‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 3)Chapitre 6 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des procédés d' Aimantation , et des causes qui modifient la force cocrcilire.

3iG. Procédé de Duhamel ou de la touche séparée.— ‘ Ce procédé consiste h disposer bout îi bout , sur une même ligne et à une certaine distance {Fig. 48) , deux puissans faisceaux , f et f' , dont les pôles opposés se regardent, (ün n’a représenté que leurs extrémités; ils sont semblables à celui de la /lettre 4o) î sur ces faisceaux^ qui restent fixes pendant l’expérience , on place l’aiguille à aimanter de telle sorte qu’elle empiète au plus de i5 à i8 lignes sur chaque extrémité , ou seulement de 7 ô 8 lignes , si elle n’a que 5 ou 4 pouces de longueur. Alors on prend les deux barreaux glissans , g et g', l’un dans la main droite , l’autre dans la main gauche , on les pose au milieu de l’aiguille, on les incline sur elle de 26 ou 3o®, et en les séparant on les fait glisser sous cette inclinaison , d’un mouvement* lent et uniforme, pour qu’ils arrivent en même temps à chacune de ses extrémités; là , on les relève, on les rapporte au milieu , et l’on répète la même opération jusqu’à ce que l’aiguille ait reçu le nombre des frictions nécessaires. Quand l’aiguille est trop mince ou trop fragile pour supporter le poids des barreaux glissans , on la soutient par une pièce de bois I, , sur laquelle on peut même la fixer pour qu’elle ji’éprouve aucun déplacement pendant l’opération. Il est évident que chacun des barreaux g et g' doit toucher l’aiguille par le même pôle que le barreau fixe vers lequel il marche. Ce procédé est le plus avantageux pour aimanter de la manière la plus complète et la plus régulière , les ai- I. 2° P. 6

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guilles de boussole et les lames dont l’épaisseur ne dépasse passe 4 ou 5 millimètres.

317. Procédé d'Æpînus ou de la double touche. — Quand les lames ont une épaisseur plus grande que 4 ou 5 millimètres , la méthode dont nous venons de parler est insuffisante pour les aimanter h saturation , et il est nécessaire alors de recourir au procédé d’Æpinus , qui ne diffère du premier que par la disposition et le mouvement des baVreaux glissans. Ces barreaux sont encore l’un et l’autre posés au milieu de la lame , chacun la touchant par Te pôle de même nom que celui de l’aimant fixe , dont il est le plus voian 47) î loais cette fois leur inclinaison sur elle est seulement de i5 ou 20°, et on les promène ensemble , du milieu vers l’une des extrémités , puis de cette extrémité vers l’autre, en parcourant toute la longueur de la lame; puis on revient au milieu, où l’on enlève les barreaux glissans. Si l’on veut donner un plus grand nombre de frictions, il suffit de répéter plusieurs fois le mouvement de va et vient. d’un bout de la lame à l’autre , avec la double condition de finir toujours au milieu, et d’y arriver eu revenant de l’extrémité de droite j si -on a commencé les frictions en allant vers la gauche ou réciproquement ; c’est le seul moyen de passer de même nombre de fois sur chaque moitié. Pour rendre cette manœuvre plus commode , on peut fixer les aimans glissans dans une espèce de triangle en bois ou en cuivre; mais , dans tous les cas , il faut avoir soin de laisser entre leurs extrémités inférieures une distance de 5 ou G millimètres , qui se conserve toujours la même, au moyen d’une petite lame l , de bois , de cuivre ou de plomb.

Ce procédé fut imaginé par Æpinus, dont il conserve le nom, et on l’appelle aussi procédé de la double touche, parce que les barreaux glissans touchent à la fois la même moitié de la lame qu’on aimante; tandis que dans le procédé de Duhamel ils touchent séparément chacune de ses moitiés.

