ORDRES
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sans pattes , ni nageoires ,
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ni paupières , ni tympan.. . . .
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sans dents; carapace.» Ch£loniens
membres ; paupières : mâchoires
dentées; sans carapace» Sauriens
double : <
Ophidiens
sans pattes, ni nageoires , ni paupières
Batraciens
unique : corps nu , sans écailles, ni test
io5i.
Les Chéloniens composent une famille dont toutes les espèces ont entre elles la plus grande analogie. Leur corps est court , ovale , bombé , le plus souvent renfermé dans un test osseux ou coriace, nommé carapace , dans sa partie supérieure qui est formée par les vertèbres et par les côtes; protégé en dessous par un large sternum qu’on appelle plastron (Pl. i, lig. i). Leur tète, portée sur un long cou, est armée de deux mâchoires en forme de bec, le plus souvent cornées, toujours sans dents. Ils ont une queue plus ou moins longue, et quatre pattes dont la forme et les usages varient dans chacun des genres. Ce sont des êtres peu sensibles, dont la respiration est très lente , et s’opère par une véritable déglutition de l’air, qu’ils avalent réellement, en le faisant passer de leur bouche dans leurs poumons. Ils se nourrissent en général de végétaux. L’organe du mâle est simple et son plastron le plus souvent concave : les deux sexes restent plusieurs jours réunis. Leurs œufs sont recouverts d’une coquille dure; la femelle les dépose dans le sable, où les petits éclosent avec la forme qu’ils doivent conserver toute leur vie.
DES REPTILES CHELONIENS. 319
On divise l’ordre des chéloniens en six genres principaux bien distincts : les uns ont des nageoires plates à doigts soudés devant et derrière, ils ne se trouvent que dans la mer ; on les nomme chélonées : les autres ont des pattes onguiculées ; mais tantôt leurs doigts sont réunis par une membrane, avec trois ongles au plus; ce qui caractérise les trionyx ; tantôt il y a au moins quatre ongles , et ces espèces, qui vivent dans les eaux douces, se nomment émydes et émy sciures , quand leurs mâchoires sont tranchantes, convexes; et chélydes , lorsque leur bouche est plate, sans bec de corne, et leur carapace très molle. Enfin , il est des espèces dont les doigts sont entièrement réunis et soudés en un moignon arrondi, et ces animaux vivent le plus ordinairement sur la terre : ce sont les véritables tortues.
Les chélonées ont les quatre pattes aplaties en forme de rames, les antérieures beaucoup plus longues que celles de derrière. Leurs doigts sont réunis en une sorte de palette, ils sont de longueur inégale, et terminés par des ongles plats (PL i, fig. 1 2 ) à peine distincts, sur les bords de la nageoire. Ce sont les plus grosses espèces de tortues, car il en est qui pèsent jusqu’à cinquante myriagrammes. Leur tête et leurs nageoires ne peuvent pas aisément rentrer sous la carapace. On les rencontre principalement dans les mers du Midi : elles vivent de varecs, et pondent sur le rivage des îles. On recherche leur chair et leurs œufs; c’est un aliment très sain. On en distingue de plusieurs espèces : celle dont la chair est le plus estimée est la franche , qu’on pêche principalement près de File de l’Ascension , dans l’océan Atlantique. On recherche aussi le caret ou la tuiléc , non pour sa chair, qui est coriace et qui donne la dysenterie, mais pour en obtenir Y écaille ou la partie cornée qui recouvre sa carapace sous la forme de lames entuilées :
220 DES REPTILES CHÉLONIEMS .
chaque dépouille ne pèse guère que de cinq à dix kilogrammes. L’écaille est une sorte de corne dure, et susceptible d’un très beau poli. Sa couleur varie du brun au rougeâtre et au blanc : celle-là est plus rare, plus recherchée : on l’appelle écaille blonde. On ramollit cette substance en la faisant chauffer dans l’eau bouillante ou dans l’huile : c’est alors qu’on la moule ou qu’on la force, par la pression, à prendre la forme de pièces de métal préparées de manière à en obtenir des étuis , des boîtes, que l’on polit ensuite. On pêche le véritable caret dans les mers d’Amérique et d’Asie. On a fait un genre à part sous le nom de sphcirgis , d’une espèce décrite sous le nom de luth , dont les dimensions deviennent considérables, et dont la carapace est couverte d’une sorte de cuir sous toute la longueur duquel on distingue trois lignes saillantes.
Le nom de trionyx , qui signifie trois ongles, indique le caractère principal de quelques espèces de tortues, dont la carapace privée d’écailles , couverte aussi d’une sorte de cuir, est molle sur les bords. Leurs mâchoires sont revêtues d’une portion de peau qui fait l’office de lèvres, et leurs narines sont prolongées en une sorte de trompe courte ou de tube cylindrique ; toutes les pattes sont palmées , et deux des doigts sont constamment sans ongles. On n’a encore trouvé d’espèces de ce genre que dans les grands fleuves des pays chauds, comme le Ml, l’Euphrate, le Mger, le Mississipi. Elles sont très carnassières ; elles se nourrissent de poissons et elles atteignent de grandes dimensions.
