‹ Elémens des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 16 sur 41 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Des V ers y ou des Annelides , septième classe des animaux .

Les Vers ou Annelides sont des animaux de forme allongée , sans vertèbres et sans membres articulés, mais composés d’anneaux placés à la suite les uns des autres. On trouve dans leur intérieur un tube intestinal qui occupe la partie moyenne du corps , mais sans être libre , des brides transversales le liant à chacun des anneaux. Ils ont des vaisseaux qui contiennent un sang quelquefois coloré en rouge , souvent des branchies ou des organes respiratoires, dont la position varie, et une moelle nerveuse étranglée d’espace en espace, formant des ganglions qui communiquent entre eux chacun par quatre cordons , et d’où partent les nerfs qui se rendent aux parties. Leur corps est toujours divisé comme par anneaux, et leur tete n’est pas distincte , excepté par l’orifice de la bouche, qui offre un grand nombre de modifications dans les parties qui la constituent. (669)

Ces animaux vivent le plus ordinairement dans l’eau , quelquefois dans la terre humide. On ne connoît point encore bien leurs mœurs, parce qu’il est difficile de les observer; on a seulement remarqué que quelques uns se construisent une enveloppe , tantôt en agglutinant des grains de sable , tantôt en formant, par des exsudations, une sorte de coquille ou de fourreau calcaire. La plupart changent de lieu par le mouvement successif de chacun de leurs anneaux , qui sont ordinairement garnis de faisceaux de poils roides ; quelques uns , dont la forme est aplatie , avancent en s’accrochant sur les corps par

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leurs deux extrémités, qui font l’office de ventouses à l’aide d’un disque charnu et contractile. Ils sont tous androgynes, et ont besoin, pour se reproduire, d’un double accouplement comme mâle et comme femelle.

Les annelides sont divisés naturellement en deux groupes ; les uns ont des organes extérieurs destinés à la respiration , ce senties branchiodèles (746)? on n’en aperçoit point au-dehors chez les autres, qu’on nomme endobranch.es (749). Quoique ces animaux n’aient pas la tête séparée du reste du corps, on la distingue parce qu’elle correspond à l’extrémité où est la bouche; C’est tantôt un simple tube allongeable ou protraetile , en forme de trompe, muni quelquefois de mâchoires et de palpes ou de barbillons. Tantôt c’est un disque élargi qui fait l’office de ventouse, et qui sert en même temps à la progression de l’animal. Le tube formé par les intestins ( fig. 6, A, B, C), parcourt toute la longueur du corps et éprouve une sorte d’étranglement à chaque articulation. Les muscles varient suivant les espèces, ainsi que les organes de la génération. Les uns sont hermaphrodites; mais ils ont besoin de s’accoupler comme les limaces : souvent leurs oeufs éclosent dans le corps. D’autres peuvent se féconder eux-mêmes comme les huîtres.

Les Branchiouèles ou les vers qui ont les branchies visibles au-dehors, vivent presque tous dans la mer. Il en est qui se fixent et qui sont renfermés , tantôt dans un tube , lequel exsude de leur surface ,. comme dans les arrosoirs, les dentales, les serpules , etc. Tantôt ils habitent un étui formé de débris de coquilles ou de petits graviers, comme les sabelles , les térébelles, les amphitrites. Toutes ces espèces ont été réunies en une famille, qu’on a nommée les tabi cotes. Les autres sont à nu, et nagent librement dans l’eau comme, les néréides, les ajfiphinom.es >

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les aphrodites , les arénicoles, et on les a appelées dorsibranches.

