CHAPITRE XYI
Des Insectes , ou de la cinquième classe des animaux .
Le nom (I’Insecte est traduit d’un mot latin qui signifie entrecoupé, et qui est lui-même emprunté du terme grec entomon , lequel exprime la même idée. Aussi a-t-on appelé la connaissance des insectes FEntomologie. Cette étymologie rappelle la conformation la plus générale de ces animaux, dont le corps est composé de petites parties distinctes, qui forment autant d’anneaux ou de segmens articulés les uns sur les autres, de manière à représenter autant d’intersections.
La définition la plus précise qu’on puisse donner d’un insecte est celle-ci : animal sans vertèbres, sans branchies et sans organes circulatoires , respirant par des trachées , et dont le corps et les membres sont articulés en dehors (671). Tous ces caractères distinguent la classe des insectes de celles auxquelles on peut rapporter les autres espèces d’animaux. D’abord le défaut des os intérieurs , et surtout des vertèbres , est une particularité essentielle, de même que l’absence d’un cœur et des vaisseaux destinés à la circulation , qui entraîne celle des organes distincts , isolés , propres à la respiration , comme les poumons et les branchies : c’est même ce qui distingue les insectes de tous les animaux vertébrés, comme les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les poissons. Seconde ment , les articulations que l’on distingue dans la partie centrale du corps, ou dans le tronc, éloignent les insectes des mollusques et delà plupart des zoophytes. Les membres articulés, situés sur les parties latérales, et au nombre de six le plus or-
dinairement , les font distinguer d’avec les vers ou les annelides, comme la présence des trachées, ou des stigmates qui en sont les orifices, les fait reconnoître d’avec les crustacés qui respirent par des branchies.
On peut diviser le corps des insectes en tronc ou partie centrale et essentielle, et en membres ou appendices latéraux : le tronc est composé de la tête (i), du corselet (2), de la poitrine (3) et de l’abdomen (4) ; les membres sont les pattes et les ailes. La tête , qui est la partie la plus antérieure du corps, porte la bouche (5), les yeux (6), et deux espèces de cornes articulées , dont la forme varie beaucoup , et qu’on nomme antennes (7).
On peut , en considérant la bouche d’un insecte , reconnoître s’il se nourrit d’alimens solides ou liquides. Chez les insectes qui mâchent (8) , la bouche est très composée. Il y a d’abord deux lèvres (9), l’une supérieure (10), l’autre inférieure (n), qui closent cet orifice dans l’état de repos. Puis on trouve deux mâchoires , une de chaque côté, qui se meuvent en travers; les supérieures (12) sont appelées mandibules; les infé» Heures (i3) portent ordinairement des appendices articulés (1 4), qu’on suppose destinés à l’organe du toucher; on les nomme palpes , ou autrement antennules . Il y en a aussi à la lèvre inférieure (1 5).
(I) PI. ire, fig. 1 et 2 , a. (2) Fig. 1 et 2 , d.
(3) Fig. 2 , e. (4) Fig. 3 , et 2 , i.
(5) PI. ni. (6) PI. 1 , fig. 1 et 2 , c , c. (7) PI. 11.
(8) Comme dans la cétoine dorée (PI. 1, fig. 1 et 2); dans le han neton ; la demoiselle, la sauterelle, etc.
(9) PI. ni, fig. 7 — (10) A.
(II) D. (12) B. (i3) C.
(i4) d. (i5) Fig. 6,8, 1 1 ; D, c, c»
Les insectes qui ne mâchent pas, ont une bouche très différente : les uns 11e font que pomper les sucs qui sont libres à la surface des corps, et ils sont munis, ou d’une trompe charnue (i), formée d’un tube contractile, le plus ordinairement terminé par un disque (?,) qui fait l’office de ventouse ; ou bien ils ont une langue composée de deux ou plusieurs lames, tantôt droites, tantôt roulées en spirale sur elles-mêmes, comme dans les papillons ( 3 et 4 )• D’autres insectes suceurs sont obligés de percer la peau des animaux ou des plantes pour en tirer leur nourriture. Les uns ont un bec (5) ou une sorte d’étui conique, renfermant des soies (6) qui piquent comme des lancettes, telles sont les punaises; d’autres ont un tube de corne qui loge dans une coulisse des armes analogues, comme dans la puce (7), c’est ce qu’on nomme un suçoir.
Les yeux , ou les organes de la vue, $ont ordinairement au nombre de deux, situés sur les côtés de la tête (8). Jamais ils n’ont de paupières : ils ne sont point mobiles; leur surface est ordinairement taillée à facettes, et ils sont intérieurement très composés. Quelques insectes paroissent en avoir quatre, tels sont les tourniquets; d’autres en ont jusqu’à huit., comme les araignées (9). On a nommé yeux lisses, ou mieux stemmatesy des points saillans souvent brillans, qu’on remarque sur le haut du front de certains insectes , comme dans la cigale et dans la guêpe (10) ; on ignore leur usage.
(1) PI. m , fig. i5 , A.
(2) Ibid. B, comme dans la mouche domestique.
(3) Ibid., fig. 14. (4) Ibid. A , B, a a.
(5) Ibid. fig. 9. (6) Ibid . c c c.
(7) PI. ht, fig. 16, A , b bc.
(8) PI. 1 , fig. 1 et 2 , ce.
(9) Ibid. fig. , a. (10) Ibid. fig. 20 , 22 , 23 , 24.
La seconde région principale du ^ronc se nomme corselet ou thorax (1): elle est située entre la tête et le ventre ou l’abdomen : elle supporte constamment les membres, tels que les pattes et les ailes. On comprend le plus souvent trois anneaux ou segmens dans cette portion du corps , et chacun d’eux porte ordinairement une paire de pattes. Dans beaucoup d’insectes , la pièce antérieure (2) ne s’aperçoit pas du côté du dos : la seconde pièce , ou celle du milieu , qu’on a même nommée à cause de cela mésothorax (3), porte seulement les ailes antérieures , quand il y en a deux paires, et les pattes moyennes constamment; la troisième pièce du corselet porte les ailes membraneuses et les pattes postérieures. La portion inférieure du corselet se nomme la poitrine; la ligne moyenne , lorsqu’elle est distincte se nomme le sternum { 4); le dos ou la partie supérieure du thorax offre aussi des parties saillantes, le plus souvent en triangle ou en forme de plaque arrondie qui sépare les ailes sur la ligne moyenne; on nomme cette pièce IVcusson (5).
L’abdomen (6) vient immédiatement après la poitrine ; souvent il n’y est attaché que par une partie étranglée ou très rétrécie, qu’on nomme pédicule ou pétiole (7); quand il est accolé au thorax, on le dit sessile (8). On distingue dans l’abdomen le nombre des segmens ou anneaux, qui varie de quatorze à quinze, et leurs formes , qui présentent des différences beaucoup plus notables. Chacun d’eux est percé de chaque côté,
(1) PI. iv, fig. 7 — 16, a : PI. 1 , fig. 1 et 2 , d, d.
(2) PI. 1, fig. 24 , a. (3) PI. 1, fig. 2, c.
(4) PL 1 , fig. 1 , e : PI. iv, fig. 1 7, a.
(5) PI. iv, fig. 20 , et 21 , a, a. (6) PI. 1 , fig. 3.
(7) PI. 1 , fig. 29 , 3o et 3 1 , a.
(8) PI. 1 , fig. 2 ,g: fig. 27, b.