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Les émydes , qui ont des pattes palmées , membraneuses , et dont les doigts sont armés d’ongles crochus, habitent les bords des fleuves , des lacs et des rivières. Les unes , dont on a fait un genre, sous le nom d ’émysaure, ont la queue très longue, et se nourrissent principalement de petits animaux; elles vi-
vent presque toutes dans les rivières d’Amérique : telles sont les espèces nommées lézardine et serpentine. Les autres ont la queue courte : elles se nourrissent de végétaux. On en rencontre plusieurs dans les rivières du midi de la France; telles sont la jaune , ainsi nommée parce qu’on observe des points et des taches de cette couleur sur le fond brun de sa carapace ; et la bourbeuse , qui est toute brune. On conseille l’usage de leur chair et du bouillon qu’on en obtient par la cuisson dans l’eau , pour les maladies de poitrine. Il y a beaucoup d’espèces rapportées à ce genre, qu’on a subdivisé d’après la forme et la structure du plastron. Ainsi les émydes à boîte, ou sternothyres , ont tantôt les deux pièces antérieures et supérieures mobiles, et la moyenne soudée à la carapace, tantôt l’antérieure seule peut se mouvoir, et enfin tantôt la totalité même. Les ché~ lydes forment un petit genre auquel on n’a encore rapporté que Yémyde frangée ou matamata de Bruguières, qui se trouve à Cayenne et dans la Guiane ; elle a quelques rapports avec les pipas et plusieurs crapauds , parce que ses mâchoires sont plates et que sa bouche est fendue au-delà des yeux; sa carapace est bien couverte d’écailies , mais elles sont flexibles. La tête et les pattes ne peuvent pas être cachées; ces dernières ont cinq doigts palmés et distincts seulement par les ongles. Son nez se prolonge en une trompe molle , comme dans les tortues molles ou trionyx.
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Les tortues proprement dites ne vivent jamais dans l’eau. Leurs pattes sont arrondies comme des moignons ; leurs ongles seuls indiquent la position des doigts. Plusieurs ont la carapace très bombée : le plastron ou la partie inférieure est concave en dessous dans les mâles. On trouve en Sardaigne l’espèce qu’on nomme la grecque 3 dont la carapace est recouverte de plaques carrées , noires et jaunes , avec des stries sur la moitié de la longueur et de la largeur ; elle ne pèse guères au-delà de deux
kilogrammes , et vit près de soixante ans. Les plus remarquables pour les couleurs sont la géométrique , X élégante et la rayonnée ou coui.
Les reptiles de l’ordre des Sauriens ont le corps allongé, écailleux ou chagriné, sans carapace; ils ont un sternum et le plus souvent des pattes dont les doigts sont garnis d’ongles , un tympan , des paupières , les branches des mâchoires soudées , armées de dents enchâssées , dont la forme varie suivant les genres ; leur queue , ordinairement très longue , offre en dessous à sa base un cloaque à orifice transversal. Us sont beaucoup moins lents que les tortues, quoique leur marche soit oblique , parce que leurs pattes sont souvent très courtes et fort éloignées du milieu du corps. Leurs mouvemens sont variés comme leurs habitudes , et comme le milieu et les circonstances dans lesquelles ils vivent. Us sont souvent très vifs. On observe dans cette famille tous les modes de progression. II en est qui marchent, qui courent, qui grimpent , sautent , se suspendent, serpentent, etc.; d’autres qui nagent très bien; enfin quelques espèces volent , ou peuvent au moins rester suspendues quelque temps sur l’air. Les sauriens diffèrent des chéloniens par le défaut de carapace et par la présence des dents ; des ophidiens, parce qu’ils ont des paupières, le plus souvent un conduit auditif et les branches des mâchoires réunies , un sternum et deux poumons; des batraciens, parce qu’ils ont des côtes , des ongles , la peau écailleuse ou chagrinée , et qu’ils ne subissent pas de métamorphoses.
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La plupart des sauriens n’ont pas le col mince ou un étranglement bien marqué après la tête : ils ont toujours une poitrine allongée, protégée par des côtes et un sternum. Leur queue, toujours longue, est le plus souvent arrondie, quelquefois déprimée ou aplatie de droite à gauche, et elle sert
alors de nageoire; rarement elle est propre à saisir les objets ou à suspendre le corps. Les membres , qui sont presque toujours courts , manquent quelquefois en tout ou en partie : le nombre des doigts et de leurs phalanges varie beaucoup , ainsi que leurs formes et leur disposition respective. Toutes les espèces changent entièrement d’épiderme , au moins une fois l’an et à chaque printemps. On leur remarque constamment des paupières. Leur langue offre plusieurs modifications, selon les genres ; ce qui tient ên particulier à la manière de saisir les alimens. Leurs mâchoires ne peuvent pas se dilater, comme chez beaucoup de serpens. Tous se nourrissent d’animaux vivans. Leur cœur a deux oreillettes, mais le ventricule varie par les cloisons qui le divisent à l’intérieur. Leur voix est foible : c’est souvent un sifflement sourd , excepté les crocodiles et les geckos qui ont un cri assez remarquable. Ils s’accouplent, pondent des œufs dont l’enveloppe est calcaire ou coriace : ils les déposent dans la terre ou dans le sable, et ne les couvent pas.
loSg.
On a distribué les sauriens en une vingtaine de genres , d’après leur manière de vivre. Les uns sont de véritables amphibies, et leur queue est en général comprimée de droite à gauche : elle leur sert de nageoire. Us forment une petite famille sous le nom de planicaudes ou Uronectes, c’est-à-dire qui nagent avec la queue. Parmi ceux-là, il en est qui ont les écailles du dos de grandeur inégale , et tantôt leurs pattes de derrière sont palmées et leur tête plate , comme dans les crocodiles ; tantôt les doigts de derrière sont libres et la tête est carrée, comme dans la çlragone. Quand les écailles du dos sont semblables entre elles, on observe que certaines espèces ont une crête soutenue par quelques rayons osseux, comme les basüics , ou qu’il n’y a point de crête dorsale , comme dans le lupinambis.
