Art. Venteuses {Maladies
MONNERET etFLEDRY. — {Compend . , — t. VII, p. 28-41.) — Article
Pneumatose.
1065. Définition. — Sous le titre de Pneumàtoses, nous posons et reconnaissons une famille de maladies qui ont pour phénomèùe principal, pour phénomène primordial , pour phénomène gêiiéraieWr de tout l'appareil symptomaiique, une accumulation insolite d'air ou de gaz quelconques , soit par sécrétion , soit autrement , dans une. partie où ,
l'NEUMATOSES. o'I '
normalement , il ne doit y en avoir qu'en beaucoup moindre quantité , ou bien , même , n'y en point avoir du tout.
Remarquons-le, avouons-le sur-le-champ. Il ressort de cette définition môme que notre famille des pneumatoses n'est pas parfaitement naturelle, pas aussi naturelle, certes, que les autres familles nosograpliiques précédemment étudiées. Puisque nous ne la renfermons pas dans le cercle étroit des sécrétions pathologiques de gaz, puisque nous voyons une pneumatose partout où l'existence irrégulière d'une collection gazeuse s'est formée de quelque façon que ce soit , il s'ensuit que nous allons rassembler des genres de nature fort disparate , et composer, comme on dit en histoire naturelle, une famille polymorphe. Voilà même précisément pourquoi j'ai cru à propos de réserver l'histoire des pneumatoses pour le douzième et avant-dernier chapitre de la Nosorjruphie organique. C'est en quelque sorte une transition qui nous amène méthodiquement à ce dernier chapitre où doivent trouver place , sous le titre de Vices organiques divers (151) , certaines maladies impossibles à classer dans les chapitres précédens , toutes extrêmement différentes entre elles, et réunies là sans autre point de vue commun que cette impossibilité même de les encadrer ailleurs.
1066. Étijmologie. — TIvEu/xârwo-tç , dérivé dé nvtîipa, gén. IlvkûpaTo; (haleine, souffle, vent, air, etc.), correspond assez bien, dans sa valeur intrinsèque, à la môme signification qu'un certain mot d'oHgine latine , le mot insufflation. Ce mot grec était donc parfaitement propre à indiquer l'état d'une partie trop pleine d'air ou de n'imporie quel fluide aériforme. Comme terme de médecine , c'est dans les écrits de Paul d'Egine (liv. III, chap. xxxviii) que nous le voyons paraître pour la première fois, et servir à signaler particulièrement les flatuosités de l'estomac et de l'intestin. Pour en venir tout de suite à l'ère nioderne, rappelons que Sauvages , Cullen et quelques autres avaient adopté le nom de pneumatose pour l'emphysème sous- cutané. C'est Jean-Pierre Frank qui, le premier, a véritablement consacré ce nom dans l'acception générale aujourd'hui communément admise, et par nous-même, après tant d'autres auteurs , ratifiée derechef,
1067. Sièges divers des pneumatoses. — Il n'y a sans doute aucune partie du corps qui ne soit sujette à devenir, de façon ou d'autre, le siège d'une pneumatose. .Mais, il faut le dire, toutes les pneumatoses 1 éellement conslatéés par l'Observation , sans parler de celles dont nous ne pourrions Mignak-r que la simple possibilité, ne sont pas également connues, égaléuleiit fréquentes, également importantes sous le point de vue de lu pratique. Toutes ne méritent donc pas un examen à part.
Quoi (ju'il en soit, les pneumatoses, sotis le rappol't du siège, peuvent cire réparties en trois tribus , counuo il suit.
^'^^ PAIUOLOGIK MÉDICALE.