DES INSECTES EN GÉNÉRAL. Si
le plus ordinairement entre les articulations, d’un trou ou pore qui est l’orifice des trachées ou vaisseaux aériens et que l’on nomme stigmates (i). Son extrémité libre est, le plus ordinairement , percée par Y anus. Elle présente beaucoup de variations dans la forme du dernier anneau qui est souvent disposé de manière à favoriser les rapprochemens des sexes, ou à faciliter la ponte ou l’insertion des œufs dans les matières qui doivent les recevoir. Souvent encore, il est armé d’une sorte d’instrument propre à l’attaque ou à la défense; les crochets', les tarières , les aiguillons , les pinces , les lames , les scies , les queues , les filières, etc. , se trouvent placés dans cette région du tronc qui livre en même temps passage aux résidus des alimens, aux organes de la reproduction, et à des liqueurs particulières destinées à attirer la proie ou à repousser les ennemis.
Les pattes des insectes sont au moins au nombre de six, quelquefois de huit , et dans certains genres il y en a plusieurs centaines. Elles sont toujours disposées par paires symétriques. Dans les insectes qui n’en ont que six, on y distingue les mêmes parties, savoir, une hanche qui les joint au corps; une cuisse ou fémur (2), qui vient après; puis une jambe ou tibia (3), et un tarse (4) formé ordinairement de plusieurs pièces, qu’on nomme articles , dont il y a rarement plus de cinq. La patte est le plus souvent terminée par des ongles ou crochets. Ces parties sont différemment conformées , suivant les mœurs et les habitudes des espèces; car ils produisent l’effet d’une pince, d’une griffe, d’une serre, d’un tire-bourre.
Il y a des insectes qui n’ont point d’ailes, mais le plus grand nombre jouit de la faculté de voler. Quelques uns n’ont que
(1) PI. v, fig. 10, 11, 12. (2) PI. i , fig. 2 , g g.
(3) PI. t , fig. 2 , h h. (4) i i- PI. iv. 3i, 32 , 3g , a.
3a DES INSECTES EN GÉNÉRAL.
deux ailes (1); d’autres en ont quatre, et alors, ou ces ailes ont à peu près la même consistance, ou elles diffèrent pour la forme et l’épaisseur. Ainsi il en est chez lesquels les ailes supérieures sont solides, courtes, et servent seulement d’étuis aux inférieures, qui sont membraneuses; on les nomme alors des èlytres (2); tantôt ces quatre ailes sont absolument membraneuses (3); tantôt elles sont couvertes d’une sorte de poussière écailleuse (4). Ces ailes sont de véritables membranes, à l’aide desquelles les insectes s’appuient sur l’air et se transportent dans l’atmosphère. Elles consistent en pièces articulées sur la seconde et sur la troisième partie du corselet dans l’intérieur desquelles sont placés des muscles puissans qui les meuvent, les étendent, les plissent et les déplissent, les élèvent et les abaissent alternativement et les portent en dehors et en dedans. Enfin ce sont de véritables rames légères, mais solides, constituées par des membranes soutenues par des rayons diversement disposés pour leur donner la souplesse, la résistance , la légèreté et la mobilité dont elles ont besoin.
Chacune de ces articulations est mise en mouvement par des fibres charnues placées dans l’intérieur, et réunies en un ou plusieurs faisceaux , qu’on nomme muscles . Il y a ordinairement deux muscles pour chaque article des membres; l’un est destiné à le fléchir, l’autre à l’étendre. Les mouvemens, quoique très variés chez les insectes, ont exigé peu de complications : comme les parties de leur corps sont en général très symétriques , on retrouve à gauche ce qui s’observe adroite, de sorte que sous ce rapport l’étude de la moitié de leur corps donne l’idée de la partie correspondante. Quant au tronc : la tête et ses annexes, ainsi que les parties de la bouche et
( 1) PL 1 , fig. 16.
(2) PL t fi g. !,/• (3) Fig. 20—21. (4) Fig. 9.
les antennes, sont seules très mobiles. Les trois régions du thorax sont mues en totalité par les membres , et elles servent plutôt de point d’appui qu’elles ne déterminent le transport. Enfin, les anneaux de l’abdomen sont en général articulés les uns sur les autres d’une manière semblable, de sorte que les muscles de l’un des segmens se retrouvent à peu près les mêmes sur les anneaux qui le précèdent et sur ceux qui le suivent.
Cet examen des parties extérieures des insectes nous a fait voir des organes du mouvement très parfaits. Ces animaux peuvent en effet marcher, sauter, nager, plonger, voler, et souvent un même individu jouit de toutes ces facultés à la fois. La manière dont ils perçoivent leurs sensations et dont ils se nourrissent, sentent , respirent, se reproduisent et se développent, offre encore beaucoup de particularités intéressantes à exposer.
Les insectes sont évidemment doués d’un système nerveux, et ces organes qu’on nomme nerfs sont les mêmes que ceux qu’on observe dans les crustacés et les annelides : ils forment un cordon qui règne dans toute la longueur du corps, depuis la tête jusqu’à l’extrémité opposée du tronc. Ce cordon (1) est composé le plus souvent de douze ganglions, ou renflemens successifs, placés à la file les uns des autres, fournissant chacun deux nerfs principaux qui se portent au ganglion suivant; plus, d’autres nerfs en nombre variable, suivant les régions, qui se portent en rayonnant sur tous les organes voisins. Le premier, qui est regardé comme un cerveau (b), est situé dans la tête, au-dessus de la bouche et de l’origine du conduit des alimens ; outre les filets qu’il fournit aux parties de la bouche, il en envoie de plus gros aux yeux, aux antennes, et deux
(1) V oyez dans la Planche qui a pour titre Mollusques et Anneli des, la fig. 5.
84 DES insectes en général.
qui enveloppent l’œsophage comme un collier , pour se rendre au second ganglion, qui est alors placé sous le tube alimentaire, ainsi qué tous ceux qui suivent. Il y en a trois dans la poitrine qui fournissent aux muscles des pattes et des ailes. Dans l’abdomen, il y a autant de ganglions que de segmens, et chacun de ces renflemens envoie des filets nerveux aux muscles et aux organes digestifs, sécréteurs et génitaux, en accompagnant les trachées. Tels sont les instrumens de la sensibilité générale chez les insectes; examinons maintenant comment s’opèrent chez eux les sensations ou la perception des qualités des corps.
Il n’y a pas\de doute que les insectes ont la faculté de distinguer les saveurs : il est probable que le sens du goût réside, comme chez la plupart des animaux, dans la bouche ou à l’origine du canal digestif. Quand leurs alimens ne sont pas fluides , ils sont liquéfiés par une sorte de salive que l’animal dégorge et unit aux parties solides qu’il détache et qu’il broie avec ses mâchoires pour les porter dans l’œsophage à l’aide d’une sorte de langue. On voit en effet les insectes rechercher ou abandonner certaines sortes d’alimens après en avoir opéré la dégustation.
L’odorat existe bien certainement chez les insectes. On les voit arriver de toutes parts vers les lieux où ils trouveront soit leur nourriture, soit celle qu’ils destinent au développement de leur progéniture. On croit que l’insecte est averti par les odeurs dont les émanations ne peuvent être transmises que par l’air. O11 suppose que cette sensation s’opère par l’organe respiratoire, comme dans tous les animaux aériens; avec cette différence que, dans les insectes, l’orifice des trachées 11’estpas à la tète, comme chez les vertébrés , mais bien à leurs stigmates nombreux. Les odeurs pénètrent-elles avec l’air dans ces lacis de
vaisseaux aériens, ou bien se déposent-elles à l’entrée meme des trachées? c’est ce qu’il est difficile de décider autrement que par le raisonnement, quand on n’éprouve pas ce même mode de sensation.
