ARTICLE XII
SPERMATORnnÉE.
(Auteurs contemporains. — De ÏTrtpua, gen. Swt'pfAaToç, sperme. — Voir
ci-dessus, art. II. )
1048. Bibliographie. — PSEUDO-Hipp. — Dans le IIMivredu Traité des maladies ( Il'pt voûawv ) ; édit. Kuhn , t. II , p. 265-6. — n Phthisie dorsale (fGiVt? vwTtâç). La phlhisie dorsale provient de » la moelle épiuière. Elle attaque surtout les nouveaux mariés et les » libertins. Point de fièvre ; bon appétit , et pourtant dépérisse- » ment. Interrogez le malade: il lui semble, dira- t-il , que des » fourmis lui parcourent de haut en bas l'épine du dos. Et, lorsqu'il » urine ou qu'il va îi la selle, il y a écoulement d'un sperme abon- » daut et fluide : la génération n'est pas possible; il a des pollutions » nocturnes, qu'il soit ou non couché avec une femme, etc. »
— Dans le VP livre des Épidémies: édit. Kuhn, t. III, p. 629. —
« Un nommé Satyre , h l'âge de vingt-cinq ans , devint sujet
» à une fréquente répétition de pollutions nocturnes. Souvent » même il avait des pollutions dans le jour. A trente ans, il tomba » en consomption et mourut. »
Arétée. — Dans le II" livre du Traité des causes et des signes des maladies chroniques (150) , chap. V, De la gonorrhée (ïlcpe
yivoppot'cfç).
— Dans le II" livre du Traité de la cure des maladies chroniques, chap. V, Cure de la gonorrhée (Otoamia yovopfio!-/?;).
Oribase. — (Dans son Iuvô\|;(; , — ouvrage dont le texte grec n'a jamais été imprimé , mais dont Rasario a publié la traduction latine. Voyez les Oribasii opéra, Bâie, 1557, in-h"). — Livre IX, chap. ûO. Là, l'auteur recommande, dans le but de prévenir les pollutions nocturnes et de rompre cette funeste habitude de l'organisme, l'emploi de divers moyens qui sont certainement fort bons.
Sauvages. — {Nosol. method. , class. IX , Fluxus . gcn. xxx , Gonorrhœa. — Genre où cet auteur confond la sperniatorrhée avec les écoulemens puriformes de l'uréthrite). — Sp. 1, G. pura (où se trouvent confondus avec les pollutions diurnes les écoulemens des urclhrites légères et non virulentes) ; — sp. 2, G. libidinosa (satyriasistrès singulier, dit l'auteur; — pollutions diurnes s'opéraat
dans le relâchement du pénis, mais chez un individu sujet à éprouver, par l'edet de la continence, de fréquentes érections sans éjaculation) ; — sp. 3, G. onirogonos (pollutions nocturnes). WiCH.MAiSN. De poUutione diurnâ, fvequentiore sed rarius observatâ, tabescentiœ causa. Gottingue , 1782, in-8°. — Traduction française, avec des notes, par Sainte-Marie. Lyon, 1814, in-8°.
J. P. Frank. — {De cur. hom. morh. epitomé). Class. V, ord. il:
gen. 3, Gonoirkœa.
BÉGiN, — (Dans le Dict. de méd. et de chir. prat , — t. XIII,
p. 43Zi-4l;. — Art. Pollution.
Deslandes. De l'onanisme et des autres abus vénériens , considérés
dans leurs rapports avec la santé. Paris, 1835, in-8°. Lallemand. Des pertes séminales involontaires. Paris, 1837-41,
3 vol. in-8°.
Civlale. — {Traité pratique sur les maladies des organes génitourinaires. Paris, 1837-42, 3 vol. in-S") — T. II, p. 127-222 (Recherches sur les maladies des vésicules séminales et des conduits éjaculateurs).
Raige-Delorme. — (Dans le Répert., — t. XXVIII, p. 491-519). — Art. Sper^matoiThée.
1049. Définition. — Sous le nom de Sperrnatorriiée, nous désignons les pertes de sperme faites sans le concours de la volonté, et décidémen! pathologiques par leur excessive fréquence ou par leur mode de production.
.Motivons et développons cette définition par les considérations qui suivent :
1" Tant que les pertes de sperme ont lieu volontairement, c'est-à-dire par le coït ou par la masturbation , si excessives qu'elles soient, il n'y a pas lieu de les qualifier de spermatorrhée ; il n'y a rien de pathologique dans leur fait même; il y a là un abus de soi-même, qui parfois, il est vrai, est amené par l'influence d'une véritable maladie, et qui toujours, assurément, amène à sa suite un déplorable cortège de phénomènes morbides, mais qui, après tout, encore un coup, à le prendic isolément, à le considérer en dehors de ses causes et de ses effets , n'est autre chose qu'un accident de l'ordre physiologique.
