VISION
548. Structure de F œil. La forme extérieure de l’oeil est a peu près celle de deux segmens sphériques de différons rayons, réunis par leur base (Fig. 228). Le rayon du plus grand segment sks' est d’environ 10 millimètres, et celui du plus petit s es' de y à 8 millimètres seulement 5 c’est celui-ci qui offre au dehors la partie diaphane et saillante de l’œil. Cette forme régulière est déterminée et maintenue par une membrane épaisse et fibreuse, d’un tissu ferme et serré , que l’on nomme la sclérotique , lorsqu’on la considère dans son ensemble comme enveloppe externe de l’organe -, mais on la nomme cornée transparente dans sa partie antérieure et diaphane s es', et cornée opaque dans ses parties s b et s' b', qui forment le blanc de l’œil , et dans toute sa partie postérieure bnb'. Aux points s et s', où la cornée opaque devient transparente, se trouve tendue, dans l’intérieur de l’œil, la membrane de Y iris ss', ayant comme on sait la forme d’un plan circulaire, dont l’intérieur est percé d’un trou rond plus ou moins ouvert, et parfaitement noir, que l’on nomme la pupille. C’est l’iris qui donne à l’œil sa couleur ; s’il était transparent comme la cornée , l’œil serait noir comme la pupille , et la vision ne pourrait s’accomplir ; il est donc essentiellement opaque, et cette condition est remplie par des enduits diversement colorés, dont il est revêtu. Derrière l’iris se trouve suspendu le cristallin çc'; il est enfermé
dans une membrane particulière que l’on nomme la capsule cvistalline , et qui va s’attacher à la cornée par tous les points de son contour. Cette capsule forme une cloison continue qui sépare l’oeil en deux parties ou en deux chambres ,- le liquide qui remplit la première chambre ou la chambre antérieure se nomme Y humeur aqueuse , et celui qui remplit la seconde chambre se nomme humeur vitrée , parce qu’il a en quelque sorte l’apparence du verre fondu. Les humeurs de l’œil sont enveloppées d’une membrane particulière, comme tous les autres liquides contenus en repos dans des cavités organiques-, celle qui enveloppe l’humeur aqueuse se nomme simplement membrane de ïhumeur aqueuse 5 celle de l’humeur vitrée se nomme lvyaloïde. Un grand nombre de ses replis pénètrent dans rhumeur elle-même, et forment en la traversant des mailles ou des cloisons dont on ne connaît pas l’usage.
Entre l’hyaloïde et la sclérotique, se trouvent encore deux autres membranes , la choroïde et la rétine , qui jouent dans le phénomène de la vision le rôle le plus important.
La choroïde est une membrane vasculaire qui revêt toute la face interne de la sclérotique, depuis le fond de l’œil jusqu’à la capsule cristalline -, il y a même quelques anatomistes qui prétendent qu’elle se prolonge en avant pour Yenir former l’iris , en se repliant sur elle-même.
La rétine n’est autre chose que l’épanouissement du nerf optique-, elle est simplement posée sur la choroïde, et s’en détache avec la plus grande facilité lorsque l’on coupe l’œil pour en faire l’anatomie. Cette membrane, ou plutôt ce lascis nerveux , offre une transparence presque complète.
Telle est à peu près la disposition générale des principales pièces qui composent l’organe de la vue. Les dimensions moyennes d’un œil humain sont ainsi qu’il suit :
.Rayon de courbure de la sclérotique 10 à ix millimètres, id. de la cornée transp. 7 à 8
Diamètre de l’iris . nài2
id. de la pupille . 3 à 7
Épaisseur de la cornée Iransp. ... 1
Distance de la pupille à la cornée.. 2 Distance de la pupille au cristallin, x Rayon antérieur du cristallin. ... 7 à 10
Rayon postérieur id. ... 5 à 6
Diamètre du cristallin . 10
Épaisseur id. . 5
Longueur de l’axe de l’œil . 22 à 24
Nous allons examiner maintenant , d’après ces données , les modifications qu’éprouve la lumière en traversant les divers milieux qui composent l’œil.
