‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 3)Chapitre 8 sur 39 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des A étions électriques,

32g. Il Y a des substances qui prennent, par le frottement , la propriété d'attirer les corps légers. Il est facile de s’assurer que les diverses substances , prises dans leur état naturel , n’ont aucunement la propriété d’attirer les petits fragmens de feuilles d’or ou de clinquant , ni la sciure de bois ou de moelle de sureau , ni les barbes de plume , ni d’autres corps légers, quels qu’ils soient; mais lorsque, avec une étoffe de laine ou de soie , on frotte un tube de verre , un bâton de soufre ou de résine , un morceau d’ambre ou de succin , ces dilïérens corps prennent à l’instant une propriété très-remarquable : ils attirent â eux tous les corps légers qu’on leur présente, et celte attraction est si forte , que les minces feuilles de métal , par exemple , sont enlevées à plus d’un pied de distance , et viennent se précipiter sur la surface du corps attirant. La cause de ce phénomène est ce que l’on appelle T électricité , du mot grec ’iley.rpo-j , qui signifie ambre , parce que la propriété dont il s’agit lut autrefois découverte dans cette substance par les philcsophes grecs , dès le temps de Thalès, qui vivait Coo ans avant l ère chrétienne.

D£ l’Électricité. — chap. i. îo5

Pour distinguer avec pins de certitude les corps qui deviennent électriques par le frottement, on emploie divers appareils que l’on appelle en général électroscopes , c’està-dire instrumens propres à découvrir l’électricité.

Le plus simple des électroscopes est le pendule électrique , qui se compose d’une petite Lalle de sureau , suspendue à l’extrémité d’un fil de soie, ou d’un fil de métal très-fin {Fig. 56). Lorsqu’on veut éprouver un corps , on l’approche de la balle , et s’il ne peut pas l’attirer à lui d’une quantité sensible, on est assuré qu’il n’a point d’électricité, ou plutôt qu’il n’en peut avoir qu’une très-faible charge.

V aiguille électrique {Fig. dj) est un autre électroscôpe un peu plus sensièle que le pendule; elle se compose d’un petit fil de cuivre, terminé par deux boules , l? et t', qui doivent être creuses pour être plus légères ; au milieu de la longueur du fil est une chape en acier ou en agate, que l’on pose sur un pivot bien aiguisé. Le frottement de la chape sur le pivot étant la seule résistance à vaincre, on conçoit qu’il est possible de donner à l’aiguille une grande mobilité.

L'électroscope de Coulomb (Fig. 6i) est l’appareil le plus sensible et le plus délicat, pour indiquer la présence des forces électriques. On le construit avec un fil de cocon/) une aiguille de gomme laque g g' , et un petit cercle de clinquant c. Le fil est fixé à l’extrémité supérieure s , du tube t; là, on peut l’enrouler ou le dérouler, au moyen du treuil t; on peut aussi lui donner de la torsion au moyen de la pièce mobile d d' ; l’aiguille est suspendue par son centre de gravité ; sa moitié g 'm, plus grosse et plus courte, équilibre exactement sa moitié g m , chargée du poids léger du clinquant. Une cage en verre vv' préserve l’aiguille des agitations de l’air; elle porte une circonférence divisée nu', et un couvercle c c' pcrcéd’une ouverture o: c’est par cette ouverture que l’on fait descendre lentement les corps électrisés qui doivent attirer l’extrémité de l’aiguille pour

la faire tourner, à moins toutefois qu’ils ne soient assez puissans pour agir du dehors à travers l’épaisseur du verre.

Au moyen de ces appareils, on peut facilement soumettre à l’épreuve tous les corps , et voir s’ils sont tous capables de prendre de l’électricité par le frottement. L’expérience en est curieuse à faire , par l’extrême variété des résultats qu’elle donne : on trouve en effet que la gomme laque et la résine , l’ambre, le soufre et le verre, sont des corps éminemment électriques ; qu’il en est de même du diamant , de la topaze , de l’émeraude et de la plupart des pierres précieuses ; que la terre cuite , le bois et le charbon donnent rarement des signes d’attraction , même quand ils ont été frottés long-temps et à plusieurs reprises; enfin, que les métaux , et d’autres corps encore , ne prennent jamais la moindre apparence de propriété attractive , quelque soin qu’on apporte à répéter ou h varier les frictions. Voilà donc tous les corps 4e la nature séparés en deux grandes classes , ceux qui prennent de l’électricité par le frottement , et qu’on appelle idio-électriques ; et ceux qui n’en prennent pas , que l’on appelle anélectrîques.