2° L'émi.ssion du .sperme peut avoir lieu involontairement, dans uw certain mode et dans une certaine mesure , sans être encore un phéno mène décidément pathologique, et qui doive être stigmatisé du nom de spermatorrhée. Si le sperme , une fois accumulé dans les vésicules séminales , n'est pas régulièrement évacué selon les vœux delà qature, qui
convie impérieuspinent l'homme à l'acte de la génération ; si la volonté humaine , par un motif quelconque , résiste aux inspirations de l'instinct érotique; alors on voit survenir pendant le sommeil, et avec les songes
lascifs , ce que l'on nomme les pollutions nocturnes , qui se renouvel- '
lent plus ou moins souvent, plus ou moins rarement, suivant l'âge, la '
constitution , le régime de vie et les mœurs de l'individu. Bien plus , il '
se peut que dans l'état de veille, quelquefois aussi, — mais, il est vrai, très '
rarement, — l'érection se fasse suivre d'une éjaculalion pour ainsi dire '
spontanée, c'est à savoir, sans coït, sans masturbation, mais sous la *
simple influence de l'imagination, — à côté, par exemple, d'une femme ' qu'on aime et qu'on désire, — en présence de spectacles voluptueux, de danses lascives, etc. , — voire même au seul souvenir de l'objet aimé, — k la
seule pensée de l'union des sexes , cette pensée fût-elle rapide comme un '
éclair dans l'esprit de ceux qui la repoussent et la chassent h titre de '
péché mortel. Ce qui, du reste, provoque et multiplie les retours des '
pollutions nocturnes en cas de continence habituelle ou temporaire, — ' ai-je besoin de le dire? — c'est une alimentation analeptique , un large
usage des boissons spiritueuscs , une vie oisive , molle et sans fatigues '
musculaires, c'est la fréquentation familière et intime des personnes du '
sexe , c'est l'amour, ce sont les lectures obscènes , la contemplation des '
tableaux éroliques , les conversations licencieuses , ce sont les longs som- '
meils et le décubitus en supination sur un lit mou, surtout sur un lit de '
plume. Après tout, tant que les pollutions nocturnes ne se répètent pas !
jusqu'à produire une perte véritablement excessive de sperme, tant <
qu'elles n'apportent aucun détriment à la santé, ce n'est donc point là, [
à parler proprement, un cas de spermatorrhée. I
3° Les pollutions nocturnes , qui dans de certaines limites sont assuré- (
ment , comme nous venons de le reconnaître , une évacuation physiolo- !
gique , une espèce de besoin naturel , viennent-elles , tout en se produi- I
sant toujours dans leur mode régulier, à se réitérer outi;e mesure, et de (
sorte que , chez un sujet donné , elles soient lout-à-fait incompa- i
tibles avec la conservation d'une bonne santé, et qu'elles amènent un (
état d'affaiblissement et de consomption : dès lors , évidemment , elles c
ressortissent au domaine de la pathologie. 11 y a là un flux déci- c
dément morbide , il y a là une spermatorrhée dans toute la force du i
terme. s
U" Enfin , ce qui est pire que l'excessive fréquence des pollutions (
régulières, c'est lorsque l'évacuation du sperme se produit dans un mode i
tout-à-fait en dehors de l'ordre normal; c'est lorsque, par exemple, \
même dans l'état de veille , elle survient sans une érection complète et à
sans un vif sentiment de volupté, sous l'influence des excitations éroli- s
qnes les plus légères et les plus insignifiantes. A un plus haut degré de t
FLUX. 633 mal , mais par bonheur beaucoup plus rarement , il arrive que , durant le sommeil ou la veille indifféremment , le sperme s'écoule de l'urètre , non seulement sans aucune participation de l'imagination à la production de cette excrétion , mais même sans le moindre vestige de sensation voluptueuse, sans la moindre apparence d'érection. Ce dernier et si grand degré de la spermatorrhée avait été nié par quelques auteurs : mais , attesté depuis longtemps déjà par des observateurs éminens, et , entre autres, par Pierre Frank, qui nous en rapporte deux exemples recueillis dans sa propre pratique, il ne saurait être, aujourd'hui surtout, révoqué le moins du monde en doute depuis les nombreuses observations que M. Lallemand a faites en ce genre.
1050. Sijnoni/mie. — Gonorrhée des anciens : terme étymologiquement très exact, mais tombé en un juste discrédit par suite de l'erreur grave qui s'y est longtemps attachée , et pour ainsi dire incorporée par rapport à l'uréthrite (532). — Pertes séminales involontaires. — ^Pollutions nocturnes et diurnes.
1051. Sijmptomatologie. — A. Quant au symptôme pathognomonique, la sortie du sperme , il me reste peu de chose à en dire après les développemens que je viens de donner à la définition même du flux en question. Les lecteurs connaissent maintenant les principales variétés de la spermatorrhée. Dans le plus haut degré du mal , c'est particulièrement pendant les efforts, même les plus légers, d'exonération ahine, et pendant la miction , que s'échappe un flot abondant d'un sperme fluide , comme l'avait fort bien et fort précisément signalé l'auteur du traité pseudo-hippocralique ci-dessus cité (1048). C'est qu'alors le sperme, par le pur et simple effet d'une pression mécanique, s'écoule facilement des vésicules séminales et des canaux éjaculateurs , soit à raison de sa trop grande fluidité , soit à raison du relâchement des orifices qui , dans l'état sain, ne lui livrent passage qu'à de certaines conditions. Nul doute, au surplus, qu'avec ce sperme il n'y ait une quantité plus ou moins considérable d'humeur prostatique. Mais enfin le point capital , la chose vraiment déplorable , c'est la perte journalière et tout-à-fait vaine d'une humeur aussi précieuse que le sperme. Dans les commenceraens de la spermatorrhée, le .sperme conserve bien encore toutes ses quahtés ; il est parfaitement reconnaissable par son odeur, sa couleur et sa consistance ; l'inspection microscopique n'y trouve rien à redire au nombre et au volume des animalcules. Mais plus tard , il devient de moins en moins épais, de moins en moins caractérisé, à telles enseignes que, à la vue simple , il ne peut pas être sûrement reconnu pour ce qu'il est : d'après les observations microscopiques de M. Lallemand , les zoospermes sont alors moins vivaces; on les trouve morts quelques minutes après leur expulsion ; ils peuvent être d'un quart ou d'un tiers plus pe-
63à PATHOLOGIE MÉDICALE.
tits qu'à l'état normal ; leur qyeue est difficile q distinguer avec un grossissement de trois cents fois. Plus tar4 encore, suivant le même observateur, les zoosi)ermes deviennent rares, et môme disparaissent, quoique la liqueur ait encore l'odeur spermatique ; à leqr place , oq ne retrouve que des globules sphériques ou ovoïdes.