Les néréides n’ont encore été observées que clans la mer : on les a désignées long-temps sous le nom de scolopendres de mer. Au premier aspect , en effet , elles ressemblent à ces insectes ; leur nourriture consiste en petits animaux marins qu’elles dévorent à l’aide de mâchoires disposées par paires ; elles ont des palpes ou des appendices charnus sur les lèvres; plusieurs brillent d’une lumière phosphorique pendant la nuit. Le mot arénicole signifie qui vit dans le sable : on l’applique à des vers qui habitent le bord de la mer, et qu’on emploie comme amorce pour la pêche des maquereaux et des merlans. Ainsi que le lombric, ce ver se trahit par les circonvolutions d’une terre plus ou moins colorée qu’il dégorge à la surface du sable. Lorsqu’on le manie, il colore les mains en jaune, d’une manière indélébile. Sa bouche n’offre ni dents ni tentacules. Les aphrodites 11’ont pas en apparence de branchies extérieures; mais quand on soulève des espèces de lames écailleuses placées en recouvrement sur leur dos, on voit au-dessous des sortes de panaches ou de crêtes libres et vivement colorées. Leur corps est large et aplati légèrement, et présente sur ses bords des faisceaux de poils roides, et souvent sur le dos des poils entremêlés, soyeux et d’une couleur dorée avec des reflets chatoyans. Les amphinomes sont plus allongées, et portent leurs branchies à nu.

Les amphitrites , les térébellcs , les sabclles , les serpules , les dentales et les arrosoirs sont aussi des vers marins qui vivent dans des tuyaux. Les premiers les composent d’une matière coriace, flexible, recouverte en dehors de grains de sable ou de débris de coquilles. La bouche des amphitrites est munie de mâchoires dentelées en forme de peigne, d’une couleur dorée

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et changeante; ils ont en outre des palpes ou des tentacules. Ces animaux changent de place avec leurs tuyaux comme les larves des phryganes. Les serpules sont logées dans des tubes de matière calcaire, ordinairement contournés sur eux-mêmes, et fixés sur des coquilles ou autres corps marins; on en voit souvent sur les huîtres. Quant aux dentales et aux arrosoirs , on n’est pas bien certain que les tubes, ainsi nommés, soient produits par des vers. Quelques naturalistes les ont dernièrement attribués à un genre particulier de mollusques. Les dentales sont ainsi nommés parce qu’ils vivent dans une sorte de coquille conique , un peu courbée , percée aux deux extrémités , et qu’on a comparée à une dent. Ces animaux transportent avec eux cette demeure, mais le plus ordinairement ils se tiennent cachés dans le sable.

Les vers Endobranches , ou ceux dont les organes respiratoires ne sont pas apparens au-dehors, se trouvent presque tous dans la terre humide ou dans les eaux douces. Ils sont toujours nus. Les uns ont les parties latérales du corps garnies de faisceaux de soies roides , à l’aide desquels ils s’appuient sur la terre et changent de place; tels sont les thalassémes , les naïdes et les lombrics ; dlautres n’ont pas de ces soies, et parmi ceux-là les dragonneaux : ces vers ronds sont si grêles et si longs qu’ils ressemblent à des crins blancs ; les sangsues et les planaires sont aplaties. Ces dernières n’ont pas de ventouses à l’extrémité du corps.

Les lombrics , qu’on appelle ordinairement vers de terre , sont des animaux visqueux, allongés, cylindriques, formés d’anneaux charnus, contractiles, terminés par deux extrémités non élargies; leur bouche est sans tentacules et sans mâchoires. Quand on les examine avec soin, on remarque sur leurs anneaux des poils très courts et roides qui servent à leurs mou-

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vemens. Les lombrics sont hermaphrodites: cependant ils ont besoin de s’accoupler. Tous les individus pondent des œufs. Leurs organes de la génération sont placés près du milieu du corps. Leur réunion s’opère sur la terre, et pendant la nuit. Us se nourrissent des débris de végétaux et des sucs qui pénètrent la terre. Us avalent même cette terre, qu’ils rendent ensuite, après en avoir extrait ce qui pouvoit leur servir d’aliment. On ne les emploie qu’à la pêche du poisson, comme une amorce. Pour en prendre une plus grande quantité, les pêcheurs enfoncent un pieu dans la terre, puis ils le remuent par secousses. Les lombrics, qui sentent la terre s’ébranler autour d’eux , croient apparemment que quelque taupe creuse dans les environs : afin de l’éviter, ils sortent de terre , et rampent à la surface ; c’est alors qu’ils sont saisis pour s’en servir au besoin. Quoiqu’on ne leur ait pas découvert d’yeux ni d’oreilles, ils fuient la lumière et se retirent dans leur trou au moindre bruit.