A. Pneumatoses ayant leur siège dans les parties qui contiennent naturellement des gaz : c'esi-à-dire, dans les voies digestives et dans les voies respiratoires. De là. deux genres nosograpliiques , savoir :
a. La pneumatose gastro-intestinale. Ce sera ci-après le sujet de l'article II.
g. Vemphijsème pulmonaire. Ce sera l'objet de l'article III,
B. Pneumatoses ayant leur siège dans les voies g énito-ûr inaires ■ voies abouchées à l'atmosphère, mais qui, pourtant, ne contiennent naturellement ni air ni autre gaz. Néanmoins, il se peut quelquefois, quoique très rarement, que, soit chez l'homme, soit chez la femme, l'emploi de la .sonde, surtout à demeure, fas.sc entrer dans la vessie une certaine quantité d'air, qui sort ensuite sous forme de bulles ou de vents avec les unnes; ou bien, encore, qu'une communication contre nature, par suite d'ulcération cancéreuse ou autrement, entre la vessie et l'intestin, vienne donner lieu à une éruption de gaz intestinaux par le canal de l'urètre. De plus, et peut-être moins rarement, i! peut arriver, chez la femme, que le vagin, à raison d'une ulcération de la paroi recto-vaginale, rende aussi des vents plus ou moins fétides; et que, dans d'autres cas, l'air extérieur s'y introduise en certaine quantité, soit dans le coït et par le fait d'une excessive laxité de la vulve, soit à la suite d'un accouchement, et surtout d'un accouchement laborieux, qui aura laissé les paroisvaginales dans l'atonieet dansune sortede disposition béante, soit enfin à causedel'écartement maintenu par la présence d'un pessaire, — et que l'air ainsi introduit, venant ensuite à se raréfier par l'effet de la chaleur animale, ou bien à céder devant le rapprochement des parois vaginales par quelque changement d'attitude du corps, fasse sa sortie avec plus ou moins de bruit. Inutile d'insister et d'en dire davantage sur les divers cas de pneumatose vésicale ou vaginale que je viens d'indiquer à nos lecteurs. Quant à la pneumatose de l'utérus, je me réserve de la considérer dans un article à part (article IV ) , sous le nom de tympanite utérine.
C. Pneumatoses ayant leur siège dans des parties qui sont de leur nature closes et inaccessibles à l'air : c'est-à-dire , 1° dans le tissu cellulaire, 2 " dans la cavité des membranes séreuses et synoviales, 3" dans l'intérieur du cœur et des vaisseaux , U° dans des kystes {pneuynatosis saccata, de J. P. Frank, loc. cit., § 711). La pneumatose du tissu cellulaire porte le nom d'emphysème ; c'est à la Pathologie chirurgicale qu'appartient naturellement l'étude de l'emphysème traumatique , de celui , par exemple , que forme , à la suite d'une plaie pénétrante de poitrine, l'air issu peu à peu du poumon et infiltré, j'allais dire insufllé, de proche en proche dansune étendue plus ou moins vaste; mais l'emphysème spontané, c'est-à-dire se développant par le senl jeu des réactions intérieures de l'économie , par le pur et simple effet d'un travail
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interstitiel d'exhalation gazeuse, revient de droit à mon domaine: aussi consacrerai-je un article (art. V) à l'emphysème spontané du tissu cellulaire libre. En fait de pneumatoses des cavités séreuses, je' me bornerai à examiner î» part , comme les plus intéressans et les mieux connus, les trois genres suivaus, savoir: la tijmpaniie péritoaécde (art. Yl) , le pneumo-thorax (art. VII), \e pneumo-péricarde (art. YIII). Puis, enfin , dans l'article IX et dernier, je dirai quelques mots toucbant le cas, fort rare, d'un développement de gaz à l'intérieur du système vasculaire sanguin, et notamment du cœur, — en d'autres termes, et pour parler plus brièvement , touchant hpneumafose intra-circulatoire.
1068. Sijmptoinatologie. — A. Les pneumatoses se manifestent sous deux formes principales , selon qu'il y a rétention ou excrétion des gaz.
oc. Lors de la rétention des gaz en quantité plus ou moins considérable, que voit-on ? La partie qui les contient : 1° offre une tuméfaction de nature ordinairement élastique, et, ordinairement aussi, de nature indolente ; 2° une sonorité beaucoup plus grande que de coutume, et dans bien des cas, véritablement tympanique (/i5. I) ; 3° des symplômcs de gène et de compression, plus ou moins graves et alarmans, selon le plus ou moins de volume de la collection gazeuse, et le plus ou moins de rapidité que ce vice matériel met à se produire dans le cas donné.
e. Quant à Vexcrétion des gaz , quelquefois elle se fait sans bruit , mais d'autres fois elle s'opère d'une façon plus ou moins bruyante (borborygraes , éructations , œdopsophie , etc. ).
