DE BOTANIQUE
de végétal. On a cru nécessaire de soumettre cette partie de la science à des règles fixes qui facilitent beaucoup le travail de la mémoire.
si toutes les plantes portoient un nom particulier, il faudroit à peu près cinquante mille mots différens pour les désigner, et par conséquent il seroit nécessaire que le botaniste les livrât à sa mémoire, afin que le mot put lui rappeler l’idée de la plante, et réciproquement que la vue ou le souvenir de la plante représentât le nom à son esprit. On conçoit que ces noms, qui ne sont que des accessoires, ou des moyens de transmission de la science , excéderoient déjà les bornes de la mémoire : on a été forcé de recourir à un procédé qui en diminuât le nombre, et on en a imaginé un très commode pour cela.
On avoît remarqué que beaucoup de plantes avoient entre elles une multitude de rapports, soit dans la forme, et dans le nombre des parties de la fleur, soit dans la structure du fruit. On s’appliqua donc à reconnoitre ces ressemblances; et quand on fut assuré qu’il y avoit un certain nombre de végétaux absolument analogu,es par les organes de la fructification , on les considéra comme formant un groupe , et l’on fit connoître cette réunion d’individus semblables, sous certains rapports, par un terme commun et collectif, qu’on rendit substantif et qu’on appela nom générique, pour exprimer qu’il correspondoit à cette collection de plantes qu’on désigna elle-même par le nom de ^enre.
Puisque toutes ces plantes, semblables par les organes de la fructification, portoient un nom commun et substantif, ou en un seul mot, un nom générique; il ne s’agissoit plus, pour les désigner elles-mêmes et les distinguer entre elles, que d’ajouter au nom du genre, un adjectif qui indiquât quelqu’une de leurs
particularités ou de leur manière d’étre , pour les spécifier. Cet adjectif s’appela donc un nom spécifique y et chacun des individus du genre prit le nom dé espèce. Ainsi pour le naturaliste, l’espèce est un nom collectif d’individus qui se reproduisent avec des qualités, une structure et des propriétés absolument semblables.
. On conçoit que cette invention dut tout à coup diminuer considérablement le nombre des noms consacrés à chaque plante en particulier. Il est certains genres en effet qui renferment seuls, et sous un nom commun, plus de cent espèces; mais en supposant que chacun des genres ne comprenne que dix espèces, on voit de suite que la mémoire n’aura à retenir que cinq mille mots, au lieu de cinquante mille; et meme dans l’état actuel de la science, les noms de genres ne s’élèvent guère au-delà de trois mille.
Un autre avantage qui résulte de cette nomenclature, c’est que les noms des espèces, étant toujours considérés comme des adjectifs, peuvent être employés plusieurs fois sans prêter à la confusion, puisqu’ils sont toujours joints à des substantifs ou aux noms de genre, dont ils ne font qu’indiquer une modification. Ce nom est ordinairement emprunté du port de la tige, de la conformation des feuilles, de l’époque de la fleuraison, de l’habitation dans telle partie du monde ou telle sorte de terrain, etc., etc. Ainsi il peut y avoir à la fois des Géranions et des Séneçons qui portent le même nom spécifique de sans -tige, crépu, printanier, de la Caroline, des prés , etc. ; et il n’y a aucun inconvénient à ce que ces noms spécifiques se reproduisent , puisqu’ils soulagent la mémoire en rappelant une particularité; et comme ils se répètent fort souvent, voilà pourquoi on les a encore appelés des noms triviaux.