‹ Élémens de pathologie médicaleChapitre 6 sur 63 · Syngmjmie. — A. Pour les cas aigus · texte numérisé non relu

Syngmjmie. — A. Pour les cas aigus

a. Phrenitis des anciens, de Boerhaave, de Sauvages , etc. Le nosographe de Montpellier posait précisément son genre Plirenitis (class. III , gen. XI ) comme inflammation des méninges, et posait ensuite plus loin , en genre à part , l'indammation du cerveau sous le titre de Cepkalitis {iiid., gen. xviii) ; il prétendait différencier l'inflammation des méninges d'avec la céphalite , en ce que celle-là aurait pour caractère l'insomnie et la douleur , et celle-ci un délire soporeux. On le voit donc , la prétention de raffiner en fait de diagnostic anatomique n'est pas née d'hier. Toujours est-il que l'exactitude des signes différentiels admis et proposés par Sauvages ne s'est pas confirméo. Et ce fut avec toute raison que Cullen , à l'instar des anciens , comprit sous le terme de Phrenitis l'inflammation du cerveau et celle des méninges (Genre ix du Gênera du professeur écossais. — Dans l'ordre des Phlegmasies, ordre second de la classe des Pyrexies).

Pj. Phrénésie, de la nosographie de Pinel. Précisément dans l'ordre des Phlegmasies des membranes séreuses (66). Mais à ce propos , si l'on vent avoir nn exemple frappant du peu de rigueur que l»int'l apportait

^ PATnOLOGIE MÉMCALE.

dans SCS déterminalions nosograpliiques , on n'a qu'à lire, dans h Médecine dmique de cet auteur, p. 228, une observation qu'il offre comme un type du genre phrénésie, et dont voici la substance : - Il s agit d'une femme R... , âgée de soixante-six ans, adonnée au vin. - Chute sur la tôte, il y avait de cela trois mois. Dès lors, céphalalgie , sanle chancelante. Depuis quelques jours seulement, suintement puriforme par l'oreille gauche. Premier jour de l'observation : frisson , céphalalgie plus intense qu'auparavant, vomissemens érugineux. Quatrième jour : visage rouge , langue sèche , chaleur acre de la peau , pouls fréquent et dur, anxiété, incohérence des idées. Cinquième jour : réponses brusques, quelquefois justes; la nuit, délire furieux, vomissement jaune. Sixième jour : rémission, pouls intermittent, trismus, anxiété, face rouge, météorisme; à onze heures du soir, coma. Septième jour : respiration fréquente et sublime, pouls inégal , convulsion de la face; mort. — Nécropsie. Entre l'arachnoïde et la pie-mère, enduit considérable de matière puriforme qui remplissait les anfractuosités ; liquide semblable dans les ventricules latéraux ; lobe moyen gauche du cerveau, détruit en partie vers la base du crâne et réduit en une bouillie puriforme, verdâtre, sanieuse. — Eh bien, était-ce donc là un tyjoe pur et simple de l'inflammation méningée? C'était là, au contraire, un cas évident, un beau cas de méningo-encéphahte , un cas qui militerait plutôt contre la convenance d'admettre et de consacrer en nosographie une distinction générique entre l'inflammation des méninges et l'inflammation du parenchyme cérébral.

y. Fièvre cérébrale. Terme vulgairement usité, mais d'après l'exemple d'auteurs éminens. Pinel, entre autres, y donna une consécration officielle , une valeur classique. Il posa , en effet , la fièvre cérébrale comme une sorte de maladie à part, dans son ordre des Fièvres ataxiques. Là encore , à la vérité , il commettaîT; une faute de méthode , il faisait un double emploi dans son recensement nosographique. Car la plupart des cas qu'il prétendait classer sous le titre de fièvre cérébrale ne sont, nécroscopiquement parlant, que des méningites, ou, pour dire comme lui, des phrénésies. Voyez sa Médecine clinique, pages 99-110 : les autopsies sont en général incomplètes, mais quelques unes néanmoins viennent évidemment à l'appui de ce que j'avance. Quoi qu'il en soit, après tout , le terme de fièvre cérébrale , par cela même qu'il a quelque chose de vague, serait peut-être le meilleur encore à employer, quant à présent du moins , pour embrasser génériquement en nosographie certains cas (565. A) qui se montrent à notre vue bornée, à notre imparfaite science, tellement semblables entre eux sous le rapport des sym- 'ptômes qu'on ne saurait aucunement en diagnostiquer les différences nécroscopiques.

i5. Hydrocéphale aiguë des enfans. Terme, naguère encore, très

conununémeirt employé, et qui paraît sui toiit s'èlre installé dans la langue médicale sous la garantie des observations d'un médecin anglais, Robert Whytt {Observations on ihc drojmj in the brain. Edimbourg, 1768, in 8"). Car c'est à Robert AVhytt que les faiseurs d'articles, de thèses et do monographies, en cela se copiant et se répétant les uns les autres sans contrôle et sans vérification , attribuent l'honneur d'avoir été le premier à reconnaître et à proclamer le fait d'un épanchement plus ou moins abondant de sérosité dans les ventricules cérébraux chez les enfans frappés de fièvre cérébrale. Or, pourtant, avant Robert Whytt, Sauvages (en 1763) indiquait très positivement et très claiivment ce fait , et d'après sa propre expérience et surtout aussi d'après l'autorité, déjà vieille alors, déjà presque séculaire, de l'illustre Willis, en établissant une espèce sous le titre de Eclampsia ab hydroccphalo. (Class. IV, Spasmi, gen. xviii, sp. 1^.)— l^Ia'"tenant, précisément pour la même espèce de cas pathologiques , notons les dénominations que voici : Hydrocéphale interne, d'après Odkv {Mémoire sur Vkydrocéph. inUrn.,ou hydropisie des ventricules du cerveau. Dans les Mém. de la Société royale de médecine, année 1779 , pag. 19^i-232) ; Hydrencéphale, d'après M. Coindet {Mémoire sur l'hydrencéjih. Genève, 1817, in-8"); — Hydrocéphale ventriculaire, d'après M. Cruveilhier (voir ci-dessus, no 557).

£. Maladie cérébrale des enfans. Encore d'après M. Cruveilhier (557).

