CHAPITRE XXII
De VHomme.
Si la raison ne mettoit entre l’homme et les autres animaux un aussi grand intervalle, quelques caractères tirés de sa conformation pourroient servir à l’en séparer. L’homme, en effet, est le seul mammifère qui se tienne et marche debout, dans une position absolument verticale ; seul , il peut opposer aux autres doigts les pouces de ses mains, et non de ses pieds (Pl. iv, fig. i, a , b) \ enfin, aucun autre n’a, comme lui, les dents incisives verticales à la mâchoire inférieure ci le menton saillant
(Pl. i ,fig. i).
La structure du corps prouve évidemment que l’homme est destiné à se tenir debout : sa colonne vertébrale presque droite supporte la tête à peu près en équilibre; ses hanches sont très évasées, et ses cuisses arrondies font continuité avec la longueur du tronc; sa jambe est garnie de muscles très forts, qui agissent sur le talon, et dont la masse forme ce qu’on appelle le mollet; son pied fait un angle droit avec la jambe; il est plat en dessous , et son gros orteil est le plus long de tous les doigts. Ces caractères ne se remarquent ensemble dans aucun autre animal.
Au reste, l’homme éprouveroit la plus grande difficulté pour marcher sur les quatre extrémités. Ses membres inférieurs sont excessivement allongés; il a l’échine trop droite et trop courte, principalement dans la région du cou; sa face n’est point assez prolongée, et sa tête est trop pesante. Il résulte de
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cette organisation, que la marche sur quatre pieds doit être très pénible, comme il est facile de s’en assurer par l’expérience. Alors les hanches sont trop éleVéêS; lés pieds ne peuvent porter entièrement sur la plante, sans une gêne extrême; les poignets sont trop tendus, surtout si là pauftie des mains appuie entièrement sur la terre. Comme la tête est alors très inclinée, le sang s’y porte en trop grande abondance , et ne revient pas en proportion, ce qui produit des étourdissemens; les yeux n’aperçoivent les objets qu’en arrière ou à une petite distance en devant; enfin la bouche n’étant pas portée au bout d’un museau , comme dans les autres mammifères, elle ne peut aller au-devant des alimens, à moins qu’on ne se couche à platventre, afin de marcher sur les coudes et sur les genoux.
Quoique l’homme ne soit pas le seul être qui puisse appréhender les corps avec une seule main , il jouit de cette faculté d’une manière beaucoup plus parfaite que les autres animaux. Sa station sur deux pieds lui laissant la facilité de faire un libre usage <ïe ses extrémités supérieures, il les emploie à satisfaire tous Ses autres besoins; son avant-bras peut se tordre sur lui-même, et entraîner la main dans ses mouvemens ; son poignet est court, et ses doigts sont longs, nombreux, très flexibles , protégés seulement à leur extrémité par des ongles plats; son pouce, mobile en tous sens, quoique moins allongé que les autres doigts, peut se placer au-devant de chacun d’eux, et saisir ainsi les objets les plus délicats. Il n’est aucune partie de son corps, aucun point de sa surface, où l’une des mains ne puisse atteindre en partie; c’est même à cette faculté qü’il doit son adresse, et tous les arts qu’elle a produits.
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Les organes des sensations en général , et ceux dé la voix comparés dans l’homme et dans les autres animaux , pourroient encore indiquer les grandes différences qui existent entre ces
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êtres. Si, comme l’observation semble le démontrer , la quantité de substance cérébrale contenue dans le crâne détermine le plus ou le moins d’intelligence chez les animaux, l’homme est celui de tous qui doit être le mieux favorisé , puisque sa cervelle est extrêmement volumineuse , surtout en proportion de la grosseur de sa tête, dont la face n’occupe qü’une très petite partie. Ensuite, si les organes des sens sont d’autant plus parfaits qu’ils présentent une plus grande surface, nous verrons que chez l’homme aucun des sens qui résident à la tête n’est parfaitement développé et que celui du toucher est chez lui le
plus perfectionné. Peut-être même l’homme doit-il sa grande perfection à cette sorte d’équilibre qui existe entre chacun de ses sens. Nous voyons en effet que les animaux les plus bruts sont ceux chez lesquels la faim et l’amour physique sont les principaux mobiles; or, chez eux, l’un des organes des sens, comme celui de l’odorat, du goût, de la vue, de l’ouïe, l’emporte presque toujours sur les autres.