Les sangsues ou suce-sang vivent dans les eaux douces : ce sont des vers allongés, un peu aplatis, très contractiles, à surface muqueuse, dont les deux extrémités sont élargies en forme de disque. Sur l’une se trouve la bouche , et au centre de l’autre, l’anus. L’animal change de place en fixant ces disques , à l’aide d’une forte succion. U se nourrit du sang des animaux, à la peau desquels il fait une ouverture triangulaire, avec trois dents tranchantes; puis il tire à lui les liquides qui sont sous la peau. Ces animaux pondent leurs œufs en paquets, souvent réunis dans une enveloppé commune. On emploie des espèces de ce genre pour opérer le dégorgement du sang dans plusieurs maladies. On frotte la partie sur laquelle on les applique avec du lait, afin de les y faire mordre. En mettant sur leur corps un peu de poivre, de sel, ou de tabac, on les fait sur-le-champ quitter prise. Il y a dans les pays chauds des petites espèces de

MOLLUSQUES et AXNELIDES

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sangsues qu’on avale quelquefois, et qui produisent alors de très grands accidens ; quelques gorgées d’eau-de-vie ou d’eau salée les font ordinairement détacher du fond de l’arrièrebouche, où elles se fixent. Il est une espèce qui s’attache sous la langue des chevaux et des ruminans, lorsqu’ils vont se désaltérer dans les fontaines : les cultivateurs, quand ils s’en aperçoivent, emploient aussi le sel de cuisine pour en débarrasser promptement ces animaux.

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GHAPITRE XV.

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Des Crustacés , ow afe la sixième classe des animaux .

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Jljes animaux semblables aux insectes ? mais qui respirent par des branchies, forment la classe des Crustacés, nom qui correspond à peu près à celui d’encroûtés. Ils n’ont point de vertèbres; leur corps est formé d’une suite de segmens distincts, et en général protégé par une sorte de test, le plus souvent terminé par une queue; leurs membres sont articulés et pour le moins au nombre de dix ; tous ont des vaisseaux , un cœur, une lymphe blanche qui leur tient lieu de sang; ils sont pourvus d’organes particuliers , attachés à la base des pattes et destinés à la respiration de l’eau, qu’on nomme branchies. (670)

Presque tous vivent dans l’eau; ils se nourrissent de matières animales : leur bouche, propre aies diviser, est composée d’un grand nombre de mâchoires garnies chacune d’un palpe, ou de parties dures qui se meuvent en travers. Us ont quelquefois dans l’estomac des dents qui broient une seconde fois les ali— mens. Us pondent et muent pendant plusieurs années. Leur tête est le plus souvent unie et confondue avec le corselet. Elle porte des antennes, ordinairement au nombre de quatre, et des yeux taillés en facettes. Leurs nerfs sont comme dans les insectes. Souvent ils ont deux yeux mobiles ou articulés et un organe de l’ouïe très simple.

Deux ordres très naturels partagent cette classe d’animaux : les uns, comme les écrevisses, les crabes, les squilles, etc., ont le corps revêtu d’étuis calcaires; leurs yeux sont mobiles.

Ils ont à la bouche des mandibules surmontées d’un palpe : on les nomme cistcicoides. Les autres, tels que les monocles, les binocles , etc. , ont le corps mou , protégé le plus souvent par une ou deux plaques d’une substance cornée; leurs yeux sont immobiles et grands; ils ont des mandibules; ils ne portent jamais de palpes. On nomme ceux-ci entomostracés. Le tableau synoptique que nous présentons ici donne l’idée de cet arrangement.

