CHAPITRE IV
De l’électricité atmosphérique.
534. Première découverte sur l'électricité atmosphérique.] — Ollo de Guericke, bourgmestre de Magdebourg, et cé-j lèbre inventeur de la machine pneumatique, fut le premierj qui découvrit quelque apparence de lumière électrique. Le docteur Wall, presque à la même époque, en excitant l’élec-j tricité sur un grand cylindre d’ambre, observa une étincelle| plus vive et un bruit beaucoup plus fort; et, chose digne de remarque, cette première étincelle produite par la main des| hommes fut à l’instant comparée aux éclats de la foudre cette lumière et ce craquement, dit Wall, dans son Mémoire (Trans. philos.), paraissent en quelque façon repré-| senter le tonnerre et l’éclair. L’analogie était frappante, ne fallait que de l’imagination pour la saisir : mais pour er démontrer la vérité, pour trouver dans un phénomène si petit les causes et les lois du plus grand phénomène de la nature, il fallait une série de preuves que l’on ne pouvailp' attendre que d’un génie supérieur. Cependant , plusieurs physiciens cherchaient ces preuves dans des rapprochemena plus ou moins ingénieux ; les uns remarquaient que l’étln-B'' celle est crochue comme l’éclair, d’autres pensaient que'"* tonnerre est entre les mains de la nature ce que l’électrlcitJ est entre les nôtres : « J’avoue que cette idée me plairai! beaucoup, disait l’abbé Nollet, si elle était bien soutenueP’ et, pour la soutenir, combien de raisons spécieuses, etc.
Enfin, tout se passait en raisonneraens qui ne pouvaient rien conclure, parce qu’en physique c’est l’expérience seule qui doit donner ses conclusions. Pendant que l’on raisonnai! ainsi en Europe et dans tout l’aucien monde savant sur celW
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grande question, l’on expérimentait en Amérique , chez un peuple nouveau à peine connu dans les sciences , et ces expériences s’attaquaient directement à la foudre. Franklin trouvait le moyen de la faire descendre du ciel pour l’interroger elle-même sur son origine. Après avoir fait plusieurs découvertes électriques, particulièrement sur la bouteille de Leyde et sur le pouvoir des pointes, Francklin eut la pensée lardie d’aller chercher l’électricité au sein des nuages; il ivait conclu de quelques expériences décisives qu’une lige de nélal pointue, élevée à une grande hauteur, au sommet d’un idifice, devait recevoir l’électricité des nuées orageuses. Il lUendait avec une grande anxiété la construction d’un clo- ;her que l’on devait à cette époque élever à Philadelphie; nais lassé d’attendre et impatient d’exécuter une expérience |ui devait lever tous les doutes, il eut recours à un autre noyen plus expéditif et non moins sûr pour les résultats. ]omme il ne s’agissait que de porter un corps dans la région U tonnerre, c’est-à-dire à une assez grande hauteur dans 2S airs, Francklin imagina que le cerf-volant, dont s’amuent les enfans, pouvait lui servir aussi-bien qu’aucun cloher que ce pût être. Il prépara donc deux bâtons en croix, m mouchoir de soie, une corde d’une longueur convenable, l profitant du premier orage, il s’en fut dans les champs enter l’expérience. Une seule personne l’accompagnait ; c’éailson fils ; craignant le ridicule dont on ne manque pas de ouvrir les essais infructueux, comme il le dit avec ingénuité,
I n’avait voulu mettre personne dans sa confidence. Le erf-volant était lancé. Un nuage qui promettait beaucoup l’avait produit aucun effet; d’autres nuages s’avançaient, 1 I on peut juger de l’inquiétude avec laquelle ils étaient atendus. Tout paraissait tranquille, on ne voyait aucune élin- ;elle, aucun signe électrique; à la fin, cependant, quelques ilamens de la corde commençaient à se soulever comme s’ils iussenl été repoussés ; un ^etit bruissement se fît entendre : iDCouragé par ces apparences électriques, Franklin présente
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ie doigl à l’extrémilé de la corde et voit paraître à l’instant une vive étincelle qui fut Lienlôt suivie de plusieurs autres. Ainsi, pour la prenaière fois, le génie de l’homme fut se jouer avec la foudre et surprendre le secret de son existence.