Presque tous les mammifères connus ont une voix , ou peuvent produire des sons, pour ainsi dire, mécaniques, parce qu’ils dépendent de la conformation de leur larynx; mais cette voix est toujours la même. Ainsi le chien aboie, le renard glapit, le loup hurle, le lion rugit, le chat miaule, etc. ; chacun a son cri particulier. L’homme seul a une voix articulée, formée de plusieurs sons, qu’on nomme voyelles , unis, séparés ott modifiés à l’aide de certains mouvemens qu’il communique à sa langue , à sa bouche et à ses lèvres, et dont les résultats, ou les effets produits, sont nommés consonnes. Les voyelles et les consonnes réunies constituent la parole ou la voix articulée.
L’homme , comme tous les autres mammifères , se développe dans un organe particulier du corps de sa mère , qu’on nomme matrice . Il tire sa nourriture par un cordon composé de vais*»
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seaux sanguins, qui viennent aboutir, d’une part, à son nombril , et, de l’autre, à une masse spongieuse et vasculaire qu’on appelle placenta, et qui adhère aux parois de la matrice. Au bout de neuf mois , ce placenta se détache ; la matrice se resserre sur elle-même pour expulser le fœtus. L’enfant qui était contenu dans une poche remplie d’eau, sort de cette membrane qui se déchire; bientôt il naît; alors seulement il respire , et peut faire entendre sa voix.
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L’enfant est très foible en naissant; ses os sont flexibles; ses yeux ne perçoivent pas l’action de la lumière; il n’entend pas, et ne paroît éprouver , ou du moins apprécier, aucune sensation : il n’a qu’un seul instinct, celui de chercher le sein de sa mère, et de saisir le mamelon avec les lèvres pour en sucer le lait. Il a ordinairement alors environ o,5o à o,55, ou dix-huit à vingt-deux pouces de long, ec pèse de deux à six kilogrammes, ou de quatre à douze livres. Dans les premiers mois de sa naissance, l’enfant dort ou tète, à moins qu’il ne souffre. Vers quarante jours ou deux mois, ce petit être commence à sourire; il tète jusqu’à ce que ses premières dents soient tout-àfait apparentes. ^
Les dents incisives se développent d’abord : les deux inférieures paroissent ordinairement les premières, vers le sixième ou septième mois; celles d’en haut peu de temps après, et successivement, jusqu’à dix mois ou un an, les deux incisives latérales. A cette même époque, les laniaires , qu’on nomme aussi très improprement œillères, percent les gencives. Dans l’année suivante, quatre molaires se développent successivement sur les deux mâchoires; deux de chaque côté : ce qui fait en tout vingt-quatre dents. A six ou sept ans, les incisives tombent, ainsi que les laniaires et les quatre premières molaires, c’est ce que l’on nomme dents de lait; elles sont remplacées par d’autres
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plus fortes qui ont deux pointes au lieu de cjUïitre ; il naît aussi quatre autres molaires à quatre pointes (Pl. m* %. i et 26). Enfin, vers l’âge de vingt à vingt-six ans, il se développe encore une dent molaire au fond de chaque côté des mâchoires ; ce qui fait en tout trente-deux dents, dont huit incisives , quatre laniaires et vingt molaires' oü mâchelières (Pl. 1, fig. 1).'
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La plupart des animaux peuvent, au moment de leur naissance, subvenir à leurs principaux besoins : quelques uns meme, comme les poissons, les reptiles, presque tous les insectes et les mollusques , ne connoissent jamais leurs parens. Les mammifères , en général , et les oiseaux restent, à la vérité, pendant quelques semaines dans un grand état de foiblesse ; mais* vers le huitième ou dixième jour, ils ont tous les sens développés, soùvént même ils peuvent suivre leur mère : l’homme, au contraire, est celui de tousrdes mammifères qui naît le plus foible ; ses sens ont besoin d’une sorte d’éducation , et ne .se développent que vers le quarantième jour : il ne peut se dresser sur les jambes qU’à l’âge de douze ou dix-huit mois; il cdmmence à bégayer à un an, et il ne parle ordinairement qu?à deux ans et demi : .cette longueur de l’enfance de l’homme paroît avoir la plus grande influence sur sa vie en état de société.
