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C. Diabète chyleux , de divers auteurs

1036. État de la santé générale en cas de chylurie. — La chylurie seule, la chylurie pure et simple, n'implique nullement contradiction avec la jouissance de ce qu'on nomme communément une bonne santé , avec l'accomplissement facile et régulier de toutes les fonctions importantes de l'économie. Ordinairement , même , il n'y a aucune espèce de douleur et de malaise du côté des reins, aucune apparence de dysurie. Les urines ont, à l'instant même de la miction, ou prennent, au bout de quelque temps , un aspect étrange : voilà tout , voilà ce qui inquiète et tourmente l'esprit des personnes ainsi atteintes, tout en ne leur causant que peu ou point d'incommodité physique.

1937. Marche et durée de la chylurie. — En général , la chylurie est une affection chronique et souvent même interminable. Comme elle ne trouble que peu ou point la santé générale (1036), il s'ensuit qu'elle peut très bien durer plusieurs années , voire même plusieurs lustres , et se prolonger depuis l'enfance jusqu'à une extrême vieillesse. Ce n'est pas qu'on ne l'ait vue bien des fois guérir et disparaître, sous l'influence de certaines médications, ou par les seuls ressorts de la force médicatrice. Dans quelques cas , il est vrai , la guérison n'a été que temporaire , et la chylurie a récidivé au bout d'un temps plus ou moins court.

1038. Un mot sur une altération particulière du sang, observée dans 2m cas de chylurie — L'observation dont je veux parler est encore la seule et unique de cette sorte dans les annales de la science ; mais assurément elle mérite bien d'être remarquée et mise en relief. Chez ce

o^'' PATHOLOGIE MÉDICALE,

jeune Brésilien, dont nous devons l'hisloire à MM. Caffe et Rayer (1032), le sang, analysé par un de nos plus habiles chimistes, M. Guibourt, présenta dans sa composition de très notables différences avec l'état normal : il contenait moins de fibrine ^ plus d'albumine, et surtout beaucoup plus de matière grasse que le sang sain, et , par conséquent, il se rapprochait jusqu'à un certain point de la composition du chyle. Était-ce donc là une coïncidence accidentelle et fortuite? Ou bien, plutôt, un tel vice du sang serait-il en rapport constant de coexistence avec la chylurie, comme cela semble probable à M. Rayer [loc. cit., p. Zi21 )? Cette probabilité appelle et réclame des recherches ultérieures pourètredécidémtnt érigée enloi pathologique. Et,s'ilenestainsi, est-ce là un vice antécédent ou consécutif à la perversion de la sécrétion urinaire? La cause première du mal gît-elle en ce que le chyle versé dans le sang ne subirait qu'une transformation incomplète? Faut-il voir là une simple variété de cette loi hématologique en vertu de laquelle la défibrination du sang se montre hée aux hémorragies (176. C. — .et 205. L.), puisque, après tout, la chylurie est bien des fois, si ce n'est même toujours, une suite de l'hématurie (1039)?

1039. Etiologie. — Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans bien des cas, la chylurie se développe deutéropathiquement à titre d'effet et de transformation d'une hématurie, surtout d'une hématurie habituelle, et notamment de l'hématurie endémique (2^i0. C. y.). Mais, d'un autre côté, parmi les cas d'urine laiteuse ou chyleuse qui ont été observés, non chez des Créoles, mais chez des Européens (abstraction faite, bien entendu, de tous les cas qui doivent, ou qui même à la rigueur peuvent êtrerejelés comme des cas d'urine purulente, pyurie de tous les auteurs, — ou d'urine alcaline et chargée de phosphates, C(?Va?7ZMr2edeM. Robert "Willis), à peine en trouve-t-on quelques uns à l'égard desquels il soit permis de soupçonner, d'après la relation donnée par l'observateur, que l'aspect laiteux ou chyleux de l'urine ait été précédé d'une véritable hématurie.

lO/iO. Dingnostic. — Il importe, mais il est assez facile de bien distinguer les urines chyleuses d'avec trois autres sortes d'urines que ,e vais dire, et qui, au premier aspect, et faute d'un examen convenable, pourraient parfois être un objet de méprise.

