‹ Elémens des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 27 sur 41 · IO9O · texte numérisé non relu

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On nomme Batraciens les reptiles dont la peau est nue , sans carapace, ni écailles ; dont les doigts sont toujours distincts et sans ongles; qui ne s’accouplent pas réellement, et qui subissent le plus ordinairement des métamorphoses. Les batraciens diffèrent beaucoup des autres reptiles par leur organisation ; la plupart n’ont point de côtes, ou ils les ont très courtes. Quelques espèces portent une queue ; les autres en sont privées. Ces dernières sautent plus souvent qu’elles ne marchent : toutes ont l’œil garni de paupières, souvent au nombre de trois: leur langue présente beaucoup de variétés : toutes se nourrissent d’animaux vivans; leur bouche est très large, sans lèvres mobiles; leurs dents, fort courtes, sont implantées dans des mâchoires soudées; leur cœur est à un seul ventricule et à une seule oreillette ; leurs poumons sont formés d’un très petit nombre de cellules, et ressemblent quelquefois à des vessies: ils respirent à l’aide des muscles de la gorge; ils n’ont ni épiglotte ni larynx; leur voix, qu’on nomme quelquefois coassement (9i5) , est produite par l’accès de l’air dans certaines vessies. Aucune espèce ne s’accouple véritablement; quelques unes pondent leurs œufs en chapelet, et sont aidées par les mâles; d’autres les déposent isolément. L’enveloppe de ces œufs est toujours molle et flexible. Les petits qui en naissent se développent constamment dans l’eau, et le plus souvent dans les eaux douces; ils respirent d’abord par des branchies; ils sont analogues aux poissons ils éprouvent divers changemens dans leurs formes et dans leur structure, qui sont constamment appropriées à leur manière de vivre.

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L’ordre des batraciens peut être partagé en deux grandes familles; ceux qui ont une queue , ou les uroclèles ; et ceux qui en sont privés, qu’on nomme anoures. Parmi les premiers, les sirènes n’ont que deux pattes; tandis que les salamandres , les tritons et les protées en ont quatre. Les raines , les grenouilles} les pipas et les crapauds , qui n’ont pas de queue, se distinguent par la longueur relative des membres de derrière, et par la forme de l’extrémité des doigts.

Ce simple défaut de la queue rapproche d’une manière très avantageuse les Anoures, dont nous allons parler. Ils se ressemblent par le squelette, par l’organisation générale, et surtout par le mode de génération. Ils ont le corps large, tronqué , déprimé , et leur tête paroît supportée par les épaules ; leur peau nue forme une sorte de sac, non adhérent aux muscles ; leurs pattes antérieures sont plus courtes que les postérieures; le plus ordinairement leurs cuisses renflées sont portées sur un long bassin mobile, et leurs tarses sont très allongés; leur langue charnue est attachée par sa base dans la concavité de la mâchoire, et libre en arrière; ils ont souvent un tvmpan distinct ; leur cloaque forme une ouverture arrondie à l’extrémité du corps; leurs œufs sont mous, sphériques, liés entre eux par une sorte de glu ou de matière glaireuse. Le mâle aide la femelle à se débarrasser de ses œufs (fig. 17); il les féconde de sa laitance au passage; quelquefois il s’en charge lui-même , en enveloppant autour de ses cuisses le chapelet de matière flexible et élastique qui les réunit ; ou bien il les place sur le dos de la femelle, où ils doivent se développer dans l’épaisseur de la peau. Lorsque les petits sortent de l’œuf, ils sont aveugles et sans pattes (fig. 18); ils ont une queue; ils respirent par des branchies. Sous cet état, on les nomme têtards : on a cru jusqu’ici qu’ils se nourrissoient

uniquement de matières végétales; leur ventre est très gros, globuleux , et leurs intestins excessivement longs. Bientôt ils changent de peau; on leur voit des yeux (fig. 19); les deux pattes de derrière se développent d’abord (a , a), puis celles de devant; la queue tombe, puis les branchies. L’animal respire l’air , et paroît enfin sous la forme qu’il doit conserver toute sa vie. 1

log5.

Les crapauds ont le corps large , épais , la peau couverte de verrues, et principalement de deux grosses glandes situées sur le cou ; leurs pattes de derrière sont à peu près de la longueur du corps. Ce sont des animaux lents et dégoûtans, qui fuient la lumière, se retirent dans les lieux sombres et humides, et ne sortent que la nuit pour aller à la recherche des vers et des insectes, dont ils se nourrissent. Us s’engourdissent l’hiver, et se rassemblent souvent dans des lieux étroits, où ils s’amoncèlent : ils pondent au printemps et produisent à cette époque un son lent et flûté ; ils se goùflent et lâchent leurs urines dans le danger. Ce sont des animaux innocens, qui n’ont pas de venin , et qui ne mordent pas.

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On connoît dans ce genre une douzaine d’espèces. On trouve en France la plupart de celles dont nous allons parler. i°. Le calamite , dont le corps est vert , avec une ligne jaune sur le dos et des verrues rousses. a°. ordinaire , qui est cendré, avec des pustules roussâtres. Ces deux crapauds vivent sous terre , sous les pierres, dans les troncs d’arbres. Le dernier coasse lentement le soir et pendant la nuit: sa voix est fîûtée. Il fait entendre des sons qui paroissent se rapprocher ou s’éloigner à sa volonté ; c’est un véritable ventriloque. On en a souvent rencontré de vivans dans l’intérieur des maçonneries et des troncs d’arbres , où il paroît qu’ils n’avoient eu qu’une foible communication avec l’air. 3°. Le sonnant ou pluvial , d’un brun

verdâtre en dessus, bleu en dessous, avec des lignes orangées. Son coassement ressemble au bruit d’un timbre de métal : il vit dans les eaux stagnantes. Lorsqu’il craint , il s’aplatit contre terre: quand on le frappe, il se couche sur le dos. On prétend qu’il reste quatre ans sous forme de têtard. 4°- U accoucheur, qui est petit, brun en dessus, avec des taches irrégulières plus foncées. Le mâle porte les oeufs de la femelle, et ne les abandonne que lorsqu’ils sont près d’éclore. Ses têtards vivent d’abord dans l’eau , et ils sont carnassiers.

