De la température à de grandes profondeurs
Plusieurs observateurs avaient autrefois reconnu que dans les profondeurs des mines on éprouve une chaleur sensible; mais a cette époque on mettait beaucoup plus d’empressement à expliquer les faits qu’à les observer. On expliquait donc cette chaleur souterraine avant d’en avoir constaté l’existenced’unemanièreprécise, etonl’explicfhait diversement : les uns , comme Boyle , l’attribuaient à la décomposition des pyrites, ou plutôt à ces espèces de fermentations, auxquelles on avait si souvent recours pour expliquer les faits embarrassans ; les autres la regardaient comme une confirmation ou une conséquence de la fameuse hypothèse du feu central , qui avait été imaginée dans les temps les plus reculés, et qui était tour à tour adoptée ou rejetée par les philosophes et parles physiciens. Mais quand l’esprit de doute et d’examen eut succédé à l’esprit systématique, quand on en fut venu à chercher la vérité parla voie des données expérimentales et non plus par la voie des subtilités logiques , on comprit que l’existence ou la non existence de la chaleur souterraine était l’une des plus grandes questions que la physique put se proposer, et que pour la résoudre une observation thermométrique serait plus efficace que les plus éloquentes dissertations. Gensanne paraît être le premier observateur
qui ait porté le thermomètre à des profondeurs graduellement croissantes, et qui ait découvert ce fait important : que la température augmente avec la profondeur. Ces expériences remontent à l’année 174° • elles furent faites dans les mines de plomb de Giromagny , à trois lieues de Béfort; voici les résultats :
Profondeurs. Températures.
101 mètres
12,5 centigrades
En 1785 , de Saussure fit des expériences analogues dans le canton de Berne. Un gentilhomme saxon, qui s’était fait une théorie particulière sur les salines , avait autrefois décidé la république de Berne à creuser un puits d’une très-grande profondeur, affirmant qu’au fond de ce puits on trouverait une confirmation de ses idées. Le puits fut en effet creusé jusqu’à près de sept cents pieds; ony commença même quelques galeries latérales, mais comme on ne voyait paraître ni sel en masse ni sources salées , la république abandonna l’ouvrage sans vouloir pousser plus loin l’expérience. C’est dans ces galeries , depuis long-temps abandonnées , que de Saussure trouva les températures suivantes :
Profondeur».
à 108 mètres «83
Températures.
i4,4 centigrades.
En 1791 , M. de Humboldt fit aussi de nombreuses séries d’expériences dans les mines de Freyberg, avecM. Freiseleben. Eu 1802, M. Daubuisson redonna une nouvelle vie à cette question fondamentale , et depuis cette époque les observations se sontmultipliées dans les principales inities de l’Europe, en France, en Allemagneeten Angleterre,
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tandis que M. de Humboldt, parti en 1798 pour son mémorable voyage, scrutait les températures des mines de l’Amérique jusqu’à une profondeur de 5aa mètres.
M. Cordier a publié, en 1827, un mémoire remarquable sur la température delà terre ( Mémoires du Muséum d’histoire naturelle ) 5 ses propres recherches s’y trouvent réunies à celles qui avaient été faites avant lui , et nous lui empruntons le tableau suivant, qui contient tous les principaux résultats jusqu’à présent connus.
65o IJVRK NEUVIÈME.
Tableau des températures observées à diverses profondeurs.