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La double touche est préférable b la touche séparée, lorsqu’il s’agit d’aimanter des barreaux épais , parce qu’elle y développe une plus grande quantité de magnétisme; mais elle ne doit jamais être employée lorsqu’il s’agit des aiguilles de boussole ou dos lames destinées à des recherches de précision , parce qu’elle présente deux inconvéniens qu’il faut alors soigneusement éviter : premièrement , elle donne toujours des pôles d’une force inégale; secondement, elle donne souvent des points conséquens , surtout quand les lames ont une grande longueur. Ces deux inconvéniens sont rendus sensibles par des expériences analogues à celles des figures 5 et i5 ; dans le premier cas , on voit que la ligne moyenne n est pas au milieu , et il parait qu’en général elle se trouve plus près de l’extrémité qui a été touchée la dernière; dans le second cas on aperçoit de petits centres d attraction , qui font perdre aux courbes de limaille la régularité qu elles prennent par l’influence des deux pôles.

5 i8. Du point de saturation. — La quantité de magnétisme que prend un corps, va toujours croissant avec la force des barreaux qui servent à l’aimanter; mais la quantité de magnétisme qu’il conserve esi susceptible d’une certaine limite, que l’on appelle le point de saturation. Par exemple, une aiguille qui fait seulement loo oscillations eu loo" lorsqu’on l’aimante avec de faibles barreaux, peut faire ces loo oscillations en 90'', en 80", en 70", etc. , lorsqu’on l’aimante par l’une ou l’autre des méthodes précédentes , avec des bai#aux fixes ou glissans d’une force graduellement croissante. Mais ensuite, abandonnée à ellemême après chacune de ces opérations, elle présente les phénomènes suivans : au dessous d’une certaine intensité magnétique , par exemple, de celle qui répond à 100 oscillations ou en 4o", elle conserve tout le magnétisme qu’elle a reçu ; c’est-à-dire qu’après des mois ou des années , elle mettra à faire 100 oscillations le même temps qu’elle mettait iinmediatement après 1 aimantation ; mais les intensités

plus grandes, celles qui lui font faire loo oscillations en 3o" ou en 20’' , décroîtront plus ou moins rapidement avec le temps; l’aiguille retombera enfin au point de faire ses 100 oscillations en l{0" , et cette limite d’intensité sera son point de saturation. Il est évident, d’après cela , que le point de saturation d’une lame ou d’une aiguille ne dépend que de sa force coercitive , et nullement de la force des aimans qui ont servi à développer son magnétisme.

On prétend en général, que les corps sursaturés de magnétisme, retombent immédiatement au point de saturation; mais dans le cours de mes recherches magnétiques , j’ai pu observer des corps très-variés dans leur nature , dans leurs dimensions et dans les degrés de leur force coercitive, et j’ai toujours éprouvé que le point de saturation n’est pas une limite aussi fixe qu’on le suppose : premièrement, il y a toujours après l’aimantation une réaction des fluides , qui change leur arrangement , et qui augmente quelquefois l’intensité magnétique ; secondement , les aiguilles sursaturées perdent très-lentementJ’exeès de leurs fluides , et il n’est pas rare , après plusieurs mois , de les voir encore éprouver quelques légères variations. Il est inutile d’ajouter qu’il faut dans ces observations tenir eompte des changemens de température , et des autres causes accidentelles qui pourraient avoir de l’influence sur les intensités magnétiques.

Pour reconnaître qu’une aiguille est aimantée à saturation, il n’y a d’autres moyens quede la réaimanter dans le même sens , avec des barreaux plus pulssans que ceux qui l’ont aimantée la première fols. Si elle prend alors une intensité beaucoup plus grande, ce dont on s’assure par l’une des méthodes que nous avons indiquées (3ii et 3i2), il est certain qu’elle n’était pas saturée, et si elle ne prend qu’une faible augmentation d’intensité , quelle perd ensuite avec le temps, ce sera une preuve qu’elle était portée au point de saturation.

