‹ Elémens des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 45 sur 55 · cryptogamie · texte numérisé non relu

cryptogamie

Ces vingt-quatre classes ne sont que le premier pas de l’étude du système sexuel ; il y a encore cinq ou six degrés à descendre avant d’arriver à la connoissance du genre ; c’est

BOTANIQUE DE LINNÉ. an

à peu près de meme que si l’on vouloit chercher le mot Arbre dans un dictionnaire 5 il ne suffit pas de savoir que ce nom appartient à la première classe , celle de TA ; il faut faire une nouvelle recherche parmi les mots compris dans cette division, pour arriver à ceux qui commencent par AR — , puis parmi ceux qui sont formés ainsi des lettres ARB. Justement celui-là se trouve le premier de ceux qui commencent par ARBR — ; il en est à peu près de même du système de Linné : chaque plante présente son caractère inscrit dans sa fleur; il faut l’y épeler, pour ainsi dire, et amener successivement la fleur dans sa classe, son ordre, son genre, son espèce, et pour cela, on est obligé quelquefois de faire huit ou neuf recherches successives.

Dans les treize premières classes , qui sont fondées principalement sur le nombre des étamines , Linné a établi ses ordres d’après le nombre des styles, en donnant à chacun un nom formé de deux mots grecs, dont l’un, gynie , signifie femelle, pistil, et l’autre indique le nombre, comme mono, di, tri, poly-gynie, etc. De sorte qu’une fleur qui a, comme la primevère, cinq étamines et un pistil, est de la classe pentandrie et de l’ordre monogynie.

Dans les classes suivantes, les pistils ne sont plus employés pour caractériser les ordres ; ainsi dans la quatorzième , les graines ou sont à nu, comme dans l’ortie blanche, ou elles sont enveloppées par une capsule , comme dans le muflier; on nomme le premier ordre gymnospermie , ce qui signifie semence nue, parce qu’en effet l’ovaire est fendu en quatre portions qui correspondent à autant de graines ; et l’autre , angiospermie ; ce qui indique que la graine est dans un vase, ou cachée; c’est-à-dire renfermée dans un péricarpe commun.

Dans la quinzième, qui correspond au plus grand nombre des cruciformes de Tournefort, renveloppe du fruit devient le caractère de l’ordre. G’est tantôt miQsilique (Pl. vu, fig. i3), quand cette sorte de capsule est trois ou quatre fois plus longue que large; et tantôt une siliciile ( fig. 12 ), lorsqu’elle est presque aussi large que longue , de^sorte que les plantes tetra» dynamiques sont siliqueuses ou siliculeuses.

Pour les trois classes dont les étamines sont jointes par les filets, c’est le nombre des anthères qui détermine l’ordre; ainsi il y a des monadelphes, des diadelphes et des polyadelphes, de l’ordre de la monandrie, de la diandrie, de la triandrie, etc., et de la polyandrie : il en est de même dans les quatre avant-dernières classes. Il n’y a que la dix-neuvième classe qui ait des ordres ou des sous-divisions beaucoup plus compliquées, et que nous allons exposer particulièrement.

La syngénésie ou lat^dix-neuvième classe est celle dont les ordres sont les plus différons , suivant la disposition des petites fleurs, qui tantôt sont réunies dans un même calice, tantôt dans des calices particuliers. Dans le premier cas , on nomme les ordres polygamie, et on les distingue en égale, en fausse, en superflue, en frustranée, en nécessaire, en séparée, suivant le sexe de chacune de ces petites fleurs, et leur disposition respective. Comme ces ordres sont un peu plus difficiles que les autres à concevoir, nous allons entrer à leur égard dans quelques détails. Tantôt les fleurs des syngénèses sont composées (260) , c’est-à-dire qu’un même calice renferme beaucoup d’autres petites fleurs monopétales en fleurons ou en languette; tantôt elles sont distinctes, c’est-à-dire qu’elles ont chacune leur calice particulier, comme dans la violette,

BOTANIQUE DE LimÉ.

et c’est ce que Linné nomme l’ordre de la monogamie ^ pour les distinguer de toutes les autres plantes de la même classe qui présentent une disposition contraire , et qu’il a nommées

polygames.

