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CHAPITRE X

Des animaux en général 3 et de leurs fonctions.

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n traitant des phénomènes principaux que présentent les corps organisés pendant leur vie, ou lorsqu’ils jouissent de l’intégrité de leurs fonctions, nous avons vu (23 1) que les animaux ont, de plus que les végétaux qui se nourrissent et se reproduisent, la propriété de changer de place volontairement, en tout ou en partie; qu’en outre ils peuvent sentir, c’est-à-dire avoir la conscience de l’existence des corps, en percevant et en appréciant leurs qualités. Ces quatre facultés de hêtre animé présentent un grand nombre de modifications, et dans l’éiaergie avec laquelle elles s’exercent, et dans la

forme des organes qui sont destinés à les produire. C’est ce que nous allons indiquer en faisant connoître , d’une manière générale, les principales différences que les animaux nous offrent dans les instrumens qui leur sont donnés pour qu’ils puissent exécuter ces quatre grandes fonctions, nutritives, génératives , motrices et sensitives.

D’abord les êtres organisés ne peuvent conserver leur manière d’exister et produire les effets ou les actions qu’ils exécutent, qu’en fournissant aux instrumens de la vie les matériaux nécessaires à leur développement, à leur réparation, et à l’office qu’ils doivent remplir ; car il ne se fait rien de rien. Ces ahmens, ces substances doivent donc entrer dans la masse, dans la composition de l’individu. Quand ces matériaux ont été employés, ils doivent être renouvelés : dans ce but, ils sont repris, empruntés et choisis parmi les corps environnans ; mais ils y entrent comme matière première; il faut qu’ils soient soumis à une décomposition préliminaire, puis à une recomposition nouvelle. Cette opération (282) est la fonction la plus générale ,. la plus indispensable dans les êtres vivans ; et l’on comprend, sous le nom d’organes de la nutrition, toutes les parties du corps par lesquelles ces alimens pénètrent, celles qui les transportent, qui les choisissent, qui les ■

élaborent, qui en font le départ, soit pour les retenir, soit pour en repousser les résidus. Les matériaux de la nutrition pénètrent par diverses voies dans les corps organisés ; ils s’v introduisent sous forme de fluides impondérables ou élastiques, par des pores ou par des interstices imperceptibles. C’est ce qui est commun à tous les êtres vivans; mais les animaux ont une organisation particulière, une voie intérieure pour introduire et transporter avec eux les matières alibiles, celles qui peuvent les nourrir, et ils les reçoivent alors sous forme de liquides ou de solides. Ces voies sont les organes de la digestion.

La digestion (a3 6), qui est un mode essentiel et caractéristique delà nutrition chez les animaux, suppose une cavité ou un espace vide à l’intérieur, dans lequel les alimens peuvent séjourner pendant un certain temps ; car puisque ces êtres ont la faculté de changer de lieu , ils ne pouvoient , comme les plantes, avoir leurs pores absorbans à la surface, pour attirer

comme elles, et d’une manière continue, leur nourriture à

l’intérieur. Tous sont donc organisés pour saisir, dans des intervalles de temps variables , et transporter avec eux une quantité déterminée d’alimens dont ils puissent absorber à loisir les sucs utiles. En effet ils ont tous un sac ou un canal intestinal destiné à la digestion. C’est là que se trouvent les racines intérieures et les orifices des canaux qui pompent et conduisent dans le reste du corps les liquides destinés à la réparation , au développement et à l’action des organes.

Le plus souvent cette cavité digestive a la forme d’un tube à deux orifices , l’un pour l’entrée , l’autre pour la sortie. Chez quelques uns il n’y a qu’une seule ouverture destinée à ce double emploi : alors la digestion s’opère dans une sorte de sac. Enfin, chez d’autres animaux , dont on ne connoît encore qu’un très petit nombre , tous flottans ou plongés dans un liquide qui leur apporte leur nourriture, l’absorption des particules alimentaires s’opère par le même mode que celui qui a lieu dans les végétaux , avec cette différence que les canaux qui proviennent de ces bouches nombreuses, viennent se rendre à une cavité commune.