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Il ne faudrait pas croire que l’on peut augmenter indéfiniment l’intensité magnétique d’une aiguille, en lui donnant un grand nombre de frictions avec de faibles barreaux : passé un certain terme , les nouvelles frictions n’ajoutent rien , et ce terme arrive quand la résistance de la force coercitive est égale h la puissance décomposante des barreaux.

Il ne faudrait pas croire non plus qu’une aiguille , aimantée par de puissans barreaux, pût, sans inconvénient, être réaimantée ensuite par des barreaux glissans, d’une moindre Intensité; car ceux-ci, même quand ils agissent dans le même sens que les premiers , lui font perdre peu à peu de son magnétisme , et le ramènent enfin au degré d’intensité qu’ils auraient pu lui donner. Cet effet remarquable est une nouvelle preuve que les barreaux glissans ne magnétisent qu’en déterminant, dans chaque molécule, des décompositions et des recompositions successives des deux fluides.

5 1 9. De V influence de la trempe sur la force coerciLive. — Le plus sûr moyen de tremper l’acier à divers degrés comparables entre eux, est de lui donner d’abord la trempe la plus dure, et ensuite de le recuire graduellement, jusqu’à un point déterminé; en sorte que les divers degrés de trempe ne sont véritablement que les divers degrés de recuit.

Pour donnera un barreau d’acier la trempe la plus dure, on le chauffe jusqu’au rouge cerise clair, ou jusqu’au rouge blanc, et on le jette rapidement dans une grande masse d’eau froide. Le prompt refroidissement fait la trempe; ainsi , pour qu’il reçoive une trempe égale , et pour qu’il ne se tourmente pas , il Importe que le froid l’enveloppe et le saisisse instantanément dans toutes ses parties. On peut tremper l’acier dans l’huile , dans le suif, dans le mercure , dans la glace, dans des dissolutions de différentes substances , ou même dans les mélanges réfrigêrans ; ces divers

modes de refroidissement paraissent avoir de l’influence sur les propriétés mécaniques des ressorts, des tranchans ou des pointes , mais ils ne paraissent pas modifier sensiblement les propriétés magnétiques de l’acier.

Pour recuire l’acier trempé, on le chauffe uniformément sur un lit de charbon pulvérisé, ou simplement concassé en fragmens plus ou moins gros, suivant le recuit que l’on veut obtenir, La grande difficulté est de mesurer alors les divers degrés de chaleur; mais l’acier jouit d’une propriété remarquable , qui permet d’évaluer avec assez d’approximation la température qu’il éprouve. Lorsqu’on le chauffe de la sorte , sa surface prend de vives couleurs qui se succèdent assez lentement, à mesure que la chaleur augmente : d’abord, au brillant éclat du métal succède une nuance de jaune clair on jaune paille', à une température un peu plus haute cette nuance tourne à V orangé , puis à \ orangé foncé , ensuite au rouge 'violet , puis au hleu 'vif, puis à une couleur verdâtre , très-éclatante , que l’on appelle couleur <ï eau. Ces nuances, parfaitement distinctes, correspondent à des températures qui ne sont pas évaluées en degrés centigrades , mais qui sont telles, sans doute, qu’il existe plus de deux ou trois cents degrés de différence entre le jaune paille et la couleur d’eau. La première de ces nuances paraît répondre à peu près h 200®, et la seconde à environ : ensuite, on peut pousser le recuit jusqu’au rouge sombre , au rouge , au rouge cerise, au rouge cerise clair , et au rouge blanc qui fait disparaître toute espèce de trempe , quand au sortir de cette température l’acier se refroidit librement dans l’air.