Il y a cinq ordres qui portent le nom de polygamie , qui signifie beaucoup de noces, parce qu’en effet lorsque la fécondation du pistil a lieu, toutes les étamines lancent à la fois leur pollen, qui doit se porter indistinctement sur tous les stigmates. Le premier ordre se nomme polygamie sépaj'ée ou partielle, parce que plusieurs fleurettes sont réunies dans un seul calice, qui est lui-même contenu avec d’autres dans un calice commun et universel ; tels sont le sphéranthe , l’écliinope : le second ordre comprend toutes les fleurs composées dont les fleurettes ou les demi-fleurons sont toutes fertiles et hermaphrodites, comme dans le chardon ( PI. v, fig. 9); c’est la polygamie égale : le troisième ordre , sous le nom de polygamie superflue , renferme les composées à fleurettes hermaphrodites et femelles séparément; la plupart sont radiées, comme la pâquerette (Pl. v, fig. 10) : le quatrième ordre porte le nom de polygamie inutile , parce que les fleurettes du centre sont hermaphrodites et donnent de la graine, tandis que celles de la circonférence sont femelles et stériles ; tel est le soleil : enfin , le cinquième ordre s’appelle polygamie nécessaire, parce que les fleurettes du centre sont mâles, et celles de la circonférence femelles ; tels sont le souci et le filago.

Linné et les autres botanistes qui ont adopté cette classification, ont décrit et disposé toutes les plantes connues d’après ce système. Leurs ouvrages sont devenus des espèces de dictionnaires , dans lesquels on va chercher maintenant le nom , la description , l’histoire et les usages des végétaux.

ai4 SYSTÈME

Je suppose, par exemple, que je veuille étudier, d’après ce système, la fleur qu’on nomme ordinairement pois de senteur ou pois odorant , que je vois pour la première fois , et dont j’ignore encore le nom botanique. Je cherche d’abord à quelle classe cette fleur appartient, et pour cela je dois observer les étamines. Je vois les étamines réunies entre elles par les filets formant autour du pistil une sorte de tuyau composé de deux pièces (PL vi, fig. 18); la plante appartient donc à la dixseptième classe ou diadelphie : je compte les anthères, et j’en observe dix; elle est donc de l’ordre décandrie. Mais il y a dans cette division plusieurs sous-ordres; je vois que le caractère de l’un d’eux est d’avoir le stigmate velu ; or, c’est ce qui existe dans la fleur que j’observe. Il n’y a que sept genres de plantes qui soient dans le même cas : j’en lis successivement les caractères qui sont exprimés chacun en cinq ou six mots, et je m’arrête à celui-ci, qui paroît convenir parfaitement à ma plante : style plane et velu, en dessus. Je trouve en marge du livre le nom Gesse : c’est celui du genre.

Ce mot gesse n’est qu’une indication du nom sous lequel la plante est décrite dans l’ouvrage. Je cherche cette description , et je lis :

! Calice en cloche, à cinq dents, les deux supérieures courtes.

Étendard plus grand que les ailes et la carène.

Style plane , à extrémité large; stigmate velu.

Légume allongé, contenant plusieurs semences.

, Tel est le caractère du genre; mais il comprend trente espèces, de sorte qu’on a été obligé d’établir entre elles deux divisions : les unes ont des fleurs isolées ; chez d’antres elles sont disposées deux à deux ; je ne vais pas plus loin ,

BOTANIQUE DE lamarck. ai5

car je vois que la plante que j’étudie doit être rangée là. Justement la première espèce est celle que j’observe, puisque je lis ce caractère : feuilles ovales , ohlongues , disposées deux par deux , légumes velus. Je vois ensuite par les détails quelle est la forme des parties de la plante , et j’apprends en outre qu’elle vient naturellement dans les climats chauds; que ses fleurs varient pour la couleur rouge , violette , rose et blanche , et qu’on la cultive dans les jardins à cause de l’odeur agréable qu’elle y répand le soir. En marge je trouve cette épithète, odorante. La plante que j’ai observée, ce pois de senteur, est donc du genre Gesse et de l’espèce dite odorante par les botanistes.

M. J. B. DE Lamarck, de l’Institut de France, professeur au Muséum d’histoire naturelle de Paris , voulant joindre à la marche systématique, qui conduit si facilement à la détermination des plantes, les avantages de la méthode qui les dispose suivant l’ordre naturel, a employé un procédé tel que toutes les plantes connues peuvent être rangées dans des divisions successives, de manière à laisser toujours le choix entre deux propositions absolument opposées. C’est ce qu’il a nommé méthode ou le système analytique ^ et il a exécuté ce grand travail d’analyse pour toutes les plantes de la France, dans un ouvrage qui a pour titre La Flore Française (1), dont la première édition a paru en 1778. Nous allons essayer d’en faire connoître la marche.

(i) Cet ouvrage, dont la troisième e'dition en quatre gros volumes m-8° a paru en i8o5, sous le nom de MM. de Lamarck et Decan- DOLLE , porte aussi pour titre : Descriptions succinctes de toutes les plantes qui croissent naturellement en France, disposées suivant une nouvelle méthode d’analyse. La moitié' du premier volume est consacrée aux principes élémentaires de la Botanique : on y trouve des notions simples, exactes et claires sur les formes, la structure et les fonctions des plantes. Notre ami, M. Decandolle , qui avoit rédigé

Il s’agit de conduire au nom d’une plante , et de la distinguer de toutes les autres, afin d’en apprendre les caractères et l’histoire. Or, il est impossible que l’élève puisse faire de lui-même cette distinction, puisque, pour reconnoître un objet, il faut nécessairement l’avoir connu auparavant. On ne peut donc arriver à l’aide de cette méthode qu’au nom des plantes observées par des botanistes qui ont dressé, d’après leurs caractères, des tableaux analytiques, où l’étudiant est forcé d’observer successivement diverses parties, et de choisir entre deux propositions contradictoires, jusqu’à ce qu’il parvienne d’abord au genre , puis à l’espèce qu’il a sous les yeux.

