‹ Élémens de pathologie médicaleChapitre 18 sur 63 · CONSIDÉRATIONS GENERALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GENERALES

690. Nosologie.— .\. Sous le nom d'hypertrophie, nous devons comprendre les vices anatomiques qui consistent en ce qu'un tissu, un organe ou une portion d'organe présente un accroissement extraordinaire, une augmentation de volume et de poids de sa propre substance au-delà des proportions normales, mais sans altération de texture, ou, tout au plus, avec un certain degré d'induration. C'est à l'exemple dé M. Gruveilhier (article cité), et de bien d'autres analomopathologistes de la plus haute autorité, que je n'exclus pas absolument l'induration; que je la considère, au contraire, comme l'un des effets possibles d'une sunple surexcitation de la force plastique (76) dans le travail de la nutrition.

B. Hypertrophie est un mot de date assez récente. En 1807, Marandel ne le prononçait pas encore. D'après l'enseignement oral de Dupuytren dont il fut un des plus briUans disciples, c'est sous le ikvQàHrritations nutritives qu'il désignait les hypertrophies.

^ G. Quant à l'étyraologie du mol, la voici : - r^io, préposition dont j ai deja eu occasion de signaler la valeur (lU. G.), — et Tpo«/,' substantif qui veut dire nourriture. C'est donc de la façon la plus natu'rclle et suivant la régularité philologique la plus stricte, que le terme d'hvpcrtrophie a été créé pour signiaer l'excès de nutrition. ]it il est salis

PATHOLOGlli MÉDICALE.

(loulc inulile de remarquer que, comme tant d'autres termes qui. même dans le style scientifique le plus rigoureux, indiquent tour à tour et selon le besoin de la pensée, tantôt la nature en action, tantôt le résultat fmal de cette action, de même l'hypertrophie peut s'entendre dans les deux sens que voici: 1" littéralement , c'est l'accroissement pathologique en train de s'accomplir; 2" par métonymie, c'est le fait accompli, en un mot, l'état où en est la partie hypertrophiée.

D. Dire que l'hypertrophie est un vice dénutrition, c'est dire implicitement que tous les tissus, tous les organes peuvent en être affectés, puisque la nutrition est une fonction qui leur est commune à tous.' Inutile d'ajouter que l'importance pathologique de l'hypertrophie est plus ou moins considérable, qu'elle offre de grandes , d'extrênies différences en raison même de l'importance physiologique de la partie où cette affection a son siège. Là, par exemple, l'hypertrophie n'est rien qu'une sorte de variété anatomique de tout point insignifiante : ici, elle ne mérite encore intérêt qu'à simple titre de difformité (25) ; ailleurs , enfin, elle est un grave péril, un trait mortel. Entre autres parties du corps qui ont, s'il est permis d'ainsi dire, le privilège des hypertrophies vraiment dignes de fixer l'attention du médecin, citons notamment le tissu cellulaire, le tissu adipeux, la peau, les membranes muqueuses, les os, le cœur, l'utérus, la glande thyroïde, la prostate, etc., etc. Le tissu cellulaire sous-culané, en effet , nous présente l'éléphantiasis des Arabes (voir plus bas, art. it.) ; le tissu adipeux a son hypertrophie universelle , qui est l'obésité (voir plus bas, art. iii), et ses hypertrophies locales, entre lesquelles se font surtout remarquer les lipomes, déjà étudiés en Pathologie chirurgicale (t. l", chap. XII, art. i"). La peau, indépendamment de ce qu'elle participe à l'éléphantiasis des Arabes , a encore ses verrues, déjà étudiées aussi en Path. chir. (t. I"", chap. XI, art. iv), — les exanthèmes de formes papuleuse, ou végétante {li5. D. c), — et, enfin, les hypertrophies épidermiques, ainsi peut-on encore, à très bon droit, ce me semble, dénommer sous un point de vue général les durillons, les cors , et les productions cornées proprement dites ( les seules de cette tribu de nosographie naturelle qui ont été étudiées dans le premier volume de mon collaborateur, chap. XI, art. v). Les membranes muqueuses ont leurs végétations, leur polypes. Les os ont leurs exostoses. L'hypertrophie du cœur est une affection qui , tant par sa fréquence que par sa gravité, mérite dans le plus haut degré l'intérêt des praticiens. L'utérus doit être ici signalé, non seulement parce que, dans l'ordre physiologique, dans l'état de grossesse , il nous présente un des types les meilleurs et les plus purs de l'hypertrophie, mais aussi parce que, dans l'ordre pathologique, les hypertrophies du col utérin sont un cas extrêmement commun, et qui, par malheur, est trop sou-