Toutes les autres espèces de sauriens n’ont pas la queue comprimée : la plupart vivent sur la terre ou sur les arbres. On les rapporte à deux familles suivant que leur queue est distincte du reste du corps, et qu’ils offrent une sorte de cou entre le crâne et les épaules. Ceux-là sont dits grimpeurs ou Eumérodes (1061); les autres dont la queue n’est pas distincte du reste du corps, et qui n’ont pas de véritable cou, et qui par cela même ressemblent souvent tout-à-fait aux ophidiens , sont appelés serpentcins ou Urobènes (1062), parce qu’ils se servent de leur queue pour s’aider dans le transport. *
On a rangé parmi les Eumérodes toutes les espèces de lézards dont les diverses parties du tronc sont distinctes, et les pattes munies de cinq doigts allongés. Tels sont les caméléons qui ont les doigts réunis en deux paquets ou faisceaux opposés, comme dans les oiseaux grimpeurs, qui de plus ont la queue prenante et la langue très longue terminée par un tubercule. Les anolis et les geckos dont les doigts sont aplatis et garnis en dessous de lames entuilées (Pl. 1, fig. i5). Tous les autres ont les doigts arrondis, coniques, distincts (fig. i3, 14); tantôt , comme dans les dragons , les flancs sont prolongés et garnis de membranes en forme d’ailes soutenues par les côtes, tantôt les flancs sont arrondis. Alors on distingue sous le nom d e stellions , les espèces dont la queue est épineuse, couverte d’écailles disposées en anneaux, quelquefois osseuses, carénées. Celles qui n’ont pas la queue épineuse sont appelées iguanes , quand elles ont sous la gorge un repli de la peau ou un goitre dentelé en scie, et lézards quand ces espèces n’ont pas de goitre et que leur tête est couverte de plaques.
La troisième famille des sauriens, celle des urobènes (1073),
comprend ceux qui ont la queue et le cou confondus avec le tronc ; dont les pattes , si elles existent , sont le plus souvent très courtes ou non développées, et servant peu à la marche. D’abord les clicilcides et les chirotes qui ont le corps nu, annelé , ou divisé par compartimens carrés, sans plaques ni écailles, et dont les pattes sont au nombre de quatre ou de deux; puis tous les autres genres qui ont le corps couvert d’écailles. Cellesci sont verticillées dans les tachydromes qui ont quatre pattes , et dans les ophisaures , ainsi nommés parce qu’ils ressemblent aux serpens, et que, comme eux, ils n’ont pas de pattes. Elles sont en recouvrement ou entuilées dans les orvets qui n’ont ni pattes, ni tympans; dans les hystéropes qui ont deux pattes postérieures seulement ; et enfin dans les scinques qui en ont constamment quatre.
Le corps des crocodiles est couvert d’écailles carrées ou de boucliers osseux, dont plusieurs forment des lignes saillantes qui se prolongent en une ou deux crêtes sur la queue. Leurs dents sont pointues , coniques, et sur une seule rangée; il n’y en a point au palais. Leur langue est plate, courte, charnue, et ne peut sortir de la bouche. Leur tête est longue et pesante; leurs mâchoires $ont articulées tout-à-fait en arrière de la tête. Leurs narines forment un long canal qui s’ouvre dans la gorge et aboutit au bout du museau où leur orifice en croissant s’ouvre et se ferme à volonté; leurs yeux vifs, à prunelle en fente, sont munis de trois paupières ; leurs oreilles ou tympans sont recouverts d’une sorte de valvule ; leurs pattes courtes, écartées, ont cinq doigts devant et quatre seulement derrière , le doigt externe est toujours sans ongle, et ces doigts sont retenus entre eux par des membranes qui facilitent leur nager; on dit qu’ils sont palmés ou demi-palmés. Leur cloaque est fendu en longueur comme dans les salamandres. L’organe du mâle est simple comme dans l’autruche. Il est des espèces qui atteignent
jusqu’à plus de dix mètres de longueur. On les a rapportés à trois sous-genres : les crocodiles proprement dits, comme celui du Nil , le léviathan ou le suchos , adoré autrefois en Égypte , et ceux des Indes et des autres parties de l’Afrique qui ont le museau échancré en dehors pour recevoir la quatrième dent de la mâchoire inférieure qui est très grosse; les caïmans d’Amérique, dont les grosses dents d’en bas sont reçues dans des trous correspondans de la mâchoire supérieure; et enfin les gavials qui ont le museau étroit, allongé, presque cylindrique, les dents égales entre elles : tel est celui du Gange.
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Les dragones ressemblent aux crocodiles , mais leurs dents sont plates et leurs pattes non palmées ont leurs cinq doigts allongés, garnis d’ongles; elles ont de grandes écailles carénées sur le dos , formant des crêtes sur la queue. La principale espèce a été observée à Cayenne et à la Guyane : elle grimpe facilement sur les arbres pour aller à la recherche des nids d’oiseaux dont elle dévore les œufs et les petits. Sa chair est estimée : on en fait la chasse dans les sâvannes, où l’on dresse des chiens à l’attaquer, et à découvrir les terriers qu’elle se creuse. Les tupinambis , sauve-gardes ou monitors ne se rencontrent aussi que dans les pays chauds, sur les bords des fleuves des Indes , de Surinam , de Cayenne. Tel est le varan ou ouaran d’Égypte, dont on trouve la figure gravée sur les monumens. Leur tète n’est pas garnie de plaques; leur queue est très longue , comprimée , carénée.