Supposons , par exemple , qu’on nous présente à la fois , et dans un état de fructification assez avancé, les six plantes dont les noms suivent : i °. le froment; 2°. le seigle; 3°. l’orge; 4°. l’avoine ; 5°. le riz ; 6°. le maïs, mais dont nous ne sommes supposés connoîlre que les numéros. A l’aide de l’analyse générale, nous serons forcés de voir par une suite d’autant de propositions successives, que toutes ces plantes ont des fleurs ; qu’elles sont disjointes, c’est-à-dire non réunies dans une enveloppe commune à plusieurs fleurs, ou ayant les anthères libres; mais déjà à la troisième question, nous voyons que, dans le n® 6, il y a des fleurs unisexuelles, c’est-à-dire n’ayant que des étamines ou des pistils. Nous laissons donc ce numéro de côté pour y revenir par la suite (410); c’est le maïs.

Dans les cinq autres numéros , les fleurs sont hermaphro-

ce travail, en a depuis, en i8i3, publié un autre dont nous avons également beaucoup profité pour la rédaction de celui-ci; il est intitulé : Théorie élémentaire de la Botanique, ou Exposition des principes de la classification naturelle et de l’art de décrire et d’étudier les végétaux.

BOTANIQUE DE lamarck. ^17

dites, c’est-à-dire munies d’étamines et de pistils; elles sont incomplètes quand elles n’ont qu’un calice ou une corolle seulement : elles ont six étamines ou moins : leur calice est membraneux ou écailleux ; ce sont des herbes , mais on demande si elles ont trois étamines ou six. Le n® 5 est le seul dans lequel on observe six étamines. Nous le mettons donc encore de côté pour l’examiner à part (409) j c’est le riz.

Les quatre premiers numéros que nous continuons d’analyser n’ont donc que trois étamines seulement : leurs feuilles sont engainantes; leurs fleqrs glumacées ou composées d’un calice membraneux dont les valves se nomment des balles; leur tige est noueuse , et les gaines des feuilles sont fendues en long. Nous apprenons que ces quatre plantes appartiennent à l’ordre des Graminées.

Après avoir lu et reconnu les caractères des graminées , sur lesquelles l’ouvrage entre dans beaucoup de détails, nous poursuivons notre analyse. Tous les épillets de nos plantes sont composés de fleurs hermaphrodites , ou entremêlés de fleurs mâles et femelles , disposés en épis simples ou non rameux : ici se présente encore une séparation; car trois des numéros ont les épillets enfoncés à leur base dans des cavités creusées dans l’axe , tandis que le n° 4 porte des épillets sessiles sur l’axe de l’épi, qui n’est pas creusé : en outre, ces épillets sont composés de deux ou plusieurs fleurs sans bractées à la base, et les valves externes des balles sont entières au sommet, garnies d’une arête dorsale (4o5) ; c’est l’avoine.

Les trois numéros restans et semblables entre eux, parce que leurs épillets sont enfoncés à la base dans des cavités creusées sur l’axe de l’épi , offrent de suite une division ; car deux ont l’épi disposé de manière que chaque dent de l’axe

2i8 système

porte des épillets solitaires , tandis qu^un seul , qui est le n° 3 , porte deux ou trois épillets réunis sur chaque dent de Taxe j mais les épillets sont üniflores : telle est l’orge. (4o8)

Il ne s’agit plus que de trouver les caractères opposés qui distingueront entre eux les deux premiers numéros dont les épillets sont solitaires sur chaque dent de Taxe. Mais le n® 2 n’offre qu’une ou deux fleurs fertiles dans chaque épillet; c’est le seigle (407)? qui porte en outre une arête au sommet de la valve externe des balles, tandis que le n® i, qui est le froment (406), a plus de deux fleurs fertiles dans chaque épillet, ainsi que les valves de la glume égales entre elles et opposées à l’axe.

Nous allons figurer ici la marche que nous auroil présentée la méthode d’analyse , en ne nous arrêtant qu’aux seuls caractères offerts par nos six plantes.

p, j distinctes 2

(non distinctes ou nulles o

2 Distinctes | disjointes ou se'pare'es ' 3

i conjointes . . o

{hermaphrodites 4

unisexuelles 21

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