‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 5)Chapitre 75 sur 79 · DE L’ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE. — CIIAP. V · texte numérisé non relu

DE L’ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE. — CIIAP. V

tact, soit par la chaleur rayonnante, son évaporation ne peut devenir plus rapide qu’à la condition que sa température devienne plus haute, ou en d’autres termes, qu’un liquide ne peut pas à la fois recevoir plus de chaleur, et par celte chaleur elle-même se refroidir davantage sans qu’il intervienne une autre cause.

Si l’on expose, par exemple, deux feuilles de papier également humides , l’une .à l’ombre et l’autre au soleil , celle-ci sans doute séchera plus vite : elle aura une évaporation plus grande, mais aussi elle s’échauffera davantage. L’opinion de Yolta, malgré l’autorité d’un si grand nom,’ ne semble pouvoir être soutenue ni par le raisonnement ni par l'expérience.

On a dit ensuite , mais très-vaguement , que le froid est produit par le vent. Cette idée mérite considération. Nous avons vu qu’il y a en effet des vents qui sont toujours accompagnés d’un refroidissement plus ou moins grand; ce sont ceux que nous avons caractérisés en les appelant vents d' aspiration. Le fait prouve qu’ils peuvent produire sur la terre un abaissement de iy°, et il n’y a aucun doute que dans les régions élevées ils ne puissent produire un refroidissement plus grand. Les météorologistes doivent donc porter leur attention sur ce point , afin de constater si les vents qui portent les nuées de grêle sont ou ne sont pas des vents d’aspiration. Si le froid qui porte les grêlons n’a pas cette origine, la difficulté reste entière : il faut chercher d’autres voies pour la résoudre.

Sur la seconde question, Volta avait proposé une théorie qui a eu une grande célébrité, et qui est en effet trèsingénieuse. En admettant que les noyaux des grêlons soient formés , et qu’il existe un froid suffisant pour les grossir, Volta supose que deux vastes nuages chargés d’électricité contraires soient disposés l’un au dessus de l’autre , alors les grêlons, encore très-petits, tombant sur le nuages inférieur, y éprouveront deux effets: i° en pénétrant à une

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certaine profondeur, ils se couvriront d’uno nouvelle couclie de glace , parce que la température est très-basse ; 2° ils s’électriseront de l’électricité même du nuage , et seront repoussés par lui en même temps qu’ils seront attirés par le nuage supérieur. Ainsi, remontant contre leur propre poids , ils arriveront au nuage supérieur, où ils éprouveront deux effets analogues , puis retombant de nouveau dans le nuage inférieur, ils seront de nouveau repoussés dans le nuage supérieur, et pourront ainsi faire la navette un très-grand nombre de fois, exactement comme le représente l’expérience que nous avons rapportée (3yo). Mais bientôt , soit que les grêlons deviennent trop lourds , soit que les nuages perdent leur électricité , où se trouvent emportés par le vent à des distances trop grandes , la cause qui maintient la grêle suspendue au milieu des airs sera insuffisante, et on la verra tomber instantanément presque en masse.

Vol ta essayait même d’in diquer les causes qui peuvent déterminer la formation de deux nuages superposés et chargés des électricités contraires ; il la trouvait : i°dans la propriété qu’il attribuait aux rayons solaires de déterminer une prompte évaporation; 2° dans lapropxiélé qu’il attribuait aux vapeurs de s’électriser négativement en se formant, et positivement en se condensant; d’après ces hypothèses, il concevait qu’au dessus d’un gros nuage frappé par le soleil , s’élève une colonne de vapeur élastique chargée de la même électricité que le nuage , et que cette vapeur une fois arrivée à une région assez haute et par conséquent assez froide pour se condenser, se condense en effet pour former un nouveau nuage chargé d’électricité contraire. Ces hypothèses sont inadmissibles , mais comme il est constant, par le fait, que les nuages orageux sont tantôt positifs ou tantôt négatifs, et comme le mouvement de va et vient des grêlons repose seulement sur ce fait, il reste à examiner s’il est possible en lui-même. Or, on a

