‹ Élémens de pathologie médicaleChapitre 46 sur 63 · Livre VI, chap. iii-iv · texte numérisé non relu

Livre VI, chap. iii-iv

Arétée. — ( Dans le traité Des causes et des signes des maladies

chroniques) Livre II , chap. 11, Du Diabète (Ilept èiaSr,r£u>). — (Dans le traité De la cure des maladies chroniques ) , livre II,

chap. II, Traitement du diabète (©spccTTEia ^laÇ^rou). AviCENNE. — [Canon). Lib. III, fen. xix, tractatus 2, cap. 17-18. WiiLis. — [Pharmaceutice rationalis) Sect. iv, cap. 3. ROLLO. An Account oftivo cases of the diabètes mellitus, to which

are added a gênerai viewof the disease, etc. Londres, 1797, 2 vol.

in-S". — Traduit en français par Alyon, avec des notes de Four-

croy. Paris , an vu , in-S".

Nicolas et Gueudeville. RecJœjrhes et expiériences médicales et

chimiques s>.ir le diabète sucré, ou laphthisurie sucrée. Paris, 1805,

in-S".

DupuYTREN et Thénakd. Sur le diabète sucré. (Dans le Journal de

Corvisart, Leroux et Boyer, août 1806.) P.ENAULDiN. — (Dans le Dict. des se. méd., — t. IX, p. 125-52).

— Art. Diabètes.

Chevreul. Note sur le sucre du diabète. (Dans Annales de chimie

t. XCV, p. 319.)

ProLT. An Inquiry into the nature and treatmenf of diabètes, calculus, etc. Londres, 2" édition, 1825, in-S".) Sect. I, chap. m.

Dezeimeris. Recherches sur la nature du diabètes. (Dans les Mémoires de la Soc. rnéd. d'émulation, t. IX. Paris, 1826. —31. Dezcimeris cherchait à démontrer dans ce mémoire, d'ailleurs plein

") Atqupjm urina super potionum modum niingilur, el j.im sino doloïc uiollueris maciem el periculurn facil ;

v^78 PATHOLOGIE MÉDICALE.

de choses intéressantes, que le diabète était presque toujours la

conséquence d'une gastrite chronique. Cette opinion n'a guère

trouvé de partisans.

Bfj{T)SLUY. — [ffospital fads and observations, illustrative of the

efficacy of the new remédies, strychnia, brucia, acétate of mor-

pliia, veratria, iodine, etc. ... Wilh some cases of diabètes, etc.

Londres, 1830, in-8°). — Pag. 168-91.

Bell. — (Dans le Dict. des études médicales pratiques.) — Art.

Diabète.

ROCHOUX. — (Dans le Répert. , t. X, p. 225-39.) — Art. Diabète.

Mac-Gregor. An expérimental inquiry into the comparât ive state of urea in healthy and diseased urine , and the seat of the formation of sugar in diabètes mellitus. (Dans The London médical Gazette, numéros du 13 et du 20 mai 1837.)

RORERT Willis. — [Urinary diseases andtheirtreatment. — Londres,

1838, in-8°. ) Part I, chap, vu {Morbid states in ivhichprinciples foreign to the urine md the blood , and derived from none of the natural constituenis of thèse fluids, are eliminated by the kidney), sect. I, Of the discharge of urine containing saccharine nuitter in solution, Melituria (Diabètes mellitus).

Péligot. — [Becherches sur la nature et les pmpriétés chimiques des sucres. — Dans Annales de chimie et de physique, t. LXVII) Pag. 139 et suiv., Sucre d'amidon et sucre de diabète.

BouciîARDAT. Mémoire sur le diabétès. ( Dans la Revue médicale , juin 1839.) — « Travail médico-chimique remarquable par sa pré- » cision et sa lucidité , » ainsi le qualifie l'illustre et savant M. Biot {loc. infrà cit.)

— Monographie du diabétès sucré , ou Glucosurie. Dans ï Annuaire de thérapeutique de l8Zil (110), p. 159-251.

— Nouvelles recherches sur le diabète sucré. Dans VAnmaire de thérap. pour i%h2 , p. 266-85.

MONNERET et Fleury. — {Compendium, — t, ÎII, p. 27-46.) — Art. Diabète.

Monneret. Quelques remarques sur un cas de diabète sucré , accompagné d'une altération organique des deux reins (Néphrite des auteurs) , sans albumine dans l'urine. (Dans les Archives, novembre

1839. ) — Le but principal de ce mémoire est de prouver que le diabète ne paraît pas avoir son point de départ dans les reins, et que, tout au moins, une maladie de ces organes n'empêche pas la sécrétion de la matière sucrée.

BlOT. Sur l'emploi des caractères optiques comme diagnostic immédiat du diabète sucré . (Dans Gaz. méd., 1841 , n" 2.)

FLUX. ,579 Requin et Bonnefous. Observo/ion sur im cas de diahèlc sucré. (Dans Jieime médicale, septembre 18Zt2. ) — Observation recueillie sous mes yeux dans mon service de l'Hôtel-Dieu annexe, rédigée par mon interne, M. Bonnefous, et imprimée par décision de la Société de médecine. — Il s'agit d'une guérison obtenue en trois mois par l'emploi combiné d'une diète animale, du pain de gluten , du vin de Bordeaux et de l'opium. <' Le 23 fé- » vrier 1842, est entrée au n" 3 delà salle Sainte-Cécile, une femme » de soixante ans, marchande des quatre saisons, née à Paris, » qu'elle a constamment habité. Elle se nomme Lachaut (Marie- » Catherine); elle n'a eu en sa vie d'autre maladie grave qu'une « fluxion de poitrine , avant l'âge de vingt ans. — Réglée poui- la » première fois à quinze ans, elle n'a jamais éprouvé de dérange- . ment dans la fonction menstruelle jusqu'à sa cessation , à qua- » rante-huit ans. jJe vingt ans à quarante-deux, elle a eu quatorze » fausses-couches, sans avoir pu amener aucune grossesse à terme; » la dernière eut lieu à huit mois; toutes les précédentes n'avaient '. pu atteindre le septième. — Celte femme , quoique dans un état assez misérable (elle était couverte de poux, elle n'avait pas de " chemise) , assure pourtant se nourrir convenablement. Elle ha- » bite au second étage; son appartement semble réunir des con- » ditions suffisantes d'hygiène. Ses demi-aveux , et quelques cir- » constances de son séjour à l'hôpital , portent à penser qu'elle » avait certaines habitudes d'ivrognerie; tout au moins ne dissi- » mule-t-elle pas un penchant bien prononcé pourles boissons alcoo- » hques. — La malade raconte avoir été prise, il y a quatre mois » de l'affection pour laquelle elle vient i-éclamer les secours dé « l'art. A son dire , l'invasion a été subite, et la maladie a présenté » nnmédiaiement l'intensité qu'elle a aujourd'hui. Du reste, pour » ce renseignement comme pour tous ceux qu'elle a donnés, il » fautse tenir dans la plus grande réserve, vu son peu d'intelligence. Quoi qu'il en soit, voici l'état qu'il a été aisé de constater lors de l'entrée de la malade : d'abord, et surtout, une soif extrême ■ » c'était même, à vrai dire, la seule chose dont elle se plaignît;' 0 mais die a bientôt ajouté que la quantité de ses urines avait sin-^ gulièrement augmenté; le fait a été vérifié de la manière suivante • .. un seau était placé auprès de son lit, et recevait toutes ses urines • on avait soin de le faire vider chaque matin à la visite. Du- » rant les premiers temps du séjour à l'hôpital, il fallait le vider deux fois dans la journée, et il était encore à moitié rempli au " moment delà visite; d'où il résulte que la quantité d'urine ex- " crélée chaque jour était de deux seaux et demi. Ces urines ont

» élé soumises à l'analyse par M. Boucliaiclat, et cet habile cliimisle « y a constaté 70 grammes de sucre sur 1,000. — L'état général » n'offre d'ailleurs point de trouble bien notable ; la malade n'a pas » de fièvre ; son appétit, quoique diminué , est encore assez bon ; » le sommeil est également un peu moindre; pas de douleurs dans » aucun organe. Il y a seulement un notable affaissement des forces, » qui empêche celte femme de se livrer à ses occupations ordinaires. » — Le diagnostic paraissant bien établi d'après les faits précé- » dens, on eut d'abord recours au traitement qui suit. Une che- » mise de flanelle fut appliquée sur la peau ; régime animal, autant » que possible ; deux portions de pain ordinaire pour la double 1) quantité de viande , et pas de légumes ; vin de Bordeaux. Chaque » soir, une pilule d'extrait d'opium à 0,05 centigramm. Ces pres- 0 criptious furent continuées quinze jours sans changement appré- « ciable. L'indocilité de la malade y était un obstacle continuel. -,1 On cherchait h réduire encore le peu de pain qui lui était donné;

mais les cris et les plaintes de cette femme décidèrent à renoncer » à de semblables tentatives de traitement, car elle troublait le » repos de la salle, et toute surveillance échouait. On songea alors » à employer le pain de gluten, qui fu! donné à discrétion; mais >) le pain ordinaire fut supprimé entièrement. Il y eut encore quel- » ques difficultés; mais, enfin, on parvint à faire suivre le trai- » temenl animal en domiant chaque jour du poulet. La malade » accepta ce nouveau régime assez volontiers; on n'avait pu l'ha- » bituer à la viande servie ordinairement dans les hôpitaux. — Ce » traitement était suivi avec persévérance depuis deux mois, et pro- » duisait des améliorations de plus en plus appréciables. La quan- » tité des urines diminuait graduellement, ainsi qu'il était aisé de » s'en assurer tous les matins. Les autres malades remarquaient » que celle qui fait l'objet de cette observation buvait de moins « en moins. Enfin, après deux mois, on trouvait que les urines » excrétées dans la journée étaient d'un tiers de seau seulement. » On se proposa alors de les analyser de nouveau. M. Bouchardat » n'y trouva pas de sucre. iMais il craignait qu'elles ne fussent » altérées, et il demanda une nouvelle analyse; celle-ci produisit » le môme résultat. !\J. Bouchardat manifestait encore les mêmes » craintes ; alors M. Bonnefous alla recueillir des urines qu'il fit

excréter à la malade devant lui , puis les porta tout de suite à .) M. Bouchardat. Cette fois on ne pouvait objecter les mêmes » appréhensions , et le résultat de cette troisième expérience fut » semblable à celui des deux précédentes. — D'un autre côté, la « malade boit dans les vingt-quatre heures deux pots do tisane;

FLUX. 581 « la quantité des urines se maintient au niveau ordinaire ; les forces » ont reparu ; le sommeil et l'appétit ont augmenté. J)epuis quinze » jours , cependant , le traitement est suspendu ; la malade mange « quatre portions, selon les prescriptions du règlement des Iiôpi- » taux. Elle a conservé sa chemise de flanelle , continué l'usage » du bordeaux et les pilules d'opium , etc. Elle quitte le service » le 7 juin dans cet état , qui peut être considéré comme une gué- » rison. »

Contour. Du diabète sua^é. Thèse inaugurale. Paris, 184^. — Excellent travail, et où j'ai beaucoup puisé pour la composition de mon article.

1005. Définition. — Sous le nom de diabète, nous croyons désormais à propos de désigner uniquement, exclusivement, une maladie caractérisée par un flux plus ou moins considérable d'urines qui contiennent dans leur composition naturelle un sucre analogue au sucre de fécule, et qui peuvent, par conséquent, éprouver la fermentation alcoolique, soit spontanément, soit par l'addition de la levûre.

C'est là ce que les auteurs nomment diabète sucré , diabète vrai , ])ar opposition à certains cas inflniment plus rares dans lesquels les urines se produisent aussi en quantité surabondante et véritablement pathologique, mais sans contenir un atome de sucre, et qui ont été signalés sous les noms de diabète non sucré , de faux diabète , etc.

En restreignant formellement la signification du mot diabète , jadis indistinctement appliqué à tous les flux d'urine , nous ne faisons, en vérité, que reconnaître et proclamer les droits de l'usage qui prévaut aujourd'hui. A telles enseignes que l'Académie française elle-même , qui autrefois définissait le diabète une fréquence d'urine, et qui n'a guère pour défaut d'accepter avec trop de hâte les innovations du langage scientifique, a donné, dans la dernière édition de son Dictionnaire (édit. de 1835) , la définition suivante du diabète : « Maladie qui est » caractérisée par une excrétion très abondante d'urine contenant une 11 matière sucrée. »

Peu importe , disons-le sur-le-champ , dans cette doctrine toute moderne du diabète , que les urines aient tantôt une saveur sucrée très prononcée, et que tantôt elles soient complètement insipides. On ne peut fonder là-dessus une di.stincliou essentielle et capitale. Gardonsnous bien d'opposer, conune certains vieux auteurs , le diabète sucré au diabète insipide ; de séparer, comme Sauvages, à titre d'espèces radicalement différentes, le Diabètes leçjilimus {Nosol. meth., class. ix, gen. XXV, sp. 1. — Le soi-disant diabète d'Arétée, ou diabète insipide), et le Diabètes omiLicus {ibid., sp. 2, — avec dos urines d'une saveur

sucrée); car, ainsi que nous le verrons ci- après, le sucre de diabète peut être indifféremment sapide ou insipide , et les urines du même malade peuvent même contenir tour à tour du sucre insipide et du sucre sapide.

J'ai dit, remarquez-le bien , que le diabète est une maladie caractérisée par un flux plus ou moins considérable d'urines. Soit donné un cas où les urines contiennent une certaine proportion de sucre, très bien appréciable à l'analyse chimique ou à l'examen optique, mais où leur quantité reste à peu près normale, et où, par conséquent, nous ne rencontrions pas les troubles morbides, soif ardente, amaigrissement, etc., qui ne surviennent guère qu'avec un véritable excès de déperditions urinaires. Je ne vois pas là un diabète dans toute la rigueur du terme , un diabète confirmé; ou, tout au moins, je ne puis voir là une maladie (18). Qu'y a-t ildonc? Il y a là, dirai-je, le prodrome, l'imminence du diabète; ou bien un reste de la maladie qui a grande chance de récidiver, je l'accorde volontiers, mais qui, enfin, n'est plus là.

Encore un mot, un dernier mottouchaiit la place que nous assignons au diabète dans les cadres de la nosographie. A l'exemple de Sauvages, de Linné, deVogel, de Sagar, et de tant d'autres, nous laissons ce genre de maladie dans la famille des flux. Ce n'est pas que nous prétendions dissimuler (à Dieu ne plaise!) combien il serait peu philosophique, combien peu conforme aux récentes découvertes de la chimie pathologique de ne pas poursuivre au-delà des reins l'origine du diabète, de la confiner, par la plus mesquine de toutes les hypothèses, dans la sphère de la sécrétion rénale, de ne voir là rien autre chose qu'une exaltation et une perversion de cette sécrétion , et surtout, avec l'école de Broussais, rien autre chose qu'une irritation sécrétoij-e. Mais, après tout, ce qu'il y a de certain et d'évident jusqu'à présent, c'est que le diabète est un flux urinairc^ Kn ce qui concerne les dérangemens organiques ou fonctionnels dont l'existence préalable serait une condition nécessaire au développement de ce flux, rien n'est encore démontré, tout est encore hypothétique, il faut bien i'avouer. Et, pourtant, c'est seulement d'après des caractères indéniables, et non d'après des suppositions sujettes à cotltroverse, que les genres nosographiques doivent être institués et classés. Jusqu'à nouvel ordre, donc, encore un coup , laissons le diabète dans la famille des flux.