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Le principal caractère des basilics consiste dans une nageoire verticale écailleuse, soutenue par des rayons osseux et placée sur la queue. On n’en connoît encore que deux espèces originaires des Indes orientales , ce ne sont peut-être même que des individus qui diffèrent par le sexe. Le mâle seul porte sur la tête une sorte de capuchon ou de couronne; ce qui lui
a fait donner le nom de basilic, qui signifie royal; la femelle 11’a ni capuchon ni crête dorsale. Ces reptiles vivent sur le bord des rivières, grimpent aux arbres et se nourrissent d’insectes et de fruits. On mange leur chair qui est très délicate et fort recherchée. Ce sont des animaux craintifs et stupides. C’est un préjugé ridicule qui fait croire que leur seul regard fait mourir. On a donné ce nom à beaucoup d’animaux fabuleux.
Les lophyres ont reçu leur nom de la crête écailleuse qu’ils portent sur toute la longueur du dos et sur la queue, dans laquelle il n’y a pas de rayons osseux. On en connoît cinq ou six espèces, telles que : le galéote, le sourcilleux , celle à casque ou fourchue. La plupart sont des Indes. Quant aux uroplates , c’est un exemple unique parmi les reptiles que la forme de leur queue qui est déprimée, à bords plus minces, comme membraneux. Leur tête est large , aplatie. Leur peau presque nue, à grains tuberculeux, très finement chagrinée, est souvent frangée. Ces sauriens ont beaucoup de rapports avec les geckos ; les deux espèces rapportées à ce genre singulier proviennent l’une de Madagascar, l’autre du Pérou ou du Chili.
Parmi les sauriens eumérodes ou grimpeurs, nous distinguerons les iguanes qui sont des lézards d’Amérique, dont le dos, la queue et la gorge supportent des crêtes ou des replis de la peau le plus souvent dentelés sur leurs bords. L’espèce la plus anciennement connue a été nommée délicatissime , parce qu’on recherche beaucoup sa chair, qui est blanche et très agréable au goût : on la reconnoît à de grandes plaques arrondies, situées au-dessous des joues. On la trouve dans toutes les parties de l’Amérique du sud. La femelle pond trente œufs à coquille calcaire , dont le jaune est foncé en couleur et enveloppé dans une membrane solide. On mange aussi
ses œufs. Les autres espèces principales ont reçu les noms de cornue , de fasciée ou à bandes, et de marbrée.
Les dragons ressemblent un peu aux iguanes : ils ont aussi une crête ou un goitre sous la gorge ; mais leur queue est longue, cylindrique et grêle, et la peau de leurs flancs est prolongée, étendue sur les premières côtes qui la soutiennent et lui fournissent des rayons osseux en forme d’aile ou de parachute. C’est à l’aide de cette membrane que les dragons volent, ou au moins qu’ils se suspendent dans l’air , et qu’ils tombent lentement, comme en parachute. On n’a encore rencontré ces petits lézards, qui atteignent au plus trois décimètres de longueur, que dans les îles de l’Archipel indien. On en connoît trois espèces. On a long-temps désigné sous ce nom de dragons des animaux fabuleux , qu’on a supposé avoir trois ou sept têtes armées d’un bec crochu , et deux pattes garnies de griffes tranchantes. On trouve même des figures de ces monstres imaginaires dans les ouvrages de Gesner, d’Aldrovande, de Jonston, ainsi que dans celui de Séba. Souvent on montre dans les cabinets, des animaux qu’on nomme dragons , basiliscs , sirènes : ce sont des raies , dont les parties divisées avec adresse, contournées et séchées dans des positions très singulières, ressemblent en effet à ces êtres fabuleux décrits par plusieurs auteurs.
La forme des stellions est fort remarquable; ils ressemblent un peu aux crapauds; leur corps est ramassé, aplati; leur peau chagrinée, couverte de tubercules; leur tête déprimée, plus large en arrière ; leur queue courte est formée d’anneaux, dont les écailles sont épineuses. On ne rencontre ces animaux que dans les parties les plus chaudes de l’Amérique et de l’Afrique; ils se retirent sous les pierres et dans les fentes des vieux édifices pour ne sortir que la nuit. L’espèce la plus con-
nue se trouve en Égypte; on l’appelle cordyle. Ce n’est pas cependant l’animal décrit sous le même nom par les Grecs. Le stellion le plus remarquable pour les couleurs , est Y azuré ou courte- queue ,* il vit en Amérique : sa couleur est d’un beau bleu, avec des bandes en travers plus foncées. La plus grosse espèce se rencontre en Égypte; elle atteint plus de sept décimètres de longueur. Les Arabes la nomment harbay.