Toutes les matières solides introduites dans la cavité digestive d’un animal doivent nécessairement passer par un état de ramollissement tel , qu’elles y deviennent une sorte de pâte molle ou de bouillie liquide qu’on appelle chyme. Mais la

portion nutritive par excellence, celle qui doit servir à la réparation et au développement du corps de l’animal , est extraite du chyme par des racines intérieures. Elle passe par les orifices des pores absorbons; elle pénètre alors dans le corps, et c’est cette humeur qui a reçu le nom de chyle.

Ce chyle est, à ce qu’il paroît , tantôt absorbé par les parties voisines dont le tissu est comme aréolaire ou spongieux , et il y pénètre alors par une sorte d’imbibition ; tantôt , et c’est le cas le plus ordinaire, il passe successivement par des conduits ou vaisseaux qui le transportent dans une cavité particulière, dans une sorte de pompe aspirante et foulante, qu’on nomme le cœur. C’est un organe creux, jouissant de la double faqulté de se dilater pour recevoir dans son intérieur les sucs absorbés, et de pouvoir se resserrer avec force, ou se contracter sur lui-même , afin de pousser cette humeur dans les diverses parties du corps.

On désigne par le nom de circulation , ce mouvement, ce transport de cette humeur nutritive formée du chyle, mais qui, par son mélange avec d’autres liquides animaux, prend alors ,1e nom de sang . Les vaisseaux qui conduisent le sang ou le chyle au coeur ont reçu le nom de veines , et ceux qui partent' du cœur, et par lesquels le sang est poussé, dirigé vet;s les autres parties du corps, s’appellent artères. Le cœur, on l’organe qui détermine, jusqu’à un certain point, le mode de circulation , varie beaucoup par sa position et par sa structure, quoique le véritable mécanisme par lequel son action s’exécute, reste à peu près le même.

Par exemple, dans certaines classes d’animaux, chez lesquels la circulation est, très simple, le sang des veines aboutit dans une sorte de réservoir membraneux disposé et calibré de

manière à n’admettre qu’une dose ou une quantité d’humeur déterminée. Cet espace limité est ordinairement un appendice du cœur, une sorte de vestibule d’introduction; on le nomme sinus ou oreillette du cœur. Les parois de ce sinus se resserrent sur elles-mêmes , forcent le liquide qu’elles contiennent à en sortir par un orifice qui est le seul très libre, et qui conduit dans la cavité du cœur : celle-ci a des parois beaucoup plus épaisses, plus fortes, plus puissantes; c’est ce qu’on nomme le ventricule du cœur. Celte cavité est garnie de soupapes ou de valvules mobiles, dont les unes, en s’abaissant , permettent l’entrée du sang de l’oreillette, et en se relevant en sens inverse, s’opposent à sa sortie du côté des veines, et dont les autres , faisant l’office de clapets et placées à l’origine des artères , se relèvent et s’appliquent contre les parois de ces vaisseaux, pour laisser une libre issue au sang qui est poussé par le cœur. Ces valvules retombent quand cette action cesse; elles closent ainsi cette porte, qui n’est destinée qu’à la sortie du sang. contenu dans le ventricule. Ce mécanisme est modifié par beaucoup de circonstances qu’on est parvenu à apprécier. Aussi le nombre des oreillettes, et surtout celui des cavités du ventricule du cœur, varie-t-il dans les différentes classes, et quelquefois même dans les familles d’une même classe d’animaux.

L’humeur absorbée par l’action de la digestion paroît avoirbesoin d’être mise en contact avec l’atmosphère ou avec l’eau aérée, pour en absorber l’oxigène et se dépouiller de certains principes , afin de pouvoir servir à la nourriture des diverses parties du corps. L’acte de la vie des animaux qui se produit dans cette circonstance, porte le nom de fonction respiratoire, ou, en un seul mot, de respiration.

Dans les animaux qui ont un cœur, car tous n’en ont pas,

les humeurs du corps sont, comme nous l’avons dit , chassées dans les vaisseaux artériels par la contraction de cet organe , et chez tous cet agent d’impulsion dirige le sang, soit en totalité, soit en proportions déterminées, dans des appareils destinés spécialement à la respiration. Chez les animaux qui vivent dans Fair et sur la terre, et qui ont une circulation, le sang est poussé par le cœur et forcé de pénétrer dans les parois de vésicules membraneuses où Fair extérieur est appelé, tantôt par son propre poids, tantôt comme s’il étoit forcé d’y entrer d’une manière mécanique. L’ensemble ou la masse de ces vésicules est nommée un poumon : tous alors respirent Fair en nature. Chez les animaux qui sont forcés, par leur organisation, de vivre constamment dans Feau, la respiration s’opère au moyen de lames ou de feuillets membraneux, à la surface desquels le liquide agit en dehors sur les vaisseaux qui s’y ramifient à l’infini , et ces appareils portent le nom de branchies.

