‹ Elémens des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 13 sur 55 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Idée des lois générales de la nature^ des corps inertes en général ^ de leur classification, et des moyens employés pour apprendre a les connoître,

Il se passe sur la terre des phénomènes constans dont les effets invariables sont peu remarc|ués, parce qu’ils étoient déjà manifestes et complets à l’époque où chacun de nous auroit pu commencer à les observer, et que dans les circonstances où nous sommes appelés à vivre , ils se sont toujours répétés de la meme manière. Nous nous y sommes tellement habitués, que par la suite nous n’avons eu ni l’occasion, ni le besoin de réfléchir aux causes qui produisent ces effets dont la nouveauté ne nous a jamais intéressés. Quoiqu’on ne puisse pas , à la vérité , démontrer l’existence matérielle d’un petit nombre de ces causes, on est forcément obligé de les supposer pour se rendre compte de la persévérance et de l’identité de leurs effets. On les a donc considérés comme des puissances qui font éprouver aux corps une action appréciable soit dans le repos, soit dans le mouvement, et qui déterminent aussi les changemens que ces objets peuvent présenter sous les divers états, au-dedans et au-dehors de la substance qui les forme. Comme tous les corps matériels sont réellement sous la dépendance de ces causes actives, et qu’ils paroissent leur être soumis pour leur obéir plus ou moins-, afin d’exprimer ridée de l’existence de ces causes, de ces puissances inventées par le besoin de s’entendre, et créées par l’imagination, on les a désignées sous les noms de Lois ou de Forces générales de la nature.

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Ainsi, dans certaines circonstances, les matières, plus ou moins solides, abandonnées dans l’air,» dans l’eau, ou dans l’espace, tendent à parvenir vers le lieu le plus bas, comme si elles avoient de la propension à se diriger vers le centre de la terre; d’autres corps, plus ou moins rapprochés les uns des autres, semblent manifester par leurs mouvemens une sorte de tendance à se pénétrer réciprocpiement , et lorsqu’ils sont unis, ils ont le pouvoir de résister à leur séparation ou de rester fixes dans le repos. Ce sont les causes qui produisent ces phénomènes, onces puissances naturelles qui semblent seules donner l’origine à certains corps et à leurs propriétés les plus remarquables, lorsqu’ils agissent les uns sur les autres, que nous allons rapidement étudier. Nous trouverons ainsi l’occasion de définir quelques expressions dont l’application et la valeur doivent être bien déterminées, lorsqu’on les emploie dans l’étude de l’Histoire naturelle.

Le phénomène le plus général de la nature, et qui influe sur l’existence de l’univers, est le fait que tous les corps, supposés libres dans l’espace , sont entraînés les uns vers les autres par une cause , par une force inconnue qui semble les porter à s’attirer réciproquement , ou à se rapprocher : aussi a-t-on nommé cette force, cette puissance, V attraction ou \di gravitation.

On peut supposer que dès l’instant où a existé V univers , c’est-à-dire le monde entier avec tous les corps célestes , ceux-ci ont été aussitôt, chacun en particulier, doués d’une force spéciale qui les oblige encore à se mouvoir avec plus ou moins de vitesse et à se porter les uns vers les autres. C’est ce qui détermine leurs mouvemens variés mais constans; car cette attraction est proportionnelle aux masses de chacun des corps attirans, et en raison inverse du carré de leur distance réci-

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proqiie; de sorte que c’est X attraction céleste qui produit ou modifie les mouvemeus réciproques que l’on a obserVés dans la position respective des astres, ou dans les corps que l’on aperçoit au ciel ou autour de la terre, c’est-à-dire les étoiles fixes, les planètes et les comètes.

Ce qui se passe sur la terre, ou sur la planète que noiis habitons, est analogue aux effets de l’attraction céleste; car tous les corps, lorsqu’ils sont libres ou qu’ils ne sont pas soutenus, s’attirent entre eux, ou tombent et tendent à arriver vers le centre de la terre qui semble les entraîner. On a nommé cette sorte de force , la gravitation terrestre ; et l’action que les corps en éprouvent, la pesanteur, cm la gravité. Oomme on estime cette pesanteur par la pression que les corps exercent sur les surfaces qui s’opposent à leur chute, on appelle le poids d’un corps ? la mesure de sa masse , ou de la quantité de matière qu’il renferme, en raison de sa densité, comparée à la résistance d’un obstacle appréciable qui s’oppose à son mouvement , et sur lequel il pèse jusqu’à ce qu’il soit en équilibre. Aussi pour connoître le poids d’un corps est-on obligé de le mesurer avec d’autres dont la gravité est déterminée et convenue, à l’aide de divers instrumens qui servent à le peser et qu’on appelle des balances. (99)

Il y a donc une sorte d’attraction terrestre, puisque les corps abandonnés à eux-mêmes sont entraînés par leur poids directement vers le centre de la terre que l’on suppose toutà-fait ronde ou sphérique. On démontre ce phénomène à l’aide d’un fil à l’extrémité libre duquel une petite masse de plomb se trouve suspendue. En laissant tomber ce poids, d’un point élevé , la corde qui le soutient indique la ligne verticale que l’on nomme encore, à cause du moyen que l’on emploie pour la connoître, la ligne perpendiculaire.