Sachons donc, je le répète, les bien distinguer :

A . D'avec les urines jumenteuses proprement dites (û6. F. ^.), — urines qui contiennent un excès de phosphates ou d'urates en suspension , — urines blanchâtres qui se produisent quelquefois dans la néphrite (667), et dans d'antres conditions morbides que nous signalerons en temps et lieu, et qui se produisent aussi, quelquefois, dit-on, au milieu de la plus belle santé par l'effet d'une marche fatigante, faite immédiatement après

FLUX. 623 un repas copieux. Mais les urines jumenteuscs sont alcalines au moment même de leur émission, et, partant, ramènent au bleu le papier de tournesol rougi; redeviennent transparentes par l'addition de l'acide azotique ou par l'action de la chaleur, dpqblc moyen de redissoudre le précipité salin qui les rend troubles ; présentent à l'inspection microscopique le plus généralement une poudre amorphe (phosphate calcique), et par-ci par-là certaines cristallisations parfaitement reconnaissables (phosphate ammoniaco-magnésien , etc.) : tandis qu'au contraire les urines chyleuses sont, le plus ordinairement du ri^pips, ppcprp sensiblement acides au sortir de la vessip, donnent ptn* l'acide azotic[ue et parla chaleur un coagulum albumineux, et offrent, sous le microscope, des globules analogues aux globules sanguins.

B. D'avec les urines véritablement laiteuses, — soit qu'il puisse y en avoir de telles naturellement, et par une espèce d'aberration sécrétoire que le grand physiologiste de l'Allemagne, M. Burdach, ne croit pas impossible {Traité de physiologie, traduit par M. Jourdan, t. VII, p. 2U{i), soit qu'il n'y en ait pas d'autres que celles où le lait aura été ajouté par supercherie. Eh bien! ces urines-là, au rebours des urines chyleuses, donnent un coagulum par l'addition de l'acide acétique , cet acide qui a, comme on sait, pour propriété particulière de coaguler le caséumetdene pas coaguler l'albumine. Rien de plus facile, au surplus, que de constater, à l'aide du microscope, la présence des globules laiteux.

G. B'avec les urines purulentes, — urines rendues en cas de pyélite (525. B. et D.), de néphrite (668. A. r,. — et B. 6.), de cystite, etc. Mais, à part même la considération des symptômes antécédens ou concomitans, les urines purulentes se feront très bien reconnaître pour ce qu'elles sont, et surtout ne se laisseront pas confondre avec les urines chyleuses : 1° parce qu'elles ne tardent pas à déposer, au fond du vase où on les abandonne à elles-mêmes, une couche plus ou moins épaisse de pus, et non pas une sorte de coagulum fibrineux ou gélatineux; 2'^ parce qu'elles ne présentent point non plus, en se refroidissant, un crémor très apparent de matière grasse; 3° enfm, parce que, dans les cas les moins bien dessinés, l'œil exercé aux recherches microscopiques sait toujours apercevoir les globules du pus.

lO/il. Thérapeutique. — A. Les médecins du Brésil et ceux de l'Ile de France s'accordent à recommander, pour le traitement de la chylurie, les bains de mer, les ferrugineux, la diète analeptique, le quinquina, le ratanhia et autres astringens ; et, au besoin, si le cas est opiniâtre,' i^s conseillent l'émigration dans un climat tempiTé ou froid.

B. L'administration intérieure de la teinture de cantharides paraît

PATHOLOGIE MÉDICALK.

avoir quelquefois réussi à hâler la guérisou de la chylurie : ce qu'on ne serait guère en droit de présumer à priori.

ARTICI.I: XI.

LEUCORRHÉE.

(Modem. , — de ^o'oç hvxi;, Hipp., — mot à mot , flux ùlanc.—\o\r ci-dessus,

article II, )

1042. Bibliographie.— Savyages. {Nosol. meth., class. \\,Fluxus, gen. XXIX, Leucorrhœa.) —Sp. 5, Z. Americana (c'est la leucorrhée de la chlorose) ; — Sp. 9, L. Nnbothi [c'est la leucorrhée de la grossesse).

Blatin. Bu catarrhe utérin ou des fleurs blanches. Thèse déjà citée (549.)