L’expérience de Franklin eut lieu en juin 1752; elle fut répétée dans tous les pays savans et partout avec le même succès. Un magistrat français, De Bornas, assesseur au présidial de Nérac, profilant de la première pensée de Franklin, qui avait été publiée en France, avait imaginé aussi de substituer le cerf-volant aux barres élevées ; et dès le mois de juin 1753, avant d’avoir connaissance des résultats de Franklin, il avait obtenu des signes électriques très énergiques, parce qu’il avait eu l’heureuse idée de mettre un fil de métal dans toute la longueur de la corde {Mém. des Savans étrangers, t. II). Plus lard, en 1757, De Bornas répéta d( nouveau ces expériences pendant un orage, et cette fois i obtint des étincelles d’une grandeur surprenante. « Imaginez-vous de voir, dit-il, des lames de feu de neuf ou di; pieds de longueur et d’un pouce de grosseur qui laisaien autant ou plus de bruit que des coups de pistolet. En moin d’une heure j’eus certainement trente lames de cette dimen sion, sans compter mille autres de sept pieds et au-dessou: (Mém. des Savans étrangers, t. IV). »
Malgré toutes les précautions bien entendues que prenai cet habile expérimentateur, il fut une lois renversé par 1 violence du choc.
Ces résultats démontrent d’une manière assez éclatant que la foudre n’est en effet qu’une étincelle électrique.
Les cerfs-volans qui ont servi à prouver celle identil peuvent servir à beaucoup d autres expéiiences qu il serai bon de tenter maintenant pour l’avancement de la science cependant, leur usage ne peut jamais être assez ordinair pour qu’il convienne d’en donner ici la description.
535. De l’électricité pendant les orages. — En éludiar l’état électrique des nuages qui passent successivement au
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dessus d’un cerf-volant, on reconnaît par expérience qu’ils sont chargés, les uns d’élcclricilé vitrée, les autres d’électricité résineuse, et il s’en trouve qui sont à l’état naturel. Bien que nous ne sachions rien sur l’arrangement de l’électricité dans l’intérieur des nuages et à leur superficie, nous pouvons cependant conclure avec certitude que les corps électrisés se repoussent quand ils ont la même électricité, et qu’ils s’attirent quand ils ont des électricités contraires. Ces attractions et ces répulsions entrent sans doute pour quelque chose dans les mouvemens extraordinaires que l’on observe lans le ciel au moment des orages : le vent n’est plus alors la seule puissance qui emporte les nuages; son influence est nodifiée par les actions électriques qui s’exercent avec plus )U moins d’énergie sur ces amas considérables de vapeurs : lussi les voit-on s’approcher rapidementou s’éloigner comme l’ils étaient poussés en sens contraire, ou tournoyer sur euxnéraes comme si le vent qui les emporte n’était lui-même u’un vaste tourbillon. C’estau milieu de cette agitation gélérale de l’atmosphère que l’on voit briller l’éclair et qu’on nlend retentir les éclats du tonnerre. Essayons de rendre omple de ces deux phénomènes : de la lumière et du bruit.
On voit quelquefois l’éclair fendre la nue et sillonner une rande étendue du ciel; lorsque, du haut des montagnes, on bserve ce phénomène à ses pieds, on peut mieux juger enore de l’espace qu’il occupe, et tous les observateurs s’acordent à dire qu’ils ont vu des éclairs qui avaient certainelent plus d’une lieue de longueur. On sait aussi que les lêmes nuages suspendus dans les mêmes régions du ciel euvent donner successivement plusieurs éclairs ; ainsi pour eprendre leur état naturel ils se comportent autrement que ïs corps conducteurs électrisés. Enfin, tout le monde sait l«e la trace de l’éclair est presque toujours une courbe en ig-zag, dont les plis sont plus ou moins développés ou plus ü moins rapprochés. Ces trois phénomènes, de la forme de éclair, de ses apparitions répétées et de sa longueur, ne peu-
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vent pas être complètement expliqués dans l’état actuel de la science.
La forme en zig*zagest commune à l’éclair et à l’étincelle: il sufBrait d’une seule explication pour les deux cas ; mais, j’avoue qu’à mu connaissance il n’y a rien de satisfaisant sur ce sujet.