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veut pour les femmes une source d'inquiétudes et de craintes, cent fois pires que ie mal même. Une difformité des plus frappantes et dont personne, même dans le vulgaire, n'ignore l'existence, c'est l'hypertrophie de la glande thyroïde, en un mot, le goitre (Bronchocèle, de divers auteurs. — Thyrophraxie, d'Alibert, famille VIII, Adénoses, genre v, eu deux espèces, esp. 1, Thyrophraxie simple, — esp. 2, Thyrophraxie composée, c'est-à-dire, goitre avec concrétions calcaires , avec altérations du tissu cellulaire ambiant, etc.). L'hypertrophie de la prostate de cet organe si peu important par lui-même, si peu essentiel à la vie' devient, une fois arrivée à certain degré, un mal terrible, une cause de mort, par suite de l'obstacle insurmontable qu'elle peut opposer à la mict.on. Je m'arrête. En voilà, certes, assez pour faire apercevoir combien d'attrait et d'utilité se rattache à l'étude de la famille nosographiquedout je ne fais ici qu'esquisser un portrait sonmiaire.

E. De tout ce (jui précède , il résulte clairement que , sous un cerlam point de vue, on doit distinguer deux sortes d'hypertrophies savoir : des hypertrophies physiologiques et des hypertrophies pathologiques. Et , dans la première catégorie , nous ne compterons pas seulement celles qui sont essentiellement et constamment physiologiques

tellesquerhypertrophieutérinepargrossesse,-l'hypertrophiedesmusl des du bras chez les boulangers , ou de ceux de la jambe chez les danseurs,—l'hypertrophie universelle du système musculaire, laquelle constitue , comme on sait , le tempérament athlétique (80 C Ç ) elc etr Mais , de plus , les hypertrophies les plus propres à consti'tuer de^éntables maladies dans toute la force du terme , - comme l'hypertrophie (lu cœur, par exemple . - ont une phase initiale , et , pour ainsi dire prodromique, où elles n'amènent encore rien d'incompatible avec l 's apparences et les allures de l'état de santé. Ainsi, pour en revenir à xemple choisi l'hypertrophie du cœur, lorsqu'elle commence, et ,i qu e le se maintient dans un degré médiocre, ne produit que peu ôu point de malaise dans la circulation et la respiration si , alors ^ême elle a deja une importance actuelle, c'est, à ce qu'il me semi e nidn; comme étant une maladie par elle-même que comme jouant '^ d se predi^osante pour la production de l'hyperémie encéph que (188. D.), ou de 1 hémorragie intra-encéphalique (256 B )

F. Quant aux symptômes par lesquels les hvpertroDhieV n.,i. i • ques se caractérisent, ils comprennent les trois'cat goit ^ mènes que voici: 1" changement de volume et de îorm et changemens physiques dans la région à laquelle appaiSu n. ^

ypertrophiéc; 2^ .rouble des fonctions à l'accompli^ j ^ ! celte partie sert et contribue; 3" symptômes dus à la X à T ' prosMou des organes qui avoisinent cette même parti^^;. Ji!;,;:

première catégorie : la hideuse saillie du cou en cas de goitre ; la voussure de la paroi précordiale dans l'hypertrophie du cœur; la matité se montrant là dans une plus grande étendue et dans un degré plus marqué que de coutume , encore par l'effet de cette même hypertrophie ; l'exagération , au contraire , de la sonorité tympanique dans la région de l'estomac, au cas où une hypertrophie des parois du pylore en est venue à produire le rétrécissement excessif de cet orifice , par suite de quoi le viscère,— se laissant journellement distendre outre mesure par les aliinens et les boissons avant de les faire passer par là , ou de s'en débarrasser par le vomissement, — a fini par acquérir une amplitude énorme, maintenue, dans ce qu'on appelle l'état de vacuité, parla présence des gaz , etc., etc., etc. Exemples de la seconde catégorie: dans l'hypertrophie du cœur, palpitations et dyspnée ; dans l'hypertrophie péripylorique , dyspepsie , et , à un degré avancé , rejet opiniâtre , par le vomissement , de tous les alimens , et même des boissons. Exemples de la troisième catégorie : dysurie , strangurie , ischurie , par hypertrophie de la prostate ; dyspnée , et , parfois même , dyspnée suffocante , par suite de la compression qu'un goitre volumineux peut exercer sur la trachée-artère.