Lorsqu’un point lumineux est placé à 8 ou 10 pouces au-devant de l’œil sur l’axe du cristallin, une partie du faisceau qu’il envoie tombe sur le blanc de l’œil, et se ti’ouve irrégulièrement réfléchie dans tous les sens; une partie plus centrale tombe sur la cornée transparente , pénètre dans l’humeur aqueuse en se réfractant , et ses bords extérieurs viennent éclairer le contour de l’iris, tandis que la partie tout-à-fait centrale passe par l’ouvertuie de la pupille, traverse le cristallin, l’humeur aqueuse, la rétine elle-même , et va tomber sur la choroïde. La lumière que x’eçoit l’iris est irrégulièrement réfléchie dans tous les sens, et va reporter au- dehors la forme et la couleur de cette membrane. Le faisceau central qui ti’avcrse la pupille se trouve réfracté par le cristallin , comme il le serait par une lentille convergente; car le cristallin est plus réfringent que l’humeur aqueuse, et plus aussi que l’humeur vitrée; par conséquent , sous certaines conditions , ce faisceau, devenu convergent, doit former quelque part une image du point lumineux d’où il est émané. Supposons pour un moment qu’il forme cette image exacte-
LIVRÉ HÜITI&ir.
ment sur la rétine ou sur la choroïde en m ; alors , il est évident qu'un autre point lumineux l' fera une image pareille en m/, et qu’ainsi on aura au fond de l’œil une petite image mm' de l'objet u’. Cette image sera renversée, et présentera d’ailleurs toutes les nuances , tous les accidens de lumière et tous les contours de l’objet lui-mème.
C’est ce que l’on peut vérifier par lexpérience , en fermant le trou du volet d’une chambre noire par un œil de bœuf ou de mouton fraîchement préparé, et aminci à sa partie postérieure au point d offrir une enveloppe translucide : f observateur, placé dans la chambre noire, voit alors assez distinctement, sur le fond de l’œil soumis à l'expérience, limage de la flamme dune bougie ou d un corps vivement éclairé ; et I on ne peut douter que les images du monde extérieur, si fidèlement tracées sur la choroïde, ne soient, dans l étal de vie, la première condition delà vision.
Ainsi, considéré d’une manière générale, le phénomène phvsique de la vision parait être un résultat très-simple des lois de la réfraction et du pouvoir des lentilles; mais lorsqu'on examine de plus près toutes les circonstances qxii accompagnent la formation des images sur la choroïde , on rencontre des difficultés dont jusqu à présent la science n a pu rendre compte d une manière satisfaisante. Parmi ces difficultés, qui sont nombreuses, les plus remarquables sont les deux suivantes ;
i<= L’œil est un instrument parfaitement achromatique, caries objets ne nous paraissent point environnés d'auréoles de diverses couleurs.
2° La netteté des images semble être indépendante de la distance des objets; car nous vovons nettement à quelques pouces de distance, et nous vovons nettement encore à quelques pieds, à quelques toises, à quelques lieues même , et jusqu à plusieurs raillions de lieues ; 1 image
OPTIQUE. — CHIP. V. RÉFRACTIOX. 32Q
d'une étoile est aussi nette que celle d'une étincelle que nous avons sous les yeux.
Pour résoudre la première difficulté , il faudrait connaître exactement les indices de réfraction , les puissances dispcrsives, et les courbures de tous les milieux que la lumière traverse depuis la cornée jusqu à la rétine -, question d’autant plus compliquée et plus difficile, que les diverses parties du cristallin ont des réfractions et des puissances dispersives différentes. Cependant , sur ce point , on peut consulter avec intérêt les mémoires de M. Chossat. ( Ann. dephys. et de chim .)
Pour résoudre la seconde, on a eu recours à diverses hypothèses que nous ne devons pas discuter ici , mais dont il est utile d indiquer au moins la substance.