o3o. Des corps conducteurs et des corps non conducteurs. Si les corps anélectriques ne prennent pas d’électricité quand on les frotte , ils peuvent cependant en prendre d’une autre manière. C’est Gray , physicien anglais , qui fit cette découverte en 1727. Gray, après avoir électrisé uu tube de verre , ouvert par les deux bouts , voulut voir s’il obtiendrait les mêmes résultats , en fermant le tube avec un bouchon de liège ; car à cette époque la science était encore si peu avancée que l’on essayait de tout au hasard, on n’avait rien pour se conduire, pas même un système. Or , en faisant l’expérience , Gray s’aperçut avec un grand étonnement que le bouchon lui-même était devenu électrique , tandis qu’il ne l’est jamais lorsqu’on le frotte directement. Une tige de métal , plantée dans le bou-

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chon, devient électrique comme lui; une tige plus longue le devint pareillement , et l’habile observateur ne se lassait pas de répéter des expériences aussi curieuses. Voyant qu’il ne pouvait pas , dans son cabinet , ajuster au bouchon des tiges assez longues , il imagina de monter au premier étage et de suspendre h son tube électrique un fil de métal qui descendît jusqu’au sol ; il frottait le tube, et un de ses amis présentait des corps légers à l’extrémité du fil ; chose surprenante ! les corps légers y sont vivement attirés. On répéta l’expérience au second et au troisième étage , et toujours avec le même succès. Donc le métal a la propriété de transmettre l’électricité; et puisqu’il la transmet instantanément , il faut que l’électricité soit une espèce de fluide^ qui passe du verre au métal , et qui se répande instantanément sur toute sa surface. Cette propriété se manifeste dans tous les corps anélectriques , et on l’exprime en disant que tous ces corps sont conducleurs de l’électricité. Au contraire, les corps idio-électriques sont non conducleurs , c’est-h-dire que l’électricité ne se répand jamais sur leurs surfaces; car en frottant un tube de verre à l’une de ses extrémités seulement , son autre extrémité ne donne aucun signe d’attraction.

Cette vérité fondamentale peut être démontrée avec la machine électrique , que nous prendrons seulement comme moyen d’avoir de l’électricité : on fait communiquer avec elle un long ûl de métal , soutenu par des fils de soie ou sur des tubes de 'verre , et dès qu’on tourne la machine , on reconnaît aisément, 1“ qu’il est électrisé dans toute son étendue , quelle que soit sa longueur , et quelles que soient les circonvolutions qu’on lui fasse parcourir; 2“ que s’il est interrompu quelque part , par du verre ou de la soie, il ne montre plus d’électricité au delà de cette interruption; 5° et que s’il touche au sol, il ne donne plus aucun signe électrique ; car le sol est assez bon conducteur pour que l’électricité s’y répande , se dissipe au large sur toute sa

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surface , et de là se communique à l’édifice entier , ou même au globe de la terre.

Il résulte de là , que l’air est un corps non conducteur; car s’il était conducteur , comme un métal , l’électricité développée par le frottement passerait du corps frotté dans l’air qui l’environne, et se disperserait à l’instant dans toute la masse de l’atmosphère.

L’eau et la vapeur d’eau sont de bons conducteurs ; un corps électrisé donne toute son électricité à l’eau dans laquelle on le plonge , ou à la vapeur d’eau bouillante à laquelle on l’expose. C’est pourquoi l’électricité , qui se conserve long-temps dans l’air sec , se dissipe promptement dans l’atmosphère , quand l’air est humide.

Le corps humain est aussi un bon conducteur : quand un homme est debout sur un mauvais conducteur , comme un gâteau de résine , il s’électrise dans toute son étendue , eu touchant avec sa main des corps électrisés; et quand il repose sur le sol , il ne conserve rien de l’électricité qu’il prend aux corps ; il la transmet au sol, où elle va se perdre. Cette propriété nous explique pourquoi les métaux ne s’électrisent point lorsqu’on les tient à la main nue, puisque leur électricité doit se dissiper à mesure qu’elle se développe.