G. Jamais un simple travail d'hypertrophie, sans inflammation , ne peut par lui-même éveiller et entretenir la fièvre. C'est là un contraste remarquable en regard de l'inflammation , qui , même située dans le siège le plus insignifiant, met souvent en action, et dans le plus haut degré d'activité , la sympathie pyrétogénélique. L'hypertrophie n'entraîne une perturbation générale de l'économie qu'autant que, par son siège , et par l'excès de développement où elle est parvenue, elle empêche l'accomplissement régulier et convenable de quelqu'une des fonctions les plus essentielles à la vie. Ainsi en est-il, par exemple, de l'hypertrophie prostatique, lorsqu'elle vient à produire la rétention d'urine, et, par suite, le catarrhe de vessie, la pyélite (528. B), la néphrite (667. E), etc. Ainsi en est-il, encore, de l'hypertrophie péripylorique , lorsqu'elle ne permet qu'à peine , ou même pas du tout , le passage du chyme, et qu'elle devient ainsi une cause de mort par inanition.

H. Ce n'est qu'avec une certaine lenteur qu'une partie du corps peut s'hypertrophier dans un degré tant soit peu notable. Ce n'est, non plus, qu'avec une certaine lenteur que l'hypertrophie peut rétrograder, se résoudre entièrement, et rentrer dans les justes bornes de l'état normal. C'est dire que les maladies par hypertrophie ont toutes une marche chronique, quelle qu'en soit d'ailleurs la terminaison , — événement heureux ou funeste , — retour à l'clat normal , ou bien déuoûment mortel.

HYPERTROPHIES. 211 I. L'anatomie pathologique nous apprend, et je crois à propos de le faire remarquer, que lesartères qui se rendent aux organes hyperlrophiés, et les veines qui en sortent , se trouvent aussi avoir acquis un calibre plus gros qu'à l'ordinaire, un calibre en quelque sorte proportionnel aux dimensions de l'hypertrophie donnée.

J. De notre définition même (A.), il résulte que, sous le rapport des qualités de texture que présente la partie hypertrophiée, il y a deux sortes d'hypertrophie à distinguer : l" hypertrophie pure et simple , sans altération de texture; 2° hypertrophie avec induration. Je sais fort bien que , dans bon nombre de cas , cette dernière sorte d'hypertrophie se montre évidemment liée à un travail inflammatoire (281. E.) ; mais, eu est-il réellement ainsi pour tous les cas sans exception? Est-on eiî droit de professer résolument et sans réserve qu'en semblable circonstance il y a toujours là quelque chose d'inflammatoire, ou de subinflammatoire pour le moins ? Les hypertrophies avec induration ne sontelles rien qu'un mode d'inflammation chronique? C'est là une question que , pour mon compte, je ne voudrais trancher ni par l'affirmative ni par la négative. Au surplus, si, en théorie et sous un point de vue général , il est encore permis de poser comme deux choses distinctes d'une part , l'induration inflammatoire , et, d'autre part, l'induration hypertrophique, toujours est-il que , dans les applications particuhères il faut l'avouer, la distinction est extrêmement difficile, j'allais dire' presque impossible. Et, par exemple , si tant est que l'hypertrophie du foie, de la rate, du col utérin, etc., soient autant de maladies qui puissent existera part et indépendamment d'une hépatite, d'une splémte, d'une métrite parenchymateuse , etc., il n'en est pas moins vrai quen fait de symptomatologie et de thérapeutique, les deux points qui constituent essentiellement la pratique médicale, je n'aurais rien a dire relativement à ces hypertrophies-là que je n'aie déjà dit dans les articles consacrés aux inflammations ici en question : aussi bien dois-je avertir les lecteurs qu'en présence de celles-là , il n'aura guère besom que de se bien rappeler l'histoire de celles-ci. Quant à indi quer le meilleur type de l'hypertrophie pure et simple ,^nous devons entre toutes préférer les hypertrophies musculaires , et notamment 1 hypertrophie utérine par grossesse, ou bien l'hypertrophie du cœur K. Les hypertrophies forment en nosographie organique une famille naturelle qui n'est elle-même , pour ainsi dire , rien qu'une branche de la grande famille des vices de nutrition ; car ainsi nue toute fonction de l'économie vivante, la nutrition peut non seulement pécher par excès , mais aussi par défaut, ce qui se nomme Vatro,J mais aussi par perversion (/,G.). ce qui se nonm.eVIuicrotrojJ F» d autres termes , non seulement nos organes sont sujets à l'hyperiro

PATHOLOGli; MÉDICALE.