Ç Calenture. Ainsi nomme-t-on , chez les marins , une maladie qui ne nous paraît pas pouvoir être autre chose qu'une forme de fièvre cérébrale , une encéphalite suraiguë avec ou sans méningite , et qui se déclare souvent à bord des navires , sous l'influence d'une chaleur excessive et d'un ardent soleil, — spécialement, par conséquent , durant les navigations intertropicales, — et cela, bien des fois même, en manière d'épidémie.

B. Pour les cas chroniques : Folie , Aliénation mentale , Démence, etc.

562. Un mot concernant les phénomènes prodromiques. — D'ordinaire , et surtout chez les enfans , la méningite encéphalique n'éclate et ne se prononce en symptômes plus ou moins caractéristiques qu'à la suite d'un prodrome spécial :/il). Les traits principaux de ce prodrome sont: la rougeur extraordinaire des joues, l'injection des conjonctives, le regard ayant je ne sais quoi d'égaré ou de farouche , les grincemens de dents non habituels venant à se produire durant le sommeil, les rêves faligans , les cauchemars , les fréqucns réveils en sursaut cl avec frayeur, les inquiétudes do l'esprit sans raison suffisante, certains changemens dans le caractère, etc, etc.

563. Symptomalolofjir. — A. En cas do méningite aiguë , on observe

généralement cet ensemble symptomatique qui se nomme fièm-e cérébrale à savon- : (raboid , une vive céphalagie; puis le délire ou le coma, sou-' vent môme alterjiant l'un avec l'autre , et la perversion ou l'abolition des fonctions locomotrices (convulsions ou paralysie) f/i6. C.) ; toujours ou presque toujours, bien entendu, avec un appareil fébrile, avec des symptômes généraux plus ou moins variés (280. D).

B. Insistons particulièrement sur la description des symptômes et de la marche de la méningite aiguë chez les enfans, puisqu'à cet âge la maladie est malheureusement des plus communes (80. B. «), et qu'elle y est beaucoup plus fréquente sans comparaison qu'à tous les au 1res âges. Eh bien , donc, chez les enfans, la maladie fait invasion — tantôt au sein d'une santé florissante, encore bien que le sujet soit, le plus ordinairement, déjà tuberculeux, mais sans symptômes qui accusent un tel vice , — tantôt au milieu des symptômes d'une phthisie pulmonaire commençante ou confirmée. Elle présente, en général, trois périodes que

voici.

a. Les symptômes de la j^remière période sont : la céphalalgie , ordinairement fixée vers le front et les tempes , mais quelquefois siégeant ailleurs, — à l'occiput, par exemple, — et cela, en tout cas, avec les degrés les plus variés d'intensité; un peu de somnolence; parfois un changement notable dans le caractère des enfans, qui, par exemple, de gais, de gracieux, de bavards qu'ils étaient auparavant, deviennent tristes, moroses, hargneux, taciturnes; inappétence, et dégoût, même h l'égard des bonbons et des friandises; vomisseraens, constipation opiniâtre, jusqu'à résister quelquefois à l'huile de croton tiglium , et aussi jusqu'à amener une rétraction considérable des parois abdominales; pouls rare et inégal, surtout intermittent (généralement, chez les enfans âgés de plus de deux ans, tels que ceux de l'hôpital de Paris, où les admissions sont interdites avant cet âge, il y a environ 68 h 72 pulsations par minute; — une fois, mais une fois seulement, M. Rufz n'en a trouvé que 58, chez un petit malade de six ans). {kQ. F. §.). M. Cruveilhier {loc. cit., p. 16) signale aussi, parmi les symptômes prodromiques , une respiration inégale, ou très lente , ou siispirieiise, comme un indice CARACTÉRISTIQUE de la terrible maladie. Mais , tout en reconnaissant ce qu'il y a de vrai et d'important dans cette observation des perturbations du mécanisme respiratoire , je crois , pour ma part , qu'il en a un peu exagéré la valeur séméiologique quant à la prodiagnose. Quoi qu'il en soit, cette période de stjmptômcs prodromiques (53. C. y) manque l arement : ainsi , par exemple , sur dix-sept cas observés par M. Becquerel, elle n'a manqué qu'une fois. Assez fréquemment , elle est peu caractérisée , mais réelle. Tantôt elle est courte et dure à peine un ou deux jours; tantôt elle se prolonge pendant six, dix, douze et même

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quatorze jours. Au surplus, il est souvent difficile et même impossible do déterniiiicr l'époque précise où elle commcucc, attendu qu'elle peut survenir d'une façon tout-à-fait insidieuse et par un développement lent et successif des symptômes que nous venons de passer en revue , surtout quand il y a déjà une phthisie pulmonaire ou quelque autre maladie.

Ç. Vient ensuite la deuxième période , ou période d'irritation encéphalique bien caractérisée. Les vomissemens cessent, mais la constipalion et la céphalalgie persistent. Délire bruyant ou calme, continu ou intermittent ; et dans ce dernier cas, c'est le plus ordinairement à titre de symptôme nocturne. Exaltation de la sensibilité cutanée. Cris singu liers que 31. Coindet nomme cris liydr encéphaliques , et qu'il regarde comme un signe pathognomonique de la maladie cérébrale des enfans : ce sont des cris qui, d'abord très aigus, se prolongent et finissent en un murmure sourd ; ils paraissent accuser la céphalalgie , à en juger par les mouvemens des mains, qui se portent au front et s'y promènent vaguement; souvent aussi ils se produisent automatiquement au milieu d'une immobilité complète, de sorte qu'ils semblent être , en pareille occurrence, plutôt l'effet d'une habitude imprimée par les douleurs passées que celui d'une souffrance actuelle; ce qu'il y a de certain, c'est que souvent, à l'instant même où ces cris se répètent le plus, les enfans répondent qu'ils sont bien. Convulsions des membres ou des yetx, coniiuueilement reproduites, ou revenant par accès plus ou moins éloignés. Quelquefois contractions tétaniques; trismus (/i6. C). Au surplus , cette deuxième période peut manquer, ou, disons mieux, ne se montrer cp.i'incomplète et mal caractérisée. Lors même qu'elle est le mieux et le plus complètement prononcée, il est rare que la mort y ait lieu.

y. Enfin, la troisième période est la période comateuse, coma ou carus (/i6. E. g). Diminution ou abolition de la sensibilité cutanée, quelquefois seulement sur une moitié du corps, comme les mouvemens convulsifs ou les contractions tétaniques, qui existent aussi dans celte période. Engourdissement ou complète extinction des sens spéciaux. Dilatation des pupilles, avec ou sans absence totale de mobilité devant une vive lumière. Surdité. Cris hydrencéphaliques , ici particulièrement caractéristiques au milieu de ce coma , qu'ils n'interrompent que pour un instant. Quelquefois mussitation et carphologie. Puis la mort, soit au milieu d'un état calme (mais quel calme terrible ! ) de coma ou de carus, soit dans un accès convulsif avec des cris, soit à la suite d'une agonie plus ou moins lente par le fait d'une dyspnée croissante et qui aboutit à l'apnée. Quoiqu'il en soit, remarquons en terminant que la date du funeste dénouement, à compter du jour d'invasion de la maladie, est fort variîiblf.' : tantôt, |)ar exemple, le quatrième jour, tantôt vers la

fui du quatrième septénaire; généralement, à ce fju'il paraîtrait, sur la fin du second septénaire.