Ç. Dans les degrés les plus élevés de la spermatorrhée, l'homme se trouve frappé d'impuissance , comme l'école de Cos l'a aussi enseigné (1048). Veut-il faire une tentative de coït, aussitôt il répand son sperme dans une érectiqn inconiplète et à moitié commencée, ou bien même saqs aucune apparence d'érection ; il le répand ainsi , à sa grande honte, avant même d'avoir pu accomplir la moindre ébauche de congrès, eût-il affaire avec une femme des plus complaisantes et des plus aisées à vaincre. Que sera-ce donc, s'il a l'infamie d'unir ses destinées à une épouse jeune et vierge ? Et , lors même que subsiste encore une certaine possibilité d'accouplement , mais que le sperme est profondémept altéré , presque séreux , sans animalcules ou avec des animalcules imparfaits , il est plus que probable , en vérité , qqe la fécQudité dq mariage ne peut avoir lieu en pareil cas.
C. La spermatqrrltée a pour effet constant et inévitable de produire l'anémie, ainsi que je l'avais <léjà focmellement annoncé (166. B. «.). Inutile de répéter ici toqs les symptômes divers qui , à qq tel titre, peqvent c^ccompagner la spermatorrfiée (Ifii. A.-G.), Sans fièvfe et même avec un bon appétit , comme la description liippoçraliqqc de la phihisie dorsale pe manque pas non plus de le reqiarquçr, les spermatorrhciqqes maigrisseqt et s'affaiblissent de jour en jour, avec céphalalgie, anxiété, dyspnée, palpitations de cœqf, tiqlemeqs d'oreilles, amblyopie, etc., etc.
^. Uq fait certain , c'est qqe la sperqiatorrhée coexiste très ordinairement avec rjiypocondrie. IMais, s'il y a là , comme je le crois , un rapport de cause à e(Tet, quelle est la cause? Est-ce la spermatorrhée, suivant la il^csc si ingénieusement et si brillamment développée par JM. iallemand ? Jlt sqOTit-il de tiieitre ù\\ aux pefles séminales involontaires par la cautérisation de la mqr|ueqse urétrale , si laql est que cette cautérisalioq réussisse à les supprime|- radic£(leqient , pour voir par cela mêqie l'hypocoqdrie disparaître? Comme le veut le savant et illustre palhologiste que je viens dè citer, Jleaq-Jaçqqçs Roqssçau, pa\- çxetpple, ne (iit-il hypppoqdriaque poussé ?u sqiçide qqe pa^•ce qu'il était spefmàlorrhéique? Qu bjen, plutôt, ne §^ratt-çe pas que l'hypocondrie doit, sinon toujours, du moins bien des fois, amener les pertes séminales involontaires , la déplorable habitude des pollutions nocturnes et diurnes, par l'effet de l'une des causes auxquelles nous devrons ci-après imputer le développement de cette habitude organique, par l'effet, veux je dire , d'une continence mal entendue ? En règle générale , i'hv-
TLUX. 6?^.
pocondriaqiie , sous l'empire des craintes perpétuelles qui le préoccupent à l'égard de sa santé , résiste le plus qu'il peut aux comraandemens de l'instinct érotique; retenu par la peur des maux vénériens, voire même par la peur de la lassitude et de la tristesse qui succèdent au coït, il n'obéit point h la nature , et la nature se soulage par la voie des pollutions. Mais je m'arrête, et ne veux point anticiper sur l'histoire de l'hypocondrie , qui , dans notre plan , appartient à la section de Nosographie si/mptomotique (67. B. y. — et 149.).
E. Il n'est pas impossible, mais, assurément, il est rare que les effets morbides de la spermatorrhée aillent au delà d'un certain degré de maigreur et de faiblesse, où ils se maintiennent ensuite d'une façon stationuaire (C), Ce n'est que dans un très petit nombre de cas, et particulièrement , si ce n'est même exclusivement , dans les cas où la spermatorrhée est la suite et la punition des excès de masturbation et de coït, que l'on voit les spermatorrhéiques dépérir sans interruption avec les symptômes d'une myélite chronique (624. C. D. — et E. C.) , phlhisie dorsale de l'école hippocratique, — parfois avec ceux de la forme particulière d'encéphalite chronique que nous avons étudiée sous le nom de Paralysie générale progressive (619. C. y.).