Les amas de vapeur qui constituent les nuages ne sont pas des corps conducteurs comme des masses métalliques ; et, sans savoir comment l’électricité se distribue et se met en équilibre sur ces conducteurs imparfaits qui ont souvent pl usieun lieues de superficie, il est évident qu’il ne suffirait pas de les mettre un instant en contact avec le sol pour les déchargei complètement ; et il est impossible par conséquent qu’um seule étincelle les remette à l’état naturel. Ainsi, au sein di même nuage enverra nécessairement briller plusieurs éclairs
La longueur de l’éclair paraît être aussi une conséquenc de l’imparfaite conductibilité des nuages et de la mobilité d leurs parties constituantes. Pour se rendre compte de c phénomène, il ne faut pas comparer l’électricité des nuage à celle d’une batterie électrique. Ici, lorsque les deux élec tricités dissimulées font effort pour se rejoindre , elles n peuvent jamais franchir qu’un très petit espace : par exem pie , la plus forte charge de la plus forte batterie ne part ps à trois ou quatre centimètres ; et il est facile d’en voir 1 raison : tant que les points qui se rapprochent pour ferme le circuit entre l’intérieur et l’extérieur de la batterie rester un peu éloignés, les électricités ne s’y présentent jaraa qu’en très faible partie, parce qu’elles sont retenues dans Tir térieur des jarres par leur attraction mutuelle au travers c l’épaisseur du verre. Il faut donc comparer l’électricité d( nuages aux électricités qui sont libres sur la surface d( corps plus ou moins conducteurs. Nos meilleurs machinr peuvent donner l’étincelle à un mètre au travers d’un a très sec ; mais, si l’on met quelques poussières sur une étofl de laine ou de soie, on pourra faire partir l’étincelle à un
CHAP. IV. — DE l’électricité ATMOSPHÉRIQUE. 615 distance plus grande. Si nous avions à noire disposition des machines assez puissantes pour qu’un lÉger brouillard autour de leurs conducteurs ne diminudl pas sensiblement leur tension, il est évident que les particules conductrices suspendues dans l’air feraient le même effet que les parcelles métalliques dans l’expérience précédente. Il me semble donc que, pour expliquer la longueur de l éclair, il faut concevoir que, sur la roule que l'éclair va prendre, les parcelles de vapeur et peut-être même les parcelles d’air se trouvent déjà électrisées par les influences contraires des éle( tricilés qui tendent à se précipiter l’une vers l’autre; et qu’à un instant donné l’équilibre est à la fin rompu sans qu’il y ail transport de fluide de l’un des nuages sur l’autre, niais seulement transport successif ou vibration successive de couche en couche sur toute l’étendue que parcouit l’éclair.
Le bruit du tonnerre, dans tous ses éclats et ses roulemens formidables, n’est pas plus difficile à expliquer que le craquement de la plus petite étincelle : c’est la vibration de l’air ébranlé avec plus ou moins d’intensité. Quand la décharge d'une batterie passe au travers d’une masse liquide, elle la refoule et la projette dans tous les sens ; quand la décharge d’une simple bouteille de Leyde passe au travers d’un gaz, tout le fluide est ébranlé, et il y a augmentation de volume, comme on le peut voir avec le thermomètre de Kinnersley. Ces données suffisent pour expliquer le bruit de l’étincelle et celui du tonnerre. On peut toutefois en tirer deux explications, dont une seule me semble bonne : on peut dire que le fluide électrique s’ouvre un passage au travers de la matière, comme ferait un projectile en vertu de son impénétrabilité, et qu’ensuite l’air rentre dans le vide formé par le passage instantané du fluide et produit un son comme dans l’expérience du crève-vessie. Suivons, par la pensée, le sillon de l’éclair-, imaginons un tube de verre qui en parcoure tous les replis, qui soit vide d’air et qui occupe exactement toute la trace du fluide; admettons enfin qu’à un in-
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slant donné ce tube soit rompu dans toute son étendue : le bruit qui en résultera sera le bruit du tonnerre. C’est celle explication qui me semble mauvaise : perce que, d’une part, le passage d’un boulet de canon dans les airs devrait produire un bruit analogue , et l’on n’entend cependant qu’une espèce de sifflement que le soldat le plus timide n’a jamais comparé au bruit du tonnerre; d’une autre part, toutes les expériences indiquent d’une manière positive que jamais le fluide électrique n’éprouve un mouvement de translation analogue à celui des projectiles de matière pondérable. Nous avons déjà insisté sur be point (20G et 228), qui nous semble fondamental; et les principes que nous avons adoptés sur le passage de l’électricité au travers des corps bons ou mauvais conducteurs vont nous fournir une autre explication du bruit du tonnerre qui nous semble de tout point en harmonie avec les faits. Quand l’étincelle part entre deux corps, il y a décomposition et recomposition d’électricité entre toutes les couches où elle paraît, et par conséquent vibration plus ou moins violente dans leur matière pondérable ; c’est une espèce de déchirement ou de brusque séparation, comme on le voit dans l’expérience du perce-carte : c’est celte vibration qui fait le bruit en se propageant ensuite dans toute la masse environnante.