Les caméléons y qu’on regarde comme le symbole de l’hypocrisie, parce qu’on a cru long-temps que ces animaux changeoient de forme à volonté , et qu’ils prenoient la couleur des objets voisins (1) pour ne point être aperçus, sont faciles à distinguer de tous les autres sauriens; leur corps est comprimé, couvert d’une peau chagrinée ou tuberculeuse, à dos convexe tranchant , terminé par une queue prenante , recourbée en dessous; leur tète est anguleuse, et leur langue, longue, cylindrique , peut sortir de la bouche sous la forme d’un ver ; son extrémité est terminée par un tubercule visqueux; enfin leurs doigts sont réunis jusqu’aux ongles en deux faisceaux , deux d’un côté, trois de l’autre. Les caméléons ne se rencontrent que dans les parties les plus chaudes de l’Afrique et de l’Inde : leur marche est lente et singulière; ils grimpent aux arbres , et s’accrochent aux branches avec deux ou trois pattes; ils restent immobiles des heures entières; leurs yeux, grands dans l’obscurité de la nuit, sont couverts dans le jour par une paupière unique qui ne laisse qu’un très petit trou faisant l’office de la pupille; ils peuvent se mouvoir isolément, et dans un sens opposé; leurs poumons sont très volumineux, et se prolongent sous la peau. Aussi ces animaux peuvent-ils se gonfler et rester plus de deux heures de suite le corps balloné,
(ï) Peuple caméléon, peuple singe du maître. La Font.
et offrant le double de leur grosseur ordinaire. Les caméléons sont faibles et timides; ils vivent d’insectes. On en connoît quatre espèces différentes. En captivité , ils supportent le jeune pendant une année entière; ils pondent au moins dix œufs. L’espèce la plus connue se trouve en Égypte et en Barbarie.
Les geckos et les anolis n’ont entre eux quelques rapports, que par la forme des doigts qui sont comme lobés et garnis de lames embriquées sous toute leur longueur chez les premiers ( fig. i5, a y a, a, a), et seulement sous l’avant-dernière phalange dans les espèces du second genre. Ces sauriens adhèrent sur les corps les plus lisses, s’y collent et s’y soutiennent contre leur propre poids. Les geckos sont des animaux hideux, à ventre aplati, à doigts larges, à tête plate, à gros yeux dont la fente de la prunelle est linéaire; ils paroissent changer de couleur à volonté. Leurs ongles sont souvent rétractiles. Les anolis se rapprochent beaucoup plus des lophyres et des iguanes; la plupart sont d’Amérique. Tel est le roquet qui porte sous la gorge une sorte de goitre soutenu par l’os hyoïde et dont la peau dans certains cas prend, dit-on, la couleur rouge vive de la cerise, ce qui le fait aussi nommer rouge-gorge.
Les lézards , qui sont les seuls sauriens que nous trouvions en France , ont le corps couvert d’écailles en dessus , et de plaques en dessous et sur la tête ; leur queue est longue et conique. Ce sont des animaux innocens, très agiles, qui grimpent sur les murailles et sur les troncs d’arbres. Il s’en trouve des espèces dans les régions tempérées des deux continens. On en eonnoît un grand nombre; les plus grosses espèces de France se trouvent dans le midi; presque toutes s’engourdissent pendant l’hiver. Il v a beaucoup plus de femelles que de mâles.
DES REPTILES SAURIENS. a3i
La queue de ces lézards est formée d’anneaux ou de verticilles, qui se détachent très facilement; et cette partie, lorsqu’elle est rompue, remue encore long-temps après avoir été séparée du corps. Cette queue se régénère, mais elle est souvent difforme; quelquefois il en pousse deux au lieu d’une. On a trouvé des lézards à deux fêtes, mais c’étoit une monstruosité, observée chez des individus sortant de l’eau.
Parmi les urobènes, ou les lézards dont la tête et la queue sont à peine distinctes du reste du corps (106a), on doit placer d’abord les scinques qui ont le corps entièrement revêtu d’écailles placées en recouvrement à la manière de celles des poissons, la langue non extensible, les pattes courtes à doigts libres , distincts et munis d’ongles. On en connoît beaucoup d’espèces , toutes ont la queue très grosse à la base. L’une d’elles se trouve en Égypte, où les habitans la font sécher pour la livrer au commerce des drogueries, principalement en Asie. Ces scinques sont gris, à zones noirâtres; les bords de leurs doigts sont dentelés. Ce prétendu médicament ne jouit pas des propriétés qu’on lui attribue. Les chalcides ont le corps couvert de plaques carrées , non entuilées; leurs quatre pattes sont très courtes, de sorte que ces animaux rampent plutôt qu’ils ne marchent. Les ckirotes n’ont que deux pattes de devant. On n’en connoît encore qu’une seule espèce qui a été trouvée au Mexique.
Les ophisaures ressemblent aux orvets, ils ont aussi des paupières mobiles; mais de plus un conduit auditif externe. On les distingue en outre par un pli qui règne sur leurs flancs, dans toute la longueur du tronc , jusqu’à l’origine de la queue qui est aussi très fragile et souvent plus longue que tout le reste du corps. Les hystéropes , auxquels on a laissé aussi le nom russe de schcltopusik , sont des ophisaures avec des ru-
dimeris de pattes postérieures. Les orvets , dont on trouve plusieurs espèces en France, sont des animaux très innocens qui ne se nourrissent que de lombrics , d’insectes et autres petits animaux; ils ressemblent tout-à-fait à des serpens. Leurs dents sont courtes, leur langue est protractile , mais semblable à celle des lézards. Leur queue est si fragile qu’elle se rompt par les seules contractions de l’animal, lorsqu’il est saisi de crainte, et qu’il cherche à s’échapper; mais elle se reproduit. L’espèce la plus commune se nomme vulgairement anvoie ou anguille de haie. On la mange dans quelques cantons; mais sa chair est huileuse. Les autres espèces ont été observées aux Indes et en Amérique : tels sont le miguel ou orvet tacheté , l’orvet rouge ou corallin , dont les couleurs sont très agréablement disposées.