1006. Étymologie. — AiaÇrWr;,-, était, dans son sens propre et primitif, un lerine d'hydraulique, et voulait dire un tuyau destiné à l'écoti- Icment des eaux. C'est donc par métaphore que ce mot devint un terme de médecine, et désigna une certaine maladie, « étant telle qu'un tuyau, » dit Arélée {loc. cit.), « puisque le liquide ne séjourne pas dans le corps

FLUX. 583 « liuniain, mais n'en use que comme d'une voie à travers la(iuclle il » s'écoule ('). »

1007. Sipwni/inie. — A. Hydrop^ ad matufam : expression galéniqne, quelquefois employée par les vieux auteurs; traduite mot pour mot du grec en latin, mais intraduisible en français. Rappelez-vous seulement la valeur étymologique et intrinsèque du mot YSpu-^ (879), et puis dites, si vous voulez, un débordement d'hydropisie par la voie des urines, une hydropisie urinaire^ une hydropisie d' urinai ; toutes phrases, il faut l'avouer, qui sont bien loin de rendre heureusement le pittoresque de la phrase antique.

B. Diabétès: ainsi a-t-on écrit et prononcé autrefois le mot dans notre laugue même, précisément comme en grec. Ce n'est que dans la dernière édition du Dictionnaire que l'Académie française a renoncé à cette ancienne orthographe, et a consacré une orthographe nouvelle, conformémeut à la prononciation depuis longtemps en usage.

C. Phthisurie sucrée : ainsi Nicolas et Gueudeville proposèrent-ils de nommer le diabète, d'après la considération du dépérissement progressif que cette maladie entraîne. — (76^i, C.)

D. Polyurie sucrée, d'Alibert. {Nosologie naturelle, famille IV, Uroses, genre V, espèce i".)

E. Glucosurie: terme proposé par M. Bouchardat, d'après le nom de fjlucose que notre célèbre chimiste, M. Dumas, a donné au sucre de fécule.

F. Méliturie, de M, Robert "Willis (de Méh, gén. MAitoç, miel. — Voyez n" 66. F. Ç.); comme qui dirait . flux d'urines miellées. Ce terme, tout-à fait irréprochable sous le point de vue philologique, ne laisse pas que d'avoir, ce semble, une suffisante exactitude sous le point de vue chimique; car un des principes du miel est le sucre de raisin, avec lequel le sucre diabétique a, comme la chimie nous l'apprend, une très grande, si ce n'est même une entière analogie.

1008. Coup d'œil historique. — Rien de relatif au diabète dans la collection hippocratique ; rien, absolument rien où l'on puisse apercevoir une mention, même obscure et superficielle, de cette maladie. Mais déjà Celse, sans en dire le nom, nous en accuse assez clairement l'existence dans le peu de mots que j'ai cités (lOOZi). Arétée vient ensuite , qui non seulement appelle le diabète par son nom, mais encore en retrace admirablement les symptômes et la marche dans une description exacte, pittoresque, j'allais dire .complète , n'était qu'il ne connaissait

;') TT; o£ p.O! So-At'.: -/.a-Vîta^'j.: ôiaÇ-zjTr,; ÉTTeV/rjTiv, ôzc<rov ti tîcaÇ-/)-/); îù-/ Misez

aln«i , et non pas èiaS-nx-niîav, leçon ininlellipibic et monstrueuse qui sulisisle encare dans l'édition de Kuhn ) , iSv-zev h tôî az^vcï to v-/p'ov où ;/i'fj.v:;, a/l\ Li'.w;

pas (lu loin, qu'il ne pouvait pas connaître le vice de composition de l'urine, la présence d'une matière sucrée au sein de cette humeur. Galien parle également du diabète en propres termes, mais sans le décrire avec autant d'exactitude et de précision que l'illustre médecin do Cappadoce. Depuis Arétée et Galien, aucun auteur, d'entre ceux qui composèrent des traités généraux de pathologie, ne manqua de signaler le diabète , et d'y accorder une certaine attention. Mais on confondait nécessairement avec le diabète proprement dit, tel que nous le définissons aujourd'hui, les autres cas de supersécrétion urinaire que la science actuelle doit en séparer entièrement, radicalement, et, s'il est permis d'ainsi dire, génériquement. Thomas Willis est, à ce qu'il paraît, le premier qui eut l'honneur de découvrir la saveur sucrée qu'a l'urine chez un certain nombre de diabétiques. Toujours est-il que , grâce à lui, grâce à Mead et à d'autres médecins anglais, cette intéressante découverte fit un juste bruit dans le monde savant. De là, même, le Diabètes cmglicus de Sauvages. Toutefois, c'est seulement vers la fin du xviir siècle que les progrès de la médecine et de la chimie parvinrent à extraire par l'analyse des urines diabétiques un véritable sucre, bien et dûment reconnu pour tel, bien cristallisable, et bien doué de la saveur caraclérisiique. En 1806, Dupnytren et M. Thénard découvrirent le sucre diabétique insipide. En 1815, M. Chevreul démontra que le sucre diabétique sapide est identique au sucre de raisin. Quant aux f^écouvertes encore plus récentes, et qui, de nos jours même, ont fourni de si vives lumières pour la théorie du diabète , pour son diagnostic et pour son traitement, c'est dans le courant de cet article que je dois les exposer au lecteur; et, en les exposant, je ne manquerai pas de mettre en un juste relief le nom de ceux de nos contemporains à qui revient le mérite d'y avoir le plus contribué.

1009. Prodrome spécial (41. A.) de la maladie. — A. Il est fort naturel de penser, à priori^ que plus ou moins longtemps avant l'apparition de phénomènes décidément morbides, avant raugmentalion sensible et naturelle de la quantité quotidienne des urines, ce liquide doit déjà se trouver chimiquement altéré , doit déjà contenir du sucre. Il est fort naturel de se faire une semblable opinion , par analogie avec le cas, malheureusement trop commun, si ce n'est même inévitable et sans exception, — avec le cas où, après avoir par un traitement convenable apaisé les symptômes du diabète, rétabli toutes les apparences de la santé, ramené les urines à leur quantité normale , celles-ci n'en ont pas moins le vice d'être sucrées. Mais, de plus, à l'appui de l'induction analogique , nous pouvons maintenant citer une observation positive , qui change la présomption en certitude. En effet, M. Prout nous dit avoir rencontré un diabétique qui, par hasard, fit attention aux qualités de son urine, longtemps avant qu'il y eût augmentation de quantité : toutes

FLLX. 585 les Ibis ([u'il eu tombait quelques goulles sur les vôteinens , il se for- Fiiait là une sorte de crlstallisalion imparfaite, mais fort remarquable ; le linge devenait gluant , comme empesé et roide : sur ces indices , on procéda à l'analyse chimique, qui démontra dans l'urine la présence du sucre.

B. Outre cela, il ne me paraît pas permis de méconnaître et de nier que, dans la plupart des cas, sinon dans tous, l'invasion de la maladie, loin d'être brusque et instantanée, se fait lentement, graduellement, insensiblement. Notons principalement , à titre de phénomènes prodromiques, un certain sentiment de malaise général et d'affaiblissement, la sécheresse de la bouche et de la gorge, une salive épaisse et collante, un peu plus de soif qu'à l'ordinaire , et , bien des fois aussi , un surcroît d'appétit. Or, cette grande faim est bien faite pour entretenir le diabétique dans une fausse sécurité. On est naturellement porté à voir là une preuve de santé plutôt qu'un signe de maladie naissante.

1010. Revue analytique des iwincipaux symptômes du diabète. — A. Excès de fréquence de la miction : symptôme constant, et en rapport, comme de juste, avec le plus ou moins d'abondance des urines; plus propre que cette abondance même à frapper l'attention , à dénoncer la maladie commençante, tant il est incommode et gênant, tant il traverse les occupations et les convenances durant la journée , tant il interrompt, trouble et empêche le sommeil durant la nuit!

B. Abondance des urines: peu remarquable au début de la maladie; puis devenant de plus en plus considérable. Généralement, dans le diabète parvenu à son état, la quantité d'urine sécrétée chaque jour est de 5 à 8 kilogrammes. M. Bouchardat l'a vue quelquefois atteindre le chiffre de ih, 15 et même 16 kilogrammes. On trouve dans les auteurs la mention de quelques cas où le chiffre quotidien des urines aurait été encore beaucoup plus élevé. ]>lais tous ces cas sont-ils bien authentiques? Faut-il, par exemple, ajouter une foi entière et sans réserve à qui ne nous parle de rien moins que de 200 livres d'urine par jour? Quoi qu'il en soit, il importe de remarquer que l'on voit la supersécrétion urinaire diminuer sensiblement dans deux cas bien opposés : 1'^ lorsque la maladie s'amende et tend à la guérison; 2" lorsque, au contraire , le jour de la mort approche. Au surplus, il paraît constant, d'après le témoignage de bons observateurs, qu'il y a des cas, mais ce sont là des cas très exceptionnels, où l'urine, sans être plus abondante qu'à l'état normal, contient une très forte proportion de sucre, au point même, dit-on, de ressembler à un sirop un peu clair. Mais, encore un coup , la règle générale , très générale , est que la supersécrétion se trouve liée à la dégénérescence sucrée du liquide urinaire. El même, comme Arétée l'assurait déjà dans une de ses phrases aphoris-

tiques (•) , comme la plupart des auteurs l'ont expressément professé jusqu'à ce jour, je suis fort porté à croire , malgré les objections et les doutes de quelques observateurs, que presque toujours, dans le fort du diabète, la quantité des urines est supérieure à celle des boissons.

C. Apparences aqueuses de l'urine : voilà la règle ; voilà ce qui coexiste avec un degré tant soit peu notable de supersécrétion ; voilà ce qui ne manque d'arriver que dans le cas très exceptionnel où la supersécrétion fait défaut, et où, par le progrès du vice diabétique, les urines prennent plutôt un aspect sirupeux. (B.), Ordinairement, donc, l'urine est incolore, ou ressemble à du petit-lait clarifié ; elle est inodore ou à peu près ; elle n'a que peu ou point l'odeur urineuse au moment de la miction , peu ou point l'odeur ammoniacale plusieurs heures après.

D. Élévation de la pesanteur spécifique de l'urine : caractère constant, et on ne peut plus facile à reconnaître et à apprécier sur-lechamp avec une précision mathématique à l'aide du densimètre, qu'il ne s'agit que de plonger dans une éprouvette qui contienne une certaine quantité de l'urine suspecte. C'est le docteur Henry, de Manchester, qui, le premier, a reconnu et étudié avec soin ce caractère. {Annals uf philosopliij , vol, I; — et Transactions of tlie medicu-chirurgical Soc. of London , vol. II.) Or, ce caractère a une telle valeur qu'il pourrait, dans beaucoup de cas, si on le recherchait, dénoncer et dévoiler tout de suite la maladie. M. Bouchardat n'hésite pas à dire que, en thèse générale , toute urine d'une couleur pâle, et d'une densité supérieure à lO/iO, est une urine diabétique. [Monogr. du diabèt. , p. 171.) Au surplus, cet jiabile chimiste, dans le cours de ses nombreuses expériences, a vu la pesanteur spécilique de l'urine diabétique varier entre 1020 et 107^1 à la température de 12° centigr. {loc. cit., pag. 170.) M. Contour (thèse citée, pag. 28), nous dit que, d'après un tableau syiio[)lique de la pesanteur spécifique d'urines de diabétiques observés et traités dans le service de M. Marlin-Solon , il trouve 1027 pour minimum , et 10U9 pour maximum: ce qui rentre parfaitement dans le résultat énoncé par M. Bouchardat. M. Contour ajoute : « On dit généralement que la pesanteur s])écifique de l'urine des diabé- » tiques est en rapport direct avec la quantité de sucre que cette urine » contient; cependant, dans le tableau synoptique dont je viens de » parlei-, et où ces quantités de sucre sont consignées avec soin en re- » gard du poids spécifique, je vois que l'urine du matin pèse plus que «l'urine de la journée, bien qu'elle contienne )«oms de sucre. »

(') Xlolvnoarn âviCTo'p.ETpo; oupoiat ito)1o~i7i' ■K\iTov yotp IxpiT to oZçjov. — C'Cst-à-

diie : n Consommiitioii abondante de tioissons , mais non pas équivalente à l'a- » bondaiicc des uiincs ; car les urines Huent en plus grande quantité. »

FLUX. 587 Mais , pour mon compte, je ne trouve pas qu'il y ail la moindre difcullé à expliquer ce désaccord apparent entre la proportion de sucre el la pesanteur spécifique de l'urine. C'est que, très évidemment, l'urine du matin, — cette urine de la digestion, comme disent les physiologistes, — contenait, suivant les lois mêmes de l'ordre normal , une forte proportion d'urée , d'acide urique et autres matières, qui compensait , el au-delà, la diminution du sucre.

E. A'ahire sucrée des urines: et c'est là le symptôme pathognomonique (1005). Pour constater un semblable fait, nous pouvons procéder de trois manières que voici : 1" par dégustation; 2° par analyse chimique ; 3° par examen optique.

a. Par- dégustation. Le plus ordinairement , en effet , les mûnes diabétiques ont une saveur très sucrée qui en décèle la nature. Quel moyen plus simple , plus facile , plus commode , d'interroger une urine suspecte , si une répugnance bien naturelle n'empêchait, en général, d'avoir recours à ce mode d'exploration ! Mais ce n'est même pas chose toujours facile que de décider les personnes soupçonnées de diabète à goûter elles-mêmes leur propre urine. Toujours est-il que voilà un phénomène décisif et caractéristique à la portée de l'observation la moins habile et la plus vulgaire, sans compter, en outre, que les urines diabétiques peuvent se trahir par d'autres phénomènes qui en sont des effets tout naturels, et qui n'exigent pour se produire l'intervention d'aucun procédé de physique ou de chimie , mais ne demandent non plus qu'une attention immédiate et grossière de nos sens: elles peuvent, effectivement, se trahir, 1° en laissant sur les vètemens qu'elles ont souillés, et où elles se dessèchent, des taches poisseuses et blanches, dues à la cristallisation incomplète du sucre; 2° en présentant , après quelques jours d'abandon et de repos à une température modérée, le développement d'une odeur aigre et vineuse, au lieu de l'odeur ammoniacale qui serait celle d'une urine ordinaire. Mais , pour en revenir à la saveur des urines diabétiques, il importe bien de remarquer que ce n'est pas toujours une saveur franchement sucrée. Quelquefois, c'est une saveur douceâtre , fade ou salée , puisque , après tout , le sucre de certains diabètes est un sucre insipide. Il est même des cas dans lesquels on voit, chez un diabétique, les urines prendre une saveur sucrée, de fades qu'elles étaient auparavant, puis la perdre el la reprendre tour à tour.