Pour déterminer maintenant l’influence de la trempe , on prend une lame d’acier , on la trempe au rouge blanc , on l’aimante h saturation , et l’on observe ensuite le temps qu’elle met à faire 100 oscillations; puis on la recuit successivement jusqu’au jaune paille, à l’orangé foncé, au bleu et à la couleur d’eau , etc. , en la retirant après chaque

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dogi'é de recuil, pour l’aimanler à saturation, cl lui faire faire 100 oscillations dont on observe la durée. Il est évident que les diverses intensités magnétiques de celle lame seront entre elles en raison inverse des carrés des temps observés. C’est ainsi que l’on arrive à constater par l’expérience, 1° que les lames qui ont reçu la trempe la plus dure sont douées de la plus grande force coercitive, et prennent par conséquent la plus grande intensité magnétique, lorsqu’on les aimante avec des barreaux assez puissans. 2“ Que les lames recuites au bleu des ressorts, ou même à la couleur d’eau , conservent assez de force coercitive pour prendre une grande intensité magnétique. Or, l’acier trempé dur étant cassant comme du verre , il y a toujours de l’avantage h recuire les aiguilles jusqu’au bleu , puisqu’on ne perd que peu de chose en intensité magnétique , et que l’on évite ainsi tous les accidens qui pourraient provenir d’une rupture , ou de quelques changemens de forme.

Il faut cependant remarquer que l’acier ne se comporte pas toujours comme nous venons de le dire ; quelquefois il prend inévitablement des points conséquens lorsqu’il est trempé dur, d’autres fois il ne prend le maximum d’intensité magnétique qu’après avoir été recuit jusqu’au rouge sombre, ou même jusqu’au rouge.

320. Injluence de la chaleur sur le magnétisme. — Nous avons déjh dit qu’un aimant artificiel ou naturel , chauffé jusqu’au rouge blanc, perd complètement son magnétisme, de telle sorte qu’il n’est plus, après le refroidissement, qu’un corps interne , sans force directrice et sans force magnétique; celte observation est fort ancienne, elle avait été faite par Gilbert. Mais en perdant ainsi leurs fluides libres , ces corps ne perdent pas la propriété de redevenir magnétiques, lorsqu’on les aimante de nouveau par les procédés que nous avons fait connaître; seulement leur force coercitive est changée : celle des aimans naturels est diminuée sans qu’on puisse la reproduire , et celle des aimans artifi-

ciels est détruite jusqu’à ce qu’elle ait été rétablie par une nouvelle trempe. Cette recomposition du magnétisme , par l’influence de la chaleur , ne se fait pas subitement h la température rouge : elle se fait graduellement à mesure que la température s’élève. Pour s’en assurer on prend un barreau aimanté , dont on observe la force , en comptant la durée d’un certain nombre d’oscillations; puis on le porte succesivement à divers degrés de chaleur , et à chaque fois on le laisse refroidir, pour observer de nouveau son intensité magnétique; toutes ces Intensités forment une série décroissante, depuis le point de départ jusqu’à la plus haute température à laquelle on arrive. M. Rupfl’er, qui a fait des observations très-exactes sur ce sujet , explique d’une manière satisfaisante tous les résultats qu’il a obtenus , en supposant que chaque degré d’élévation de température augmente de la même quantité la durée d’un même nombre d’oscillations. Par exemple, de o à 5o" R. , chaque degré de température augmente d’une demi-seconde la durée de 000 oscillations d’une aiguille qui fait, à io°, 5oo oscillations en 784", 5. Mais les expériences ne comprennent pas encore, jusqu’à présent, une assez grande étendue de l’échelle thermomélrique , pour qu’on puisse appliquer cette loi avec une entière confiance.