Concevons, d’après cela, le sillon d’un éclair d’une lieue d’étendue, ou seulement de 3400 mètres, pour mieux fixer les idées : la lumière brille au même instant dans loutecelte élet)due ; donc, c’est au même instant que le bruit est excité dans toutes les couches. Mais, le son se propage lentement, il ne parcourt que 340 mètres en 1 par conséquent, pour un observateur qui serait placé sur la ligne de l’éclair, à 340 mètres de l’une de ses extrémités, il y aurait d’abord éclat de lumière, puis silence absolu pendant 1"; alors, le bruit commence à l’atteindre, et, ce qu’il entend, c’est la vibration qui a été excitée dans la couche la plus voisine de lui ; le bruit des autres couches arrive à la suite, se succède
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sans inlerruption etdoit durer 10" dans l’hypothèse que nous avons faite, puisque l’autre extrémité de l’éclair est à 3400 mètres. Ainsi, c’est la longueur de l’éclair qui détermine la durée du bruit; et, pour un observateur qui serait sous la ligne de l’éclair, à peu près vers son milieu, le même coup de lonnerreauraitdes roulemens moitié moins prolongés que pour un observateur qui serait vers l’une des extrémités de l’éclair : celui-ci n’entendrait qu’un coup, tandis que le premier pourrait croire qu’il entend deux coups à la fois, l’un à droite et l’autre à gauche, car le bruit lui viendrait des deux côtés.
Autant il s’écoule de secondes ou debalteraens du pouls entre l’apparition de l’éclair et la première impression du bruit, autant de fois il y a 340 mètres de distance entre l’observateur et le point delà tracé de l’éclair qui se, trouve le plus voisin de lui : quand on a vu l’éclair, tout l’effet du tonnerre est produit; le reste n’est plus que du bruit.
Les mêmes principes nous expliquent encore les éclats déchirans, les roulemens prolongés, et toutes les périodes de cette redoutable harmonie, qu’un seul coup de tonnerre fait entendre. Dans le trajet de l’éclair, toutes les couches vibrantes ne reçoivent pas la môme impulsion, parce qu’elles ne sont ni à la même température ni au même état de sécheresse ou d’humidité , ni par conséquent sous la même influence électrique. Ainsi, la première impression du son ne sera pas toujours la plus intense, bien qu’elle vienne du lieu le plus rapproché, et, dans une si grande étendue, il est impossible que le son ne se renfle pas à plusieurs reprises.
Ces notions sufflsent pour faire compremlre ce que le brait du tonnerre est en lui-même; mais il peut arriver souvent que les forêts, les vallées, les montagnes, ou même les nuages forment des échos pour le répéter.
536. Des effets du tonnerre lorsqu'il tombe sur la terre. — Le tonnerre tombe quand l’éclair jaillit entre un nuage ed les corps placés à la surface de la terre : on dit alors que ces corps sont foudroyés. Dans le langage de la science ce mol
n’emporte pas nécessairement une idée de destruction, parce que la foudre ne détruit pas inévitablement tout ce qu’elle frappe. Autrefois, on discutait beaucoup sur la question de savoir si la foudre tombe du ciel, ou si elle s’élève de terre vers les nuages; c’était une sorte de dilemme auquel on croyait ne pouvoir échapper : mais, ce que nous avons dit précédemment montre d’nne manière assez évidente que jamais la foudre ne tombe et que jamais elle ne s’élève; car il n’y a jamais translation du fluide électrique de l’un à l’autre des deux points extrêmes de l’éclair. Cependant , pour nous conformer à l'usage, nous dirons que le tonnerre tombe, en nous souvenant toutefois du sens qu’il faut attacher à cette expression.
