‹ Elémens des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 42 sur 55 · DE BOTANIQUE · texte numérisé non relu

DE BOTANIQUE

D’après ce que nous venons de dire, chaque plante porte toujours un nom botanique composé de deux mots qu’il faut confier à la mémoire. Le premier, ou celui qui indique le genre, est quelquefois consacré au souvenir des botanistes , des voyageurs ou des autres hommes qui ont rendu quelques services à la science. Tels sont les suivans : Gesneria, Cœsalpinia, Bauhinia, Tournefortia , Plumieria, Vaillantia, Linnea, Jussieua , Fontanesia, Candollea , etc., qui rappellent les noms des principaux fondateurs de la Botanique. Le plus ordinairement le nom du genre est emprunté de certains mots grecs ou latins qui font connoître quelque propriété, quelque forme singulière dans les organes, ou que l’on croit avoir été employés dans le même sens par les anciens. C’est ainsi que le nom de Géranion indique la ressemblance des graines avec le bec d’une grue, et que celui de Séneçon, employé par Pline, fait connoître les aigrettes ou les barbes qui surmontent les semences des espèces de ce genre.

Ce n’étoit point assez d’avoir ainsi élagué les mots de la science et d’en avoir combiné l’arrangement : il falloit arriver à leur connoissance par celle des plantes, et les disposer de manière qu’on pût parvenir, en étudiant un végétal en particulier, à la connoissance du nom qui le distingue, et réciproquement qu’on reconnût la plante en lisant la description jointe au nom. On a atteint ce double but, en considérant, par une suite d’observations comparatives, toutes les ressemblances et les différences que les genres présentoient entre eux; et l’on s’est servi des unes et des autres pour opérer des coupes ou des sections, plus ou moins arbitraires ou naturelles, dans lesquelles on a rangé toutes les plantes connues jusqu’à ce jour. C’est ce que les botanistes ont appelé la disposition systématique ou méthodique.

Dans ces arrangemens , qu’on nomme aussi classifications, les genres qui se conviennent, ou qui ont entre eux quelque analogie, sous certains rapports, sont réunis en un groupe qui leur est, à peu près, ce qu’ils sont aux espèces qu’ils comprennent ; c’est-à-dire un assemblage de genres réunis sous un nom commun qui est appelé tantôt une famille, tantôt un sousordre. Ces sous-ordres ou ces familles elles-mêmes se ressemblent encore fort souvent par un caractère commun que l’on peut exprimer, et ils forment un autre groupe plus élevé qu’on nomme ordre , lequel est une division de la classe ou de la première section que présente la science.

En résumé, la botanique reconnoît des classes ou premières répartitions; des ordres ou des partages secondaires; des ordres , nommés encore des familles ou des distributions ternaires; dés genres ou des divisions quaternaires : viennent ensuite les espèces, qui comprennent quelquefois des variétés. De sorte que toute espèce de plantes doit être nécessairement rapportée à ces cinq divisions successives, dont les deux dernières seules entraînent la nécessité du nom qui les indique.

Quelle que soit la marche que suive le botaniste pour arriver à la connoissance de l’espèce, il faut qu’il étudie successivement les divers organes qui constituent le caractère des

cinq divisions principales. Avec presque tous les procédés Imaginés jusqu’ici en botanique, on considère les organes de la fructification. C’est en effet la seule fonction que l’on connoisse bien dans les végétaux, et elle a produit en général des rapprocbemens très naturels. Nous allons faire connoître ici d’une manière générale les trois principaux systèmes de botanique, ceux établis par Tournefort, par Linné et par M. de Lamarck. Nous exposerons, dans un chapitre particulier, avec

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beaucoup plus de détails, la méthode naturelle, qui est celle de Jussieu.

Joseph Pitton de Tournefort, né à Aix en Provence , publia ses Élémens de Botanique en i6g4* Ü établit les fondemens de sa méthode sur ce qu’on appeloit alors la fleur, mais essentiellement sur la corolle qui , frappant davantage la vue , fournissoit de suite un grand nombre de caractères. A cette époque, l’auteur ne connoissoit guère que dix mille espèces de plantes qu’il rapporta à environ sept cents genres; de sorte que la marche qu’il a tracée , n’est plus maintenant au courant de la science. Si nous l’indiquons ici, c’est qu’elle est liée à l’Histoire de la Botanique, dont elle a hâté les progrès, parce que cette méthode est simple , et que son exposition nous facilitera beaucoup les études des autres moyens mis en usage pour acquérir la connoissance des plantes. Nous la présenterons donc avec quelques détails, mais surtout comme un procédé commode qui offrira l’histoire de l’avancement de la science, et qui nous servira d’introduction pour une marche meilleure et plus régulière.