Les plus mauvais conducteurs deviennent d’assez bons conducteurs , lorsqu’on les humecte de quelque vapeur aqueuse ; c’est pourquoi il faut chauffer les corps pour les sécher avant de les soumettre au frottement ; alors le moindre contact les électrise, et même la main sèche jouit de cette propriété : en passant, par exemple , un tube de verre, un ruban de soie ou une bande de papier entre les doigts , on leur donne une grande force électrique.

La conduclibiîité électrique des différens corps dépend donc d’une cause permanente , qui est la nature de leur substance; mais elle dépend aussi de plusieurs causes accidentelles dont il est diflicile de mesurer l’influence. Ainsi ,

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au lieu de dire que les corps sont conducteurs ou non conducteurs , il est plus exact de dire qu’ils sont bons conducteurs ou mauvais conducteurs ; car il n’existe pas un corps qui soit non conducteur absolu. Les plus mauvais conducteurs sont la gomme laque , la soie , le verre et les résines; on les appelle aussi corps isolons , parce que les corps électrisés qui reposent sur eux sont véritablement isolés ou séparés du sol, et conservent long-temps l’électricité qu’ils possèdent. Les métaux sont les meilleurs conducteurs que l’on connaisse ; nous verrons qu’un fil de métal , de plusieurs lieues de longueur, s’électrise à l’instant dans toute son étendue , lorsqu’un peu d’électricité est développée ou déposée sur un seul de ses points. Entre les plus mauvais et les meilleurs conducteurs se trouve l’infinie variété des corps de la nature ayant tous des degrés de conductibilité dilTérens.

55 1. Des deux espèces d'électricité. Un corps électrisé repousse un corps léger auquel il vient de communiquer de son électricité : en effet, prenons un pendule isolé (c’est c pendule de la figure 5G, dont le support est en verre et dont le fil de suspension est en soie) , dès que nous approchons un tube électrisé , la balle de sureau est fortement attirée ^ mais vient-elle toucher le tube et se coller à lui pendant quelques instans , aussitôt elle est repoussée et repoussée à distance , comme elle était attirée d’abord. Cette ré- )ulsion de la balle est produite par l’électricité qu’elle a irise au tube , car en la touchant avec la main pour la renettre à l’état naturel, elle est attirée de nouveau, et de îouveau repoussée dès qu’elle est venue au contact; it ce qui en est une preuve encore plus frappante, c’est ju’alors elle attire les corps naturels, ou plutôt elle est atirée par eux , parce qu’elle est plus mobile. Cette expérience peut être faite avec l’électroscope de Coulomb , ou ivec l'aiguille isolée (on appelle ainsi l’aiguille de laj^- 'pire .'17 , lorsqu’elle est posée sur une plaque de substance

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non conductrice , ou bien lorsqu’elle est simplement portée sur son pivot , par une chape isolante ; par exemple , une chape de verre ou d’agate). On peut aussi la varier d’uneautre manière, avec une feuille d’or qui flotte dans 1 air. Dans tous les cas, chaque corps électrique, quel qu’il soit , repousse toujours le corps léger qu’il vient do toucher.

Mais si l’on prend deux pendules isolés, l’un qui soit électrisé par le verre , et repoussé par lui , l’autre électrisé par la résine, et pareillement repoussé par elle, on observera ce phénomène remarquabble : que le verre attire puissamment le pendule qui a été électrisé par la résine , et vice versa, que la résine attire aussi très-vivement le pendule qui a été électrisé par le verre; on pourra même observer que les pendules s attirent l’un l’autre, tandis que deux pendules touchés avec le même corps électrique se repoussent mutuellement {Fig. 58). Donc, l’électricité du verre et celle de la résine ne sont pas identiques, puisque chacune attire ce qui est repoussé par l’autre. Ces deux électricités, diflerentes dans leur origine et dans leurs eflets, doivent porter aussi des noms diflerens : la première est appelée éleclricilé vitrée , et la seconde électricité rési-i neuse.

Ainsi nous sommes conduits à cette conséquence importante . qu il y a deux électricités telles, que chacune se repousse et attire l’autre.

Sans avoir éprouvé les autres corps, nous pouvons être assurés. d’avance que leur électricité est résineuse ou vitrée; car s’ils agissent sur un pendule électrisé, il faut bien qu’ils le repoussent ou qu’ils l’attirent. C’est, au reste, ce qu’il est facile de vérifier sur tous les corps. Cette belle découverte des deux électricités a été faite par Dufay , physicien français , en 1753. {Mém. de î .Académie des Sciences , 1 733).