B. Ce qu'il y a de plus remarquable h dire en général concernant la marche des pneumatoses, c'est que certaines d'entre elles, notamment la pneumatose gastro-intestinale et l'emphysème pulmonaire, offrent d'ordinaire une extrême variabilité dans l'intensité de leurs symptômes, — en d'autres termes, de fréquentes alternatives d'exaccrbation et de rémission (51. A). Quelquefois, elles sévissent sous un type inlermiltent, voire même par accès exactement périodiques (51. B).
C. Piien de particulier à remarquer touchant la durée des pneunjaloses. Il en est d'aiguës : il en est de chroniques. Si quelques unes n'apparaissent que pour quelques jours, d'autres, au contraire, persistent indéfiniment.
D. Quelquefois on a vu différens genres de pneumatoses se remplacer alternativement, par métastase, comme on dit (55). On a vu, par exemple , un emphysème sous-cutané succéder à une pneumatose gastro-intestinale très volumineuse, qui s'affaissait subitement sans émission de gaz ni par haut ni par bas, et la pneumatose gastro-intestinale reparaître consécutivement ou même simultanément à la disparition de l'emphysème.
H. Il c.->i rare , mais enfin parfois il arrive que certaines pneumatoses
soient par elles-mêmes, et sans le concours d'aucune autre maladie, une cause de mort. Tel est, par exemple, dans quelques cas, l'emphysème pulmonaire. Telle est surtout la pneumatose intra-circulatoire.
1069. Pathogénie. Divers modes d'origine des pneumaioses. — Il y a cinq modes principaux, et radicalement différens, suivant lesquels naissent et se développent les pneumatoses.
A. Introduction de l'air, 1° par les ouvertures naturelles du corps 1" par une plaie : exemple du premier cas, l'emphysème pulmonaire, comme étant, assurément, le type le plus simple et en même temps le plus intéressant du mode en question; exemple du second cas, l'emphysème sous-cutané artificiellement produit par un moyen quelconque d'insufflation à travers une iucision faite exprès, — comme c'était jadis une ruse en vogue parmi les truands , dans le but d'exciter la pitié par l'apparence monstrueuse d'un membre, ou de quelque autre partie, — ruse surtout facile à exécuter dans le tissu cellulaire lâche du scrotum {Pneumatocèle simulée).
B. Dégagement de gaz par la décomposition de certaines matières , contenues à l'intérieur d'une cavité viscérale ou épanchées dans le tissu cellulaire : citons, par exemple, à l'égard du canal digestif, les matières alimentaires; à l'égard de l'utérus , un fœtus mort , ou seulement même une portion de placenta; à l'égard du tissu cellulaire sous-cutané, un amas de sang à la suite d'une contusion.
C. Obstacle à la circidation des gaz , dans les parties oh ils existent naturellement : de là, en effet, leur accumulation excessive, puisqu'ils ne peuvent plus être excrétés régulièrement et comme il le faudrait. i)e là , par exemple , dans le cancer intestinal , la tympaniie qui survient en cas de rétrécissement excessif de l'iutestin (8ù6. C). Delà, encore, le même phénomène , dans les étranglemens intestinaux , soit herniaires , soit internes.
D. Perforation des organes qui contiennent naturellement des gaz , et d'où ceux-ci vont alors se répandre contre nature dans les parties voisines : ainsi voit-on , par exemple , naître le pneumo-thorax lors d'une perforation tuberculeuse du poumon , les voies bronchiques se trouvant mises par là en communication avec la cavité de la plèvre ; ainsi la tympanite péritonéale peut-elle survenir comme l'un des effets d'une perforation de l'estomac ou de l'intestin ; ainsi observe-t-on , dans certaines plaies pénétrantes de poitrine , le développement d'un emphysème général, dit emphysème traumalique, lorsque l'air qui s'échappe par les points perforés du poumon , et auquel l'entamure de la peau , à raison do son éiroitesse et de son défaut de parallélisme avec les points susdits, ne laisse ([ue peu ou point d'issue, va s'inlilirant et s'accuniu-
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laut de proche en proche dans le tissu cellulaire , où le pousse et l'iusuffle, pour ainsi dire, le jeu même de la respiration.