549. Hypothèses par lesquelles on a essayé d' expliquer comment Tœil s' accommode aux distances. Pour qu'un objet fasse son image au foyer principal d'une lentille , il faut que sa distance soit très-giande par rapport à la distance focale principale de cette lentille: par exemple, une centaine Je fois (535\ S'il s'éloigne plus, l image reste sensiblement au même lieu avec la même netteté, seulement elle diminue de grandeur 5 mais s'il se rapproche, l image recule rapidement , de telle sorte que sa distance est doublée quand l'objet est parvenu, au-devant de la lentille, à une distance double de la distance focale principale. Or, puisque nous voyous nettement à 6 pouces et à toutes les distances plus grandes, il faut nécessairement, ou que la distance de 6 pouces soit très-grande par rapport à la distance focale principale de l'œil , ou que l ensemble de l'organe ait la propriété de s'accommoder à la distance, c'est-à-dire de se changer, suivant le besoin, en lentille plus forte ou plus faible. Le premier cas n’est pas celui que nous présente la nature dans l'œil de l’homme ; c’est ce qui est évident d'après ses dimensions et ce que l ou peut vérifier aussi par l expérience suivante :
Sur un verre mince et transparent, on fait une petite taclie, et on la présente devant l’œil à 6, 8 ou io pouces de distance -, alors , lorsqu’on regarde cette taclie , on ne voit qu’une image confuse des objets qui sont au-delà du verre; et réciproquement, lorsque, sans déranger l’œil, on regarde ces objets plus éloignés , on ne voit plus qu’une image confuse de la taclie. Donc les objets qui sont à io pouces et ceux qui sont plus loin , ne forment pas leurs images en même temps et avec la même netteté sur le fond de l’œil , car on les verrait à la fois distinctement et sans confusion. Par conséquent l’œil s’accommode par un acte delà volonté, tantôt pour voir près , tantôt pour voir loin; et en effet , on a le sentiment d’une modification differente pour chacune des distances auxquelles on regarde. En observant sur quelle partie de l’organe cette modification s’exerce , on peut s’assurer que le diamètre de la pupille change avec la distance ; elle se rétrécit toujours quand on regarde plus près, et s’agrandit toujours lorsqu’on regarde plus loin. Quelques personnes peuvent même produire à volonté ces cbangemens, et alors elles voient les mêmes objets nettement ou avec confusion, suivant qu’ elles tiennent la pupille plus ouverte ou plus resserrée.
Pour expliquer cette propriété par laquelle l’œil s’accomode anx distances, on a proposé un grand nombre d’hypothèses.
Kepler avait supposé que l’œil s’allonge suivant son axe à mesure que l’objet se rapproche.
Le docteur Jurin avait émis une autre hypothèse , qui fut accueillie par Moulin , Home, Ramsden, et plusieurs observateurs connus par leur exactitude ; il pensait que la cornée seule change de forme et de courbure, et qu’elle devient plus convexe quand l’œil s’ajuste pour voir à des distances plus petites.
Descartes, Pemberton, Albinus, Hun ter et Olbers ont essayé de démontrer que le cristallin est composé de fibres
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musculaires, et qu’il peut changer de courbure en se dilatant ou eu se contractant. Le Dr Young avait adopté cette opinion.
Porterficld soutenait que le cristallin peut éprouver un mouvement de translation ; qu’il esl poussé en avant pour regarder près , et reculé pour regarder loin.
La Dire et le Roy pensaient que la mobilité de la pupille suffit seule pour expliquer le phénomène.
Après toutes ces hypothèses, il est vrai de dire que les physiciens ne savent encore à quoi s’en tenir. Ils s’accordent seulement à les rejeter toutes ou comme fausses ou comme incomplètes. Ainsi , il paraît bien certain que l’oeil ne s’allonge pas , et que la cornée ne change pas de courbure-, le mouvement du cristallin paraît impossible , et sa contraction très-peu probable.
En m’occupant de quelques recherches sur ce sujet , j’ai été conduit à une remarque qui me semble importante. La dissection d’un grand nombre de cristallins m’a fait voir que ce corps n’est pas composé de couches concentriques comme on le suppose ; mais de couches inégales en courbure et en épaisseur , comme on le voit dans les figures 22C) et 23o. Cette dernière figure représente un cristallin dans lequel une des moitiés seulement a été disséquée. lien résulte que les couches centrales étant tout à la fois plus courbes et plus réfringentes que celles des bords , les rayons qui traversent ces dernières ne peuvent pas converger au même point que ceux qui ont traversé les premières. Le faisceau central c c' converge plus près, et le faisceau des bords b b' va converger plus loin. Ainsi le cristallin n’est pas une lentille à un seul foyer, mais une lentille à un nombre infini de foyers différons. Ce fait me semble constant; sans essayer ici de le développer dans tous ses détails , j’essaierai d’indîquer comment il peut concourir à l’explication des phénomènes. D’abord si l’on place au-devant de l’oeil une lame opaque , percée d’un trou ,
dont le diamètre soit moindre que i millimètre , on distingue nettement tous les objets jusqu’à des distances beaucoup plus petites qu’on ne le pourrait faire sans cette précaution 5 c’est qu’alors le faisceau qui pénètre dans l’œil est si mince qu’il est à peine nécessaire qu’il soit aminci davantage par la convergence pour faire des images nettes..’ Aussi n’observe-t-on aucune différence lorsque le petit trou coïncide avec le bord ou avec le centre de la pupille. Avec un faisceau mince on peut donc voir nettement à toutes les distances et par toutes les zones du cristallin.