Le caractère des serpens ou Ophidiens réside, ainsi que nous l’avons vu (1049), dans la forme de leur corps, qui ne consiste qu’en un tronc allongé, sans pattes ; dans leur défaut de paupières et de tympan distinct. Ce sont des animaux froids au toucher, qui habitent les lieux solitaires, humides et chauds ; qui inspirent une certaine horreur et une répugnance très grande à cause de leur peau nue , souvent livide, huileuse et puante; de leurs yeux fixes et menaçans; de leur sifflement lent et sourd; de leurs mouvemens obliques et rapides, et enfin par le poison terrible dont plusieurs espèces sont armées.
L’échine des ophidiens est composée d’un grand nombre de vertèbres, qui ont à peu près la même forme depuis la tète jusqu’à la queue : elles se meuvent les unes sur les autres, principalement de droite à gauche, à l’aide d’une véritable articulation en genou revêtue de cartilages d’incrustation et d’une membrane synoviale. Leur tête est peu mobile sur l’échine, quoiqu’elle soit articulée par un seul condyle à trois
faces. Toutes les espèces ont des côtes nombreuses , mais jamais on n’observe chez elles de sternum. Leur progression s’opère à l’aide de sinuosités et de sauts dans l’eau et sur la terre, ainsi que par la faculté dont plusieurs jouissent de s’entortiller et de grimper en s’enroulant autour des branches ; tous rampent en glissant et en s’accrochant sur les corps : plusieurs peuvent en outre s’élancer, bondir et se suspendre aux branches; quelques autres nagent très bien et peuvent plonger.
Quoique la tête de beaucoup de serpens soit très volumineuse, leur crâne n’en forme que la moindre partie : il contient un très petit cerveau qu’il enveloppe étroitement. Leur œil est fixe, toujours sec à la surface, et constamment recouvert par la peau ; car il n’y a point chez eux de paupières ni d’humeur des larmes apparente au-dehors. Aucun n’a d’ouverture extérieure pour l’oreille ; leurs narines sont courtes , peu développées, ordinairement simples et situées à l’extrémité ou sur les côtés du museau; leur langue varie beaucoup, mais, quoique molle, humide, longue et fendue, elle paroît plutôt destinée à saisir les alimens, qu’à en faire percevoir les saveurs ; la proie étant toujours avalée sans être mâchée. Le toucher réside dans toutes les parties du corps qui peuvent entourer les objets , mais il est émoussé par les écailles et par l’épiderme de corne , qui l’enveloppent de toutes parts. Cet épiderme s’enlève au moins une fois tous les ans, même dans la partie qui recouvre les yeux , et l’animal s’en dépouille en une seule pièce, qui est retournée comme un gant, lorsqu’on la trouve abandonnée.
Tous les serpens ont la bouche garnie de dents coniques, courbées , mais qui ne servent jamais à mâcher : ce sont seulement des crochets destinés à retenir la proie qu’ils saisissent toujours vivante. Ces dents sont quelquefois en très grand
nombre (fig. 2, cl, d ), et portées sur des os particuliers de la voûte du palais. Les crochets à venin ne se rencontrent que dans un petit nombre d’espèces. Très souvent les deux mâchoires ne sont point réunies au milieu : elles peuvent se séparer et dilater ainsi considérablement l’ouverture de la bouche. La langue est le plus souvent fourchue à son extrémité (fig. 2 , g) ; elle sort de la bouche et vibre avec vitesse. C’est à tort qu’on la nomme dard , dont on a dit que les serpens se servoient pour piquer et introduire leur venin. Ces animaux boivent rarement et ne peuvent sucer. Leur digestion est très lente ; et quand ils ont avalé des alimens en quantité un peu considérable, ils tombent dans une sorte d’engourdissement léthargique. Il n’y a jamais de vessie urinaire dans ces animaux; les résidus des alimens et leurs organes de la génération aboutissent dans une même cavité qu’on nomme cloaque, lequel s’ouvre en travers chez le plus grand nombre. Le mécanisme de leur respiration paroît s’opérer d’une manière un peu différente que dans les autres animaux vertébrés; les côtes n’étant pas retenues par le sternum , tendent à s’écarter les unes des autres, et à faire pénétrer l’air dans l’espèce de poche celluleuse qui leur tient lieu de poumon, de sorte que l’inspiration paroît être passive , tandis que l’expiration est toujours volontaire. Ces deux mouvemens sont en général très lents; mais le serpent peut les accélérer, quand il en sent la nécessité. Leur voix n’est qu’une sorte de soufflement foible et prolongé, ou de sifflement sur la lettre Sr La circulation s’opère toujours lentement chez les serpens : elle est cependant subordonnée chez eux à l’acte de la respiration, à la température de l’atmosphère et aux passions. Leur cœur offre deux oreillettes avec un seul ventricule partagé en deux loges. Ils n’ont
qu’un poumon unique.
Il y a toujours un accouplement dans les ophidiens : les.
organes qui le permettent dans les mâles sont doubles (fig. 3, a , b , c ). Les femelles pondent, en général, des œufs à coquille légèrement calcaire , réunis le plus ordinairement en chapelets. Quelquefois ces œufs éclosent dans l’intérieur du corps, et les petits naissent vivans; c’est le cas de la vipère , qui a tiré son nom de cette particularité ; mais un grand nombre d’autres espèces ont offert la même observation. Les femelles prennent soin de leurs petits dans le premier âge : on en a vu qui présentoient un refuge très singulier à leur famille au moment d’un danger imminent; les petits, que la mère semble alors avaler, se placent dans son œsophage , et ils n’en sortent que lorsque le péril a cessé.