M. Rupflèr a aussi remarqué qu’il faut un temps trèslong, pour qu’une température donnée achève sur un barreau toute la recomposition qu’elle est capable de produire. Par exemple , une aiguille qui a été plongée à plusieurs reprises dans l’eau bouillante, où elle restait 10' à chaque fois , n’a perdu qu’à la sixième immersion tout le magnétisme qu’elle pouvait perdre. D’abord elle ne mettait que 578" à faire 200 oscillations; après la 1" immersion elle mettait 637", 5; après la 2*^, 642; après la 3®, 645; après la 4®» 647; après la 5®, 65o,5; après la 6^, 602, et aussi 652 après la 7^

Voici un autre effet de la chaleur, auquel on n’a pas fait

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assez d’atlenlion : à la Icuipératiirc du rouge cerise, les aininns, l’acier et le fer perdent non-seulement le magnétisme libre qu’ils peuvent posséder, mais de plus ils deviennent Incapables d’en recevoir la moindre trace; pendant tout le temps qu’ils sont soumis à cette température , ils paraissent comme du bois ou de la pierre, tout-à fait insensibles h l’action décomposante des plus forts barreaux. Ainsi les aimans , l’acier et le fer ont une limite magnétique , et celle limite se trouve à peu près vers la température du rouge cerise.

Quelques analogies assez remarquabîes entre les distances des atomes des corps et leurs propriétés magnétiques, m’avaient conduit à penser que la limite magnétique des difl’érens corps devait se trouver h des températures très-différentes , et j’ai , en effet , démontré par l’expérience: 1“ que le cobalt ne cesse jamais d’être magnétique, ou plutôt que sa limite magnétique est à une température plus liante que le rouge blanc le plus éclatant; 2° que le chrome a sa limite magnétique au peu au dessous de la température rouge sombre ; 0“ que le nickel a sa limite magftétique vers 55o“, h peu près h la température de la fusion du zinc; 4" enfin, que le manganèse a sa limite magnétique à la température de 20 à 2 5“ au dessous de o“.

Les expériences sur les cinq corps simples magnétiques , le manganèse , le nickel , le chrome , le fer et le cobalt , semblent prouver 1“ que la chaleur n’agit sur le magnétisme que par la distance plus ou moins grande qu’elle détermine entre les atomes des corps; 2“ que toutes les sublanccs deviendraient magnétiques si l’on pouvait, par une action quelconque , rapprocher leurs atomes à une distance convenable.

^'oilè à peu près tout ce que nous connaissons jusqu’à présent des Influences de la chaleur sur les fluides magnétiques ; il faut espérer qu’un si beau et si vaste sujet de recherches ne sera pas long-temps négligé , et que bientôt on

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en pourra faire sortir quelque découverle fondamentale.

52 1. Des causes qui peuvent aimanter les substances magnétiques. — Nous venons de voir que la chaleur est une cause très-efficace pour déterminer la recomposition du magnétisme libre, mais elle est tout-à-fait impuissante pour déterminer la séparation des fluides; du moins il a été impossible jusqu’à ce jour d’obtenir par la chaleur la moindre trace d’aimantation , môme dans les corps où l’équilibre magnétique est le plus facile à rompre. Ainsi , le magnétisme et la chaleur sont des agens naturels qui paraissent n’avoir aucune prise directe l’un sur l’autre.

La lumière ne parait pas plus efficace que la chaleur pour déterminer une séparation des fluides magnétiques. Il est vrai que quelques observateurs , et particulièrement M. Morichini , ont cru reconnaître un pouvoir magnétisant dans les rayons solaires ; mais j’ai apporté beaucoup de soins à répéter ces expériences sans découvrir aucune action sensible; MM. Reiss etMoser n’ont pas été plus heureux. ( Ann. dechitn. et dephys. , T. xlii, pag. 3o4. )

Il n’en est pas de même de l’électricité; elle agit sur le magnétisme avec une puissance remarquable. C’est la découverte de cette action qui a fait naître V électro-magnétisme, branche nouvelle de la science que nous devons étudier dans l’un des livres suivans, et qui a reçu en peu d’années d’immenses développemens.