Quand on veut regarder à la vue simple et sans diaphragme un objet de plus en plus rapproché, on rétrécit de plus en plus l’ouverture de la pupille ; c’est un fait facile à vérifier. Le but de ce rétrécissement est en effet d’arrêter les rayons qui tomberaient trop loin du centre du cristallin, et dont la convergence ne pourrait avoir lieu qu’au-delà de la rétine.
Quand on veut regarder au loin, on ouvre, au contraire , la pupille autant qu’il est possible , afin que le faisceau incident soit large, et que ses bords extérieurs tombent près des bords du cristallin, pour converger ensuite sur la rétine. Alors, il est vrai , la partie centrale du faisceau converge trop tôt, mais l’épanouissement qu’elle peut pi’endre en allant depuis son point de convergence jusqu’à la rétine, est toujours très-petit, et peut d’autant moins troubler la vision, que l’éclat de sa lumière est toujours très-faible par rapport à l'éclat de la lumière des bords.
55o. Jugement sur la couleur, la forme , la situation , et la grandeur des objets.
INous distinguons les couleurs comme nous distinguons les sons, sans le secours du toucher 5 mais nous 11e les distinguons pas de prime abord sans exercice ni sans comparaisons. Il faut des expériences souvent répétées pour reconnaître que le rouge , le jaune et le bleu , par exemple, ne font pas la même impression sur nous; comme il faut
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des expériences souvent répétées pour reconnaître une différence entre les sons graves et les sons aigus. Nous voyons la lumière avant de savoir démêler les couleurs ; comme nous entendons du bruit avant de savoir démêler les sons. Ce résultat, qui semble bien naturel, se trouve confirmé par les observations que l’on a faites sur les aveugles de naissance , auxquels on est parvenu à rendre la vue dans un âge plus ou moins avancé.
Les images tracées sur la rétine sont pour la couleur, le contour et la forme, une représentation fidèle des objets 5 il suffit donc, pour que nous puissions prendre directement une idée de la forme des corps, que nous puissions distinguer les points delà rétine qui sont en repos et ceux qui sont affectés ou ébranlés par la lumière. Or, il n’y a pas un des points de notre enveloppe extérieure sur lequel cette distinction ne soit facile. Une piqûre au bras se distingue d’une piqiire au doigt, et nous pourrions, sans doute, avec le bras comme avec la paume de la main , saisir la différence qu’il y a entre un cercle et un carré. Par conséquent, il n’y a pas de raison pour que cette différence ne puisse être saisie avec plus de netteté encore, et plus de précision, sur la membrane de la rétine. Les objets donnent au fond de l’oeil des images renversées , et de là on a voulu conclure que naturellement nous devons voir les objets renversés. Cette conclusion serait légitime si l’on supposait que l ame regarde les images, et qu’elle est placée derrière l’oeil, comme une personne derrière le tableau d’une chambre noire. Mais si l’on suppose que l’àme ne regarde pas les images , qu’elle les sent, et qu’elle s’élève de la sensation à la cause qui la produit , il est évident que l’existence extérieure des corps et leur situation résultent pour nous d’un seul et même jugement. Il paraît toutefois que le sens de la vue seul ne pourrait pas plus nous conduire à la connaissance du monde extérieur que le sens de l'ouïe 5 tout semble indiquer que sur ce point le sens du
loucher nous fournit des données indispensables , et qu’il ne peut être suppléé par aucun autre sens.
L’extériorité des objets une fois constatée, \exiv distance peut être appréciée de plusieurs manières. i° Le cône lumineux qui tombe sur la pupille est d’autant plus divergent que le point qui l’envoie est plus rapproché de l’oeil, et , d’après ce que nous avons vu , il faut que l’oeil s’ajuste à ces diverses distances , pour faire tomber sur la rétine une image suffisamment nette. La conscience que nous avons de cet ajustement ou de cette modification de l’oeil, devient, par l’habitude, la donnée d’après laquelle nous portons notre jugement sur la distance. De plus , lorsque nous regardons avec les deux yeux, nous devons donner à leur axe optique une inclinaison relative d’autant plus grande que l’objet est plus rapproché : nous avons pareillement conscience de cette inclinaison ; c’est une seconde indication qui vient au secours de la première et qui donne en général beaucoup plus de justesse à nos jugemens ; car, il est facile de se tromper quand on juge avec un oeil , à moins de s’y être exercé.
