CHAPITRE IL
De T Electricité par influence.
535. Z/n corps électrisé décompose à distance les élec tricilés naturelles de tous les corps conducteurs. — Nous venons de voir que chacun des fluides électriques attire le fluide de nom contraire , et repousse celui de même nom ; ces attractions et répulsions n’ont pas lieu seulement sur les fluides libres et déjà décomposés, mais elles s’exercent aussi sur les fluides combinés; et il résulte de là qu’un corps conducteur peut, sans rien perdre et sans rien recevoir , être constitué dans un état électrique particulier, qui naît de la cause agissante à laquelle il est soumis, et qui cesse avec elle. C’est cette électricité produite à distance , que l’on appelle électricité par influence.
Par exemple, un anneau de cuivre «n' {Fig. 63), portant deux fils de métal très-fins et deux balles de sureau, est soutenu sur un tube ou sur un crochet en verre; on le présente à un corps k , électrisé résineusement , et à la distance de plus d’un pied, l’on voit les deux balles qui s’écartent l’une de l’autre pour prendre la position hh' . A une distance plus petite la divergence est plus grande, sans que l’étincelle jaillisse entre l’anneau et le corps électrisé. Les balles hh' sont donc chargées d’une même électricité , et même il est facile de reconnaître que cette électricité est résineuse, comme celle du corps r qui agit sur l’anneau et sur elles. Cependant il n’en faudrait pas conclure qu’il y a une communication électrique au travers de l’air; car , en
DE l’électricité. — CHAP. II. I I9
éloignant l’anneau, soit lentement, soit rapidement, la divergence diminue à mesure que la distance augmente, et elle devient tout-à-fait nulle quand la distance est assez grande; ce qui n’arriverait pas si les balles ou l’anneau avaient reçu du corps R une électricité quelconque. Tout le phénomène se passe donc dans les balles et l’anneau , et dans les fils de métal qui les joignent. Ce système de corps conducteurs a ses fluides naturels décomposés par l’influence du corps électrisé; tout le fluide vitré qui résulte de cette décomposion se rassemble dans l’anneau , où il est appelé par l’attraction de R, et tout le fluide résineux est refoulé dans les balles par la répulsion. Ainsi , ces deux fluides sont simplement déplacés , dans le système conducteur ; ils se rejoignent par leur attraction mutuelle , et se recomposent dès que la distance du corps électrisé est trop grande pour les maintenir séparés.
Pour ne laisser aucun doute sur cette vérité fondamentale , il suflit de venir toucher l’anneau avec un petit plan d'épreuve (1) que l’on retire à l’instant , et de montrer qu’en effet ce plan d’épreuve est chargé d’électricité vitrée, tandis que les balles divergent par de l’électricité résineuse. On dit quelquefois qu’un corps est dans la sphère d'activité ou hors de la sphère d’activité d’un corps électrisé, suivant qu’il en ressent ou n’en ressent pas l’influence; mais il faut remarquer que ces expressions , dont on peut se servir sans inconvénient , sont bien moins relatives au corps électricité lui même qu’au corps que l’on soumet à son influence : rigoureusement , la sphère d’activité d’un corps électrisé s’étend à l’infini , et la distance à laquelle nous pouvons rendre ses effets sensibles dépend de la mobilité des appareils que nous employons.
(l) Le plan d’épreuve est un petit disque de clinquant on de papier doré, de quelques lignes de diamètre, qui est collé par son bord ou par son centre à une longue aiguille de gomme laque.
Î20 IJVRE QUATRIÈRIE.
On peut encore disposer l’expérience de, la manière suivante : cc' ( Fig. 64 ) est un excitateur ( on nomme ainsi une tige de cuivre terminée comme le représente la figure ; le plus souvent elle peut se tirer et s’allonger comme une lunette ) ; on suspend à chacune de ses extrémités un double pendule à fil de lin ou de mêlai , et on le place sur un isoloir s ; alors on approche un corps électrisé r, et l’on observe une divergence dans les halles : si le corps est électrisé résineusement , comme le représente la figure , l’électricité vitrée se porte et s’accumule dans la partie de l’excitateur qui en est la plus voisine, et la résineuse est refoulée à, l’extrémité opposée; c’est ce qu’on peut vérifier en approchant un tube de verre électrisé ou un bâton de résine , ou en prenant de l’électricité avec le plan d’épreuve pour en reconnaître la nature. Le contraire arriverait si le corps R était électrisé vitreusement. . i
Un corps électrisé par influence agit à son tour , pour électriser les corps voisins qui se trouvent dans sa sphère d’activité , et ces actions successives peuvent se propager jusqu’à de grandes distances. Il suffit de jeter les yeux sur la figure 66 , pour voir la disposition que l’on peut donner aux appareils dans ces expériences, m est un conducteur de la machine, c un premier cylindre isolé, c' un second cylindre pareil , r une boule de cuivre, et b une petite balle de sureau. La divergence des balles indique la présence de l’électricité , et les signes -]- et — marquent son espèce.
Lorsqu’un corps conducteur est déjà chargé d’électricité, il n’en éprouve pas moins l’influence d’un autre corps électrisé ; une seule expérience suffit pour montrer combien de phénomènes curieux peuvent résulter de ce principe. Le petit anneau à pendules, de la première des expériences qui précèdent , est électrisé résineusement ; on lui présente un corps électrisé résineusement comme lui , et la divergence des balles augmente. Donc son électricité résineuse est repoussée et refoulée dans les balles , par l’électricité