Tous les insectes parfaits ont des yeux, ainsi que beaucoup de larves, quand elles sont obligées d’aller chercher elles-mêmes leur nourriture. Ces yeux sont extérieurement taillés à facettes ou présentent l’apparence d’une sorte de réseau. Chacune de ces mailles est une petite cornée que traverse la lumière, pour aller peindre les images des corps sur la rétine qui provient de l’épanouissement des nerfs optiques. Beaucoup d’expériences ont démontré que ces yeux , toujours fixes et immobiles, recevoient ainsi et transmettoient à ces animaux les apparences que déterminent les différens jeux de la lumière qui traverse les corps ou qui se réfléchit à leur surface.
Les sons ou les ébranlemens de l’air , déterminés par la vibration des corps, sont aussi perçus par les insectes. On doit au moins fortement le présumer, puisque la plupart en produisent dans les circonstances de la vie où il leur devient important de se manifester réciproquement leur existence. Tous ces chants, ces bruissemens, ces bourdonnemens, ces tintemens, ces tapotemens, ces piaulemens, ces murmures, ces bruits divers sont certainement produits pour être perçûs par un organe spécial ; mais on ne sait pas encore où réside dans ces animaux l’instrument destiné à leur en transmettre l’idée ou l’image.
Le toucher paroit être l’un des sens les moins développés chez les insectes; car leurs parties les plus mobiles, et destinées à être mises en contact avec les différens points de la surface des corps, sont en général couvertes d’une peau dure, cornée, qui sc refuse à une application immédiate, comme l’exige
l’appréciation des qualités tangibles des corps. On a supposé que les antennes étoient destinées à cette perception ; mais ces parties ne sont pas toujours très développées. Les palpes et les tarses seroient généralement plus propres à cet office. Il est certain que beaucoup d’insectes les mettent en action dans ce but, lorsque ces organes sont très développés.
Nous avons déjà vu que les alimens sont assez divisés , lorsqu’ils ont passé par la bouche des insectes à mâchoires, ou par celle des insectes suceurs. Ces matières sont quelquefois mêlées avec une sorte de salive qui les pénètre avant de parvenir dans Y œsophage. On nomme ainsi le canal qui conduit de la bouche à Y estomac , cavité dans laquelle les alimens doivent séjourner quelque temps. Il y a des insectes qui ont un estomac musculeux, ou une sorte de gésier; d’autres l’ont membraneux: quelques uns ont un estomac composé de plusieurs cavités ; ils peuvent ruminer les alimens qu’ils ont avalés, afin de les mâcher une seconde fois. Quelquefois il y a autour de l’estomac des appendices ou petits culs-de-sac, qu’on nomme cæcums , et dont le nombre varie. Le reste du tube intestinal diffère beaucoup pour la longueur. Il est très long et très large dans les insectes herbivores, tandis qu’il est court dans ceux qui vivent de chair.
Les alimens ainsi avalés, sont abreuvés par des sucs provenant de vaisseaux très longs, qui tiennent lieu de foie et de glandes : on croit que la portion la plus fluide passe au travers des parois du canal digestif, afin d’aller imbiber les parties voisines qui l’absorbent pour leur développement et leur réparation ; le résidu sort par l’anus.
Beaucoup d’insectes ont une sorte de salive ; quelques uns ont des vésicules qui contiennent des humeurs visqueuses
propres à enduire les œufs, ou des liqueurs soit acides, soit odorantes, qui leur servent de moyens de défense; mais on ne connoît point de glandes propres à en opérer la sécrétion. On présume que certains tubes très longs, qui plongent dans l’intérieur du corps et qui viennent aboutir aux réservoirs où aboutissent ces humeurs, sont destinés à les préparer.
Quant aux organes de la respiration, nous avons déjà dit que l’air pénétroit dans le corps des insectes par des ouvertures qu’on nomme stigmates ou spiracules (1), au nombre de seize ou dix-huit de chaque côté du corps. C’est là que s’abouchent les vaisseaux aériens ou les trachées , canaux particuliers à ces êtres , et que l’anatomie a reconnus formés d’une lame mince élastique, contournée en spirale sur elle-même, de manière à produire un tube continu. Et pour en donner une idée fort exacte, qu’on se représente un de ces fils d’or, d’argent ou de cuivre, tirés à la filière et aplatis ensuite, comme le sont ceux avec lesquels on recouvre la soie des galons. Si l’on brûle ces galons, la soie ou le fil intérieur se consume, se réduit en cendre, et le métal forme un canal que l’on peut détordre et défiler. Ces trachées des insectes vont, en se ramifiant et en se subdivisant, se perdre dans le tissu de tous les organes; ils y portent l’air qui va ainsi se mettre en contact avec les humeurs : on croit que c’est dans leur intérieur ou à leur orifice que réside l’organe de l’odorat. Comme les insectes n’ont pas de vaisseaux, ils sont aussi privés d’un cœur, et l’air va chercher leur sang partout où il se trouve.
Quoique les insectes n’aient pas de véritables organes de la voix, ils produisent cependant des bruits, et déterminent
(1) PI. v, fig. 10 , et PI. 1 , fig. 3.
certains sons par lesquels ils s’entendent réciproquement et se communiquent leurs affections. La plupart de ces sons peuvent être attribués à des attritions , à des frottemens,à des vibrations rapides communiquées soit aux corps voisins, soit à certaines parties de leur corps, conformées de manière à représenter des cordes ou des membranes. Les uns font mouvoir leur tête sur le corselet, ou celui-ci sur les élytres; d’autres font vibrer ces mêmes étuis de corne, à l’aide des derniers anneaux de leur abdomen. Chez quelques uns, ce sont des bouquets de poils roides qui frottent, à la manière d’une brosse, sur des corps solides; il en est qui frappent le bois avec la tête; chez quelques autres, comme dans la cigale, c’est une sorte de tambour ou d’écaille concave sous laquelle se meut rapidement un cylindre convexe garni de lignes saillantes; enfin chez les sauterelles et les criquets mâles , ce sont les élytres mêmes qui résonnent en se croisant rapidement, ou lorsqu’ils sont frottés vivement par les jambes qui font alors, sur ces tables sonores, l’office de l’archet d’un instrument à cordes, tel que la basse ou le violon.
Les insectes ne se reproduisent que lorsqu’ils ont acquis leur entier développement : leur sexe est toujours distinct, et la femelle est en général plus grosse que le mâle. Dans plusieurs genres , comme dans les abeilles , les fourmis et les termites , quelques individus sont privés de sexe, et sont appelés neutres ou mulets. Il y a toujours un accouplement réel entre le mâle et la femelle. Les organes de la génération sont le plus souvent placés dans l’anus. On trouve dans l’intérieur du ventre des mâles , les vaisseaux propres à préparer et à conserver la semence. Les femelles ont des organes presque semblables, qui contiennent les œufs et qu’on appelle ovaires. Le plus souvent la femelle' pond des œufs qui produisent des petits au bout d’un temps déterminé : quelquefois ces œufs éclosent dans l’intérieur du corps, et les petits naissent tout formés. Il est
rare qne le mâle et la femelle vivent ensemble; le seul besoin de la reproduction les rapproche pour un temps très court : le mâle périt peu de temps après l’accouplement, tandis que la femelle fécondée survit jusqu’après la ponte. Cependant, dans quelques espèces, les deux sexes travaillent en commun à l’éducation des petits, ou pourvoient d’avance à leurs besoins futurs.
Rien n’est plus digne d’observation dans la nature , que le développement des insectes. Il en est qui naissent avec les formes qu’ils doivent conserver pendant toute leur vie; mais d’autres changent de figure plusieurs fois. On dit alors qu’ils se transforment, ou qu’ils subissent des métamorphoses. Non seulement il se manifeste à l’extérieur des changemens très remarquables ; mais les organes internes , et souvent même les habitudes et la manière de vivre sont modifiées tout à coup dans les insectes qui éprouvent ces changemens.