Pour les animaux qui paroissent n’avoir pas de véritable circulation, il existe un autre mode de respiration. Comme ils n’ont pas de vaisseaux, tantôt Fair vient au-devant des humeurs nutritives , il pénètre et se subdivise dans l’intérieur, au moyen de canaux élastiques très perméables , il se porte ainsi dans toutes les parties du corps au moyen de ces canaux aériens qu’on nomme trachées (7 89) ; tantôt ces animaux étant plongés dans Feau ou dans d’autres liquides , c’est à leur sur face ou à travers leurs tégumens, qui sont mous et facilement pénétrables, que la fonction respiratoire paroît s’exercer comme dans les végétaux.

Telles sont les principales modifications des organes de la nutrition chez les animaux. Quoique nombreuses et assez constamment applicables aux espèces des mêmes classes , il semble

que le fluide ambiant ou le milieu dans lequel ces animaux sont appelés à vivre, ait exercé la plus grande influence sur la structure et la disposition de leurs organes nutritifs, respiratoires et circulatoires, de sorte qu’on ne peut obtenir de leur étude que des caractères secondaires et peu importans pour les rapports naturels des animaux entre eux.

Il en est à peu près de même pour les organes reproductifs. Le mode de génération de plusieurs animaux est absolument ignoré. Quelques uns, n’ayant pas de sexes, ou étant pour la plupart fixés sur les corps solides, comme les végétaux le sont par leurs racines, peuvent se reproduire comme ces derniers. Cette propagation s’opère ainsi par marcottes, par bourgeons ou par boutures, au moyen de la séparation, naturelle ou accidentelle, de quelques parties de leur corps sur lesquelles se développent ultérieurement les organes qui manquoient d’abord. Chez tous les autres animaux il y a des organes spécialement destinés à la génération. Les uns sont propres à préparer les germes, à faciliter leur vivification, et à les conserver pendant quelque temps avant leur séparation du corps de la mère; les autres sont appelés à sécréter une humeur prolifique et vivifiante, et à la transmettre. Ces organes distinguent les mâles d’avec les femelles ; ils caractérisent les sexes , et sont dits sexuels.

Dans la plupart des animaux les sexes sont distincts et séparés sur deux individus différens de la même espèce, qu’on nomme alors unisexuels ; mais dans quelques classes les individus sont tout à la fois mâles et femelles. Dans ce eas, tantôt ces êtres ont besoin de se rapprocher et d’opérer une double fécondation mutuelle; il faut qu’ils puissent aller réciproquement à leur rencontre; alors on les dit cindrogynes ; tantôt les individus jouissent également des deux sexes, mais privés

pour la plupart des organes du mouvement nécessaires pour se rechercher, ils se suffisent à eux-mêmes, ainsi que le plus grand nombre des végétaux, afin de reproduire leur race , et, comme eux , ils sont appelés hermaphrodites .

Les individus qui ont les sexes séparés diffèrent encore entre eux : tantôt leurs germes, non encore développés, se séparent de la mère, le plus ordinairement, sous la forme d’œufs, c’est-à-dire entourés d’une coque plus ou moins solide dans laquelle l’embryon est contenu avec une certaine quantité de nourriture préparée pour servir à son développement primitif, et jusqu’à ce qu’il ait acquis assez de consistance pour subvenir à ses besoins ; ces animaux sont dits alors ovipares : tantôt la femelle, fécondée d’avance, conserve ses germes à l’intérieur, et les nourrit dans un organe appelé une matrice t spécialement destiné à cet usage. Us ne sortent de son corps et ne s’en séparent qu’avec la forme qu’ils doivent conserver. Ces animaux sont dans ce cas appelés vivipares.