32 2. Des aimans artificiels et naturels. — Nous avons déjà dit qu’on appelle en général aimans naturels , les substances qui sont aimantées au sortir du sein de la terre, et aimans artificiels toutes les substances dans lesquelles nous parvenons, par nos procédés, à fixer du magnétisme. Un aimant naturel , chauü’é au rouge, et réaimanté après cette opération , serait un véritable aimant artificiel. En donnant les procédés d’aimantation ( 5i6 et 5i7 ) et les moyens de changer et d’augmenter la force coercitive , nous avons donc donné les méthodes d’après lesquelles les aimans doi-

vont être composés; nous n’avons plus h présent qn’h faire connaître comment on peut les conserver, et comment on peut les assembler pour augmenter leur puissance.

Les aiguilles, les lames et les barreaux de toute espèce sont des aimans d’une seule pièce, qui ,’ étant une fois aimantés à saturation , conservent très-bien leur magnétisme ; cependant les lames et les barreaux pouvant être disposés de différentes manières h l’égard de la force terrestre, cette force peut , dans des circonstances favorables , déterminer une recomposition partielle des fluides. Par exemple, dans nos climats , un barreau qui serait tenu verticalement , son pôle boréal en bas , éprouverait une diminution magnétique; et si dans celte position il recevait quelques chocs ou quelques coups de marteau, il pourrait en peu de temps être réduit à une force très-faible , ou même prendre des pôles contraires. C’est pour empêcher ces recompositions que l’on emploie hs armatures. On appelle en général armures ou armatures des pièces de fer doux , qui sont mises on contact avec les aimans pour maintenir leur activité, par la décomposition magnétique qu’elles éprouvent. Pour armer des barreaux, on les dispose parallèlement dans leurs boîtes, de manière que les pôles contraires se correspondent, et aux deux extrémités on ajoute transversalement deux prismes quadrangulaires de fer doux, qui complètent le parallélogramme. Chacune de ces pièces de fer devient ainsi un aimant qui réagit sur les barreaux pour y fixer les fluides décomposés.

Les aiguilles qui sont en activité ne peuvent point recevoir d’armature; mais elles n’en ont pas besoin puisqu’elles se tournent sans cesse pour obéir h la force qui les sollicite; c’est cette force elle- même qui leur sert d’aVmature.

Les faisceaux magnétiques sont des assemblages de plusieurs lames , dont les armatures exigent beaucoup plus de soin. La figure 4o représente un faisceau construit d’après les méthodes de Coulomb : il se compose de i5

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lames rectangulaires , disposéees en 5 couches de chacune 5 lames. Les lames de la couche supérieure et celles de la couche inférieure sont plus courtes de 2 pouces et demi ou 3 pouces , que celles de la couche moyenne ; ce qui donne h chaque extrémité un retrait de 1 5 ou 18 lignes. Toutes ces lames , qui sont du reste pareilles dans leurs dimensions, s’ajustent dans les pièces de fer/, qui servent d’armature; un lien en cuivre cc', les relient à chaque bout et les presse de manière que le système entier soit parfaitement immobile. Ces grands faisceaux sont destinés à être fixes lorsqu’on s’en sert pour aimanter ; on construit , sur les mêmes principes , des faisceaux glissans qui ont une moindre longueur et qui ne se composent que de 6 ou 9 lames.

La figure 62 représente un aimant en fer à cheval; c’est un assemblage de plusieurs lames , qui sont immédiatement superposées. Après les avoir trempées , on les recuit, -et on les dresse de manière qu’elles puissent s’appliquer exactement l’une sur l’autre; deux vis v et v', en fer ou en cuivre, les retiennent dans cette position. Ces lames sont aimantées séparément avant d’être assemblées ; pour cela on les met en prise , aux deux bouts , avec les pôles contraires de deux puissans barreaux , et en parlant du milieu ou du sommet de la courbure, on fait, par la méthode de la double touche, autant de frictions qu’il est nécessaire. Un anneau 72/?/ sert à suspendre l’aimant, et une pièce de fer doux pp' , qu’on appelle le porlanl ou le contact, reste toujours en prise avec les deux pôles contraires a et b. Le portant n’a en général que le tiers de l’épaisseur de l’aimant, et il est légèrement arrondi sur sa surface de contact, de telle sorte qu’il ne 'touche l’aimant que par une seule ligne. Les aimans bien faits peuvent soutenir , au moyen du portant , jusqu’à 10 ou 20 fois leur poids.