J.-P. Frank. — {Becur. hom. morb. epitome) Class. V, Proflmia ord. II, P. mucosa, gen. ii, Medorrhœa, — § 532 {Medorrhœa fœminaria insons) .

PlNEL etBRiGHETEAU. — (Dansle Bict. des se. méd., — t. XXVIII, p. 3-41.) — Art. Leucorrhée.

DUGÈS et madame Boivin. — ( 7r. prat. des mal. de l'utér. et de ses annexes.) Sect. VI, chap. vu, Flux muqueux de l'utérus.

Marc d'Espine. Recherches analytiques sur quelques p)oints de l'histoire de la leucorrhée. (Dans les Archives, février 1836.)

Lagneau. — (Dans le Répert.,— t. XVIII, p. 23-44.) — Article Leucorrhée.

1043. Bé finition. — Par Leticorrhée, nous entendrons strictement les cas dans lesquels une supersécrétion de mucosités vaginales ou utérines, au point de constituer un écoulement décidément pathologique et plus ou moins incommode, s'opère, pour ainsi dire, par elle même, idiopathiquement, sans se montrer aucunement liée à la présence d'une inflammation ni, encore bien moins, de quelque vice organique plus grave du vagin et de l'utérus.

Il y a donc là deux espèces à distinguer: 1° la leucorrhée vaginale; 2" la leucorrhée utérine; distinction d'autant plus indispensable en théorie que désormais, dans la pratique, elle peut, grâce au spéculum, être toujours ou presque toujours constatée de la façon la plus évidente. Chacune de ces espèces va, par conséquent, avoir son paragraphe; chacune mérite, assurément, que nous en disions quelques mots en particulier.

Ai-je besoin de remarquer que, d'après les termes mêmes do notre

FLUX. 625 définition, la leucorrhée, bien et dûment séparée des écoulemens produits par une vaginite, une métrite, un cancer utérin, etc., ne doit pas non plus être confondue avec certaines supersécrétions utéro-vaginales tout-à-fait passagères, dont les femmes parlent à leurs médecins, comme aussi entre elles, sous le nom si vague et si banal de fleurs blanches, mais qui, toutefois, appartiennent à l'ordre normal ou peu s'en faut, et qui, chez telles et telles personnes, ne manquent jamais d'apparaître dans des circonstances toutes naturelles que chacun sait ? La leucorrhée ne commence véritablement que là où la supersécrétion vaginale a lieu d'une façon presque continuelle, e.t avec une telle abondance que la femme soit obligée de se garnir de chauffoirs comme si elle avait ses règles; qu'elle ne puisse plus se regarder elle-même qu'avec un certain dégoût ; et, enfin, qu'elle ait quelque raison de concevoir des inquiétudes sur la nature et les conséquences d'un semblable flux.

\QUU. Étymolocjie. — Pôoç Itvwq , en grec, veut dire, mot à mot, flux ou écoulement blanc : c'est par un sous-entendu, — consacré en quelque sorte ici , comme en tant d'autres occasions pareilles, pour ménager la pudeur féminine,— que cette dénomination désigna particulièrement un flux des parties génitales de la femme. Au même titre que Pooç Êpyepôç (mot à mot flux rouge) était le nom de la ménorrhagie, et Pôoî iruppoî (mot k moi flux roux) celui des pertes utéro-vaginales d'une teinte sanguinolente telles que les produit si souvent, par exemple, le cancer utérin, au même titre donc, et par la même synecdoque, mais en opposition avec les deux termes qui précèdent, le terme de Péoç Xiuxoî servait à nommer toutes les autres pertes utéro-vaginales , non pas seulement, à la lettre, celles d'une couleur blanchâtre, mais toutes celles qui n'étaient ni rouges ni rougeâlres. Voyez plutôt, à cet égard, le 11= livre du traité pseudo-hippocratique Des maladies féminines

(ruvaîxEi'wv zh 0£Û-£pOv).

lÛZi5. Quelques remarques générales. — A. La leucorrhée, telle que nous venons delà définir, est non seulement un casbien réel, mais c'est un cas assez commun, plus commun que ne le croient ou ne semblent le croire ceux qui, à l'occasion d'un semblable flux, nourrissent et exploitent les terreurs imaginaires des femmes névropathiques et hypocondriaques. Lorsqu'on est à même, comme médecin d'hôpital, de se hvrer journellement à la pratique des explorations spéculaires , et de faire aisément, en ce genre, des observations par centaines, on ne tarde pas à voir que, dans un certain nombre de cas, avec des écoulemens muqueux de toute nature, avec des écoulemens blanchâtres, jaunâtres, verdâtres, laiteux, glaireux, puriformes, inodores ou fétides, les tissus du vagin et du col utérin peuvent présenter les apparences les plus saines.