Ç. Var analyse c/dmiqice. Ainsi pourrons-nous constater sûrement et loujours l'existence du diabète, en cas dé sucre insipide, comme en cas de sucre sapide. Ainsi pourrons-nous constater non seulement la présence, mais la quantité du sucre en dissolution dans les urines. Voici donc succinctement les principaux procédés d'analyse. — l^Un procédé excellent, (^'est d'obicnir par le moyen d'une évaporalion convenablement ménagée

des urines diabétiques, la cristaliisaiion du sucre qui s'y trouvait contenu. M. Boucliardat assure avoir constamment réussi à cristalliser la totalité du sucre en opérant de la manière suivante : « Les urines , » dit-il , loc. cit., pag. 172-6, « étaient placées dans des capsules de porcelaine posées sur un bain de sable chauffé par la vapeur d'eau. La » température du liquide contenu dans les capsules n'était jamais su- « périeure à 60 degrés ('). Il fallait trois ou quatre jours d'une chaleur » suivie pour achever l'évaporation de 10 litres d'urine; mais au moins » les produits n'étaient point altérés, ce qu'on ne peut obtenir avec cer- « titude par aucune méthode, si on en excepte l'emploi du vide et celui » de la congélation indiquée par M. Marabelli. Depuis plusieurs années, » j'ai fait disposer à l'Hôtel-Dieu un appareil qui fonctionne presque » continuellement. » — « Le liquide étant évaporé à 30 degrés environ » de l'aréomètre, on le soumet dans un endroit sec à l'évaporation spon- » tanéc et à la cristallisation. Il faut souvent moins de trois jours pour » que le tout se prenne en masse; mais il faut ordinairement plus de » cinq ou six jours; et quelquefois, (juand les urines contiennent peu » de sucre comparativement aux autres principes, la cristaliisaiion se » fait attendre un mois. » — « Nous ajouterons que le sucre incristalli- » sable, signalé dans les urines diabétiques par plusieurs observateurs, ') n'existe réellement pas naturellement: nous ne l'avons pas rencontré » une seule fois, et cependant nous avons analysé un grand nombre » d'urines diabétiques. Si on a obtenu du sucre incristallisable , c'est, )i ou qu'on a modifié par l'évaporation non ménagée le sucre cristallisa - » ble, ou qu'on n'a pas attendu assez le terme de la cristallisation, qui, » dans quelques unes de mes expériences , s'est fait attendre |)lus d'un » mois. » Il importe d'ajouter que la masse cristalline obtenue de la façon ci-dessus décrite est loin d'être du sucre parfaitement pur. Généralement, elle est d'un jaune très clair ; et si quelquefois elle a une assez belle couleur blanche, elle retient cependant toutes les matières solides de l'urine, lesquelles, il faut le dire, ne sont là qu'une quantité insignifiante relativement à la quantité de sucre. Si l'on veut obtenir le sucre urinaire parfaitement pur, tel qu'il le faut, non pas assurément pour l'appréciation médicale des degrés et des variations d'intensité du diabète, mais pour la précision mathématique de l'analy.se élémentaire, on doit alors redissoudre la masse cristalline dans une suffisante quantité d'eau, filtrer la dissolution sur le charbon animal, recourir de nouveau à l'évaporation de la même façon que la preinière fois, puis abandonner la liqueur sirupeuse dans une étuve chauffée à 25°. Ce n'est

(1) Th. cciitigr. — Si la leiiipératiirc est de beaucoup supérieure, et surloul si elle esl poussée jusqu'à l'cbuliitidii , l'ui ceelles matièrr.s extiaclivcs réagissctrl sur le sucre, el le convertissent eu une mélasse noire et incrislaliisiible.

FLUX. 589 pas tout encore: les cristaux de celte seconde crislallisaiion doivent être lavés successivement avec de l'éther sulfurique alcoolisé, puis avec de l'alcool jusqu'à ce qu'ils deviennent parfaitement blancs; on doit ensuite les dissoudre à l'aide de la chaleur dans l'alcool rectifié, filtrer la liqueur, recueiUir les nouveaux cristaux qui se forment, et les purifier par une succession réitérée de dissolutions, d'évaporations et de cristallisations. — •2° Un très bon et très facile moyen de constater qu'une urine donnée contient du sucre , c'est d'exciter la fermentation alcoolique : ce qu'on voit promptement arriver en y ajoutant un peu de levûre , plus promptement, et surtout beaucoup plus sûrement que si on attendait, les bras croisés, le développement parfois spontané de ce phénomène. A l'effervescence qui survient dans l'urine, à l'odeur aigre de l'acide carbonique, et, même encore, à l'odeur toute particulière de l'alcool, il est impossible de prendre le change, et de méconnaître la nature de la fermentation. Mais la fermentation alcoolique peut-elle servir de base à une estimation exacte de la quantité de sucre que contient l'urine? On l'a dit. On a théoriquement professé qu'en recueillant .soit l'acide carbonique, soit l'alcool, qui se forment pendant toute la durée de la fermentation , il était permis de déduire parle calcul, en toute certitude , la quantité du sucre d'après la quantité même de l'un ou l'autre de ces deux corps. Et celte théorie , fort spécieuse sans doute, ne laisse pas que d'avoir été mise en exploitation pour la pratique par des chimistes distingués , surtout en Angleterre. M. Bouchardat , toutefois, lui adresse une objection formidable : « Dans bien « des cas,» dit-il, /oc. cit., p. 175, « une grande partie du sucre échappe » à la transformation* pour se convertir en acide lactique , d'où une » source d'erreurs qu'on ne peut prévoir ni éviter. » Donc la fermentation alcoolique doit être récusée comme moyen d'analyse quantitative , et nous en bornerons l'office à l'analyse qualitative des urines diabétiques. 3" Enfin , il y a le procédé de M. Frommer (Voyez Annalender Chem. und P/iarm.,î. VII, p. 368). Ce procédé, M. Contour (thèse citée, p. 33; le recommande, d'après sa propre expérience et d'après celle de son maître , M. Marlin-Solon, comme étant propre à découvrir très facilement et en très peu de temps si l'urine contient du sucre. Je vais donc répéter, à ce sujet , les paroles de M. Contour : « ... Dans un petit tube de verre contenant une certaine quantité d'urine ■> de diabétique, on ajoute d'abord une très faible portion de potasse ') caustique solide, puis un fragment de deuto-sulfate de cuivre; on " chauffe très légèrement ce mélange à la lampe à l'esprit de vin , et » aussitôt, si l'urine contient du sucre de diabétique, on observe une ' réduction de proloxyde de cuivre, qui se montre sous la forme d'un •> précipité d'une couleur jaune-iougeâtre très manifeste. Si, au con- » traire, l'urine ne contient pas de sucre, au lieu d'une réduction d'un

PATHOLOGIE MÉf)ICALE.

» jaune rougeâtre , on obtient un précipité noir. La rédiiciion dii pro- » loxyde de cuivre a également lieu à froid , mais elle se fait attendre » quelque temps; c'est pour cela qu'il est préférable d'élever un peu la » température du mélange. Que se passe-t-il dans cette opération chi- » mique. et pourquoi la présence du sucre de canne ne donne-t-ellc » pas les mêmes résultais? Je laisserai à d'autres, plus corapétens que n moi en pareille matière, le soin d'expliquer ce phénomène. Je me » contenterai d'ajouter que le procédé de M. Frommer, d'un emploi » si simpje et si facile , permet de reconnaître dans l'urine des qnan- » tités de sucre infiniment faibles , à l'exacte évaluation desquelles il » ne saurait cependant pas conduire , comme le fait l'ingénieux moyen » dont la science est redevable à M. Biot. En définitive , l'analyse chimique , grâces surtout au procédé qui figure ici en premier et pour cause , procédé par évaporalion et cristallisation , l'analyse chimique a depuis longtemps démontré que la quantité de sucre contenu dans les urines diabétiques est très variable d'individu à individu, et dans le même individu, suivant une foule de circonstances. M. Bouchardat, par exemple, a observé des urines où le sucre ne formait que le trentième du poids total ; et il en a vu d'autres qui n'en contenaient pas moins d'un septième ( loc. cit. , p. 173). Inutile de dire que le chiffre proportionnel du sucre marque et constitue, toutes choses égales d'ailleurs, le plus ou moins d'intensité de la maladie ; qu'il s'élève à mesure que celle-ci s'exaspère dans tout l'ensemble de ses symptômes; qu'il s'abaisse quand elle s'amende. Cependant, chose bien digne d'attention, quelque temps avant ledénouement mortel, on voit aussi le sucre diminuer considérablement dans les urines du malheureux diabétique. Encore une remarque, une dernière remarque qui est de la plus haute importance pour la thérapeutique : c'est que, suivant l'observation de M. Bouchardat, observation confirmée par M. iVIarlin-Solon (voyez la thèse de M. Contour, p. 31], la proportion du sucre dans les urines croît ou décroît, d'un jour k l'autre, en raison de la quantité plus ou moins grande d'alimens féculens ou sucrés que prennent les malades.

y. Par examen optique, ou , mieux encore, et pour parler plus précisément, examen polar i7né trique. Et, d'abord, ai -je besoin de rappeler que l'étude de la physique doit avoir fait connaître à nos lecteurs (9) les principes scicntiliqucs sur lesquels se fonde ce nouveau et précieux moyen d'observation médicale? Je n'ai donc pas à expliquer ce que c'est que la polarisation de la lumière, ce fécond et important phénomène, dont la découverte a innnurtalisé Malus, et dont un autre physicien français , M. Biot, habile continuateur de Makis , a tant exploré les détails, tant approfondi les lois, tant agrandi l'histoire. Je n'ai pas à expliquer ce que c'est que la double réfraction ; ce que c'est que l'image ordinaire et que l'image extraordinaire d'un rayon de lumière qui tra-

Ff.ux. 591

verse un prisme biréfringent, lel qu'un prisme de spath d'Islande; ce que c'est que le plan de polarisation , dans lequel l'image extraordinaire est nulle ou îi peu près éteinte ; ce que c'est, enfin, que la déviation ou rotation du plan de polarisation , quand le rayon polarisé traverse certains liquides transpareus avant de parvenir au prisme biréfringent (déviation qui s'opère tantôt à droite, tantôt à gauche du plan de polarisation primitif, suivant la nature des liquides, et qui est indifféremment désignée sous les noms de polarisation par rotation, polarisation rota toire, polarisation circulaire). Je crois pourtant à propos de décrire, mais en gros et le plus sommairement possible, l'appareil de M. Biot, le polarimètre , — ■ instruraentpropreàmesurerledegréde la déviation dont ils'agit, c'est-àdire l'angle que le nouveau plan de polarisation fait avec le plan de polarisation primitif, — instrument devenu désormais un des plus utiles auxihaires de notre art. Voici donc les pièces essentielles de cet appareil : 1° un miroir réflecteur, destiné ici à recevoir et à réfléchir, non pas la lumière directe du soleil, trop éclatante pour le genre d'expériences en question, mais bien la lumière des nuées, qui est infiniment préférable, par sa blancheur, à la lumière d'une bougie ou h toute autre lumière artificielle; 2° un tuyau en cuivre, long d'environ trente centimètres, monté sur un pied métaUiquc à l'un des bouts d'une table en bois noirci , de telle sorte que l'axe de ce tuyau fasse avec le plan du miroir réflecteur un angle de 35° 30', et qu'ainsi les rayons de lumière complètement polarisée par la réflexion soient isolés , puis conduits pour ainsi dire sur les objets soumis à l'observation; 3° un prisme biréfringent, convenablement construit et préparé, placé à certaine distance en arrière, et dans l'axe même du tuyau vecteur, au centre d'un cercle gradué , où il peut pivoter enchâssé à l'extrémité d'une alidade , le tout très bien et très fortement assujetti à la table de l'appareil par le moyen d'un arbre métallique, de telle manière qu'en faisant tourner le prisme sur luimême, il soit facile d'observer la succession des images ordinaires et extraordinaires de la lumière polarisée; /i° enfin, deux supports, plantés dans l'espace qui reste entre le tuyau vecteur et le prisme biréfringent, terminés en forme de fourchette 'a leur extrémité libre ou supérieure , et destinés à soutenir dans la position voulue , sur le trajet même de la lumière polarisée , le tube rempli du liquide (jui doit être soumis à l'examen polarimétrique. La table qui porte et qui relie en un merveilleux instrument de dioptrique les diverses pièces susdites , doit être ellemême solidement assise , et, pour ainsi dire, clouée dans sa place. ^'olons aussi qu'avant de fixer le prisme à l'alidade par la vis de pression qui est destinée à cet office, il faut d'abord faire correspondre l'extrémité libre ou index de l'alidade au zéro, qui, pour la plus grande commodité des observations, occupe le point le plus haut du cercle gradué puis tourner le prisme jusqu'à ce que l'image extraordinaire soit en tiè-

rement éteinte , ou du moins à son minimum d'intensité. Enfin, comme la clarté du jour empêcherait l'observateur d'apprécier parfaitement les nuances délicates des phénomènes polarimétriques, c'est dans un cabinet obscur qu'on devra dresser l'appareil de M. Biot, moins le miroir réflecteur et l'ouverture antérieure du tuyau vecteur ; et , afin que l'observateur puisse, sans trop de fatigue, lire à chaque instant les divisions du cercle et constater les degrés de l'angle parcouru par l'alidade , le cabinet obscur aura une porte par où on obtienne à volonté assez de jour, et que l'observateur ait la facilité d'ouvrir et de fermer sans faire un pas. Maintenant, donc, disons comment on se sert du polarimètre pour rechercher si une urine contient ou non du sucre. Rien de plus simple, rien de plus aisé qu'une semblable recherche. L'index de l'alidade est à 0 ' ; et, je le répète, si nous regardons alors à travers le prisme biréfringent, l'image ordinaire du rayon polarisé se montre seule, ou, du moins , l'image extraordinaire est si faible , qu'on la dit (Heinte. Eh bien , dans cet état de choses, prenons l'urine suspecte , fillrons-la préalablement sur le charbon pour la décolorer ; puis rempUssons-en un tube de cuivre étamé intérieurement, et dont les extrémités sont fermées par des glaces polies et parallèles; puis, enfin, plaçons ce tube sur les fourchettes, où il devra êlre traversé par le rayon polarisé. Si l'urine a sa composition normale , rien n'est encore changé dans les phénomènes optiques, l'image extraordinaire est toujours éteinte comme auparavant ; elle est nulle ou à peine sensible. Si , au contraire, l'urine contient du sucre , l'image extraordinaire reparaît plus ou moins éclatante à certaine distance de l'image ordinaire : car toutes les dissolutions de sucre (excepté le sucre de raisin qui n'a pas été cristallisé) ont la propriété de dévier à droite le plan de polarisation , ou , comme on dit, d'une façon plus abrégée, polarisent à droite. C'est en tournant lentement à droite l'alidade, et, par conséquent aussi, le prisme qui lui est lié, que nous retrouverons l'extinction de l'image extraordinaire. En laissant alors pénétrer un peu de jour dans le cabinet, nous pourrons lire sur le cercle gradué le chiffre qui répond à l'index de l'alidade. Ce chiffre exprime le nombre de degrés que l'alidade a parcourus depuis le zéro; en d'autres termes , il mesure l'angle de déviation du plan de poralisation. Or, la grandeur de cet angle est en raison directe et composée des deux élémens que voici : 1° la longueur du tube qui contient le liquide donné ; 2° la quantité de sucre qui existe en dissoluiion dans le liquide. D'après tout cela, il est donc évident que , par le moyen du polarimètre , nous pourrons, non seulement reconnaître avec une extrême facilité et en très peu de temps la présence du sucre dans l'urine, mais encore suivre jour par jour, à l'aide d'observations faites avec le même tube ou avec des tubes égaux en longueur, les progrès ou les amendemens du mal, cl apprécier uour ainsi dire immédiatement, chez notre malade, l'influence bonne ou

FLUX. 59S mauvaise, efficace ou nulle, de tel régime, de telle médicamentalion. Et ce n'est pas tout encore. L'examen polarimétrique peut môme, h l'instar de l'analyse chimique, servir à constater la quantité absolue du sucre conicnu dans l'urine. Par suite de nombreuses expériences , M. Biot est parvenu h poser une formule qui, d'après la mesure de l'angle de déviation, nous met à même d'évaluer en un moment, par un calcul logarithmique , la quantité absolue de sucre d'une urine diabétique , avec une précision qui touche de très près à celle de l'analyse chimique la plus rigoureuse. Mais je ne crois guère à propos d'insister ici sur cette formule, (dont nous; autres praticiens, tous tant que nous sommes, malheu. reusement peu rompus à tout ce qui sent l'algèbre , ne faisons pa» encore, que je sache, ni ne ferons peut-être jamais un grand usage.