1052. Étiologie. — A. Ce que nous devons tout d'abord franchement reconnaître et proclamer, à titre de principe incontestable, c'est que deux conduites entièrement opposées, savoir, d'une part, la continence, et, d'autre part, l'abus de la masturbation ou du coït, se montrent à l'observateur comme deux causes très propres à entraîner à la longue l'habitude organique des pertes séminales involontaires. Ici , comme sous tant et tant d'autres points de vue , il est donc parfaitement vrai de dire que les extrêmes se touchent.
a. La continence, dans bien des cas, est la première cause à laquelle la spermatorrhée doive être imputée. Les hommes chez lesquels elle amène un semblable résuliat sont surtout ceux que la nature a doués d'un tempérament érotique, et qui prétendent en vain le dompter et l'étnuffer, non pas en poussant journellement les exercices du corps jusqu'à l'extrême fatigue , et en menant une vie d'athlète , ce qui serait le moyen le plus efficace, mais en consacrant de longues veilles aux études abstraites et aux méditations ascétiques. C'est aussi chez ceux qui font une très bonne chère, et qui n'évitent pas avec assez de soin toutes les circonstances: capables d'allumer les feux delà concupiscence. Ou'advient-il à de telles gens? Les pollutions nocturnes se reproduisent fréquemment; les vésicules séminales se dégorgent mécaniquement de leur trop-plein , .sous la pression qu'elles éprouvent dans les grands efforts d'exonération alvine; puis, petit à petit, les choses vont s'aggra-
•^•iO PATHOLOGIE MÉDICALE.
vant quant à la rôiléralion et h la facilité des pertes spermatiques , et quant h la nature même du sperme.
S. Dans d'autres cas, non moins incontestablement, c'est par l'aéz^ du coït ou de la masturbation que l'homme devient en proie à la spermatorrhée. Et comment expliquer cela? Est-ce parce que les voies spermatiques , à force d'être irritées et hypércmiées par les trop fréquens retours de l'orgasme d'éjaculaiion , finissent par se trouver enflammées, érodées, ulcérées? Est-ce tout simplement à raison d'un relâchement des orifices par où s'échappe le sperme? Est-ce parce que les vésicules spermatiques , trop souvent désemplies, se contractent, se rétrécissent, au point de ne plus pouvoir retenir qu'une très petite accumulation du sperme que les canaux déférons y apportent sans cesse ? Ou bien , et beaucoup plus simplement encore, est-ce par un surcroît d'excitabilité nerveuse que les organes ont acquis à la longue? Quoi qu'il en soit, il est évident que ces mêmes raisons, du moins pour la plupart, peuvent ôire invoquées aussi bien en ce qui concerne les pollutions de la continence. D'où l'on peut maintenant mieux comprendre comment , de deux points de départ tout-à-fait opposés entre eux , de deux genres de vie si différons l'un de l'autre , mais tous deux en désaccord avec les lois d'une sage et parfaite hygiène , la nature nous mène au même résultat , à la môme infirmité ; tant se l essemblent, se rapprochent et convergent entre eux les effets, d'abord physiologicjues , puis décidément pathologiques, successivement amenés par deux excès qui , au seul point de vue de l'hygiène , ne peuvent qu'être également désapprouvés , également confondus sous la qualification commune de véritables erreurs de régime !
B. Il me paraît hors de doute, comme l'ont professé la plupart des auteurs , que l'inflammation des voies spermatiques doit être reconnue pour une des causes organiques de la spermatorrhée. Voilà pourquoi nous ne manquerons pas de signaler, comme autant de causes éloignées qui peuvent contribuer au développement de ce déplorable flux , les diverses circonstances que voici : l'uréthrite , et surtout ses fréquens retours , la didymite , l'opération de la taille , une contusion violente du périnée , l'équitation longtemps prolongée , surtout à poil ou sur une selle incommode et dure , l'emploi des substances aphrodisiaques , et surtout des canlharides. Mais, malgré l'immense autorité de HI. Lallemand sur notre esprit, nous ne pouvons guère admettre et professer, avec ce savant observateur, que l'inflammaiion soit la condition unique ou presque unique de la spermatorrhée. Comme autant de causes organiques d'un tel flux , à non moins de litre que l'inflammation , nous accusons le rclrécissemeut excessif des vésicules séminales, la dilatation
FLUX. 637 lies conduits éjaculateurs , et surtout de leurs orifices urétraux , la trop grande fluidité du sperme par vice protopalhique de la sécrétion , etc.
1053. Diagnostic. — Il est des cas, on vient de le voir ci-dessus, dans lesquels la spermatorrhéc , loin de pouvoir être dénoncée tout d'abord au médecin par les aveux du malade, se passe d'une façon obscure et pour ainsi dire latente , et n'est diagnostiquée qu'autant qu'on y apporte un certain degré d'attention. 11 est rare que les malades la dissimulent ; mais beaucoup d'entre eux la méconnaissent , s'en aperçoivent à peine, n'y attachent aucune importance, n'en parlent pas du tout, et se préoccupent entièrement d'autres maux sur le compte desquels ils mettent tout ce qu'ils sentent de dérangé dans leur santé.
Pour ne pas confondre la spermatorrhée avec les écoulemens chroniques de l'urètre et de la prostate, rappelons-nous que ces écouleraenslà ont lieu très souvent d'une façon continue , et toujours d'une façon lente et goutte à goutte, tandis qu'au contraire le sperme, même évacué sans érection, sort subitement en quantité notable chaque fois, jamais goutte à goutte, et encore moins sous forme d'écoulement continu. La spermatorrhée existe-t-elle en complication avec une blennorrhée uréirale : il peut y avoir alors un suintement continuel, mais au miHeu duquel les pertes spermatiques se font remarquer par leur soudaine et brusque apparition , soit toute spontanée , soit due à l'exonération alvine ou à quelque autre effort , sans compter que presque toujours elles offrent une odeur particulière et caractéristique, et qu'enfin tous les doutes peuvent être levés par l'investigation microscopique , qui démontre , dans l'humeur écoulée, l'existence des zoospermes.