Les ovipares, ou les animaux qui pondent des œufs, présentent encore une double modification. Les uns ne les abandonnent que lorsqu’ils ont été vivifiés dans leur intérieur, et alors leur coque est le plus ordinairement solide ou cornée, et la fécondation s’opère le plus ordinairement dans l’air : les autres, et les poissons, les grenouilles, quelques insectes, et beaucoup de mollusques sont dans ce cas, abandonnent leurs œufs avant qu’ils soient fécondés; ces œufs ne sont animés, vivifiés qu’à l’extérieur, et ordinairement cette opération a lieu dans l’eau. On observe aussi parmi les ovipares deux autres circonstances remarquables : dans l’une, les œufs ne sont pas réellement pondus , ils éclosent dans le corps de leur mère, qui conserve ainsi ses germes jusqu’à ce qu’ils aient acquis la solidité nécessaire pour être déposés dans les lieux

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convenables à leur développement. Ces espèces, qui se rencontrent dans des classes très différentes , sont dites faussement vivipares, ou mieux ovovivipares. L’autre circonstance notable dans le développement des ovipares , c’est qu’il y en a un très grand nombre qui, en sortant de l’œuf, n’ont en aucune manière la forme, la structure, ni les mœurs qu’avoient leurs parens à l’époque où ils les ont engendrés. Ils ont des apparences tout-à-fait différentes, et ils subissent dans le cours de leur existence limitée, plusieurs transformations ou métamorphoses successives. Tels sont en particulier les grenouilles et autres genres voisins, et toute la classe des insectes.

Ce qui caractérise encore les animaux d’une manière plus manifeste que la cavité digestive , c’est l’existence de la faculté locomotrice ou de la motilité (289.) produite chez eux par la fibre motrice , contractile, qu’on nomme aussi charnue ou musculaire. Ce tissu est formé de lilamcns excessivement ténus, susceptibles de se raccourcir et de mouvoir ainsi les parties sur lesquelles ces filamens sont fixés. Ces fibres sont distribuées dans les diverses parties du corps, et elles produisent tous les mouvemens intérieurs et extérieurs. Quand elles sont réunies en faisceau, dont l’ensemble coopère à une même action, ce faisceau se nomme un muscle. Il y a dans un animal autant de muscles différons qu’il y a de mouvemens simples, possibles; et le plus ordinairement, pour rétablir les parties dans l’état où elles étaient avant d’être mues, il existe d’autres faisceaux de fibres destinées à produire l’effet contraire, et qu’on appelle à cause de cela muscles antagonistes.

L’élément de la fibre motrice, considéré chimiquement, paroît résider dans une matière appelée fibrine (662), qui ne se dissout pas dans l’eau bouillante, que l’on retrouve fluide dans le sang, que l’on peut liquéfier dans les eaux alcalines, et en

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précipiter par l’action neutralisante des acides, et qui offre plusieurs autres caractères chimiques à l’aide desquels on dénote la présence de la fibre motrice dans beaucoup d’organes différens. L’action de l’électricité voltaïque démontre aussi la présence de ce principe du mouvement, par les contractions subites qu’elle détermine sur les parties qui reçoivent la fibrine dans leur texture.

Les autres organes destinés aux mouvemens sont tout-à-fait passifs; tantôt ils sont disposés au-dehors sous l’apparence de membranes , de tégumens plus ou moins solides ; tantôt sous forme de croûtes ou de gaines , dans l’intérieur desquelles les muscles se trouvent placés. La solidité de ces parties, leur structure , leurs articulations , leurs mouvemens sont coordonnés avec la manière de vivre des animaux; ces croûtes, ces tests, ces écailles, ces coquilles, ces étuis sont de nature calcaire ou cornée, et subordonnés, pour la consistance, aux efforts qu’ils ont à soutenir ; les plus mous , comme on le conçoit , ne pouvant exercer leurs mouvemens que dans des fluides liquides.

