CHAPITRE VII
Des diverses causes qui développent de V électricité.
388. Nous avons vu que deux surfaces quelconques s’éleclrisent par le frottement , l’une prenant le fluide vitré et l’autre le résineux ; nous avons vu pareillement que la tension de l’électricité qui se développe dans ces circonstances , dépend de la nature des corps , de l’état de leur surface et de leur température ; c’est sur ces princiques que repose la construction des machines; et bien que nous puissions, par leur disposition présente , accumuler de grandes chatges électriques en frottant des plateaux de verre poli contre des coussins de quelques pouces carrés d’étendue , il est probable que de nouvelles recherches sur ce point important nous fourniront des moyens encore plus efficaces d’activer la décomposition des fluides et par conséquent de produire des tensions plus fortes, Les théories qui expliquent si complètement la distribution des fluides électriques sur les corps, leur équilibre et leurs mouvemens, nous laissent dans une ignorance absolue sur les causes premières de leur séparation. Pourquoi le frottement donne-t-il naissance à l’électricité ? c’est une question qu’aucune théorie ne peut résoudre. Ainsi, de nos jours, les physiciens sont réduits, comme autrefois, h faire des essais, et à tenter au hasard des expériences qui déterminent enfin quelques conditions précises de ce phénomène fondamental. L’énumération de toutes les causes qui développent de réleclricilé est le seul secours que la science actuelle puisse offrir à
DE L’ÉLECTRICrTi. • — CHAP. VII. ) ’J'J
leurs recherches. LV;leclrlcitc n’est pas seulement développ«^e par le frottement , elle l’est encore par la pression , par la chaleur, par le contact et par les affinités moléculaires.
o8g. Développement de T électricité par pression. — On pose un disque de métal sur un taffetas gommé; on le relève ensuite , au moyen d’un manche isolant , après l’avoir un peu pressé , e-f l’on trouve de l’électricité résineuse sur ce disque , et de la vitrée sur le taffetas. Cette expérience , que l’on doit à M. Libes , n’offre pas un caractère décisif. L’adhérence qui s’établit entre la surface du métal et la surface visqueuse du vernis produit un effet assez analogue au frottement. Mais M. Ilaüy est parvenu à développer de l’électricité dans un grand nombre de corps à surfaces lisses et polies , dans de telles circonstances , que le phénomène est bien certainement dû à la pression et non pas au frottement. Par exemple, un fragment de spath calcaire, à faces parallèles , étant pressé lui instant entre les doigts , acquiert une charge très-sensibîe d’électricité vitrée ; il en est de même de la topaze , de la chaux fluatée , du mica , de l’arragonite , du quartz et de plusieurs autres substances. Toutefois, l’espèce d’électricité qu’elles prennent dépend de la nature du corps qui les presse. M. Haüy a découvert en même temps une propriété très-curieuse des cristaux électriques par pression; c’est la faculté qu’ils ont de conserver leur électricité pendant plusieurs heures et quelquefois même pendant plusieurs jours. La chaux cajbonatée est, sous ce rapport , la substance la plus remarquable; elle possède une telle force conservatrice , qa après avoir été pressée un instant, elle donne encore, au bout de onze jours, des signes électriques sensibles {Annales, de Chimie , tome 5). C’est sur cette propriété que repose la construction de l’aiguille électrique de M. Haüy, représentée dans la figure 1 1 1 ; elle ressemble à l’aiguille ordinaire , avec cette seule différence , qu’à l’une des extrémités , au I. ?.* P. I ^
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lieu d’un petit globule de métal, se trouve adaptée une petite lame de chaux carbonatée cc', que l’on électrise en la pressant entre les doigts ; cetélectroscope , conservant trèsbien sa force primitive , est un des plus simples et des plus commodes pour comparer approximativement les tensions électriques des différons corps qu’on lui présente. Ainsi , la faculté de développer de l’électricité par une pression donnée, celle de prendre tel ou tel fluide, et celle de le conserver plus ou moins long-temps , sont autant de caractères qui peuvent servir à distinguer et à classer les cristaux.
590. Des électricités produites par la chaleur. — La tourmaline a la propriété d’attirer et de repousser les corps légers : dans les Indes , et surtout à Ceylan , où cette pierre est très-commune, on s’amuse de celte propriété depuis bien des siècles , à peu près comme au temps de Platon les Grecs s’amusaient des attractions de l’aimant. Un phénomène aussi curieux ne pouvait échapper à l’attention des voyageurs ou même des commerçans. Les Hollandais firent connaître les tourmalines en Europe , et depuis une centaine d’années les propriétés électriques dont elles jouissent exercent la sagacité des physiciens. Voici les résultats généraux qui ont été découvert^ et constatés par Canton, Wilson, Priestley, Bergmann, Æpinus et Haüy. Toutes les tourmalines (Qu’ils employaient dans leurs expériences avaient une forme cylindrique ou prismatique plus ou moins allongée : Vaxe de cristallisation est l’axe du prisme ou du Cylindre.
i“. Ouand une tourmaline est électrique, elle présente toujours vers les extrémités de son axe deux pôles contraires , l’un agissant par du flûide vitré , et l’autre par du fluide résineux; sa région moyenne ne donne aucun signe d’électricité. Les fluides électriques qui se développent dans la tourmuline sont donc distribués 5 peu près comme les fluides mhgnétiques , qui deviennent libres dans un aimant cylindrique ou prismatique.