C. Maintenant, jusqu'à quel point et en quelle façon est-il vrai de prétendre, avec quelques auteurs, que la méningite, et parliculièremcnt la méningite chronique, soit dans un certain nombre de cas le vice anatcmique où l'état de désordre mental qu'on nomme folie, aliénation, démence, ail sa raison d'être? Assurément, cela ne peut être vrai dans un sens absolu, et abstraction faite d'une altération quelconque, appréciable ou non , daus le cerveau même. Mais ce qu'il s'agit de décider lorsque, à l'autopsie d'un aliéné, on constate l'existence d'une méningite , c'est la question de savoir si la méningite n'est là qu'un épiphénomène, qu'une altération consécutive et accidentelle, ou bien si elle est le mal primitif, l'affeclion protopaihique. Réservons, comme de juste, l'examen de cette question délicate pour quand nous étudierons spécialement l'aliénation mentale en Nosograj)lne sijmftomatique (57. B. y).

D. Ce qu'il y a de très certain, c'est que la méningite, soit aiguë, soit chronique, peut être lateiUe , conformément à la loi commune que nous avons reconnue pour les inllammations séreuses (304. C). Elle peut exister sans céphalalgie aucune , se trouver dépourvue, absolument ou peu s'en faut, des symptômes propres à en faire présumer l'existence. Entre autres faits authentiques à l'appui de cette proposition, je me borne à citer ceux que voici :

1" La X' observation de MM. Parent-Duchâtelet et Martinet. Un enfant de huit ans maigrissait depuis six semaines, avait le ventre plat, un peu dur et sensible. Les six derniers jours, plaintes continuelles, extrême anxiété , profonde tristesse; un jour seulement, dilatation des pupilles; du reste, intelligence parfaite jusqu'à l'agonie, et, rien qu'un instant avant le dernier soupir , quelques mouvemens convulsifs de la face et des yeux. — Nécroscopie. La moitié gauche de la grande cavité de l'arachnoïde était remplie d'une sérosité trouble, qui s'étalait en nappe sur tout l'hémisphère correspondant. Une double pseudo-membrane jaune, ancienne , tapissait d'une part le feuillet pariétal , et , d'autre part , le feuillet viscéral de la séreuse , qui, du reste , avait conservé son état naturel. La pie-mère était infiltrée de pus sur le trajet des anfracluosités , pniicipalem.ent le long du sinus longitudinal. Sérosité sous-arachnoïdiennc, partout abondante et louche, voire même puriforme, à la base du mésocôphale ; de sorte que les origines des septième , huitième , neuvième et dixième paires baignaient dans le liquide. Ventricules cérébraux, vides. Tous les autres organes , sains. — Ce fait, si remarquable par l'absence des symptômes qu on attribue généralement à la méningite , a encore

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cela de particulier, qu'il nous moiilre une méningite étendue de la convexité des hémisphères, sans le délire, qui, suivant MM. Parent-Duchâtelet et .Martinet, aurait du être tenu pour le signe caractéristique de la méningite sus-encéphalique , opinion , au surplus , aujourd'hui abandonnée par tous les médecins qui se sont assidûment livrés à l'ouverture des cadavres.

2° Deux observations de M. Becquerel {op. cit. , p. 111-3). — Il s'agit là de méningites chroniques qui furent constatées à l'autopsie de petites fdles poitrinaires, lorsque rien, durant la vie, n'avait pu faire soupçonner une telle affection ; rien , hormis , tout au plus , un changement survenu dans le caractère. Premier cas : la petite fille , d'un caractère naturellement gai , devint morose; elle refusait déjouer, mais elle était plus triste que méchante. Second cas : une autre petite fille, dont le caractère n'avait d'abord présenté rien de particulier, rien qui fit notablement contraste avec les autres enfans de riiôj)ital, devint peu à peu acariâtre et méchante ; elle criait et se plaignait sans cesse ; elle battait à chaque instant ses compagnes.

E. Une espèce , assurément fort reraarc[uable , de méningite latente , c'est celle qui peut survenir dans le cours du rhumatisme articulaire aigu général {fièvre rhumatismale), soit à titre de complication, soit en guise de métastase. C'est là une manifestation particuUère de la loi pathologique en vertu de laquelle les membranes séreuses sont sujettes à s'enflammer sous l'influence de la même diathèse qui sévit sur les articulations. C'est un fait rare , mais réel, ainsi que je l'ai établi dans les Leçons sur le Rhumatisme (p. 209-11). Storck, dans la description d'une épidémie de rhumatisme articulaire aigu , rapporte deux cas mortels où les caractères anatomiques de la méningite sont clairement indiqués, ni plus ni moins que ceux d'un épanchement pleurétiquc. Je traduis ici les propres paroles de cet auteur. « Deux de ces malades (rhu- » maiisans) furent pris tout-à-coup d'oppression et de somnolence; leur » voix s'éteignit , leur respiration devint subhme , et ils ne purent de- » meurer couchés; le pouls fut sur-le-champ petit , tremblotant , inégal ; « face livide; extrémités froides ; la mort survint le lendemain. A l'ou- " verture de ces deux cadavres , on rencontra en très grande abondance .) une matière jaune et gélatineuse entre les poumons et la membrane ') qui les revêt cl les entoure; et la subslancc entière des poumons se » trouvait comprimée et réduite à un très petit volume. Une matière ') semblable existait aussi en égale abondance entre la pie-mère , d'une •> part, et le cerveau et le cervelet , d'autre part ; les ventricules antérieurs «du cerveau étaient pareillement pleins de la même gelée. » (Storck. Annvs meilieus , quo sistunlur observalioncs circù morbos aculos et chronicoa.rmmQ, 1759, in S".— )). 118-9.) Quoique ces altérations