Quelques physiciens donnent à l’électricité vitrée le nom

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à' électricité positlue, cl à l’électricité résineuse celui A’électricilè négative; il nous arrivera souvent d’employer ces dénominations , bien qu’elles tiennent h un système oi'i l’on essaie d’expliquer tous les phénomènes par une seule électricité , qui serait tantôt en excès oïdle/z plus , tantôt en défaut ou en moins.

532. Des fluides électriques et de l'état naturel des corps. — De la rapidité avec laquelle l’électricité se répand sur toute l’étendue des corps conducteurs , on conclut qu’elle est un fluide excessivement mobile; et, do l’opj^sition qui existe entre les électricités du verre et de la résine , on conclut que ce fluide est double , c’est-à-dire qu’il y a deux fluides électriques , comme il y a deux fluides magnétiques. Ces deux fluides , combinés entre eux par leur attraction mutuelle , ou neutralisés l’un par l’autre , constituent Vétal naturel des corps; mais viennent-ils à être dé-^ composés ou séparés par une cause quelconque , les actions contraires qu’ils exercent au dehors ne peuvent plus se compenser exactement , et le corps dans lequel cette décomposition a eu lieu est un corps électrisé ; il est électrisé vitreusement si c’est le fluide vitré qui domine , et rési~ neusement si c’est le fluide résineux. Quant au mode d’existence du fluide électrique dans l’intérieur des corps , tous les phénomènes semblent indiquer qu’il est répandu dans les intervalles qui séparent les atomes , et que là il peut être , de proche en proche , décomposé et recomposé , suivant les forces qui le sollicitent. Il y a toutefois une dilFérence fondamentale entre le fluide électrique et le fluide magnétique : celui-ci est enfermé dans les élémens magnétiques , il peuts’y mouvoir, mais il n’en peut sertir; tandis que le fluide électrique est libre dans tous les corps ; il peut traverser dans tous les sens toute l’étendue de leur masse, et même il peut en sortir pour se répandre et s’accumuler sur les corps voisins. Cette vérité résulte évidemment de toutes les expériences que nous avons déjà rapportées , et

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nous la verrons confirmée par l’ensemble des phénomènes électriques.

Lorsque nous développons de l’électricité résineuse ou vitrée, dans un corps qui était d’abord à l’état naturel, il faut donc que l’éleftrlcité contraire se trouve pareillement développée , ou bien qu’elle soit détruite par la cause décomposante. Or, la destruction d’un agent naturel ou d’une force n’étant pas moins Impossible que la destruction de la matière elle-même , nous pouvons être assurés que jamais l’ung des électricités n’est développée sans l’autre. C’est au reste ce que l’on peut vérifier par l’expérience , en frottant l’un contre l’autre deux disques isolés par des manches de verre Sg) : lorsque après le frottement on les tient

unis , ils ne donnent aucun signe électrique ; mais dès qu’on les sépare, il est facile de reconnaître que l’un possède l’électricité vitrée , et l’autre la résineuse. Ces disques peuvent être en verre , en résine , en bois ou en métal , et si l’on veut donner plus de variété à l’expérience , on y colle des fourrures , des étoffes , du papier, etc. ; car l’espèce d’électricité ne dépend que des surfaces f ottantes.

Un corps naturel possédant les deux électricités en égale proportion, il semble d’abord qu’il n’y ait pas de raison pour qu’il prenne ou qu’il conserve l’un des fluides de préférence à l’autre : aussi est-il susceptible de devenir par le frottement, tantôt résineux et tantôt vitré : par exemple ; le verre est vitré quand on le frotte avecla laine ou la soie, et il est résineux quand on le frotte avec une peau de chat, une peau de loutre , et plusieurs autres fourrures. Il y a pareillement des corps qui font prendre à la résine l’électricité vitrée , tandis que beaucoup d’autres lui font prendre la résineuse. Pour définir rlg»ureusement chacun des fluides , il convient donc d’ajouter que le fluide vitré est produit par le verre frotté avec la laine , et le résineux produit par la résine frottée avecla peau de chat , la laine ou la soie.