L’insecte qui donne la soie, par exemple, a été d’abord renfermé et immobile pendant près de six mois, dans un petit corps arrondi appelé œuf. Il en est sorti sous la forme d’un animalcule allongé, ayant huit paires de pattes, et nommé larve ou chenille. Cette petite chenille , appelée improprement ver-à-soie , se nourrit des feuilles du mûrier : elle grossit bientôt et si rapidement , que , six ou sept jours après sa naissance , sa peau ne peut plus contenir ses organes intérieurs. Aussi cette peau crève-t-elle alors; la petite chenille en sort avec une nouvelle qui n’est plus velue, et elle se développe encore pendant sept autres jours. Il y a ainsi quatre changemens de peau , qu’on appelle mues. Quand le ver-à-soie sent qu’il doit quitter sa cinquième peau , il cherche un lieu écarté , il s’y construit une retraite, une sorte de demeure où il pourra être à l’abri des corps extérieurs. Il file alors la soie , ou une sorte
go
de tapisserie solide, qu’il dispose de manière à laisser intérieurement une cavité ovale ; c’est ce qu’on nomme un cocon ou un follicule.
La chenille ne quitte sa dernière peau que dans le follicule pour paroître sous une forme toute différente, qu’on nomme ordinairement fève; mais mieux chrysalide, aurélie , pupe , ou nymphe. Cette nymphe est une petite masse allongée, ovale, plus grosse à l’une de ses extrémités; d’abord molle et transparente, elle durcit peu à peu et devient opaque. On remarque alors à sa surface des lignes qui semblent indiquer les parties d’un animal dont la forme est tout-à-fait différente. En effet, une vingtaine de jours après cette transformation en nymphe, on voit sortir du cocon un papillon blanc à quatre ailes farineuses , qu’on nomme phalène, ou mieux bomhyce. C’est un insecte parfait qui cherche un autre individu de son espèce pour s’accoupler. Il pond bientôt des œufs, qui, six mois après, doivent reproduire des chenilles, lesquelles donneront de la soie, et passeront par les memes états.
Presque tous les insectes qui subissent des métamorphoses, et en général ce sont les espèces qui ont des ailes, éprouvent des changemens analogues à ceux que nous venons de faire connoitre. Cependant on peut les diviser en trois grandes sections, d’après leurs métamorphoses : i°. ceux qui n’en éprouvent pas; 2°. ceux qui ont des nymphes agiles et semblables à leurs larves; et 3°. ceux qui ont des nymphes immobiles.
Les punaises de bois (Pl. v, fig. 1 1) , par exemple, et les perceoreilles , sortent de l’œuf à peu près avec la meme forme que ces insectes doivent conserver ; mais ce sont des larves qui, après quelques mues, prennent des rudimens d’ailes (fig. 11, a, a). Elles sont alors appelées nymphes , et elles n’ont acquis l’état
parfait que lorsque leurs ailes sont tout-à-fait développées. Les insectes à nymphes immobiles présentent entre eux trois grandes différences. Les uns, comme les dermestes (Pl. y, fig. 9) , les hannetons , les abeilles , ont des nymphes dont tous les membres sont libres, séparés les uns des autres, mais immobiles. D’autres, comme les papillons (fig. 27 ), ont des chrysalides, à la surface desquelles on aperçoit les membres, mais ces parties sont collées et comme emmaillotées ; enfin les mouches, et presque tous les insectes à deux ailes, lorsqu’ils sont en nymphes , sont renfermés dans une coque semblable à celle d’un œuf, et à l’extérieur de laquelle on ne voit aucun des membres de l’animal qui y est contenu ( fig. 26).
Les naturalistes ne classent les insectes que dans leur état de perfection, c’est-à-dire lorsqu’ils peuvent s’accoupler; iis les étudient sous les formes d’œufs, de larves et de nymphes. Il y a plusieurs systèmes d’entomologie; les principaux sont ceux d’Aristote et de Linné , dans lesquels les insectes sont disposés d’après le nombre et la forme des ailes; et ceux dé" MM. Fabricius et. Latreille, qui ont groupé les insectes d’après la forme et le nombre des parties de la bouche; mais on a combiné dans cet ouvrage tous ces moyens d’observation pour obtenir une autre classification méthodique.
Ainsi il y a des insectes qui ne prennent jamais d’ailes , et dont la plupart ne subissent pas de métamorphoses : on en a formé l’ordre des Aptères (1). Les autres insectes sont ailés et subissent des transformations; mais tantôt ils n’ont que deux ailes, et sont nommés Diptères (2) ; tantôt ils en ont quatre : ceuxci ont tantôt une bouche qui leur permet seulement de sucer
(1) L’araignée , le cloporte, le pou (800).
(2) Les mouches» les taons, les cousins, les tipules (Pl. 1, fig. 16);
leur nourriture, soit au moyen d’un bee, comme les Hémiptères (i), soit à l’aide d’une langue roulée sur elle-même, comme les Lépidoptères (2) ; tantôt ils mâchent leurs alimens, et ils se rangent alors dans quatre ordres distincts; car les uns ont les ailes inférieures à peu près semblables aux supérieures, et leurs principales nervures sont sur la longueur, comme les Hyménoptères (3) , ou en même temps sur la largeur, de manière à représenter un réseau ou un treillis, et on les nomme alors Névroptères (4) ; les autres ont les ailes supérieures plus épaisses, plus courtes, appelées élytres, elles inférieures membraneuses , plissées sur leur longueur, comme dans les Orthoptères (5), ou bien elles sont seulement pliées en travers, et alors ces insectes portent le nom de Coléoptères. (6)
En résumé, on obtiendrait cette table de la classification des insectes.
(1) Les punaises , les cigales (PI. 1 , fig. 20 — 21 ; PI. ni , fig. 9) ; (842).
(2) Les papillons (PL ni , fig. 14); (828).
(3) Les abeilles , les guêpes ( PI. 1 , fig. 7 et 8 ); (853).
(4) Les demoiselles , les e'phémcres (fig. 6); (880).
(5) Les blattes , les sauterelles , les forficules (fi£. 5); (891),
(6) Les scarabées, les hannetons (fig. 1 et 2); (899).
8oo-
HUITIÈME ORDRE, insectes aptères.
Tous les insectes qui appartiennent à cet ordre des Aptères, ne prennent jamais d’ailes, ainsi que leur nom l’indique ; mais ce caractère négatif rapproche des animaux très différens les uns des antres; d’ailleurs, plusieurs insectes ne portent jamais d’ailes, quoiqu’ils subissent des métamorphoses, de sorte que cet ordre est tout-à-fait artificiel. Pour avoir une idée juste des insectes qui le composent, il faut les comparer avec ceux qui appartiennent réellement aux autres grandes sections de la classe , pour les distinguer au moins par voie d’exclusion. Les aptères n’ont jamais d’élytres ni rudimens d’ailes ou d’élytres; ils ne subissent pas de métamorphoses. Leurs mâchoires' sont sans appendices , ou galètes (895) , leur abdomen n’est pas pédiculé, à moins qu’ils n’aient plus de six pattes, et ce nombre suffit pour distinguer la plupart des aptères à mâchoires.
Les insectes sans ailes peuvent être divisés en deux grandes sections ; dans l’une seroient rangés tous ceux qui 11’ont point de mâchoires , comme les puces , les poux , les tiques , sous le nom de parasites . Tous les autres ont des mâchoires et forment la seconde section ; mais chez les uns l’abdomen est bien distinct du reste du corps, comme dans les araignées, les forbicines , les ricins ; chez les autres on ne peut pas distinguer le Ventre d’avec le corselet , comme dans les cloportes et les mille-pieds .