On trouve à Surinam et dans la Nouvelle-Espagne un batracien très remarquable par l’aplatissement singulier de tout le corps, et principalement de la tète, qui est presque triangulaire. Le mâle place les œufs, après les avoir fécondés, sur le dos de sa femelle. Leur présence fait gonfler la peau, qui forme autour d’eux autant de cellules, où ils restent à peu près trois mois, pour y subir toutes leurs métamorphoses; de sorte qu’ils naissent véritablement, sans avoir paru au-dehors, sous la forme de têtards. On prétend que les nègres recherchent la chair de ce reptile, qu’ils nomment pipa ou téclon .

grènouillcs ne diffèrent guère des crapauds; seulement leur peau est lisse, et leurs pattes de derrière, ordinairement palmées ( fig. 16 ) , sont au moins d’un tiers plus longues que leur corps. Toutes s’accouplent et pondent dans l’eau. Elles nagent et sautent très bien : elles ne peuvent ni -marcher , ni grimper. Ce sont des animaux timides, dont la vie est très dure. Ils coassent beaucoup , principalement pendant la nuit; et dans le temps de l’accouplement, les mâles font sortir, aux environs de la bouche, deux vessies que l’air de leurs poumons peut gonfler. On exprime à peu près la monotonie de leur cri par ces syllabes : bré-ké-ké-kec-coax-coax ; de là vient même le nom de coassement. On mange les cuisses des grenouilles dans

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plusieurs départemens : c’est un aliment fort sain et assez délicat.

Il existe en Amérique des grenouilles qui pèsent près de quatre kilogrammes, et qui avalent de petits canards. En France, on n’en connoît guère que deux espèces, la verte et la rousse , qui se trouvent principalement dans les lieux humides. L’espèce la plus remarquable de ce genre est celle qu’on nomme la paradoxale ou la jackie, qui vit à Surinam. Son têtard, presque aussi gros que l’animal parfait, a donné lieu de croire que cette grenouille se changcoit en poisson.

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On appelle raines ou rainettes des reptiles qui ne diffèrent des grenouilles que parce que leurs doigts sont terminés par des disques épatés ou élargis, au moyen desquels elles peuvent s’accrocher et se tenir suspendues sur les corps les plus lisses. Ces animaux vivent, en général, sur les feuilles des arbres. Leur coassement pourroit être rendu par le son de ces syllabes : carak-ca-rak-kac. On les désigne souvent sous le nom de graissets. On n’en connoît qu’une espèce en France : elle est en dessus d’un beau vert de pré, avec une ligne latérale jaune, bordée de violet; le dessous du corps est blanchâtre. Toutes

pondent dans l’eau, et s’y engourdissent pendant l’hiver, comme 1 ' les grenouilles.

Les batraciens qui ont une queue, ou les Urodèles, se rapprochent entre eux par la forme générale du corps, par l’organisation, par la manière de vivre et de se reproduire. Ils ressemblent aux sauriens par leur corps étroit, allongé, cylindrique ; leur tête est portée sur une sorte de cou au-devant des épaules ; leur peau est intimement adhérente aux muscles ; leurs pattes de devant, quand elles existent, sont à peu près de la même longueur que celles 4e derrière, dont les cuisses ne sont ni

plus grosses , ni plus longues ; leur queue , toujours persistante, sert à la natation et elle est le plus souvent comprimée; leur langue est adhérente à la gorge ; ils 11’ont pas de tympan distinct; leur cloaque présente une fente longitudinale , à deux lèvres vers l’origine de la queue et sous le bassin ; la femelle pond ses œufs isolés , ovales , allongés sans l’assistance du mâle qui les féconde isolément comme la plupart des poissons. Les têtards qui en proviennent n’ont pas une métamorphose aussi différente que ceux des batraciens anoures; leurs branchies sont extérieures, sous la forme de franges et sur les cotés du col , et leurs pattes antérieures se développent avant celles de derrière. Deux genres conservent leurs branchies, le protée et la sirène; deux autres les perdent, ils ont quatre pattes; ce sont les salamandres et les tritons. Un petit nombre d’espèces sont rangées dans cette section.

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Un préjugé très ancien a rendu célèbres les salamandres ; on a cru qu’elles vivoient dans le feu , et on les a employées dans beaucoup d’emblèmes , en raison de cette particularité extraordinaire et merveilleuse. Ce sont des animaux allongés, dont la peau est unie , la tête plate , les doigts sans ongles et la langue adhérente. Pour le reste des formes, elles ont quelque analogie avec les lézards. Ces animaux présentent des singularités très remarquables relativement à leur fécondation et à la reproduction des parties qu’on leur enlève. On trouve les salamandres dans l’eau, au premier printemps. Quelques espèces sont, à ce qu’il paroît, fécondées par la laitance que le mâle répand dans le fluide où elles sont plongées : chez d’autres espèces, le mâle vivifie chacun des œufs, aussitôt qu’il est abandonné par la femelle. Ces œufs sont sept à dix jours avant de donner naissance à un têtard, qui reste quatre mois sous cette forme: pendant ce temps, il ne se nourrit que de débris de végétaux. On a fécondé artificiellement des œufs de sala-

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