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On a disposé les genres de l’ordre des serpens d’une manière fort naturelle et commode pour l’étude. Les uns ont la peau nue, ou bien également écailleuse en dessous, et les mâchoires le plus ordinairement soudées; on les nomme homodermes : ceux-là sont innocens, et ne peuvent guère manger que de très petits animaux, aussi sont-ils généralement de petite taille; tandis que chez les autres on voit sur la peau du ventre des écailles beaucoup plus grandes, qu’on nomme des plaques. Leurs mâchoires supérieure et inférieure sont constamment composées de deux branches qui peuvent s’écarter; on les appelle hétérodermes (io83). C’est parmi ces derniers que se trouvent presque toutes les espèces venimeuses et celles qui atteignent les plus grandes dimensions. Voilà les premières divisions ou le point de départ. Les espèces qui ont la peau nue sont les cécilies et les amphisbènes : celles qui l’ont également écailleuse sont les rouleaux , les typhlops 5 les acrochordes et les hydrophides . Dans tous les autres genres le corps est couvert de plaques en dessous ; mais tantôt on n’en voit qu’un simple rang sous la queue ( fig. 9 et 4) , tels sont les crotales , les scytales et les boas j tantôt elles forment là une double
rangée ( fig. 5), comme dans les platures , les couleuvres, les vipères , les bongares.
Parmi les serpens Homodermes , les cécilies et les amphisbè/ies n’ont quelques rapports entre eux que par la forme du corps et par leurs habitudes. La peau est nue, à plis longitudinaux dans les premiers : ces plis sont transverses chez les seconds (fig. 8). Sur les uns, l’ouverture du cloaque est arrondie, et à l’extrémité libre du corps; chez les autres, elle est située en travers. Les branches de leurs mâchoires sont réunies, non dilatables; ce sont des animaux d’Amérique. On ne connoît pas bien leur manière de vivre. Les cécilies diffèrent de la plupart des serpens et semblent, au contraire, se rapprocher des batraciens par beaucoup de caractères anatomiques , tels que les deux condyles de leur occipital ; leurs vertèbres articulées par des cavités coniques comme chez les poissons; l’absence des côtes ou l’excessive brièveté de ces os ; leur peau gluante; la double rangée de leurs dents; enfin leur langue courte , adhérente. On a débité sur l’histoire des amphisbènes beaucoup de contes ridicules. On a supposé que ces serpens avoient deux têtes, dont l’une conduisoit l’autre qui dormoit pendant ce temps ; qu’ils marchoient en avant et en arrière ; qu’un seul de leurs regards faisoit mourir; qu’ils pou voient lancer leur venin à une grande distance; que lorsqu’ils étoient partagés ou rompus, ils formoient deux animaux différons; enfin, que les amphisbènes réduites en poudre étoient un excellent topique dans les fractures.
Les typhlops ont aussi le corps à peu près de même grosseur aux deux extrémités ; les écailles entuilées qui les recouvrent sont lisses et polies, et recouvrent même les yeux, ils ressemblent à des lombrics. On connoît peu leurs mœurs : ils ne se rencontrent que dans les pays chauds. Les rouleaux ou tor-
trix ont des écailles en réseau, un peu plus grandes sous le ventre et la queue; leur tête est protégée par des plaques polygones; leurs yeux sont placés en dessus et non sur les côtés. Le nom d ’cicrochorde, qui signifie qui a des verrues, a été donné à une espèce de serpens de Java , dont la peau est couverte de tubercules. On la dit très venimeuse; mais il paroît que c’est à tort, car elle n’a pas de crochets propres à inoculer le poison. Les hydrophides sont des serpens qui vivent dans l’eau et dont la queue est comprimée et obtuse : on les a observés dans les eaux salées des Indes et d’O-Taïti. Ils nagent très bien : on regarde aussi leur blessure comme dangereuse.
Tous les serpens Hétérodermes ont le corps couvert d’écaiiles en dessus, de plaques en dessous, et leur mâchoire inférieure est dilatable. On reconnoît les platures à la forme de leur queue, qui est aplatie, ainsi que l’indique leur nom. Les seules espèces connues dans ce genre se trouvent aux Indes. La plupart ont des crochets venimeux, et paroissent organisés de manière à vivre dans l’eau.
Les couleuvres ont la tête couverte de plaques (fig. 6), et elles n’ont point de dents venimeuses. On observe deux rangs de plaques sous toute l’étendue de leur queue , qui est toujours simple , conique. Les reptiles de ce genre se trouvent dans les deux continens; ils vivent isolés, s’engourdissent l’hiver dans les climats tempérés et s’accouplent au printemps : chez quelques uns, les œufs éclosent dans l’intérieur du corps. On les trouve souvent endormis au soleil. Leur voix n’est qu’un sifflement sourd ; la plupart ont une odeur désagréable : les couleuvres se nourrissent de grenouilles, d’insectes, d’œufs, et même de petits oiseaux : quelques unes grimpent aux arbres. On en connoît un grand nombre, dont plusieurs sont ornées de couleurs vives. Ce sont des animaux très innocens
pour l’homme. Les principales espèces de France sont la lisse , qui est d’un gris cendré en dessus, et noirâtre irisé en dessous, et celle dite à collier y d’une couleur grise aussi, mais avec une bande jaune, bordée de noir, placée en travers sur l’occiput. On trouve cette dernière dans les lieux humides : elle nage souvent dans les étangs et elle pond ses œufs en un groupe formant une sorte de chapelet.