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Cette loi d’attraction agit aussi , comme nous allons l’indiquer, dans un grand nombre de circonstances liées à l’existence des corps, sur les parties qui les forment, et qu’on peut considérer, malgré leur excessive ténuité, comme susceptibles d’étre divisées ou séparées les unes des autres. On appelle molécules, avons-nous dit (i5), ces petites masses de matière , dont l’ensemble forme les corps, et on les considère tantôt sous le point de vue de leur disposition physique, ou de leur structure mécanique, en les brisant, en les séparant régulièrement, sans les décomposer. Dans ce cas, chacune de ces portions reste intègre , de meme nature , et semblable à la masse dont elle a été séparée. On la nomme alors molécule homogène, ou mieux intégrante. Tantôt, à l’aide de Y analyse chimique , ou de la décomposition , on sépare , quand cela est possible , les particules qui constituent ces corps , et qui y étoient combinées; on reconnoît alors que chacune de ces matières, de nature diverse , jouit de qualités et de propriétés toutà-fait différentes de celles de la masse entière dont elle fai-/ soit partie, et que ces molécules hétérogènes essentielles ou constituantes appartiennent à des principes ou à des élémens fort distincts.

Cette tendance que les molécules des corps ont à s’attirer réciproquement, à de très petites distances, est désignée sous le nom général àé attraction moléculaire; et on la distingue en deux grandes forces actives , suivant qu’elle s’exerce sur les molécules intégrantes : elle porte alors le nom de cohésion (29); ou , suivant qu’elle se manifeste entre des molécules dissemblables ou de nature chimique différente, on l’appelle, dans ce cas, affinité chimique (3o) ou attraction décomposition, de combinaison.

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La force de cohésion, qui tient réunies et adhérentes entre «elles lesdites molécules intégrantes des corps, et qui fait qu’elles restent attachées les unes aux autres, pour former une même masse, varie à l’infini dans son intensité. Elle modifie considérablement les qualités et les propriétés de ces corps; elle détermine surtout leurs formes et leur solidité, ainsi que leur manière d’étre dans l’espace , en raison de la quantité et de l’arrangement des molécules contenues sous un même volume. C’est ce que nous aurons occasion d’éta- ’ blir par la suite, en parlant de l’étendue des corps (3i) et de l’action qu’ils éprouvent par la matière de la chaleur (5o) qui peut les pénétrer.

OQ.

La propension que les molécules constituantes de nature différente ont à s’unir, à s’allier et à rester jointes ou combinées, porte aussi le nom d’affinité. Comme nous l’avons dit, ce mot exprime, par une sorte de métaphore, que les parties hétérogènes ou dissemblables peuvent établir entre elles et conserver une sorte de liaison ou de parenté qui, tant qu’elle persiste , confond et mêle , combine les élémens de leur substance. Cette affinité s’exerce à différons degrés entre les principes constituans des corps , et par une sorte de choix dont on ignore la cause. C’est ce qu’on nomme affinité élective. On a étudié avec soin en chimie ces degrés de tendance des molécules, les unes pour les autres, afin de reconnoître par ce moyen la composition des corps, et c’est une des bases de cette science. Ces combinaisons sont favorisées ou combattues, dans chacun des corps composés, par une série de circonstances que nous indiquerons successivement par la suite.

Après les phénomènes de l’attraclion qui exerce une in-

LOLS r,ÉNÉîl4LKS. ATTRACTION,

fluence si marquée sur î’existence des corps, l’une des propriétés générales qui exige l’attention des naturalistes, est cette circonstance par laquelle ces corps occupent un lieu dans l’espace, sans se prolonger au-delà r c’est ce que l’on nomme Vétendiie, Pour avoir le complément de l’idée de l’étendue , il faut savoir que toute matière se refuse à abandonner la place qu’elle remplit, et qu’elle en exclut par conséquent toutes les autres, à moins qu’elle n’y soit forcée par quelque pouvoir extérieur. Cette seconde propriété, dépendante de l’étendue, est appelée V impénétrabilité,

On peut mesurer dans les corps les points par lesquels ils se terminent extérieurement dans l’espace qu’ils occupent, et que l’on aperçoit sans pénétrer dans leur intérieur. Ces limites se nomment leur surface ou leur superficie. La disposition et la grandeur respective des différées plans qui terminent un corps et qui le limitent, donnent l’idée de sa figure ou de sa configuration,

On suppose qu’un corps limité, ou qui a une étendue déterminée, offre trois dimensions; savoir : la longueur, la largeur et la profondeur, qu’on nomme encore l’épaisseur ou la hauteur. Considérés sous ces trois rapports , les corps ont une grosseur, une grandeur, en un mot plus exact, un volume appréciable. Le rapport qui existe entre le volume et le poids, ou la proportion entre le nombre ou la quantité de parties renfermées dans une étendue donnée de surface, est ce qu’on nomme la densité. Un corps a d’autant plus de densité, il est d’autant plus dense, que, relativement à un volume donné et indiqué d’eau distillée, par exemple, sa masse ou la somme totale des parties qu’il renferme est plus considérable en poids, (a 5)

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