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L’observation prouve que les animaux qui vivent en sociétés sont ceux qui ont besoin les uns des autres, et même que les deux sexes ne se réunissent en une paire, que lorsqu’ils doivent produire des êtres très faibles au moment de leur naissance: quelques exemples viendront à l’appui de cette assertion. Nous avons vu précédemment que tous les animaux dont les petits naissent foibles et peu agiles, pourvoient d’avance à la subsistance de leur progéniture, s’ils doivent périr avant son déve-
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loppement complet (i); d’autres prennent soin de la première éducation de leurs petits; ils les nourrissent et les instruisent : alors le mâle et la femelle s’en occupent en commun (2), à moins que des individus n’aient été spécialement destinés à cet emploi (3); ainsi les insectes, les poissons ,les reptiles, et beaucoup d’autres, ne vivent jamais par couple; tandis que chez les animaux qui restent plus long-temps foibles , et qui nécessitent des soins assidus au moment de leur naissance, les deux sexes unissent leur volonté; ils forment un ménage, ils se lient, ils se marient, au moins pour tout le temps que doit durer l’éducation des êtres auxquels ils donneront la vie. Si, pendant que leurs petits s’élèvent, il en naît d’autres, les parens restent réunis par paires, et cette association dure pendant toute la saison des amours, chez les animaux qui vivent dansles climats tempérés, et pour toute la vie chez ceux qui peuvent engendrer pendant toute l’aimée : or, l’homme et la femme sont dans ce dernier cas; leurs enfants se succèdent; les aînés aident leurs père et mère dans l’éducation des cadets ; ceux-ci se lient, s’attachent les uns aux autres, et aux familles dans lesquelles ils entrent; ils se deviennent mutuellement agréables et nécessaires. Voilà l’état de la société, où le bonheur dépend de l’union conjugale, de l’amour fraternel et de l’amitié franche et loyale,
Presque tous les animaux , par un pressentiment pour ainsi dire inné, exercent, au moment de leur naissance, des mouvemens utiles pour subvenir à leurs besoins , et conserver leur
(1) La plupart des insectes qui de'posent leurs œufs dans les lieux convenables, les ne'crophores dans les cadavres , les ichneumons dans les larves , etc.
(2) Les oiseaux passereaux, les rapaces.
(3) Les fourrais , les abeilles à miel,
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existence. Ainsi les petites araignées filent leur toile , tendent leurs filets; le fourmilion dresse ses embûches perfides; le poulet use sa coquille ; le pigeon se maintient proprement dans son nid. Toutes ces opérations sont admirables, mois elles ne sont pas raisonnées : leur industrie est toujours semblable; elle ne se perfectionne pas; il semble même que, plus les animaux montrent de prévoyance innée , moins ils sont doués de raisonnement. Si, par exemple, on retourne dans son follicule la chrysalide du bombyce grand paon (i), qui s’est filé un cocon , terminé à l’un des bouts par des soies roides , convergentes, destinées à lui permettre une libre issue au-dehors > le papillon qui va naître persistera jusqu’à la mort à vaincre l’obstacle irrésistible, plutôt que de se retourner ou de sortir par une ouverture latérale qui lui aurait été ménagée. Ce sentiment naturel, qui semble diriger les animaux dans la plupart de leurs opérations , est ce qu’on appelle instinct.
L’enfant n’a que très peu d’instinct dans son premier âge ;
il n’en manifeste même presque plus lorsqu’il peut parler ou transmettre ses sensations, L’homme , quoique beaucoup plus
avantagé que les autres animaux , est encore susceptible de perfectibilité ; il généralise ses idées et ses inventions, qu’il conserve et transmet par des signes convenus ou par des représentations, telles que l’écriture, le dessin; ses mœurs et sa nourriture varient suivant les circonstances dans lesquelles il se trouve placé. L’homme profite de l'expérience et des connoissances des autres; il unit les siennes à celles de ses ancêtres; il les lègue à sa postérité : c’est ainsi qu’il perfectionne les arts et les sciences, et que l’homme sert à l’instruction de
l’homme.
(1) V' oyez , dans ce volume , page na, §. 836 *.