On ne connoît pas encore très bien borganisation^des Entomostracés. On n’a étudié que leurs formes extérieures, et ü est difficile de les observer, parce que la plupart sont très mous. En général, ce sont de petits animaux. Ils paroissent changer un peu de forme dans leurs premières mues : leurs antennes sont ordinairement disposées en nageoires. Iis présentent tout au plus deux paires de mâchoires, et rarement leurs mandibules sont garnies d’un palpe. Leurs pattes ne sont pas souvent terminées par des pinces ou par des ongles. Comme la plupart ont les yeux très rapprochés et presque réunis, on les a appelés monocles. Tous vivent dans l’eau ; ils y nagent comme en bondissant. Quelques uns portent leurs œufs en paquets sur leurs côtés, et ces œufs peuvent être transportés, être séchés, et produire encore des petits lorsqu’on les replace

dans l’eau. D’autres mettent au monde des individus vivans, qui sont eux-mêmes fécondés pour trois générations , à peu près comme les pucerons. U est des espèces si petites , qu’on ne peut les voir qu’avec un microscope.

On a partagé l’ordre des entomostracés ou sessilioeles en trois familles, savoir : i°. les gymnonectes , dont le corps est mou, sans test, et présente des articulations bien distinctes; 20. les ostrcicins, qui sont renfermés entre deux valves de substance calcaire ou cornée en forme de coquille; 3°. les aspidiotes , dont le corps est protégé dans sa partie supérieure par un bouclier ou par une lame de corne.

Les entomostracés dont le corps est entièrement mou, ou les Gymnonectes, ont été jusqu’ici rapportés à cinq genres principaux. Ceux qui ont la tête confondue avec le corselet, et tantôt deux yeux, comme les argules ; tantôt un seul œil ar-

rondi , tels sont les cyclopes , qui ont une queue fourchue. Ces deux genres ne renferment que de très petits animaux de forme arrondie. Ceux dont la tête est distincte n’ont tantôt , comme les polyphénies , qu’un œil très grand et deux bras allongés , fendus ; et tantôt , comme les zoës et les branchiopes, ils ont deux yeux quelquefois pédonculés et quatre antennes.

La petite famille des bitestacés ou Ostracins ne comprend que quatre genres. Les lyncées ont des’ yeux distincts l’un audevant de l’autre, et des antennes en pinceau; leur tète a la figure d’un bec; aussi les a-t-on encore nommés perroquets d’eau. Les eaux dormantes et croupissantes sont quelquefois, pendant l’été, tellement remplies d’une espèce de ces lyncées, dont la couleur est rouge, qu’on lescroiroit changées en sang. Les trois autres genres n’offrent qu’un œil : tels sont les daph-

nies, qui ont les antennes rameuses et une petite queue ; les valves de leur coquille paroissent soudées du côté du dos; les cypris , dont les antennes sont simples et les valves articulées; enfin les cythérées , qui ont les antennes velues, huit pattes et point de queue. Les espèces de ce dernier genre n’ont encore été observées que dans les eaux salées des lacs et de la mer.

Les Aspidiotes ou clvpéacés atteignent de plus grandes dimensions que les espèces précédentes. Leurs mœurs sont peu connues. On en a observé quelques uns vivans en parasites sur des poissons ; la plupart sont libres dans la mer ou dans les eaux douces et croupissantes. Les limules parviennent jusqu’à trois décimètres de longueur. Ils se trouvent dans les mers de l’Inde et de l’Amérique. On les appelle improprement crabes des Moluques. Leur corps est recouvert d’un très large écusson de corne, et terminé par un appendice qui sert de queue. Les nègres se servent de ce test comme d’une casserole dont la queue se trouve être le manche. Les autres genres ont la queue terminée par des filets ou des panaches; tels sont les calyopes , espèces parasites, ainsi que les binocles et les ozolcs , dont les pattes n’ont pas d’appendices; enfin les apus ou les monocles d’eau douce, dont les pattes sont garnies de lames ou de branchies, que ces animaux agitent sans cesse comme pour tamiser l’eau et en extraire les animalcules dont ils se nourrissent. Ils ressemblent en petit aux espèces du genre limuie.

