‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 4)Chapitre 10 sur 131 · CHAPITRE If · texte numérisé non relu

CHAPITRE If

h nos sens et à nos instrumens. Cette propriété , prise en général , est la chose du monde la plus connue : chacun sait que les barres de métal se rompent sous un certain effort , que les pierres se cassent sous le marteau , et que le diamant, qui est le plus dur et le plus inaltérable des corps que l’on connaisse, peut être lui-même réduit en fines poussières qui servent à polir sa surface. Mais ce qui doit nous occuper, et ce qui a dit surtout exciter la curiosité des plus anciens observateurs, c’est de savoir si tous les corps sont en effet divisibles , et s’ils le sont tous jusqu’au dernier degré de petitesse que nous puissions percevoir.

Pour les corps qui sont liquides comme l’eau, il est évident qu’ils peuvent être divisés et subdivisés en particules si petites qu’elles soient à la fin tout ce que le toucher peut sentir de plus ténu et tout ce que l'œil peut voir de plus délié; car en les regardant nous ne voyons sur leur surface aucune sorte d’inégalité , et en plongeant la main dans leur masse nous ne pouvons pas palper leurs molécules/ et les sentir distinctement , comme nous sentirions des parcelles de sable.

Pour les solides , nous ne pouvons pas juger aussi facilement de la grosseur ou de la ténuité des dernières parties qui les composent. Rien ne nous indique d’avance que parmi ces corps il*ne s’en trouve pas qui , étant divisés jusqu’à une certaine limite , se refuseraient à une division ultérieure , et dont les parties élémentaires , encore grosses et palpables , ou du moins très-perceptibles , ne pourraient plus être ni subdivisées davantage ni altérées en aucune manière. Aussi les anciens avaient eu grand soin d’expérimenter, dans cette vue , sur tous les corps qu’ils connaissaient; et les modernes, qui ont tiré du sein de la terre tant de substances nouvelles , les ont de meme éprouvées pour savoir jusqu’à quel point elles se divisent. Ce n’est qu’après toutes ces expériences qu’il a été permis de conclure que pour tous les corps connus il n’y a aucune limite percopi. a

l8 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

tible à la divisibilité. Cependant il ne serait pas rigoureux d’éteudre cette conséquence h tous les corps qui existent : par cela seul qu’il a fallu l’expérience pour résoudre la question , la question n’est résolue rigoureusement que pour les corps sur lesquels on a expérimenté. Ainsi , il n’est pas impossible que les volcans fassent sortir un jour des entrailles de la terre quelques substances dont les atomes soient pour nous d’une grandeur perceptible , et peut-être de telles substances se trouvent fort communément dans la masse des autres planètes.

Dans l’impossibilité de reproduire toutes les expériences qui ont été faites sur tous les corps connus , nous devons nous borner à citer quelques-uns des exemples les plus frappans , pour montrer, d’une part , que nos sens ne peuvent atteindre qu’à un certain degré de petitesse, et, d’une autre part , que ces dernières parcelles qui commencent à nous échapper sont encore composées d’un nombre immense de parties distinctes.

C’est par le sens du toucher et par celui de la vue que nous jugeons de la grandeur des objets ; le goût et l’odorat nous instruisent de leur présence , sans rien nous apprendre de leur forme ; et ce qui est une chose digne de remarque , c’est que- par le sens de l’ouïe , qui est chez les aveugles un instrument d’une si merveilleuse délicatesse pour juger des distances , nous ne pourrions jamais nous élever à l’idée d’une figure déterminée, ni à l’idée de la grandeur, ni à celle de la petitesse.

Le sens du loucher est répandu dans tout le corps, soit à l’intérieur, soit à la surface; mais il s’exerce très-différemment dans les différentes parties. A l’intérieur, nous n’avons que des sensations vagues des corps étrangers qui nous touchent ou qui nous blessent : et dès que le contact est un peu prolongé, toute sensation locale disparaît; nous n’éprouvons plus qu’un sentiment général , une manière d’être plus ou moins douloureuse , dont nous ne démêlons

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