anatomiques soient décrites avec moins d'exactitude qu'elles ne le seraient aujourd'hui, et suivant une phraséologie qui n'est pas tout-à-fait celle de notre siècle, personne, je pense, ne révoquera en doute qu'il n'y eût là une méningite en même temps qu'une pleurésie. En ces deux cas, la méningite, comme la pleurésie, ne se traduisit point au-dehors par des symptômes immédiats d'exaltation vitale ou symptômes d'irritation , mais par les seuls symptômes de la compression à laquelle le cerveau , comme les poumons, était soumis par suite des progrès de l'épanchement. Ainsi se comportent, effectivement, du moins pour la grande majorité des cas, les inflammations des membranes séreuses sous l'influence ou dans le cours, comme on aimera mieux dire, du rhumatisme articulaire aigu général ou fébrile ; le mal demeure latent ou à peu près tel jusqu'à ce que l'épanchement soit devenu très considérable. Dans mon opinion, donc, c'est bien à la méningite qu'il faut attribuer les faits à'apoplexie r/noriatismale , tels que ceux que je vais citer. Mettons en première ligne, non pas tant à cause de la priorité chronologique du fait qu'à cause de la haute autorité du témoin , l'observation suivante de Stoll : « Un » malade, alité depuis quatorze jours par une fièvre rhumatismale, fut » pris tout-à-coup de délire , puis tomba dans un assoupissement apo- » picctique, et périt peu de jours après. On trouva une notable quantité » d'un liquide aqueux entre l'une et l'autre méninge ('), et dans les ven- » tricules latéraux; on trouva aussi un épanchement séro-sanguinolcnt » [himor aquoso-crueniiis) au-dessous de la tente du cervelet. « [Ratio meclendi, 1779 , september. ) Scudamore , dans son Traité de la goutte et du rhumatisme, à l'article du siège , dit avoir observé chez une jeune /«y/?/ délicate, âgée de quinze ans, les symptômes d'un épanchement iutra-crànien, qui fut promptement mortel, et qui s'était déclaré en même temps que les phénomènes arthritiques changeaient de siège dans les membres : il mentionne ce fait comme une chose rare , et il y voit une inflammation rhumatismale du tissu séro-fd)reuxqui revêt le cerveau , c'està-dire delà dure-mère et de son feuillet arachnoïdien. (Voir la traduction française de Scudamore, par Deschamps. Paris, 1820 , in-8°.- p. 615.) M. le docteur l'inguehard, dans sa thèse inaugurale {Dissertation sur le rhumat. arlicvl. aigu. Paris, 1830 , n" 108. — p. 18) , a rapporté le fait suivant d'après le témoignage de M. Marjolin , qui l'avait raconté dans ses leçons orales, et qui m'en a confirmé à moi-même l'exactitude. « Un rhumatisme violent occupait le genou ; la hanche et les muscles » de la cuisse n'en étaient pas exempts eux-mêmes; on fit une nombreuse ,) application de sangsues, qu'on laissa largement saigner : le malade fut

(1) C'eu-à-diie, enirc la durc-mcre cl la pic mérc, on, mieux encore, dans la grande cavilc de rnraclincldc , qui n'cMailpas encore connue el dccrile.

INFLAMMATIONS SÉRIÎUSES. 13

» soulagé et ne tarda pas h s'assoupir. On respecta son sommeil pendant » un grand nombre d'heures; enfin on voulut le réveiller, mais ce fut » en vain. Le malade était plongé dans un coma profond; les sinapismes, » l'eau bouillante même , et tous les autres moyens mis en usage en pa- » reil cas furent employés sans succès , et le malade ne tarda pas à suc- « comber. » Enfin , en 1836 , un médecin de mes amis , le docteur Leloutre, périt d'une mort aussi rapide que prématurée, peu de jours après l'invasion d'un rhumatisme aigu, par suite d'un état comateux et comme apoplectique.

56/i. Anatomie pathologique. — A. D'abord, et il importe de le dire expressément, on ne peut considérer comme caractères anatomiques de la méningite , comme vestiges qui, à eux seuls, suffisent pour la faire admettre, ni l'injection hyperémique de la pie-mère, ni l'épanchement d'une sérosité transparente dans la grande cavité de l'arachnoïde, non plus que dans les ventricules , ni l'infiltration sous-arachnoïdienue, ni les nuages opalins de la face interne du feuillet viscéral de la séreuse : toutes altérations qui peuvent , assurément, exister à titre accessoire plus ou moins constant en cas de méningite, mais qui peuvent aussi se rencontrer dans beaucoup de circonstances où la méningite est tout-à fait hors de cause.

B. Les caractères anatomiques certains de la méningite aiguë, les seuls qui en établissent indubitablement la réalité, sont : 1° le dépôt de pseudomembranes récentes, molles et comme gélatineuses, entre les deux feuillets de l'arachnoïde, — d'où l'adhérence faible de ces deux feuillets , à moins de l'interposition d'un épanchement séreux, lequel épanchcment, en pareille occurrence, a souvent cela de caractéristique, qu'il est trouble, lactescent , floconneux (SOZi. D.) ; 2° une infiltration de pus ou de matière pseudo-membraneuse au sein même de la pie-mère , et , dans une période plus avancée du travail inflammatoire, l'épaississement d'une étendue plus ou moins grande de cette méninge , qui , là , tantôt toute rouge, tantôt blanche ou jaunâtre, se montre rugueuse et adhérente à la substance cérébrale, de telle façon , parfois , qu'elle n'est plus du tout facile à séparer de cette substance , et qu'on ne saurait guère la tirer et la détacher qu'à la condition d'entraîner un peu plus ou un peu moins de celle-là, qui se déchire et cède dans sa continuité plutôt que dans son adhérence pathologique.

C. Ne manquons pas d'ajouter que dans quelques cas de méningite aiguë, l'épanchement séreux ou séro-purulent , et notamment chez les enfans l'épanchement séreux à l'intérieur des ventricules, est très considérable, ce qui expliquerait fort bien alors l'état de coma et de carus. Mais ce même état existe bien des fois aussi sar.s qu'ensuite on trouve d'épanchemeut notable. Serait-ce que, dans ce dernier cas, l'épanché-

ment eût été résorbé en tout ou en partie depuis l'instant de la mort jusqu'à celui de l'autopsie , en vertu des propriétés hygrométriques du parenchyme encéphalique , qui pomperait ainsi la sérosité et s'en imbiberait; propriétés qui ont été bien étudiées par M. Naialis Guillot, et sur lesquelles il m'a communiqué une note fort intéressante (avril 1843).