A-t-on affaire à ce qu'on peut appeler des pollutions internes, c'est-àdire à un de ces cas dans lesquels le sperme, à cause d'un rétrécissement urétral situé en avant du wrz< montanum (où viennent s'ouvrir, comme on sait, les conduits éjaculateurs), ne sort pas immédiatement de l'urètre, mais n'en est expulsé qu'avec l'urine : un cas semblable, il faut l'avouer, peut être aisément méconnu. Cependant, si, chez un homme qui s'affaiblit, qui maigrit et qui devient impuissant , on ne découvre dans les plus imporlans viscères de l'économie aucun vice organique qui soit de nature à expliquer ces accidens; si, en outre, on apprend, en questionnant cet homme, qu'il est sujet à éprouver une ou plusieurs fois par jour, soit après les selles , soit dès le matin à son réveil , ce malaise , cette céphalalgie , ces vertiges , cette faiblesse , cette courbature, qui sont l'accompagnement ordinaire des excrétions involontaires de sperme, on doit soupçonner l'existence d'un semblable mal : et , pour confirmer ou détruire le soupçon, il faut recueillir les urines, l'es décanter après une heure ou deux de repos, et soumettre 'au mi-
croscope le sédiment pour y constater la présence ou l'absence des zoospermes.
105^1. Pronostic. — La spermatorrhée , même de date récente, est bien difficile à guérir : une fois invétérée , elle est à peu près incurable. Au surplus , je le répète , il est rare qu'elle entraîne après elle le développement de maladies meurtrières. Mais, quelle triste infirmité que celle d'un homme qui , en plein état de veille, perd son sperme sans érections, le pénis demeurant tout flasque ou à peu près! lit combien n'est-elle pas plus triste encore, si une fistule irrémédiable, soit au périnée, soit sur quelque autre point, ouvre à l'écoulement du sperme une issue contre nature ! Quel misérable destin , encore une l'ois , pèse sur cet homme, condamné pouf toute sa vie à l'impuissance d'accomplir le devoir conjugal et de devenir père !
1055. Thérapeutique. — A. En ce qui concerne particulièrement la prophy lactique des pollutions nocturnes proprement dites : lorsque ces pollutions , soit par continence, soit, ce qui est plus rare , par une surexcitation due à un culte trop ardent de Vénus, se répèlent à l'excès, et menacent ainsi de dégénérer tôt ou tard en un degré plus grave de la spermatorrhée, ou , pour mieux dire, en ces pollutions diurnes et à peine senties qui doivent retenir le nom de spermatorrhée par excellence, voici quelles sont les principales règles à imposer.
a. Interdiction de tout ce qui stimule outre mesure l'économie entière, et particulièrement de tout ce qui émeut la sensibilité spéciale des organes génitaux. Interdiction des larges libations de vin ou autres boissons stimulantes (79. D. g.), des mets épicés et de haut goût, des spectacles lascifs, des caresses féminines, des excitations érotiques de tout genre , des lits mous et du décubitus dorsal.
e. Diète végétale et lactée. Rudes exercices du corps. Au besoin, même , émissions sanguines chez les sujets pléthoriques. Rappellerai -je', à ce propos , qu'autrefois, dans la règle de certains ordres monastiques,' la plilébolomie fut un moyen formellement prescrit pour venir en aide au vœu de chasteté? C'était là ce qu'on nommait, en stjle ascétique, Minutio mûhachi (amoindrissement du moine).
y. Interrompre le sommeil une ou deux foi. dans le cours de la nuit, pour que, à chaque fois, si faire se peut, l'excrétion des urines ait lieu , voilà un des moyens les plus efficaces de prévenir les pollutions.
S. Tout aU iiioins faut-il , lorsqu'on n'a pas recours à la dure ressource de cette interruption systématique du sommeil le plus profond , sauter à bas du lit aussitôt qu'on vient à se réveiller dans un état d'érection et avec le sentiment de l'imminence d'une éjaciilaiion.
é. Une précaution , assurément fort utile , c'est d'attacher le pénis
FLUX. 639 contre le scrotum à l'aide d'un suspensoir ou de tout autre bandage approprié , de telle sorte que le réveil survienne dès le plus léger commencement d'érection.
C Revenir à un exercice régulier du coït : voilà , sauf les raisons qui ne sont pas de l'ordre médical , ce qu'il y aurait de mieux à conseiller pour ceux qui se sont toul-à-coup astreints à une continence absolue après un autre genre de vie. Voilà, certes, le plus sage parti, hygiéniquement parlant.
ï). Pareillement , à l'égard de jeiiiiés geiis rbbùstés et ardens qui sécrètent le sperme en abondance, et dont le tcmpéraiiient érolique ne pourrait être dompté par les efforts de l'art qu'au grand déirilnent de la santé, la médeciiie n'a, eii vérité, Hen dutie chose à rét^oudre au père de famille inquiet, sinon qu'il est prudent , qu'il ést saluiàire même d'accorder à ces bouillàiites nattires la liberté d'un t-aisbnnable culte de Vénus.
B. En ce qui concerne le tràîte)rient de la spermatorrhée confirmée : c'est-à-dire lorsque les pertes dé sperme ont lieii iiidineremiiiënt jour et nuit, sans érection , saiis ■volupté, parfois même à l'insil du malade , et toujours ou presque toujouî s avec une débilité plus bu moins considérable de l'économie , voici nos ressources.
a. Médication corroborante (140-3), mais dans tôiite sa pureté, et sans l'intervention dés stimulans; oh comprend salis peine pourquoi (A. a.). Alirnenis analeptiques. Pour bbissoii, l'ëau jDUreoii mélangée de bordeaux. Préparations de quinquina. Médicaliiens ferriigiiléux.