F. Soif : déjà remarquable, pour un individu attentif à sa santé, dans ce qui peut être appelé le prodrome de la maladie (1009) ; déjà préludant à ses futurs excès, à ses futures avidités, dans cette sécheresse habituelle de la bouche et de la gorge, qui est une des circonstances immanquables du prodrome (1009. B.), si prodrome y a; devenant de plus en plus vive et impérieuse par les progrès du diabète; quelquefois, enfin, inextinguible, insatiable, irrésistible, à telles enseignes que les malades sont en vain avertis de ne pas trop boire sous peine d'augmenter l'intensité de leur diabète et leur soif elle-même , ils ne peuvent s'empêcher de se gorger de boissons, et surtout de boissons froides. Bien entendu que la soif diminue, quand la maladie vient à s'amender et tend a la guérison ; mais elle diminue aussi aux approches de la terminaison fatale, par la raison même qu'on voit alors diminuer le vice chimique et la supersécrétion des urines (B. - et E. 6.). D'après les observations de M. Contour (thèse citée, p. 51), il résulte que, dans les hauts degrés du diabète, les malades ont le plus ordinairement besoin de cinq à sept litres de liquide pour satisfaire leur soif. Ce qu'il y a de très certain ce qu on s'accorde généralement à reconnaître, ce que, pour mon compte je puis affirmer avoir toujours vu , c'est que , chez un malade soumis exclusivement, ou peu s'en faut, à l'usage des alimens de nature animale et azotée , la soif décroît considérablement et peut même redevenir naturelle. Voici la proposition que M. Bouchardat énonce comme une loi générale, et à laquelle il a été conduit par ses nombreuses expériences : « La soif des diabétiques. » dit-il, Monogr. du diab p. 193-4, « est en raison directe de la quantité de pain ou de substances sucrées ou féculentes «lu'ils mangent. Pour une quantité de nain re présentant 500 grammes de fécule, ils boivent environ 3500 grammes xdeau; cest à peu près la quantilé d'eau nécessaire pour nue la - transforniation de la fécule en sucre , sous l'influence de la dia tase » so.t complète. « ^ . Un des malades, qui a fait le sujef d'un.!

59/i PATHOLOGIE MÉDICALE.

>i de mes dernières observations, » dit plus loin le môme auteur (pag. 217-8), « était émerveillé de voir sa soif ardente complètement » anéantie depuis qu'il ne prenait plus d'alimcns sucrés ou féculens, et » qu'il mangeait, au contraire, du bœuf rôti et du jambon salé, la n théorie populaire sur les substances qui sont regardées comme don- » nantla soif, se trouvant en défaut d'une manière trop manifeste; et, » pour faire pénétrer dans son esprit une entière conviction , il a fallu » qu'il prît un jour une quantité, égale à celle dont il usait autrefois, » d'alimens sucrés ou féculens , pour voir reparaître, quelques heures » après, la soif ardente et le besoin continuel d'uriner qui, pendant trois » ans, avaient fait le désespoir de sa vie, »

G. Surcroît de faim : phénomène qui ne manque guère de se produire , une fois la maladie bien déclarée , si tant est même qu'il ne se sqit pas développé plus tôt et à titre de phénomène prodromique (1009. B.) ; voracité de plus en plus croissante, et portée par le progrès de la maladie jusqu'à une véritable boulimie, en sorte qu'on se demande îivec un profond élonnement, et qu'on ne conçoit qu'à grand'peine comment les malheureux diabétiques peuvent digérer de si énormes quantités d'alimens. Suivant la remarque de M, Bouchardat {loc. cit., p. 216), remarque, je dois le dire, parfaitement conforme à ce que j'ai eu moi-môme occasion d'observer dans ma pratique, c'est surtout pour le sucre, pour le pain et les autres aliraens féculens que les diabétiques auraient un goût prononcé, Quoi qu'il en soit, lorsqu'enfin les digestions se troublent, que l'épuisement de l'économie tourne au marasme , que la tuberculisatiou pulmonaire vient , selon la règle ordinaire, se greffer sur le diabète, alors la voracité des infortunés diabétiques s'évanouit peu à peu pour faire place à un appétit naturel, ou même à l'inappétence,

U. Insomnie : voilà bien encore un des premiers et des plus constans inconvéniens du diabète ; car c'est un effet lié inévitablement à la nécessité d'une miction fréquente. A peine le diabétique s'est-il mis au lit , à peine commence-t-il à s'assoupir, qu'il éprouve de pressantes micturitions, qui répondent au besoin trop réel de vider la vessie ; force lui est d'y obéir; puis, à peine recouché, à peine rendormi, il est de nouveau réveillé pour recommencer vingt fois le même manège. Ce n'est , d'ordinaire, que vers le matin qu'il peut goûter quelques. heures de sommeil , sans doute parce qu'alors , à si grande distance du dernier repas, si longtemps après les boissons prises dans la soirée , la supersécrélion urinaire est à son minimum d'intensité.

I. Sécheresse de la peau {U5. D. y.) : symptôme, non pas certes commun à tous, ni même à presque tous les cas, mais fort ordmaue; souvent porté à un point excessif. Généralement , en effet , le diabète

FIDX. 595

diminue la transpiration, et va presque jusqu'à la supprimer tout-à-fait : ce qui est , au surplus, conforme à la grande loi de l'équilibre physiologique et de la mutuelle solidarité des fonctions excrémentitielles.

J. Amaigrissemeiit : bientôt sensible, malgré l'excès d'appétit et l'augmentation de nourriture, malgré la facilité et l'apparente régularité des digestions; très aisé à comprendre, vu l'énormité des déperditions urinaires (B) ; empirantdejour enjour jusqu'au marasme le plus hideux.

K. Affaiblissement musculaire : se faisant remarquer dès le début du mal, et puis empirant d'une façon pour ainsi dire parallèle à l'amaigrissement. Le diabétique se sent paresseux; il est courbatu après les marches et les travaux qu'il avait l'habitude de faire journellement; puis, à la longue, il devient même incapable de se tenir longtemps debout, et se trouve obligé de demeure^assis ou couché la plus grande partie de la journée , voire même de s'aliter pour ne plus se lever du tout, ou que fort peu d'instans à peine.

L. Dyspepsie^: ordinairement nulle ou à peine sensible dans les commencemens , et même fort longtemps, malgré l'énorme quantité d'alimens qu'engloutit alors le diabétique (G.) ; mais enfin se déclarant et sévissant avec plus ou moins d'intensité dans le progrès de la maladie , à tel point que quelquefois les malades comparent la présence des alimens dans l'estomac à celle d'un poison brûlant et corrosif, et que quelquefois aussi, — disons même encore plus souvent , — ils rejettent par le vomissement tout ce qu'ils viennent d'avaler.

M. Fièvre (Zi6. F. >j.) : ne se développant non plus , en règle ordinaire, que sur la fin ; n'apparaissant d'abord que de temps à autre, irrégulièrement, ou bien avec des intermittences presque régulières; puis devenant continue, et méritant dès lors le titre scolastique de fièvre hectique dans toute la force du terme.

Après cela, je me dispense de décrire et de considérer expressément certains symptômes accessoires dont l'apparition est assez constante, mais qui sont, en vérité, peu imporians, ou, du moins, d'une importance secondaire. Je n'insiste donc pas sur l'acidité de la salive. Je n'insiste pas sur l'inertie des fonctions génitales (défaut d'érections et de sécrétion spermatique, chez l'homme ; — aménorrhée, et, sans doute aussi stérilité, chez la femme ) : — mais, à vrai dire, y a-t-il là quBlque chose de particulier au diabète, y a-t-il autre chose que ce qu'on observe dans toutes les phihisies, dans toutes les maladies de consomption, dans toutes les fièvres hectiques? Je n'insiste pas non plus sur la constipation de la période initiale, sur la diarrhée colliquative de la période ultime, sur les douleurs des voies urinaires, sur l'œdème des membres inférieurs, etc., etc.

1011. Durée. — Le diabète a presque toujours une durée fort Ion-

gue; et c'est pourquoi, depuis Arctée, et h l'exemple de ce médecin grec, on l'a classé dans les maladies chroniques. Ordinairement, il lui faut plusieurs années pour conduire l'homme au tombeau. Une des conclusions du mémoire publié par Dupuytren et M. Thénard est la suivante , qui me semble tout-à-fait inattaquable : « Le diabète sucré , » disent-ils, « dure aussi longtemps que les forces digeslives se soulien- » nenl, et qu'elles peuvent fournir aux pertes excessives qui ont lieu » parles urines. » Peut-il donc durer indéfiniment, et, comme on dit, durer toutela vie, — bien entendu, sans en avancer le terme? C'est ce que semblerait prouver un fait rapporté par M. Contour (thèse citée, p. 19), d'après le témoignage de M. le docteur Bassereau : a Ce médecin dis- » tingué m'a affirmé, » dit M. Contour, «connaître un confrère affecté, » depuis trente ans, d'un diabète sucré ('), et dont la santé se trouvait » cependant assez peu dérangée pour lui permettre de vaquer facilement » aux soins habituels de sa clientèle. » Mais, après tout, de tels faits ne peuvent être que très rares , que très exceptionnels. 11 en est de même des cas dans lesquels le diabète s'est montré à certains observateurs comme une maladie aiguë, et même suraiguë, dans lesquels il a, dit-on, donné la mort en quelques semaines, en quelques jours : encore est-il permis de faire, à cet égard, ses réserves, et de ne pas ajouter une entière croyance à la réalité et à l'exactitude de semblables observations ; je suis fort porté à croire qu'en pareille circonstance le diabète était resté longtemps méconnu, ou que le diabétique a succombé, non pas au diabète même , mais à une complication accidentelle.

1012. Rémissions (51. A.). — Il n'est pas du tout ordinaire que le diabète fasse des progrès d'une manière ininterrompue; qu'il ait une marche continue de mal en pis sans jamais rétroj^rader; qu'il conduise, en. un mot, sa victime au tombeau par une augmentation sans cesse croissante de l'altération urinaire , de la supersécrétion et de tout l'ensemble symptomatique. Chez la plupart des sujets, effectivement, il présente , dans son cours, des rémissions plus ou moins prononcées, plus ou moins longues, plus ou moins répétées. Quelquefois même , à proprement parler, ce n'est pas seulement une rémission, mais une véritable cessation de l'état de maladie : la soif et la faim redeviennent naturelles, les urines cessent d'être trop abondantes, les forces se rétablissent, les facultés viriles reparaissent : on pourrait croire alors à une guérison radicale, en négligeant d'examiner la composition des urines, qui continuent de déceler à l'analyse chimique ou à l'inspection polarimétrique

(1) « L'urine, souvent rxaminéc, a toujours donné du sucre. » Rcintrque essentielle par laquellf. M. Contour a eu soin de débuter, avant d'énoncer l'étonnante durée du diabète dans le cas en question.

FLUX. 597 une certaine proportion de sucre. Mais, à la suite d'un mauvais régime, ou même sans cause appréciable, survient tôt ou tard une recrudescence : telle est du moins la règle, que quelques pathologistes n'hésitent pas à déclarer universelle et absolue, et à laquelle il y a pourtant, j'en suis du moins convaincu, quelques exceptions. Quoi qu'il en soit, les rémissions du diabète ont surtout lieu sous l'inOuence de l'alimentation azotée et des divers moyens corroborans, point sur lequel nous reviendrons ciaprès. Il paraîtrait aussi, d'après le témoignage de bons observateurs, et notamment d'après ce que Dupuytren et M. Thénard ont vu chez leur malade, il paraîtrait que le développement accidentel, que la présence intercurrente d'une maladie aiguë et fébrile est de nature à atténuer, et à faire, jusqu'à un certain pouit , disparaître les symptômes propres du diabète ; qu'en semblable circonstance , par exemple , les urines diminuent de quantité , que la soif elle-même devient moindre, etc.

1013. Terminaisons. — A. Non pas toujours, comme le prétend une opinion trop sombre et trop fataliste, — mais le plus souvent (je l'accorderais) le diabète amène la mort tôt ou tard. En général, le diabétique ne meurt qu'après avoir été épuisé par la fièvre hectique, qu'après être tombé dans le plus affreux marasme , et presque toujours , en un mot, après avoir été atteint de tuberculisation pulmonaire, et, pour ainsi dire, achevé par ce surcroît de mal. Quelquefois, au contraire, la mort survient d'une manière brusque, inattendue et tout-à-fait prématurée , par suite d'une de ces indigestions violentes que M. Prout a particuhèrement signalées comme un accident si funeste aux diabétiques.

B. Qu'il y ait des rémissions très considérables dans le cours du diabète, que ces rémissions puissent aller jusqu'à la complète disparition de tout malaise, jusqu'à un entier retour de toutes les apparences ordinaires de la santé, encore bien que les urines ne cessent pas de révéler à l'examen chimique et optique une petite proportion de sucre : voilà qui est clair comme le jour; voilà un fait acquis à la science, un fait incontestable et quetoutle inonde proclame. Mais ce que bien des pathologistes contestent et nient, c'est la possibilité d'une guérison vraiment solide et radicale , à jamais exempte de récidives, c'est le rétablissement parfait de la composition normale des urines, c'est l'anéantissem.eni irrévocable des moindres traces de sucre. Eh bien, cependant, je ne puis pas, quant à moi, ne pas croire à la réalité d'un si heureux événement, après avoir obtenu la guérison dont j'ai rapporté l'observation dans la bibliographie du présent article , la guérison de cette vieille femme diabétique, qui, non seulement recouvra un état apparent de bonne santé , mais dans les urines de laquelle

Bouchardat , les examinant à trois fois dilTérentes , ne retrouva plus un atome de sucre. En vérité, je ne saurais me permettre , ni permettre à personne , d'élever des doutes sur l'habileté et la compétence de

M. Bouchardat dans ce genre de recherches. Au surplus, je ne suis pas le seul, tant s'en faut, qui ait eu la chance de recueillir une telle observation. D'autres observateurs, très dignes de foi, attestent pareille chose. Mais, après tout, un fait positif, fût-il unique dans les fastes de l'art , a une valeur qui ne peut ôtre écrasée et annihilée par la masse des faits négatifs, et qui suffirait h autoriser une doctrine moins désolante que celle de l'incurabilité absolue du vice diabétique. Il ne s'agit plus que d'apprécier, si faire se peut, par la statistique, le plus ou moins de rareté des guérisons radicales relativement à la fréquence du diabète , relativement à la proportion des guérisons temporaires. A parler franchement , n'est-ce pas une assertion hasardée et téméraire que de déclarer incurable et irrémissiblement établi à perpétuité le vice diabétique une fois apparu dans l'économie? Là où la nature et l'art réussissent à opérer fort souvent une telle rémission, une telle rétrogradation du mal, pourquoi nier que la force médicatrice (121. B.), après avoir réduit le mal à moitié, au tiers, au quart, voire même, on l'accorde, à si peu que rien, puisse jamais le réduire h zéro ? Savons-nous ce que deviennent tous les diabétiques, une fois soulagés par nos soins? JN'ous ne revoyons guère que ceux qui ont de nouveau besoin de nous , parce qu'ils éprouvent une récidive. Et, assurément, le nombre de ceux-ci serait bien moindre, si nos conseils étaient ou pouvaient être toujours suivis, si on n'avait pas hâte de se soustraire le plus tôt possible aux rigueurs du traitement, si, d'ordinaire , on ne retombait pas , soit imprudence irréfléchie , soit manque d'énergie morale, soit nécessité de profession et de fortune, sous l'empire des conditions hygiéniques qui favorisent la recrudescence du diabète. Qu'importe même , en définitive , que l'individu qui , de malade qu'il était dans toute la force du terme, se sent aujourd'hui bien portant, et qui peut vaquer librement à ses devoirs professionnels, à ses affaires, à ses plaisirs , qu'importe qu'il ait ou non dans ses urines une infiniment petite proportion de sucre, pour reconnaître là une guérison ? Qu'importe, surtout, si , nonobstant la persistance d'un certain degré d'altération du liquide urinaire , la santé se maintient véritablement en bon état pendant un temps indéfini, — pendant trente ans, par exemple, comme chez ce médecin dont nous parle M. Contour? Je m'arrête ; j'ai déjà grand'pcur, dans un livre essentiellement dogmatique tel que le nôtre, d'avoir trop donné à l'argumentation : je laisse donc aux lecteurs sagaces et réfléchis à compléter cette argumentation d'après les aperçus que je viens de présenter ici, d'après l'esprit de notre pathologie générale (18-22, 37-41 et 56), et enfin d'après la définition même du diabète. Concluons donc, et disons que le diabète, ou, plus catégoriquement, si l'on veut, que la maladie du diabète peut aboutir, et aboutit même souvent à une guérison; que cette guérison, à ce qu'il paraît, est