D. Dans la plupart des cas , les altérations caractéristiques de la méningite aiguë sont accompagnées d'une hyporémie encéphalique plus ou moins prononcée (186. A.). Faut-il voir là une preuve nécroscopique , et la seule , quant à présent , possible, à l'appui de l'hypothèse qui admettrait volontiers, en pareille occurrence, l'existence d'un premier degré d'encéphalite comme complication des plus fréquentes?

E. Les adhérences celluleuses et fortes entre les deux feuillets de l'arachnoïde, et la transformation de la pie-mère en une ou plusieurs plaques dures, comme cartilagineuses, d'une épaisseur d'environ 2 à Zi millimètres, d'un blanc jaunâtre ou grisâtre, quelquefois verdâtrc : voilà deux sortes de vices anatomiques qu'il n'est pas très rare de rencontrer , particuhèrement chez l'enfance et sous l'influence de la diathcse tuberculeuse, et qui caractérisent évidemment d'anciennes méningites , toujours partielles , et le plus souvent développées autour de produits accidentels, — autour de tubercules, par exemple. D'ordinaire , ces raéningites-là ont été latentes. Quelquefois cependant leur développement n'a pas laissé que de s'accompagner, pendant la vie , de quelques troubles peu intenses, et, avouons-le, malaisés à définir, dans les fonctions des sens, du cerveau et de l'appareil musculaire. Si les symptômes de fièvre cérébrale (562. A.) ont fini par se développer, on trouve alors, du moins dans un très grand nombre de cas , à côté de ces vestiges de méningite ancienne, de nouvelles altérations qui caractérisent la méningite aiguë , et qui sont venues se surajouter au premier mal.

F. Les méningites aiguës des enfans , il importe bien de le dire, sont des méningites tuberculeuses (30Zi. L) dans l'immense majorité des cas; et c'est en quoi , surtout , consiste le danger , l'inévitable léthalité de la maladie. Chez ces petits malades , la pie-mère offre, non pas toujours, mais le plus souvent, soit dans les endroits mêmes où elle se montre enflammée, soit ailleurs encore, des granulations ou corpuscules blanchâtres, en plus ou moins grand nombre , et dont le volume varie depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui du plus petit grain de sable. Or, ces granulations, que sont-elles, ^ — avec leur consistance grcmic et friable , qu'on apprécie très bien dans les plus grosses , — avec leur composition chimique , dont l'albumine forme la principale base, ainsi que M. A. Becquerel l'a fait constater par M. Pelouse , — avec leurs apparences de matière brute et sans aucune trace d'organisation , même

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à l'examen microscopique, ainsi que ce médecin dit s'en être assuré par ses propres yeux? Ces granulations ne sont donc rien autre chose que dos tubercules, complètement analogues à ceux qui se développent chez les phtliisiques dans le tissu sous-pleural et sous-péritonéal. Le plus souvent isolées, — quelquefois, au contraire, elles sont agglomérées en petites masses jaunâtres ou en plaques mamelonnées. Au surplus , il est bon de remarquer qu'il n'y a aucun rapport entre le nombre de ces granulations et les symptômes cérébraux : d'autant mieux , disons-le sur-lechamp , qu'elles peuvent même exister avec une absence totale de ce genre de symptômes. Avertissons aussi que lorsqu'on est encore novice eu fait d'investigations cadavériques , on pourrait aisément prendre ces granulations pour des glandes de Pacchioni ; mais les glandes de Pacchioni n'existent que dans le voisinage de la grande scissure et en d'autres endroits déterminés c]ue les anatomistes savent, tandis que les granulations tuberculeuses peuvent se rencontrer sur toute l'étendue de la convexité et de la base du cerveau, et particulièrement à la base, où elles sont toujours plus nombreuses. Si aujourd'hui la fréquente coexistence des granulations pathologiques de la pie-mère est un fait unanimement reconnu , un fait irrévocablement acquis à la science , il faut surtout en rendre grâce aux recherches spéciales et aux écrits de MM. Gerhard (voyez The nevo American Journal of the médical sciences. Philadelphie, numéro du l"-' avril 1834.) et Rufz, thèse déjà citée (557 ) ; (quoique, par parenthèse, M. Rufz ait frappé fort plutôt que frappé juste , quoiqu'il ait eu le tort de regarder les granulations tuberculeuses comme constantes dans la fièvre cérébrale des enfans, erreur que, depuis, il a désavouée dans la Gazette médicale, année \%L\i, p.Zi9- 52, et qu'il prétend même n'avoir pas commise, mais qui, il a beau dire , n'est que trop clairement exprimée dans sa thèse inaugurale , notamment p. 9-10, 16 et 21). Une fois les recherches de MM. Gerhard et Rufz publiées et connues, MM. Piet , A. Becquerel , Valleix, et plusieurs autres observateurs distingués, sont venus confirmer de leur témoignage la thèse en question. Toutefois, il est juste de dire ici que M. Guersant avait signalé les granulations sous-arachnoïdiennes, en 1826, dans son article ^Méningite du Diclionnaire de Médecine en 21 volumes (t. XIV, p. 169, lign. 12-U). Et, longtemps avant M. Guersant, Pinel ne les avait-il pas aperçues, lorsque, dans sa Nosographie , article Phrénéiie (t. H, p. 390) , il rapportait que l'autopsie d'un enfant de sept ans , mort d'une inflammation des méninges , « fit voir l'arachnoïdc très épai.sse en plu.sieurs jioints, et parsemée de granula- >> TIONS? »