Sous le nom d’AsTACOÏDES, qui signifie figure d’écrevisse, on a réuni tous les crustacés qui, comme nous l’avons indiqué (753), ont entre eux les plus grands rapports. On les a partagés en deux grandes sections ou sous -ordres : la première, celle des décapodes , comprend les espèces qui n’ont que dix pattes; dont la (èle est réunie au corselet, et dont les branchies sont toujours cachées. Ces décapodes se divisent en quatre familles. Quand ils

ont la queue plus courte que le corps, on les a nommés brachiures; on les distingue en carcinoïdes , lorsque leur corselet est plus long que large ; et en oxyrinques , lorsque cette partie principale de leur corps est plus large que longue. Les genres qui ont la queue très longue, en proportion du corselet, sont des macroures; enfin les espèces qui ont plus de dix pattes, la tête distincte et mobile, avec des branchies visibles au dehors, appartiennent au second groupe, et c’est là que sont rangés les arîhrocéphales.

Il n’y a parmi les astacoïdes que des mâles et des femelles : celles-ci sont en général plus grosses. Les organes de la génération sont doubles et séparés dans les mâles ( Voyez la pl. des Crustacés). Ils font saillie sur la hanche de la dernière paire de pattes (fig. 17, a , a); dans les femelles ce sont deux trous placés sur les hanches du milieu (fig. 16 , a, a'). Tous ces animaux peuvent reproduire les membres qu’ils ont perdus. En Espagne on profite de cette faculté qu’ont les crabes de renouveler leurs pattes. On va à la recherche d’une espèce qu’on nomme boccace ; quand on en a saisi de gros individus, on leur casse les serres ou les pattes de devant, et on leur donne ensuite la liberté. On vend ainsi, au marché de plusieurs villes, des pattes de crabes dont les individus encore vivans en produiront peut-être d’autres pour l’année suivante. Tous les crabes changent de croûte au printemps, comme les insectes de peau. Avant cette époque on trouve dans leur corps la matière calcaire réunie dans un réservoir; c’est ce qu’on vend sous le nom impropre d’yeux d’écrevisses. On s’en sert en médecine.

Les deux familles des Carcinoïdes et des Oxyrinques 11e diffèrent pas beaucoup entre elles. Elles comprennent un grand nombre de genres connus ordinairement sous le nom

général de crabes { i). Presque tous ces animaux vivent sur les bords de la mer ou des lacs salés; ils ne marchent ordinairement que la nuit: pendant le jour, ils restent cachés sous les pierres, ou dans les terriers qu’ils se creusent; ils marchent en tous sens, mais principalement sur le côté. Quand ils craignent, ils portent presque toujours en l’air une des pattes de devant, qu’on appelle serre, parce qu’elle est composée de deux pièces, dont l’une joue sur l’autre, et fait l’office d’une pince. Les mâles ont la queue plus petite et triangulaire , les femelles l’ont plus large et arrondie; elles y conservent leurs œufs , qui y restent jusqu’à ce qu’ils y éclosent. Une espèce de crabe vit habituellement dans les coquilles des mollusques bivalves; on lui a donné le nom grec de pinnothères , qui signifie pourvoyeur de la moule. En effet, on trouve souvent ce petit animal dans les moules : il paroît y vivre en parasite ou pour se soustraire à ses ennemis. C’est à tort qu’on le regarde comme la cause de cette sorte d’érysipèle qui survient quelquefois aux personnes qui ont mangé des moules.

Les Macroures, ou crustacés à longue queue, se servent or-

(i)Tous ces animaux ont quatre antennes (fig. 1, b, c), la bouche composée d’un grand nombre de pièces place'es les unes sur les autres en recouvrement; i°. deux pièces extérieures (fig. 7), fermant la bouche; 20. au-dessous une autre plus aplatie (fig. 8) avec un palpe a plus allongé ; 3°. une troisième (fig. 9) comme fourchue; 4°* une quatrième (fig. 10) avec quatre lobes et un palpe; 5°. une cinquième (fig. 11 ) avec six lobes, dont les quatre premiers (b , c , d , e) sont articulés, et un palpe (a); 6°. enfin les mandibules (fig. 12) avec un palpe (b). Toutes ces parties varient principalement en figure dans les différens genres. Les branchies sont souvent cachées dans le reste du corselet (fig. 1/^, a, a, a, a). Les pattes, surtout celles de devant, sont souvent très grosses, en forme de pinces (fig. i3), avec un doigt mobile d.

dinaîrement de cette partie pour nager. Elle est le plus souvent terminée par des lames ou des appendices qui peuvent s’écarter et s’étaler en éventail, dont la forme varie beaucoup (fig. 19). La plupart des espèces marchent difficilement sur la terre , et elles n’avancent guère qu’à reculons , c’est-à-dire en sens contraire du mouvement qu’elles exercent dans l’eau. C’est dans cette famille qu’on range les écrevisses , les pagures , les langoustes , les hippes , les palémons , etc., etc.