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Les vipères ont reçu ce nom parce qu’on a cru long-temps que ces serpens étoient les seuls dont les petits sortoient vivans du corps de leur mère. Le véritable caractère des vipères consiste dans la présence des crochets à venin. On désigne sous ce nom des espèces de dents surnuméraires (fig. u), portées sur des os particuliers, qui peuvent se redresser ou se cacher dans la bouche à la volonté de l’animal. Ce sont des épines courbes, sur la convexité desquelles on aperçoit une petite cannelure [ci) qui conduit à un canal où se trouve une humeur particulière produite par une glande située à la base. Il y a plusieurs germes de ces crochets ; mais on n’en remarque ordinairement qu’un ou deux qui peuvent se redresser; les autres sont destinés à remplacer les premiers lorsqu’ils tombent.
Il semble que la nature ait voulu accorder à ces serpens, qui sont en général des êtres très foibles , les moyens de dompter tout à coup les animaux beaucoup plus agiles ou plus forts qu’eux et dont ils doivent cependant se nourrir. L’humeur du venin est en effet de nature à engourdir ou à tuer presque subitement les animaux sous la peau desquels il en pénètre une petite quantité par des blessures. Cette humeur se dissout dans l’eau et dans l’alkool : elle se conserve liquide et sèche, pendant trois ou quatre ans, avec toutes ses propriétés. Un quart de milligramme du venin de la vipère suffit pour tuer un oiseau du poids de deux décagrammes. La vési-
cule à venin de la vipère ne contient guère qu’un décigramme de cette humeur, qui est très lente à se séparer. Ce poison ne produit aucun effet sur les animaux qui l’avalent. Les accidens qui accompagnent la morsure varient beaucoup : quelquefois ils causent l’assoupissement; dans d’autres circonstances des convulsions, la jaunisse , la gangrène, une fièvre extrême, des dépôts purulens ; mais très rarement la mort. Les principaux remèdes sont l’émétique et les caustiques.
Presque toutes les vipères vivent dans les pays chauds, surtout en Amérique et aux Indes. L’une de ces espèces est surtout remarquable par une ligne noire en forme de porte-agrafe, ou de branches de lunettes , placée sur la peau du cou dans une partie qui peut à volonté devenir fort large. Elle fait périr les chiens au bout de trente-sept minutes, et les poules en une minute et demie. On la désigne ordinairement sous le nom de serpent à coiffe ou de vipère à lunettes. On reconnoît la vipère commune à sa tête couverte de petites écailles ( fig. 7 ) , à sa couleur verdâtre en dessus , avec une ligne brune ou noire ondulée; elle est plus foncée en dessous ; elle a quelques taches sur les flancs. Cette espèce ne peut tuer que les petits animaux; on prétend même que son venin ne produit aucune action sur les limaçons , Tes lombrics, les couleuvres, ni sur les gencives et les yeux de l’homme. La vipère noire est remarquable par les points blancs de ses lèvres, dont le fond est de couleur brune, ainsi que le reste du corps. On la trouve dans le nord de la France. On employoit autrefois beaucoup de corps de vipères en médecine; mais maintenant on n’en fait plus usage.
On désigne sous le nom de scytales des serpens dont le dessous du corps, de la queue, et le sommet de la tête sont garnis de plaques entières; ils ont des crochets à venin, et leur queue est conique, simple. On ne les rencontre qu’aux Indes et en
Amérique. Les boas ressemblent aux scjtales , mais ils n’ont pas de crochets à venin ; leur ventre est comprimé, plus mince et beaucoup plus court que le clos. Ce sont les plus grosses espèces de serpens connues; on en a vu de cinquante, et même de quatre-vingts coudées de longueur. Ils étranglent de très gros mammifères, comme des faons , des gazelles, en les enveloppant des replis tortueux de leur corps. Quand ils sont parvenus à étouffer ces animaux , ils les étendent et les couvrent d’une couche de salive avant de les avaler en partie. On mange la chair de ces serpens dans les Indes; on en expose même des tronçons dans les marchés. L’espèce la plus connue est nommée le devin ou le roi des serpens . Les nègres de la côte de Mozambique ont beaucoup de vénération pour cet animal. On prétend même qu’ils le considèrent comme une divinité.
Le nom de crotale signifie grelot, et il indique le principal caractère des animaux auxquels on l’assigne. Ce sont en effet des espèces venimeuses, dont la queue est terminée par des sortes de vésicules de matière cornée , enfilées et mobiles les unes sur les autres, qui produisent un son particulier, lorsque ces serpens font le plus petit mouvement; aussi les nomme-t-on en Amérique serpens à sonnettes. Le nombre de ces gaines ou grelots varie suivant l’âge et la grosseur de l’animal ; on en trouve rarement quarante, mais le plus souvent sept ou huit. Ces serpens portent une odeur désagréable: tons les animaux les craignent , à l’exception des cochons, qui s’en nourrissent. Leurs blessures sont très dangereuses : au premier instant on n’éprouve pas de douleur; mais, après quelques minutes, on ressent un élancement analogue à celui que produit une piqûre de guêpe : la partie s’enfle; il survient une soif dévorante; la langue se gonfle si fort, qu’elle sort de la bouche : l’on périt alors comme étranglé. Quand on échappe à la mort , on est sujet à des douleurs qui se renouvellent périodiquement.
Quelquefois la gangrène se manifeste dans la partie mordue. Le principal remède connu est l’application d’un fer rouge, ou la prompte extirpation de la partie sur laquelle l’animal a enfoncé ses crochets.