Concevons un nuage orageux, qui soit, par exemple, chargé d’électricité vitrée : son élévation au-dessus du sol sera, comme à l’ordinaire, comprise entre 2000 mètres et 6000 mètres ; il aura une forme quelconque, une épaisseur et une étendue considérables. Supposons d’abord que ca ' nuage soit au-dessus de la mer ou d’un grand lac : par son i influence, il décompose les électricités naturelles delà masse liquide, repousse le fluide vitré dans la profondeur du sol , et attire le fluide résineux à la surface des eaux. L’accumulation de ce fluide peut y être assez grande pour qu’il y ait soulèvement sensible ; et alors on voit une grande vague ou une montagne liquide qui s’élève et qui reste suspendue aussi long-temps que dure l’action électrique. Mais, ce phénomène peut se terminer de trois manières : 1° S’il n’y a aucune explosion dans le nuage orageux , il s’éloigne avec plus ou moins de rapidité; l’intensité de son action diminue à mesure que la distance augmente; le fluide résineux, moflns attiré , repasse peu à peu dans le sol ; et toute la masse des eaux retombe à l’état naturel. 2“ S’il y a une explosion entre le nuage orageux et quelque autre nuage voisin , ou même entre le nuage orageux et quelque autre point de la terre éloigné de la surface liquide que nous considérons en
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ce moment, il est évident que le nuage, déchargé subitement par cette explosion , cessera subitement son action sur la surface des eaux qu’il avait soulevées-, et le liquide, forcé de reprendre h l’instant son état naturel, retombera sur luimême avec violence, son électricité résineuse se précipitant dans les profondeurs de l’eau et du sol pour se recorabiner avec la vitrée dont elle avait été séparée. Dans ce cas, l’eau est foudroyée par le choc en retour, dont nous avons déjà parlé (195); elle est foudroyée sans que la foudre tombe, c’est-à-dire sans qu’il y ail explosion entre elle et le nuage orageux. 3® Si le nuage orageux est assez près, assez volumineux ou assez fortement électrisé pour que rétincelle parle entre un point de sa surface et la surface des eaux qu’il avait électrisée par influence, alors l’eau est foudroyée directement, ou, comme on le dit ordinairement, le tonnerre tombe dans l’eau. Cette explosion produit en général plus d’effervescence et de bouillonnement dans les eaux que le choc en retour : une telle secousse n’a pas lieu entre les fluides électriques sans qu’il y ait une violente action mécanique dans les élômens pondérables : chacun de ses effets, que nous décrivons longuement, peut être produit en un instant, et même il ne faut qu’un instant pour les produire successivement.
Après avoir pris pour exemple une masse mobile, homogène, et d’une égale conductibilité électrique dans toutes ses parties, il nous sera facile de comprendre l’effet du nuage orageux sur une vaste plaine composée d’élémenshétérogènes et diversement conducteurs. Les électricités naturelles du sol seront encore décomposées par influence, le fluide vitié sera encore refoulé, et le fluide résineux attiré et accumulé vers la partie supérieure du sol. Mais, dans le cas présent, il ne faut pas nous arrêter à la superficie : il faut pénétrer par la pensée dans toutes les couches qui constituent le sol , jusqu’à une assez grande profondeur , démêler les bons et les mauvais conducteurs, et reconnaître enfin leur forme, leur
étendue et leur arrangement. Toutes ces circonstances ont une part plus ou moins marquée dans le phénomène. Il est évident, par exemple, que, s’il y avait à quelques pieds audessous du sol une couche métallique d’une grande étendue, l’action du nuage serait plus énergique, la quantité d’électricité accumulée beaucoup plus grande, et l’étincelle partirait plus tôt; alors, la croûte supérieure du sol serait percée par la foudre en un ou plusieurs points, comme la carte ou le carreau de verre dans nos expériences avec les batteries. Cette comparaison luffit pour nous faire comprendre que, dans les vastes plaines , la nature du sol , son état de sécheresse ou d’humidité, et la conductibilité des masses plus ou moins volumineuses que ses couches peuvent contenir, sont des élémens qui déterminent l’explosion de la foudre et les effets extraordinaires qu’elle produit. Dans ce cas, le nuage orageux peut encore n’exercer qu’une action par influence, foudroyer par le choc en retour, ou foudroyer directement.
II ne paraît pas que le premier modo d’action puisse jamais produire aucun phénomène apparent; il n’y a jamais de secous.ses quand les électricités sont décomposées lentement et lentement recomposées : il paraît cependant que ces changemens d’équilibre électrique peuvent être sentis par les êtres organisés, et particulièrement par les malades affectés de quelques maladies nerveuses. Il faudrait des observations plus précises et plus multipliées sur ce sujet.
Le choc en retour est toujours moins violent que le choc direct. On n’a pas d’exemple à ma connaissance qu’il ait produit quelque combustion : mais il paraît certain que les hommes et les animaux peuvent être frappés de mort par le choc en retour; on n’observe alors ni trace de brûlure, ni plaie, ni fracture.
