‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 4)Chapitre 11 sur 131 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

ni le siège ni la cause. C’est sans doute par use raison semblable que nous ne sentons rien en dedans do aous-mêmes, ni les substances solides , comme les os , ni les substances liquides, comme le sang, même quand elles circulent avec une grande rapidité. À l’extérieur, tous les points de la surface peuvent sentir distinctement le contact des corps étrangers ; mais c’est la main qui est le véritable organe du loucher ; on sait que c’est par elle que nous prenons l’idée des contours et des formes géométriques des corps , et que c’est par elle aussi que nous pouvons percevoir les objets les plus déliés. Sur une surface polie , la main exercée d’un aveugle peut sentir des grains de poussière d’une telle ténuité qu’il en faudrait des centaines rangées ù côté l’un de l’autre pour faire la longueur d’une ligne. Lue main moins délicate peut sentir distinctement un fd de laine ou un fil de soie d’un seul brin , et cependant ces fils n’ont pour l’ordinaire que les dimensions suivantes :

Laine ordinaire. . .

Mérinos .

Soie .

Diamètres en millimètres.

. omm,o5 ou . 0mm,02 , .

. 0'nm,01 . .

ÎOO

IOO

IOO

de millimètre.

La plupart des fourrures recherchées , comme le castor et l’hermine, ont une finesse qui est comprise 'entre le mérinos et la soie , et la plupart des laines de différentes espèces sont comprises entre le mérinos et la laine ordinaire. Ces filamens , qui ont une si grande finesse et qui sont à peu près les dernières grandeurs que le toucher puisse percevoir, sont cependant des corps très-composés; chacun d’eux a une structure particulière que le sens de la vue peut seul nous faire connaître ; chacun d’eux con tient des élémens très-divers , qui sont préparés par la nutrition, sécrétés par les organes, et que la chimie peut séparer de nouveau et remettre en évidence.

Le verre , qui est un produit de l’art, et dans la composilion duquel il entre plusieurs substances différentes, peut être filé comme la soie. Pour en faire l’expérience , on prend un tube de verre assez fin , on le présente , vers le milieu de sa longueur, à la flamme d’une bougie , et quand il est chauffé dans cet endroit jusqu’au rouge-blanc , on lire les deux moitiés comme pour les séparer ; alors il se fait entre elles un fil d’une brasse de longueur, qui a toute la finesse de la soie , et qui en a presque la souplesse ; cependant ce filament de verre est encore assez épais pour fermer luimême un tube ayant ses parois et son canal intérieur par lequel on peut faire passer des liquides.

Nous pourrions pousser bien plus loin les expériences sur notre sensibilité organique, si les corps ne devenaient pas trop flexibles h mesure qu’on les divise en filamens plus miuces. Si , par exemple , un fil mille fois plus fin qu’un fil de soie pouvait avoir la rigidité d’une flèche, il serait curieux d’observer l’effet de scs piqûres sur les divers points de la peau ; on trouverait sans doute qu’une flèche de celte espèce pourrait nous traverser le corps de toutes parts , sans se faire sentir et sans troubler le moins du monde les fonctions de la vie.

Le poli que prennent les corps est une autre preuve de la divisibilité de la matière , et le contact des surfaces polies est une autre preuve de la limite des perceptions du loucher.

L’acier poli , les métaux, le diamant et les pierres précieuses ne sont pour la main qii’une seule et même chose; en les touchant nous ne sentons qu’une surface géométrique , et cependant toutes ces superficies sont travaillées avec les fines poussières de l’émeri ou du diamant , et chaque grain de poussière y trace un sillon proportionné h sa grandeur; voilà des cavités et des saillies que le loucher ne peut plus sentir.

Les dernières parcelles de matière qui échappent au toucher sont encore perceptibles à la vue. L’œil aperçoit sur

Page 1