Concevons que l’on dresse une liste de tous les corps, en

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les rangeant par ordre de tendances électriques , de telle sorte que chacun soit vitré avec les suivans , et résineux avec les précédens ; alors on pourra reconnaître que des circonstances presque imperceptibles feront changer la place d’un corps dans cette liste : par exemple , une élévation de température le prédisposera à prendre l’électricité résineuse et le fera redescendre de plusieurs rangs , tandis que le refroidissement le fera remonter , en le rendant plus vitré ; une surface plus polie le fera pareillement remonter , tandis qu’une surface plus rugueuse le fera redescendre ; c’est ce qu’il est facile de vérifier sur un tube de verre dépoli. La couleur , la disposition des molécules ou des fibres , le sens de la friction , et même la pression plus ou moins forte du corps frottant, pourront produire des résultats analogues; par exemple , un ruban de soie noire prend toujours l’électricité résineuse , quand on le frotte avec un ruban blanc , et des rubans de la même pièce étant frottés en croix , celui qui est immobile prend l’électricité vitrée et l’autre la résineuse. Il y a même des substances , comme le disthène , qui , sur certaines parties de leur surface , prennent l’électricité vitrée , et la résineuse sur d’autres , sans qu’on puisse y reconnaître la moindre différence de température ou d’aspect. On peut varier indéfiniment ces expériences, avec des rubans de laine ou de soie, des bandes de papier , des pièces de fourrure et des corps conducteurs, que l’on isole très-bien en les supportant par des tuyaux de plume.

334. De la communication de T électricité. — L’électricité se comro unique a u contact , et p eut aussi se communiquer à distance ; mais dans tous les cas son mode de communication dépend de la conductibilité des corps et de l’étendue de leur surface.

Au contact , les corps très-mauvais conducteurs ne prennent ou ne perdent de l’électricité que dans l’étendue de leur contact; les très-bons conducteurs la prennent ou la

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perdent dans toute l’étendue de leur surface , et les corps intermédiaires , pour leur conductibilé , présentent des résultats intermédiaires , et prennent ou perdent l’électricité autour des points de contact , dans une étendue d’autant plus grande qu’ils sont meilleurs conducteurs. Ainsi , des balles de verre , de soufre ou de résine , qui touchent des tubes de verre électrisés , des bâtons de résine ou des conducteurs métalliques , ne s’électrisent jamais que dans les points qu’elles ont de commun avec les corps électriques. Des morceaux de papier ou de carton , légèrement humectés , s’électrisent à une certaine distance autour du contact , et les corps métalliques isolés sont , après le contact , électrisés sur toute leur étendue ; par conséquent leur électricité est d’autant moins sensible que leur surface est plus grande. S’ils communiquent au sol , leur surface est infinie, et l’électricité qu’ils prennent, tout-à-fait insensible : on dit alors que l’électricité s’est écoulée dans le sol ou dans le réservoir commun , parce qu’en effet elle s’est répandue sur tout le globe de la terre.

Quand le corps électrisé est lui-même conducteur, il importe peu qu’on le touche par un point ou par un autre : la perte qu’il éprouve se fait sentir sur toute sa surface, et pour le ramener à l’état naturel , il suffit de le mettre un instant en communication avec le sol , tandis que les mauvais conducteurs ne sont déchargés de leur électricité qu’uprès avoir été touchés dans tous leurs points.

L’électricité qui se communique à distance se répand sur les corps à raison de leur conductibilité , comme celle qui se commuinique au contact ; mais à son passage elle pré sente le phénomène curieux de Télincelle électrique. Il n’est pas nécessaire qu’un tube soit très-fortement électrisé pour qu’on vole , à la distance de plus d’un pouce , briller une vive étincelle quand on en approche une tige de métal ou même la jointure du doigt : en même temps on entend un bruit sec , qui semble jaillir avec l’étincelle ; nous verrons