On a donné le nom de Parasites ou Rhinaptères aux insectes de la première famille, parce qu’ils vivent sur le corps des autres animaux qu’ils sucent. Leur tcte est distincte du reste du corps, et, comme le second nom de la famille l’indique, ils ont un suçoir mais pas de mâchoires; ils se distin-
guent en genres d’après le nombre et la forme des pattes ainsi que par la disposition des antennes. Les uns, comme les tiques , ont huit pattes ; les autres n’en ont que six.
Les tiques y \es mittes ou cirons , vivent sur les autres animaux : on en trouve une espèce dans les boutons des animaux attaqués de la gale, et on croit qu’elle produit cette maladie. On en a , depuis peu, fait un genre distinct : c’est le sarcopte , nom qui signifie piqueur de chair. Sa tête , son corselet et son ventre sont distincts par des incisions : ses huit pattes garnies de poils sont terminées par de petites vésicules. Le rouget ou bête-d’août est très voisin de ce genre; mais il n’a que six pattes velues, les palpes remplacent la paire antérieure. Cet insecte est très incommode, en automne, par les démangeaisons qu’il occasionne : on le détruit avec l’alcool pur et le vinaigre fort , avant que la peau ait été écorchée par le frottement, suite du prurit qu’il détermine. On trouve sur les oreilles des chiens de chasse, sur les lézards, sur les oiseaux même, une grosse espèce de tique, on la nomme ixode ou cynorhaeste : elle n’a pas d’yeux distincts; sa tête est très petite, ainsi que les huit pattes qui sont toutes rapprochées ; son abdomen est susceptible de prendre le volume d’une graine de ricin à laquelle on a comparé cet insecte, en le désignant aussi sous ce nom. Les hommes même en sont souvent attaqués quand ils vont dans les bois. D’autres cirons, dont on a fait des genres particuliers , se rencontrent dans les poumons des poules et des vieux coqs.
Les poux sont aplatis, et n’ont que six pattes courtes, égales entre elles, avec le dernier article en crochet : leurs antennes sont composées de cinq pièces distinctes, articulées. Toutes les espèces de ce genre se trouvent sur des mammifères; elles conservent toute leur vie la forme qu’elles avoient en sortant de
leur œuf, qu’on nomme lente. Chaque mammifère paroît nourrir une espèce particulière de pou ; le plus ordinairement même il y en a deux espèces sur chacun. Ainsi l’homme en a deux espèces : l’une qui vit dans les cheveux ; et l’autre qui préfère les sourcils , les poils des aisselles et des autres parties du corps, (i)
Les puces ont le corps comprimé, et leurs pattes de derrière sont plus longues et propres au saut : elles s’élèvent à plus de deux cents fois leur hauteur. Elles ne naissent pas avec la forme qu’on leur connoît ; leurs œufs donnent de petites larves sans pattes, qui se nourrissent de quelques gouttes de sang coagulé, que leurs mères ont sans doute fait sortir du corps des animaux qu’elles piquent, ou peut-être du sang qu’elles ont sucé et qu’elles rendent ensuite. Elles ont une grande vivacité et ne sont occupées qu’à se nourrir. Quand elles ont acquis toute leur croissance , elles se filent une coque et subissent une métamorphose complète ; seul exemple connu parmi les aptères. Il y a en Amérique une espèce de puce qui pénètre sous les ongles des orteils, et qui fait beaucoup souffrir : on la nomme tunga ou chique. On est bien certain maintenant que c’est une puce; nous avons observé des individus qui provenoient de ce pays. (2)
Les ricins forment un genre très voisin des insectes aptères parasites ; leur tête et leurs mâchoires sont faciles à distinguer à la loupe : leurs antennes sont très courtes. Ils n’ont que six pattes. Leur abdomen, arrondi à l’extrémité, n’est pas terminé par des poils : on ne les a encore observés que sur les corps des oiseaux; aussi a-t-on proposé de les nommer
(1) On voit la tête très grossie d’un pou à la PI. ni , fig. 16, B,
(2) On voit la tête d’une puce grossie, PI. m, fig. 16, A.
g6 DES INSECTES APTÈRES.
ornithomyzes ou suee-oiseaux. Chaque oiseau paroît en nourrir deux espèces différentes; l’une allongée et l’autre arrondie. On en trouve sur presque toutes les plumes, principalement à la base des pennes des ailes, et sous les aisselles et le cou.
Après ces insectes parasites à abdomen distinct du reste du corps, on peut étudier ceux qui, comme les araignées, n’ont point d’antennes, et qui ont un gros ventre, sans pattes. La tête est réunie à un corselet qui porte huit pattes (Pl. 1, fig. a5) : on les a désignés sous le nom d’AcÈKES. Presque tous ces insectes sucent leur proie, quoiqu’ils aient des mâchoires (1). Aucun ne subit de métamorphose complète ; mais ils changent plusieurs fois de peau. Presque tous aussi vivent et pondent pendant plusieurs années. On les distingue en ceux qui ont des mandibules fendues comme des tenailles, tels que les scorpions , les porte-pinces ou chélifères , les galéodes et les faucheurs (2); et en ceux qui ont les mandibules en crochet, comme les araignées , les mygales , les phryncs et les trombidies .
Ceux de la première section aiment l’obscurité , et ne sont pas très industrieux. On reconnoît les scorpions à leur longue queue , terminée par un aiguillon ( Pl. v, fig. 4 , a ) , avec lequel ils blessent les petits animaux. Ils ont sous le ventre des lames en forme de peigne, qui représentent des branchies de
(1) La figure 4 de la Planche m repre'sente la bouche d’une araignée grossie : a a, sont les mandibules : b , b , les griffes ou crochets qui sont percés à leur extrémité et qui servent de suçoirs : c , c , deux rangs d’épines entre lesquelles ces crochets s’engrènent : d, c?, les mâchoires : e, la lèvre inférieure :f7 l’un des palpes maxillaires.
(3) Pl. ni , fig. 5 , B , e , e; A , a , b.
poissons ( Pl. v, fig. ). Les porte-pinces ou chélifèrcs ressemblent beaucoup aux scorpions, mais ils n’ont point de queue; on les trouve dans les vieux livres, où ils se nourrissent de psoques et autres petits insectes; ils marchent en tous sens. "Les faucheurs sont des espèces d’araignées n’ayant que deux yeux, et de très longues pattes qui remuent encore long-temps après qu’on les a séparées du corps, (i)
Les araignées , qui ont au moins six yeux , et la plupart en ont huit disposés symétriquement (Pl. 1, fig. a5 , a), se nourrissent d’insectes vivans. Plusieurs leur tendent des filets, dont la forme est très différente selon les espèces : elles les construisent elles-mêmes en tirant des fils glutineux de petits mamelons situés près de leur anus. Ces insectes s’accouplent singulièrement : comme ils se mangent les uns les autres, les mâles, qui sont les plus foibles, et dont les organes sexuels sont placés près de la bouche (2), ne s’approchent qu’en tremblant de leurs femelles, qui les dévorent quelquefois. Cependant ces mêmes araignées prennent la plupart un très grand soin de leurs petits. Il en est qui portent partout avec elles le sac de toile solide et imperméable à l’eau, qu’elles ont filé, et dans lequel elles ont déposé leurs œufs ; d’autres font continuellement sentinelle auprès de leur progéniture ; quelques unes même transportent leurs petits sur le dos. L’étude des mœurs de ces animaux présente beaucoup d’observations curieuses.