C’est par le choc direct que la foudre produit ses plus terribles effets. Quand elle tombe sur le sol , elle y marque son passage par un ou plusieurs trous plus ou moins profonds ; la terre en est remuée , fouillée et arrachée.
CHAP. IV.— Dr. L’r.l.F.rTniCITÉ ATMOSPUKRIQrr. 021
Si quelques petites éminences s’élèvent sur les plaines, elles sont frappées plus tôt parce qu’elles sont plus rapprochées du nuage; par la même raison toute élévation audessus du sol est plus exposée aux coups de la foudre; quelques pieds de hauteur de plus suffisent pour déterminer l’explosion ; c’est pourquoi les animaux sont souvent frappés au milieu des plaines : mais , toutes choses égales d’ailleurs, ceux qui sont sur un sol mauvais conducteur courent moins de dangens que ceux qui seraient sur un sol bon conducteur.
Considérons enfin l’action du nuage orageux lorsqu’il passe au-dessus de quelques objets élevés, comme des arbres ou des édifices. Si ces objets étaient non conducteurs , leur présence n’aurait aucune influence, lenuage n’exercerait son action que sur le sol : mais, comme ils sont plus ou moins conducteurs, leur électricité est déconapo.sée, et elle l’est en raison de leur conductibilité, de leur forme et de leur élévation. Les arbres, à cause de leur nature et surtout à cause de l’humidité qu’ils contiennent, sont en général d’assez bons conducteurs ; et leur cime, toujours plusou moins rapprochée du nuage, reçoit par conséquent une grande accuraulütion du fluide. C’est par celte raison que les arbres attirent la foudre, et les plus hauts sont frappés les premiers. Ou doit donc pendant les orages redouter l’opproclie d’un arbre, et môme l’approche d’un buisson , surtout au milieu des plaines; car si la foudre éclate, c’est l’arbre ou le buisson qui sera frappé. Dans les pays couverts, le danger n’est pas le môme : il est toujours certain que si le tonnerre tombe, il tombera sur un arbre; mais, au moins, il ne tombera pas sur tous ; cependant, pour chercher un abri au moment du danger, le plus habile observateur serait fort embarras.sé du choix, et ce qu’il aurait de mieux à faire serait sans doute d’éviter les arbres et de se coucher par terre.
Les édifices sont en général composés de métal, de pierre et de bois, qui reçoivent de la part du nuage orageux des
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actions très différentes à cause de leurs différenles conductibilités. Mais, quand la foudre éclate, on conçoit qu’elle frappe de préférence tous les meilleurs conducteurs ; il importe peu qu’ils soient à découvert ou qu’ils se trouvent enveloppés dans l’intérieur de quelques massifs moins bons conducteurs; l’action par influence n’est empêchée par aucun obstacle; elle se fait sentir sur un clou, au milieu d’une masse de pierres , comme sur une girouette exposée au nuage : c’est ce principe qui explique une foule de phénomènes, d'abord incompréhensibles, que l’on observe dans les explosions de la foudre. Cette puissance semble agir avec une sorte de discernement, elle semble fuir ou respecter un objet qui se trouve sur son passage pour en aller frapper un autre qui est loin et caché ; tous les accidens plus ou moins merveilleux que l’on rapporte à cei égard ne préseulerout sans doute aucun embarras ü l’observateur qui aura bien saisi les principes de la conductibilité et de l’électricité par influence.
Après avoir indiqué les principales causes qui déterminent l’explosion de la foudre à la surface de la terre, nous essaierons d’examiner en général les effets qu’elle produit. Nous distinguerons ici comme dans les phénomènes des piles et des batteries, les effets mécaniques, les effets physiques, et les effets chimiques.
Les effets mécaniques de la foudre sont d’une incroyable intensité : quand le tonnerre tombe dans un appartement, il arrive presque toujours que des meubles ou des ustensiles sont déplacés ou renversés ; on a vu souvent des pièces de métal arrachées de leurs scellemens et transportées au loin; les arbres sont quelquefois fendus et brisés, mais ordinairement iis sont marqués de la cime jusqu’au pied par un sillon de plusieurs centimètres de large et de plusieurs centimètres de prolondeur ; alors l’écorce et les flbres arrachées sont lancées à une grande distance; au pied de l’arbre on voit souvent le trou par lequel les fluides se sont répandus dans le sol.