505. Eliohrjie. — f287.) — A. En fait de causes prédisposantes, ce qu'il y a de pins positif et de plus important à signaler, c'est le triste privilé^fe de la première enfance pour la production de la méninjiito

aiguë, qui est extrêmement fréquente à cet âge, surtout à partir de la deuxième ou troisième année , ainsi que nous l'attestent maints observateurs, Odier, M. Coindet, M. Pict, M. A. lîecquerel, etc., etc. Et il paraîtrait, à en juger par la concordance des léraoignages de plusieurs observateurs (Senn , Gerhard , Rufz, A. Becquerel , etc. ) ,que le printemps et le commencement de l'été sont les saisons qui favorisent particulièrement le développement de la méningite aiguë chez les enfans. Ce qui est certain , c'est que cette maladie frappe surtout les enfans affectés de diathèse tuberculeuse (56Zi. F.) : c'est dire qu'elle frappe les enfans d'un tempérament phlegmatique, d'une constitution scrofuleuse, les enfans nés de parens tuberculeux ; qu'elle frappe peut-être plus de petites filles que de petits garçons; qu'elle frappe les enfans des classes pauvres, les enfans mal logés , mal nourris, plutôt que les enfans des classes aisées. Au surplus, à l'endroit des enfans tuberculeux, il y a deux cas à distinguer, et que voici : 1" quelques tubercules existent à peine dans les poumons , et cependant la tuberculisalion encéphalique se manifeste avec rapidité et d'une façon très étendue ; 2° la tuberculisation encéphalique ne se développe et ne se manifeste par les symptômes de fièvre cérébrale qu'après une infection tuberculeuse très considérable de la poitrine ou de l'abdomen ; et quelquefois même , dans ce dernier cas , la maladie cérébrale n'avance que de bien peu de temps la mort des petits malades. Quant à l'influence de la dentition , on ne saurait, je pense, refuser de lui reconnaître, avec MM. Coindet, Senn, et beaucoup d'autres observateurs, un certain degré de valeur. Il nous semble téméraire de nier complètement cette influence, comme la nie, par exemple, JM. Piet, parce que, dit-il , on a pris pour des méningites tant et tant de cas de convulsions qui en diffèrent en ce qu'ils ne laissent pas ordinairement après cUx d'altération appréciable des méninges. Mais une influence qui peut ordinairement produire des convulsions avec hyperémie encéphalique (18/i), — c'est là un point incontesté, — une telle influence, dis-je, ne peut-elle pas, d'autres rircouslances aidant, concourir h faire naître une encéphalite et une liiéningite bien confirmées ?

B. Pour ce qui est des causes occasionnelles, force nous est d'avouer très souvent, notamment chez les enfans, qu'elles n'existent pas, ou, ce qui revient au même, qu'elles ne peuvent être constatées. Dans d'autres cas , la méningite se développe sous le coup de quelqu'une des causes occasionnelles banales (84), parmi lesquelles, toutefois, il convient ici de distinguer particulièrement les suivantes, comme ayant véritablement dans la pathogénie de la méningite un rôle moins banni , une influence plus spéciale , qu'il n'appartient aux autres causes de la même catégorie : je veux dire, 1" la métastase rhumatismale (563. E.) ; 2" la délitescence d'un érysipèle facial, comme , par cxcnii)le , dans les XX' et X\V obser-

INFLAMMATIONS SÉaEtiSKS. il

valions de M^h Parenl-Duchàtclct et Martinet; 3" la suppression brusque d'une pseudo-teigne eczémateuse Ilucnte (361, A.), ou de toute autre sécrétion pathologique depuis Jongleuips fixée sur le cuir chevelu , — point d'éliologie sur lequel }\. Piet a particulièrement insisté , avec beaucoup de raison, cerne semble, tant d'après ses propres observations, qu'il rapporte tout au long, que d'après des exemples empruntés h ses devanciers. Enfin, comme causes déterminantes , comme causes qui, effociivemcnt , à titre plus ou moins péremptoire , méritent d'être ainsi qualifiées en fait d'irritation ou d'innammalion de l'encéphale et de ses membranes , je signalerai principalement les circonstances que voici : 1° les excès de travail intellectuel; 2" les émotions violentes , comme, par exemple, une forte colère (voyez le cas que M. Piet rapporte dans sa thèse, p. 1 5) , ou bien une vive frayeur (voyez , entre antres exemples, la XXXIX' observation de MM. Parcnt-Duchâtclet et i^îariinet, un cas rapporté par Odier, un autre par M. A. Becquerel , un autre encore par M. Piet; — notons à l'égard de ce dernier cas, doublement mentionné , p. 1^ et p. 16, dans la thèse de M. Piet, que le premier phénomène observé à la suite de la frayeur fut la disparition d'une ancienne crtipiion croùtcusc du cuir chevelu) ; 3° les veilles prolongées; k" l'insolation; 5" les plaies et les contusions de la tête , comme dans la XXIP observation de MM. Parent-Duchàtelet et Martinet, dans les cas rapportés par Odier, M. Piet, etc.; et bien entendu qu'en pareille circonstance la dure-mère participe à l'inflammation; 6" enfin, entre autres affections prolopnihiques, la carie du rocher, — cas où il arrive assez fréquemment qu'après quelques symptômes d'otite aiguë, mais lo plus souvent après une otite chronique, après une otorrhée de longue durée, quelquefois après l'issue d'esquilles , l'inflammation s'étende aux méninges et au cerveau , — cas spécialement étudié avec autant de talent que de soin par le docteur Roderick dans un journal anglais. ( The London médical gazelle, n" du 9 mars 1839, p. 86Ù-6. — On diseasa ofllte pelrous portion of the temporal bone , shewing Uie peculiar form of inflammation which il jn'oduces in the membranes ofthe brain.)

566. Incertitudes et obscurités du diagnostic. — A. Dans l'appareil symptomatique qui constitue une fièvre cérébrale .563. A.), il n'y a rien qui permette à la science, telle qu'elle est jusqu'à présent, de distinguer les cinq espèces anatomiques que voici :

i" Fièvre cérébrale sans- vice matériel, ou tout au plus, avec les simples apparences d'une hyperémie encéphalique (186. A.). Cas dont la réalité est incontcsiable , que j'ai, pour ma part, eu occasion de constater chez des sujets adultes, et qui se présente quelquefois aussi chez les enfans, comme l'aittstent maints obser\ateurs voués à la pathologidu premier âge.

2° Fièvre cérébrale avec granulations de la pic-mère, mais sans altérations caractéristiques d'un travail iiillammatoire. Cas si fréquent chez les enfans, comme cela ressort des observations de MM. A. Becquerel, riet, etc. , etc.

3° Fièvre cérébrale avec altérations évidemment phlegmasiques do l'araclmoïdc et de la pie-mère , en outre des granulations méningées , des tubercules intrà-cérébraux et autres. Tel est le cas le plus commun chez les enfans, le cas qui s'appelle méningite tuberculeuse aiguë.