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Quoique l’homme en naissant soit abandonné, pour ainsi dire , presque nu , foible et sans armes sur la terre , son industrie supplée à tout ce qui lui manque : il revêt son corps de la dépouille des autres animaux ou des tissus qu’il se fabrique avec les débris des plantes ; il sait échapper, par son adresse, à la force des êtres plus püissans; il ose même attaquer les animaux plus forts que lui; il se ligue contre eux, il parvient à les dompter et à en faire ses esclaves soumis. Toutes les nourritures lui conviennent : il est indifférent aux saisons, aux climats, contre l’intempérie desquels il oppose tantôt la chaleur, qu’il peut faire développer à volonté , tantôt la fraîcheur artificielle , qu’il obtient aisément dans la retraite qu’il se choisit. On voit donc que l’homme peut habiter tous les climats. ~ r i
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Il n’est pas facile de déterminer si le genre de l’homme doit être rapporté à une seule race , ou si quelques unes des variétés qui existent doivent être considérées comme autant d’espèces. INbus voyons chez les autres animaux , principalement parmi ceux qui vivent en domesticité , comme les chiens , les chevaux, les lapins, etc., un très grand nombre de différences dans la taille , dans la forme du côrps et de ses diverses parties, enfin dans la couleur de la peau et du poil. Cependant tous ces individus appartiennent au même genre ; ils s’accouplent et produisent des individus fécônds, qui remontent à la souche primitive. Il en est à peu près de même de l’homme; le climat , la nourriture , l’esclavage et les maladies paroissent surtout avoir une très grande influence sur les variétés qu’il présente. La taille de l’homme adulte est ordinairement de dix-huit décimètres : cependant on a vu des hommes, nommés géans , atteindre celle de vingt -quatre a vingt-huit décimè-
tres; on cite même un nègre qui avoit plus de vingt-neuf dé-
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eimètres. D’un autre côté, il est des hommes qui restent très petits , et qu’on appelle nains. Le plus petit individu connu est mort à trente-sept ans , et n’avoit que huit décimètres de haut. Quant à la couleur de la peau, elle varie selon les climats, et dans plusieurs maladies; quelquefois elle se colore en jaune, comme dans l’ictère ou la jaunisse, et en violet foncé dans cer- > taines affections du cœur : elle reste blanche , incolore , et comme étiolée dans les lieux non éclairés, chez les blafards en Europe, les albinos et les dondos en Afrique, les chacrelats aux Indes, et quelques dariens en Amérique : la barbe et les cheveux ne présentent pas moins de variétés; le blanc, le jaune , le roux , le gris et le noir sont leurs couleurs les plus ordinaires; ils sont longs ou courts, plats ou crépus, fins ou grossiers , suivant les individus.
On rapporte à cinq variétés principales, ou à cinq races, les divers individus de l’espèce humaine : ils diffèrent principalement par la couleur de la peau , la forme du visage , et les parties du globe sur lesquelles ils vivent. Ces races sont: i°. la Caucasique, ou Arabe-Européenne; a0. PHyperboréenne ; 3°. la Mongole ; 4°* fa Wègre ; et 5°. l’Américaine .
La race Caucasique a emprunté son nom du Caucase, ou de cette chaîne de montagnes étendue depuis le Pont-Euxin jusqu’à la mer Caspienne. Elle est la seconde en population, et occupe sur ce globe , entre le cercle polaire et le tropique du Cancer, un espace mesuré par un arc de méridien d’à peu près cinquante degrés : elle habite par conséquent presque toute l’Europe, à l’exception des régions les plus septentrionales; la partie du nord de l’Afrique , comme l’Égypte, la Barbarie, et enfin la partie occidentale de l’Asie, savoir: l’Arabie, la Perse, la Tartarie, la Syrie.
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Les hommes de la race du Caucase ont le visage ovale, presque vertical, le nez long, saillant, pointu; les cheveux longs, flexibles, plats, de couleur variable du blond au noir foncé ; leur peau est blanche , leurs joues colorées en rouge ou en rose , et leurs lèvres vermeilles. Le prototype de cette race, ou les plus beaux individus, se trouvent entre l’Europe et l’Asie, parmi les peuples de la Turquie, de la Circassie , de la Géorgie, et chez tous ceux qui environnent le Caucase. Les intermédiaires sont au nord et au midi çie l’Europe : ceux du Danemarck, de la Suède, de la Hongrie ont la peau très blanche , la taille élevée , les cheveux longs et blonds, l’iris bleu; ceux de la Hussie, de l5 Allemagne, de l’Angleterre, de la France ont en général la peau moins blanche, la taille moyenne, les cheveux et l’iris bruns; les peuples du Midi , comme les Portugais , les Espagnols, les Italiens, ont la peau plus brune, la taille moyenne ? les cheveux noirs, bruns ou châtain-foncé. Les individus de cette race, qui nous paroissent les moins beaux, vivent principalement dans les régions du nord de l’Afrique : tels sont les Arabes, les Maures, les Abyssins, les habitans des bords de la mer Bouge, qui ont la peau extrêmement brune, le nez fort large, ainsi que le front; les cheveux noirs, crépus et courts.