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plus tard la cause du bruit et celle de la lumière. Quand le corps électrisé est métallique , et qu’il offre une grande surlace , comme les conducteurs de la machine , l’étincelle part à plus d’un pied de distance; sa lumière prend un éclat éblouissant , et Icbr'iit qui l’accompagne frappe l’air comme un coup de fouet. C’est Otto de Guericke , l’inventeur de la machine pneumatique, qui vit le premier l’étincelle électrique; et plus tard, Dufay, dont nous venons de parler ^ excita une grande admiration , en démontrant que du corps d’un homme on peut faire jaillir des étincelles et des lames de feu, comme des conducteurs de la machine. Pour en faire l’expérience , il faut monter sur un gâteau de résine bien sec , ou sur un isoloir ayant les pieds de verre , et communiquer avec la machine, soit médiatement en la touchant avec la main , soit immédiatement en la louchant avec un lige ou une chaîne de métal; la personne qui se trouve dans cette position ne reçoit aucun choc lorsqu’on tourne la machine pour développer de l’électricité -, seulement elle éprouve sur la peau , et surtout à la figure, l’impression d’un souille léger; ses cheveux se hérissent et laissent échapper des aigrettes de lumière; alors si on approche d’elle la jointure du doigt, ou quelque corps conducteur , on en lire de longues étincelles , et l’on éprouve soi même une commotion électrique qui n’a rien de dangereux. Si l’étincelle ne part qu’à la distance d’un pouce , on ne sent qu’une légère piqûre ; si elle part h deux ou trois pouces , la sensation se fait sentir jusqu’au coude, et tout l’avant-bras se fléchit d’un mouvement involontaire et irrésistible; l’étincelle qui part à une distance plus grande, comme à six ouhult pouces, se faitsenlir j usqu’à la poitrine, et produit un ébranlement dans tout le corps : alors on est averti qu’il n’est pas prudent de pousser l’expérience plus loin. Pendant ce temps-là la personne isolée , qui communique à la machine , ressent à peu près les mêmes secousses que la personne qui l’approche pour en tirer des étincelles.

De ce qu’on n’est pas brûlé par la lumière électrique, il n’en résulte pas que ce soit une lumière sans chaleur ; en effet , nous verrons par les expériences suivantes que , dans beaucoup de cas , l’électricité agit comme le feu , et qu’elle devient souvent un agent chimique des plus puissans.

Une bougie qui vient d’être éteinte se rallume h Tins» tant lorsqu’on tire une étincelle à travers la mèche encore chaude.

L’étincelle peut enflammer l’élher et même l’alcool ; ces liquides sont dans un petit vase de métal , que l’on approche d’un corps électrisé , de manière que l’étincelle parte à la surface du liquide; le corps électrisé peut être une personne isolée communiquant avec la machine.

Le pistolet de Volta est représenté figure 6o; c’est un petit vase en métal qui se ferme par un bouchon de liège; un fd de cuivre terminé par deux petites boules b, h' passe du dedans au dehors sans toucher les parois; pour cela on le mastique avec de la cire dans un tube de verre tt' ; l’étincelle qui entre par ce fd doit passer de la boule b' à la paroi opposée, en traversant le gaz qui remplit le pistolet. Si ce gaz est détonant, s’il est par exemple un mélange d’hydrogène et d’air, ou mieux encore d’hydrogène et d’oxigène , dans les proportions qui font l’eau, l’étincelle détermine l’action chimique , la détonation a lieu , le bouchon est lancé au loin et de l’eau est formée.

, On doit à M. Wollaston un procédé ingénieux pour décomposer l’eau par l’électricité ordinaire : on fait déposer de l’or dans un tube de verre d’un diamètre très-lin , qui est fermé h l’une de ses extrémités; ensuite cette extrémité est usée avec une lime, jusqu’au point de découvrir à la loupe les premières parcelles métalliques; ce tube est recourbé {Fig. 62) et placé dans un vase d’eau communiquant au soi; un fil de métal qui touche l’or intérieur.

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communique avec une puissante machine ; rëlectricité est forcée de passer de la machine dans le tube, de sortir de celui-ci par la petite pointe de métal qui a été mise h découvert , pour se répandre ensuite dans l’eau , et de là dans le sol : or, dans ce passage presque infiniment étroit qui lui est laissé, elle exerce contre l’eau une telle action, que l’on aperçoit de petites bulles de gaz s’élever à la file , et les gaz recueillis sont bien de l’hydrogène et de l’oxigène mélangés; ce qui est une preuve certaine de la décomposition de l’eau.

Ces expériences suffisent pour nous donner une idée de la puissance chimique de l’électricité, et , dans la suite des phénomènes curieux que nous avons encore à étudier , nous serons prévenus que les fluides électriques ne traversent pas la masse pondérable des corps sans y exercer des actions moléculaires, et sans développer dans leurs derniers éîémens des forces d’agrégation et de ségrégation non moins énergiques que celles que développe la chaleur.

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