626 PATHOLOGIE MÉDlCALli.

B. Tantôt la leucorrhée vaginale et la leucorrhée utérine existent toutes deux ensemble, tantôt elles se montrent séparément. En général, à l'aspect même de l'humeur qui s'écoule par la vulve, et dont je décrirai ci-après (1066 et lOUl) les différens caractères, on reconnaît très bien quelle en est la source, on reconnaît très bien si c'est le vagin ou l'utérus qui se trouve alLeinl de supersécrétion. Rien de plus facile, Stijourd'hui, grâce au spéculum, que de prendre, pour ainsi dire, la nature sur le fait, et que de constater maintes et maintes fois, par nos propres yeux, l'origine des divers ccoulemens leucorrhéiques. Mais, à ce propos, je me fais un devoir de rappeler que jamais, dans le mince intérêt d'un semblable diagnostic, et seulement pour satisfaire une curiosité scientifique, il ne faut soumettre, j'allais dire condamner, aux investigations du spéculum les filles impubères et les vierges. Ce (}ui m'inspire ici cette réflexion, c'est que l'un des auteurs dont j'ai cité et mis à profit les estimables recherches, M. Marc d'Espine, nous dit [loc. cit., p. 17^i) avoir pratiqué, chez deux jeunes filles encore impubères, huit explorations par le spéculum : il nous le dit sans autre explication , comme s'il s'agissait de la chose la plus simple et la plus naturelle , et comme s'il n'y avait pas eu là quelque raison parlicufière qui justifiât entièrement, j'en suis bien sûr, celle dérogation à une règle sacrée de conduite médicale, fllais, en vérité, sauf une urgence impérieuse dans l'intérêt seul de la personne malade, il n'est pas même permis de pratiquer le toucher vaginal en cas de virginité, soit réelle, soit présumée ou prétendue. « Bst magnum crimen perrumpere virginis hymen :n ainsi les médecins du vieux temps disaient-ils, dans un vers technique jadis fort célèbre, qui choquait, il est vrai, la grammaire et la prosodie, mais qui n'en avait pas moins le mérite de formuler brièvement un précepte imprescriptible pour la pratique de notre art.

C. La leucorrhée se rencontre bien des fois avec un état général d'asthénie, d'anémie, de chlorose, c'est-à-dire chez des feinmes languissantes, pâles, essoufflées, et lasses pour si peu qu'elles se remuent, sujettes à la gastralgie, etc., etc. C'est là ce que les auteurs nomment une leucorrhée constitutionnelle. Mais, quant à moi, je ne crois guère qu'une leucorrhée simple, qu'une leucorrhée proprement dite puisse jamais être la cause principale, encore moins la cause unique, qui mine cl: qui délabre la constitution entière. Ce que je tiens plutôt pour vrai, au contraire, c'est que la dialhèse chlorotique est une condition éminemment propre à favoriser le développement de la leucorrhée, qui ne me paraît jouer, en pareil cas, que le rôle d'un épiphénomène. Jamais, à ce qu'il me semble du moins d'après les observations de ma pratique, les déperditions leucorrhéiques ne sont assez abondantes pour produire, à elles seules, un affaiblissement considérable et un véritable épuise-

meut de l'économie. Si certains auteurs en ont jugé autrement, c'est que, dans leur opinion, saiis aucun doute, la nature de l'humeur sécrétée était beaucoup plus précieuse qu'elle ne l'est réellement; c'est qu'ils s'imaginaient voir là autre chose qu'un simple flux de mucosités; c'est qu'ils commettaient h l'égard de la leucorrhée une erreur apalogue à celle qui régna si longtemps dans les écoles concernant les écoulemens urétraux de l'homme, et qui qitalihait de gonorrhée ces écoulemens, comme si c'eût été un véritable flux de liqueur séminale (532).

