CHAP. VII
DE l’électricité. —
!2®. Une tourmaline étant brisée transversalement pendant qu’elle est électrique , chacun de ses fragmens offre deux pôles , disposés dans le meme sens que les pôles primitifs; autre analogie remarquable entre le fluide électrique des tourmalines et le fluide magnétique des almans.
Il était nécessaire d’énoncer ces deux lois générales de la distribution des fluides dans les tourmalines , pour comprendre les conditions du développement de l’électricité et les singularités qu’elles présentent.
5®. Pour chaque tourmaline , il y a deux limites de température entre lesquelles sont compris tous les phénomènes électriques; au dessus de la limite supérieure et au dessous de la limite Inférieure , la tourmaline se comporte comme les autres corps et ne manifeste plus à! électricité polaire. Ces limites paraissent être souvent lo^ et i5o®; elles sont en général peu différentes pour des tourmalines de même dimension , mais elles peuvent varier beaucoup avec la longueur.
4”. Entre ces limites , quand on chauffe une tourmaline régulièrement, c’est-à-dire de manière qu’elle éprouve à )eu près les mêmes accroissemens de chaleur sur tous les )oints de sa surface , ses pôles électriques commencent à laraître , le vitré h un bout , le résineux à l’autre , et ils restent ainsi pendant tout le temps que la température zliange et s'élève.
5®. Une tourmaline ayant ses pôles par échauffement , si on la refroidit régulièrement , ses pôles disparaissent un initant pour reparaître ensuite , mais en changeant de position, le vitré prenant la place du résineux et 'vice versa, ît ces pôles , par refroidissement , inverses des premiers , ie maintiennent pendant tout le temps que la température diange et s'abaisse.
6®. La vertu polaire semble dépendre du changement Aq empérature , de telle sorte qu’à une température donnée , me tourmaline peut se présenter dans trois états différons ,
i8o LIVP.E QUA-TRIÈME.
savoir : à l’état naturel si elle a été maintenue long-temps à cette température ; avec ses pôles par échauffement si elle y arrive en s’échauffant; avec ses pôles par refroidissement si elle y arrive en se refroidissant.
7®. M. Haüy a quelquefois remarqué un renversement des pôles pendant l’élévation de température, et un renversement contraire pendant le refroidissement; ce phéno- , mène, qui ne se produit pas toujours, pourrait dépendre d’une différence de température entre les couches de la surface et les couches centrales.
8®. Une tourmaline , chauffée ou refroidie par une de ses extrémités seulement , paraît pendant quelques instans ne posséder qu’une seule électricité dans toute sa longueur; mais comme on voit toujours les deux électricités se développer en même temps , dans tous les autres phénomènes électriques, quels qu’ils soient, il est naturel de supposer que , dans ce cas , exceptionnel en apparence , les deux fluides s’y trouvent encore, inégalement distribués dans la j longueur ou dans l’épaisseur de la tourmaline , et parcon- j séquent inégalement perceptibles. !
Pour vérifier toutes ces lois de l’électricité de la tourmaline, quelques obsei'vateurs, comme Priestley, la faisaient chauffer et refroidir pendant qu’elle était suspendue à un fil de cocon , et M. Haüy la posait sur un petit appareil représenté dans la figure 1 09.
Il existe un grand nombre de cristaux qui offrent des propriétés électriques analogues à celles delà tourmaline; nous les avons rassemblés dans le tableau suivant : ceux qui j sont marqués de la lettre h ont été étudiés ou découverts par t M. Haüy ; les autres , beaucoup moins énergiques , ont été i découverts plus récemment par le docteur Brewster [Edin- ^ burgh journal of science, n° 2, octobre 1824, pag. 208). ^
En même temps, nous avons ajouté la composition miné- i ralogique de ces cristaux , d’après M. Beudant.
DE l’électricité. ■— CUAP. Vil
Tableau des cristaux électriques par la chaleur.
3 Diamant.
2 Soufre.
3 Zinc oxide (Il ).
^ Quartz.
