‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 3)Chapitre 14 sur 39 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Du niouvenient des Corps électrisés.

Ô85. Toutes les expériences précédentes nous conduisent h regarder la matière électrique comme un fluide subtil enveloppant les atomes des corps , et remplissant peutêtre les intervalles plus ou moins grands qui existent entre eux. Ce fluide, dans son état neutre, exerce sans doute quelque action sur lui-même ; mais jusqu’à présent les effets qui en résultent nous restent complètement inconnus; c’est seulement quand il est décomposé , qu’il se manifeste à nous par des phénomènes particuliers. Alors il exerce une action sur la matière pondérable , il lui imprime des mouvemens variés , et l’on croirait d’abord qu’il la sollicite directement par des forces attractives ou répulsives. Cependant un examen plus attentif nous fait voir que, si les atomes de matière sont agités par les fluides électriques, ils ne peuvent l’être que par une action indirecte de pression ou d’impulsion. De telle sorte que les mouvemens des corps électrisés ne sont que des mouvemens secondaires, dans lesquels la matière n’est point une puissance , mais une simple résistance , recevant passivement toutes les directions que lui imprime le fluide électrique. Et il est curieux de voir comment des masses pondérables peuvent être déplacées et emportées par un fluide impondérable.

584. Mouvement des corps non conducteurs électrisés. — Il ne paraît pas qu’il existe aucune attraction à distance, ni même aucune affinité entre le fluide électrique et la sub-

stance des corps non conducteurs; car tous ces corps perdent leur éleclricilé dans le vide. D’après cela , si nous considérons deux balles de gomme laque , par exemple , chargées l’une et l’autre d’une même électricité et mises en présence , la seule force qui les sollicite, est la répulsion de toutes les molécules du fluide dont elles sont revêtues; l’eflet immédiat de celte force serait donc d’écarter ces molécules, et de les disperser de toutes parts, si elles pouvaient se mouvoir librement ; par exemple , si les deux balles étaient dans le vide , elles resteraient Immobiles , tandis que leur électricité obéissant, à sa répulsion propre, se disséminerait jusqu’aux limites de l’espace; mais, suspendues au milieu de l’air, qui est un mauvais conducteur, le fluide qui les couvre est arrêté dans tous les sens , ou plutôt, il trouve dans tous les sens une résistance à vaincre. Celles de ses molécules qui s’appuient sur l’air ne peuvent se mouvoir sans pousser l’air devant elles, et celles qui s’appuient sur la substance des balles de gomme laque ne peuvent se mouvoir non plus sans les pousser comme un obstacle qui s’oppose à leur marche. C’est par ce double effet que les balles sont mises en mouvement et écartées l’une de l’autre.

Pour rendre le phénomène plus sensible, on pourrait concevoir que les balles de gomme laque, après avoir éléélecti isées, ont eu leur surface recouverte d’une couebe de substance imperméable à l’électricité, de telle sorte que le fluide qui les charge soit comme emprisonné entre ces deux matières non conductrices. Alors il est évident que toutes les actions répulsives qui s’exercent entre les molécules électriques , se transmettent immédiatement aux molécules pondérables par le fait seul de la résistance passive qu’elles opposent. La couche d’air qui enveloppe les corps fait précisément l’office de cette couche imperméable h l’électricité.

On prouve, de la même manière, que les balles chargées de fluides contraires doivent être entraînées et attirées

DE LÊLiECTRlCITÉ. — • CIIAP. VI. I73

par l’efforl que font les molécules de ces fluides pour se rejoindre.

Le même raisonnement s’applique h tous les corps non conducteurs quelle que soit leur forme; et il est visible que, si uncorps non conducteur, pris dans son état naturel, n’est jamais attiré ni repoussé par un corps électrisé, c’est simplement parce que ses fluides n’étant point décomposés par influence et séparés l’un de l’autre, il éprouve toujours deux actions contraires , l’une attractive , et l’autre répulsive , qui sont sans cesse égales et qui se détruisent,

385. Mouveinont des corps conducteurs électrisés. — Nous avons vu (35o) que, dans son état d’équilibre sur un corps conducteur , l’électricité forme une couche d’une certaine épaisseur , ayant deux surfaces , l’une qui s’appuie sur l’air environnant , et l’autre qui est libre dans la substance même du corps. Les molécules de la surface libre ne peuvent jamais , à elles seules , imprimer aucun mouvement à la matière pondérable , puisqu’elles ont la facilité de se déplacer dans toute la masse sans y éprouver aucune résistance sensible. Tous les mouvemens des corps conducteurs électrisés sont donc le résultat des diverses pressions que le fluide exerce contre l’air , ou , en général , contre les enveloppes imperméables qui limitent leurs surfaces; car on peut toujours assimiler l’air qui touche un corps conducteur à une enveloppe impei’méable qui ferait corps avec lui. Cela posé , si l’on imagine des sphères conductrices, il est visible que, chargées d’une même électricité, elles se repoussent , surtout par les régions de leurs surfaces les plus éloignées l’une de l’autre; tandis que , chargées d’électricités contraires, elles s’attirent, surtout par les régions les plus voisines ; ce n’est pas toutefois que les molécules de la surface libre n’aient aucune part au phénomène , car elles sont maintenues au lieu qu’elles occupent par des forces ou des répulsions contraires, qui prennent leur appui contre la couche d’air environnante.

Un corps conducteur, h l’état naturel, est toujours attiré par un corps électrisé, parce que ses fluides étant séparés par influence , et celui de nom contraire étant toujours appelé dans la région la plus voisine, l’attraction qui s’exerce sur lui est toujours plus efficace que la répulsion qui s’exerce sur l’autre à une distance plus grande.

386. Mouvemens produits par V écoulement de l'électricité.- — Sur un pivot conducteur cp , communiquant à la machine [Fig. iio ) , on pose en équilibre une petite tige de métal tU , dont les deux bouts sont aiguisés et recourbés en sens contraire ; et dès qu’on tourne la machine, cet appareil , que l’on appelle le tourniquet électrique , prend un mouvement de rotation très-rapide , comme si les extrémités des pointes étaient vivement repoussées. Le même phénomène se produit sur des tourniquets à plusieurs tiges {Fig. 1 12) ; et , lorsqu’on est dans les ténèbres, on observe , pendant le mouvement , des aigrettes de feu qui s’élancent de chaque pointe. L’électricité résineuse et la vitrée présentent une différence à l’égard de la lumière (3 80) , mais elles n’en présentent aucune à l’égard du mouvement. Cette rotation curieuse s’explique de la manière suivante :

Le fluide électrique , répandu partout sur la surface des tiges du tourniquet , exerce partout une pression sur l’air environnant , comme l’eau et les autres fluides pondérables pressent , dans tous les points , les parois des vases qui les contiennent ,* si le fluide électrique ne trouvait point d’issue , les pressions opposées seraient toujours égales etl’appareil resterait au repos ; mais dès qu’il s’écoule par une pointe , il n’exerce plus de pression sur l’orifice de l’écoulement , et la pression qui s’exerce au point opposé détermine le mouvement par un véritable recul, tout-à-fait pareil à celui qui s’exerce dans le tourniquet à gaz ou dans le tourniquet hydraulique.

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