(1) La fig. 7 de la Planche v représente les organes générateurs d’un faucheur mâle.
(2) On voit les organes mâles d’une araignée à la fig. 6 de la Pl. v : a, b, représente le dernier article du palpe : c, est une portion de l’article précédent : i, est une cavité recouverte d’une peau membraneuse : d,f, g, parties propres à l’accouplement, et qui pénètrent dans le corps de la femelle.
yS DES INSECTES APTÈRES.
L’araignée aquatique, par exemple, se file sous l’eau une toile qui a la forme de la moitié d’une coquille d’oeuf. Elle y transporte du gaz atmosphérique, en venant à la surface, et en s’enfonçant ensuite tout à coup dans une position renversée, emportant avec elle la couche d’air qui l’enveloppe. Arrivée sous la cloche, qui est d’un tissu ferme et serré, elle se retourne; l’air, par sa légèreté, forme une huile qui, n’étant pas reterme sur la convexité du dos, vient monter sous la
cloche, dont elle chasse un volume proportionné d’eau. Lors- ( ■ ' ' v, ; . ' que la cloche est suffisamment remplie par ce manège répété
plusieurs fois , l’araignée s’y place et s’y met en embuscade pour saisir les insectes aquatiques qui passeront près de cet affût. D’autres espèces d’araignées se pratiquent sous terre des galeries au fond desquelles elles se blottissent, après avoir construit à l’orifice une espèce de porte mobile et en bascule qu’elles ferment à volonté (1). Il y a aux Indes une très grosse araignée qui se nourrit du sang des oiseaux-mouches et des colibris ; elle appartient au genre mygale. Il paroît que l’espèce appelée tarentule n’est pas venimeuse, comme on l’a fait croire long-temps. Les trombidies ressemblent aux araignées , mais elles n’ont que deux yeux. Une espèce qui vit à Surinam est employée en teinture comme la cochenille. D’autres vivent sous l’eau , et ont reçu le nom générique à’hydrachnes.
Parmi les insectes sans ailes et à mâchoires, deux genres seulement ont six pattes, et tous deux renferment de petits animaux, dont la queue est terminée par des poils. On les a nommés, à cause de cela, séticaudes ou Nématoures. Chez les uns ces poils entrent dans une rainure pratiquée sous le
(1) Voyez Bulletin de la Soc. Philomat. , 2e anne'e, n° 22.
ventre, et ils en sortent à la volonté de l’insecte en se débandant comme un ressort; c’est même de là qu’ils ont tiré leur nom de podures. On les trouve ordinairement réunis par familles. Le second genre est celui des forbicines, qui ont le corps couvert de petites écailles argentées. Elles cherchent les lieux obscurs, et ne marchent que la nuit. Une petite espèce se trouve souvent dans les armoires, où elle recherche des parcelles de sucre ; on la nomme vulgairement lingère ou poisson cle terre. Ces insectes subissent probablement des transformations. Ils ont beaucoup de rapports avec les blattes.
Les Polygnathes ou quadricornes , qui viennent ensuite , ont quatorze pattes seulement, quatre antennes, plusieurs paires de mâchoires, et l’abdomen peu distinct. Ils semblent lier la classe des insectes à celle des crustacés, car la plupart portent leurs œufs sous les derniers anneaux du corps. Ces œufs y éclosent, et les petits y restent vivans pendant quelques jours; mais ils respirent par des trachées. Quelques uns paroissent avoir en même temps des branchies. On réunit ici, i°. les armadilles y dont le corps est toujours concave en dessous, et peut se rouler en boule ; dont les antennes sont coudées ou brisées; 20. les cloportes, auxquels ils ressemblent par les mœurs, qui ne peuvent pas se rouler en boule, et dont l’abdomen se termine par des appendices qui servent de filières ; les physodes, qui n’ont pas les antennes coudées, dont le corps finit par des anneaux plus plats, plus larges, qui servent souvent à nager, et qui leur forment ainsi une sorte de queue.
Tous les autres ont des pattes à chaque anneau du corps, et quelquefois même on leur en compte plusieurs centaines, ce qui les fait nommer mille-pieds ou Myriapodes. Ils n’ont pas de corselet distinct , et leur tête n’est munie que de deux an-
ternies. Parmi ceux-ci, on appelle scolopendres (i) les espèces qui ont les antennes pointues, allongées, et une seule paire de pattes à chaque anneau du corps. Il en est une qui a près de trois cents pattes; plusieurs sont brillantes, et comme phosphoriques pendant la nuit. On a appelé lithobies les espèces dont les anneaux sont alternativement plus longs et plus courts, et scutigères celles dont les anneaux sont dilatés en dessus, placés en recouvrement les uns sur les autres, et dont les antennes sont excessivement longues. Les iules (2) , qui composent un autre genre, ont les antennes un peu plus grosses à l'extrémité, et deux paires de pattes à chaque anneau. Ces insectes ressemblent à de petits serpens. Rien n’est plus admirable que l’ordre avec lequel se meut ce grand nombre de pieds, qui cependant ne produisent qu’une allure lente et rampante. Les espèces d’iules qui ont le corps ovale, et qui se roulent en boule comme les armadilles, forment un genre à part, sous le nom de gloméride ; et celles qui ont le corps anguleux se nomment polydesmes. On a appelé polyxènes de petites espèces qui vivent réunies en grand nombre sur les pierres; dont le corps est mou, à articles presque égaux, garni latéralement, ainsi qu’à l’extrémité, de pinceaux dépolis, et dont les antennes sont courtes en fil.
SEPTIÈME ORDRE, insectes diptères.
Les Diptères sont, ainsi que nous l’avons dit (798), tous les insectes qui n’ont que deux ailes, comme les mouches. On voit souvent, au-dessous de l’origine de ces membres, des filets courts, terminés par un globule ou par une lame de corne, qui
(1) La fig. 3 de la Planche 111 représente la bouche d’une scolopendre.
(2) La fig. 1 de la Planche m est celle de la bouche d’un iule.
DES INSECTES DIPTÈRES. toi
participent de tous les mouvemens de l’aiïe , et qu’on croit propres à servir de balanciers , ce qui leur en a fait donner le nom , ou celui de librament , qui est analogue (Pl. i, fig. 1 6, a a. La fig. 17 représente cette partie très grossie). Nous avons déjà indiqué quelle est la forme de leur nymphe, qui reste le plus souvent immobile (Pl. v, fig. 26); la larve de ces insectes est quelquefois sans pattes et sans yeux. La plupart vivent dans les eaux croupissantes, ou au milieu des matières animales et végétales corrompues, sur lesquelles les mères viennent déposer les œufs, qui plus rarement éclosent dans l’intérieur de leur abdomen; plusieurs même se développent dans le corps des animaux. Sous l’état parfait, ils vivent tous dans l’air, et ils forment un ordre très naturel.
Les insectes à deux ailes ont été distribués en quatre familles principales, d’après la forme de la bouche. Les uns n’ont là aucune partie saillante, et l’on voit seulement un petit trou à l’endroit où la bouche devrait exister; dans les autres, la bouche est bien visible , car, ou elle est prolongée en un suçoir corné qui fait toujours saillie, comme dans le cousin, ou ce suçoir est caché, avec une trompe charnue, dans un creux particulier du front qui le reçoit, comme 011 le voit dans les mouches; ou bien on remarque un museau prolongé avec des palpes saillaus, comme dans les insectes appelés tipules. On a désigné ces quatre divisions sous les noms d’as tomes , scieras tomes y sarcostomes et hyclromies .