FLUX. 590 presque toujours temporaire et suivie de récidives ; mais que rien, après tout , n'interdit absolument de croire et d'espérer qu'elle puisse êtrè quelquefois radicale et irrévocablement consolidée.

lOU. sbiatomie pathologique de l'appareil urinaire chez les diabétiques. — A. Les reins ont très souvent , mais non pas constamment, bien s'en faut, présenté des vices anatomiqucs plus ou moins notables , qui ne peuvent, après tout, être considérés, en raison môme de leur défaut de constance et de leur variété, que comme autant de conséquences éventuelles du diabète, et non pas du tout comme les causes organiques de la supersécrétion et de l'altération des urines. De tous ces vices anatomiques, l'hypertrophie des reins paraît être, sans contredit, ce qui s'est rencontré ordinairement, comme, par exemple , dans l'observation célèbre, et déjà plusieurs fois citée , dont Dupuytren et M. Thénard ont enrichi les fastes de la science. Rien de plus facile, au surplus, que dè concevoir et d'expliquer le développement de cette hypertrophie, Comme un effet de l'activité sécrétoire à laquelle les reins étaient condamnés (691. A.). Mais, encore un coup, cette hypertrophie est si peu essentielle à la paihogénie du diabète, qu'il s'est trouvé des cas, au contraire, dans lesquels les deux reins étaient atrophiés. M. Ségalas a vu et nous atteste un cas de cette dernière sorte. Sur les deux autopsies dont M. Contour parle comme témoin oculaire (thèse citée, p. 65), une fois seulement il a vu les deux reins hypertrophiés (ayant chacun le poids de 192grammes){ la seconde fois, il n'a observé qu'une hypérémie des substances corticale et tubuleuse. Quelques observateurs ont rencontré des cas qui offraient des altérations décidément caractéristiques d'une néphrite (667. D.) , par exemple, des points purulens. Mais, d'autre part, il est aussi des cas où les reins avaient leur volume normal , et où , loin d'être rouges et hyperémiés, ils se trouvaient décolorés et pâles. De tout cela, que conclure? C'est que, pour le diabète, il ne faut, de la part des reins, il ne ne faut essentiellement et protopalhiquement d'autre vice qu'un vice de sécrétion, et tout au plus, peut-être, une hypérémie concomitante, et qu'ensuite la surexcitation fonctionnelle de ces organes peut à la longue les hypertrophier, et même les enflammer,

B. On a observé dans quelques cas une dilatation des uretères et dè la vessie. Celle-ci, dans d'autres cas, au contraire, s'est montrée fort rapctissée. Ces différences tiennent, sans aucun doute, h la plus ou moins grande fréquence de la miction, à la plus ou moins grande quantité d'urine que les malades laissaient accumuler dans leur vessie avant d'é* prouver la micturition et d'y obéir. Ce qui est un fait anatomique assez constant dans le diabète, c'est l'épaisissement des parois vésicales par une véritable hypertrophie de la couche musculaire,

1015. Complcmm dë l'étvÂe chimique des urines diabétique

(1010. E.). — A. Et d'abord , cst-il vrni que les urines diabétiques ne contiennent point d'urée, comme on l'a longtemps professé d'après les résultats négatifs qu'avaient eus autrefois à cet égard les recherches de Nicolas et Gueudeville, et de quelques autres observateurs? C'était une erreur. Les urines diabétiques contiennent de l'urée : voilà désormais un fait acquis à la science, voilà un fait aujourd'hui attesté par une multitude de voix : M. Bouchardat, entre autres, par exemple, l'a parfaitement étudié ( Mono^r. du diah., p. 826); M. Martin-Solon l'a nombre de fois constaté, à ce que nous assure son élève, M. Contour (thèse citée, p. ^16) : MM. Patey et Bayeux ont fourni à la thèse de M. Contour une note fort intéressante, qui établit que, chez un diabétique, soumis, il est vrai, au régime azoté, l'urine contenait, terme moyen, environ 5 grammes d'urée par litre. Au reste, rien de plus variable que la quantité proportionnelle d'urée chez les diabétiques. A cet égard , M. Bouchardat se croit fondé, d'après ses très nombreuses analyses, à formuler la proposition suivante {loc. cit.,^. 185) : « Chez les diabétiques, comme chez les n personnes en santé, la proportion d'urée contenue dans l'urine est » proportionnelle h la quantité d'alimens azotés qu'ils prennent. Si, » chez les diabétiques, la proportion relative d'urée est ordinairement » très faible , cela provient uniquement de ce que la proportion d'ali- » mens azotés est très faible, comparativement à la quantité d'urine j» rendue. »

B. Les urines diabétiques sont presque toujours acides , et se montrent telles au papier de tournesol aussi sensiblement que les urines normales : ce n'est que par exception rare qu'elles se trouvent quelquefois être alcalines à l'instant même de leur émission. C'est particulièrement à l'acide lactique libre qu'elles doivent leur acidité, et non pas à l'acide urique, qui d'ordinaire n'y existe que dans des proportions très faibles, si faibles qu'il est très difficile d'en reconnaître et d'en démontrer la présence.

C. Ce n'est même que dans ces derniers temps que la présence de l'acide urique dans les urines diabétiques a été constatée. Autrefois on s'était trop hâté d'admettre l'absence de cet acide comme un des attributs essentiellement propi es à ces urines-là. M. Bell, par exemple, déclare (article cité) avoir observé, à l'hôpital de la Charité, dans le service de M. Rayer, un malade chez qui l'acide urique existait si abondamment qu'il formait, en se déposant par le refroidissement, des cristaux visibles à l'œil nu. M. Rayer, à cette occasion, assurait avoir déjà vu la chose plusieurs Ibis, et même avoir rencontré la gravelle urique chez un individu à la fois goutteux et diabétique. M. Bouchardat [loc. cit., pag. 181) nous apprend également qu'il a vu des cristaux d'acide urique se déposer dans une urine diabétique que M. Jadioux

Jiii avait donnée à analyser , et qui était celle d'un goutteux.

D. Il n'est pas très rare que les urines diabétiques contiennent de l'albumine. Il importe d'èlrc averti d'une semblable possibilité; caria présence de l'albumine nuit à l'exactitude de l'appréciation polarimétrique de la proportion de sucre. L'albumine a , ciïectivement , la propriété de déviera gauche le plan de polarisation , et, par conséquent, elle neutralise , pour un certain nombre de degrés tout au moins , l'influence du sucre. Four n'être donc pas induit en erreur, il faut préalablement coaguler l'albumine à l'aide de la chaleur. Je n'ai pas besoin, je crois, d'insister pour démontrer combien une albuminurie notable et constante , en complication avec le diabète , doit aggraver la position du malade.

1016. Nature du sucre diabétique. — Depuis le célèbre cas de diabète qu'observèrent et qu'étudièrent si bien Dupuytren et M. Thénard, la science distinguait deux espèces de sucre urinaire ou diabétique : 1° un sucre urinaire à saveur sucrée ; 2° un sucre urinaire peu ou point sapide.

M. Ghevreul, en 1815, fut le premier qui, après une étude comparative des cristaux de sucre diabétique sapide et de ceux de sucre de raisin, proclama la complète similitude de ces deux sucres sous tous les rapports : résultat confirmé, depuis, par les observations de M. Prout, de M. Soubeiran, et de quelques autres savans. Ce qui un instant fit naître des doutes à cet égard, ce furent les phénomènes polarimétriques. Eu effet, le sucre de raisin, tant qu'il n'a pas été cristallisé, tant qu'on l'a laissé à l'état d'extrait liquide, fait dévier à gauche le plan de polarisation, tandis qu'au contraire, le sucre diabétique sapide, même dans son état primordial, même dans son état de dissolution naturelle au sein des urines, comme après sa cristallisation, polarise à droite, de la même façon, et précisément avec le même degré d'intensité que le sucre d'amidon ou de fécule. De là, on dut d'abord conclure que c'était avec le sucre d'amidon, et non pas avec le sucre de raisin, que le sucre de diabète se montrait identique. Mais M. Biot ne tarda pas de découvrir que le sucre de raisin, redissous après avoir été préalablement cristallisé, polarise à droite, comme le fait le sucre d'amidon, avec lequel il n'a plus aucune différence.

Quant au sucre urinaire insipide , il ne doit plus être admis comme une espèce véritablement à part. 31. Bouchardat, qui en a fait dans ces derniers temps un objet de nombreuses et consciencieuses recherches, avait bien reconnu dès le principe qu'il n'y avait entre le sucre urinaire sapide et le sucre insipide pas d'autre différence que la différence même de saveur; qu'il était facile de transformer celui-ci en celui-là, en le faisant bouillir dans une eau acidulée. D'où ce chimiste avait eu tort d'abord

de conclure que c'étaient là deux corps isomères. Mais ensuite il a fini par s'assurer que le prétendu sucre, insipide n'est autre chose qu'un mélange de sucre diabétique ordinaire ou sapide, de laclate d'urée, de laclate et de chlorure sodiques, et de matières extractives ; et qu'après des lixivialions réitérées avec l'élher sulfurique alcoolisé et avec l'alcool, on obtient par la cristallisation le sucre sapide pur, débarrassé des matières étrangères qui en masquaient la saveur. (Bouchardat, loc. cit., pag. 176-9.)

Donc, en définitive, les urines diabétiques ne fournissent qu'une seule et unique espèce de sucre. Et ce sucre est le même que le sucre de raisin.

Aussi, et il importe d'en faire la remarque, aussi est-ce une chose toute simple et fort commune que , chez le même diabétique , on voie successivement , et même à plusieurs reprises tour à tour, les urines acquérir et perdre la saveur sucrée, et fournir à une première évaporation, tantôt un sucre sapide, tantôt un sucre insipide. Des observations de M. Bouchardat, il résulterait que, dans les cas où le sucre est insipide, ou bien, en d'autres termes plus précis, masqué de matières étrangères , le diabète n'existe encore qu'à un degré léger, ou bien, qu'il rétrograde et s'amende. C'est, en effet, ce que j'ai eu particulièrement occasion de vérifier chez un de mes cliens, M. Boulet , dont les urines contenaient du sucre à l'état insipide: chez lui, les troubles morbides liés au diabète ne furent pas très intenses; il ne rendait guère plus de quatre litres d'urine dans les vingt-quatre heures; sa soif n'était pas excessive; et je réussis assez facilement , à deux fois différentes, surtout par le moyen de l'opium et de l'aliraeniation animale, à rétablir toutes les apparences delà santé, pour quinze ou dix-huit mois, pendant lesquels il ne jugeait même pas à propos de me voir et de me consulter, et se laissait aller imprudemment à son goût prononcé pour les alimens végétaux et les fruits acides.

1017. État du sang chez les diabétiques. — A. Dès la fin du xviit" siècle, RoUo avait annoncé que le sang des diabétiques renferme une certaine quantité de sucre. Assertion contredite par plusieurs observateurs (Nicolas et Gueudeville, Vauquelin, Soubeiran et Ossian Henry, Prout, etc.), mais confirmée par d'autres (Ambrosiani, Guibourt, Bouchardat, etc.). M. Bouchardat explique ce désaccord parles considérations suivantes qui me semblent parfaitement vraies et parfaitement concluantes. Si, au lieu d'examiner en masse l'urine rendue par un diabétique dans les vingt-quatre heures, on l'examine par portions séparées qui aient été successivement recueillies aux diverses époques de la journée, on voit, nous assure-t-il, qu'une heure ou deux après le repas les urines commencent à couler abondamment ; qu'elles conticn-

lient alors une proportion considérable de sucre, et qu'ensuite elles en présentent (Fes quantités de plus en plus décroissantes pendant l'espace de douze à quinze heures ; que , passé ce terme, si le diabétique n'a pris aucune nourriture, à peine renferment-elles encore quelques traces de sucre. Or, on saigne ordinairement les malades le matin, h l'époque la plus éloignée du repas ; et si alors les urines ne contiennent que fort peu , infiniment peu de sucre , il est aisé de comprendre que le sang n'en doit plus contenir du tout, d'après les lois qui régissent l'élimination sécrétoire des principes étrangers à la composition normale de cette chair coulante. Mais que l'on saigne trois heures après un repas, le résultat devra être différent; et, effectivement, en pareil cas, l'observation démontre la présence du sucre dans le sérum du sang. En définitive, il ne me semble plus permis de mettre en doute que le sucre diabétique soit dans le sang avant d'être dans les urines ; les reins ne le produisent pas, mais ne font que l'éliminer, de la même façon qu'ils éliminent l'urée, préalablement toute formée dans le torrent circulatoire. Où le sucre se forme-t-il donc? C'est ce que nous essaierons de nous expliquer tout-à-I'heure (1020).

B. Ce que tous les observateurs s'accordent, dès à présent même, à reconnaître et à professer, c'est que le sang des diabétiques fournit plus de sérum, moins de globules et moins de fibrine que le sang normal. En un mot, le diabète, dès son début ou au bout de peu de temps, se trouve lié à un certain degré d'anémie, et même, aussi, à un certain degré de diathèse scorbutique; principe h l'aide duquel il est facile d'embrasser d'un coup d'œil une infinie variété de symptômes accidentels qui peuvent se présenter chez les divers diabétiques, et en vertu duquel une thérapeutique sage et éclairée doit ici contre-indiquer l'usage, et, surtout, proscrire l'abus de la médication débilitante.

■1018. Le sucre, chez les diabétiques, se retrouve dans des humeurs excrémentitielles autres que l'urine. — A. Dans la salive: non seulement, suivant l'ancien témoignage de Rollo, mais encore suivant les observations confirmatives récemment faites, en Angleterre, par M. Mac- Gregor {The London médical Gazette, année 1836, n° 33), et, en France, par M. Martin-Solon et par M. Contour (thèse citée, pag. 50).

B. Dans la sueur : d\v\?,\ moins le proclament et l'atiestentM. Robert "^Villis, M. Mac-Gregor, W. Nassede Bonne {Journal de chimie médicale, année 1862, t. VIII , pag. 865), et, tout nouvellement encore,' MM. Marlin-Solon et Contour [loc. cit., pag, 61).

1019, Complication ordinaire et ultime de la tuberculisation jmlrnonaire avec le diabke. — Je l'ai déjà dit et je le répète, en règle générale, peut-être même sans exception, les diabétiques, à moins d'être enlevés par quelque complicatioi accidentelle, et, pour ainsi dire,

prématurément, avant la période de marasme et de complète asthénie, les diabétiques ne meurent que par l'intervention, tantôt prompte , tantôt heureusement tardive, de la tuberculisation pulmonaire. C'est donc là, sans aucun doute, un cas de complication par connexité éliologique (71. C), Reste seulement à savoir s'il faut voir là autre chose qu'une des manifestations particulières de cette grande loi de physiologie pathologique en vertu de laquelle un affaiblissement profond de l'organisme prédispose et aboutit à la sécrétion de la matière tuberculeuse (768. F.). Ou bien, y a-t-il quelque affinité encore plus étroite, encore plus intime, entre cette sécrétion et le vice diabétique? Mystère que cela! N'entrons pas dans les ténèbres.

1020. Bref aperçu touchant la question de savoir où se forme le sucre diabétique , et dam quelles conditions particulières de l'économie animale. — De tout ce qui précède il résulte déjà incontestablement que l'origine du sucre diabétique n'est pas dans les reins euxmêmes; que ces glandes ne font qu'éliminer le sucre qui leur est apporté par le torrent de la circulation, et qui sort par leurs couloirs, comme il sort, moins abondamment il est vrai, mais suivant le même mécanisme de filtration, par les couloirs de la salive et par ceux de la transpiration.

Est-ce donc au sein même du torrent circulatoire que le sucre se forme? Et, s'il n'y prend pas naissance, s'il ne fait qu'y passer, s'il n'y pénètre par voie d'absorption que pour être éhminé au plus tôt par voie de sécrétion, d'où arrive-t-il ? Où s'engendre-t-il , encore un coup?

