, succomba à la période algide ; le médecin qui le soigna fut frappé après lui du même mal, et mourut pareillement. » — « Cadenet, Lourmarin et Pertuis (petites villes du département de Yaucluse) , ne devinrent le théâtre de l'épidémie que postérieurement au passage et au séjour d'une immense multitude de fuyards de Toulon, de Marseille, d'Aix, etc. ; mais, à la vérité, sans qu'aucun de ces fuyards y fût frappé du choléra et en pérît , sans que le décès cholérique d'un étranger y fût, comme à Avignon, à Morières, à Caderousse, à Apt, etc. , le signal et pour ainsi dire le prélude du développement épidémique parmi les indigènes. » — «A Villelaure, le maire succomba, au sortir d'un tripot de Cadenet, où il avait joué avec onze autres individus, tous atteints et morts le même jour. » — « J'ai , dans mes notes, de pareils faits relatifs à d'autres communes. »

1680>. Que penser ici des quarantaines et des cordons sanitaires? — Ce n'est, il faut bien le dire, qu'une vainc prophylactique.

Lorsque l'Italie mettait encore sa sécurité dans de pareilles précautions, voici ce que j'écrivais de Naples à propos de ces mesures :

« Plus on observera de près, plus on se convaincra que les mesures » dites sanitaires ne servent qu'à mettre des entraves déplorables entre

5<J/l PATUOI.UGIL MÉUICAU.

» les communications commerciales de peuple à peuple, sans arrêter la » marche de l'épidémie, ce que l'expérience a déjà prouvé, et ce qu'elle » prouvera encore (j'en suis sûr). Inutiles dans l'hypothèse de la non- » contagion, impuissantes, dans le cas contraire, elles ne peuvent être » de la part d'un gouvernement éclairé, qu'une condescendance dont il » doit tacher d'atténuer les inconvénient » {Lettre à la Gaz méd année 1833, n° 21). - Je prédisais alors à l'Italie la prochaine arrivée du choléra : prédiction , héJas! trop facile et qui s'est trop bien accomplie.

Le temps n'a fait que montrer de plus en plus l'inefficacité de ces prétendues barrières contre l'invasion de l'épidémie cholérique C'est que, sans aucun doute, les miasmes cholérifiques ont, à l'instar des miasmes paludéens (1447. E.), le privilège de franchir des distances considérables à travers l'atmosphère sans rien perdre de leur malfaisante activité.

1684. Traitement. — Il se peut que l'intoxication cholérique ait dans le trésor infini de la nature, son remède spécifique, son antidote sûr; et qu'un jour vienne où la connaissance d'une si précieuse et si puissante ressource sera enfin révélée à noire art, soit dans les aventures du plus grossier et du plus bizarre empirisme, soit dans l'heureux succès de tentatives inspirées par quelque idée rationnelle. M. Bally, par exemple, dans sa plus haut citée (1677.), exprimela ferme croyance qu'il doit y avoir un antidote à employer par voie d'inhalation; il en recommande la recherche, il en espère la découverte, fondé qu'il est, dans ce point de vue, sur les faits publiés par quelques observateurs qui ont eu à se louer de l'éthérisation comme moyen d'apaiser les crampes.

Mais, hélas ! le remède nosocratique n'est pas encore trouvé. Et pour les malades qui ne veulent pas servir de sujet aux expérimentations thérapeutiques ou soi-disant telles, nous n'avons pas autre chose à faire que de mettre en œuvre, suivant les exigences particulières de chaque cas et avec une énergie proportionnée au péril même, les moyens rationnellement indiqués pour combattre les symptômes prédominans et pour ranimer la vie défaillante: c'est à savoir, principalement, les narcotiques, les antiémétiques, la révulsion cutanée et les stimulans, comme dans le traitement du choléra vulgaire (990.). Voilà, quant à présent, dans mon intime conviction du moins, le parti le plus sage et le plus sûr. C'est ainsi que j'ai traité mes cholériques; et je n'ai pas à m'en repentir , quand je jette les yeux sur les notes statistiques de ma pratique. C'est ainsi que je voulais être traité moi-même, si, en 1849, j'eusse été atteint par l'épidémie : telle fut ma sérieuse et formelle recommandation à mon très cher et très intelligent élève, M. Mesnet, qui me secondait alors avec tant de zèle et tant de jugement dans le traitement des cholériques de la Maison nationale de santé.

FIN DU TFXOISlÈ.Mi; VOLL'Mf.

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