Dans les animaux qui paroissent le mieux organisés sous le rapport des mouvemens , et qui par cela même jouissent d’un plus grand nombre de facultés, les parties solides articulées qui protègent et modifient les formes de leurs corps, en même temps qu’elles en déterminent la mobilité , sont presque en totalité situées au-dedans. Elles font l’office de leviers articulés, et sont nommées des os , dont l’ensemble porte le nom de squelette osseux. Tous aboutissent à une tige centrale; sorte de colonne creuse et mobile, appelée échine , et dont les pièces, plus ou moins solides et nombreuses, le plus ordinairement destinées à se mouvoir les unes sur les autres, portent le nom de vertèbres. Chez tous ceux qu’on dit à cause de cela

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vertébrés , la tige moyenne se termine d’un côté par la tète. Cette partie élargie renferme dans sa cavité intérieure la plus grande masse de la matière animale qui donne la sensibilité; elle loge le plus ordinairement quatre des organes des sens , et de plus elle réunit tous lesinstrumens propres à la préhension , à la division des alimens, et qui constituent la bouche ; souvent meme c’est dans la tête que se trouvent situés les organes qui facilitent ou même qui produisent l’acte mécanique de la res piration. Enfin le plus souvent cette échine se prolonge en arrière pour former la queue.

Tous les animaux paroissent jouir de la sensibilité (232); ils perçoivent l’action que les autres corps peuvent exercer sur eux par leurs propriétés. Us sont sensibles : ils ont la conscience de leur existence, et ils éprouvent le besoin continuel de la conserver, car ils ressentent le plaisir et la douleur, pour chercher leur bien-être et fuir le danger. Us ont une volonté qui paroît être transmise avec une rapidité excessive et instantanée dans tous ceux de leurs organes qui leur obéissent. Leur admirable machine est en outre appelée à apprécier les qualités des corps, à l’aide de certains appareils, ou d’éprouvettes , construits de manière à recevoir leur action par le contact le plus intime et sous quelque forme que ces corps se présentent; solides, liquides, fluides élastiques ou impondérables. Ces instrumens destinés aux perceptions extérieures qu’on nomme sensations , sont appelés organes des sens. Les parties intérieures , par l’intermède desquelles les animaux ont la conscience des perceptions internes, sont, comme celles qui aboutissent aux organes des sens, des fibres spéciales d’une matière blanche et molle, que l’on désigne sous le nom de moelle nerveuse , d’où proviennent ou qui reçoit des filamens plus solides , mais contenant la même substance , qu’on a appelés des nerfs (663). L’ensemble de cet appareil sensitif porte le nom de système nerveux .

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Les nerfs vont pour la plupart en diminuant de grosseur lorsqu’ils se terminent dans les parties : ils paroissent également doués de la faculté de rapporter à l’animal les sensations diverses ou les perceptions que chacune de leurs parties a pu éprouver au-dehors, comme au-dedans du corps. Cependant on n’a pas encore pu distinguer les nerfs dans une classe entière d’animaux, qui sont, pour la plupart, des êtres très mous, ou d’une ténuité telle que leur organisation a pu les soustraire aux recherches de l’anatomie, même microscopique; on ne peut pas cependant supposer qu’ils en soient totalement dépourvus. Comment imaginer en effet un être animé et non sentant? ce défaut de sensibilité semblerait impliquer contradiction dans l’existence d’un animal qui produit ou manifeste des mouvemens. De fait, la plupart des animaux ont des nerfs bien distincts. Tantôt ces cordons , ou filets, proviennent d’une tige ou d’un tronc central , situé dans la longueur de l’animal, présentant des renflemens ou des ganglions d’espace en espace, mais sans masse plus volumineuse dans la région correspondante à la tête; tantôt les animaux offrent au contraire dans cette partie , et souvent dans une sorte de boîte protectrice qu’on nomme crâne , une portion très développée de la masse nerveuse qui prend alors le nom de cerveau, d’où les principaux nerfs paroissent tirer leur origine. Les organes des sens (958) présentent aussi beaucoup de variétés importantes pour leur nombre , leur situation , leur perfection , surtout dans les dernières classes d’animaux.

Après avoir donné ainsi une idée générale des fonctions que les animaux remplissent à l’aide de leurs organes, nous pourrons faire connoître l’influence que ces diverses facultés exercent les unes sur les autres, suivant leur plus ou moins de développement. Ces circonstances sont tellement importantes dans la

vie des animaux qu’elles ont permis de partager ces êtres en classes fort distinctes et très naturelles, comme nous le ferons connoître dans le chapitre suivant. Mais avant de nous livrer à cette étude nous croyons nécessaire d’exposer quelques détails sur la structure physique et sur la composition des animaux.