Fièvre cérébrale avec altérations phlegmasiques des méninges, mais sans complication de tubercules. C'est là la méningite aiguë franchement inflammatoire des auteurs contemporains : affection rare dans l'enfance , et relativement plus fréquente dans les autres âges de la vie.

5° Fièvre cérébrale avec ou sans granulations méningées, avec ou sans méningite caractérisée , mais avec des ramollissemens qui accusent évidemment une encéphalite. — N'est-ce pas, en effet, une distinction arbitraire que celle que M. Lallemand a voulu établir entre VarachnHis et l'encéphalite , en professant que la première de ces affections se fait reconnaître par les symptômes convulsifs sans paralysie, et que la seconde réunit constamment aux symptômes convulsifs une paralysie lente et progressive, et, de plus, a jme marche inégale et intermittente? Une autre prétention non moins contestable du même auleur , c'est de considérer comme le signe pathognomonique des ramollissemens cérébraux ces contractions tétaniques (i6. C.) qui se manifestent dans les muscles des membres, et que l'on nomme aujourd'hui contractures. Or, contrairement à cette assertion, M. Piet, par exemple, affirme avoir observé quelquefois des contractures dans la fièvre cérébrale des enfans sans que l'autopsie cadavérique montrât de ramolfissement , et d'une autre part il a rencontré des ramollissemens étendus sans qu'il y eût eu de contractures.

Eh bien, maintenant, après tout cela, devons-nous continuer, ainsi que nous le faisons tous ou presque tous , de confondre en clinique ces divers cas sous le nom de méningite plutôt que sous celui de fièvre cérébrale? Devons-nous affecter ainsi une vaine ostentation de diagnostic anatomique , qui , tant de fois , n'est rien moins que justifiée par l'autopsie ?

B. Méningite, encéphalite ou méningo-encéphahte , n'importe ce qu'il en peut êlre sous le rapport anatomique , toujours est-il que la fièvre cérébrale, en tant que maladie prise et considérée purement et simplement au point de vue symptomatique , comme nous sommes en vérité obligés de la prendre et de la considérer sur le vivant , n'est guère facile h diagnostiquer dans la période d'invasion; et cependant il serait très important de reconnaître dès lors que l'on a devant soi celte grave

maladie, afin d'employer aussitôt un traitement énergique. Le diagnostic n'est posé avec certitude qu'après l'apparition des symptômes qui consistent dans la perversion de Tétat mental et de la contractilité musculaire ; et toutefois, parmi ces symptômes , il n'y en a pas un qui puisse être regardé comme signe pathOgnomonique. La maladie se reconnaît plutôt par la combinaison et la succession des symptômes que par leur nature même ou leur intensité.

C. Chez les enfans particulièrement, c'est surtout avec la fièvre typhoïde que la fièvre cérébrale peut être confondue dans son début, ou bien aussi avec la période prorlromique de la variole.

567. Pronostic. — A. Dès qu'il y a fièvre cérébrale bien caractérisée, le pronostic doit être grave , très grave. Et il devra l'être d'autant plus que le délire sera extrême lit ininterrompu , et qu'il s'y joindra des convulsiojis violentes et des grincemens de dents. Car, en semblable circonstance, la mort s'ensuit presque toujours.

B. Dans la fièvre cérébrale des enfans en particulier , une fois parvenue à la troisième période ou période comateuse (563. B. y.), il ne doit plus y avoir d'espérance ou peu s'en faut. M. Senu, M. Gerhard, M. Piet, entre autres, disent formellement qu'en pareil cas ils n'ont jamais vu de guérison.

C. Lorsque les yeux demeurent tournés en haut, fixes et immobiles dans cette situation convulsive, nousdirions mieux, tétanique, c'est là.nn signe de fort sinistre augure, c'est l'indice d'une prompte catastrophe. Un ou deux jours, tout au plus, se passent entre l'apparition de ce symptôme et la mort.

568. Thérapeutique. — -290.) — Je n'insisterai ici que sur le traitement à instituer contre la forme aiguë de la méningite, contrôla fièvre cérébrale. Voici donc les principaux moyens que nous pouvons exploiter à cet effet.

A. Phlébofomies et autres émissions sanguines, notamment les sangsues derrière les oreilles, et les ventouses scarifiées aux tempes ou h la nuque. — M. Cruveilhier {oper. cit. , p. 27-8) a préconisé, particulièrement pour les jeunes enfans, la saignée de la pituitaire. Et de préférence à l'application de deux ou trois sangsues dans l'intérieur des narines, il avait même imaginé un instrument particulier [pliJébolome de la jiiltdtaire) en forme de litholome caché. Il rapporte tout au long un cas assez bien caractérisé chez un enfant de trente-deux mois, qu'il eut le bonheur de guérir en opérant la saignée de la pituitaire , d'abord , le jour même de la première visite (le cinquième de la maladie), avec une aiguille à tricoter el îi l'aide d'une sang.sue dans chaque narine, puis, le lendemain , avec le phlébotome en question.

B. Emploi du froid sur la tête : avec ou sans l'intervention de bains

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chauds (79. C. y.) pour le reste du corps pendant le temps môme que la lète demeure soumise à l'influence de cet agent physi(|ue. — iM. Charpentier, surtout, a préconisé cette médication : il assure avoir obtenu d'éclatans succès par l'application permanente et très longtemps prolongée d'une vessie pleine de glace ou d'eau froide; il ne veut pas qu'on suspende un seul instant l'usage de ce moyen; il ne veut pas qu'on laisse jamais la glace se fondre entièrement, encore bien moins l'eau s'échauffer, et qu'on attende jamais jusque là pour les renouveler; il prétend que si le traitement par le froid n'a pas réussi entre les mains des autres médecins, comme entre les siennes, c'est faute de continuité et de durée ; il prescrit de maintenir la glace douze et quinze jours de suite, de la maintenir plusieurs jours même après la cessation des symptômes cérébraux, et de ne la supprimer à la fin que graduellement et par intervalles bien ménagés et rendus peu à peu de plus en plus longs; l'existence d'une bronchite n'ef^t pas pour lui une contre-indication. Bien entendu qu'avec cela il n'interdit ni les émissions sanguines ni les révulsifs : tout au contraire. M. Charpentier, grâce à cette méthode, assure-t-il, fut assez heureux pour opérer quinze guérisons de suite; il échoua une seule fois , mais on ne l'avait appelé que le sixième jour delà maladie. Après cela, il est vrai, oii peut douter si ces quinze guérisons avaient trait à des cas réellement graves et bien caractérisés. — Quoi qu'il eu soit, au lieu d'une vessie de glace eu d'eau froide, l'irrigation continué, ainsi que M. Piet, entre autres, l'a proposé, pourrait fort bien remplir la môme indication.