La race Hyperboréenne se trouve tout- à -fait au nord des deux continens, au voisinage du cercle polaire : elle paroît provenir du mélange des Mongols et des Caucasiens. Les peuples du Labrador, des bords de la baie d’Hudson , ou les Eskimaux d’Amérique; les Thibétains, les Ostiaques et les Kamtschadales , en Asie; les Lapons, les Samoïèdes, en Europe, appartiennent à cette race : leur visage est plat, court.
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arrondi ; leur nez écrasé ; leurs cheveux noirs , courts et plats; leur peau brune.
La population de la race Mongole est absolument inconnue: elle occupe sur le globe un espace mesuré par un arc de soixante et quinze degrés ; elle comprend dans la Tartarie les Mongols, les Mantchoux, les Kalmoucks; en Chine les Siamois, les Japonais, les Malais; enfin les habitans de la Nouvelle-Hollande et ceux de toutes les îles de la mer du Sud , comme les Moluques, les Philippines, etc. Leur visage est plat et rond; leur nez écrasé, court, épaté; leurs cheveux noirs; leurs joues saillantes; leur crâne conique; leur peau brune ou d’un jaune rougeâtre.
Les Nègres ou les Ethiopiens vivent naturellement sous l’équateur, entre les tropiques et dans un espace compris par un arc de trente à trente-cinq degrés : ils se rencontrent sur toutes les côtes du sud de l’Afrique, depuis le Sénégal jusqu’à la mer Rouge ; leur front est plat; leur visage oblique, à mâchoires saillantes ; leur nez épaté; leurs lèvres grosses, épaisses, formant un museau; leurs joues larges, saillantes ; leurs cheveux noirs, courts, fins, crépus comme de la laine, et leur peau noire. Les Cafres et les Hottentots ont le visage plus allongé , triangulaire; leur peau est olivâtre. Les nègres de Guinée sont les plus noirs; ceux du Congo les plus robustes.
Les Américains , à l’exception des peuples du nord de leur continent, ont en général le visage large, triangulaire; les cheveux noirs, plats, longs et gros; ils n’ont que peu ou point du tout de barbe; leur peau est basanée, d’un brun rouge, comme cuivreux. Ces caractères se remarquent principalement au Mexique, au Pérou , dans le Brésil; mais cette
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race se mêle et se confond de jour en jour avec l’Arabe-Etfropéenne.
Indépendamment de ces variétés de l’espèce humaine, qui paroissent jusqu’à un certain point dépendre du climat, et s’être manifestées par les différences physiques que nous venons d’exposer, l’homme en général doit être encore étudié par le naturaliste dans ses habitudes principales, qui semblent, en quelque manière, avoir aussi été déterminées par la nature du climat et les besoins les plus importans de la vie. C’est ainsi qu’on voit l’homme, dans son état le plus simple, être d’abord chasseur ou pêcheur, devenir successivement pasteur, agriculteur et commerçant, et unir ces diverses manières de vivre lorsqu’il est tout-à-fait civilisé.
La vie de chasseur ne paroît être constamment celle de
l’homme, que dans les climats où la terre ne produit point assez de végétaux pour alimenter sa famille, ou quand les travaux de l’agriculture deviennent tout-à-fait inutiles par l’intempérie des saisons ou par la nature du terrain, comme cela arrive au Canada, en Sibérie, dans les pays glacés et sur les bords stériles de la mer. Ces peuples , accoutumés aux pri-
vations, aux fatigues et aux dangers, sont en général sobres, robustes et braves : pour chasser avec plus d’avantage, ils ne vivent qu’en petites troupes, parce qu’ils craignent leur multiplication ; ils ne se battent entre eux que pour conserver le grand espace dont ils ont besoin : ils tiennent peu à leur famille; leurs femmes sont leurs esclaves. Toute leur industrie se borne à dresser un arc, à tailler des flèches, à construire quelques huttes, à unir ensemble quelques pelleteries. Ils n’ont de domestique que le chien , et d’aides que leurs femmes, leurs enfans et leurs vieux parens.