Tournefort divisa d’abord le règne végétal en deux grandes sections. Il rangea dans la première toutes les herbes, et il comprenoit sous ce nom les plantes annuelles ou vivaces qui perdent en hiver leurs tiges , dont la consistance est médiocre, et qui ne sont jamais ligneuses. Les arbres (36g) formoient la seconde section avec les arbrisseaux. Il réunissoit ainsi toutes les plantes de consistance ligneuse qui s’élèvent en général à la hauteur du corps de l’homme , qui ont des bourgeons , et qui vivent le plus souvent au-delà de deux années. Cette division étoit fautive; mais il crovoit suivre l’ordre de la nature en rapprochant ainsi les grands végétaux, et en les rangeant par la taille.

Le second examen portoit sur la fleur, ou plutôt sur la corolle, dans l’une et dans l’autre section des herbes et des arbres. Ainsi les herbes sont avec ou sans corolle. Quand il y a une corolle (i), ou elle est simple, c’est-à-dire que chaque organe de la fructification est renfermé dans un calice qui lui est particulièrement destiné; ou elle est composée (363), c’està-dire qu’il y a plusieurs corolles dans un même calice.

Les herbes à fleurs simples, ou ont la corolle d’une seule pièce, et on les nomme monopétales ; ou elles en ont plusieurs, et ces plantes sont dites polypétales (354). Les fleurs à corolle d’une seule pièce l’ont régulière ou irrégulière (35 1). C’est à la première de ees divisions qu’appartiennent les deux classes qui suivent : les campaniformes et les infundibuliformes.

La clâsse des campaniformes ou en forme de cloche (Pl. v, fig. 14 J ï5, 16), comprend toutes les fleurs évasées en forme de bassin, de clochette et de grelot, comme le liseron, le muguet de mai , la campanule. Les fruits viennent ensuite former des ordres : tantôt ce sont des baies qui succèdent aux fleurs ; tantôt une ou plusieurs capsules.

Les infundibuliformes ou les fleurs monopétales en entonnoir (Pl. V, fig. Il ), comprennént les plantes herbacées, à corolle en roue, comme la bourrache, la véronique ; celles en coupe aplatie, comme la primevère; celles en entonnoir, comme la pervenche ; et la considération du fruit établit de nouveaux ordres. Tantôt le fruit est distinct du calice et forme une cap-

(t) Il faut se rappeler que la corolle est toujours nommée \di fleur dans cet arrangement de Tournefort.

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suie; tantôt il y est adhérent. Souvent il y a quatre semences nues au fond du calice; quelquefois une baie^ etc.

Les herbes à corolle monopétale irrégulière sont aussi comprises dans deux classes, 1". suivant que les fleurs ont une sorte de ressemblance avec quelques parties de l’homme ou des animaux, et que leurs fruits sont renfermés dans une capsule; c’est alors la troisième classe sous le nom de p’ersonnées (352); ou selon que leurs semences sont au nombre de quatre à nu, et visibles au fond du calice; et c’est ce qu’il nommoit les labiées. (353)

La classe des personnées comprenoit alors cinq sections. Dans la première, il rangeoit improprement les aroïdes, dont lespathe, en forme d’oreille ou de capuchon, lui paroissoit une corolle; à la seconde section appartenoient les fleurs en languette, comme celles des aristoloches; à la troisième, les corolles à tube très ouvert inférieurement , comme celles de la digitale, du catalpa; à la quatrième, les fleurs en museau (Pl. v, fig. 18), comme celles du muflier, de la pédiculaire; et à là cinquième, les fleurs terminées à la base par un anneau, comme on l’observe dans les corolles de l’acanthe,

Les labiées présentoient quatre sections. Dans les trois pre^ mières, la lèvre supérieure de la corolle ressemble tantôt à une faucille ou à un casque, comme dans les sauges; tantôt à une cuiller, comme dans l’ortie blanche (Pl. v, fig. 7); tantôt elle est tout-à-fait droite, comme dans le romarin, l’hysope : dans la quatrième section , la lèvre supérieure n’existe pas, comme dans la germandrée.

