CHAPITRE Vil
CxANGRÉlNES.
(On prononce Gangrène ; ainsi du moins le prétend et le consacre le Dictioininire
de L'Académie.)
751. A quoi , dans le plan de notre ouvrage , ce chapitre-ci doit se réduire. — Déjà, plus haut , j'ai dû définir, et j'ai défini , à mes lecteurs, ce que c'est que la gangrène (281. D.), dans la théorie générale de l'inflammation , dont la gangrène est une des tei^minaisons possibles. Or, comme, d'une part, il y a certaines inflammations essentiellement gangréneuses , ou , pour mieux dire , certaines affections dans lesquelles une courte phase de phénomènes inflammatoires ne fait que préluder à une infaillible gangrène , telles que la pustule maligne , le charbon ; et comme, d'autre part, il y a des gangrènes qui ne sont précédées d'aucune inflammation , et ont une origine très difl'érente, telles que , par exemple , les gangrènes causées par la ligature de l'artère principale d'un membre, il s'ensuit donc que, dans un système complet de nosographie organique , les gangrènes doivent former une famille naturelle , ayant , comme de raison , son article de considérations générales , et comprenant un assez bon nombre de genres et d'espèces. Mais, une fois le divorce convenu et consommé entre la pathologie médicale et la pa-
PATilOLOGIli MÉDICALE.
thologio Chirurgicale, celle-ci a dû emporter la plus grosse part lu sujet ICI en question; car les gangrènes externes sont une mine plusrioc à exploiter que les gangrènes internes, incontestablement et hors cp toute comparaison, et réclament, sinon toujours, du moins fort souvent, l'intervenljon des secours opératoires. Aussi mon collaborateur a-t-il déjà exposé les considérations générales qui concernent les gangrènes {Pathologie chirurgicale, t. P% chap. iv, art. 1"). Déjà, en outre, il a étudié, en particulier, la gangrène déterminée par l'effet d'une contusion violente qui broie complètement une partie (chapitre cité, art. 2); la gangrène par suite d'inflammation phlegmoneuse ( chap. cité, art. 3); la gangrène par excès de compression (chap. cité, art. k); la gangrène spontanée des extrémités, ou gangrène improprement dite sénile (chap. cité, art. 5); la gangrène produite par l'usage du seigle ergoté (chap. cité, art. 6) ; la pustule maligne (chap. cité, art. 7); le charbon (chap. cité, art. 8) ; la gangrène par l'action du feu , ou brûlure au troisième, quatrième, cinquième et sixième degré (chap. v, p. 291 et suiv.) ; la gangrène par congélation (chap. VI, § 1") ; et, enfin , la nécrose , ou gangrène du tissu osseux (chap. XX , art. 3). Voilà bien autant de genres nosographiques à part, mais qui, pourtant , rentrent tous naturellement dans une seule et même famille , et sous le titre commun de gangrènes , à tel point même que la plupart d'entre eux n'ont pas reçu jusqu'ici de nom géuérique, n'ont pas d'autre désignation qu'une périphrase, qui a pour base ce titre commun. M. Nélaton doit aussi , dans la suite de sou ouvrage , étudier particulièrement la stomatite gangréneuse , ainsi que mon article Stomatite en a déjà averti nos lecteurs (Z|20.). Il doit étudier la gangrène vulvaire, ou, si l'on aime mieux, circumvulvaire, cette maladie, qui, à l'égal de la stomatite gangréneuse , sévit le plus communément , sinon exclusivement , sur la première enfance , et qui , en effet , n'a guère été signalée et décrite que chez les petites filles au berceau. Enfin, il ne manquera pas non plus d'arrêter, au besoin , son attention sur maint et maint autre cas de gangrène, selon que les divers chapitres de la Pathologie chirurgicale lui en fourniront l'occasion, et lui eu créeront le devoir. C'est de la même façon que, pour mon propre compte, dans le cours de ma tâche , outre le passage tout-à-l'heure cité , où j'ai posé la notion générale et sommaire de la gangrène, j'ai déjà eu occasion de mentionner et d'envisager quelques cas spéciaux , dans lesquels se produit cette funeste désorganisation des tissus vivans. J'ai signalé (faut-il le rappeler ici ? ) la gangrène de la région coccygienne, comme un mal trop souvent consécutif à l'érythème paratrime (316. G.) ; j'ai signalé la gangrène du pharynx, comme un événement rare , soit dans la pharyngite simple (^i37. F.), soit dans la pharyngite diphthérique (Zi/iO. C);
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j'aisigiialé la perforation gaiigréneuse de l'intestin, en cas d'entérite pbegmoueiise (/»68) , etc., etc. Et combien de fois encore n'aurai-je piS à indiquer, à propos de telle ou telle maladie, des accidcns de ganrrène ! >{'aiirai-je pas à en parler comme d'un épiphénomène plus ou moins redoutable , notamment dans les fièvres graves , dans le typhus , dans la morve, dans les lièvres intermittentes pernicieuses?
Voilà donc pourquoi , en définitive , ce chapitre-ci ne va offrir qu'un seul et unique article , pour l'histoire de la gangrène pulmonaire. Car c'est là, dans toute la famille des gangrènes, exclusion une fois faite des genres naturellement dévolus au domaine chirurgical, le seul genre qui soit réellement digne, dans l'état actuel de nos connaissances pathologiques, d'être posé en maladie à part.