On appelle distance de la vision distincte la distance à laquelle nous voyons nettement et sans effort divers objets, tels, par exemple, qu’une page imprimée en caractères ordinaires. Cette distauce est d’environ io pouces pour les vues moyennes , elle est de plusieurs pieds pour les vues presbytes, et seulement de quelques pouces pour les myopes. Au reste, elle varie avec les dimensions des objets -, des lettres très-fines, par exemple, et des lettres de moyenne grandeur ne peuvent être distinguées à la même distance.
Lorsque les objets sont assez éloignés pour qu’en les regardant les axes optiques des deux yeux deviennent sensiblement parallèles, nous n’avons plus de règle sûre pour déterminer leur distance ; alors nous avons recours à des considérations plus ou moins trompeuses : nous tenons
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compte de l’éclat de la lumière , de la netteté avec laquelle nous distinguons les détails, de la grandeur des objets eux-mèmes, si elle nous est connue d’avance, etc. ; par ces divers moyens, habilement combinés , quelques observateurs parviennent à une étonnante précision dans leurs jugemens-, mais s’ils changent de lieu ou de climat , leur science est à chaque instant déboutée par un autre aspect du ciel, un air plus pur ou plus brumeux, ou par des objets d’une forme nouvelle.
Le jugement de la grandeur est , en général , une conséquence du jugement de la distance. L’image d’un vaisseau peut être au fond de l’œil d’un observateur beaucoup plus petite que celle d’une barque, et cependant l’observateur ne s’y trompera pas, il dira que le vaisseau est plus grand que la barque , parce qu’il pourra juger que sa distance est beaucoup plus. grande. Cependant quand nous savons d’avance la grandeur d’un objet, nous pouvons nous en servir pour estimer sa distance-, c’est ainsi, par exemple, que la hauteur d’une tour est mieux appréciée quand on voit sur son sommet des hommes ou des objets d’une grandeur connue-, mais si ces hommes étaient des nains, l’œil ne s’y laisserait pas prendre, il trouverait sans doute dans les modifications de la lumière des moyens de se défendre de l’illusion.
55 1. Avec les deux yeux on ne voit qu'un objet, mais on le voit plus éclairé.
Quand nous regardons un tableau avec les deux yeux, nous donnons aux figures qui le composent une position déterminée par rapport à nous, et comme cette position est exactement la même , soit que nous regardions avec l’un des deux yeux ou avec l’autre, il est impossible que le tableau nous paraisse double quand nous le voyons avec les deux yeux ensemble. Il n’en est plus de même lorsque nous regardons un objet qui se projette sur un second plan un peu plus reculé } cet objet cache à l’un
des yeux une partie du second plan et à l’autre une autre partie; par conséquent, avec les deux yeux, on est embarrassé de savoir sur quelle partie du plan il doit tomber ; niais il n’arrive presque jamais que les deux yeux aient une égale force, ou plutôt il y en a toujours un qui l’emporte et auquel nous prêtons une plus forte attention; c’est d’après les impressions de celui-là que nous décidons.
Pour juger qu’un objet vu par les deux yeux est vu plus éclatant que s’il était vu par un seul , il suffit de regarder une bande de papier blanc avec l’un des yeux et de placer devant l’autre un obstacle qui nous en cache la moitié. La partie qui est vue par les deux yeux à la fois parait beaucoup plus éclairée que celle qui n’est vue que par un seul.
552. De quelques accidens de la vue. Les presbytes ont la vue trop longue , ils sont obligés de placer à deux ou trois pieds de distance un papier qu’ils veulent lire; plus près toutes les images sont confuses. Cette espèce d’infirmité, qui vient d’ordinaire avec l’àgc, résulte évidemment d’un défaut de convergence dans les faisceaux qui traversent les humeurs de l’oeil ; et l’on suppose, en général , qu’elle tient à un aplatissement de la cornée ou du cristallin. Tous les presbytes ont habituellement la pupille très-peu ouverte, comme s’ils faisaient un effort continuel pour se servir du centre du cristallin , plutôt que des bords, qui ont en effet, comme nous l’avons vu , une distance focale encore plus grande.