D. Quand la supersécrétion de mucosités utérines ou vaginales n'est qu'un accident passager, c'est à peine si elle mérite quelque intérêt de la part du paihologiste. Ce n'est qu'à titre do ilux chronique que la leucorrhée a vraiment droit de réclamer l'allentiou et les soins de la médecine.

E. La pathogénie de la leucorrhée me paraît devoir être conçue et expliqiiée des deux façons que voici :

a. Premièrement, sans inflammation prodromique. Dans certains cas , eu efi'et , il n'est possible d'accuser, parmi les antécédens de la femme atteinte de leucorrhée, que le renouvellement trop fréquent des excitations diverses sous l'innuence desquelles s'opère naturellement, et sans sortir encore de l'ordre physiologique proprement dit, une supersécrétion utérine ou vaginale. Lors même qu'elles ne vont pas jusqu'à entraîner à leur suite une véritable inflammation , de semblables excitations peuvent fort bien à la longue établir l'existence d'une leucorrhée. La supersécrélion utérine ou vaginale , à force de se répéter physiologiquemcut , mais trop souvent , et pour ainsi dire coup sur coup , finit par devenir une habitude décidément pathologique de la membi'ane muqueuse.

ê. Secondement, dans d'autres cas, c'est à la suite dune inflammation; c'est après le règne plus ou moins long d'une vaginite ou d'une métrite : ce qui rentre dans la loi générale, que j'ai posée plus haut, et que depuis j'ai bien des fois rappelée et invoquée, de la dégénération msensible des inflammations muqueuses en flux catarrhaux (299. Q).

§ I. De la Leucorrhée vaginale.

1046. Bref aperçu. — Au lieu de leucorrhée vaginale, si je n'hésitais pas devant le reproche de néologisme, peu s'en faudrait que je ne proposasse de dire : Elytrorrhée (voir chap. IV, art. xxix • — et dans ie présent chapitre, art. ii). Par là, en effet, non seulement nous aurions l'avantage de désigner d'un seul mot le flux en question, mais encore nous couperions court à toute possibilité d'amphibologie : car il est vrai d'avouer que le terme de leucorrhée , créé avant les distinctions précises et rigoureuses que les progrès de la nosographie ont dû établir

entre les supersécréiions plilegmasiques et les supersécrélions essentielles , conserve toujours dans l'usage commun quelque chose de vague et de banal.

Aimerait-on mieux, par hasard, la dénomination de Blennélytric simple, l'un de ces néologismes si nombreux, et aujourd'hui si oubliés, de la Nosologie d'Alibert (546. A) ?

Quoi qu'il en soit, rien de plus facile à rencontrer et à constater que la leucorrhée vaginale , telle que nous devons l'entendre et la considérer ici. IM. Marc d'Espine , par exemple , dans l'intéressante statistique qu'il recueillit en assez peu de temps, compte dix-huit cas où il avait rencontré des supersécrétions vaginales de différente nature avec une muqueuse d'un rose pâle , sur un relevé de quarante-deux femmes , dont les vingt-quatre restantes n'offraient aucune espèce d'écoulement leucorihéique {loc. cit., p. 180). De ces dix-huit cas, onze présentèrent un liquide d'un blanc crémeux; un seul, une sorte de matière caséeuse ; cinq , une humeur jaune et puriforme ( un autre ne figure en quelque sorte que pour mémoire, puisque le caractère particulier n'en avait pas été spécifié dans les notes de l'observateur). Ce qu'on peut, en effet, professer affirmativement, tel est du moins mon sentiment et cehii de beaucoup de praticiens très expérimentés , c'est que le plus ordinairement, dans la leucorrhée vaginale, l'humeur qui s'écoule a toutes les apparences du lait, et mérite littéralement le nom de flueurs blanches. Et, lorsque, par exception, elle est jaunâtre ou verdâtre, toujours est- il qu'elle a généralement une fluidité en quelque sorte laiteuse , jamais la cohésion glaireuse qui est le propre de la leucorrhée utérine.

J'ai déjà dit ailleurs, et je crois bon de le répéter ici , combien la vaginite chronique est sujette à dégénérer en flux catarrhal {51x6. E.), combien il importe de la combattre avec soin et persévérance (5^i8. C.) pour prévenir la fâcheuse incommodité d'une leucorrhée opiniâtre et interminable.