Les herbes à fleurs simples polypétales, sont aussi ou régulières ou irrégulières (36o). Il y a cinq classes parmi les régu-

Hères, savoir : i°. les cruciformes (355),. dont la corolle est composée de quatre pétales disposés en croix, et dont le fruit ne tient pas au calice; 2®. les rosacées (356), qui ont le plus souvent cinq pétales ou davantage, disposés en rose; 3°. les ombcllifères (367), qui ont aussi des pétales en rose , mais dont les fleurs , disposées en parasol , produisent des fruits qui sont formés de deux semences réunies ; les caryophyllées (358), ou fleurs en œillet , dont les corolles sont composées de pétales à onglets allongés, cachés dans un calice d’une seule pièce; 5°. enfin les liliacées (359) ? trois ou six pétales

sans calice, et dont le fruit est une capsule à trois loges.

Les cruciformes (PL v, fig. 21) étoient divisées par Tournefort en neuf sections, d’après la forme du fruit; mais il ne mettoit pas une très grande précision dans les caractères qu’il assignoit à chacune d’elles. Ainsi les silicules (33o) formoient trois divisions : les rondes , comme la cameline ; les plates , divisées par une cloison dans le sens de la largeur, comme la lunaire, ou dans celui de la longueur, comme la bourse-àpasteur ; les siliques (PL vu, fig. i3 ), articulées comme dans le radis; simples à deux loges, comme sur le chou, et sans cloisons, comme dans la chélidoine. Il réunissoit dans cette classe et dans des ordres particuliers les potamogétons , qui ont les semences réunies en tête , et la parisette qui a une baie.

'hes rosacées (PL v, fig. 23 ) offroient aussi neuf sections: dans la première étoient rangées les capsules isolées du calice, s’ouvrant en travers comme une boîte à savonnette, telles qu’on les observe dans le pourpier : venoient ensuite les capsules à une seule loge, comme celle du pavot; puis celles à deux loges, comme dans la saxifrage; celles à plusieurs loges, comme dans les cistes, les millepertuis; celles à semences nichées dans les alvéoles , comme dans le câprier ; celles à

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plusieurs capsules réunies , isolées du calice , comme dans la pivoine; celles à semences à nu sur le réceptacle, comme dans la fraise , les renoncules ; celles qui ont des baies ou des fruits secs.

Les ombellifères (Pl. v, fig. i), ou les fleurs en ombelle, présentoient aussi neuf sections d’après la forme des semences petites et striées, comme dans la carotte ; oblongues et épaisses, comme dans le fenouil , l’angélique ; arrondies , comme dans la coriandre; aplaties ,’ comme dans l’impératoire , etc.; terminées par une pointe très longue , comme dans le scandix , dit peigne-de- Vénus : dans la dernière section étoient rangées les fleurs ramassées en tête , comme dans le chardon roland ou panicaut, la sanicle, etc. (5o3)

Les caryopliyllées ( Pl. v, fig. 22 ) n’offroient que deux sections. Dans l’une, la capsule est tout-à-fait séparée du calice, comme dans l’œillet, le lin, etc. : dans le gazon d’Olympe ou staîice, au contraire, le calice est, ou plutôt il paroît être (i) adhérent.

Les liliacées ( Pl. v, fig. 12) étoient partagées par Tournefort en cinq sections. Tantôt les six divisions de la fleur tiennent ensemble, et alors ou le fruit provient du pistil seul, comme dans la jacinthe, ou il tient au calice, comme dans les irjs : tantôt les pétales, au nombre de six, sont tout-à-fait séparés, et ils offrent les deux mêmes sections, comme la tulipe, la perce-neige : tantôt enfin il ri’y a que trois pétales bien distincts à la fleur , ce qu’on observe dans les éphémérines.

Les plantes herbacées à fleurs simples polypétales irrê-

(i) Ce que Touruefort prenoit pour le calice est la corolle desséche'e.,

galières ne composent que deux classes : les papilionacées ou légumineuses, dont le fruit est une gousse, et les anomales (362), dont les pétales ne sont pas réguliers comme dans Tautre classe.

Les papilionacées ( Pl. v, fig. 20 ) se divisent en cinq sections, d’après la forme de leur légume, qui tantôt est court sans division , comme dans la lentille , le sainfoin ; tantôt allongé, comme dans le pois, la fève; tantôt articulé, comme dans le fer à cheval ou hippocrépide. Il y a encore deux autres sections; l’une renferme les plantes dont le légume paroît à deux loges, comme dans les astragales; l’autre est absolument artificielle, et comprend toutes les légumineuses dont les feuilles sont disposées trois par trois ou ternées,

comme le trèfle, la luzerne, etc.