pliie, iijuis parfois aussi , ils peuvent s'atrophier; niais, de plus ils peuvent perdre leur texture normale , c'est-à-dire de deux choses l'une se transformer en un nouveau tissu , mais qui soit encore l'un des tissus naturels de l'organisation animale {hélérotrophies homologues) , ou bien , au contraire , dégénérer en quelque chose d'essentiellement étranger à l'ordre naturel , absolument inconnu à l'histologie physiologique {hétcrolrophies hétérologues). Voilà donc tout ce qu'on pourrait fort naturellement grouper et envisager dans un seul et même cadre. Voiià , pour emprunter un terme déjà proposé par M. Gendriii {Tr. de méd. praL, p. 19) , tout ce qu'on pourrait embrasser sous la généralité du titre que voici: Anomalotrophie. Quant à nous, après avoir examiné à part , dans ce chapitre-ci , les hypertrophies , nous devons, conformément au plan que nous nous sommes tracé (151), examiner les atrophies dans le chapitre suivant (chap. VI); puis, dans les chapitres VIII et IX, considérer les tuberculisations et les cancers, qui sont assurément les deux types les plus importans de l'hétérotrophie hétérologue; et, enfin, dans le chapitre XIII et dernier, — chapitre ouvert, comme on sait , sous le titre fort large et fort élastique de Vices organiques divers , à tout ce qu'il me restera de maladies à esquisser en fait de nosographie organique, — force nous sera bien de jeter un coup d'œil sur celles des hélérotrophies homologues qui peuvent constituer des maladies médicales d'une certaine importance, telles sont, par exemple, les ossifications des valvules du cœur.

691. Etiologic. — Les causes qu'on aie plus généralement à accuser comme ayant activement contribué au développement de l'hypertrophie , sont les causes personnelles (77. A.) que voici :

A. Efforts excessifs et habituels de la fonction physiologique d'un organe : delà, par exemple, l'hypertrophie vraiment difforme des muscles du bras, et surtout de l'avant-bras, chez certains bateleurs qui se sont rendus capables de se tenir et de marcher longtemps sur leurs mains, la tète en bas et les jambes en l'air; delà, aussi, sans aucun doute, l'hypertrophie du cœur, lorsque ce viscère devient en proie à des palpitations répétées, même sous la simple influence d'une peine morale et d'un désordre purement nerveux, et, à plus forte raison , lorsqu'il doit lutter contre des vices anatomiques qui font obstacle à l'accomplissement régulier de la circulation ; etc. , etc. , etc.

B. Hyperémies fréquemment répétées, ou longtemps prolongées : ont aussi l'hypertrophie au nombre de leurs effets et de leurs terminaisons, comme je l'avais déjà annoncé plus haut (178. D. t.). Ainsi, par exemple, la fréquence des hyperémies utérines (201), soit contenues encore dans les limites de l'ordre physiologique, soit devenues décidément morbides, explique- t- elle fort bien celle des hypertrophies du col

HYPliRTROPHJES. 213

Utérin, Et, sans nul doute, n'est-il pas très rationnel d'attribuer aussi a l'augmentation de l'afflux sanguin les propriétés bypertrophiques do l'excès d'activité fonctionnelle?

C. In/hnnmations : sont singulièrement propres, comme on l'a bien , vu, à produn-e dans nos organes l'hypertrophie avec induration

692. Thérapeutique. ~ A. Réduire à une inaction absolue l'organe Hypertrophié, ou du moins en maintenir l'activité fonctionnelle dans une mesure très modérée : soit par le moyen d'un repos purement hygiénique, soit à l'aide de certains médicaraens, comme, par exemple Ja digitale, qui est par excellence le sédatif du cœur (132 G v )

B. Médication débilitante(135-6.). C'est là, à l'égard de l'hypertrophie du cœur en particulier, ce que l'on nomme la méthode de Valsalva Mais, en maigrissant, en épuisant l'économie tout entière, a-t-on bien le droit, en vérité . de compter que l'organe hypertrophié sera spécialement atteint et modifié par une telle médication '

C baignées locales : - mais en ayant bien soin de choisir le lieu quel anatomie et la physiologie nous enseignent comme étant celui par ou 1 on a le plus de prise pour influencer la circulation capillaire de l'organe hypertrophié. i c i ui

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e empje, de 1 iode, dont il est surtout impossible de contester la vertu atrophique par rapport à la glande thyroïde et aux mamelles.

6J3. Quelles hypertrophies seront spécialement étudiées dans ce chaprtre-cr, a ture de genres nosographiques. - Après avoir présenté et r commande a la méditation de nos studieux lecteurs les principes gt neraux qui précèdent, je ne juge à propos, ici, d'étudier' séparant

2M' bé^^^^^^^^^ ^"'■é^^Pha-iasis des^Arabes

ir rnnh ; hypertrophie papulo-prurigineuse de la peau ; W l'hvpertrophiedu cœur, ou hypertrophie cardiaque; car, les autr s hvoJ-

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