Les oestres ou Astomes , dont la bouche n’est pas visible, et qui 11e mangent pas, appartiennent à la première division; ce sont de grosses espèces de mouches, très importantes à connoître, parce que leurs larves vivent dans l’intérieur du corps des animaux, et produisent des accidens souvent fâcheux. Il y a une espèce, par exemple, qui dépose ses œufs dans la cavité
des narines des cerfs: il en naît nnc petite larve qui, s’insinuant dans les parties les plus profondes, y cause de vives douleurs, une inflammation et des ulcères. Une autre pond ses œufs ou ses petits vivans sur la marge de l’anus des chevaux , des mulets et des ânes. Leurs larves ont la peau hérissée de pointes dirigées en arrière, à l’aide desquelles elles se cramponnent et remontent dans la cavité des intestins. On en trouve quelquefois plusieurs centaines dans l’estomac des chevaux. Lorsque ces larves sont assez développées pour se métamorphoser, elles se retournent et se laissent entraîner avec les excrémens. C’est dans ces matières, ou sous la terre, qu’elles se changent en insectes parfaits.
D’autres espèces produisent quelquefois, à ce qu’il paroît, des ulcères sous la peau de l’homme , mais surtout sous celle des bœufs ; elles y déterminent une sorte de cautère ou de fonticule, où certains oiseaux, appelés pique-bœufs et anis , vont les chercher pour s’en nourrir, et soulagent ainsi les animaux qui en sont attaqués. Une espèce d’oestre force, presque toutes les années, les Lapons d’émigrer, à une certaine époque, avec leurs troupeaux de rennes, qu’ils conduisent dans des régions plus froides, sur des montagnes très élevées. Les moutons de nos pays sont aussi attaqués par une espèce qui vient pondre ses œufs dans leurs narines. Les larves qui en proviennent pénètrent très avant dans les anfractuosités du nez, produisent une sécrétion de mucosité très abondante, et des éternuemen5 qui deviennent quelquefois mortels pour ces animaux.
La famille des Sclérostomes, ou Haustellés , réunit tous les insectes à suçoir saillant, souvent coudé ou articulé sur sa longueur, qui reste évident, même dans l’état de repos. Les espèces réunies par ce caractère sucent presque toutes, sous
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Pétât parfait, le sang ou les humeurs des animaux et des végétaux; mais sous celui de larve, leur manière de vivre est souvent tout-à-fait différente, de sorte que ces larves, et quelfois leurs nymphes, n’ont aucune analogie avec les insectes qu’ils produisent. Cette famille comprend un grand nombre de genres, qu’on peut ranger très bien d’après la forme des antennes. Les uns, comme les stomoxes , les rhingies , les myopes et les hippobosques , ont les antennes munies, sur leur dernier article, d’un poil isolé, latéral ou terminal (PL n, fig. 28); d’autres, comme les taons , les asiles , les conops , les empis, les bombyles y les cousins y ou n’ont pas de poil isolé' aux antennes, ou ils en ont beaucoup ( PL 11, fig. 24, 26). Nous ne parlerons que de quelques uns de ces genres.
Les cousins sont malheureusement trop connus, surtout dans les climats chauds et humides, car on a beaucoup de peine à se garantir de leurs piqûres. Les mosquites et les marin goins , qui sont si incommodes dans les pays chauds, paroissent appartenir à ce genre. Leurs larves vivent dans les eaux croupissantes, ainsi que les nymphes; celles-ci se meuvent très bien, ce qui est une exception dans cet ordre. C’est principalement le soir, et dans les lieux sombres et humides, que les cousins voltigent, et font entendre leur ennuyeux bourdonnement : ils sont attirés par la lumière. On a dit que les mâles ne piquoient pas, mais cela n’est pas certain pour toutes les espèces. La trompe de la femelle est formée de plusieurs soies rapprochées, dont deux seulement ont des dentelures dirigées en arrière. On a cru aussi observer que, quand les cousins ne sont pas dérangés du lieu où ils piquent, il ne s’y élève point de tumeur, et que l’inflammation, produite par cette piqûre , dépend de la présence des soies rompues qui sont restées dans la plaie. On ne connoît pas encore de
remède efficace contre cette inflammation. On a observé que les cousins attaquent certaines personnes de préférence.
Les asiles sont aux insectes ce que les oiseaux rapaces sont aux autres oiseaux; ils font principalement la chasse aux petits papillons et aux mouches ; ils les saisissent au vol , à l’aide de leurs longues pattes, et les emportent pour les sucer à leur aise. Leurs larves vivent dans la terre ou dans le sable, dans lequel elles tendent des embûches aux insectes. On reconnoît les asiles à leurs antennes très courtes, en fil de soie, et à leur suçoir vertical. Les empis ont à peu près les mêmes mœurs.
Les taons ont la tête plus large que le corselet, et les antennes en croissant, articulées à l’extrémité (Pl. 11, fig. 26) ; ils sucent principalement le sang des animaux; leurs yeux sont ordinairement très gros, et brillent des couleurs métalliques les plus belles pendant qu’ils vivent ; ils piquent plus fort , et harcèlent davantage les chevaux et les bœufs dans les temps d’orage.
On a donné le nom d ’ hippobosque à des diptères qui vivent sur le cheval, et par suite à plusieurs insectes voisins, qui se nourrissent sur la peau des animaux. On les a nommés aussi improprement mouches-araignées , poux-ailés. Ce sont des insectes très aplatis qui ressemblent en effet à des poux. Ils s’accrochent facilement sur les poils les plus lisses, à l’aide des crochets contournés et d’un appendice velu qui terminent leurs pattes (Pl. iv, fig. 35). On en voit une espèce sur les moutons ; celle-ci ne prend jamais d’ailes ; une autre vit sur les hirondelles,,elle a des ailes très allongées, qui ne peuvent servir au vol. L’espèce qui se nourrit sur le cheval se trouve ordinairement entre les cuisses de cet animal ; elle pond une petite masse arrondie en forme d’œuf, qui est une véritable nymphe, dont il sort un insecte ailé. Les stomoxes sont des
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mouches qui piquent très fort, et qui s’attachent surtout aux jambes des chevaux et des hommes, dont elles sucent le sang dans le temps de pluie. Leur nom provient de la forme de leur bouche ; on les confond avec les mouches domestiques , auxquelles elles ressemblent beaucoup, mais qui ne peuvent pas piquer la peau. Les conops , les myopes , les bombyles et les rhingies se trouvent sur les fleurs, dont ils sucent les nectaires.
Les familles des diptères à bouche charnue, ou proboscidés, renferment une innombrable quantité d’insectes qu’on a rangés dans deux grandes divisions ; savoir : les simplicicornes ou Aplocères, qui n’ont pas de poil isolé aux antennes, et les latéralisé te s ou Chétoloxes, qui en ont un , simple ou plumeux.
Chacune de ces divisions se partage ensuite en plusieurs genres: les principaux sont, dans la première section, les rhagions , les bibions , les anthrax , les stratiomis , les midas , les némotéles , les céries ; et dans la seconde, les genres mouche , syiphe , échinomic , tétanocère , cénogastre , cosmie , etc. Tous, sons l’état parfait, se nourrissent des liquides qu’ils trouvent à la surface des corps.
On ne connoît pas bien encore les mœurs des diptères simplicicornes. On sait cependant que les rhagions , qui ont le ventre très pointu et sans poil , proviennent de larves carnassières qui se pratiquent des trous dans le sable; que les stratiomis ou mouches armées, dont l’abdomen est plat et ovale, et les antennes réunies en Y à la base, ont des larves allongées, aplaties, en fuseau, formées de douze articulations; qu’elles vivent dans l’eau, à la surface de laquelle elles viennent étaler une sorte d’aigrette comme huilée qui termine leur corps, et dont le centre présente une ouverture pour la respi ration, etc.
io 6 des insectes diptères.