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Les memes circonstances qui déterminent l’homme à ne vivre que de la chasse , paroissent en déterminer d’autres à devenir pêcheurs. Ils ne se livrent cependant à cette manière d’exister, qu’autant que la mer ou les eaux des fleuves semblent leur offrir plus d’avantages que la terre. Nous retrouvons des exemples de ces habitudes dans les Eskimaux, les insulaires de la mer du Sud et les peuples des côtes sud-ouest de l’Amérique septentrionale, dans les Groënlandois , les Samoïèdes , les Ostiaques, les Kamtschadales : leur vie est à peu près la même que celle des chasseurs; cependant, en général, elle est plus douce : et comme ils ont moins de besoins, ils multiplient davantage, ils sont plus liés entre eux; ils se recherchent, ils commencent à se civiliser; ils ont déjà plus d’adresse; ils construisent des canaux et des pirogues ; ils font des filets; les poissons leur fournissent toutes les armes et les ustensiles dont ils ont besoin ; les tendons deviennent pour eux des cordages ; les arêtes , des aiguilles ; les épines des pastenaques et des silures, des moyens d’attaque et de défense; les vessies natatoires des esturgeons, des ustensiles de ménage; les mâchoires des cétacés, des poutres et des murailles solides : la graisse supplée à la lumière du jour dans leurs demeures souterraines, etc.
Les peuples ont du. nécessairement devenir pasteurs dans les climats tempérés, et surtout quand ils ont pu dompter quelque animal herbivore : or presque tous les habitans du globe ont obtenu de pareilles conquêtes; les Cafres ont le buffle; les Arabes, le cheval et le chameau; les Tartares ont? de plus que ces derniers , le taureau et le mouton ; les Lapons ont le rhenne; les Péruviens, le lama et la vigogne ; les .insulaires de la mer du Sud, le cochon; les Espagnols, le mouton; les Suisses, le bœuf, etc. ; mais les peuples pasteurs ne sont restés
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dans cek état que lorsque le terrain trop sec ne pouvoit être cultivé avec avantage. Par cela même , et à cause de l’intempérie des saisons, ils ont été forcés de voyager avec leurs troupeaux, de devenir nomades ; c’est ce que nous voyons en Laponie, en Afrique, en Arabie, dans la Tartarie moyenne.
Les pasteursn’ont ni demeures fixes, ni propriétés de terres; les troupeaux et les choses que procure leur échange, leurs dépouilles et les alimens qu’ils fournissent, font toutes leurs richesses. Leurs prisonniers de guerre deviennent esclaves et veillent sur les animaux; il y a parmi eux des riches et des pauvres, et par suite, des chefs et une sorte de gouvernement. Quelques hommes vivent du travail des autres, ils emploient leurs loisirs à la culture de l’esprit. C’est parmi eux que commencent la poésie, l’écriture, le calcul, les longues narrations, les contes, les romans. C’est encore à cette richesse de quelques uns, à cette mollesse de la vie, qu’on peut attribuer l’origine du despotisme oriental, la cause du grand nombre de femmes que possède un seul homme , la nullité de celles-ci dans les affaires, et leur servile réclusion.
On voit les hommes se livrer à X agriculture lorsque le climat et la terre le permettent. Cette manière de vivre nourrissant plus d’individus que n’en exigent les travaux, quelques uns seulement y emploient leurs bras; mais les terres sont des propriétés qui ne se perdent point comme les troupeaux; de là l’inégalité des fortunes. Les hommes deviennent plus dépendans les uns des autres. Les riches, pour assurer leurs propriétés, se soumettent à un gouvernement dont ils attendent l’ordre et la tranquillité. Ils maintiennent la sévérité des lois; ils établissent entre eux la plus grande subordination; alors les loisirs et le développement de l’esprit qui en est la suite, produisent les arts, les lettres et les sciences. Bientôt l’homme
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cherche à profiter des besoins de la société dans laquelle il vit; il emploie tous ses moyens pour les satisfaire chez les autres et même pour en faire naître successivement de nouveaux; il spécule sur les nécessités. Il est commerçant. Les voyages qu’il entreprend servent à l’instruction et au bien commun. Malheureusement alors les fortunes mobiliaires s’accumulent et se cachent; les propriétés des terres sont dépréciées : l’homme a moins besoin de ses semblables et de la protection du gouvernement; il devient égoïste.... mais il n’est plus ici l’objet de notre étude.