Ç. Vie aussi peu sédentaire que possible. Beaucoup d'exercices; — — actifs , passifs ou mixtes, coilimë on dit en hygiène; — choisis et réglés selon la mesure des forces; — mais toujours en excluant l'équitation. Là natation, soit en iuer, soit en rivière, doit être pi'éconisée pàr-dessUs tout, et mise à profit autant que faire se pourra.
y. Si le malheUi-eUx sperraatorrhéique ne sait pas nager, tout au moins faut-il qu'il fasse Usage des bains froids , ne fût-ce que sous forme d'immersion et pour quelques minutés. Ce qui peut aussi lui faire beaucoup de bien , ce sont les aspersions froides , de courte durée , mais à fréquentes reprises, sur toute la surface du corps, ou dd moins aux lombes, au périnée et aux parties génitales ; ce sont, en outré , les clystères d'eau froide ; une ou deux fois par jour, mais eii petite quantité chaque fois , de trtanière à êtie retenus un ceriain temps dans le rectum.
0. Opium , administré tldhs des làvemeiis froids, t'est là un remède fort vanté par Pierre l^fank pour lés cas lés plus rebelles èt les plus désespérés.
1. Cautérisation, ou, ëii téHnei? biôihs ëffrayàJlg ët pëut-êire plus
précis, modification hétérophlegmasique (132. lî. y.) de la muqueuse urétrale , surtout dans la portion prostatique , par le moyen de la pierre infernale. Voilà un mode de traitement qui, entre les mains de M. Lallemand , a obtenu de nombreux et brillans succès, sans doute dans des cas où la spermatorrhce se perpétuait sous la dépendance d'un état d'inflammation chronique. C'est évidemment pour les spermatorrhées consécutives à de fréquentes et opiniâtres uréthrites que l'azotate d'argent me paraît devoir intervenir avec un certain avantage (5/iO. F.). En pareille circonstance , ordinairement le calhétérisme , si tant est même que la blennorrhée ne trahisse pas déjà l'état des choses , constate très bien un reste d'inflammation urétrale ; le bec de la sonde , en arrivant ^ur la portion encore malade de la membrane muqueuse , y excite une douleur plus ou moins vive.
1056. }' a-t-il, dans le sexe féminin, quelque chose d'analogue à la spermatorrhée du sexe mascidin ? — Problème scabreux de physiologie et de pathologie sur le compte duquel je ne veux pas me hasarder de rien dire par moi-même et de mon autorité privée. Mais je ne crois pas hors de propos de traduire l'opinion que Pierre Frank a énoncée là-dessus, et à laquelle je ne serais pas bien loin de souscrire : « Quelle est, chez le sexe » féminin , l'humeur qui , lors du coït , non pas certes eu quelque cas » que ce soit , ni chez toutes les femmes , mais chez bon nombre d'entre » elles , dans les embrassemens passionnés , vient à fluer en abondance ? » Quelle origine reconnaît-elle ? C'est là, quoiqu'il s'agisse d'une chose » bien commune, ce que jusqu'à ce jour nous n'apercevons pas d'une » façon assez certaine. Quant à ce qui est de voir là du sperme , l'anii- » quité, considérant les ovaires comme des testicules, l'a professé. Les » modernes, d'après de puissantes raisons, l'ont nié. Mais c'est peut-être » avec un moindre caractère de vérité qu'ils ont dit que le phénomène » dérivait des sources du mucus dans toute l'étendue du vagin. Cette » excrétion , sachons-le bien , se fait , chez beaucoup de femmes , avec » trop d'abondance, de rapidité et de fougue pour pouvoir être » attribuée aux cryptes muqueux ; et l'humeur écoulée n'oiTre pas une » nature filante comme le mucus. La sécrétion de celui-ci par le vagin » ne laisse pas , d'ailleurs , que de s'augmenter dans le coït. Mais, quant » à celle qui survient plus copieusement pour peu d'instans et au milieu n des mêmes phénomènes que chez l'homme , elle a cela de particulier, » que , chez les personnes du sexe, non moins que l'émission du sperme « chez les hommes, elle éteint tout-à-coup le plaisir attaché au coït et les » feux de Vénus; que, malgré la continuation du stimulus, elle se ra- » lenlit ou même n'a pas lieu du tout ; et qu'en outre , si elle est trop » fréquemment provoquée , elle amène dans la santé les mêmes incom- » modités, les mêmes lésions que fait, chez les hommes, une trop grande
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» dépense de speriDC. Eiilin , cette matière si peu semblable au mucus » du vagin vient parfois, non moins que la semence des honmies, à » jaillir du sein féminin dans les illusionsdu sommeil, sans aucune exci- » tation extérieure des parties génitales; et la masturbation, ce vice » trop commun chez l'un et l'autre sexe , s'accomplit d'une et d'autre « part avec un égal résultat , et finit par être puni d'un égal châtiment, » qui est la perte de la santé. Assez fréquemment, dans les haras , nous » avons assisté attentivement à l'examen de nombreuses jumens , quand » il s'agissait de savoir si elles étaient en chaleur et se trouvaient biea » disposées à la conception. Là, à l'aide d'un seul étalon , plusieurs ju- » mens , pourvu qu'il approche sa tête de leurs mamelles ou de leur » vulve , sont excitées à l'amour, et témoignent leur penchant à l'œuvre » de génération en éprouvant par leurs parties géniiales une copieuse » éruption d'une liqueur jaunâtre et transparente : ainsi l'avons-nous » observé. Or, certes, un phénomène si visible à l'observation dans » une espèce de la classe des grands animaux démontre assez clai- » rement ce qui doit avoir lieu chez la femme dans l'œuvre de la » conception.