Les myopes ont la vue trop courte ,• pour voir nettement les objets ils sont obligés de les approcher à la distance de quelques pouces ; tout ce qui se trouve au-delà est pour eux enveloppé d’un nuage, et ne forme au fond de l’oeil que des images confuses. Cet accident est opposé au presbytisme, et il résulte en effet d’une cause contraire : les faisceaux qui traversent l’œil d’un myope éprouvent une trop rapide convergence ; ils se croisent avant de
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tomber sur la rétine. On suppose, en général, que les myopes ont la cornée ou le cristallin trop convexe -, on remarque aussi que leur pupille est toujours très-dilatée; comme s’ils essayaient de se servir des bords du cristallin plutôt que des parties centrales, qui ont une distance focale principale encore plus désavantageuse pour eux, parce qu’elle est plus petite.
De quelque manière que s’accomplisse la vision distincte , soit qu’elle se fasse à la distance moyenne de huit à dix pouces , comme dans les bonnes vues , soit qu’elle se fasse à plusieurs pieds, comme chez les presbytes, ou a quelques pouces seulement , comme chez les myopes , il arrive toujours que, pour voir avec la plus grande netteté, il est nécessaire de tourner l’œil convenablement, de telle sorte que l’image tombe sur un certain point de la rétine et non pas sur un point quelconque. Le point, ou plutôt le petit espace sur lequel on amène les images pour voir le mieux possible , se nomme le point sensible de la rétine 5 il est placé en général près de l’axe de l’œil.
Il y a aussi au fond de l’œil un point que l’on appelle le point insensible ou punctum cæcum , c’est le petit espace circulaire occupé par l’extrémité du nerf optique et d’où partent tous les filamens nerveux qui s’entrelacent de mille manières pour former la rétine. La lumière qui tombe sur cet espace ne donne pas plus d’impression que si elle tombait sur un nerf quelconque mis à découvert-, et, comme on 11c distingue pas la lumière par les nerfs de l’ouïe , du goût ou de l’odorat, non plus que par les nerfs des bras ou des jambes, on ne distingue pas la lumière par le nerf optique avant qu’il soit épanoui en réseau et étalé sur la choroïde. Ce fait remarquable semble bien indiquer encore que la rétine sent les images sur la choroïde comme la main sent les formes, les contours et les divers degrés de poli des corps qu elle touche.
On reconnaît l’existence et la position du point insenn. 32
sible de la reline par l’expérience suivante , Fig. a43. Sur un fond noir et horizontal s»' on place deux petits disques blancs ou deux petites boules , dont les centres soient à environ trois pouces l’un de l’autre ; ensuite on regarde d’en haut à la distance de 10 ou 12 pouces, et dans une position telle que l’œil droit soit verticalement au-dessus du disque du gauche et que la ligne des deux yeux soit parallèle à la ligne des disques. Ces deux Conditions étant remplies, on ferme l’œil gauche, et l’on regarde le disque de gauche avec l’œil droit, en l’éloignant ou en l’approchant un peu, mais toujours dans la même verticale -, alors on trouve une position où le disque de droite est complètement invisible. Plus près ou plus loin i l reparaît à l’instant, et jamais on ne cesse de le voir si la ligne des deux yeux est seulement un peu oblique par rapport à celle des disques.
Le docteur Wollaston a observé sur lui-même un phénomène de vision extrêmement remarquable, et il en a tiré une conséquence bien curieuse sur la marche et la distribution des filets nerveux dans le nerf optique. Un jour, après un violent exercice de deux ou trois heures, il reconnut soudainement qu’il ne pouvait plus distinguer que la moitié des objets : en regardant, par exemple, le mot Newton , il voyait les trois dernières lettres ton sans rien apercevoir des trois premières ; de même, en regardant un homme en face, il ne voyait que la moitié de sa figure et la moitié de son corps , etc. Ce phénomène de semi-vision dura un quart d’heure environ; il avait lieu pour un œil comme pour l’autre, ou pour les deux ensemble ; c’était la moitié gauche dés objets qui était invisible, c’était par conséquent la moitié droite de chacun des yeux qui était insensible, Fig. 248.