E. Exhalation de gaz : soit, par exemple, au-dedans du canal digestif, où une spmblable exhalation est naturelle et physiologiquement nécessaire dans un certain degré , et où elle se montre sujette, comme on le conçoit sans peine âpiiori , à s'exagérer quelquefois au point de constituer un état morbide, une véritable pneumalose; soit là même où naturellement il n'existe point de gaz et où l'exhalation d'une masse gazeuse ne peut se produire que d'une façon , s'il est permis d'ainsi parler, encore plus patliologique , comme on le voit en cas d'emphysème spontané du tissu cellulaire sous-cutané. Au surplus, force nous est d'avouer que nous sommes dans une ignorance profonde sur le compte des causes particulières qui augmentent l'exhalation des gaz au-delà de ses proportions normales , ou qui même la créent et la développent dans un lieu insolite.
1070. Importante réflexion sous le point de vue de la nosographie. - (65.) — • Les considérations étiologiques qui précèdent (1069) sont de
nature à faire pressentir aux lecteurs inexpérimentés, et l'expérience, en effet, ne tardera pas de leur démontrer, que les pneumatoses sont rarement des affections idiopathiques ; que le plus souvent ce sont des affections symptomatiques (97, D. 6.). Voilà sans doute pourquoi certains nosographes n'ont pas formellement reconnu, n'ont pas spécialement étudié ce groupe de maladies. Cependant , songez-y bien , il est un grand nombre de cas où les pneumatoses symptomatiques ne sauraient être raisonnablement réputées pour un simple épiphénomène de la maladie idiopathique, mais si fait bien pour une maladie nouvelle qui a son importance propre, qui entraîne avec elle ses symptômes et ses dangers, et qui mérite un traitement tout particulier. Et puis, certaines pneumatoses, ne fussent-elles idiopaihiques qu'une fois sur cent, qu'une fois sur mille, c'est assez pour être autorisé , pour être obligé voulais-je dire , à les poser en genres nosographiques à part. Or on ne peut nier qu'une exhalation extraordinaire de gaz ne soit quelquefois le phénomène primordial qui doive être accusé par le pathologiste. En somme , nous devons répéter, à l'égard des pneumatoses , les mêmes raisons qu'à l'égard des hydropisies , qui, tout en étant le plus généralement, peut-être même toujours, des maladies symptomatiques, n'en sont pas moins un des groupes les plus légitimes et les plus naturels de la nosographie (887. F.).
1071. Un mot relativement au diagnostic. — Il est ordinairement facile de reconnaître l'accumulation excessive des gaz dans les parties qui en contiennent naturellement, ou leur présence dans celles qui n'en doivent pas contenir. Mais la vraie dilïiculté, l'insoluble dilliculté dans
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beaucoup de cas, c'est de juger si la pncumalosc esl idiopathique ou symptoinaiique , et surtout quelle est la maladie dont elle dérive et dont elle dépend.
1072. Thérapeutique. — Indépendamment, bien entendu, du traitement à opposer, s'il y a lieu, à la maladie idiopalhique en vertu de laquelle existe la pneumatose chez un sujet donné , indépendamment aussi de la nécessité de pallier, faute de mieux, les symptômes liés à cette pneumatose (114. E), l'accumulation pathologique des gaz, considérée en elle-même, est l'objet de quatre indications principales que voici :
A. Donner issue aux gaz , soit par les ouvertures naturelles des parties où ils sont contenus, soit par les ouvertures qui se trouvent y exister accidentellement, soitenfm par des ouvertures artificiellementpratiquées.
B. Diminuer le volume de la masse gazeuse par le froid et par la compression.
C. Diminuer la quantité des gaz par l'administration de substances propres à les absorber physiquement ou chimiquement , telles que la poudre de charbon de bois (132. C. 6.), les médicamens dits «isoréans internes (132. D. a.), etc.
D. Procurer, si faire se peut , la résorption des gaz vicieusement exhalés ou épanchés.