C. Médication révulsive. Soit par voie de purgations calharliques ou drastiques. Soit par le moyen de sinapismes appliqués sur les membres, et répétés, au besoin, tous les jours; par le moyen de vésicatoires; par le moyen de frictions faites avec la pommade stibiée sur le cuir chevelu , préalablement rasé. M. Cruveilhier {ioc. cil.,Y>. 25) dit avoir vu, dans un cas, la fièvre cérébrale disparaître, comme par enchantement, à la suite de plusieurs demi-bains sinapisés.

D. Médicamentation sialagogue par mercurialisme (132. G. c. — et 1x2)0. A.) , mais avec la condition expresse de la produire et de la pousser avec la rapidité et l'énergie que réclame ici l'ui gence du péril. Soit à l'aide des frictions avec l'onguent napolitain. Soit par l'administration d'un décigramme de calomel d'heure en heure, ou de deux heures en deux heures , jusqu'à plein et entier développement de la salivation.

E. Opium à haute dose (deux , trois , quatre et même cinq décigrammes par jour). L'inutilité à peu près constante du traitement ordinaire (antiphlogisliques proprement dits et révulsifs) est un motif plus que suffisant pour autoriser les praticiens à recourir à la médicamentat;on narcotique. D'autant mieux que, diuis les récentes épidémies d"A-

INFLAMMATIONS SKUliLSI'S. 21

vignon et do Strasboiii-g , lAf. Chaiinacd et Forget n'ont trouvé que l'opium qui lut réelleiucut clficace. Celte heureuse puissance de l'opium n'aurait-elle été \h qu'un résultat lout-à-fait exceptionnel , par suite de je ne sais quel rapport occulte et mystérieux du médicament avec la nature spéciale de l'épidémie? Ou bien, plutôt, ne serait-ce pas tout simplement que l'opium , ainsi administré, possède une vertu généralement applicable au traitement des fièvres cérébrales ? Ne serait-ce pas que les guérisons d'Avignon et de Strasbourg sont un exemple , une révélation d'une loi non moins large que nouvelle à instituer en thérapeutique? Pour ma part , je me suis proposé de faire dans ces vues une suite d'expériraeniaiions cliniques, pour les fièvres qui se présenteraient à moi dans des circonstances opportunes et convenables ; et , si je ne me trompe , j'ai déjà obtenu , en quelques cas , d'heureux résultats , par le moyen de la médicamentation dont il s'agit.

Au surplus, il est parfaitement clair que les divers moyens qui précèdent ne peuvent être que vains et impuissans contre la méningite tuberculeuse, si commune chez les enfans, et surtout chez les cnfans pauvres. Car alors la première condition serait de soustraire la cause du mal , de résoudre les tubercules ; et c'est ce qui , jusqu'à présent , est au-dessus des ressources de l'art. Voilà pourquoi , à l'hôpital des Enfans , la règle est , sauf exceptions rarissimes , que tout échoue,

§ II. Un mot sur ]a Méningite rachidienne.

.569. Aperçu nosologique.— Y a-t-il des symptômes constans , caractéristiques , paihognoraoniques , par lesquels l'existence d'une méningite rachidienne se trahisse et se révèle toujours avec une entière évidence? >"on, pas plus, assurément, que pour la méningite encéphalique. Sans doute que, dans bien des cas, une douleur plus ou moins vive , ayant son siège le long de la colonne vertébrale , et s'exaspéranl parla pression qu'on vient à exercer sur les apophyses épineuses, accompagne la méningite rachidienne. Maïs d'une part il se peut que cette douleur fasse défaut , et que la méningite rachidienne , comme la méningite encéphalique, comme tout autre genre de phlegmasie séreuse (30^. G.), soit latente; et d'autre part, cette même douleur a été observée dans des cas où lanécropsien'a constaté aucunes traces d'innammatiou dans les méninges de la moelle épinière. Il est encore bien évident que la méningite rachidienne doit souvent produire diverses perturbations des fonctions locomotrices, convulsions, contractions tétaniques, paraly.sies, etc. , — soit par suite d'une irritation sympathique de la moelle , si tant est qu'en pareil cas il ne faille pas considérer celle-ci comme éprouvant elle-même, pour le moins, un premier degré de véritable indannuaiion , — soit par suite d'une compi-ession plus ou moins forte que la moelle subit, à raison d'une iafiltration considérable de pus dans la pie-mère. Mais, d'une

part , il arrive parfois , même avec cette dernière circonstance , qu'il n'y ait aucun trouble notable des fonctions locomotrices ; et d'autre part, il est certain que l'inflammation de l'encéphale et des méninges suffira seule à produire toutes les perturbations possibles de la contraclilité musculaire , et cela sans entraîner nécessairement le désordre mental. Le renversement du tronc en arrière et de façon à former une sorte d'arc , en un mot , l'opisthotonos , voilà le symptôme que l'on a prétendu être l'indice le plus certain d'une méningite rachidienne. Eh bien, cela n'est rien moins que pathognomonique ; si effectivement ce symptôme se rencontre parfois avec la méningite rachidienne, il peut , parfois aussi , se montrer sans elle.

Au surplus , dans la plupart des cas où l'on constate une méningite rachidienne , on trouve en même temps une méningite encéphalique. Et voilà même, en grande partie du moins, pourquoi la science, jusqu'à présent , n'a guère pu faire la part précise des symptômes qui appartiennent à la première affection, et de ceux qui appartiennent à la seconde.

570. Thérapeutique. — (290 et 568.) — Pour peu qu'on soit fondé à soupçonner l'existence d'une méningite rachidienne chez un malade, voici quels sont les moyens de traitement à mettre en œuvre :

Phlébotomies. Ventouses scarifiées ou sangsues le long de la colonne vertébrale. Bains tièdes ou chauds. Hydrargyrose promptement poussée. Opium à haute dose. Vésicatoires , cautères ou moxas le long de la colonne vertébrale ; mais cela particulièrement pour les cas chroniques.

AKTICI.E XXXII.

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