Vingt ans plus tard, en 1824, le même phénomène se renouvela sans aucune cause apparente , mais en sens inverse; c’était, cette fois, la moitié droite deà objets qui
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était invisible, et par conséquent, la moitié gauche des yeux qui était insensible. Wollaston a eu l’occasion de constater des affections pareilles sur deux de ses amis-, pour l’un, clic a été passagère, pour l’autre, elle a été permanente et probablement accompagnée d’un épanchement.
M. Arago a souvent éprouvé cette semi-vision, et comme Wollaston, tantôt à droite , tantôt à gauche, mais toujours pour un temps assez court. On peut remarquer que, dans aucun cas jusqu’à présent connu, le phénomène ne s’est manifesté sur un oeil seulement , et que jamais non plus il ne s’est manifesté dans le sens horizontal -, c’est toujours par des plans verticaux que se sont trouvés partagés les objets dont on n’apercevait que la moitié. Ces faits étant bien constatés, voici la conséquence physiologique que le Dr Wollaston en a tirée. Puisque les deux moitiés droites de l’œil peuvent perdre simultanément leur sensibilité sans que les moitiés gauches soient affectées , et vice versd, il est probable que c’est un seul et même nerf qui se distribue aux deux moitiés droites, et un autre nerf qui se distribue aux deux moitiés gauches. Or, il y a deux nerfs optiques » et n' (Fig. 248) qui sortent du cerveau pour venir se distribuer aux yeux et former les deux rétines par leur épanouissement -, ces deux nerfs se rapprochent et semblent 5e croiser ou se confondre un instant, au-dessus du sphénoïde en ce' 5 il faut donc qu’ils éprouvent une semi-décussation , c’est-à-dire, qu’ils se croisent seulement à moitié. P§ur le nerf de droite, la partie c'r' reste à droite et vient se distribuer en nd', tandis que la partie r'r passe à gauche pour aller se distribuer dans la partie g d -, pour le nerf de gauche, la partie Icr reste à gauche et se distribue en Gg, tandis que la partie Irr' passe à droite pour aller se distribuer eu Dg'. C’est lainsi que le phénomène de la semi-vision devient une Iprcuvc du fait de la semi-décussation.
Les anatomistes avaient disputé long-temps sur la ques-
tion de savoir s’il y a au-dessus du sphénoïde juxta-position des deux nerfs optiques ou décussation complète, c’est-àdire, croisement de tous les filets. Les preuves pathologiques ne manquaient ni à l’une ni à l’autre des opinions-, car on cite des cécités de l’œil droit accompagnées d’une atrophie complète du nerf optique gauche avantle rapprochement, ce qui annoncerait la décussation-, et l’on cite aussi des cécités pareilles accompagnées d’une atrophie du nerf optique droit dans toute sa longueur, soit avant soit après le rapprochement, ce qui annoncerait une simple juxtaposition. Les observations du Dr Wollaston ne paraissent pas cependant avoir porté la conviction dans tous les esprits; M. Magendie a fait, par exemple, sur les lapins, des expériences intéressantes qui le conduisent à admettre la décussation complète ; mais il ne faut pas oublier que Wollaston n’a parlé que des nerfs optiques de l’homme, et je ne connais jusqu’à présent aucune expérience bien faite qui soit contraire à son opinion.
Il y a plusieurs maladies qui peuvent produire l’affaiblissement ou même la perte totale de la vue. Quelquefois la cornée devient opaque et se couvre de taches blanches que l’on nomme des taies. Ces taches sont comme des écrans opaques posés devant la pupille, et leur grandeur, leur forme ou leur position produisent des phénomènes variés dont il est facile de se rendre compte d’après ce que nous avons dit des lois de la vision.
La pupille peut être complètement fermée par suite de quelques accidens; le seffl remède est alors de faire une pupille artificielle, c’est-à-dire, une ouverture aussi rapprochée du centre qu’il est possible.
Le cristallin peut devenir opaque dans toute son étendue, ou seulement dans quelques parties; on est alors affecté de ce qu’on appelle la cataracte. Pour remédier à ces affections qui malheureusement ne sont pas rares, il faut déplacer le cristallin ; l’opération se fait tantôt par
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abaissement , tantôt par ablation. Dans le premier cas, le cristallin est seulement enfoncé dans l’humeur vitrée et disparait après quelque temps; dans le second cas, il est extrait par une ouverture que l’on pratique latéralement dans le globe de l’œil.
Apres avoir rapporté les faits les plus intéressans et les mieux connus sur les phénomènes de la vision , nous pouvons maintenant étudier successivement les divers instruwens d’optique.