» Que si l'excrétion, qui, dans l'un et l'autre sexe, se produit pour la » propagation de l'espèce, l'excrétion de la semence virile, ou bien » celle de l'humeur analogue chez les femmes , se trouve suscitée , soit » par desstimulations plus faibles que de raison, soit même sansvolonté, » sans orgasnae érotique ; alors existe la maladie que nous appelons » Gonorrhée » (J.-P. Frank, loc. cit., p. 258-60.)
ARTICI.E XIII.
CALACTORKHKE.
( Grisolle : — de râia , gen. râWos , lait. — Voir ci-dessus , art. IL )
1057. Bibliographie. — J.-P. Frank. — [De cur. hom. morb.
epit. ) Class. V, ord. ii, gen. iv, Galaciirrhœa. Gardien. — (Dans le Dict. des se. méd., — t. XVII, p. 167-8).
Article Gcdnctirrhée.
DÉSORMEAUX. — (Dans le Répert.^ — t. XVIf, art. Lactation). -~
Pag. (Galactirrhée).
DuGKS. — (Dansle Dict. de méd. et dechir. prat.., t. VIII, p. 603-8)»
• — Art. Goloctirrhée.
Chailly. — Ouvrage déjà cifé (9^tO) : IV' partie, art. r% § 1, De la
(l(dactirrhée.
RiESE.MBERG. Traitement de la galactirrhée par l'iode.— (Dans le Jmrn. dechir. de M. MaJ guigne, janvier 184^1. D'après le Berlin, med. Zeitung.)
1.058. Définition et quelqmtn renmrqms préLimimdres. — A. Sous le nom de gaIactorrh(;o, nous dési<inons une supersécrciion habituelle de lait tellement excessive , tellement disproportionnée aux forces de la femme , que c'en est au point de constituer un flux incontestablement pathologique , une véritable maladie dans la rigueur du terme , un état plus ou moins grave d'affaiblissement et de consomption.
B. De la définition qui précède (A), il résulte évidemment que la galactorrhée n'est pas quelque chose d'absolu , et ne consiste pas du tout dans le seul fait de la production journalière d'une quantité extraordinaire de lait : car, chez certaines femmes, une semblable production est compatible avec la conservation d'une parfaite santé. Mais la galactorrhéc n'existe et ne se mesure que par rapport à l'état des forces de telle ou telle nourrice , qui ne peut point faire impunément les frais d'une si abondante sécrétion.
jG. Avant de passer outre, il est clair que nous pouvons sur-le-champ distinguer la galactorrhée en galactorrhée confirmée et en galactorrhée médiocre ou peu prononcée. Dans celle-ci, les nourrices ne font encore qu'éprouver quelques symptômes d'anémie commençante. Dans celle-là, elles sont en pleine voie de consomption.
D. JLa galactorrhée, comme tant d'autres maladies, — ai-je besoin de le remarquer? — n'est pas particulière à l'espèce humaine: mais toutes les femelles de la classe des mammifères paraissent devoir y être sujettes. Fréquemment, dans les fermes, on a occasion de voir l'amaigrissement excessif de certaines vaches qui donnent bien plus de lait par jour que les autres, sous l'influence des mêmes pâturages et du même régime. J.-P. Frank {toc. cit., p. 285) dit en avoir observé une qui , d'ailleurs très saine et très bien constituée , et quoiqu'elle consommât beaucoup de nourriture, fut réduite à unViegré remarquable de dépérissement, par cela seul qu'elle fournissait de très bon lait en quantité supérieure presque d'un tiers à la traite de toutes les autres vaches de la même étable.
1059. Synonymie. — Galactirrhée, de la plupart des auteurs jusqu'à présent {Galactirrhœa, Sauvages, Nos. met/i. , class. IX, gen. xxxii) : mais très incorrectement, et par un véritable péché philologique d'hybridité , à raison de cet i intercalaire , qui est mis là comme si les deux racines du mot fussent latines et non pas grecques. — Polygalie, Polygalia, de quelques lexicographes. — Galactia, de Linné, gen. ccvi; — et de Yogel, gen. cxxii (66).
1060. Symptomatologie. — A. Non pas dans tous les cas de galactorrhée, mais dans quelques uns seulement, dans lesquels la maladie est véritablement due à une sorte de supersécrétion spontanée du lait, et à ce que les glandes mammaires en sont, à chaque insiant et lors
même que le nourrisson ne tettc pas, loutcs pleines et toulcs gonflées, cette humeur nourricière , la plus précieuse peut-être de toutes après le sang et le sperme , sort et ruisselle d'elle-même par les orilices du mamelon, surtout quelques heures après le repas , et ne cesse de mouiller, et , je dirai même , d'inonder les linges dont la femme est obligée, en pareille occurrence , de se garnir le sein.
B. Dans d'autres cas , sans un aussi étrange flux de lait que dans les cas qui précèdent, mais à cause seulement d'une simple disproportion des frais nécessaires de sécrétion lactée par rapport aux forces de la femme, un sentiment intérieur de fatigue profonde , d'épuisement extrême , voire même de défaillance imminente , se déclare chaque fois que le sein est donné au nourrisson.