Comme tous les êtres vivans, les animaux sont formés de matières solides et de liquides; de parties actives ou actuellement agissantes, et d’autres qui sont élaborées ou qui doivent l’être, et qui résistent alors à la décomposition, à la putréfaction. La chimie peut analyser ces matériaux, mais non les reproduire, quand leurs principes constituans ont été une fois séparés. Étudiée sous le rapport physique ou anatomique, la substance matérielle des animaux peut se partager en principes solides et en fluides. Les solides ont une sorte de texture, aussi les nomme-t-on des tissus (655); ils s’unissent et se compliquent dans la plupart des organes. Les parties fluides, qu’on nomme des humeurs (664), quand elles sont liquides, ont moins d’adhérence entre elles; leurs molécules glissent avec

facilité les unes sur les ahires ; elles s’écoulent quand elles sont

abandonnées à elles-mêmes; elles donnent naissance aux solides; elles sont en plus grande quantité et constamment en plus grande proportion. Les élémens chimiques des animaux sont rarement libres, ils entrent dans la composition des tissus et des humeurs , quelques uns se trouvent isolés ; nous indiquerons les principaux. (665)

Les tissus des animaux ont été distingués entre eux, soit

par le mode apparent de leur assemblage, soit par la nature même des élémens qui les composent. Les principaux sont ceux que nous allons indiquer : le celluleux (656), le fibro-gélatineux (657) , le membraneux (658), le vasculaire (659) , le

glanduleux (660), l’osseux, cartilagineux ou corné (661), le fibrineux ou musculaire (662), enfin le tissu nerveux. (663)

Le premier tissu , celui qui chez le plus grand nombre des animaux forme pour ainsi dire la trame de tous leurs organes, en les liant les uns aux autres, en les enveloppant et les pénétrant par un entrelacement de fibrilles lâches , molles , tomenteuses, formant des vacuoles, des aréoles spongieuses qui se laissent facilement distendre par toutes les humeurs qui s’y déposent, a été désigné sous le nom de tissu cellulaire ou celluleux, de réticulaire ou parenchymateux.

Un autre assemblage de fibrilles peu allongeables , mais solides, tenaces et résistantes sur leur longueur, en meme temps qu’elles sont flexibles et élastiques en travers , paroît uniquement destiné a communiquer le mouvement, à résister aux efforts des puissances extérieures; on le nomme tissu fibreux , lumineux , ligamenteux, tendineux , aponévrotique, cartilagineux, ou, par sa nature chimique , fibro- gélatineux , car il se dissout par l’action de l’eau bouillante, il forme de la colle ou de la gélatine en se coagulant, par le refroidissement, sous forme de gelée tremblante. La gélatine, privée d’eau, constitue les différentes colles animales peu solubles dans l’eau froide. Dans les arts, on retire cette matière des morceaux de peau et des membranes fibreuses, des ligamens , des tendons, des cartilages et meme des os privés préalablement du phosphate de chaux. Parmi les différens emplois auxquels on destine les colles, nous citerons celles dites de Flandre, d’Angleterre, qui servent aux menuisiers, aux ébénistes; celle qui est employée par les chapeliers; celle de peaux de lapin, qu’on destine à la peinture commune en détrempe. U y a ensuite des colles plus blanches qui servent aux papetiers, à la pharmacie , et même dans nos cuisines pour clarifier les vins , le café , et

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pour faire la base de certaines gelées sucrées et aromatisées. Cette gélatine est la plus pure, on la nomme colle de poisson ou ichthjocolle. (998)

On désigne sous le nom de membranes ou de tissu membraneux, une disposition de lames minces, souples, étendues en manière de toile, dont la structure varie ainsi que les usages physiologiques. Les unes sont tégumentaires ou cutanées ; elles enveloppent le corps à sa superficie, elles permettent l’absorption, l’exhalation; elles sont formées de plusieurs couches, et elles ont beaucoup d’annexes, tels que les poils, les plumes, les ongles, les écailles, les croûtes, les cornes, etc.; d’autres membranes sont dites muqueuses ou folliculeuses, parce qu’elles sécrètent dans leurs parois un liquide visqueux qui lubréfie leur face libre , laquelle tapisse intérieurement les cavités qui doivent communiquer avec le dehors de l’animal; enfin, il est des membranes qu’on nomme séreuses ? parce que leur face intérieure, lisse et polie, laisse exhaler, par une sorte de perspiration vaporeuse, une humeur très liquide. Elles forment des sacs sans ouvertures, qui sont minces, transparens et qui facilitent les mouvemens réciproques de tous les organes, à la surface desquels ces membranes se réfléchissent sans les envelopper entièrement.