Les écrevisses ont les antennes insérées sur une même ligne, et beaucoup plus longues que celles des crabes; leur couleur est verte ou d’un brun rougeâtre; elles ne deviennent rouges que par l’action du feu et de quelques liqueurs, comme par les acides, l’alcool. On prend les écrevisses de rivière avec des appâts; le plus simple est un morceau de viande un peu corrompu , qu’on place au milieu d’un fagot de petit bois, dans lequel on a mis une grosse pierre pour le faire plonger, et qu’on retire le lendemain de l’eau avec lenteur et précaution.

On a nommé Bernard-l’hermite , Diogène , soldat , des espèces de pagures qu’on trouve ordinairement renfermées dans une coquille d’une seule valve. Ces animaux ont l’instinct de s’approprier ainsi une demeure dans laquelle ils introduisent leur queue, qui est toujours très molle et sans écailles. Ils paraissent changer de domicile à mesure qu’ils grossissent. Leur développement s’opère d’une manière singulière, et qui paroît dépendre de la disposition de la spirale de la coquille, et de son orifice oblique et variable; car l’un des côtés du corps est toujours beaucoup plus gros que l’autre. Il en est de même pour les serres, dont l’une devient très grosse, et ferme ordinairement l’entrée de la coquille , tandis que l’autre est très petite et à peine reconnaissable, pour être une partie symétrique correspondante.

Les crevettes appartiennent au genre crangon et à celui des palémons . Elles ont le corps courbé en dessous , comprimé , allongé aux deux extrémités. On les recherche beaucoup sur nos côtes. Les plus communes sont nommées cardons , crevettes communes ou sauterelles de mer. La corne de leur test est courte, non dentelée; chez les autres, qui sont plus grosses et plus succulentes, le corselet porte en avant une corne allongée, dentelée en dessus et en dessous, elle est très piquante : on les nomme salicoques ou bouquet. On observe souvent au-dessus de leurs branchies une tumeur singulière, qui est produite évidemment par la présence d’un entomostracé parasite, du genre bopyre. Les pêcheurs ont le préjugé de croire que ces petits animaux sont de jeunes soles, ou d’autres poissons pleuronectes qui se développent dans ces organes.

Les crustacés dont la tête est distincte et articulée sur le corselet, ce qui les fait désigner sous le nom d’ÀRTHROcÉPHALES, ont ordinairement quatorze pattes; leurs branchies sont apparentes et non enveloppées par le corselet, qui est plus étroit, plus plat, et moins recourbé en dessous que chez les autres espèces. La plupart de leurs paires de pattes, ordinairement à compter de la seconde , se terminent par une sorte de doigt ou de grappin pointu, allongé, dentelé en dedans, qui est reçu dans une rainure de la pièce qui le précède. Leur queue se termine par des lames natatoires , comme dans les écrevisses. Us semblent lier cette classe des crustacés à celle des insectes, comme les gymnonectes et les ostracins se joignent aux mollusques par les anatifes. Deux genres ont les yeux mobiles et pédiculés : ce sont les squilles ou mantes de mer et les éryctes. Trois ont les yeux sessiles, et ont été désignés comme formant une famille particulière, sous le nom à’amphipodes. Us nagent et sautent : tels sont les t ha litres , les phronymes et les chevrettes. On trouve

dans nos ruisseaux et nos fontaines une espèce de ce dernier genre. Elle ressemble, mais en grand, à une puce; aussi l’a-t-on désignée en latin sous ce nom spécifique. Elle nage sur le côté. Le mâle est beaucoup plus petit ; on le trouve souvent entre les pattes de la femelle et au-dessous d’elle. Celle-ci est ovovivipare; c’est-à-dire que les petits éclosent sous le corselet où les œufs sont attachés.

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