Les armatures des aimans naturels sont représentées dans les figures 00 cl 5i. Les parties l, l'soiii les «t7e5derar-

mature, et les parties p, p' en sont les pieds. On donne aux ailes une largeur égale à celle de l’aimant, et une épaisseur d’environ une ligne; les dimensions des pieds dépendent de la force de l’aimant , et ce n’est que par des essais successifs que l’on peut arriver à la forme et à la grandeur la plus convenable. La figure 09 représente une projection liorizontale de l’aimant armé ; on y voit le lien de cuivre cc , qui presse les armatures sur les extrémités polaires de l’aimant.

On a observé sur les aimans naturels un phénomène dont il n’existe aucune eîcplication plausible : c’est la faiblesse qu’ils éprouvent lorsqu’on les surcharge. Supposons qu’un aimant puisse porter 20 kilogrammes assez facilement , si on le charge de ces 20 kilogrammes , et que chaque jour on y ajoute un petit poids , on pourra graduellement augmenter la charge, au point de la porter à 3o, ou peut-être à l\o kilogrammes. Mais dès que le contact se détache , entraîné par l’excès du poids , il est Impossible de le faire reprendre : l’aimant ne veut plus mordre , et il faut revenir h une charge moindre que les ao kilogrammes du point de départ , pour que l’aimant la puisse porter ; cependant avec des précautions et du temps on parviendra à le nourrir de nouveau , et à lui rendre sa première vigueur.

Lorsqu’au lieu d’aimanter des aiguilles ou des prismes , on aimante des lames très-larges et peu épaisses, il est facile d’y varier la distribution magnétique d’une infinité de manières , et prenant , par exemple , des plaques de tôle d’acier de 8 ou 10 pouces carrés et de 1 ligne ou ligne d’épaisseur, et en traçant sur leur surface avec un aimaint assez fort, des figures quelconques, on peut rendre ces figures apparentes en répandant de la fine limaille de fer avec un tamis, sur la face aimantée de la plaque {Fig.l^^). M. de Haldat vient de publier un mémoire Intéressant sur ce sujet. i^Ann. de Phjs. et de Chim., t. XLII,pag. 33.) Les figures deviennent plus saillantes sur les plaques étamées,

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et pour les faire disparaître il suffit de chauffer jusqu’à la fusion de l’étain.

525. Historique des divers procédés d' aimantation. — Pendant long- temps on a aimanté les aiguilles de boussole eu les passant dans toute leur longueur sur le pied d’un aimant naturel [Pig. 4 O* 1745, Knight fit connaître un procédé plus efficace et plus conforme à la théorie; Knight mettait des barreaux bout à bout dans la meme ligne , et se touchant par le pôle* contraire : l’aiguille à aimanter reposait sur ces barreaux, moitié sur l’un, moitié sur l’autre, et en les retirant elle était frottée par chacun d’eux dans la moitié de sa longueur.

Le même physicien eut aussi l’heureuse idée de réunir plusieurs aiguilles aimantées de cette manière, pour en former des faisceaux puissans. Un peu plus tard, Antheaume et Duhamel firent de nombreux essais pour découvrir la méthode de Knight, ou pour en inventer une meilleure, et c’est à ces physiciens que nous devons le procédé de la touche séparée-, seulement ils se contentaient de mettre des prismes en fer , au lieu des barreaux fixes que nous employons maintenant. A peu près à la même époque , Mitchell et Canton Inventaient en Angleterre la méthode de la double touche ; mais l’influence des bai’reaux fixes avait aussi échappé à leur sagacité : ce fut /Epinus qui en montra l’avantage en lySS; et Coulomb qui les employa le premier, avec la méthode de Duhamel, en jySy.

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