Le tissu vasculaire forme des tuyaux membraneux continus les uns aux autres, mais ramifiés pour contenir, recevoir, diriger les humeurs nutritives, depuis les organes où elles se préparent, jusque dans ceux où elles doivent se rendre pour servir à la nutrition, à la respiration , aux sécrétions.

Tous les organes qui sont destinés à produire des humeurs de sécrétions, soit pour les usages intérieurs, soit pour les transmettre au -dehors, tantôt au moyen de canaux excré-

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toires, tantôt par de simples permis poreux, paroissent formés d’un tissu que l’on désigne sous le nom de glanduleux , lobulaire ou folliculeux. Ces organes présentent des granulations conglobées et rapprochées les unes des autres.

Le tissu osseux , cartilagineux, calcaire, corné, est formé par des parenchymes muqueux ou gélatineux, dans lesquels se déposent les parties les plus dures , les plus résistantes, qui protègent le corps et servent à ses mouvemens.

Le tissu fibrineux ou musculaire est composé de filamens plissés en zigzag , d’une nature chimique particulière nommée fibrine (648), sorte de principe immédiat qui ne se dissout pas dans l’eau bouillante, mais dans les acides foibles. Ces fibrilles, le plus ordinairement disposées en faisceaux, jouissent de la faculté de se raccourcir en se contractant, et de produire ainsi tous les mouvemens dont l’existence caractérise les animaux, qui tous ont des muscles ou un système fibrineux.

Enfin, le tissu nerveux est formé de cordons allongés et de filamens entrelacés sur leur longueur, d’ou résultent des tuyaux rapprochés , dans l’intérieur desquels on trouve des prolongemens de la moelle cérébrale ou sensitive. Ce tissu s’étendant du centre à la circonférence, comme autant de rayons, transmet les sensations; il porte dans tous les organes, et surtout dans les muscles , l’ordre de la volonté. Ce sont ces nerfs qui animent les diverses parties du corps, en les liant entre elles par une sorte de consentement mutuel et sympathique, pour faire de tous les organes de l’animal un tout individuel, sentant dans toutes ses parties.

Les fluides des animaux doivent la mobilité de leurs molé-

cules intégrantes, soit à faction de la vie , soit à celle du calorique ou de l’eau. On les trouve dans le corps sous la forme de gazs, de vapeurs, ou de liquides dont la consistance varie. Les premiers ne sont que momentanément sous cette forme, car la plupart doivent être absorbés ou exhalés; tels sont l’air atmosphérique qui pénètre dans les poumons et les trachées, et par conséquent les gazs oxigène , azote, acide carbonique, et ceux qui se rencontrent dans les intestins, comme l’hydrogène carboné ou sulfuré et l’ammoniaque. Les fluides liquides portent plus particulièrement le nom à’ humeurs ; tels sont le chyme, le chyle, la lymphe, le sang (967), les humeurs séreuses, albumineuses, muqueuses, salines, huileuses, etc., comme la matière de la sueur, la synovie, les mucosités nasales, bronchiques, intestinales; les larmes, la salive, les urines, la bile (1223), la cédne (1289), la graisse, la moelle,, le lait (1229) , etc.

Les élémens chimiques simples que l’on retrouve dans l’économie animale sont, parmi les agens impondérables, le fluide calorique qui s’y développe, s’y conserve, s’y distribue, s’en échappe au moyen d’appareils particuliers ; la lumière et le fluide électrique que plusieurs animaux peuvent produire, recueillir, conserver ou transmettre par des organes spéciaux. Puis , parmi les gazs simples , l’azote, qui entre dans la composition de la plupart de leurs tissus; l’hydrogène, qui est un des élémens de la lymphe, de la bile, de la graisse; l’oxigène , que tous les animaux absorbent dans l’acte de la respiration, et qui entre aussi dans la composition de leurs liquides. Enfin on retrouve dans les différentes parties du corps le carbone en très grande quantité , ainsi que la chaux , la soude, le fer, etc., qui servent de bases à plusieurs sels formés par les acides carbonique et phosphorique.

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