Déjà Rollo avait aperçu et dit , mais sans preuves démonstratives , mais conjecturalement, et par une sorte de divination, qne le sucre diabétique se forme dans l'estomac. M. Mac-Grcgor est le premier, je crois, qui ait démontré clairement le fait par les expériences que voici : 1° En faisant vomir les diabétiques trois heures après le repas , il découvrit aisément la présence du sucre dans la masse chymeuse, par l'addition de la levure, qui ne tarda pas à déterminer les phénomènes de la fermentation alcoolique. 2° En faisant avaler à deux malades soixante grammes de levure après chaque repas , il les vit chaque fois tomber en proie à un malaise insupportable, qui leur paraissait distinctement être l'effet d'un gonflement intérieur , comme si, disaient-ils eux-mêmes, ils eussent été près d'éclater, et qui était réellement dû, sans aucun doute, au développement du gaz carbonique dans l'estomac, devenu le siège d'une fermentation alcoolique. M. Mac-Grégor parvintaussi à reconnaître d'une façon non moins certaine et non moins péremptoire que c'étaient lesalimens végétaux qui faisaient les frais de la production saccharine , et se montraient particulièrement sujets à éprouver dans l'acte de la digestion

une semblable métaniorphose ; car , ayant fait vomir un individu bien portant, qui venait de prendre un repas composé d'alimcns animaux et végétaux, il constata une certaine quantité de sucre dans le chyme rejeté par les vomissemens; puis, ayant nourri ce même individu, pendant trois jours entiers, rien que de rosbif et d'eau, il ne retrouva plus la moindre trace de sucre dans le liquide chymeux qu'il se procura par l'administration du vomitif trois heures après le repas. De là, disons-le sur-le-champ, il paraîtrait donc résulter que le diabète est dû tout simplement à l'exagération d'une des circonstances de la digestion normale, c'est-à-dire à ce que la transformation saccharine de la fécule, transformation déjà reconnue par Gmelin et Tiedemann dans leurs recherches sur la digestion , transformation ordinairement bornée à très peu de chose, prendrait alors un développement excessif.

Enfin, dans ces derniers temps, M. Bouchardat, mieux et plus complètement que qui que ce soit avant lui, a soutenu, développé, éclairé cette thèse, à savoir, que le sucre de raisin qui existe dans l'urine des diabétiques provient de ce que la fécule, dans ces sujets-là , éprouve une transformation saccharine, telle que nous pouvons la produire dans les vases inertes de nos laboratoires. Il assure avoir constaté par de nombreuses expériences que le ferment , le gluten , l'albumine , la fibrine, dans certaines conditions d'altération, peuvent exercer sur la fécule une action semblable à celle de la diastase ; et il suppose, non sans raison, non sans de spécieuses inductions, que l'albumine du suc gastrique et intestinal doit avoir, chez les diabétiques, le mode particulier d'altération qui lui communiquela propriété de la diastase. Voilà, certes, une théorie qui cadre fort bien avec de très importantes données de l'observation. Voilà qui explique fort bien comment il se fait que, chez un diabétique donné, la quantité du sucre contenu dans les urines est en raison directe de la quantité de pain ou bien d'alimens féculens ou sucrés que ce malade aura pris dans les vingt-quatre heures (1010. E. g.); comment il se fait que, sous l'influence prolongée d'un régime qui aura complètement exclu l'usage de tels alimens, les urines reviennent peu à peu à leur quantité et à leur composition normale ; comment il se fait enfin, que les diabétiques ont une soif si ardente (1010. F. ), vu que la fécule , pour se transformer en sucre, exige sept fois environ son poids d'eau, et que, par conséquent, la soif, manifestation vitale de cette exigence chimique, subsiste et sévit jusqu'à ce que la proportion d'eau nécessaire ait été avalée, de telle sorte qu'effectivement , suivant les observations de M. Bouchardat {loc. cit. , p. 217), les diabétiques pour une/zvre environ de fécule contenue dans les alimens « boivent or- » dinairement .sept livres d'eau environ , et rendent à peu près huit » livres d'urine. »

Mais, après tout, il faut bien le dire, c'est jusqu'à présent une pure hypothèse de la part de M. Bouchardat, que d'accuser la présence , dans l'estomac , d'une substance analogue à la diastase. Qui donc a vu \ qui donc a touché celte prétendue diastase d'un nouveau genre ? Et ce qui est une hypothèse encore plus aventureuse, c'est la manière dont U. Bouchardat croit pouvoir expliquer l'origine môme de ladite diastase. Gomme base de cet échafaudage d'explications, il pose à litre de phénomène primordial l'inlerrupiion de la sécrétion acide de la peau : phénomène lié au diabète, fort assurément, mais dont la priorité pathogénique n'est rien moins que démontrée, et qui, peut-être, au contraire, n'est qu'un accident consécutif. De celte première hypothèse, M. Bouchardat s'élève à une seconde hypothèse que voici : c'est que , par l'effet de je ne sais quelle loi de compensation et de solidarité chimique entre la sécrétion de la peau et celle des follicules mucipares du tube gastro-intestinal, celle dernière sécrétion , d'alcaline qu'elle est dans l'état normal, deviendrait acide, comme si les pôles de l'électricilé du corps humain se trouvaient alors intervertis. Et c'est précisément, ajoute M. Bouchardat, c'est précisément sous le contact d'un acide organique que l'albumine s'altère de façon à contracter la propriété de saccharifier la fécule.

Admettons même que toutes ces hypoihèses-là soient vraies , qu'elles acquièrent un jour force de loi. Resterait encore une lacune dans la théorie. Resterait à savoir et à expliquer en vertu de quoi s'interrompt et cesse l'acidité de la sécrétion cutanée.

Avouons le donc franchement, en dernière analyse, la paihogénie du diabète , malgré les efforts de la chimie contemporaine , reste toujours enveloppée d'une certaine obscurité. Impossible, surtout, de bien reconnaître le premier anneau de la chaîne des phénomènes organiques qui aboutissent à ce (lux plus ou moins abondant d'urines sucrées.

1021. Qu'y a-t-il à dire touchant les causes prédisposantes du diabète ? — Après avoir avoué que nous ne savons rien concernant la cause première, essentielle, déterminante du diabète , avouons encore que nous ne savons pas grand'chose sur le chapitre des causes prédisposantes de cette maladie.

Le diabète a été observé dans tous les chmats , chez l'un et l'autre sexe, chez des personnes de tempéramens divers. Rien de moins positif, rien de moins pertinent que les assertions de certains auteurs relativement à une prétendue supériorité d'influence de la part de tel chraat, de tel sexe, de tel tempérament.

Le diabète est de tous les âges. M. Bouchardat l'a rencontré chez un enfant de six ans; M. Mac-Gregor,chez un enfant de trois ans. Toutefois, il est clair comme le jour, il est clair dès le premier coup d'œiljelé sur

le domaine entier de l'observation médicale, et malgré l'absence d'une statistique précise , que le diabète est une maladie inliniment plus rare dans l'enfance que dans les autres âges.

Ce qui encore est parfaitement certain , ce qui est unanimement re-connu par les observateurs , c'est qu'une alimentation insuffisante et exclusivement végétale a une influence des plus puissantes pour la production du diabète. Et il est hors de doute aujourd'hui, ce me semble, que cette influence de la diète végétale réside particulièrement dans les alimens sucrés et féculens. Voilà, certes, ce que l'étiologic du diabète a de plus positif.

Quoi qu'on en ait dit, il ne me paraît pas du tout démontré que l'abus des boissons alcooliques soit une circonstance d'une efficacité bien réelle et bien grande pour le développement du diabète.

1022. Diagnostic. ■ — ■ Tâche très peu difficile, en vérité. Que faut-il, en effet, pour ne pas méconnaître le diabète , lorsque la quantité journalière des urines n'a rien encore d'exorbitant , mais que la soif, le redoublement d'appétit et une certaine langueur ont déjà lieu d'exciter le soupçon ? Que faut-il pour ne jamais prendre le change en présence d'une simple polyurie, d'une polyurie non sucrée? Soumettez les urines suspectes à l'inspection polarimétrique, ou bien ajoutez-y un peu de levure pour exciter la fermentation alcoolique , et tout sera dit.

1023. Pronostic. — Le diabète est une maladie grave, nous sommes loin de le nier; mais pourtant nous ne serons pas de ceux qui désespèrent d'obtenir jamais une guérison radicale. Je crois avoir prouvé plus haut (1013.B.) que le succès est possible chez une personne docile et qui se déterminera à suivre avec courage et pendant longtemps un traitement et un régime, approprié. En tout cas , du moins , force est bien de reconnaître que l'on peut beaucoup pour enrayer le progrès du mal , pour procurer de longs et heureux répits , pour reculer, en un mot, le funeste dénouement.

1024. Thérapeutique. — A. Médication corroborante (UO-S). Déjà les médecins de l'antiquité , déjà Sydenham , déjà Rollo et beaucoup d'autres avaient bien su reconnaître, et s'étaient plu à proclamer les bons efl"ets de cette médication chez les diabétiques. Mais, sans négliger l'emploi du fer et du quinquina, louons et recommandons avant tout la

I diète animale, comme Rollo, Dupuytren et M. Thénard, Nicolas et Gueudeville, etc., etc., etc., se sont accordés à la préconiser, non pas d'après les inductions de la théorie, mais d'après les renseignemens de i l'expérience. Un régime voué entièrement ou presque entièrement i à des alimens de nature animale ( viande de boucherie , œufs , pois- : sons, etc.), voilà jusqu'à présent la meilleure ancre de salul. Il n'est plus i permis de douter qu'un semblable régime soit cssenlielleuicnt néces-

saire, non pas tant par lui-même , non pas tant par la nature analeptique des substances qui le constituent;, que parce qu'il exclut ou du moins qu'il diminue et réduit à peu de chose la quantité des alimens féculens et sucrés. Les alimens de celte dernière sorte sont surtout ceux qu'il faut proscrire. C'est pourquoi M. Bouchardat a imaginé de remplacer le pain ordinaire par un pain de gluten, où il entre toutefois encore un sixième de farine ; le gluten ne saurait être panifié à moins de cette addition. C'est avec le pain de gluten, entre autres moyens, que j'ai guéri la vieille femme dont l'observation est rapportée ci-dessus (1004). Mais force est bien d'avouer que ce pain-là n'est rien moins qu'agréable à l'estomac des malades , et qu'il soulève à la longue un invincible dégoût. Je crois donc , et j'ai par-devers moi des faits qui m'autorisent à le dire, je crois que l'on peut sans grand inconvénient , et par une tolérance qui rendra plus facile et plus longue la docilité du malade, permettre une faible ration de pain ordinaire , par exemple , 60 à 100 grammes chaque jour; mais point de pommes de terre, point de riz, de haricots, de pois, de lentilles, de confitures, etc. Seulement, pour varier la monotonie de la diète animale , nous accorderons quelques végétaux herbacés, comme l'oseille , la laitue, la chicorée, les épinards, etc. Point de vins liquoreux, comme ceux de Lunel, de Malaga, de Chypre, de Tokay, etc. ; mais il faut des vins secs {vinum austenim, ainsi Celse le voulait-il déjà).

B. Opium. A doses d'abord faibles et modérées , puis successivement croissantes. Voilà un remède qui, après la diète animale, a l'utilité la plus incontestable dans le traitement du diabète. Fort préconisé autrefois par Nicolas et Gueudeville, il me paraît complètement mériter tous les éloges qui en ont été faits. Dût-il ne servir qu'à combattre l'insomnie, ce serait déjà beaucoup. Mais, de plus, en poussant aux sueurs, en diminuant l'appétit , il ne peut moins faire que de contre-carrer directement quelques uns des phénomènes les plus essentiels du diabète. Peut-être même a-t-il, jusqu'à un certain point, la vertu de neutraliser les conditions particulières par l'effet desquelles la production du sucre a lieu dans les voies digestives. Ce qui est certain, c'est qu'en général, sous l'influence de ce médicament, tous les accidens se calment.

C. Bains de vapeurs. Frictions sèches ou aromatiques. Flanelle sur la peau. Tout cela pour rétablir , disons mieux , pour rendre plus active que jamais l'énergie de la transpiration cutanée, à titre de révulsion qui ne peut manquer d'avoir un certain degré d'utilité.

D. Créosote. Comme cette substance neutralise l'influence de la diastase sur la fécule, comme elle empêche la transformation saccharine de s'effectuer, on a quelque droit de penser que peut-être exerceraitelle la môme puissance dans l'estomac des diabétiques. On peut la

Fi.ux. 609 donner en pilules, à la dose d'une demi-goutie par pilule, en mélange avec le sucre et la gomme pour excipiens et pour correctifs. Huir, dix, douze, et même seize pilules par jour. Il faut le dire, ce médicament n'a pas encore été suffisamment expérimenté. Attendons, pour avoir làdessus le dernier mot de l'expérience clinique.

E. Carbonate d'ammoniaque. Vivement recommandé par M. Bouchardat, comme un médicament tout à la fois propre à exciter la transpiration , et à combattre la prétendue acidité des sécrétions gastrointestinales (1020). On l'administre , à la dose d'un ou deux grammes par jour, dans une potion. C'est encore là un sujet de recherches.

F. Sel de cuisine, et, comme on dit plus savamment , chlorure de sodium. Essayé, non sans un certain succès , par MM. Martin-Solon et Contour (thèse citée , p. 95-8). A la dose de 30 grammes par jour, en trois fois, soit en poudre, soit en dissolution dans un peu d'eau, chaque fois un quart d'heure avant le repas. Serait-ce là un moyen réellement efficace pour atteindre et corriger les conditions primordiales , quelles qu'elles soient, chimiques ou nerveuses , de cette aberration digestive qui , de certains alimens, sinon de tous, extrait et produit le sucre diabétique? Je ne sais. Mais pourquoi pas? Ici, en vérité, comme pour la syphiUs , comme pour la fièvre intermittente, etc. , les hasards des tâtonnemens thérapeutiques pourraient fort bien aboutir à mettre notre art en possession de quelque remède véritablement nosocralique (132. B), à la découverte duquel la théorie seule ne peut encore nous conduire.

ARTICI.I: IX.

POLYURIE NON SUCRÉE.

( Auleurs contemporains. — De ndi, beaucoup, et oSpov , urine. —Voyez

1025. Bibliographie. — Boissat. Observation d'un diabète non sucré : avec un Rapport de M. de Lens à la Société de médecine. (Dans le Journal général de weU, juillet 1822. p. 164-72.) ~ Le sujet de cette observation était un crieur de cartons, âgé de cinquante et un ans, qui, dès l'âge de cinq ans, disait-il, avait été attemt d'une soif excessive avec polyurie. A seize ans, ce mal s'était accru à tel point , que , dès lors , il ne fallut pas moins d'une voie d'eau dans les vingt-quatre heures pour satisfaire sa soif. A l'époque où l'observation fut recueillie , cet homme buvait chaque jour environ 33 livresd'eau, et rendait3a livres d'urines aqueuses et dans lesquelles M. Thénard ne découvrit aucune trace de sucre.'

JOLLY. — {D-àm\Q Dictionnaire de médecine et de chirurqie pratia ' — t. XW, p. UUi -II.) — \n. Pnlydipsie. '

Robert Willis, — {Urinary diseases and their treatment .) Paril, chap. I, Mo7^bid states in which the secreting faculty ofthe kidney is exalted , and the menstruum and readily soluble principles of healthy urine occur in altered absolute or relative quantity.

Lacombe (Urbain). De la polydipsie. Thèse inaugurale. Paris , I8Z1I (t. VII). — Excellente monographie, où l'érudition et l'observation"s'allient pour éclairer l'histoire du mal en question.

Fallût (médecin à JNamur). Cas remarquable de polydipsie. (Dans leJourn. de méd. de MM. Fouquier , Trousseau, Beau, etc., janvier 1845. D'après le Journ. de méd. de Bruxelles.) ~ Le sujet de cette observation, âgé de vingt-neuf ans, était atteint de polydipsie et de polyurie depuis sa plus tendre enfance ; il buvait par jour environ vingt-quatre litres de liquide, et rendait, terme moyen, vingt-cinq litres d'urines aqueuses et non sucrées; à part cela, sa santé était très bonne.