5 Carbonate de chaux. ,
6 Carbonate de plomb. ,
7 Sulfate de baryte.. . , S Sulfate de strontianc <) Magnésie boratee (]^)
10 Chaux fluale'e .
11 Sulfure d'arsenic. . •
12 Scolc'zite.,
13 Mcsoiype (U). T , . ,
1 4 Mcsolitc . • . • • ...
15 Ânalcime . .
16 Prcimitc (H) .
17 Âxinite . .
18 Grenat .
19 Diopside . »
20 Emeraude .......
21 Topaze.
22 Tourmaline (H). • . ,
23 Tilane silicéo-calcaire
ou spiicne (11) .
i Acide carbonique. . , di
Chaux. . o6
Acide carbonique. , , 16 Oxide de plomb. . • . 8A
{Acide sulfurique. ... 84 Baryte . 66
) Acide sulfurique. . ••44 Strontianc. ...... 66
{Acide borique . 68
Magnésie . 82
i Acide fluorique. ... 28
I Cliaiix . 72
} Soufre . 3()
I Arsenic . 6t
f Silicate d’alumine. . . 49 Tii-silicale de chaux. 3o Eau . i3
{Bi-silicatc d’alumine. 5l Tri-silicate de plomb. i\o Eau . 9
Mélange de scolézite et de
/ Bi-silicate d’alurnine. 62 / Bi-silicale de soude. . 27 ( Eau . . 1 1
{Silicate d’alumine. • . 62 Bi-silicate de chaux. . 4^
f Silicate d’alumine. . . 36 Bi-silicalc de chaux. . 65
{Silicate d’alumine.. . 3g Silicate de fer . 61
{ Bi-si)icatc de chaux. . 53 < Bi-silicate de magné-
l sie . 4?
f Bi-silicate d’alumine. 02 c Quadii-silicale de glul cinc . 4^
{Filiale tri-siliceux. . . 4' Alumine . 69
{Silicate d’alumine. . . 90 Soude . 10
{Acide silicio - litanw
que . 8*
Chuux . * ^9
(Silice . 4^
Alumine. ...... 25
Chaux . i4
Eau .
â Silice . 4^
I Alumine . 26
i Soude . 16
l Eau . 9
me'sotypc.
Silice .
Alumine. • . .
Soude. . . . .
Eau. . • • • .
Silice .
Alumine. . • •
Chaux .
Silice .
Alumine. . . »
Chaux .
Silice .
Alumine. . . •
Bi-oxiJe de fer.
Silice .
Chaux .
Magnésie, • . .
Silice .
Alumine. . « .
Glucine. . . •
Aride fluorique.
Silice .
Alumine. . . .
Silice .
Alumine. . • .
Soude (1).. . .
Oxide de titane. . . 4^
Silice .
Chaux .
(i ^ Qnelqnefois la soude est remplacée par la lilhine.
24 Acide tartariquc.
25 Acide citrique.
26 Tarlrate cle soude et de potasse.
27 Oxalate d’ammoniaque.
28 Oxi-muriate de potasse.
29 Sulfate de soude et de magnésie.
30 Sulfate d’ammoniaque,
31 Sulfate de fer.
32 Sulfate de magne'sie.
33 Prussiate de potasse.
34 Acétate de plomb.
35 Carbonate de potasse.
36 Oxi-muriate de mercure.
37 Sucre (cristallisé).
Les conditions pour que les corps prennent l’électricité polaire semblent être une cristallisation régulière et une conductibilité imparfaite; car les forces, quelles qu’elles soient , qui déterminent la séparation des fluides , ne peuvent produire un résultat sensible , qu’en supposant qu’elles ne se détruisent pas l’une l’autre ; ce qui arriverait infailli blement dans un état de conductibilité parfaite ou d’agrégation confuse. Aussi M. Haüy a-t-il trouvé des rapports remarquables entre la forme des cristaux et l’espèce d’électricité qu’ils montrent à chacune de leurs extrémités.
L’observation de M. Brewster, sur le diamant et le soufre natif, est très- importante , en ce qu’elle prouve que l’hétérogénéité des élémens constitutifs n’est pas une condition nécessaire de la séparation des fluides.
391. L’électricité qui se développe au contact des corps et dans les actions chimiques qu’ils exercent les uns sur les autres sera l’objet des chapitres suivans.
DE l’électricité. — CHAP. VIII.