La classe des anomales ( Pl. v, fig. 19) est peu nombreuse, et renferme des plantes très différentes les unes des autres , distinguées en trois sections par leur fructification. Quelquefois c’est une seule capsule séparée du calice avec tin seul pistil, comme dans la violette ; chez d’autres plantes à fleurs anomales, ces capsules ou ces pistils "sont en grand nombre , comme dans l’ancolie, le pied-d’alouette; enfin le calice s’unit souvent à la capsule, comme dans les orchidées.

Les herbes à fleurs composées renferment plusieurs corolles dans un même calice , aussi les nomme-t-on des fleurettes. Il est rare que chacune d’elles ait son calice particulier ; leur semence est toujours libre, distincte, nue ou garnie d’une sorte de parachute ou de couronne de poils plus ou moins divisés, qu’on nomme aigrette. Elles constituent trois classes : les Jlosculeases, c’est-à-dire dont les fleurettes qui sont semblables à un petit entonnoir, ont le bord à peu près régulier, et qu’on

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appelle des fleurons; les demi-Jlosculeiises (365) , ou celles dont toutes les petites corolles sont terminées par une languette; et les radiées (366) , dont la partie centrale de la fleur commune, ou ce qu’on nomme le disque, est composée de fleurons, et le pourtour ou la circonférence garnie de fleurettes disposées en rayons.

Les ^QMvsflosculeuses (Pl. v, fig. 9 ) sont rangées dans cinq sections: on remarque parmi elles des fleurs composées de fleurons stériles et d’autres fleurs fertiles séparées , comme le genre Xanthium ou Lampourde, et d’autres qui, ayaait le fleuron fertile , ont les semences aigrettées , comme le chardon , ou non aigrettées, comme la santoline. Quelquefois chaque fleur a son calice particulier, comme l’échinope , dont la corolle est découpée également , tandis qu’elle l’est inégalement dans les autres fleurs agrégées , comme la scabieuse , le chardon à foulon, qui forment la cinquième section.

Les demî-flosciileuses ( Pl. v, fig, 8) ne renferment que deux sections, suivant que leurs graines sont surmontées d’une aigrette, comme dans le pissenlit, le salsifis; ou qu’elles sont nues, comme dans la chicorée.

Les fleurs en soleil ou radiées ( Pl. v, fig. 10 ) , sont réparties en cinq sections , d’après la forme de leurs semences. Elles sont ou aigrettées , par exemple, le tussilage; ou garnies d’arêtes membraneuses, le soleil; ou absolument nues, la pâquerette | ou elles semblent former une capsule par leur disposition en manière d’écaüles disposées comme celles du calice, le souci; ou enfin le disque est entouré par les écailles du calice en forme de feuilles, les carlines.

Toutes les autres herbes n’ont pas de pétales, même quand

2o4 système

elles ont des fleurs : sur les unes, à la vérité, on voit des étamines ; mais il n’y a pas de pétales , ou les parties qui en tiennent lieu subsistent après la floraison : ce sont des apétales à étamines. Une autre classe de plantes apétales porte des fruits sans fleurs ; et dans une dernière sont rangées les plantes dans lesquelles on ne connoît ni les fleurs ni les fruits.

C’est à la classe des apétales à étamines ( Pl. v, fig. a3 ) qu’appartiennent , sous le nom de céréales ou de graminées , le blé, l’avoine, etc., dont les fleurs sont hermaphrodites, et la masse d’eau, le maïs, la mercuriale, le chanvre, dont les fleurs mâles et femelles séparées sont réunies dans quelques cas, et chez d’autres, placées sur deux pieds différens; telles sont encore l’oseille, la pariétaire, la bette, dont les fruits sont inhérens au calice.

Les arbres sont à peu près dans le même cas que les herbes : les uns n’ont point de pétales à leurs fleurs ; mais parmi ceuxlà il en est , comme le buis, le figuier, dont les fleurs maies ne sont point séparées des femelles; et d’autres, au contraire, comme le coudrier, le bouleau, le saule, dont les fleurs mâles sont disposées isolément sur un pédoncule allongé qui supporte beaucoup de fleurs sans pétales : l’ensemble se nomme chaton (Pl. V, fig. 6 ) , et les arbres eux-mêmes sont appelés amentacés ou à chatons. Les arbres qui ont des pétales , ou n’en ont qu’un seul , comme le lilas, le laurier rose, le sureau ; ou ils en ont plusieurs qui sont tantôt réguliers, comme dans le poirier et la vigne; tantôt irréguliers, comme dans l’acacia, le baguenaudier, le genêt,

En résumé on obtiendroit cette table :

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