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fait beaucoup d’objection contre celte possibilité : plusieurs sont mal fondées, mais les deux suivantes me semblent d’un grand poids.

i# Comment se peut-il qu’une puissance électrique qui n’exerce pas son action d’une manière brusque et instantanée soit capable d’enlever un bloc de glace d’une demilivre? Comment se fait-il que l’étincelle ne parte pas entre ce bloc et le nuage (38;) ? Tout semble indiquer qu’il faudrait pour cela des propriétés électriques différentes des propriétés connues.

2° Si les deux nuages superposés sont fortement électrisés comme ils doivent l’être pour enlever des masses pesantes , et si les grêlons font la navette dans l’espace qui les sépare, comment se fait-il que l’électricité ne s’écoule pas subitement d'un nuage sur l’autre? Les grêlons ne formentils pas entre les nuages une espèce de chaîne de communication qui favorise à un haut degré l’explosion de l’éclair, comme on le voit dans l’expérience elle-même que l’on fait pour imiter la grêle avec des balles de sureau?

Si ces objections ne détruisent pas la théorie de Volta, elles peuvent du moins la mettre en doute, et prévenir les observateurs qu'il y a encore quelque chose à chercher pour avoir sur ce point toute la vérité.

A côté de la théorie de Yolta s’en présente une autre : on peut supposer que le refroidissement étant produit par le vent, c’est aussi la puissance du vent qui entraîne les grêlons horizontalement ou au moins très-obliquement dans l’atmosphère; qu’ils parcourent ainsi quinze ou vingt lieues, et qu’ils n’ont pas besoin d’être suspendus bien long-temps au milieu des nuages très-denses et très-refroidis pour atteindre le volume énorme qu’ils ont quelquefois. Ainsi ce serait une même cause qui déterminerait la formation et l’accroissement de la grêle. Quand à l’électricité qui accompagne toujours ce phénomène, elle serait une effet et non pas une cause : il est impossible que 1 ac-

cumulation de vapeur qui est nécessaire pour engendrer la grêle puisse se faire sans un grand dégagement d’électricité, puisque tous les nuages qui viennent se condenser au foyer même où se forme la grêle, y viennent avec une électricité positive ou négative qui acquiert une grande tension parla condensation.

On voit donc, en dernier résultat, que le phénomène de la grêle est encore enveloppé d’une graude obscurité, et qu’il faut encore de bonnes et nombreuses observations pour l’expliquer dans tous ses détails.

Nous pourrions nous dispenser de parler ici de l’invention des paragrêles, car assurément ce n’est pas une invention scientifique; mais puisqu’on en a fait quelque bruit dans ces derniers années, il ne sera pas tout-à-fait hors de propos de dire en quoi ils consistent. On prend une perche de 20 ou 3o pieds de haut, on l’arme d’une pointe de cuivre ou de fer à l’une de ses extrémités, et on la fiche enterre verticalement par son autre extrémité; ordinairement un fil de métal ou une corde de paille descend depuisla pointe jusqu’à la base de la perche. Voilà ce que l’on appelle un paragrèle; on eu met quelques milliers de distance en distance au milieu des campagnes, et l’on suppose que la grêle ne pourra ni se former dans le ciel ni dévaster la terre. Voyons ce que la science nous apprend sur les effets que peuvent produire de tels instrumens.

Tous les faits connus sur la météorologie électrique nous conduisent à cette conséquence, qu’il est fort douteux que l’électricité des nuages soit la cause de la grêle, et même qu’il est fort douteux que l’électricité des nuages soit une condition sans laquelle la grêle ne puisse pas avoir lieu. Tous les faits connus sur les propriétés des conducteurs nous conduisent encore à cette autre conséquence, que des instrumens construits comme les paragrêles sont d’une impuissance absolue pour neutraliser l’électricité des nuages, en supposant même qu’ils fussent répandus

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