MIRAGE
67 5. Mirage observé en Égypte. Lorsqu’on regarde des objets éloignés, il arrive souvent, dans certaines circonstances , que ces objets donnent plusieurs images , droites , obliques ou renversées, et toujours plus ou moins altére'es dans leurs contours. C’est l’apparence de ces images , sans réflecteur visible pour les produire, qui constitue les phénomènes du mirage.
Nous donnerons d’abord la description de ces phénomènes tejs qu’ils se présentent dans les plaines de l’Egypte.
Le sol de la Basse-Egypte forme une vaste plaine , sur laquelle se répandent les eaux du Nil au temps de l’inondation. Sur les bords du fleuve, et jusqu’à une grande distance vers les déserts, soit à l’orient , soit àl’oocident, on aperçoit de loin en loin de petites éminences sur lesquelles s’élèvent les édifices ou les villages. Dans les temps ordinaires, l’air est calme et très-pur. Au lever du soleil , les objets éloignés se distinguent avec une netteté parfaite $
l’observaleur peut embrasser alors un vaste horizon , qui n’a rien de monotone, malgré son uniformité ; mais quand la chaleur du jour se fait sentir, quand la terre est échauffée par le soleil , les couches inférieures de l’air participent àlahaute température du sol -, de nombreux courans s’établissent avecplus ou moins de régularité : il en résulte dans l’air un espèce de tremblement ondulatoire très-sensible à l’œil, et tous les objets éloignés ne donnent plus que des images mal définies, qui semblent sè briser et se recomposer à chaque instant. Ce phénomène, qui s’observe aussi dans nos climats pendant les chaleurs de l’été, n’est pas encore le phénomène du mirage : si le vent ne souffle pas, et si les couches d’air, qui reposent sur la plaine, restent parfaitement immobiles pendant qu’elles s’échauffent au contact de la terre, alors le phénomène du mirage se développe dans toute sa magnificence. L’observateur qui regarde au loin distingue encore l’image directe des éminences, des villages et de tous les objets un peu élevés-, mais au dessous de ces objets il voit leur image x-en versée, et cesse par conséquent de voir le sol lui-même sur lequel ils reposent.
Ainsi touslesobjets élevés paraissent comme s’ils étaient au milieu d’un lac immense, et l’aspect du ciel vient compléter cette illusion, car on le voit aussi comme on le verrait par réflexion sur la surface d’une eau tranquille. A mesure quel’on avance ondécouvre le sol et la terre biulante, au mêmelieu oùl’on croyait voirl’image du ciel ou de quelque autre objet ; puis au loin, devant soi, l’on retrouve encore le même tableau sous un autre aspect. Ce phénomène a été souvent observé pendant l’expédition de l'armée française en Egypte. C’était un spectacle bien nouveau pour nos soldats, et en même temps une illusion bien cruelle. Quand ils voyaient au loin, sur les plaines brûlantes, le reflet du ciel , l’image renversée des maisons , des palmiers et de tous les objetsde l’horizon , ils ne pouvaient douter que toutes