Les larves des mouches et des syrphcs vivent , en général , dans les matières animales ou végétales qui se décomposent, ou dans les différentes parties des plantes. Il y a des espèces qui naissent toutes vivantes, et dont le développement s’opère en quatre ou cinq jours. D’autres sont deux années à se préparer à la métamorphose, et ne restent quelquefois qu’une seule journée sous l’état de mouche ou d’insecte parfait. Les vers de la viande, qu’on nomme asticots , et ceux du fromage donnent des mouches. Les larves arrondies avec une longue queue, qu’on trouve dans les eaux croupissantes, et que l’on nomme vers a queue de rat , se changent en syrphes.
„ Les échinomies , ou mouches hérissonnes, ont sur le corps des poils très roides; leur larves vivent, comme celles des ichneumons (878) , dans le corps des chenilles, et il sort quelquefois d’une chrysalide de papillon trois ou quatre de ces mouches. Les tétanocères ont reçu ce nom de la forme particulière de leurs antennes dressées, dirigées en avant dans le repos,, à article intermédiaire très allongé ; elles vivent sur les plantes qui se décomposent. Les cénogastres sont de très gros diptères, à poil latéral des antennes plumeux (Pl. 11, %• 28) , à bec prolongé et à ventre transparent et comme vidé, ainsi que l’indique leur nom. Les larves des cosmics ou téphrites se développent dans les tiges, les réceptacles et les racines tubéreuses des plantes, principalement sur les espèces de la famille des crucifères et de celle des cinarocéphales; on les appelle ordinairement vers mineurs. Les insectes parfaits qu’ils produisent, ont les ailes écartées et le plus souvent bariolées de taches foncées, sinueuses, très symétriques.
La famille des insectes Hydromyes, ou bec-mouches , réunit les insectes à deux ailes, dont le front sc prolonge en une
sorte de bec on de museau , sur lequel on distingue seulement des barbillons ou des palpes articulés; leurs antennes, souvent très longues et en peigne , ont toujours un grand nombre d’articles serrés ; ils n’ont pas les balanciers recouverts par des cuilLerons. Cette famille comprend beaucoup de genres , dont les principaux sont les tipules , les scatopses et les hirtées. On nomme tipules (Pi. 1, fig. 16) des diptères qui ont des antennes, des pattes et des ailes allongées, et qu’on trouve principalement dans les lieux humides. Les larves de plusieurs espèces vivent dans le terreau, et paroissent se nourrir des racines des plantes; d’autres dans les champignons ; plusieurs dans l’eau et dans la vase. Les oiseaux et les poissons en sont très friands. Sous l’état d’insectes parfaits, on trouve souvent , pendant le jour, ces insectes appliqués contre les murs ; ils donnent à leur corps un mouvement oscillatoire très singulier, qui dure des heures entières. Les larves de quelques es-
pèces de scatopses vivent dans les excrémens ; de là leur nom. Les hirtées sont des insectes qui paroissent à des époques périodiques en quantité innombrable; ils vivent sous l’état de larves dans l’intérieur des plantes, et principalement dans le calice des fleurs, où ils produisent des tumeurs et des galles très singulières.
SIXIÈME ORDRE, insectes lépidoptères .
On a donné le nom de Lépidoptères aux insectes qui ont quatre ailes semblables, couvertes de petites écailles, ordinairement colorées, et dont la bouche est composée de deux lames qui forment un petit canal (PL ni , fig. 14, ci'), et qui se roulent le plus souvent en spirale, en se cachant entre deux palpes (c), plus ou moins allongés et couverts de poils. On nomme langue cette sorte de trompe. Leur tète est le plus souvent munie de longues antennes de forme variable, et privée de stemmates ou d’yeux lisses.
to8 DES INSECTES LÉPIDOPTÈRES.
L’ordre des lépidoptères réunit des insectes qui ont entre eux la plus grande analogie. Tous proviennent d’une larve (PI. v, fig. 18-23 ) qui n’a jamais plus de seize pattes, dont six seulement sont articulées et placées du côté de la tête ( aaa ), et sont dites écailleuses : les autres (bbb), dont le nombre varie, sont membraneuses, situées plus en arrière; elles forment deux sortes de tubercules munis de cercles ou de couronnes de crochets rétractiles (fig. $3), à l’aide desquels la chenille agrippe les surfaces, et adhère sur les plantes qui font sa nourriture principale; leur corps est partagé en douze anneaux, et leur tête est enveloppée dans une sorte de casque de corne : elles ont des mâchoires; la plupart se nourrissent de feuilles et de fruits, quelques unes cependant de matières animales privées de la vie. Toutes ces larves, qu’on nomme chenilles 9 subissent des métamorphoses complètes, semblables à celles de la chenille du mûrier (793). Leurs chrysalides ne sont pas toujours enveloppées dans un cocon. Il en est qui ne filent pas, mais qui s’accrochent seulement par la queue ( Pl. v, fig. 27 ). Elles sont ordinairement plus grosses du côté qui correspond à la tête. La peau qui les recouvre alors semble tenir l’insecte parfait comme emmailloté ; on en distingue très bien la tête, les yeux, les pattes, les antennes, les ailes.
Les cornes que ces insectes portent sur la tête, et qu’on appelle antennes , ont conduit à les ranger dans quatre familles différentes : les uns ont les antennes en masses, on les nomme globulicornes ; d’autres les ont renflées au milieu, on les appelle fnsicornes ; les antennes à peu près d’égale grosseur caractérisent les filicornes ; enfin, dans la famille des sèticornes , on a placé tous les lépidoptères à antennes plus grêles à l’extrémité , ou en forme de soies de cochon.
Les papillons , qu’on a partagés en plusieurs sous-genres , appartiennent à la famille des Globulicornes ou Ropalocères . Tous vivent sur les plantes, sous leur premier état. Leurs chenilles, qui ont seize pattes, ne se filent jamais de cocon; leur ' chrysalide est le plus ordinairement suspendue par la queue : quelques unes ont pris seulement la précaution de placer plusieurs fils en travers de leur corps pour 11e point être trop ballottées par le vent. On connoît près de quinze cents espèces dans ce genre. Toutes sont diurnes ou ne volent que pendant le iour.
Pour se reconnoître dans cette immense quantité, on a divisé les papillons en plusieurs tribus. Quelques uns ont la masse des antennes recourbée en crochet, d’autres l’ont droite. On a nommé les premiers hespêries et hétéroptères , suivant qu’ils ont les ailes droites ou comme renversées. Tous les autres appartiennent au genre papillon; mais il falloit donner des noms à ce grand nombre d’espèces, et Linné a trouvé un moyen trèsingénieux pour les désigner. Voici à peu près l’ordre qu’il a suivi : il a nommé chevaliers ou guerriers tous ceux qui ont des ailes supérieures plus longues au bord externe; ils forment deux tribus ; on remarque chez les uns des taches rouges sur la poitrine, et des couleurs ordinairement sombres ; on les a appelés Troyens , en leur assignant les noms des personnages les plus célèbres, tels que Paris, Priam, Hector, Anchise, Enée, Ascagne , etc. Les guerriers de la seconde tribu sont nommés Grecs , parce qu’ils n’ont jamais de taches rouges sur la poitrine. C’est parmi ceux-là qu’on retrouve les noms d’Agamemnon, d’Ulysse, d’Ajax, d’Achille, etc. Presque tous proviennent des pays chauds. Les papillons qui ont les quatre ailes étroites, excessivement allongées, et les inférieures très courtes, ont été appelés Héliconiens , et on les a désignés par