1026. Dé finition et remarques préliminaires. — A. Ai-je besoin de le dire ? Faut-il définir formellement une dénomination qui se définit, en quelque sorte, d'elle-même? Sous le titre de polyurie non sucrée, nous comprendrons, par opposition au diabète, les cas, d'ailleurs assez rares, oîi les urines, sans contenir du sucre, se produisent en quantité excessive et décidément pathologique.

B. Inutile de remarquer que ce genre nosographique ne doit pas être confondu avec le diabète insipide des anciens auteurs; qu'il ne le représente qu'en partie, et non pas en totalité. Que do fois, en effet, la saveur du sucre de raisin n'est-elle pas masquée et complètement annulée au sein des urines diabétiques !

C. Quelques uns me critiqueront, je le prévois fort bien, de dénommer et de classer le mal sous le point de vue de la supersécrétion urinaire. Ils me critiqueront de considérer et de poser ainsi cette supersécrétion comme le phénomène principal , là où ils se croient fondés à voir, avec M. de Lens ( loc. cit. ), M. Lacombe ( thèse citée ), etc. , une polydipsie essentielle, protopathique, dont la polyurie ne serait que la conséquence. Mais, en thèse générale, il est tout aussi bien permis de soutenir que le principe du mal gît dans l'exagération même de l'activité sécréloire des reins , et que la polydipsie est un phénomène consécutif , un résultat symptomatique , comme dans tant et tant d'autres flux [Polydipsia fluxuum : espèce nosographique formellement signalée par Sauvages après la polydipsie fébrile et la polydipsie hydropique. JSosol. meth., class. VIII, Vesaniœ, gcn. ix). Ce que nous pouvons tout au plus accorder, et ce que nous accordons volontiers, toujours en thèse générale , c'est qu'il y a deux espèces de cas : 1" ceux

OÙ la polydipsie est la cause de la supersécrétion urinaire; 2» ceux, au contraire , où la supersécrétion urinaire est la cause de la polydipsie. Mais à quoi bon, d'ailleurs, insister sur cette subtilité théorique , sur une distinction à peu près impossible dans la pratique? Effectivemeut, en présence de chaque cas particulier, j'ai bien peur que les observateurs, sans renseigneinens précis et parfaitement certains sur les commeucemens de l'affection qui se présente à eux confirmée depuis plus ou moins longtemps , ne se divisent toujours sur la question des rapports d'antériorité et dè subordination entre la supersécrétion urinaire et la soif, conmie se divisèrent M. de Lens et M. Boissat à l'égard du cas mentionné plus haut (1025), celui-ci accusant une exaltation idiopathique de la sécrétion rénale, celui-là une polydipsie essentielle.

D. Tout bien considéré , et dans l'incertitude réelle qui laisse toute liberté à une décision arbitraire, je préfère prendre pour base de classement nosographique un vice matériel comme l'abondance des urines, plutôt qu'un vice purement fonctionnel comme l'exagération de la soif; sans compter, d'ailleurs, que la polyurie peut fort bien , mais seulement, il est vrai, dans un degré modéré , exister sans polydipsie, point de symptomatologie sur lequel nous reviendrons ci-après.

E. Encore bien que la polyurie non sucrée soit une affection rare, beaucoup plus rare que le diabète proprement dit, je ne crois pas avoir besoin d'insister longuement siir sa réalité. Les faits que M. Lacombe a rassemblés dans sa thèse , sqit d'après sa propre observation, soit d'après celle de divers médecins, ne permettent pas le moindre doute sur le sujet en question. L'absence du sucre dans les urines de certains polyuriques est, assurément, un point définitivement acquis à la science, quand nous la voyons attestée par M. Thénard , par t\I. Biot par iM. Bouchardat , par M. Quevenne, etc. , etc.

1027. Synonymie. - A. Faux diabète , de beaucoup d'auteurs.

B. Diabète aqueux , de M. Rayer.

C. Hydrurie , de M. Robert Willis. Et , si l'urine manque tout-àfait, ou du moins n'existe que dans des proportions infiniment petites Anazoturie, toujours suivant le langage du pathologiste anglais. Supposons, au contraire, qu'avec la polyurie non sucrée , la quantité quotidienne de l'uree dépasse notablement ce qu'elle est dans l'étal normal ce sera l'Azoturie du môme auteur. '

D. Polydipsi de M. Lacombe, dans l'hypothèse que cette émission d une énorme quantité d'urines non sucrées ne serait rien autre chose que le n-suitnt naturellement consécutif à l'ingestion d'une masse nro-

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l028..Sy«^.W^/,,//,. d'une description exacte

612 PATHOLOGIE MlimCALK.

et méthodique delà polyurie non sucrée, il est à propos de distinguer deux espèces principales, savoir : 1° la polyurie passagère, accidentelle, éphémère ; 2" la polyurie chronique et devenue , pour ainsi dire , inhérente à la constitution du sujet. Ces deux espèces n'ont assurément pas le même degré d'importance , il s'en faut de beaucoup. Inutile de dire que c'est la dernière espèce, surtout, qui mérite que nous y insistions davantage et que nous y accordions le plus d'attention.

k. Polyur ie passagère :\\\(!L\(\néQ par Sauvages sous le \\ir&àQ Diabètes hystericus (Class. IX, Fluxus, gen. xxv , sp. 3); érigée en un genre à part dans le tableau nosographique de Vogel (66), sous le nom et avec la définition que voici , — gen. CIV, Didresis , — Immodica urinœ prorsus aqueœ excretio, in morbo spastico, periodica. Rien de plus ordinaire, par exemple, que de voir, chez les femmes hystériques, un flux d'urine claire et blanche comme de l'eau de roche se produire de temps à autre, notamment à la suite des accès spasmodiques les plus violens. Sydenham n'a pas manqué , dans sa célèbre dissertation sur l'hystérie (Diss. epistolaris ad Guilielmum Cole) , de signaler ce flux urinaire comme un des traits les plus constaus et les plus caractéristiques de la maladie. Chez certaines femmes d'un tempérament nerveux, encore l)ien qu'elles soient exemptes d'hystérie proprement dite, on voit aussi, sous la simple influence de la colère ou d'une vive contrariété , apparaître soudainement une polyurie passagère. Il est vrai de dire que jamais ou presque jamais , dans de semblables occurrences , la quantité des urines ne s'élève aux énormes proportions de la polyurie chronique. Quoi qu'il en soit , il y a évidemment là une supersécrétion urinaire , qui ne lient pas du tout , remarquons-le bien , à la nécessité naturelle d'éliminer le superflu des boissons prises en trop grande abondance sous l'empire d'une soif morbide; qui, au contraire, se développe indépendamment d'une pareille soif et à titre de résultat direct d'un ébranlement mystérieux de l'innervation, comme les larmes de la douleur, comme le flux biheux de l'épouvante, etc. ; qui, en un mot, loin d'être devancée par le besoin de boire beaucoup, est précisément la cause qui fait naître ce besoin , en conséquence de l'excès de déperdition liquide (jue l'économie vient à éprouver en très peu de temps. La polyurie passagère s'est aussi montrée quelquefois aux observateurs comme une crise salutaire qui mettait fin à une hydropisie, et par où une métastase bienfaisante éliminait un amas de sérosité. Un cas fort curieux, un cas mixte en quelque sorte, et mi-parti de supersécrétion hystérique et d'évacuation métastatique, c'est celui dont Sauvages nous fait le récit sous la rubrique du Diabètes hysiericus : o Cette espèce , » dit notre auteur, « je l'ai observée chez la marquise de Saint- Victor, hystérique, 0 qui urinait pendant quelques jours une sérosité insipide , aqueuse,

» très abondante , et, dès la cessation de ce flux, tombait dans l'anasar- » que; puis, au retour d'un semblable diabète, chaque fois disparais- 1) sait l'infiltration œdémateuse. »

B. Pohjurie chronique : avec ou sans polydipsie.

a. La polyurie chronique sans polydipsie ne peut être qu'un flux médiocre et de très peu d'importance. Inutile de développer, à cet égard, les considérations physiologiques qui se présenteront assurément d'elles-mêmes à l'esprit de tous nos lecteurs. C'est , sans aucun doute, à cette variété de polyurie non sucrée, et non pas au diabète proprement dit, qu'il faut rapporter le cas du fameux Cardan , qui , dans son livre iJe vita propria, cette autobiographie à tous égards si intéressante, nous raconte ceci : « En 1536 (') , « dit-il , « je fus pris

» d'un flux d'urine, et ce n'était pas peu de chose, puisque j'en suis a incommodé depuis près de quarante ans, et qu'il va de soixante à » cent onces par jour : je vis néanmoins sans dépérir (témoin met; » bagues, que je n'ai pas changées), et sans souffrir de la soif(' ). » Déjà Pierre Petit, commentant Arétée vers le milieu du xvii" sicclo, et ignorant encore les découvertes de Willis sur la qualité sucrée des urines diabétiques , faisait toutefois observer que le cas de Cardan, sans soif, sans marasme , ne rentrait pas dans la description tracée par le médecin de Cappadoce; que ce n'était donc pas le vrai diabète, mais un autre genre d'affection.

6. La polyurie chronique amc polydipsie est , sans contredit , la variété la plus remarquable et la plus fâcheuse. C'est en pareil cas que la quantité journalière des urines peut s'élever à dix, h quinze, à vingt litres , et même davantage ( vingt- cinq litres , par exemple , chez le soldat observé par M. Fallot). Pour ce qui concerne la soif excessive en corrélation , comme elTet ou comme cause , avec cette énormité quotidienne de déperditions urinaires, laissons parler le docteur Lacombe , qui a si bien vu la chose de ses propres yeux : « La soif est violente , im- » périeuse.il faut lui obéir; et le malheureux patient qui ne peut la » satisfaire , s'arrête si on lui résiste, ou bien il trouve dans ses urines » le moyen de soulager momentanément la soif qui le dévore. Pendant » la nuit , le sommeil lui-même n'est point un obstacle 'à ce désir sans » cesse renaissant des liquides ; ce besoin prend même alors une nou- » velle intensité, et le malade, auquel l'expérience a appris qu'à chaque » heure de la nuit il aura un besoin à satisfaire, a soin d'apporter

A l'âge de trente-cinq ans , car il était né en 1501.

(*) Anno MDXXXVr correptus fluxu iirinne, et magno eliam,

quum annis pene 40 laborcm eodem, à GO unciis ad centum in singulos dics, vivo nec contabesco (indicio annuli iidem) nec sitlo.

614 PATHOLOGIE MÉDlCiVLli.

» lui-même, le soir, près de son lit, les provisions nécessaires jusqu'au » lendemain. Dans la nuit, il se réveille souvent, quelquefois toutes les » deux heures , pour obéir aux besoins impérieux de boire etd'uri- » ner. » — « Dans la polydipsie, la soif varie peu suivant les saisons ; 0 elle est tout aussi intense pendant les froids rigoureux de l'hiver , et » les chaleurs de l'été ne sen>blent point l'augmenter. » — « La quan- » tité de boissons nécessaire au sujet atteint de polydipsie est vrai- » ment extraordinaire ; un enfant de cinq ans boit douze bouteilles » d'eau en vingt-quatre heures. La femme Bonsergent en exige trois » seaux. On faisait placer deux seaux près d'un des malades observés à » la Charité , dans le service de M. Rayer : l'un était rempli de tisane, » que le malade buvait; l'autre était destiné à recueillir ses urines. Le » sujet cité par M. le docteur Boissat avait be.soin d'une voie d'eau » pour étancher sa soif, dans le même espace de temps. La quantité de » liquide ingéré à la fois est variable. Le malade observé à l'hôlel-Dieu » avalait près de deux litres d'un seul trait ; celui cité par Maxwell en » avalait deux pintes. Dans le cas rapporté par Desgranges , le malade » en buvait une bouteille. Du reste , le besoin de boire est tel dans la » polydipsie , qu'on voit souvent les malades, ou se suspendre au robi- » net d'une fontaine, on rechercher de préférence les grands vases, qui )) peuvent plus abondamment satisfaire leur soif dévorante. » — « Dans X le plus grand nombre des cas, une boisson acide , aigrelette , une ti- » sane vineuse, diminue l'intensité de la soif, qui n'éprouve de modi- » ficaiion bien marquée que lors du développement d'une maladie in- » tercurrente ; alors une perturbation dans l'économie amène un phé- » nomène tout-à-fait nouveau et insoliie dans toute autre circonstance, » h diminution de la m f pendant un état fébrile (Lacombe , thèse » citée, p. 14-15). » Inutile dédire que la miction est fréquente, encore bien même que le sujet polyuriqne soit d'ordinaire muni d'une vessie fort ample , et rende souvent pins d'un litre d'urine à la fois. Plus le flux urinaire est abondant, plus les urines sont claires, semblables à de l'eau; leur pesanteur spécifique est au - dessous de la moyenne normale (elle varie, par exemple , de 1001 à 1000, suivant les observations de M. Rayer, Tr. dos malndies des reins , i. 1", p. 75) ; si vous cherchez l'urée au sein de ces urines aqueuses, vous ne l'y retrouvez qu'en très faible proportion, et parfois même vous n'en découvrez aucune trace. Quoi qu'il en soit . les individus qui se trouvent ainsi atteints de polyurie non sucrée n'en conservent pas moins d'ordinaire un assez bon étal de santé générale, tout en ne possédant, il est vrai, que fort peu d'embonpoint, fis ne se montrent guère sujets à éprouver cette faim dévorante qui est un des traits les plus coustans du diabète. Ils peuvent vivre fort longtemps avec cette incommodité, qui mérite à peine le nom

FLUX. 615 de véritable maladie. Mais il n'y a jusqu'à présent, dans les archives de l'art, aucun cas bien authentique de guérison solide et durable de cette singulière affection. Pasundecesiudividus, en effet, n'a été suivi pendant plusieurs années par les observateurs. Si l'on a vu quelquefois le flux urinaire et la polydipsie s'amender sous l'influence de certains médicamens, on ne sait réellement pas si une telle amélioration se fût maintenue, et surtout si elle eût abouti à une complète réintégration des conditions normales delà sécrétion rénale et de la soif; car les polyuriques, entrés à l'hôpital pour une maladie intercurrente et accidentelle, impatiens d'en sortir après l'heureuse terminaison de cette maladie , ont toujours été perdus de vue après leur sortie. Ce qui résulte certainement de leurs déclarations , et tout concourt à en faire admettre la véracité , c'est que, chez la plupart d'entre eux, la polyurie avait commencé à exister dès la plus tendre enfance. La polyurie non sucrée peut-elle quelquefois, à elle seule , par son intensité et sa chronicité , produire un tel marasme , un tel épuisement , qu'elle finira par conduire l'homme au tombeau ? Cela me paraît très probable ; mais , je dois l'avouer , il n'y a non plus aucune observation authentique qui démontre cela.

1029. Étiologie. — Tout-à-l'heure (1028. A), j'indiquais, car j'y étais amené tout naturellement, j'indiquais, en ce qui touche à la polyurie passagère, les conditions pathogéniques dans lesquelles ou la voit particulièrement survenir : je n'ai rien de plus à dire là-dessus.