C. Je n'insisterai pas, au surplus, sur les symptômes généraux de la galactorrhée. Car ce sont ceux de l'anémie (164), et notamment de l'anémie telle qu'on la voit naître et sé développer sous l'influence delà lente déperdition de nos humeurs (166. B. «.). D'abord, malgré un bon appétit, qui devient de plus en plus exigeant , et malgré l'accroissement de plus en plus considérable de la consommation alimentaire , la maigreur augmente de jour en jour, ainsi que la faiblesse musculaire , les palpitations de cœur, la dyspnée, la toux sèche, la pâleur de la face, etc. Puis, au bout de quelque temps, viennent l'inappétence et le dégoût, les nausées , une céphalalgie atroce et opiniâtre, et tant d'autres symptômes nerveux que l'on sait. Puis la fièvre hectique commence à poindre, d'ordinaire sous le type intermittent et à titre d'accès quotidiens qui ont généralement lieu vers midi; et, enfui, elle s'établit tout-à-fait, et ne présente que peu ou point de discontinuité.
1061. Complication commune. — La galactorrhée, si elle n'est pas arrêtée à temps, court grand risque d'aboutir à la tuberculisation pulmonaire. Après les symptômes de pure et simple anémie , surviennent les sueurs nocturnes, les douleurs pongilives se renouvelant de temps à autre en divers points de la poitrine , les hémoptysies , les crachats nummulaires et purulens, etc.
1 062. jt7«o%/e. — Abstraction une fois faite de l'influence exercée par lessuccions de nourrissons trop afi'amés, trop fortspour leur âge, ou bien trop âgés , nous n'apercevons pas trop facilement quelles causes peuvent contribuera produire la sécrétion journalière d'une énorme quantité de lait. Devons-nous invoquer une excitabilité particulière, une' sorte d'idiosyncrasie des glandes mammaires ? L'hérédité n'a-t-elle point là un certain rôle? .J.-P. p>ank assure avoir constaté chez les vaches la transmission héréditaire de la qualité de bonne ou mauvaise laitière. Et je ne suis pas loin de professer, avec lui, que, chez la femme aussi, l'idiosyncrasie originelle (80. D. ) doit avoir une très grande part dans le
'^hh PATHOLOGIi: MÉDICAJj;.
plus ou moins d'apiilude îi une abondante et riche sécrétion de lait. Peut-être encore l'iiabitudc que les mères auront eue de ne pas donner le sein à leurs enfans, ou bien, au contraire , de les allaiter tous, possède-t-elle un certain degré d'influence par rapport à leurs filles. Mais laissons ces mystères , d'ailleurs peu intéressans pour la pratique. Ce qu'il y a de positif et d'incontestable en ce qui concerne la pathogénie de la galactorrhée absolue ou relative, ou bien, en d'autres termes, si l'on aime mieux, en ce qui concerne la pathogénic de l'épuisement produit par l'allaitement , c'est d'accuser les conditions que voici : 1" l'insufiisance de l'alimenlation chez les femmes pauvres; 2" l'allaitement prolongé trop longtemps, et lorsque, par exemple, l'enfanta déjà vingt mois, deux ans ou davantage, comme cela se voit assez fréquemment pour divers motifs, soit espérance de prévenir ainsi une nouvelle grossesse , soit excès de tendresse maternelle , soit amour du gain de la part des nourrices mercenaires; 3" la rude entreprise d'allaiter deux nourrissons à la fois ; Zi" un certain appauvrissement du sang , soit par le fait d'une maladie actuelle, soit par suite d'une maladie antérieure (80. G.). Après cela , dans bien des cas, je le répèle , il n'est pas aisé d'expliquer pourquoi une femme , dont le sein ne fournit à son nourrisson qu'une très médiocre quantité de lait , tombe néanmoins dans le dépérissement.
1063. Thérapeutique. — A. La première règle à poser est celle-ci : c'est qu'il faut que la femme cesse le plus tôt possible d'allaiter. Ce n'est pas à dire pour cela qu'elle doive répudier ses fonctions de nourrice tout d'un coup, sans aucune temporisation et sans les précautions conseillées par la prudence. La brusque suppression de la sécrétion lactée , surtout quand cette sécrétion est très abondante, ne pourrait guère avoir lieu impunément et sans entraîner certains périls que je n'ai pas besoin de détailler. Que faire donc alors? Donner encore le sein au nourrisson pendant quelques jouis, mais de moins en moins d'un jour à l'autre , soit qu'on ait pris parti pour le sevrage, soit qu'on transmette la lâche de l'allaitement h une nourrice nouvelle. Loin d'avoir immédiatement recours à l'alimentation analeptique , qui , en raison de l'asthénie, semblerait être très bien indiquée, et dont l'indication, effectivement, n'est qu'ajournée, — il faut s'astreindre à une diète légère jusqu'à ce que l'orgasme sécrétoire des glandes mammaires soit visiblement affaissé, jusqu'à ce que le gonflement et la dureté des seins aient enfin cédé. Au besoin, exciter une sorte de sécrétion supplémentaire par la voie de la transpiration, des urines ou desselles. Infusions de bourrache, de sureau, etc., bues très chaudes, et à la condition expresse qu'on gardera le lit. Tisanes diurétiques. Catbartiques doux ou moyens (132. G. •/!.). Pourquoi pas, par complaisance pour un préjugé très innocent,
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la canne de Provence et la petite pervenche , ces prétendus antilaiteux de la médecine populaire (132. G. x-)"!
B. L'iode et l'iodure potassique sont, à ce qu'il paraît d'après les observations de M. le docteur Riesemberg (1057), des médicainens très propres à tarir la sécrétion lactée dans les cas où on la voit se prolonger opiniâtrement après le sevrage.
C. Une fois tarie la sécrétion du lait, une fois dissipées les craintes des accidens de répercussion et des engorgemens mammaires, la femme dont la galactorrhée a délabré la constitution doit être secourue , sans plus tarder, par une habile intervention de la médication corroborante (134-3). Préparations de quinquina, ferrugineux, etc., etc.