Au surplus, la leucorrhée vaginale peut être traitée avec succès, considérablement atténuée ou même complètement déracinée par un emploi habile et prolongé des mêmes moyens de médicamentation astringente que j'ai indiqués contre la vaginite chronique (548. D.), et que je me dispense d'énumérer de nouveau.

§ II. De la Xieucorrhée utérine.

Synonyin.: Uyslérorrhée (voyez Ploucqiiet, Liierai.wed. art. Fluor albus).

1047. Bref aperçu. — Le type de la leucorrhée utérine est dans l'émission plus ou moins fréquente de ces glaires, semblables au blanc d'œuf, qui se produisent si communément chez les femmes nerveuses, douées

Fi.ux. 629 d'un tempérament erotique (80. C. ■/?.), et surtout atteintes d'hystérie. Je n'hésite pas, pour ma part, à répéter, avec M. Marc d'iispine {loc. cit., p. 18Zi), qu'un tel écoulement de l'utérus « est deux fois plus fré- « quent lorsque l'orifice du col est parfaitement sain que lorsqu'il est » ulcéré. » Je ne crains guère d'être contredit, à cet égard, par ceux qui , soit à l'hôpital , soit en ville , auront eu occasion de s'éclairer par un grand nombre d'observations spéculaires. Entre les mains du praticien sage et consciencieux , le spéculum , plutôt que d'autoriser à tout propos l'emploi de remèdes violens , l'intervention du fer, du feu et des plus atroces caustiques, est bien des fois, en vérité, un moyen de se raffermir dans un système de médecine expectante et douce, de se rassurer complètement sur la bénigne nature de flucurs et de douleurs utérines qui sont l'épouvantail des imaginations féminines.

Indépendamment des cas dans lesquels la leucorrhée utérine s'établit par le simple fait d'une trop fréquente surexcitation de la sécrétion naturelle (10A5. E. a.); indépendamment aussi de ceux dans lesquels elle se montre comme une suite et une transformation de la môtrite calarrhale passée à l'état chronique (552. C. g. — et 10Zi5. E ?.), il inc semble à propos de signaler particulièrement à l'attention de nos lecteurs la variété de leucorrhée utérine qui se développe sous l'influence de la grossesse , et que Sauvages a posée en espèce à part sous la dénomination deLeuco7V'hée de Naboth (10^2). Non pas que nous prétendions attribuer au domaine de la pathologie la sécrétion de ces glaires qui , chez toutes les femmes grosses , s'écoulent avec plus ou moins d'abondance quelques jours avant l'accouchement, et à la production desquelles les follicules mucipares de l'intérieur du col utérin , nommés autrefois gfZfmrfes de Naboth (>), ont une très grande part. C'est là un phénomène tout-à-fait régulier, et qui ne doit pas du tout être envisage comme un cas pathologique. Mais il arrive quelquefois c{ue, longtemps même avant le terme de la grossesse, une pareille supersécrétion survienne et s'opère dans des proportions énormes, au point de constituer évidemment un phénomène pathologique , et de réclamer même quelques soins thérapeutiques qui fassent du moins cesser ce que cette déperdition a d'excessif.

'') Chose singulière et digne de remarque ! Bizarre caprice de la renommée ' Si , dans le siècle dernier, Martin Naboth , professeur de l'uiiivcrsité de Lcipsick^ obtint l'honneur d'attacher son nom aux follicules dont il s'agit, ce n'e^l pas pour les avoir découverts; c'est pour avoir soutenu à leur égard une erreur bien étrange et bien inconcevable; c'est pour leur avoir attribué la fonction qu'il niait aux ovaires; c'est, en un.'mot, pour avoir rêvé que, lorsque ces follicules se montrent dilatés en forme de vésicules globuleuses , on a là devant soi les véritables ovules qui servent à la reproduction de l'espèce.

Quant h ce qui concerne les mddicalions qu'il convient de mettre en œuvre contre les leucorrhées utérines, je ne pourrais que répéter tout ce que j'ai recommandé contre la mélrite leucorrhéique chronique (5561. Injections astringentes; fumigations balsamiques, etc.

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