Quant à ce qui concerne l'étiologie de la polyurie non sucrée à l'état chronique , bien grande et bien profonde est notre ignorance. Les fastes de l'observation nous montrent que ce flux incommode peut prendre naissance à tout âge de la vie; mais pourtant, je le répète , c'est d'ordinaire dans l'enfance qu'il débute, pour se perpétuer toujours, ou presque toujours, à ce qu'il paraît, pendant toute la carrière de l'individu. Et, si nous avançons cette proposition , ce n'est pas seulement d'après les dires et les souvenirs des polyuriques adultes que les observateurs ont rencontrés et qu'ils ont interrogés sur le point en question , mais c'est aussi parce que des hommes graves et éclairés ont eu occasion de constater directement chez des enfans l'existence de l'affection dont il s'agit. Ainsi, par exemple, M. Biot, dans un article cité plus haut (1006). Gazette médicale, année 1841, p. 19, nous dit que, dans les urines d'un enfant polyurique soumis à l'observation de M. Rayer , l'absence complète du sucre était indubitablement prouvée par les résultats de l'examen polarimétrique. Chez le sujet de la IV observation du docteur I,acombe, un nommé Constant, atteint de polyurie avec polydipsie dès sa plus tendre enfance , on est véritablement en droit de regarder le mal comme une affection héréditaire, comme un des mystérieux effets

PATHOLOGlli MÉDICALE.

(le l'idiosyncrasic originelle (80, D.). « La mère de Constaiii était at- » teinte de polydipsie ; elle a donné le jonr àtrois fils qui ont éprouvé » la même affeciion. Un frère de la mère de Constant éprouvait éga- » lement une soif insatiable ; il est mort dans un âge avancé, laissant ■) quatre enfans , dont deux étaient sujets à la même maladie. » (Lacombe, thèse citée, p. 18.) C'est là un exemple bien remarquable, assurément ; mais il est le seul de ce genre dans toutes les annales de l'art. Chez certaines personnes , si l'on en croit leur dire , l'origine de la polyurie chronique devrait être attribuée à l'influence d'un profond chagrin , d'une violente frayeur ou de quelque autre ébranlement du moral; ce qui tend à prouver qu'en pareil cas, du moins (soit dit par parenthèse), la supersécrétion urinaire serait le premier des phénomènes morbides , et qu'elle précéderait le développement de la soif, ni plus ni moins que nous le voyons, maintes et maintes fois, dans les polyuries passagères qui naissent sous le coup de semblables émotions.

1030. Diagnostic. — Au premier aspect, la polyurie non sucrée pourrait être confondue avec le diabète ; mais toute méprise devient impossible, dès que l'on soumet les urines à l'action de la levùre , ou qu'on les examine au polarimèlre. Point de fermentation alcoolique. Point de déviation du rayon lumineux polarisé. Ces résultats négatifs lèvent donc aussitôt tous les doutes.

1031. Thérapeutique. — Nulle ou à peu près nulle, comme dejusle, à l'égard de la polyurie passagère , qui se dissipe d'elle-même sans être combattue, et qui, lorsqu'elle survient comme crise d'une hydropisie, a pliiiôl besoin d'être favorisée que contrariée.

Incertaine , et vraiment prise au dépourvu , en ce qui concerne la polyurie chronique , tant ont été rares les occasions d'observer et de traiter cette affection-là pendant un temps suffisant (1028. B. Ç. ) ! Toutefois, bien des auteurs s'accordent à recommander l'opium, les bains chauds, les bains de vapeur, les frictions cutanées, pour exciter la transpiration à litre de sécrétion révulsive ; les purgatifs, pour remplir une indication analogue à celle qui précède; les boissons acidulés, mais avec la plus grande parcimonie possible, pour apaiser la soif sans prétendre l'étancher, et pour rompre ainsi la vicieuse habitude de l'organisme; les ferrugineux, le quinquina, etc. , pour corroborer la constitution. M. Rayer, par l'emploi prolongé de la valériane , produisit un amendement notable du mal chez un jeune garçon de quatorze ans (le sujet de la IIP observation de la thèse de M. Lacombe); chez un autre sujet, il obtint un semblable résultat par l'alimentation analeptique et par l'administralion d'une boisson alcaline , à ce que nous assure le confrère qui a commenté dans le Journal de médecine l'observation du docteur l'allol (1U2d). « M. le docteur Natalis Guillot est parvenu à diminuer

FLUX. 6i7 » la soif chez un jeune malade de l'Hôlel-Oieu, en employant la décoc- » tioii de quinquina, les préparations ferrugineuses, le vin de Bas guols et le tannin. M. Michon , cliirurgien de l'hôpital Cochin , est )) arrivé à un résultat analogue , en administrant à une dame atteinte de » polydipsie , de la valériane et des préparations ferrugineuses , après » avoir mis eu usage de la glace prise à l'intérieur, et placée sous forme » topique à l'épigastre. » (Lacombe, thèse citée, p. 28.) En pareille circonstance, effectivement, l'art , faute d'indications positives et sûres, peut fort bien se permettre tous les essais , tous les tâtonnemens prudens et raisonnables.

ARTICLi: X.

CHYLDRIE.

(Modem. : ~ de Xuio'ç, chyle, et Oupov, urine. — Voirn" 46. F. Ç.— Comme qui dirait Pissemeiu de chyle. Yolr ci-après 1034.)

1032. Bibliographie. — Morgagni. — {De sed. et caus. morb.) Epist. XLII , art. hh. — « Incidimus aliquando in urinas quœ » chylum admistim habere viderentur, etc. »

Frank (Jean- Pierre) — [De curandis hominum morbis epitome. — Class. V, ord. I , gen. ii , Diabètes) — admet le diabète laiteux ou chyleux des auteurs sur la foi des vieux exemples qu'il serait difficile, dit-il, d'attribuer à une suppuration interne; et, déplus, apporte de sa propre pratique un nouvel exemple , qu'il observa à l'hôpital de Pavie chez un septuagénaire, mais qui ne me paraît pas , il faut l'avouer, très décisif et très bien caractérisé.

Chapotin. — Thèse déjà citée (236), p. 57 et suiv. (Cas très bien constaté et très bien décrit d'un jeune créole de l'Ile de France , qui , après avoir été sujet à l'hématurie dans toute son enfance , présenta vers la puberté ce que nous appelons la chylurie. Guérison obtenue. par la médication corroborante, et surtout, à ce qu'il semble du moins , par l'administration intérieure de la tein ture de cantharides, d'abord à la dose de trois gouttes le matin et autant le soir dans une tasse d'eau de riz, puis, progressivement, pendant dix jours, jusqu'à la dose quotidienne de vingt gouttes.)

Alibert. — {Nosol. natur.) Fam. IV, Uroses , genre Polyurie, e.sp. Z,P.ca.séeuse. — Là, l'auteur a consigné le cas de deux dames d'une constitution hystérique , chez lesquelles les urines d'apparence laiteuse, sans être toutefois plus abondantes qu'il ne faut, offraient un coagulum particulier que Vauquelin avait pris pour du caséuin : méprise alors fort excusable, puisque aujourd'hui en-

core, après tout, la chimie ne peut parfaitement distinguer le caséum, l'albumine et la fibrine. Ce sont là trois corps isomères; peut-être même sont-ils d'une essence identique, et ne diffèrent-ils que par des nuances accessoires.

Prout. — Ouvrage déjà cité (lOOZi) , sect. I, chap. l (Description de deux cas qui se présentèrent, l'un dans la pratique du docteur EUiotson, l'autre dans la pratique du docteur Scudamore.)

Robert Wilus. — Ouvrage déjà cité (1004) Part I, chap. v

{Morbid slates in which certain matiers being constituents ofthe blood are contained in the urine), sect. 2, Ofthe discharge of urine having the oily and albumino-fibrinous éléments of the blood mingled with it , — Oleo - albuminous urine { Chylous urine , Prout).

Caffe. Note sur un cas d'urine en apparence laiteuse (urine chyleuse). -— (Dans la Presse médicale, avril 1837.) — Observation dont le sujet est un jeune Brésilien, qui, depuis environ quatre ans , rendait dos urines tour à tour sanguinolentes et laiteuses sans une détérioration sensible de la santé générale. On la trouve reproduite dans le Traité de M. Rayer, histoire des Hémorragies rénales (Obs. XVIII).

Rayer. Remœ critique des principales observatiom faites en Europe sur les urines chyleuses, albumino-graisseuses , diabétiques laiteuses , laiteuses , huileuses et graisseuses. [ Dans L'Expérience , n" du 3 0 mai 1838.)

— Dans le Traité des maladies des reins , § 786-92 (t. III, p. 387- Zi28).

Bouchardat. — (Dans V Annuaire de thérap., etc., pour 1844.) Pag. "247-58, Examen d'une urine dite laiteuse, suivi de réflexions sur ces sortes d'urines.

1033, Définition descriptive (29. B.). — Sous le nom de chylurie, nous posons et envisageons ici , à titre de genre nosographique bien et dûment agrégé à la famille des flux , le cas assez rare, mais assurément fort remarquable , dans lequel un individu rend cette sorte particulière d'urines que l'on nomme urines chyleuses (240. C. y.), c'est-à-dire des urines qui non seulement ont les apparences physiques , l'aspect laiteux du chyle, mais qui, de plus, à l'examen chimique et microscopinni", se montrent albumino-graisseuses, avec ou sans mélange de {.^lobules pareils aux globules sanguins, (i'est particulièrement lors de la présence d'une certaine quantité des susdits globules que la dénomination à' urines chyleuses est parfaitement applicable : caractères physi-

ques, réactions chimiques, apparences microscopiques, tout alors se présente exactement comme si l'on avait devant soi une urine où l'on eût réellement mêlé du chyle en nalui e.

Tantôt les urines chyleuses ont , à l'instant même de leur émission , la teinte opaline ou laiteuse qui leiir est propre; tantôt, et même assez ordinairement , elles se montrent d'abord limpides et naturelles , ou tout au plus rosées et légèrement sanguinolentes, et ce n'est qu'après avoir été abandonnées à elles-mêmes pendant quelques heures qu'elles viennent à prendre cette teinte, et, qu'avec cela, en outre, elles présentent un crémor(;i6. F. C), très visible et très épais, formé par la matière grasse, et un sédiment, ou, pour mieux dire , une sorte de caillot blanchâtre ou sanguinolent, qui a très souvent une apparence gélatineuse, et qu'on a pu comparer alors à la gelée d'orange ou à la gelée de groseilles rouges. Ai-je besoin de dire que les urines chyleuses, en leur qualité d'urines albumineuses, donnent un coagulum par la chaleur et par l'acide azotique? Suivant M. Prout, au surplus, l'albumine y serait dans un état tout particulier. Et, pour ma part, je suis fort porté à croire que l'auteur anglais a grandement raison. Je suis fort porté b croire, en effet , que l'albumine est là dans un état bien près de l'état de fibrine ; qu'en un mot, elle est là telle que la contient et la comporte la constitution des globules sanguins. C'est à la matière grasse que les urines chyleuses doivent leur aspect laiteux; emparez-vous, au moyen de l'éther, de toute cette matière grasse ; elles resteront limpides et transparentes. Quant à la présence, dans ces urines-là, de globules analogues ou semblables aux globules sanguins, on la constate très facilement par l'inspection micro scopique : et bien entendu aussi qu'on voit ces globules se dissoudre et disparaître dans un peu d'acide acétique.

Comme, en cas.de chylurie, la quantité des urines n'est pas toujours, tant s'en faut , surabondante et excessive, on peut, au premier abord, trouver étrange que j'aie rangé cette affection-là parmi les flux. Assurément, ici, la sécrétion urinaire est plutôt pervertie qu'exagérée ; l'altération des urines est ce qu'il y a de plus frappant. Toutefois , réfléchissons un peu , et rappelons-nous bien en quoi consiste celte altération. Or, dans le cas en question, l'urine , indépendamment des principes qui la composent ordinairement, contient de l'albumine et des globules , ce qui est tout-à-fait en dehors de sa constitution normale , et une proportion considérable d'une matière grasse, qui n'y existe normalement, si même elle y existe, qu'en proportions vraiment minimes. Il y a donc là une supersécrétion dans toute la force du terme. Donc, en toute rigueur, à ce qu'il me semble, la chylurie rentre logiquement dans !a famille nosographique des flux tels que nous les avons posés et définis. Après tout, encore une fois , je ne me pique pas d'un purisme impos-

sible en faiido classificaiion. Et, s'il faut le confesser, je m'émeus très peu , par exemple, d'une critique qui me blâme d'avoir rangé le pen»phigus (333-Zi) parmi les inflammations cutanées plutôt que parmi les fièvres éruplives, et qui n'aurait pas manqué, j'en suis sûr, de me blâmer autant , peut-être même davantage , s'il m'eût plu de le ranger parmi les fièvres éruptives plutôt que parmi les inflammations cutanées. Eu fait de classificatiou , la critique peut s'en donner à cœur joie sur tout ce qu'il y a nécessairement d'arbitraire et de défectueux, à cet égard , dans les traités didactiques. Mais , pour composer de semblables ouvrages , et c'est là , j'ose le dire , un labeur vraiment méritoire , force est bien de distribuer d'une façon quelconque, et parfois même, au besoin , très arbitrairement , les divers objets que nous avons à étudier.

1034. Étymologie. — Littéralement, etàkt rigueiir, le terme dechylurie équivaut à dire un pissement de chyle. Mais si nous adoptons ce terme, ce n'est pas du tout que nous pensions des urines chyleuses ce qu'en ont pensé certains vieux auteurs, ce que, par exemple, ini nommé Klug, cité par Ploucquet [Liter. med., art. C/tyli cffluxus. Chylorriiœa), n'a pas craint d'affirmer dans une dissertation intitulée : De fluxu chyli in fluoré muliebri, gonorrkœa^ cœliaca, urinis lacteis et lactis abundantia (Altd. 1G75), et ce que. même , ne sont pas éloignés d'en professer, quoique sous forme dubitative, quelques uns de nos contemporains. Non , nous ne pensons pas qu'il soit possible au chyle d'être transporté en nature jusqu'aux reins, et d'être éliuiinéavecl'urine, pas plusqu'avec les sécrétions catarrhales du vagin, de l'utérus, del'urètre ou de l'intestin. Ce n'est donc qu'avec une certaine restriction du sens étymologique que le terme de chylurie doit être entendu. Est-ce, en vérité, une restriction par trop abusive que d'appeler chylurie la miction , non pas assurément du chyle même, mais d'une urine chylcuse, c'est-à-dire d'une urine qui , par un vice de sécrétion dont le mécanisme ne nous est pas encore parfaitement connu , a , jusqu'à un certain point , l'aspect du chyle , et contient les élémens principaux de cette humeur récrémentitielle ; savoir, des globules analogues aux globules sanguins, de l'albumine, et une matière grasse?

1035. Synonymie. — A. Pyuria lactca, de Sauvages (class. IX, gen. XXVIII , — sp. 7 et 8, par un double emploi fort jieu méthodique). — Diabète laiteux, de divers auteurs. — Polyurie caséeuse, d'Alibert [loc. cit.). — Ceux-là se sont étrangement mépris, sans aucun doute, qui ont signalé, sous ces divers noms , la prétendue existence d'urines où l'apparence laiteuse eût été autre chose qu'une apparence , où les principes propres du lait fussent réellement présens, non pas, bien enleiulu , i)ai- une addition frauduleuse et faite après coup , mais i)ar

FLUX. 621 l'effet naturel d'une sorte de sécrétion niétastatiquc, et pour ainsi dire égarée. Point d'exemple authentique qu'une urine, recueillie à l'instant même de la miction sous les yeux d'un observateur vigilant et sévère , ait jamais offert à l'examen microscopique les globules du lait, ce qui serait pourtant le seul caractère décisif pour compter la sécrétion d'urines véritablement laiteuses , la galacturie , au nombre des réalités pathologiques. Mais, au contraire, tout porte à penser que ceux qui ont cru rencontrer un cas semblable, eurent l'impardonnable légèreté de se faire une opinion d'après le seul aspect du liquide urinaire , — ou bien , plus savamment , mais sans beaucoup plus de titre et de raison , sous l'empire d'une idée préconçue, prirent pour du caséum un coagulum albuminofibrineux (1032), — ou bien, enfin, qui pis est, dans un trop naïf excès de crédulité , se laissèrent duper par la supercherie et la fable de quelque coureuse d'hôpital, de quelque hystérique h imagination bizarre et déréglée.

B. Glus, de Linné (66), genre cxcix.

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